‹ Le protestantisme et la r`egle de foiChapitre 12 sur 30 · JJ · texte numérisé non relu

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que jamais des splendeurs de leur esprit (1). Hermann , autre anabaptiste, mû par le même esprit , se donna lui-même pour le Messie, et il évangélisait en ces termes le peuple qui l'écoutait : Tuez les prêtres, tuez tous les magistrats qui sont dans le monde ; pendez-les : votre rédemption approche (2). Un des chefs et des prédicants les plus accrédités, David Georges, persuada à un nombre considérable d'entre eux que la doctrine de l'Ancien comme du Nouveau Testament était imparfaite, mais que la sienne (i lui était parfaite et qu'il était le véritable fils de Dieu (o). Or, toutes ces impiétés se fondaient sur le principe de la pleine et entière conviction d'une inspiration individuelle et sans contrôle, et pour ceux qui en étaient les dupes, et pour ceux qui en étaienl les inventeurs.

Ce principe fanatique ne s'établit pas seulement en Allemagne et dans la Hollande, mais aussi dans la Grande-Bretagne. C'est un fait avéré que Nicolas, disciplede ce David Georges dont nous parlions tout à l'heure, se transporta en Angleterre avec la mission, qu'il supposait avoir reçue de Dieu, d'enseigner aux hommes que la religion consiste dans le sentiment du divin amour, et que tout le reste concernant la foi et

(1) Brandt op. et /. c.,p. 49.

(2) Ibid., p. 5-2.

(3) Mosheim, t. n, p. 484.

le culte ne peut servir à rien (1). Jl étendait pettp maxime jusqu'aux préceptes fondamentfjux de la morale, se vantant de persévérer dans le péché pour faire abonder la grâce. Ses partisans, sous le nom de fami listes ou de famille d'Amour, furent as§ez nombreux à la fin du xvic siècle , vers le temps où le calviniste Halket, s'inspirant de la même illusion, se persuada tout-à-coup que l'esprit du Messie était descendu sur lui, puis ayant fait des prosélytes, envoya deux d'entre eux, Arthington et Coppingcr, proclamer par les rues de Londres que le Christ était arrivé avec son van en main. Cet esprit, pour avoir été réprimé, n'en devint que plus indomptable à la vue de l'échafaud et du gibet appareillé à Cheaps- le pour son exécution. 11 continua de s'écrier jusqu'à son dernier soupir : Jéhovah! Jéhovali.'nc voyez-vous pas les cieux ouverts et Jésus qui vient me délivrer (2) ?

Non moins célèbre est la cinquième monarchie d;? Yi-nner, qui, guidé; par le même esprit d'inspiration privée, sortit d'un club du district de Coleman en criant à ses partisans qu'ils n'eussent plus à reconnaître d'autre roi que le seul Jésus, ni à remettre leurs épées dans le fourreau qu'ils n'euss.pn,! fait de

1 Mosheim, t. n, p. 484.

2 Faller's Church liist., 1. 9. p. 113; Stow'g Inw.ls, A. I).

Pabylone maudite, c pst-à-çlire de la monarchie, un monceau de ruines, non-seulement on Angleterre, mais dans tous les pays plu monde, avec la certitude qu'un seul d'entre eux suffirait pour mettre en fuite mille ennemis, et deux pour dix mille. Pris et conduit au supplice avec quelques-uns des siens, il pror testa, que ce n'était pas lui-même, mais Jésus qui les avait conduits. Tels sont, entre mille autres, les effets produits par cette prétendue inspij -ation de l'Esprit- Saint, recueillis en particulier par Milner ( L ) , qn i y a joint beaucoup de particularités dont je ne donne ici qu'un aperçu.

pe fut au fort de ces commotions religieuses et politiques, que la secte la plus extraordinaire de tpu i elles qui avaient adopté la fausse règle d'inspiration privée se forma à la voix de Georges Fox, cordonnier du comté deLeicester. Ses propositions fondamentales étaient que les Écritures ne sont pas la règle adéijiiatc et primordiale de la foi et des mœurs, u. une règle secondaire subordonnée à l'esprit, çlonl elles liront leur excellence et leur certitude ; qu'il n"\ a que le témoignage de l'esprit qui nous révèle et puisse nous révéler Ja vraie connaissance de Dieu; que la véritable adoration de Dieu. Tunique culte qui lui soit agréable, s'inspire de la motion interne et im-

il Echard's Hist. of Engtand; Milner's The end of relig. Controversy, lett, i5, et Lelters to a prebendary. Reign of Charles I.

médiate de ce! espril privé, qui ne se borne ni aux

lieux, ni aux temps, ni aux personnes (1). Tels sont les principes publiquement professés par les quakers, dont les fruits naturels furent bientôt recueillis par leurs adeptes, et particulièrement par les principaux d'entre leurs chefs.

En effet, Georges Fox dit de lui-même, qu'au commencement de sa mission, il s'était senti appelé à so rendre dans les différentes' rues et dans les églises de Mansfieldctdesautreslieuxpour avertir les habitants de se soustraire à l'oppression et aux serments, de renoncer à la fraude et de se convertir au Seigneur. Un tel langage et de tels efforts de cet esprit étaient bien loin de la soumission et du respect recommandés par l prit de l'Évangile à l'égard des autorités établir-, comme il paraît par les journaux publiés par ces sectaires, qu'ils remplissaient de menaces insolentes adressées aux souverains. Il disait encore d'un de ses disciples, appelé Guillaume Simpson, que le mouvement du Seigneur l'avait porté à diverses fois, dans le courant de trois années, à s'avancer, nu et déchauss . devant eux comme un porte-drapeau, allant parles marchés, par liis rues, par 1rs bourgs, pénétrant dans les maisons des prêtres et des grands, et leur disant qu'Ainsi devraient-ils tous, un jour, être dépouilles nus. I d autre ami ou quaker, Robert Huntingdon. -

11) Ibid. lett. 6.

- 1-21 — sentait poussé par le Seigneur à se rendre à l'église de Garlisle enveloppé d'un drap blanc. I ne quakeresse

se présenta toute nue au milieu de l'office divin dans la chapelle de Whitehall, au moment où Cromwell s'y trouvait. Une autre femme entra dans la salle du Parlement avec une lame d'acier en main, qu'elle brisa en disanl : Ainsi (le parlement) sera-t-il mis en pièces! I n autre quaker entra dans la salle du Parlement avec son épée nue, dont il frappa quelques-uns, en disant : qu'il était inspiré par le Saint-Esprit de tuer tous ceux qui siégeaient dans cette salle. Mais jamais les amis du même Georges Fox ne se trouvèrent aussi embarrassés, pour sauver leur règle de foi, que lorsqu'il s'agit de la concilier avec la conduite de Jacques Naylor. Tant que ce ne fut qu'une populace agreste qui déshonora sa société, et qui tomba sous la rigueur des lois, Georges Fox la répudia comme lui étanl étrangère; mais quand ce fut un ami du caractère et du mérite de Naylor qui devint le jouet de la nation par sa présomption et ses blasphèmes, alors la société n'eut plus d'autre ressource qu<i de séparer la cause de ce membre de la sienne propre, abandonnant cette fois son principe, qui laisse chacun libre de suivre l'esprit intérieur dont il se sent inspiré. Le fait est que J. Naylor, comme tant d'autres victimes de l'esprit privé, s'imagina être le Messie, et, soutenant ce caractère, entra à cheval à Bristol en même temps que ses disciples étendaient leurs vêtements

sur son pacage, en criant : Saint, saint, saint, hosanna au plu.; haut des deux! Et lorsqm , par l'ordre du gouvernement, il re.-ul le fpviej pour .-on impiété, il permit à quelques fejflmes sc4u4t6§ et fascinées, qui je .-uivaient, de biaise plaies, en le saluant prince de la paix, rose de Saron, élu entre dix niilic (1).

Et pour ne rien dire ici d'autres pi telles que les mugglctoniens, les labbadiste.-. etc. fut aux mêmes résultats qu'arrivèrent les Frères Mqraves ou Hernhutes, ainsi appelés de Hernutli «-n Moravie, où le comte de Zinzendorf, leur apôtre, leur fonda un établissement. Leur règle de foi, telle quelle leur fut donnée par leur fondateur, consiste dans une p. étendue lumière intérieure avec laquelle le vrai croyant ne peut pécher. Cette lumière, ils croient devoir l'attendre dans un repos complet , sans se mettre en peine ni de prières, ni d'Ecniure-Sainle. ni de bonnes œuvres, ils nieni , en outre , que la loi morale contenue dans 1rs Écritures soit règle de vie pour les croyants. Après cela, ce n'est pas mer\rille m les traités théiiiogiques de Zinzendorf .sont remplis tf obscurités ei de blasphèmes ("2).

Semblableset pires encore sont les travers où

1 1 Opéra cit., 1. c.

i Voir Maolaine, Uist., t. \i. p. -'•>. et Wailauum. Ductrias de la grâce.

laisse entraîner ave. ges adhérente le baron de Swedenborg, par le système de l'inspiration particulière

de I" Esprit-Saint prise pour pègje de fpi. La première de ses prétendues révéjatiftns lui arriva à Londre>. h Eastinghouse, en i7/|ô. i ^pfès que j'eus dîné, éYritil, un homme m'appariil, assis dans un coin do la chambre, et cria d'une \ qix terrible : Fais-tu si arand rùcnujci :' \a\ nuit suivante, le même homme m" apparut resplendissant de lumière, et médit : Je suis le Seit/neur ton créuteur et ton rédempteur. Je l'ai choisi pour exposer aux hommes le seps interne ( i spirituel des Ecritures. Je te dicterai ce que tu auras à cuire » (l). À partir de là ces pommunipa? lions imaginaires avec Dieu et les anges çlevinrenl si fréquentes, qu'elles ne le cèdent tout auplusqvr'^ celles qui sont rapportées dans le Koran. Par elles se trouve réintégrée l'^hsurde doctrine 4e l'anthropomorphisme, puisque Dieu, selon Swedenborg, n'est pas seulement corporel, mais de figure humaine; les anges, à Jeur tour, sont de deu\ sexes. s'unissent entre eux par des mariages, et s' exercent à divers métiers pu professions- Enfin sa noure/lc Je, usa/cm. qui doit ndre et s'étendre sur toute la terre, diffère si peu du monde sui "lunaire, que la différence en est presque imperceptible. Or, ces nouveaux Jérosolymites, comme l'atteste Milner, sont répandus par toute l'An-

1) IxutucI. Hist du Jacobin., t. IV, p. 1LS.

gleterrc, et \ possèdent des chapelles dans les principales villes (1).

Non moins extravagante était une autre visionnaire, Jeanne Southcott, qui, née dans le Devonshire en Angleterre en 1750, y a vécu en qualité de servante à Exeter. Elle lisait l'Écriture avec une grande assiduité. Courtisée par beaucoup d'amants, elle consulta le ciel, d'où elle prétendait recevoir des inspirations directes pour fuir leurs aguets. Elle commença, en 179*2, sa carrière prophétique par un écrit sur la destruction de Satan et le commencement du règne de Jésus-Christ. En 1813, déjà plus que septuagénaire, elle prétendit être enceinte par un influx divin, pour donner bientôt au monde un nouveau Messie. Biais la prophétesse mourut, et le nouveau Schiloh ne vint point au monde. Or, qui croirait qu'elle pût avoir de nombreux partisans? Eh bien, elle en avait en grande quantité, qui avaient fait préparer par souscription un magnifique berceau orné d'une inscription poétique en hébreu pour l'enfant qui devait naître. I n partisan de Jeanne Southcott avait parié une somme considérable qu'avant le 1" novembre 181 h, elle serait accouchée d'un enfant mâle. On comptait parmi ses disciples des ministres anglicans, et des médecins

'1 Ouvr. cité, lctt. 6. Il y en a encore en Allemagne, et j'ai reçu naguère moi-même une lettre d'un pasteur swédenborgien dcGottingue qui me faisait l'apologie de son chef. Perrone.

qui, durant quatre jours entiers, entretinrent chaud le corps de la défunte, dans l'espérance quelle ressusciterait, et mettrait au monde l'enfant promis. A Liverpool et ailleurs, on trouve encore aujourd'hui des joannites, qui se laissent croître la barbe et pratiquent la circoncision. De là naquit un schisme parmi [es partisans de la Southcott, dont les uns se font circoncire, les autres s'y refusent. Les deux partis en vinrent aux mains à Trente-Foldrige près de Calne. il n'en manque pas parmi eux qui attendent toujours le grand enfantement (1). Cette femme donnait des passeports en bonne forme munis de trois sceaux pour le ciel, à bon marché, que ses adeptes se procui aient avec empressement.

Pour ce qui est des méthodistes, autre secte de fanât iques enthousiastes, leursystème public de foi consiste dans une descente instantanée de l'esprit de Dieu dans l'âme de certaines personnes, qui les assure de leur justification et de leur salut, sans qu'elles aient plus besoin de l'Écriture ni de toute autre chose que ce soit. C'est l'unique article de foi qu'ils aient à suivre, au dire de leur fondateur; tous les autres ne sont, selon lui, que des opinions auxquelles les méthodistes n'attachent aucune importance, quelles soient vraies ou fausses (2). De là ce

i Voir ['Histoire des sectes de Grégoire, t. v. Paris, 1819. 2 Wesley'a Ippeal, part, m, p. 134.

latiludinarismc avec lequel Wësléy (HiVi'ê le ciel indistinctement aux anglic;ms. aux prësbytêriëiis, aux indépendants, aux quakers et aux batholiijtieà euxmêmes. Le méthodisme, naquit à Oxford, Tan 1729. Jean Wesley et ses compagnons étaient dos anglicans très simples, très sérieux, méthodiques et kssidtiS à la prière, à la lecture, au jeûne et aux autres œuvres de piété. Et de là lournomdeme//jo(//*7c.<? (1). Jean Wesley confesse de lui-même qu'il avait récù longtemps dans l'incrédulité, c'est-à-dire sans celle foi par laquelle seule nous pouvons vive sauvés (2) : il affirme qu'*7 était papiste au fond sans le savoir. Ouand tout-à-coup, le 2/j mai 1730. m' étant retiré, dit-il, dans une société réunie dans Àîdersgàte-Streët, au moment où se faisait la lecture de la préface de Luther sur l'épître aux Romains. Vers les neuf heures moins un quart je sentis mon cœur saisi d'une étrange ardeur; je sentis que c'était du Christ, et du Christ seul que j'espérais mon salut; et Je reçus l'assurance que j'avais effacé mes péchés, mes propres péchés,

11) Il convient encore ici, pour lever toute ambiguïté, de distinguer deux sortes Se méthodistes , savoir : les méthodistes proprement (lits, dont il est ici question, et les rigoristes dé toutes les sectes, qui no s'accbrdeiït avec les piétistes proprement dits que dans leur haine contrôle catholicisme.

(2) Whitehead's Life o{ John and Char/es fVestey, t. n. p. 68.

et que je m'étais délivré de (a M du péché et delà

mort (1).

Quelles cependant furent les COnëécfuenfces inévitables de la diffusion dé celte doctrine parmi le peuple? Elles nous sont exposées par Fletcher . l'un dès" plus Habiles disciples de Wëëlfey et qui était destinée lui succéder: « Les principes d^> antirtomiens, dit-il, se sont répandus comme une flamme rapide dans notre société; Beaiicoup de ceux qui partent dans les termes les plus beaux du Ghri de la part qu'ils ont à sa rédemption . vivent danla plus épouvantable immoralité. Il y a peu de nos sociétés dans lesquelles lé fraude, lé supercherie et Ions les autre- vices n'aient fait invasion, et qui n'aierit causé au vaisseau de l'Évangile de telles secousses; que si le Seigneuf ri' était intervenu1 -, il eût infailliblement fait naufragé ('2). J'ai vu ceux qui fassent pour des croyants suivre les penchants de la nature corrompue; et alors qu'ils auraient dû élever la voix contre rautinomianisme. je les ai entendus se plaindre de l ussnjétis Sèment à la loi de leurs cœurs dépravés, qui. disaient-ils. lesavertissaient encore qu'ils devaient faire quelque chose pour leur salut » (3). Ce même naïf écrivain, défi) Opéra cit., t. il, p. 78.

(2) Cbecksto Antonom., t. u, p. 22.

(3) Ibid., p. "209.

voilant la corruption de son premier système, accuse Richard llill, qui y persistait, de soutenir que « l'adultère même et l'homicide ne pouvaient nuire aux enfants de la grâce , mais qu'ils y aidaient même pour leur bien (1). Dieu ne voit pas le péché dans les croyants, quels que puissent être les péchés qu'ils commettent. Mes péchés peuvent déplaire à Dieu , ma personne ne lui en sera pas moins toujours agréable. Quand même mes péchés surpasseraient ceux de Manassès, je ne serais pas moins pour cela un enfant de la grâce, parce que Dieu me voit toujours dans Christ. Et c'est la raison pour laquelle, au milieu même des adultères , des homicides et des incestes, il peut m' adresser ces paroles : Tues toute belle, ma. bien-aimée, ma chaste épousa. et il n'y a pas de tache en toi, Une des plus pernicieuses erreurs de l'école est de juger les péchés d'après le fait, et non d'après la personne. Bien que je blâme ceux qui disent : Péchons pour que la grâce abonde , je n'en crois cependant pas moins que l'adultère, l'inceste, l'homicide, me rendent après tout plu.-, saint sur la terre et plus heureux dans le ciel » (2).

Il est vrai qu'à la vue de ces énormités, voulant repousser le blâme et le déshonneur qui en rejaillis-

I Fletcher's Works, t. in, |>. 50.

Fletcher, Mrid.

saienl sur toute la sorte le chef du méthodisme assembla tout exprès un synode sous le nom de conférence, où il réunit les principaux prédicants, et où lui et ceux des siens qu'il avait convoqués abandonnèrent les anciens principes fondamentaux suivis par eux jusque-là; mais je sais aussi qu'une grande partie de la secte ne voulut point consentir ;'i cet abandon. Ceux d'Amérique repoussèrent pour la plupart avec dédain cette abnégation de leurs anciens principes; de là naquit dans la secte plus d'un schisme, et tandis que les uns affectaient une morale rigide et austère, les autres s'abandonnaient aux plus énormes excès, comme les whitefieldistes, les sauteurs, etc., appelés new-light, ou nouvellelumière. Leurs meetings-camps ou réunions champêtres, où ils se réunissaient au nombre de dix ou douze mille de tout âge et de tout sexe mêlés ensemble sans distinction, ne peuvent se décrire sans offenser la pudeur (1).

Des exemples plus récents sont ceux que nous oll'reiit de ces sectes théosophiques l' Angleterre, la France, l'Allemagne et l'Italie elle-même, et que j'ai moi-même recueillis de tous les journaux . mais dont je ne dirai qu'un mot pour ne pas être trop long. En Angleterre, s'établil en \Sl\k la secte qui

foirYHisioire des sectes, de Grégoire, t. nr, I. 6, append. 14 el lô, où il en est parlé au long.

prit d'abord le nom de Lampcler brellircn; puis créa un établissement à Charlidge, dans un vaste édifice qui fut appelé VAgapémone ou la Maison a Amour. Ses membres font profession de n'avoir pas d'autre supérieur que Dieu , à qui ils s'unissent par l'esprit intérieur; ils rejettent la prière, n'ont point de chapelles, nient la trinité des personnes divines, prétendent que le règne de la grâce est passé, et que le jour du jugement est arrivé. Us vivent ensemble pêle-mêle, hommes et femmes, coulent leurs jours dans d'innocents plaisirs, dans des divertissements continuels , dans toutes les jouissances d'une vie épicurienne. A Nisi Prius en Westminster, un procès fut intenté en juin 18â5, au sujet d'une demoiselle NotUdge, qui avait été entraînée par séduction à s'agréger à l'Agapémone (1).

Une secte devenue célèbre en France est celle qui s'appelle V Œuvre delà Miséricorde, née dans le diocèse de Baveux, et dont le chef, Vintras, s'est vanté d'avoir des révélations et d'être en commerce avec sainl Joseph, avec L'archange saint Michel, a\t'c la sainte Vierge, avec Dieu lui-même. Ce nouveau prophète a inventé un troisième règne qui est celui de Y Esprit-Saint, dont le caractère distimiif est la dnuité et l'amour, et dans lequel s'accomplit l'œuvre de la miséricorde. Je dis le troisième, parce

i The Tablet, 10 juin 1849; Evening Mail, 16 juin 1849.

que le premier, selon lui, a élé celui du Père, temps de fui et de crainte; et le second, temps de grâce cl d'espérance, a été celui du Fils. L'homme, à en croire les révélations de Vintras, n'est qu'un ange déchu, enchaîné à une àmc et à un corps pour expier sa faute. Le Fils de Dieu n'a pris dans l'incarnation qu'une partie de l'humanité ; la sainte Vierge est une émanation de la nature divine : tels sont avec d'autres erreurs les articles de la nouvelle secte, que Grégoire XVI, dans son bref adressé à Mgrl'évêque de Bayeux, sous la date du 8 novembre 1845, qualifie iïimpia commenta atque deliria. Les abominables orgies, l'impudicité effrénée des partisans die ce nouveau régne mil été racontées et publiée- par ceux mêmes de la secte (l). En dépit de la condamnation solennelle prononcée par le souverain pontife et par divers conciles provinciaux tenus dernièrement en France, Vintras se vante d'avoir été ordonné immédiatement par l' Esprit-Sain t, et s'arroge le pouvoir d'ordonner ceux de sa secte comme il le juge plus à propos.

(I) On peut consulter l'opuscule intitule : ioi.uvre de la Miséricorde de la nouvelle secte dévoilée, par M. Bouix, Paris, 1849, outre les opuscules d'un adepte de la secte, nonimé A. Gozzoli, qui ont pour titre : Les Saints de Tilly-sur-Seulle, Caen, juillet 1&4G; Encore un mot aux Saints de Jillij-sur- Seul/e, Caen, octobre 1846; enfin l'opuscule de 31. l'abbé I lau, intitulé : Les nouveaux illumines, Orléans. !-

La secte des irwingistes, dont une partie s'est donné le nom de nouveaux apôtres, a fait assez récemment apparition en Prusse, grâce à l'Anglais Irwing. Ces sectaires professent en principe que la fin du monde est arrivée, et que leur communauté, qui tient ses assemblées sur la place de Berlin dite des Gendarmes, doit être ravie au ciel (1).

Dès 1847, une autre de ces sectes fut établie par Grignoschi à Casai en Piémont. Cet homme prétendit persuader à ses partisans qu'il était Jésus-Christ en personne, revenu sur la terre pour être crucifié de nouveau, et non pour racheter l'homme du péché, mais pour délivrer l'Église de l'esclavage et des erreurs qui l'assiègent. 11 enseigna que le culte chrétien doit être aboli sous peine de mort. 11 séduisit, comme c'est naturel, plusieurs femmes, dont l'une se donnait ie nom de la Madone, et qui était si dévouée au nouveau Ghrist, quelle eût subi le martyre plutôt que de se séparer de lui (2)'. On croit que la secte de Grignoschi était en relation avec une autre du même temps fondée en Suisse par un certain Romano, Milanais. Ce dernier séduisait les jeunes filles, se donnait pour le Verbe fidèle d'en iiaut, pour le jidè/e serviteur de Dieu, pour le représentant de Dieu, pour le second Sauveur du

(!) A mi de la religion, mara 1849.

■j / nivers, L8 juillet 1 850.

monde. Il résulte de l'instruction juridique faite au sujet de cette secte qu'elle n'a pas d'autre but que de faciliter et de couvrir la plus profonde immoralité. Romano justifiait ses prédications en disant que c'était de lui que sortiraient les douze étoiles de l'Apocalypse, et il ajoutait qu'il était appelé par le Seigneur à de grandes œuvres, qu'il était le grand guerrier qui doit aller en Italie détruire les prêtres et les moines et fonder une nouvelle Jérusalem (1). Parmi la population germanique de la Bohême commencent à prévaloir des illusions religieuses du genre le plus étrange : il semble que le xir siècle soit destiné à voir revivre quelques-unes de ces sectes qui étonnèrent le monde au temps de Jean de Leyde et des anabaptistes. Dans quelques districts de ce royaume, les principes des adamites sont remis en vogue; on dit qu'ils se propagent par degrés dans les villes de Hohenmauth, de Luze el de Chalzen : beaucoup des plus riches habitants sont agrégés à cette société. Ces mots, que la foi transporte les montagnes, sont l'article capital de leur croyance, et une de leurs pratiques est de s'étendre à terre le long des fleuves et des torrents, l'oreille appliquée contre le sol, peur ('conter le bruit des pieds du Messie qui arrive. S'ils adoptent quelque autre usage de l'ancienne secte de ce nom, c'esl

(1) Jbid., 10 septembre 1850.

ce qu'on ne dit pas. Mais tous les fondements de l'enseignement el dos croyances religi il mi-

nés et ébranlés, el ce mal es1 beaucoup plus grand chez les Ttidesques que chez les Czechs (lés Bohèmes). Les amis do la lumière et les rationalistes y forment un des deux extrêmes, et les fanatiques qui acceptent les plus monstrueuses doctrines forment l'autre (1).

De cet exposé suffisamment étendu, s'il ne l'est trop, de faits Certains, incontestables, s'offrent à rioUs comme d'elles-mêmes les conséquences qui en découlent pour notre sujet. Que chacun interroge seulement le bon sens, comme sa conscience, et il en conclura de lui-même que Dieu n'a pu donner aux hommes pour suprême règle de foi Un principe qui est pour eux une source d'illusions des phls honteuses, d'erreurs des plus graves, de contradictions des plus évidentes, d'impiétés qui outragent la morale, de blasphèmes qui déshonorent à un si bâtit point Dieu lui-même; un principe qui, sous divers points de vue, s'il se trouvait universellement adopté, rendrait la sainte religion du Christ pire, non-seulement que l'islamisme, mais que le paganisme même, ei dont rougissent et conçoivent de la confusion, la première ardeur de l'enthousiasme, ceci*

11) Cela se lit dans VEvening Mail, ou dans le Timeê, petit-' édition, «les 18-20 avril 18-19.

mômes qui en onl été les auteurs ou les chauds partisane; un principe enfin qui, poussé par une logique rigoureuse à ses dernières conséquences, détruirait non-seulement toute foi, mais encore l'influence et l'autorité que conservent, et que doivent à bon titré conserver sur nous les instructions bibliques données par Dieu lui-même.

Et pour ôter tout subterfuge à qui voudrait disputer encore, accordons un instant {pie les faits rapportés tout à l'heure soient des cas exceptionnels, de mauvais fruits de plantes parasites qui se géraient attachées à un bon arbre, des écarts et des abus ci non des rejetons naturels des principes prof G'esl là ce que répondent en effet les patronours de la règle que nous examinons. Qu'il en soii donc ainsi; mais avant tout, qui persuadera le fanatique enthousiaste que tout ce qu'il soutient d'eitravaganl et d'immoral est vraiment une duperie et une illusion? La conviction subjective qui lui est personnelle, il ne la peut vaincre; c'est ce que nous avons vu dans plusieurs de ces hommes mis en présence du gibet Et puis, qu'importe que ce soit une illusion et une duperie, quand cette duperie, cette illusion produit les mêmes eflets que si c'était une réalité ou une vérité? Et que tels en soient les effets, D'eat ce que démontre une série lamentable de faits pu blics qui se sont continués et répétés partout où le principe même a été adopté et mis en pratique.

ajoutons à cela que l'homme, corrompu comme il l'esl dans son étal actuel, a intérêt à l'illusion, qui n'est que trop facile lorsque les passions ont tant de force pour l'abrutissement rie l'esprit el la dépravation de la volonté. A diverses époques de la vie et sous l'empire de diverses circonstances, les mêmes passions sont toujours les grands mobiles. Pouravoir un prétexte qui les justifie, un voile quelconque, si transparent qu'il soit, leur suffit, et peu importe le moyen pourvu qu'on arrive au but. Certes, ainsi que nous l'avons vu, les anciens gnostiques ont abouti aux mêmes turpitudes auxquelles s'ont arrivés tes malheureux dont nous parlons. Tant il est vrai que les mêmes causes produisent immanquablement les mêmes effets.

Concluons donc , comme nous avions à le démontrer, que la règle de l'inspiration privée, admise par les diverses classes de protestants dont nous avons l'ait l'énumération , ne saurait avoir aucune valeur, parce qu'elle est arbitraire, ce qui paraîtra encore mieux d'après ce que nous diroRS dans la suite; parce qu'elle est trompeuse de sa nature; parce que, danl'état actuel de corruption de l'homme, elle es! apte à induire au moins dans son application pratique ;'i de déplorables conséquences, comme de déterminer un homme à commettre do très mauvaises actions par la persuasion où il serait qu'il n'en fait que de très bonnes , et d'empêcher de naître en lui , par cette

fausse conviction dont il est maîtrisé, le remords même de les avoir commises ; comme l'est, en outre, l'extrême facilité avec laquelle ces faux jugements.Sé répandent dans les masses, qui sont moins retenues par le sentiment de la dignité humaine et par la pudeur naturelle, de même que la flamme prend à des matières combustibles bien préparées, quand elle est poussée avec fureur par un vent impétueux.

Je ne dois pas, avant de finir ce sujet, omettre une obsen ation très importante : c'est que, dans l'hypothèse que nous examinons de l'inspiration privée et exclusive de tout enseignement extérieur, non-seulement l'institution de l'Église, l'apostolat ou le ministère public, mais les Écritures mêmes deviendraient inutiles et de nulle valeur, malgré tout ce que Dieu lui-même a pu faire ou vouloir, malgré toutes les manifestations qu'il nous a données de ses volontés. En effet, si renseignement de PEsprit-Saint infus dans le secret du cœur de l'homme avait été le moyen ordonné de Dieu pour tout le genre humain dès la création du monde, cel enseignement intérieur aurait suffi pour conduire les hommes à la connaissance de toute vérité, sans besoin d'instruction quelconque venue du dehors; or tout autre a été cependant l'ordre de la divine Providence puisqu'il est de l'essence du système chrétien qu'il y ait une révélation extérieure qui nous conduise au guide intérieur lui-même. Le Saint-Esprit pourrai:

sans doute, s'il l'eût ainsi voulu, rendre chacun de nous

parfait en un instant ; mais il ne Ta pas voulu ainsi. Il nous a, par le fait même de la révélation, aasujétis à un enseignement extérieur. Eh quoi donc ! renseignement extérieur, quel qu'il soit , pourra-t-il avoir quelque vertu sans le mouvement intérieur de la grâce? Non , certes, pas plus que la prédication de saint Paul ne pouvait mouvoir ses auditeurs sans le concours de l' Esprit-Saint. Mais néanmoins, c prédication était le moyen destiné pour les conduire au salut. C'était le moyen nécessaire : nécessaire, non à Dieu , comme s'il n'eût pas pu les convertir sans cette instruction extérieure, mais nécessaire à euxmêmes, nécessaire parce que Dieu l'avait ainsi ordonné. Et ce qu'il est vrai do dire dos premiers chrétiens , nous le devons dire aussi de nous-mêmes à notre tour, si nous voulons parvenir à connaît re sûre* ment la vérité. Quand même tous les hommes voudraient sine'Tomt'nt suivie avec fidélité l'enseignement intérieur, ils pourraient toujours différer entre eux de manière à rendre la communion et l'unité impossibles; et si tous les membres de l'Église doivent Dépendant conserver ôette unité sous peine d'anathème; si les moyens extérieurs, tels que l'Écriture, l'apostolat, l'Eglise, sont nécessaires dans Tordre de la Providence pour l'instruction de chacun de nous, il doit y avoir nécessairement un guide extérieur et infiiillible, quel qu'il suit d'ailleurs, pour préserver les

âmes d'une éternelle incertitude (i). Or, tout cela serait inutile dans le cas où FEsprit-Saint guiderait immédiatement chacun de nous à la connaissance certaine de la vérité. A. quoi nous serviraient alors les Écritures? Elles seraient complètement inutiles. J'ai dit de puisqu'elles seraient de nulle valeur, du moment où cette valeur dépendrait uniquement de renseignement intérieur supposé fait à chacun par rapport à leur véritable sens. Les divines Écritures ne seraient plus que subordonnées à l'inspiration intérieure. Aussi les anabaptistes n'eurent pas plus toi adopté, pour leur règle suprême de foi, cette inspiration particulière et intérieure de l' Esprit-Saint, qu'ils ne se donnèrent, plus la peine de concilier l'Écriture avec leurs nouveaux dogmes : ils trouvèrent plus expédient de la rejeter comme apocryphe. On entendait ces nouveaux prophètes crier aux luthériens : «Vous enchaînez l'esprit vivant à la lettre morte; vous repoussez ainsi l'impulsion divine et la mettez à la rcmor« [Lie de la sagesse humaine. Pharisiens du siècle, vous chasse: FEsprit-Saint pour vous amuser avec l'Écriture » (2). Delà vint que Thomas Munzer et, après lui, son disciple Melchior Rink, ainsi que beaucoup

(1) C'est par de tels arguments que M. Lucas, devenu forvent catholique el rédacteur tlu journal anglais The Table t,

pressait les quakers, ses anciens coreligionnaires.

(2) Just. Menius, lié/', de ta doctr. ri-s anabaptiste*, p, 310-

d'autres, ne firent plus aucun cas de l'Écriture, qu'ils appelaient une lettre morte, et qu'ils ne croyaient plus qu'aux révélations de l'esprit. Passant ensuite plus loin, ils osèrent accuser l'Évangile de mensonge (1). Tel est le terme final où conduit logiquement le théosophisme.

1 Ibid., p. 364; dans la Symbolique de Mœhler, t. n, $59.

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