‹ Le protestantisme et la r`egle de foiChapitre 11 sur 30 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

K.VVMEN DE LA RÈGLE DE FOI PROTESTANTE TIIÉOSOriIIQLE, CONSISTANT DANS UNE ILLUMINATION JMML- DIATE DE l'eSPRTT-SAINT.

Pourquoi on entreprend de discuter cette règle avant les deux s. — Pourquoi Luther la préconisait. — Effets de cette règle parmi les sectes protestantes. — Les mêmes dans tous les temps. — On prouve que cette règle est premièrement arbitraire , secondement tiompeuse , et enfin propre à engendrer des conséquences mauvaises tant en théorie qu'en pratique. — Cela se confirme par l'histoire des gnostiques , 'les montanistes , de Tanquelme et de ses partisans, de.-, anabaptistes et d'autres enthousiastes de tous pays. — Les swédènbôrgiens , les méthodistes. — Sectes plus récentes de la Maison d'Amour. — De l'œuvre de la miséricorde. — Des uvingistes. — De Grignoschi. — Des nouveaux adamites. — Corollaires à déduire. — Objections et réponses. — Inutilité des Ecritures et de l'apostolat.

Encore bien que la règle que nous entreprenons de discuter ici ne soit, ni dans l'ordre logique, ni dans l'ordre chronologique, la première adoptée par le pro-

testantisme, comme je l'ai déjà dit en parlant des premiers débuts de Luther, nous n'en commençons pas moins par elle notre examen , afin de n'avoir plus à y revenir, parce qu'elle est presque abandonnée aujourd'hui par la généralité des protestants eux-mêmes. Il y a maintenant peu de communions qui la professent : ce sont quelques méthodistes, les quakers, les piétistes, les swédenborgiens, quelque reste d'anabaptistes et un petit nombre d'autres. Cette discussion partielle une fois mise de côté , nous pouvons donc plus librement nous occuper de la seconde règle , qui est celle que suit la majorité des protestants, d'autant plus que les vices, tant intrinsèques qu'extrinsèques, que nous aurons à déceler dans cette dernière , sont en grande partie communs aux deux autres, et nous en font connaître la faiblesse et la nullité.

Luther, après avoir abandonné la règle de l'Église catholique, lui avait substitué d'abord celle de l'Écriture interprétée par le sens privé , puis celle de la lumière intérieure de l'Ésprit-Saint se communiquant aux individus suffisamment disposes. 11 changea sa première règle, soit à cause de l'évidente opposition qu'il y trouvait à son dogmatisme, soit parce qu'il voyait qu'il avait ouvert par là une voie trop large au rationalisme et au naturalisme, en soumettant, comme le faisait cette règle, l'Écriture à la raison. C'est ce qui lui fit prendre le parti d'affirmer que les spirituels seuls avaient le droit d'interpréter l'Écriture, enten-

dant par spirituels ceux que l'inspiration intérieure de l'Esprit-Saint rendait capables de cette interprétation (1). C'était là une sorte de tempérament au moyen duquel il s'appliquait de son mieux à justifier son principe de la Bible donnée pour unique règle de la toi protestante. De là vient que, dans son livre du Serf arbitre, il ne fil pas difficulté d'écrire en propres termes, qaavec le secours de f Esprit-Saint chacun juge et discerne d'une manière très certaine les dogmes et les sens cachés (2) .

Or, tandis que Luther pensait avoir par là mis un frein à la liberté démesurée qu'il avait accordée dans le principe à la raison humaine, il se jetait dans un autre épouvantable abîme, el ouvrait une porte funeste ;'i t'enthousiasme et au fanatisme d'une foule de ses partisans. Kn effet, Munzer, Storch et d'autres chefs de l'anabaptisme s'en prévalurent pour fonder une secte rivale, qui prit le nom de Société desProphètes, parce fini" chacun de ses membres s'attribuait l'inspiration divine pour interpréter l'Écriture; et de là na- (init la secte des anabaptistes (3). Telle fut aussi l'origine de la secte dite des Amis ou des quakers, fondée

I Ik'llaiin., De verbo Dei , 1. 3, c; -i.

(2) Per spiritum sanction quilibet certissime judicat et discernit dogmata et sensus. Opp., éd. lena, 1557, ton*. 3, fol. 106 et suiv.

(3) Voir Audin, Hist. de la vie de Luther, t. 1, c. 27: Les prophètes.

— iOtt —

par Geopges Fox et propagée par Guillaume Pçnn et

par Barclay, qui affirmait ouvertement « qu'un simple paysan qui ne sait pas même une lettre, quand il entend lire l'Écriture, peut, par le même esprit, la comprendre et l'interpréter» (1). Le même principe tut aussi adopté par les mennonites, par les Frères Moraves, par la famille de l'Amour, et enfin, par un assez grand nombre de méthodistes modernes, partisans de Wesley.

Toutefois, l'invention ne peut pas s'en rapporter exclusivement à Luther. Dès le me siècle , Montan et ses deux prophétesses, Priscille et Maximille, non-seulement s'attribuaient l'inspiration de l' Esprit-Saint: mais ils fondèrent, qui mieux est, la secte des montanistes, qui faisaient profession de suivre ce principe de l'inspiration particulière (2). Par l'apparente rigueur et la sévérité de leur discipline, ils entraînèrent dans leur erreur une multitude d'hommes, et, entre tous las autres, le grand Tertullien. Dans les siècles qui suivirent, il ne manqua jamais d'enthousiastes pour suivie la même voie. On peut même dire que, dès le berceau

J / ir ntsHcus, qui née vel elementum novit, quando Scripturam lectam audit , eodem tpiritu intellîgere et interpretari potest. Apol., Thcs. x , $ 19. Plusieurs autres passades sem- Ualilrs sont Rapportés par Buddée, Ilist. isagog. théol., t. xn. p. 89.

(2) VoirEusèb., Hist. eccles., 1. 6, c. 1(5, édit. Valois; Teitull., De pudicitia, étal.

du christianisme, il son trouvait ck> trace* profondes chez les gnostiques, et principalement chez les carpocratiens, les valentiniens: tradition qui se continua plus tard dans le moyen-âge par les hésychastes, les béghards, les illuminés, les thaborites et d'autres fanatiques et faux mystiques, qui tous s'attribuèrent plus ou moins un commerce immédiat avec Dieu ou une inspiration de Y Eprit-Saint, pour justifier leurs extravagances. Dans les temps plus modernes , beaucoup de protestants, quoiqu'ils ne s'attachent pas exclusivement à cette règle, si l'on en excepte les leotes déjà mentionnées, s'y trouvent pourtant disposés par le mysticisme qu'ils professent et parmi goût de piété qui leur a fait donner le nom de piétistes, à quelques communions du reste qu'ils appartiennent (1).

Tachons de montrer maintenant que cette inspiration ou ce commerce immédiat avec Dieu ne saurait constituer la règle suprême de foi que nous cherchons, et que ce n'est pas là certainement que Dieu l'a placée. En effet, mettant de côté tant d'autres considéra-

1 Pour éviter l'équivoque , il convient de distinguer deux sortes de piétistes : ceux qui tiennent à la secte de Penn, et • eux (jui dans toutes les communions t'ont profession d'orthodoxie, soit luthérienne, soit calviniste, soit zwinglienne , etc. Protestants rigides, et cela par un sentiment de piété ou de bigotisme, ce sont les plus ardents adversaires des catholiques . comme nous le verrons en son lieu.

tions, qui nous viendront plus à propos quand nous en serons à examiner la seconde règle du protestantisme, qu'il suffise ici de prouver : 1° que cette règle est arbitraire ; 2° qu'elle est. trompeuse ; 3° quelle estpropre, par sa nature et au moins en pratique, à produire les conséquences les plus funestes pour la religion et la morale. Il ne nous sera pas difficile d'établir chacun de ces points, et de réfuter ainsi ce soi-disant théosophisme.

Et d'abord, qu'un tel principe ne puisse constituer la règle suprême de foi parce qu'il est arbitraire, c'est ce qui est démontré par cela seul qu'on ne le prouve ni ne peut le prouver par l'Écriture , que donnent pour seule règle de leur loi ceux qui le professent. On ne le prouve pas, puisqu'en aucun des textes bibliques qu'on a coutume d'alléguer pour le justifier, il n'est question de communication immédiate de Dieu comme devant être prise pour règle et mesure de notre croyance. Tous les textes explorés à cette fin dans la Bible par les chefs des réformateurs ont été recueillis par Bellarmin (1), et depuis par d'autres controversistes ; or, il n'y en a pas un seul qui parle directement ou expressément d'une inspiration immédiate de Dieu faite à chaque individu pour lui donner le sens dogmatique de l'Écriture et le constituer juge suprême de la foi. Chacun peut examiner ces

(1) De verbo Dei, 1. 3, c. 10.

textes et se convaincre qu'il n'y est question, ou que de la providence que Dieu exerce dans le gouvernement du monde , ou de la disposition que Dieu met dans les âmes par sa grâce pour les rendre docile.-, ou de la prudence et des précautions que doivent apporter les justes pour ne pas être le jouet des fourbes et des novateurs, ou enfin de ces lumières supérieures que la grâce divine répand dans ses élus pour les amener à la plus sublime perfection. Mais ce qui démontre encore mieux la faiblesse des preuves bibliques alléguées en faveur du principe théosophique, c'est que non-seulement les rationalistes, mais ton l ce qu'il y a de protestants à suivre un système différé \\ . entendent ces mêmes textes bibliques de manière à exclure tout-à-fait une prétention semblable de communication immédiate avec l'esprit de Dieu.

Nous avons ajouté qu'on ne peut nullement prouver cette inspiration immédiate par les saintes Écritures, puisque, pour qu'une telle preuve eût quelque valeur, il faudrait supposer ce qui est en question, à savoir cette inspiration même, sans quoi elle retomberait dans la preuve rationnelle. Le système de l'inspiration immédiate manquant ainsi de base biblique, il s'ensuit qu'il est entièrement arbitraire.

En second lieu, il est trompeur, et pour plus d'une raison. Personne n'ignore en effet que l'homme, suivant les altérations que peut subir son état psychologique, est sujet à de tristes illusions: à supposer

même que ce soit do bonne foi qu'il b6 persuade BVôif ces intimes communications avec Dieu, il peut ptkftdre pour des lumières de rKs]»i-it-Saint un Sentiment purement subjectif. N'ayant point de critérium infailliblc pour discerner OS qui lui vient de son propre fonds ou d'une imagination vive quelquefois jusqu'à l'enthousiasme et à la folie, d'avec ce qui est surnaturel ou qui lui vient d'en haut, il peut aisément se laisser surprendre par quelque cause d'erreur. L'histoire entière du genre humain fait foi des fréquentes aberrations ou déceptions dont à toutes les époques l'homme s'est vu le jouet en une matière si grave. Si un homme voulait en tromper un autre en cherchant à lui persuader qu'il a réellement de ces illustrations intérieures, de ces communications immédiates avec la Divinité, qui trouverait le moyen de le convaincre de supercherie et de duplicité? Personne certainement: d'autant plus qu'alors c'est une nécessité de tenir compte du ton d'assurance et d'empire, de l'air de supériorité qu'usurpent ces sortes de gens. LêS exemples de personnes qui se laissent prendre à de telles supercheries ne sont pas rares. De là c'est une nécessité de conclure que sous ces deux fapprtrts le système dont il s'agit est de sa nature trompeur mi propre à induire en erreur, el qu'en conséquence, il ne saurait être, ni par lui-même, ni par la disposition divine, une règle suprême de foi.

Ellfill, que la même règle Soit apfc par sa nature.

du moins quant à la mise en pratique, à produire tontes les plus fâcheuses conséquences pour la religion cl la morale, c'est de quoi tout le monde peut se ConValncte d'ttptèô ce qui a été dit jusqu'ici. Si celui qui préfend de bonne foi, ou comme on dit, par convielion, cire éclairé des lumières divines dans l'interpiétation de la Bible, et qui s'en tient à cette interpré!;itiOn comme à la règle suprême de sa foi, vient à tomber dans une illusion, il n'y a plus moyen de l'en faire sortir. 11 tiendra à sa propre interprétation en dépit de Ions les autres, et rendra inutiles tons lêS efforts des hommes même les plus instruits et les plus expérimentés qui chercheraient à le tirer d'erreur. Il n'y a aucun ino\en de le faire revenir au bon sens, quelque contraire que son cireur puisse être à la foi, à la piété, à la saine morale. Et cela est encore bien plus \rai. lorsque ses passions sont le grand mobile i conviction, ou pour mieux dire, de son illusion. Alors ses passions se trouvant en accord harmonique avecla persuasion qui le domine, il n"y a point d'excès auquel il ne se livre ftU ne puisse se livrer; pointd'absurdité. point d'extravagance, soit en plan de conduite, soit en théorie, a laquelle il ne s'attache avec une foi absolue et une parfaite sécurité, comme il s'y croit obligé par son système. Mais si ce n'est pas par simple illusion ou par hallucination, mais par malice et de propos délibéré, par calcul enfin, qu'il suit cette règle, on ne saurait prévoir ou décrire les maux qu'à l'on-

bre de ce monstrueux système, un individu peut causer à la société.

De peur que quelqu'un ne pense que tout ce que nous avons dit jusqu'ici n'est qu'une abstraction ou un raisonnement à priori, ou encore un idéal dépourvu de réalité, qu'on veuille bien prendre la peine de se transporter avec nous dans le champ de l'histoire, et l'on se convaincra aisément de la vérité à laquelle le raisonnement nous a déjà conduit. Jetons un coup d'œil sur l'histoire de toutes les sectes ou des individus qui ont suivi la règle théosophique.

Nous avons dit quelques mots, au commencement de ce chapitre, de la manière dont les gnostiques, ensuite les montanistes, et puis quelques sectes fanatiques du moyen-âge s'attribuèrent l'inspiration divine dans la profession qu'ils faisaient de leurs erreurs. Eh bien , que l'on consulte les anciens monuments qui nous restent des premiers, et L'on verra en quelles erreurs et quelles turpitudes monstrueuses ils sont tombés. Simon le Magicien, qui a été, à bon droit, regardé par les anciens comme le père ou le premier auteur des innombrables sectes gnostiques qui troublèrent tant l'Église dans les premiers siècles (1), se disait la plus sublime vertu de Dieu, c'est-à-dire le père de toutes choses, ou, comme Massuet l'interprète bénignement, il se disait investi

i s. Tien., /. 8, Contra hœre$. Prœf.

de la Divinité et uni substantiellement à elle. Il appelait la courtisane Hélène la conception de son esprit (1); il déclarait être apparu dans le monde pour manifester la gloire du Dieu inconnu; il rejetait le Vieux Testament et l'inspiration des prophètes, niait la différence du bien et du mal, donnait ample liberté à ses sectateurs de suivre en tout leur plaisir, créait le docétisme par rapport à L'incarnation, enseignait qu'il suffisait, pour le salut, de la connaissance de Dieu, et supprimait la nécessité des bonnes œuvres (2).

Il est facile de deviner les conséquences qui devaient découler d'une telle doctrine. Il n'y a pas d'impuretés, pas de turpitudes si grossières où ne se roulassent les partisans de cet enseignement. Les anciens écrivains, témoins oculaires, sont unanimes dans [e récil qu'ils nous ont l'ait des mœurs corrompues de ces sectaires. Si l'on excepte le seul saint Épiphane, que des raisons particulières ont obligé à nous en produire l'horrible tableau (o), les autres, comme saint ïrénée, Eusèbe, Théodoret, se renferment dans

(1) Dissert, prsev. in Ircn- lib Diss. i, art. 3, p. 55.

(2) On peut voil sur les doctrines de Simon que nous rapportons ici S. Iren , /. 3, Contra hxres., c. 23, n. 2-5, éd. Massud ; l'auteur des Récognitions, publiées sous le nom de S. Clément, 1 1, n. 54,1.2,n.S, 1. 7, n. 47, etc.; S. Epiph , Hérésie xxi, n. 4; Théodoret, 1. 1, livres fobul., c 1.

3) Loc. cit.

— ni — des généralités à ce stijet, par r"csped poiii' l;i délicatesse dos lecteur-' (1).

La môme chose doit se dire de Ménândrè et des mértàndrièns1, dd Cérinthéel des cériilthiéhs, des ébionites, des Vâlëntiniens, des marcosiens, toutes secte- qui tie furent, en théorie comme en pratique, que des modifications ou des développements de la secte mère, et rivalisèrent entre elles de corruption et d'immoralité. 11 serait superflu d'en parler plus spécialement.

Pour ce qui concerne ensuite les mon tanistes* on sait que 'Montan se donnait pour le Paraclet, c'est-à-dire pour le Saint-Esprit lui-même, habitant en lui, s' expliquant en lui, et comme personnifié en lui ; et de fait, Tertullien a coutume de ne pas appeler Montan d'un autre nom que de celui de Paraclet (2). Avec cette autorité qu'il s'était arrogée, il s'insurgea contrela pratique <■( la disl jpline de l'Église catholique, condamna comme illicites les secondes noces, se fit considérer par ses fauteurs comme exempt d'erreur ou infaillible (3),

les paroles d'Eusèbe , 1. 2, c. 13 : Ut non modo non scriptis prodi, sed ne sermone guidon effeni pessint a nwdestis hominibus ob himiam lurpUudinem atque obscoenitatem. J/iit < nim tant impurum aut esse aut exeogitari unquùm potest qnod flagUiosissima ïllorum secta /on/jv iitferra/fo non sî/peïel dion miseris atque omni seelere cooperUs illudunt.

(2) Demonog., c. 2, De veland. vifgin., c. 1; De resurf. carnis, c 11 ; De fuga in pris., c. 11.

(3) Tertull., De monog., c. 3.

— lia —

et supérieur par sa doctrine au Chris! lui-même, qui f i " ■■ i \ ait enseigné, disaient-ils, rii de si belles ni de .si grandes choses. Et tout cela était appuyé sur l'interprétation du texte évangélique de Saint Jean : J'ai encore beaucoup de choses à vous dire que vous ne pouvez porter maintenant; mais lorsque cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera tonte vérité; paroles que Motifàri s'appliquait à lui-même, en même temps qu'il avait pour appuyer cette ifltèrprélalion toute la troupe des visionnaires ses disciples (I).

Les nombreux essaims de sectaires enthousia-ifqui s'élevèrent dans le moyen-àge pour attaquer l'Eglise ne différaient en rien des montanistes. Qu'il snl'ise ici d'en citer pour exemple le fameux Tanqiirlme. (iui se vantait d'être Dieu et égal à Jésus- (Ihrist. 11 disait que INotre Seigneur n'avait été Dieu que ])our avoir reçu le Saint-Esprit, et que lui, Tanqitrlme, en avait également reçu la plénitude, et qu'ainsi il ne lui était nullement inférieur. Je passe sous silence le dévergondage de ses mœurs et les brutales dissolutions où il se vautrait (2).

Les modernes prophètes sortis de la prétendue réforme ne se montrèrent ni plus modestes ni moins extravagants dans leurs orgueilleuses prétentions.

\) .luctor additam.ad lib. de Prxscript., c. 5-2. ■2 Voir Pluquet, Dict. des lier., art. Tâhchelih.

Lux aussi se sont glorifiés de communiquer immédiatement avec Dieu, et d'avoir reçu de lui Tordre de dépouiller et de tuer les impies, et de créer un nouveau monde qui ne serait composé que de justes et de saints (i). Carlostadt, un des premiers disciples de Luther, embrassa cette autre réforme. Le chef de la secte des anabaptistes qui se signala le plus au plus beau du règne du Saxon réformateur tut Jean Bockold, tailleur de Leyde, qui se proclama roi de Sion, se rendit maître de Munster, et y commit les plus énormes excès, prenant pour épouses onze femmes à la fois, qu'il mit ensuite à mort avec une foule innombrable de ses autres sujets, pourobéir aux suggestions de son soi-disant esprit intérieur (2). Il publia que Dieu lui avait fait donation d'Amsterdam et de plusieurs autres villes, et y envoya quelques détachements de ses fauteurs pour en prendre possession. Ceux-ci couraient tout nus dans les villes en criant : Malheur à lïabylone! malheur aux méchants ! Et lorsqu'ils furent arrêtés et sur le point de subir leur jugement comme coupables de sédition et de meurtres, ils chantèrent et dansèrent sur l'échafaud, s'ûxaginant être éclairés plus

(1) CumDco eolloquium esse, et mandatum habere se clicebant utimpiis omnibus interfeclis, novum constituèrent mundum, in quo piisolum innocentes viverent et rerttm potirentur. Sleidan, De statu relig. et reiptbl., 1. 1, p. 45.

(•2) 1er. Brandt, Uist. abr. de a Réf., t i, p. 4<î. Moslieim. Hist.eccL, t. iv, ]». 153,

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