ARTICLE PREMIER
Difficultés insurmontables pour le protestant qui prend la Bible pour unique règle de sa loi. — Il ne saurait prouver de quels
livres ni de combien la Bible se compose. — Il ne saurait le prouver ni par la Bible ni sans la Bible. — De Josèpbe l'historien et du canon d'Esdras. — Les protestants ne peuvent recourir à la tradition, — ni à l'autorité île L'Église, — ni aux critériums intrinsèques, — ni au goût intérieur. — La ditliculté est plus grande encore pour le canon du Nouveau- Testament. — Ils ne peuvent s'assurer de Y authenticité soit de ebacun de ces livres, soit de chacune de leurs parties. — Ils ne peuvent en prouver 1 intégrité, — encore moins l'âlr spiration divine. — Tout cela se trouve confirmé par le l'ail et par l'aveu de Barklay. — Parti désespéré auquel se sont an-étés pour se tirer d'affaire plusieurs protestants. — Aveu de Luther, que c'est de l'Église «pic les protestants ont reçu les saintes Écritures.
La règle ci-énoncée a été, avons-nous déjà dit. la première qu'ait proclamée Luther, premier auteur de la Réforme. Elle ;i été adoptée depuis, comme signe
- U2 — de ralliement, non-seulement par les réformés proprement dits, mais encore par presque toutes les communions ou sociétés diverses de protestants. En vertu de cette règle, tout individu peut et môme doit, en usant de la liberté d'examen, se former par l'Écriture ses articles de foi.
Or, c'est précisément cette règle que je dis pécher par les fondements que la Bible doit présupposer. Car, avant de prendre la Bible pour règle unique et suprême de sa foi, on doit de toute nécessité et en toute logique présupposer commeun fondement inébranlable et hors detoutecontestation laBibleelle-même, comme le code qui nous a été donné de Dieu pour règle et principe normal de notre foi. Si ce fondement fait défaut dans son entier, ou qu'il vacille seulement , ou qu'il soit incertain et douteux, même dans une seule de ses parties, il est de la dernière évidence que la règle ne peut plus subsister, parce qu'elle manque alors de base et qu'elle est sans objet, comme un édifice qu'on aurait élevé sur le sable ou sottement bâti en l'air. Or le protestant, qui adopte la Bible pour règle de sa croyance, comme une vérité incontestable et démontrée, tient cette Bible pour divinement inspirée, en tant qu'elle se compose d'un nombre fixe de livres certainement déterminés : mais il ne fait pas attention que, pour arriver à cette certitude, il lui faut dans son système monter bien des degrés, et que chacun do ces degrés lui présente une difficulté insurmontable
— us
Car il lui faut avant tout déterminer, avec une pleine assurance et sans qu'il lui reste le plus léger doute, de quels livres et en quelnombrese compose cet ensemble auquel est attachée la dénomination commune de Bible ou d'Écriture sainte. 11 lui faut, en outre, se convaincre avec la même certitude de l'authenticité de chaque livre en particulier, el de l'intégrité du texte de chacun de ces livres, 11 faut, en troisième lieu, qu'il s'assure également de l'inspiration de chacun de ces livres en particulier et de tous à la fois , pour ne pas s'exposer à prendre la parole de l'homme pour celle de Dieu. 11 faut, enfin, qu'il établisse chacun de ces points comme autant d'articles de foi, pour pouvoir connaître par la Bible tout ce qu'il y a à croire de foi divine, une autorité douteuse étant impuissante à déterminer des articles de lui comme provenant de la parole de Dieu.
J'affirme, sans crainte d'être contredit, que le protestant ne saurait, dans son système, déterminer aucun de ces points en particulier, et bien moins encore tous ces points à la ibis, avec une certitude qui exclue tout danger d'erreur. Parcourons rapidement ces points l'un après l'autre.
I. Et pour commencer par le premier, qu'on demande a un protestant, quel qu'il soit, qui t'ait profession de ne croire que la Bible , la Bible seule et toute la Bible, car c'est là la devise commune à tout le protestantisme ; qu'on lui demande, dis-je. qu'estce que la Bible? de combien do livres se compose-
t-elle, ei quels sont ces livres dont file est composée? le protestant se trouve arrêté dès cette première difficulté sans pouvoir en sortir. Car, ou il puisera sa réponse dans la Bible elle-même, et alors il ne pourra s'empêcher de commettre une pétition de principe , pui-qu'il prendra pour principe de preuve la chose même qu'il aurait à prouver, la question même qu'il aurait à résoudre ; ou il cherchera sa réponse ailleurs que dans la Bible, et dès lors il sera mis en défaut, ei ne pourra plus alléguer sa devise : La Bible seule, rien que la Bible. Tar.l il est facile de réduire le protestant à l'impossibilité de rien répondre de raisonnable.
Mais la vérité est qu'il ne peut avoir de ce premier point si important aucune certitude, ni avec la Bible ni sans la Bible. Il ne peut pas l'avoir avec la Bible: 1° parce que nulle part dans la Bible, soit Ancien-Testament, soit Nouveau, il n'est dressé un*' table, ou donné le nombre , ou l'ait mention quelconque du canon des livres saints : il n'en est question en aucune manière; !2° parce qu'il ne suffit pas que quelques livres y soient invoqués, pour qu'on puisse dire dès lors que ces livres appartiennent au canon des saintes Écritures, puisqu'on > trouve cités des livres même dont on n'a d'ailleurs aucune connaissance, tels que le livre des guerres du Seigneur (1) , le livre
l \'omb. xxi, I 1.
- us — des Juges (1 ) , lea livres des annales des rois de Juda et d'Israël (*2) , le livre du prophète Nathan (3) , les
livres d' Allias de Silo (/i) , les livres de Séméias (5) , le livre d'Addon (6) , et quelques autres ; or , on ne peut pas affirmer, on ne peut pas dire que ces livres , comme d'autres semblables, quoique cités, voire même plusieurs fois dans l'Écriture, fissent partie ou non du canon des livres saints, puisqu'ils ne sont pas seulement parvenus à la postérité; 3° parce qu'on ne peut pas non plus l'inférer, quant aux livres de l'Ancien Testament , de ce qu'ils sont invoqués dans le Nouveau : quoique plusieurs d'entre eux s'y trouvent cités, ou qu'il y soit t'ait allusion aux uns ou aux autres plus ou moins ouvertement, et qu'il y soit même fait mention expresse de toute l'Écriture (7), les protestants ne peuvent en tirer pour leur cause aucun avantage. Car qui leur a dit après tout que tous les livres dont il est parlé dans le Nouveau Testament , et dans lesquels se retrouvent ces passages, fassent partie du canon? La même question revient toujours dans toute sa force. li° Enfin . il y a plus d'un livre . même de
1 Jos. x, 13.
S IV Rois, 1. 18.
[3] I Pq/ral. xxix, 29.
1 11 Parai. ix, 29.
5 Ibid. xii, 15.
Ibid. xii:. 22.
' 11 Tint. m. lti.
ceux qu'on appelle proto-canoniques, dont on ne trouve ni mention ni souvenir d'aucune sorte dan- le Nouveau Testament. C'est ce qui est certain au moins de onze ou douze de ces livres tout entiers (1). Force est donc de conclure que c'est chose impossible poulies protestants d'établir par la Bible seule le catalogue exact ou le nombre précis des livres qui composent le canon de l'Ancien Testament. Nous verrons bientôt que la même chose doit se dire des livres du Nouveau.
La Bible étant ainsi hors de cause, il ne reste pour le protestant d'autre ressource que d'établir sa règle indépendamment de la Bible elle-même. Mais dans son système, cela est de même tout-à-fait impossible. Voyons en effet. La Bible mise décote, le protestant n'a plus à recourir qu'à l'autorité de Josèphe, ou à celle de la synagogue , ou enfin aux talmudistes. Or, aucun de ces moyens ne saurait jamais lui faire atteindre avec une complète assurance le but désiré.
L'historien Josèphe s'est contenté d'écrire qu'il \ avait vingl-dcux livres reconnus par sa nation comme divins, nombre qui répond aux vingt-deux lettres de l'alphabel hébreu, savoir: les cinq livres de Moï-
. et quatre contenant leslpuanges
iTes des Juges, de Ruth, le premier el le quatrième des Rois, les deux des Paralipomè] dras
el de Néhémias, d'Esther, de l'Ecclésiaste, du Cantique i cantiques, d'Abdias < I de Rophonie.
de Dieu (■!). Or, qui nevoil le videet l'incertitude où
lie laisse ainsi ses lecteurs? Quels son treize livres écrits par les prophètes? qu'en est-il du livre d'Esther, deslivresdes Rois et des Parai ipomeix d'Esdras ei de Néhémïas? D'autant plus que Josèphe assure que les fastes de sa nation jusqu'au règne seulement d'Artaxercès sont rapportés dans les livres dont il donne le nombre. Ainsi pour*lïons-nous élever beaucoup d'autres questions que pioMHiuonS ici les paroles de Josèphe (2), delà suffit pour faire voir que la cause des protestants n'a nullement h B'étayerde l'autorité de cet écrivain.
Us no peuvent pi ir la syna-
gogue, qui n'ajamais porté de jugement solennel sur le nombre dos livres saints, Tout ce qu'on a dit du canon recueilli par Esdras avec le consentement de la ; absolument incertain. Ce qui a donné naissance à cette opinion adoptée par plusieurs Pères, c'est un mot qui se lit dans un écrit apocryphe (.'>). Pour qu'on pût dire avec quelque vraisemblance qu'Esdras est l'auteur du canon admis parles Juifs,
l] Lib. 1, Cont. Appion., § s, édit. Haver, t. n. op.
joutons que Josèphe n'a écrit que vers la fin du prede l'ère chréti( -à-dire trop tard pour que
• mérite une pleine confiance.
■'. xiv, 24, Pères qui ont adopté cette opi-
nionsont Tertullien, Clémenl d' Alexandrie, saint Basile et quelques àut 1 1
il faudrait prouver que tous les livres compris dans le canon se trouvaient composés avant la mort d' Esdras. Or, non-seulement cela ne se prouve pas, mais on démontre clairement le contraire. Et pour ne pas parler de plusieurs psaumes qui, au jugement de nombre de critiques, ont été composés du temps des Machabées, ou du moins depuis la captivité de Babylone et postérieurement à Esdras (1), il paraît certain que le livre deNéhémiasn'apasété écrit par Esdras, et que des faits qui s'y trouvent rapportés n'ont eu lieu que*depuis la mort de ce dernier (2). La même chose doit se dire des Paralipomènes, où se trouve racontée, au troisième chapitre du livre premier, la généalogie des descendants de Zorababel jusqu'à la dixième génération inclusivement, ce qui comprend un espace dr trois centaines d'années depuis Esdras (3). La prophétie de Malachie contient en elle-même des preuves évidentes d'une époque bien postérieure à la captivité
1 Voir Calmet, Dissert, sur les aut. des Psaum. Ser. chronol. Psalm.; Rosenmuller, Praef. inPsalm Cette opinion, d'ailleurs, rentre tout-à-fait dans le système des protestants les plus zélés pour leur secte, qui appellent ces psaumes Machabalques. Voir Glaire.
2 II Esdras xu, 22 , relativement à ce que rapport*
]ilie, à l'autorité duquel défèrent si fort les protestants modernes.
:; Quelques-uns répondentque ce sont des additions faiteBaprès coup. Soit ; toujours est-il vrai qu'au moins unr partie <lu canon, si faible qu'elle puisse être, n été ajoutée au canon d'Eedras
de Babylone, puisque non-seulement elle suppose le temple restauré, mais que de plus le prophète y reproche aux prêtres el au peuple de négliger l'observation acrifices el de blasphémer la divine Providence , qui les laissait toujours sous le joug des infidèles, c'est-à-dire (1rs rois de Perse (1). Cet échantillon doit suffire pour faire justement apprécier l'opinion quiattribueà Esdras la rédaction du canon de l'Écriture. On peut encore moins prouver que ce canon dorpsa forme à un décrel positif et authentique de la synagogue, dont il ne paraît pas la moindre trace dans toute l'antiquité.
Je ne dis rien des h\ pothèses imaginées par les savants pour rendre raison du canon communément admis par les Juife. La plus plausible de toutes est celle suivanl laquelle ce peuple aurait adopté pour sacrés les livres qui ont été transmis comme tels de main en main du consentement de la nation, y compris le sanhédrin, et qui sont arrivés ainsi par tradition à la postérité. Procédé tout contraire, comme on le voit, ;i celui des protestants, qui n'admettent ni autorité, ni tradition. Jl est certain qu'il n'existe aucun document relatif au canon des Hébreux qui soit antérieur au christianisme et même au second siècle de l'Église (2).
(1) Malach- c. n et m. Voir Sachez, Comm. in proph-
min.: Jaun, Jppend. i Herm. seu Exercit exegeiic, fuse. J.
2 On pourrait faire valoir, en outre, contre le système pro-
Dans l'impuissance absolue où se retrouvent les protestants défendre raison du canon des Hébreux,
el de lever les difficultés insolubles qui naissent de leur système, quelques-uns on! eu recours à la lang dans laquelle les livres saints on! été écrits. Le ridicule d'un tel expédient saute aux yeux rie tout le monde. Comme si l'EsprhVSaint, qui a inspiré ceux qui avaient écrit en hébreu, n'aurait pu inspirer de mémo ceux qui écrivaient en chaldéen ou en symchaldéen. El d'ailleurs, qui ne sail qu'il y a plusieurs parties ou passages des livres reçus dans le canon des protestants qui ont été écrits dans la langue clialdaïque (1). De .plus, ou par langue hébraïque ces protestants entendent cette langue prise dans le sens rigoureux, et ils auront à effacer des livres saints tous ces passages écrits en chaldaïque; Oii Ils l'entendent dans un sens plus largo, ou comme comprenant le chaldaïque el le syro-chaldaïque, et alors de quoi leur servira ce critérium pour exclure du canon le livre de Tobie, la partie deutero-canonique du livre
testant l'incertitude de la tradition judaïque relativement aux livres saints. Là-dessus les Samaritains étaient divisés av< Juifs, el parmi ces derniers eux-mêmes les sadducéens l'étaient avec les pharisiens. Notez de plus rinconséquence manifeste où tombent les protestants i la tradition judaïque i't l'autorité de la .-• i lition chrétienne et l'auto i ité de
1 Voir, par exemple, Dan. n, 1-7. 28; I Emu iv. 8; vit , 19; vm, 11, il \ Jén.x, IL
d'Esther, el d'autres livre- écrits dan- cet idiome, pour ne rien dire des autres qui ont été composés.en grec,
Auront-ils recours à la critique, c'est-à-dire aux témoignages des premiers concile , des Eglises primitives, dr< Pèresi ^^ anciens canons? Mais ce nouvel expédient ne fera qu'augmenter leur incertitude, puisque, si l'on excepte uniquement le canon de l'Eglise Romaine, tous les autres documents diffèrent entre eux ou par excès ou par défaut, et qu'on ne trouvera sur ce point aucun accord parfait, ni entre les Pères, ni entre les conciles, ni entre les Églises particulières: on \ trouvera plutôt uw tel désaccord, qu'on ne saura plus où mot ire le pied ayeç assurance (1). Le détail des preuves de ton ces assertions me conduirait trop loin : mais elles portent sur (\c^ faits irrécusables. De là vient que critiques rationalistes ont fini par rejeter du canon, l'un après l'autre, presque tous les livres saints, commencer par le Pentateuquc et à finir par les livres d'Esdras (-2).
I Voir les Prml. theoL.de l'auteur, de lacis theol , P. n ,
e. 1, prop. ~. Voir aussi le beau travail de Mgr Malou, ancien
seur deLouvain, et aujourd'hui évêque de Bruges, dans
son ouvrage intitulé : La lecture de la sainte Bible , Louvain,
L846, t. il , c. 8, dont nous parlerons plus à pr< : os dans notre seconde partie sur ce même sujet.
(2j II luffîra pour s'en assurer de parcourir les uns après les
Vainement les protestants songeraient-ils à revenir à la tradition, puisqu'ils n'en reconnaissent aucune qui puisse, à la rigueur, passer pour telle, ou qui soit divine, et qui puisse constituer une règle partielle de foi, distincte des Écritures. Que s'ils consentent à admettre celle qu'ils appellent monumentale ou historique, celle-ci, par ses variations et ses incertitudes, ne fera qu'accroître la difficulté, en les reportant sur le terrain si épineux de la critique dont nous parlions tout à l'heure, et qui aboutit au scepticisme et à la négation du canon entier.
Leur restera-t-il au moins, en désespoir de cause, une dernière ressource dans le canon de l'Église Romaine et dans l'aveu des catholiques, qui admettent pour sacrés tous les livres reçus par les protestants? Cela même ne leur est d'aucun secours, puisque , s'ils adhèrent à l'ancien canon de l'Église Romaine, ils devraient, en vertu du même canon, admettre comme divins les livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament, qu'ils rejettent comme apocryphes, dès lors que ce canon les contient aussi bien que les livres proto-canoniques. D'ailleurs, si les catholiques admettent comme sacrés les livres qu'admet aussi la Réforme, c'est qu'ils ont foi à l'autorité infaillible de l'Église, qui leur propose ces livres, qui
autres les prologues de Rosenmuller sur chacun des livres soit historiques, soit prophétiques, auxquels il a apposé ses scolies.
foui partie de son canon, comme divinemenl inspirés. Les protestants, en suivant leurs principes, ne peuvent faire la même chose, eux qui rejettent celle infaillible autorité; et, en effet, si l'Église peut errer sur les autres articles de foi, comme l'en accusent effectivement nos adversaires, elle peut errer égalemcnl sur le point en question.
Je n'ai rien dit des critériums internes sur lesquels beaucoup de protestants se fondent pour se tirer tant bien que mal de l'embarras où ils se trouvent engagés. On verra sans peine combien cet appui est fragile, pour peu qu'on veuille bien réfléchir qu'il n'y a aucun critérium interne qu'on puisse invoquer en faveur des livres proto-canoniques, qui ne milite également pour les deutero-canoniques. Il y a même tels de ces critériums qui favorisent beaucoup plus les livres deutero-canoniques qu'ils ne le font par rapport à quelques-uns des livres proto-canoniques. Essayons d'en donner quelque exemple. Dans la partie protocanonique du livre d'Esther, on ne trouve pas une seule fois exprimé le nom de Dieu. Qui est-ce qui, à ne consulter que les critériums internes, verrait un livre sacre dans le livre de Ruth? Qui en verrait un dans le Cantique des cantiques en s'en tenant à la lettre morte? Nous poumons dire la même chose de plusieurs autres livres proto-canoniques, tandis que dans le livre de Tobie, dans la seconde partie de celui d'Esther, dans le livre de Judith, etc., on rencon-
— lui —
trc des passages magnifiques qui vous dépeignent des plus beaux traits la divine Providence, une morale très pure, l'intervention surnaturelle de la Divinité, etc. (1). Les difficultés ensuite tirées dis caractères internes que les protestants opposent aui livres qualifiés par eux d'apocryphes peuvent se rétorquer également, et avec plus de force encore, contre les livres proto-canoniques, comme de fait les incrédules et les rationalistes ont coutume de le faire pour en nier la canonicité. Si bien, que le protestant Reussn'a pas fait difficulté d'avouer l'imprudence de ses coreligionnaires qui, en prenant pour principe d'attataque contre les livres deutero-canoniques les caractères intrinsèques que ceux-ci leur présentent, fournissent des armes aux incrédules pour combattre l'ancien canon des saintes Écritures (2).
Enfin, il s'est trouvé des protestants qui. pour distinguer les livres sacrés de ceux qui ne le sont pas. ont eu recours, comme à une planche de salut, à un certain goût ou sentiment intérieur, par lequel, selon eux, comme par un tact sentimental, la différence i\r^ uns
I Voir Maiou, ouvr. oit., c s, art. 1", $ 4. (2) Voici ses patois '.Bsec non criminan et ngetsijSedostenëii-
rus xquum judicem se quemque apocryphis prœstare dcbvrc, ne COMMUN! PCENA CNIVERSUM I ODH KM AFFICIAT.E. Q. K. H: Diss. pol. de lib. r. T. apocryphis perperam plebi negatis, p, 15. Voir aussi l'ouviapclu Genevois Mouliné, intitulé : Notice des livres apocryphes du Vieux Testament. Genève, 1628.
et des autres doil se faire connaître. Or, qui nevoil combien un goût de cette espèce esl trompeur, comme étant entièrement subjectif el relatif, qui pisest, c'est-à-dire dépendanl de préjugés antérieurs qui inclinent ceux qui le consultent vers un côté qui n'est que de ca* price? assurément, Luther ei Calvin ne goûtaient pas de la même manière Pépître de saint Jacques, lorsque celui-ci la jugeait divine, tandis que celui-là n'\ voyait (fii" une lettre de paille. Michaëlis lui-même n'a pas fait difficulté de réprouver un goût de cette nature, comme parfaitement insipide. Voici comme cet écrivain s'en est expliqué : «Quant à cette sensation interne, je dois confesser que je ne l'ai jamais éprouvée, et ceux qui l'éprouvenl ne sont ni dignes d'envie, ni plus près de la vérité , puisque les oiahométans l'éprouvenl aussi bien que les chrétiens : el comme cette sensation interne est In seule preuve sur laquelle Mahomet ait fondé sa religion, que tant de milliers d'hommes ont adoptée, nous devons en conclure qu'il faut s'en délier » (1).
En résumé, les protestants n'ont plus de moyens de défense : avec leurs principes, ils ne peuvent se tirer d'aussi graves difficultés. La multiplicité même des expédients qu'ils ont tentés ou imaginés en est la preuve évidente. Tout ce que nous avons dil par rap-
1 Introd. au Xohv. Test., 4'' édition, Genève, 1822, t. ir,\ \re partie, th. 3, sert. 2, p. 115.
port aux livres de l'Ancien Testament, s' applique pour les mêmes raisons, et même avec plus de force, à ceux du Nouveau. Car les protestants ne peuvent s'assurer du nombre des livres saints par l'autorité des Écritures elles-mêmes, puisque celles-ci n'en offrent nulle pari le catalogue, ni par l'autorité de l'Église qu'ils refusent de reconnaître, ni au moyen de la critique biblique, ni par la tradition de l'Église primitive, ni par les monuments historiques, ni par les critériums internes, ni par aucune autre voie. J'ai dit, avec plus de force, puisque, par rapport aux livres deutero-canoniques en particulier, que de commun accord les protestants retiennent aujourd'hui dans leur canon , il ne se rencontre pas moins de difficultés ni de diversité d'opinions parmi les anciens auteurs et les Églises particulières primitives qu'il ne s'en est offert aux protestants par rapport aux livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament , pour les leur faire rejeter comme apocryphes. C'est pourquoi Luther et ses premiers disciples rayèrent du canon des saintes Écritures tous les livres du Nouveau Testament appelés aujourd'hui deuterocanoniques, et, par conséquent, l'épître aux Hébreux. la seconde de saint Pierre, la seconde et la troisième de saint Jean, celle de saint Jacques, celle de saint Jude et l'Apocalypse (1). Beaucoup de critiques bi-
(1) Voir BONFEEBIUS, Prxloq. in totam S. Script., cap. iv,
Sert 1.
- d57 bliques modernes voudraient, par la même raison, retrancher du canon soit l'un soit l'autre (\e<- livres mêmes proto-canoniques du Nouveau Testament (l).
Oui décidera pourtant ces questions si graves? (fui mettra fin à toutes ces contestations entre les protestants de toute communion, en faisant usage de leur règle suprême de foi , de manière à produire dans les esprits une certitude absolue? Personne assurément. J'ai donc droit de le dire encore une fois, et nous pouvons, sans craindre d'être contredits, conclure de tout ce qui vient d'être exposé sur ce premier point .qu'/7 n'y a pour tes protestants , en suivant leur règle, aucune certitude du nombre précis des livres qui forment le corps entier de la Bible.
II. De ce premier degré que les protestants ont à franchir avant de pouvoir arriver à établir leur règle de foi, dépend le second, qui est de s'assurer avec une entière certitude de l'authenticité et de l'intégrité de chacun des livres dont la Bible est composée. Et en effet, si, comme on l'a vu, ils n'ont aucune certitude du nombre des livres saints qui doivent faire partie du canon, comment pourraient-ils, avec leurs principes, s'assurer parfaitement de l'authenticité de ces livres et de l'intégrité du texte, comme de toutes les parties qui
I Voir les prol. de Rosenmuller l'Ancien à chacun <\o vos livres, ainsi que ceux de Kuinoel aux livres historiques du Nouveau Testament.
les composent ? Voilà un second degré à franchir qui ne leur 9 i \ moins insurmontable que le pre-* mier.
L'Écriture ; de I un silence absolu, il
n'est dit mot d'un grand nombre de ces li\ res, ni dans l'Ancien Testament ni dans le Nouveau^ et, quand même il en serait fait mention quelque part, il resterait toujours à prouver l'authenticité du livre et du ; sage où il en serait parlé, et, par conséquent, la question demeure toujours sans réponse et le problème sans solution. Si, pour qu'un livre ou une partie de livre soit authentique, il faut qu'il ait pour auteur celui à qui on l'attribue, il est impossible de démontrer l'authenticité d'une grande partie des livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Car il faut observer que nous ne connaissons ni les auteurs de bien des li\ reâ de l'Ancien Testament, ni l'époque précise où ils Surent écrits1, et qu'ainsi il est impossible aux protesti d'en établir l'authenticité. Car, si tant de critiques modernes ont non-seulement mis en doute, mais nié même l'authenticité duPental comme ouvfl
de Moïse, quoiqu'elle soit la moins contestée, e< qu'elle prouvée par de si solides raisons (l).quc n'aun.j !--:im- • pas ' dire des lh ■■ • de Job, de Josué, i\i><.
et d'antres un peu plu s an<
Wette, Bërtholdt, Voln< Pentateuqtte soit an-
térieur de plu ••• Voir R( BR.
Juges, deRuth, des Rois, des Paralipomènes et des
;i litres (1) ?
Gomment donc pourront-ils savoir avec certitude que les auteurs de ces livres sont clignes de foi? Que s'ils recourent ;i l'autorité de la synagogue et au suffrage public et traditionnel de toute la nation juive, ce qu'on pourrait nier encore au moins de plusieurs sectes qui se sont ('lovées parmi ce peuple, la même rétorsion revient toujours : pourquoi refuser à l'Église et à la chrétienté entière l'autorité qu'on accorde à la synagogue <-i au peuple juif?
Le même raisonnement a une égale force par rapport aux livres du Nouveau Testament. Qui nous ■(pie leslivresen ont été vraiment écrits par les auteurs donl ils portent les noms? Que ces noms se lisent entête, ce n'e6l pas là un argument irréfragable ou une preuve tout-à-fai1 sûre. Personne n'ignore en ('fiel que l'inscription du nom ne suflit pas pour témoigner avec certitude de l'idendité de 1* auteur. Yoyezi pur exemple (pour ne pas sortir du sujet qui nous ci), encore bien que la seconde épitre de
cités dans le même auteur beaucoup de proliens et modernes qui ont regardé le livre de Job ne une fiction morale et poétique.
Ghiringhello [De libris historicis antiqui fœderis prœlutiones] rapporte, avec une vaste et profonde érudition, les jugements qu'ont porté i conti in do ces livres les cri anciens et modei
saint Pierre et oelles de saint Jacques et de saint Jude, ainsi que P Apocalypse, portent expressément les noms
des apôtres auxquels elles appartiennent, pendant combien de siècles elles ont été tenues pour suspectes et
presque pour apocryphes par quelques anciens Pères, et même par des Églises particulières tout entières (1) . N'est-ce pas Luther, comme nous l'avons vu tout à l'heure, qui avec ses premiers disciples a nié ouvertement l'authenticité de ces livres? N'est-ce pas de nos jours encore que Michaëlisa élevé des doutes sérieux sur l'authenticité de ces mêmes écrits, et s'est
(1) Sans vouloir tirer parti du silence des anciens Pères, même des deux premiers siècles, qui ne font aucune mention de ces livres, nous savons par Eusèbe, Hist- eccL, 1. ni, ch. -i, où il le rapporte en termes exprès, que quelques-uns de son temps ne craignaient pas d'affirmer que la seconde épître de saint Pierre n'avait pas été reçue par les anciens au nombre des livres sacrés. On sait tout ce qu'a écrit saint Denis d'Alexandrie au sujet de l'Apocalypse, dont il rapporte que quelquesuns de ses devanciers avaient tenu pour fausse l'inscription du nom de Jean mise en tête de ce livre, qu'ils prétendaient même être l'œuvre de Cérinthe. Et, bien qu'il ne déclare pas la rejeter, il n'en pense pas moins qu'elle n'est pas l'ouvrage de saint Jean L'apôtre : voir Eusèbe, 1. 7, c. 25. Au livre m, c. 25, Eusèbe, faisant le dénombrement exprès des livres du Nouveau Testament universellement admis comme sacrés, et puis celui des douteux, range dans ce dernier nombre l'épîlre de
saint Jacques, celle de saint Jude. la a ride de saint Pierre,
la deuxième et la troisième de saint Jean , qu'il appelle àvTÙéyovuîvovç.
décidé assez clairement pour la négative (I) ? Que si
cela a lien pour les écrits mêmes qui portent clairement le nom de leurs auteurs et s'adressent, non pas seulement à quelque particulier, mais à des Églises entières, que dirons-nous des autres écrits qui n'ont pas ce caractère? Or, tels sont les quatre Évangiles : c'est une chose admise aujourd'hui comme incontestable, par tous les critiques, que l'épigraphe mise à chacun de ces livres, selon saint Mathieu, selon saint Marc, etc., a élé ajoutée par une autre main que •clic des évangélistes eux-mêmes, qui ont intitulé leurs écrits d'une manière différente. Saint 'Mathieu, par exemple, a nommé son Évangile : Le livre delà génération de Jésus- Christ; saint Marc a nommé le sien : Le commencement de l'Evangile de Jésus- Christ. Telle est aussi répitre aux Hébreux, dont le \ éritable auteur a été longtemps révoqué en doute par plusieurs Églises (2). Tertullien n'a pas craint de l'attribuer à saint Barnabe (3). C'est une chose très
|li lntrod.au Nour. Test., par J. de Michaëlis, 4e édit. , par J.-J. Chenevière; Genève, 1822, t. iv, c. 26, sect. 8; c. 29, sect. 5; c. 33, sect. 3; c. 28, sect. 1.
-' Noir Eusèbe, Hist.eccL, 1. m, c. 3.
[3)Tertull I. De Pttdicitia, c. 20. Peut-être que, comme le conjecture le P. Le Coutelier, Tertullien, n'ayant pas lu la lettre de saint Barnabe écrite aux Hébreux, comme ou le disait, ei beaucoup de personnes ne sachant à cette époque à qui a< tribuer l'Epître aux Hébreux, il avait pour cette raison rap
connue pour qui a seulemenl quelque notion de l'antiquité ecclésiastique, que beaucoup des hérétiques voisins du temps des apôtres, oomraelescérinthiens, les
ébionites. les gnostiques en général, nièrent l'authenticité d'une grande partie de nofi livres (1) , et en substituèrent d'autres à leur place, comme nous le dirons dans la suite. Nous savons de plus que le- Pèfes les plus anciens, comme saint Justin, saint Irénée, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène, saint (!\prien , saint Ambroise , sans parler des auteurs ! anciens des canons des apôtres et des constitutions apostoliques, des lettres attribuées à saint Clément , etc. , admirent comme canoniques et sacrés plusieurs livres r-ejetés depuis comme supposés et apocryphes, et qui se rapportent tant à l'Ancien qu'au .m 'iiveau Testament (2). On compte plus de trente
porté cette épîtreà saint Barnabe. Le Coutelier, Vatriun apost., Anvers, 1698, t. ier, p. 7, col. 2.
1 Voir saint Augustin, 1. 17, Contr. Faust. Manich.,c. 2 et 3; et 1. 32, c. 2, où il réfute les manichéens, qui niaient l'authenticité des Évangiles. Marcion rejeta l'Évangile de saint Mathieu. Voir TEBTDLL. 1. 3, Con Marcion., c. 2-6. De même, Ebion, Cérintbc , Cerdon et Marcion rejetèrent l'Évangile de saint Marc. Les cérinthiens et les ébionites rejetèrenl Evangiles de saint Marc et de saint Jean. Ainsi iirent-i-
Ltre de saint Paul ri des Actes îles apôtres. Mardon n'admit que l'Évangile de saint Luc; encore L'avait-il altéré, decurtatum, comme l'écrivait Tertullien.
2 Je donnerai ici, en i<'* prenanl comme au hasard, quel-
taux Évangiles qui furent publiés dès l'antiquité La plus reculée, sous le nom suit d'un apôtre, soit d'un antre, ousousdivers titres, par exemple, selon les Égyptiens, selon tes Hébreux, l'Évangile de l'enfance, etc. On répandit de même de prétendus Actes de plusieurs apôtres , des lettres, des révélations, des apocalypses (l). Eh bien, qu'on supprime un instant l'autorité de l'Église, il n'y a plus moyen de sortir des immenses difficultés (fui résultent de tous ces faits: d'autant plus que, quand on rejette cette divine autorité, on doit attribuer au témoignage des hérétiques de ce temps-là la même valeur qu'à celui des Pères
ques preuves de w* assertions diverses. Saint Irknék, 1. 4, c, 20, cite connue livre sacré le Pasteur d'Hermas, ce que
tirent aussi Clément (l'Alexandrie. Tertullien, Qrigèae, etc. 'Voir Le COUTELIER, Judiciade /ferma). Ainsi la lettre de saint Barnabe a été citée comme de la sainte Écriture par 0 dans son Commentaire sur iépitre aux Romains, c. 1. v. 2-4. et dans son liv. 1 contre Celse. où il donne à cette lettre l'épithète de catholique. Les lettres de saint Clément ont été rangées au nombre des livres canoniques dans le dernier des cales apôtres, et beaucoup d'anciens les ont considérées comme telles. Ces canons apostoliques eux-mêmes sont admis parmi les saintes Écritures par saint Jean-Damascène. par le concile «to ZYW/odeConetantinople en 692. (Voir LEC<>t"n:Lii:K. Judidum de priore epist. sancti Clementis; voir aussi BCVEEE- (iirs. Codex canonum i'.cel. primit .) Tertullien Deeultti fa>m.' livre d'Hénoch comme inspiré. Ces exemples peuvent suffire.
I Voir F.ynuui s, Codex apocryph. V.-T., Naumbourg. 17't:-!, p. 1 ; CALMET, DiSS. in E)\ OfOCT.
du même temps (1). Do là vient quo quelques critiques bibliques protestants même do notre siècle rejettent une partie considérable (\c> livres du Nouveau Testament (*2). L'Évangile on particulier do saint Jean a été clans ces derniers temps l'objet de leurs attaques, el quelques critiques protestants ne le ckent plus guère que suis le nom général do Y Auteur de V Évangile de saint Jean (3). De môme, pourFépître aux Hébreux, ils ont coutume de dire Y Auteur fabuleux de cette lettre (Ji) ; et ainsi des autres. Par contre, Strauss attribua d'abord à tous les Évangiles une origine mythique ; mais ensuite se rendant aux doou-
(1) Fabricius, ibid. p. 2 ; Calmet, 1. c.
(2) Herder, Eckcrmann, Gieslcr, Sartovius, Paulus, cités par Kuinoel (Proleg. in Evang.), soutiennent que nos Évangiles ont été composés par des écrivains inconnus qui avaient recueilli ce qu'ils racontent de la bouche des apôtres. Je passe sous silence l'hypothèse de l'Évangile araméen, qui serait la source commune d'où seraient sortis les trois Évangiles synoptiques, savoir ceux de saint Mathieu, de saint Marc et de saint Luc. comme Ta conjecturé le premier Michaëlls, et comme l'a soutenu après lui en forme de thèse Kuinoel, ainsi que plusieurs autres.
(3) Vogel est d'avis qu'un chrétien hébraïsanten est l'auteur. Ballenstadt et Horst L'attribuent à quelque Alexandrin inconnu du premier ou du second siècle Bretschneider veut qu'il soil l'ouvrage d'un philosophe d'Alexandrie. [Voir Kûtnoel, Proleg. in Joaiui.'
! Wegscheeder, Instit. theol., ch. 2. p. 134 : et avec lui Zii.'Lkr. Intvod. in epist. ad Hèbr.; Ammon, Biblioth.theoi . t. m. p. 17 et seq.
- tes —
ments qui lui furent objectés, il en excepta te seul Évangile de sainl Jean (1), ce qui était annuler tout sou système subversif du Christ historique.
El pour dire quelque chose aussi de ce qui regarde l'intégrité des livres saints, les mêmes difficultés se présentent aux protestants dans leur système, et les empêchent de déposer tout doute à ce sujet. Pour ne rien dire encore, par crainte d'être trop long, de celles qui concernent les livres de l'Ancien Testament, combien de parties des livres du Nouveau n'ont-elles pas été niées ou mises en doute, et par les anciens critiques, et par les bibliques plus récents? Il serait superflu de parler des anciens hérétiques, que les Pères el les écrivains ecclésiastiques ont appelés de concert corrupteurs de la Bible, interpolateurs des livres saints. Saint 1 renée, dans plusieurs endroits de ses écrits (2), etTertullien (o) fournissent, sans [taries des autres, la preuve de ce fait (4). A non.- en tenir donc aux critiques modernes protestants, nous les voyons révoquer en doute les deux premiers chapitres de saint Mathieu (5) , les deux premiers de
I i ie de Jésus-Christ, 3* édition.
[2] L. 1 Contr. hœr., c. 1, 6, S et al. passim.
>>• carne Christ i, c. S; De prœscript., c. 38, où se lit ce mot si vrai contre les hérétiques : .llius manu Scripturas, alitts sensu, erpositione intervertit; Scorp., c. 1 et al.
i Ce sujet est traite ex professa par Germonius dans son ouvrage De veteribus hœret écoles, codic. corruptoribus. 5 Voir CellÉRTER, Essai d'une introd. ait.. Genève. L823
saint Luc (1). La même chose doit se dire du dernier chapitre de l'Évangile de saint Jean, dont l'authenticité demeure toujours problématique aux yeux de quelques protestants (2) qui, lorsqu'ils en parlent , ont coutume de dire Y Auteur du chapitre xxi de saint Jean. Et cependant toutes ces parties d'Évangiles sont proto-canoniques. Que n'aurons-nous pas à dire des parties deutero-canoniques, telles que sont les douze derniers versets du dernier chapitre de saint Marc, les versets ho et kk du chapitre xxn de saint Luc, l'histoire de la femme adultère au chapitre vin de saint Jean, le miracle de la piscine probatique au chapitre v, objets de sévères discussions pour les anciens comme pour les modernes (3)? Faut-il rappeler aussi la trop célèbre controverse élevée sur l'authenticité du verset 7, chapitre v, de la première épître de saint Jean, c'est-à-dire des trois témoignages célestes, que les critiques protestants les plus modernes voudraient effacer d'un accord unanime, et qu'ils retranchent effectivement du texte sacré (!i) ? Je ne dissimule pas que beaucoup
1 Ibid.
[2 Voir GroïTUB, Idnot. od Joann.. c. 21 : Ge • Job. Vossirs, llarm. Evang., 1. 3. c. 4, S 8; Tj ÏHblkrth. un'n\.
t. XII, p. 475; PATJLTT8, lUprrt., t. II.
[3 Tout èe suje< b été traité au long par Céllérier, outr. c\\(\ sectto tfichaëlis et Hug.
(4) Voir Prcelect theol- de l'auteur Tract, de Trin.. c. 2. prop. 2.
d'habiles protestants ont fait tous leurs efforts pour venger l'authenticité de plusieurs do ces passages controversés; mais ils ont été, comme on le sait, contredits par d'autres, et par conséquent tout se riYliiil a une affaire de pure critique toujours variable et incertaine. Tandis que ces parties de l'Écriture étaient ou niées ou mises en question, comment pouvait-on tenir pour certaine l'intégrité du texte biblique? Ces questions ne sont pas terminées à tout jamais, et elles pourraient revivre avec plus de force. Et voilà remise à une nouvelle épreuve la foi du protestant, au moment où il commençait à se fiera sa règle.
Concluons donc aussi cet autre point, que le protestantisme ne peut, en vertu de ses seuls principes. se former la certitude de l'authenticité et de l'intégrité de chacun des livres qui composent l'Écriture ni de chacune de leurs parties.
HT. Le troisième degré ;< franchir pour les prolestants avant d'établir leur règle de foi est l'inspiration divine des livres saints, s'ils veulent être certains qu'en croyant ils s'appuient indubitablement sur la parole de Dieu. Alais c'est à quoi ils ne parviendront jamais. Ils ne peuvent s'en assurer par l'Écriture elle-même, puisque ce serait faire un cercle vicieux, en prouvant l'inspiration de l'Ecriture par l'Écriture, c'estr-à-dire par la chose même dont l'inspiration divine est toujours en question, 11 \ a plus : nulle part