‹ Le protestantisme et la r`egle de foiChapitre 6 sur 30 · LA REGLE DE · texte numérisé non relu

LA REGLE DE

DISCOURS PRELIMINAIRE DE I/Al TEIR.

Origine des schismes et des hérésies scion saint Cyprien. — Importance de cette doctrine. — Aujourd'hui point de milieu entre Rome et la mort pour les s. — Paveur que Dieu

a laite à l'Italie de placer on clic le centre de la vraie religion. — Tentatives pour introduire le protestantisme en Italie dés la fin du XVIe siècle, frustrées de leur effet, et par quels moyens — Nouvelles tentatives et dangers qui en résultent pour l'Italie au siècle actuel. — Mal toujours croissant : comment il a éclaté, comment il a été réparé. — Réflexions sur ces tentatives. — Vaines promesses de liberté politique faites dans le même but. — Combien ces promesses sont illusoires.

— Combien le protestantisme a été fatal à la liberté politique.

— C'est lui qui l'a étouffée. — Et il n'en pouvait être autrement. — Sophisme de l'induction qu'on prétend tirer de l'état prospère et de la puissance de l'Angleterre. — C'est à la reli-

uvernement en est redevable. — Quant à la Réftvrme, il ne lui est redevable que de sou pau-

, -risme e1 de sa dégradation religieuse et morale. —On ne doit pas confondre la grandeur politique avec le bien-être

social. — Les peuples ne doivent que leur bonheur à la religion catholique. — Mal qui résulte pour l'Italie des menées des apostats et des anglicans. — Motifs d'espérer que l'Italie échappera à ce péril imminent et à tous les pièges des ennemis de sa foi. — Avantages de l'Italie, absolus et relatifs. — Ce qu'elle doit faire pour les conserver et les accroître. — Occasion de cet ouvrage. — Son dessein— Sa division. — A qui il s'adresse. — Auteurs dont on a fait principalement usage.

Le grand évêquede Carthage, illustre par ses écrits autant que par son martyre, saint Cyprien, déplorant, dès les premières pages de son admirable livre De Il ni té de l'Église, les schismes et les erreurs qui désolaient de son temps le christianisme, et démasquant les artifices au moyen desquels nombre de chrétiens, sous le prétexte séduisant de servir mieux le Christ et son Évangile, avaient été entraînés hors du sein de l'unité catholique, laissait échapper ers paroles : « Tout cela n'arrive que parce qu'on ne veut pas remonter à la source de la vérité, qu'on ne la cherche pas là où seulement elle peut se trouver, qu'on ne s'en tient pas comme on le devrait à l'enseignement du divin Maître. Il suffirait de ce seul point, bien examiné, .-ans tant de longs discours et de s'il >i ils arguments. La voie qui conduit à la vérité chrétienne est courte et facile. Voici quelle est cette voie. Le Seigneur a dit à Pierre : Et moi je te dis que lu es pierre, et que c'est sur cette pierre que je

bâtirai mon Église, et les portos de l'enfer ne prévaudront jamais contro elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel , et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. Et de même, après sa résurrection, il dit au môme apôtre : Pais mes brebis. C'est sur lui seul qu'il bâtit son Église ; c'est à lui qu'il confie le soin de paître son troupeau » (1). Cette grande maxime qui renferme en elle-même l'inébranlable fondement et toute l'économie du merveilleux édifice de la vraie Église, cette maxime qui en donne la clef, qui fournit le moyen infaillible de reconnaître ses véritables enfants ; cette maxime qui fut en tout temps l'ancre de salut, je ne dis pas seulement pour les particuliers, mais pour les nations chrétiriinos tout entières qui, en dépit des plus furieuses tempêtes* ont conservé pur et intact l'antique héritage de la vraie foi : il convient plus que jamais de la proclamer aujourd'hui , de la prêcher et de la persuader à notre siècle, à ce xixc siècle qui a déjà accompli plus de la moitié de sa carrière. Au milieu des principes dissolvants du protestantisme, des progrès du rationalisme et de l'indiiTérentisme religieux, de l'invasion générale d'un radicalisme et d'un communisme subversifs de tout ordre, de toute loi, de toute justice, de toute moralité ; en butte à d^

l De l'iùt. Eccles., p. 194, édJi Maur.

funeste esprit d'indépendance el d'une liberté effrénée; au milieu, dis-je, de tous ces maux intestins, de symptômes effrayants, de ces signes visibles de

dissolution et de mort, il n'y a pas pour les sociétés chrétiennes d'autre remède vrai et durable que de revenir avec sincérité, que de s'attacher avec plus de fidélité et d'amour au centre de l'unité et de la vérité catholique.

Machiavel le disait aussi, que pour sauver une société en décadence et menacée de sa dissolution, il fallait la rappeler à ses principes. Or, ce que proclamait le philosophe de Florence comme apophthegme de la raison humaine, nous pouvons bien le donner avec saint Cyprien comme corollaire évident de la parole divine , de cette parole dont il n'y a pas une syllabe qui ne doive avoir son accomplissement. Oui, il faut remonter à la source de la vérité et de l'unité catholique ; oui, il faut revenir au fondement sur lequel le divin auteur du christianisme a ê\e\ é son magnifique ouvrage, en lui assignant pour durée toute la suite des siècles. Et ce fondement quel est-il, sinon Pierre et le légitime successeur de Pierre, héritier, par une succession non interrompue à travers tant de siècles, de son siège, de sa primauté, de son autorité sur toul le troupeau de Jésus-Christ, sur la société chrétienne tout entière?

Un illustre écrivain catholique qui, connaissant à fond l'étal moral, religieux *'t politique de notre

siècle, s'esl appliqué à y porter remède par ses écrits aussi agréables et aussi légers par la forme que forts et solides par le fond, écrivait naguère, avec beaucoup de vérité, que «Le bras de Dieu est visiblement levé sur le monde pour bénir ou pour frapper : c'est à nous de choisir. Après avoir cherché des signes dans le ciel , nous avons interrogé la terre : nous avons pénétré jusqu'au fond des entrailles delà société, et sans efforts , tant le marasme général les a rendues transparentes ! A travers bien des symptômes de mort, nous avons trouvé un puissant germe de vie qui ne demande, pour se développer, qu'un régime chrétien. En jetant un regard sur l'avenir, nous y avons lu ces mots : Rome ou la mort » (1) !

Oui, dirons-nous à notre tour : Rome ou la mort pour la société en général , s'il est vrai que l'esprit d'indifférence religieuse, d'impiété déclarée, d'immoralité sans frein, d'anarchie sociale, soit la mort poulies nations. Rome, et non pas la Rome païenne, cette Rome des Scipions, des Camille, des Césars ou des Brutus, mais Rome chrétienne, Rome où est le siège de Pierre, Rome capitale de la chrétienté, centre de l'unité catholique, mère et maîtresse de toutes les Églises. Cette Rome qui, avec les avantages de la

1 Martinet, Solution de grands problèmes mise a la portée de tous les esprits, troisième probl. La société peut- elle Si sauver sans redevenir catholique, tom. m, prêt., p. 2< tit. i

\ raie foi, de la pureté de la morale et de la sainteté du culte, a procuré, de siècle en siècle, aux peuples les plus incultes et les plus sauvages, les bienfaits de la civilisation, la douceur et l'urbanité des mœurs, la justice et l'équité des lois, l'ordre et la modération dans le régime public , la concorde et les bons rapports dans les corporations et les familles, la déférence à l'autorité , le respect des droits de tous, la culture des beaux-arts, des sciences, comme de toute connaissance utile. Cette Rome, enfin, qui s'identifie avec le catholicisme, source unique et féconde de tous ces biens, et dont elle est le centre, l'âme et la vie, puisqu'elle est le siège de Pierre, et que là où est Pierre, là est, comme le disait saint Ambroise, l'Eglise de Jésus-Christ. Tant il est vrai que le catholicisme seul, ouvrage de Dieu, et investi de sa force merveilleuse, de cet esprit divin qui l'anime et le remplit, le conduit et le gouverne, peut ranimer la vie là où elle est prés de s'éteindre, et, rassemblant jusqu'à des membres dispersés, des ossements arides, y faire pénétrer le souflle de L'esprit vivifiant....

Ces graves considéra lions méritent bien toute notre attention et en particulier celle de l'Italie, envers laquelle ki honte divine, outre tant d'avantages naturels diini elle l";i privilégiée, a été si libérale d'autres biens d' autan 1 plus prècîéux, qu'ils appartiennent à l'ordre religieux el surnaturel) en > établissant, dès l'origine du christianisme, H en > maintenant toujours

intacte la véritable foi catholique, en l'enrichissant, abondamment des monuments les plus insignes de notre croyance , mais surtout en y plaçant , par un singulier privilège, cette chaire de vérité, ce centre de la communion catholique, cette pierre fondamentale de l'édifice chrétien, ce siège du prince des apôtresi C'est pour l' Italie que j'écris principalement ces lignes, comme pour le pays auquel me lient tant de titres tout particuliers de patrie et de langage, de relations sociales, de gratitude, de piété et de religion.

C'est à elle que je consacre ce modeste travail, entrepris pour garantir et protéger son bien suprême. qui est la pureté et la sainteté de sa foi , et dont son bien-être, même matériel, est du reste inséparable. Pour faire connaître à mes lecteurs l'occasion et le but de cet ouvrage, je vais retracer rapidement les tentatives faites par le protestantisme, dès les premiers temps, contre notre belle patrie, pour dire ensuite quelques mots des pénibles épreuves qu'elle a naguère subies, des affreux malheurs dont sa religion a été menacée et même en partie atteinte, et des dangers qui lui restent encore (1).

Dès le xvi" siècle, où la Réforme protestante eoinmença dans le cœur de l'Allemagne à rompre la belle

(1} Le lecteur français pourra passer cette digression sur l'Italie, pour arriver tout de suite à la division de l'ouvrage indiquée à la lin de ce discours préliminaire, p. 47 et suiv..

<\ote du traducteur.

unité de l'Église chrétienne, el à corrompre la foi, la convoitise satanique des .soi-disant réformateur* se fixa avidement sur les belles contrées de F Italie : ils voyaient quels seraient leur avantage et leur triomphe, s'ils pouvaient parvenir à planter et à enraciner leur prétendue réforme dans cette Italie toujours si dévouée à Rome et aux pontifes, par cela même qu'elle a été toujours éminemment dévouée à la foi catholique. Ils n'épargnèrent ni adresse, ni crédit . ni moyens séducteurs, pour insinuer et répandre leur poison dans l'Italie, et ce ne fut pas toujours sans voir leurs efforts couronnés de succès. Ce n'est pas qu'il faille ajouter foi au livre du protestant écossais John Mac Crie, intitulé Mémoires sur la Ré for tue en Italie, et traduit à Paris, il y a quelques années, par un de ces transfuges italiens qui aspiraient à rendre à l'Italie son indépendance, en lui faisant subir le plus grand de tous les maux, qui était de la faire protestante : livre rempli d'artificieux mensonges, de faits dénaturés et d'exagérations démesurées, comme l'est, par exemple, la prétention de l'aire passer pour infectés des doctrines réformatrices de l'Allemagne les plus illustres personnages d'Italie de cette époque, sans épargner le.- noms >i purs des Sadplet ei des Contarini. Mais il n'est que trop vrai que plusieurs beaux-esprits du temps se laissèrent atteindre par la contagion, et que quelques-uns même y BUCcombèrent, au point de renoncer à la loi catholique

pour se faire partisans et propagateurs de la prétendue réforme. Le eulte superstitieux que beaucoup d'hommes de ce siècle rendaient à L'antiquité païenne, non-seulement en ce qui intéresse l'art, l'éloquence et la poésie , mais encore en ce qu'elle respirait de profane et de licencieux; le désir naturel d'une pensée libre et indépendante, l'amour de la nouveauté en fait de doctrines, l'antipathie et l'aversion profonde que bien des cœurs nourrissaient en secret contre les papes, enfin l'envie pour chacun de vivre affranchi de toute loi et au gré de ses propres penchants, furent autant de motifs et d'appâts qui causèrent en Italie ces défections. Et les noms de familles italiennes qu'on rencontre encore aujourd'hui en Allemagne et en Suisse sont, en partie du moins, l'effet comme la preuve de ces coupables apostasies. Il faut dire aussi que deux villes et deux cours italiennes, distinguées entre les autres par leur splendeur et par l'éclat des lettres, des arts et du luxe, Ferrare et Venise, secondèrent les vues des nouveaux réformateurs, en les accueillant dans leur sein, et en favorisant l'introduction et la propagation de leurs insidieux écrits. L'une de ces villes, c'est-à-dire Ferrare, était alors gouvernée, pour le malheur de l'Italie, par une princesse imbue des doctrines de Calvin, et qui donna accueil dans son palais à cet hérésiarque luimême, venu en personne dans cette belle contrée pour y propager ses erreurs. L'autre, c'est-à-dire

Venise, déjà" irop mal disposée pour Rome et pour l'autorité des pontifes, et animée du désir d'exercer sa domination , non-seulement sur les mers et dans les questions politiques, mais encore sur l'Église, si tison régime et ses pasteurs , profitait de cette occasion pour abaisser l'autorité pontificale, et préludait à cette rupture qui ne tarda pas à éclater sous l'influence maligne et les perfides instigations du moine soi-disant catholique Paolo Sarpi.

Mais cependant, la divine Providence veillait avec affection au salut de l'Italie, et la couvrait amoureusement de ses ailes. Les populations italiennes , en général , continuaient d'être exemptes de ce fléau , et hors des atteintes de cette funeste contagion. Trop vives étaient dans tous les esprits la lumière de la vérité et la foi à la divinité de cette religion qui avait traversé quinze siècles sur le sol de l'Italie. Trop ardente était dans tous les cœurs la piété qu'inspiraient la sainteté, la majesté, la beauté du culte catholique. Trop enracinée était la foi, comme le respect et la reconnaissance envers le successeur de Saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, le pontife de Rome. Le bon sens italien lui-même se refusait à admettre les principe illogiques du protestantisme, ses contradiction^ palpables, ses divisions el ses variations continuelles, et les fruits qu'il produisait depuis son origine, en suscitant entre d^s peuples frères des haines l'urieuses ei des guerres sanglantes dont r Mlemagne, bon-

leversée par la fureur des sacramentaires contre les nnn-sacramentaires, des réformés contre les luthériens, des luthériens contre les anabaptistes, offrait le triste spectacle. Et comment l'amour du beau, qui est inné au cœur des Italiens , leur goût délicat et passionné pour les arts, leur conception si juste, leur sensibilité si exquise, auraient-ils pu. s'accommoder du culte repoussant et glacé de la Réforme qui. après avoir dépouillé l'esprit et le cœur du chrétien des dogmes les plus salutaires et les plus consolants, dépouillait avec la même barbarie et un égal sacrilège le temple de Dieu de tout ornement, de toute sainteté et de toute beauté? Non, l'Italie n'était pas un terroir où le protestantisme du Nord pût prendre ses accroissements; il y avait, comme il y a encore aujourd'hui, un antagonisme intime, inné, essentiel entre les deux , outre qu'il existait d'autres causes qui, grâce à la bénigne disposition de la Providence, conspiraient à la défense et à la sûreté de l'Italie. Les pasteurs des âmes, les sentinelles d'Israël , les ëvêques, secondés par le reste du clergé, s'employèrent pour leur troupeau en péril avec toute la vigilance ci la sollicitude qu'on pouvait espérer de leur zèle. Les princes italiens, jaloux de l'orthodoxie de leur foi , prêtèrent à sa défense l'appui de leur autorité. Mais par-dessus tous les pontifes romains, pasteurs et gardions de tout le troupeau fidèle, en même temps qu'ils réprimaient par leurs anathèmes les progrès de

l'hérésie du Nord, avaient l'œil ouvert sur 1rs iiitrigues et les menées des réformateurs, et ne négligeaient rien pour arracher les mauvaises herbes du sol de l'Italie, en opposant partout des remèdes opportuns au mal qui cherchait à s'étendre. Une source de biens pour l'Italie, ce fut en particulier de voir s'élever au milieu d'elle vers ce même temps, par un admirable effet de la divine sagesse, tant d'instituts de fervents religieux, les Barnabites, les Théatins. les Somasques, les Pères de l'Oratoire, et Ignace avec sa compagnie, au sujet de laquelle , sans prétendre diminuer le mérite des autres, il est bien permis de rappeler l'oracle sorti du Vatican , que cette société avait été suscitée tout exprès de Dieu, dans L'intérêt le plus urgent de son Église , pour faire face à la nouvelle hérésie et la combattre en tout. *dais le plus fort et le plus invincible de tous les remparts pour l'Italie, ce fut le saint concile de Trente qui, conduit et dirigé par l'esprit de toute vérité, nonseulemenl garantit et mit en lumière par ses canons dogmatiques l'édifice surhumain de la doctrine catholique, mais encore opéra par ses décrets disciplinaires l'unique réforme dont l'Église pouvait être susceptible, en supprimant une foule d'abus, ei restaurant la discipline ecclésiastique, en pourvoyant à l'éducation cléricale, en excitant le zèle dos pasteurs des âmes, en procurant au peuple chrétien les p puissants moyens d'instruction. Ce fut surtout dans PI

talie que ces décrets de Trente eurent leur pleine exé cution, grâce à là sollicitude des pontifes romains,

ainsi qu'à la bonne volonté et à l'activité de ses évêques, entre lesquels brille du plus bel éclat le nom de ce grand saint qui fut Charles Borromée. De là ce haut degré d'instruction comme de régularité dans le clergé italien , ce renouvellement de dévotion et de piété parmi le peuple, cet éclat tout nouveau donné au culte divin, et je dirai aussi cette prospérité de la société civile en Italie, cette longue et profonde paix. ce mouvement nouveau imprimé au commerce et à l'industrie, 'cette culture pacifique des sciences et des arts durant près de deux siècles et demi; tandis que l'Allemagne toute en feu, grâce à sa réforme, était ravagée par une guerre d'extermination ; tandis que la France essuyai! de la part des huguenots rebelles de si longs et si affreux désastres, et que les Flandres e( la Hollande, agitées par le protestantisme, étaient devenues comme un champ ensanglanté de guerres et de fureurs civiles.

Ainsi donc, l'Italie jouissait du bonheur d'avoir échappé aux serres du vautour de la Réforme. Sur la lin du xvin' siècle, la Révolution française déborda avec son impiété sacrilège sur notre beau pays. comme sur presque tout le reste de l'Europe, et ; causa de funestes ravages. Mais si elle y fit des incrédules, elle n'y lit pas de protestants. C'est aux aimées qui \iennent de s'écouler* qu'étaient réservés

— n — cee efforts nouveaux et désespérés du protestantisme pour répandre avec plus de succès son haleine em<pestée dans les contrées italiennes. Dèslafin delSû'.'. Grégoire XVI, pape d'une sagesse et d'un zèle remarquables, mettait à découvert et condamnait du haut de la chaire apostolique la société biblique qui s'était établie à New-York, sous le nom de Confédération chrétienne , dans le but formel de répandre par toute l'Italie et à Rome même des bibles protestantes et d'autres livres propres à créer dans les populations italiennes l'esprit, comme ils disaient, de liberté religieuse, d'où devrait suivre comme une conséquence naturelle la liberté même politique de l'Italie. Une petite troupe de moines et de prêtres apostats italiens, réfugiés à Malte vers ce même temps boue la protection de l' anglicanisme, commonoèreni leurs futiles et impies publications dans la feuille périodique l'Indicateur Maltais, dans le même but d'évangéliser ou de protestant Lse9 ta peuples italiens.

Mais bientôt survinrent, des conjonctures el des dispositions des esprits dont tes ennemis deTÉglise et du peuple ne surent que trop bien profiter à leur propr* avantage. \ ne manie indéfinissable de liberté vague, inquiète, don! la plupart ne connaissaient ni L'objet ni la portée, envahit pour ainsi dire totrt d'un coup les esprits de la multitude. Soufl le nom en quoique sorte magique de progrès, on ne faisait

qu'aspirer à la nouveauté en toutes choses, et par là même au renversement de toutes les institutions anciennes ; tout genou fléchissait devant l'idole invoquée de l'unité et de l'autonomie italiennes. Et ce fut alors que des hommes impies et pervers, liés déjà entre eux par de secrets liens d'une conspiration jurée contre l'autel et le trône, jetèrent sur l'Italie un regard plein d'un rire amer et moqueur. Ils virenl lettre longs efforts et leurs ténébreux desseins touchant à leur triomphe ; ils virent entre leurs mains ce à quoi ils aspiraient depuis longtemps, leur élévation et leur domination personnelle, sous la spécieuse apparence de l'agrandissement et de l'indépendance de l'Italie ; mais ils virent en même temps qu'ils espéreraient en vain le complet accomplissement de leurs projeta, tant que la foi catholique continuerait a régner dans les esprits. Prêcher omertement le socialisme et le communisme, ou l'abolition complète de tout dogme positif et de toutes les institutions du christianisme, aurait passé pour trop violent et rencontré dans tout le peuple une résistance insurmontable. Une autre voie se présentait à eux plus perfide et plus séduisante, vu les dispositions répandues généralement dans les esprits. Mettant donc à profil ces dispositions, et appelant à leur aide les feuilles périodiques, lesécritsde toute forme, lesharanguespubliques. les insinuations secrètes, ils soulevèrent partout et enflammèrent les passions les plus ardentes pour la

grandeur et l'indépendance do l'Italie, on donnant à entendre! en même temps aux esprits crédules et superficiels que le seul moyen d'affranchir le pays du joug étranger et de lui rendre la prééminence sur les nations, c'était de la soustraire au despotisme clérical, au servage de la superstition ; qu'il importait à la dignité et à la liberté de l'Italie de professer une religion plus spirituelle, plus pure, dégagée de tous ces liens qui avaient jusque-là enchaîné et comprimé les nobles élans de la nation; qu'on n'avait qu'à jeter les yeux sur la prospérité et la grandeur sans égale de l'Angleterre, qu'elle ne devait, disaientils, qu'à son schisme et à son émancipation de l'autorité papale.

C'est ainsi qu'on parlait et qu'on écrivait. Et déjà la voie n'avait été que trop aplanie par un ardent et habile écrivain, qui, avec la séduction d'une parole toujours vive et brûlante, soutenue de tous les artifices de la sophistique, avait, dans plusieurs longs ouvrages répandus par toute l'Italie, peint avec les couleurs du paganisme la nouvelle ère toute prochaine d'un bonheur transcendant pour l'Italie régénérée, inculquant sans relâche la nécessité de moderniser et de rajeunir le culte catholique, et, à propos de jésuitisme, semant à pleines mains l'aversion et le mépris sur les instituts religieux et sur le clergé catholique, qui ne se prêtaient pas aux nouvelles théorie-, enfui sur lès plus salutaires pratiqnesde dévotion et sur tout

l'ascétisme chrétien. Cependant ie parti du progrès, ou pour mieux dire de la démagogie, s'étendait de plus en plus, et devenait tous les jours plus puissant et plus audacieux dans presque toute l'Italie, et jusque dans le siège central de la chrétienté. On répandait à foison parmi le peuple de petits traités au décri du catholicisme et à la louange du protestantisme. Le pape élevait la voix pour éclairer les peuples sur les pièges tendus à l'orthodoxie de leur foi ; quelques évoques, en particulier de la Toscane, firent aussi entendre la leur pour la défense et la sûreté de leurs troupeaux; mais la voix du zèle pastoral et de la vérité catholique était étouffée par les clameurs de la démagogie qui ne cessaient de se faire entendre, et par un déluge de méchants écrits qui pénétraient en tous lieux.

Cet état de choses empirant tous les jours, le pape, dont la liberté même avait été menacée jusque dans son propre palais, fut forcé d'abandonner son siège, et tout resta au pouvoir de la faction dominante. On voyait affluer en Italie et à Rome même dos prédicants étrangers, dépêchés par les sectes protestantes, surtout d'Angleterre; des apostats italiens se joignaient à eux, faisant parade de leur honteuse apostasie, et exerçant à découvert leur trafic de prosélytisme protestant. Par leurs efforts réunis s'imprimait à Rome, par milliers d'exemplaires, une édition calviniste de la Bible falsifiée, traduite en ita-

lini par Diodati, pour être répandue de tous côtés. Déjà on projetait et on parlait même ouvertement de consacrer au nouveau culte, au milieu de Rome, le magnifique temple du Panthéon, devenu depuis bien des siècles l'église dédiée à la sainte Vierge et à tous les saints. On voyait en même temps se produire toutes ces scènes de fureur et de rage anticatholiques qui préludent d'ordinaire à l'abjuration solennelle de notre religion sainte. On chassait de leurs paisibles cloîtres les religieuses et les religieux ; on dépouillait les églises de leurs vases sacrés, et des bronzes même destinés à appeler le peuple chrétien à la maison de Dieu et à la prière ; on insultait les prêtres et on les vouait à tous les mépris, on leur faisait naître des frayeurs pour les forcer à abandonner leur ministère, à se cacher et à fuir aux pays étrangers ; enfin on entassa les chaires et les confessionnaux sur les places publiques, pour en faire un immense feu de joie à la honte des prêtres et des moines. Le sang même (je frissonne en rappelant ces horreurs), oui, le sang des moines et des prêtres coula par ruisseaux ; nombre d'entre eux furent égorgés d'une manière barbare , et immolés à la haine profonde qu'on nourrissait depuis longtemps contre les plus pieux ministres de l'Église.

A voir ces commencements et ce- progrès, qui aurait pu dire ce que serait devenue en quelques armées la situation religieuse de l'Italie et de Rome elle-

même, prise pour principal point, de mire par ces nouveaux réformateurs? Mais Dieu, qu'il nous soit permis de le dire, Dieu aime av^c prédilection l'Italie, et il la sauva encore cette fois d'un péril si grand et si imminent. Dans le moment où les vagues et les vents de cette horrible tempête mugissaient avec le plus de furie et menaçaient de tout engloutir, la main de Celui qui peut tout fit un signe, et les ondes se retirèrent, et les vents firent silence, et le ciel redevint serein. La démagogie fut vaincue, l'ordre public fut restauré, la religion reprit son éclat, le successeur de Pierre remonta sur son siège et reprit possession de ses légitimes domaines. Quel homme nourrissant dans son cœur des sentiments catholiques ne se fut écrié à la vue de ce fortuné changement: Seigneur, qui est semblable à vous ! Qui esl-ce ijui pourrait résister à votre volonté ? Encore un moment, et l'impie ne sera plus, j'ai passé, et déjà il n'était plus. Je l'ai cherché, et je n'ai pu trouver la place où il était.

C'est ainsi que pour la seconde fois dans ce siècle, et dans la personne d'un autre Pie aussi magnanime que le premier, Dieu montrait au monde étonné que la roche de Pierre sur laquelle est bâtie l'Église du Christ est invincible à toutes les forces de l'enfer, et (lue quiconque ose se heurter contre elle, tôt ou tard doit être brisé.

Mais en considérant un peu les efforts sérieux qu'on faisait pour protestantiser l'Italie, que de réflexions

- 2o — se présentaient à l'esprit ! Dans ce temps où le protestantisme est à son pjus grand déclin et, pour mieux dire, se dissout de toutes part- en se transformant dans l'indifférentime religieux, dans le rationalisme et le panthéisme : quand cette plante fune laisse voir depuis déjà trois siècles quels fruits elle est capable de produire, en révélant à tous les yeux sa nature la plus intime; quand tant de nobles et hautes intelligences de tout pays civilisé, après avoir longtemps lutté avec elles-mêmes dans les mille lauxfuyants de Terreur, se sont données de cœur et d"àme à la véritable Église de Jésus-Christ, à cette Église catholique, apostolique, romaine, en témoignant hautement dans leurs savants écrits de la pleine satisfaction dont elles jouissent dans l'intimité de leur ètiv. tandis qu elles font toucher comme au doigt les absurdités, la nudité, le vide, les principes dissolvants el mortels du protestantisme ; quand enfin, et dans 1' vllemagne protestante, et dans la Hollande, et dans l'Angleterre, B'accroît et. se fortifie tous les jours un mouvement général vers le catholicisme, comme vers le port unique de la paix, de la sécurité et du sain! : c'est alors qu'on voudrait faire à l'Italie ce beau présent, en lui faisant répudier la chose même qui lui a procuré un jtvimaio réel sur toutes les mitions. ,, savoir la pureté de sa foi et la majesté de la chaire apostolique ! On voudrai! lui faire oublier et effacer somme d'un trait les sublimes croyances, les augustes

traditions, les illustres souvenirs, les bienfaits immenses de dix-huit siècles, et lui faire recommencer le cycle que les nations 'protestantes se trouvent aujourd'hui avoir parcouru, a travers des fleuves de sang, de longues et interminables querelles intestines, avec une perte immense d'institutions bienfaisantes, avec le dépérissement funeste de toute foi et de toute moralité.

La liberté ou l'indépendance politique, je le sais, est l'appât avec lequel ces régénérateurs de l'Italie s'efforçaient et espéraient de la séduire, en la lui faisant envisager comme le fruit et la conséquence nécessaire de l'abolition du catholicisme et de l'acceptation du protestantisme. Mais malheur à l'Italie ou à la partie de l'Italie qui se serait laissé prendre à cette amorce! Je ne parle plus seulement de l'impiété et de toute la honte qu'il y aurait à se procurer des avantages civils . quels qu'ils soient, au prix d'une monstrueuse apostasie, en foulant aux pieds les devoirs les plus sacrés, et en sacrifiant à jamais les biens éternels. Je parle simplement au point de vue historique, philosophique et civil , sous lequel même ce mariage prétendu naturel du protestantisme et de la liberté politique se montre évidemment sophistique et mensonger. Ecoutons Guizot , protestant luimême : « En Allemagne, il n'y avait point de liberté politique. La Réforme ne l'a point introduite : elle a plutôt fortifié qu'affaibli le pouvoir des princes, elle a

f'ir plus contraire aux institutions libresdu moyen-àge que favorable à leur développement» (1).

Ecoutons un autre célèbre écrivain politique, Chateaubriand : « On a dit que le protestantisme avait été favorable à la liberté politique, et avait émancipé les nations. Les faits parlent-ils comme les personnes? 11 est certain qu'a, sa naissance la réformation fut républicaine, mais dans le sens aristocratique, parce que ses premiers disciples furent gentilshommes. Les calvinistes rêvèrent pour la France une espèce de gouvernement à principautés fédérales, qui l'auraient fait ressembler à l'empire germanique : chose étrange ! on aurait vu renaître la féodalité par le protestantisme. Les nobles se précipitèrent par instinct dans ce culte nouveau, et à travers lequel s'exhalait jusqu'à eux une sorte de réminiscence de leur pouvoir évanoui. Mais, cette première fervour passée, les peuples ne recueillirent du protestantisme aucune liberté politique.

« Jetez les yeux sur le nord do 1" Europe, dans kpaysbù In réformntioii est née, où elle s'esl maintenue : vous verrez partout l'unique volonté d'un maître. La Suède, la Prusse, la Saxe, sont restées sous la monarchie absolue : leDnnemniTkost devenu un despotisme

iL Le protestantisme échoua dans les pays républicains : il ne put envahir Gênes, el à peine obtint-il

! CçmtV d'histoire mv .

à Venise et à Ferrare une petite église secrète, qui mourut : les arts et le beau soleil du Midi lui étaient mortels. En Suisse, il ne réussit que dans les cantons aristocratiques, analogues à sa nature, et encore avec une grande effusion de sang. Les cantons populaires ou démocratiques, Schwitz, Ury et Underwald, berceau de la liberté helvétique, le repoussèrent. En Angleterre, il n'a point été le véhicule de la constitution, formée, bien avant le xvr siècle, dans le giron de la foi catholique. ... Le peuple anglais fut si loin d'obtenir une extension de ses libertés par le renversement de la religion de ses pères, que jamais le sénat de Tibère ne fut plus vil que le parlement de Henri VIII : ce parlement alla jusqu'à décréter que la seule volonté du tyran fondateur de l'Église anglicane avait force de loi. L'Angleterre fut-elle plus libre sous le sceptre d'Elisabeth que sous celui de Marie » (1)?

Ainsi parlait Chateaubriand. Mais si , remontant un peu plus haut, on médite avec impartialité sur la marche de la société dans les siècles qui ont immédiatement précédé la Réforme, et sur la combinais' n harmonique qui se formait intérieurement des éléments sociaux, on ne peut s' empêcher de voir que le protestantisme, par sa violente apparition et parles

fl) T'.'f >n!e.<; historiques ■ Jnalijsc rnisoniue ch- l'histoire de France, t. iv, al. 111. p.4-!b et suiv.

principes qu'il mettait en avant, a fait reculer pt bientôt disparaître cette forme tempérée d'autorité et de liberté vers laquelle toutes les nations de l'Europe semblaient s'acheminer sous l'influence de l'Église catholique. Le problème difficile à résoudre était d'harmonier entre eux les trois éléments, le monarchique. l'aristocratique et le démocratique ; c'était d'assurer au peuple un appui protecteur , de donner à l'aristocratie unmoyenld'union et un principe de vie , de concilier à l'autorité monarchique l'amour, le respect, la fidélité. Et c'était l'Eglise catholique elle-même qui. avec sa religion, avec sa morale, avec son clergé, formait le lien commun de ces trois éléments, leur contre-poids, leur principe d'harmonie. Avec un peu de réflexion (disons-le en répétant les paroles d'un excellent écrivain moderne déjà cité dans ce discours, et dont les livres méritent d'être répandus et médités par toute l'Europe). « il est bien facile de voir que le clergé, par ses affinités naturelles avec le principe monarchique qu'il trouvait dans l'Église, avec l'aristocratie donl il faisait partie, avec la démocratie déni il sortait, était soûl capable de maintenir l'équilibre et une durable harmonie entre trois éléments aussi dissemblabl . \-- i fort, assez indépendant pour donnera ses collègues, dans l'exercice du pouvoir, l'exemple d'une sage opposition aux injustes exigenc du trône, il possédail trop l'esprit de .subordination, il jouissait d'une trop grande influence pour ne pas

défendre la monarchie contre les entreprises de ses deux rivales. Oter un tel rouage de la machine représentative, comme fit le protestantisme, c'était la détraquer pour toujours, [/hérésie acheva la ruine des libertés politiques par les germes d'anarchie qu'elle sema entons lieux. Quel chaos que PEuropepeti d'années après l'apparition du par Évangile ! Les Etats, menacés d'une dissolution imminente, ne virent de salut que dans la centralisation du pouvoir. En Italie, les petites républiques sont absorbées. En Espagne. les cortès tombent en désuétude. Il en est de même en France des états-généraux, devenus des foyers de discorde. Partout la royauté devient une dictature héréditaire » (l). Si l'on veut voir cette question traiter avec tous ses développements historiques et philosophiques, on n'a qu'à prendre en main l'immortel ouvrage de Balmès (*2).

Il nous suffit à nous d'avoir touché seulement cette grande vérité, que le protestantisme n'a point été par lui-même, pas plus qu'il ne l'est actuellement, un principe générateur de liberté politique: mais Kroù il la trouvée déjà établie, comme en Angleterre et en Suisse, il l'a tout au plus laissée debout, quoique mm sans de violentes convulsions et bien du sang répandu : là où il a trouvé la forme monarchique, comme dans

I Solution de (/ronds problèmes, t mi, p. -210 et suiv. (6 Protestantisme compare ent Catholicisme, t. m, c. lxm

les pays du Nord, il l'a rendue beaucoup plus despotique et beaucoup plus absolue; et, en général, par son action dissolvante, il a obligé les princes à renforcer et à sauvegarder leur pouvoir, et, par là même, à prendre une allure différente de celle beaucoup plus douce et beaucoup plus tempérée à laquelle la société chrétienne d'Europe allait se plier d'ellemême.

Mais le protestantisme a fait bien pis encore pour l'abaissement de la dignité et de la liberté de riiomme au double point de vue religieux et civil. Tandis que, d'une part, il proclamait une absurde liberté individuelle de penser et d'opiner eu matière de religion, ouvrant ainsi une large voie à toute sorte d'erreurs et d'égarements pour l'esprit humain ; de l'autre, par une inconséquence palpable, il asservissait la conscience à la volonté despotique et au caprice de l'homme ; il réduisait la religion à une pure dépendance de l'État, à une branche de l'administration publique ; il créait, enfin, ce qui s'appelle l'Église de l'État, ou Yautocralic religieuse des princes et des gouvernements temporels. Écoutez o t aveu d'un écrivain protestant de Genève, qui jouit aujourd'hui d'une grande réputation parmi eeu\ de ça secte : a 1," Kg fisc d'Etat proprement dite, écrivait enlS/r2 M. Vinct, est une invention de la Réforme, alors qu'ayant peur de son principe, «'lie le nia de fait après l'avoir proclamé de bouehe. La Réforme, en se sépa-

rant de l'Eglise romaine, qui n'était ni la multitude ni le pouvoir civil, devait, pour trouver un chef, se retourner ou vers le peuple ou vers le pouvoir civil. Son principe l'aurait dû faire se retourner verp le peuple ; mais , généralement , c'est ce qu'elle n'osa faire, et, pour avoir une autorité présente et visible , elle s'adressa au pouvoir civil , en le faisant évèque. C'est là le caractère des Églises d'État ; on peut le définir par ces mots : Episcopat du gouvernement civil.,., Ainsi donc, les véritables Églises d'État ne sont pas si anciennes : elles datent du xvi° siècle, et on peut les appeler, sans leur faire injure, l'avorton du protestantisme » (1). Et nous ajouterons, nous, qu'il n'était pas au pouvoir de la Réforme de choisir entre le peuple et le pouvoir civil, si elle voulait atteindre son but et prendre racine. Le pouvoir civil seul, avec les moyens coërcitifs dont il peut disposer, pouvait être un instrument propre à ses lins. Et, en effet, nous voyons dans l'histoire que partout où le protestantisme a jeté ses racines, le pouvoir civil s'est établi maître de la Réforme, comme de sa propriété, et, en conséquence, l'a imposée au peuple avec le ministère des prédicants, avec des lois tyranniques et cruelles et avec le bras du bourreau. La Suède sous Gustave Wasa, le Danemarck B€>us

(1) Essai s»r la manifestation des conviction': religieuses , par A. Yixkt: P -\ p. 368; 968.

Christiern, l'Angleterre sous Henri Vil 1, et tant d'autres pays du Nord, enfin les gouvernements mêmes démocratiques de la Suisse sont une preuve historique de cette grande vérité. Les protestants eux-mêmes sentent, aujourd'hui la servitude, la dégradation religieuse et civile où les a conduits eette tyrannique autocratie de l'Etat. De là ce grand mouvement qui se manifeste parmi eux de tous côtés pour affranchir ce qu'ils appellent leur Eglise du joug de l'État, pour obtenir Y autonomie ecclésiastique, ou le droit pour l'Église de se régir par ellemême. Ils invoquent pour exemple et pour appui [a constitution même de l'Église catholique, la distinction essentielle qui y est reconnue entre la puissance civile et la puissance spirituelle, son autonomie et son indépendance par rapport au pouvoir politique . les excellents effets qui en résultent. « L'Église catholique, écrit l'auteur que nous venons de citer, lie s'esl jamais laissé absorber par l'État. On doit lui rendre cette justice, elle n'a jamais connu la servitude, elle n'a jamais donné son indépendance pour prix de Bes privilèges. Elle a ses lois, elle a ses règles, elle a son esprit; elle s'appartient à elle-même, s'écoute, se répète. Protégée par sa doctrine, qui fait descendre absolument toute vérité du siège apostolique, elle se tient dans son domaine et relègue l'État dans le sien. Elle ne dédaigne pas de commander : mais elle dédaigne encore plus d'obéir : c'est là sa gloire, gloire

pure et digne d'envie » (I). Ils confessent, en un mot, de la manière la plus éclatante , que le protestantisme, en mentant à sa devise de liberté et d'indépendance, a produit pour les peuples qui en sont la proie l'esclavage et l'oppression.

Et, en effet, quel esclavage plus dégradant que de recevoir, comme pour obéir à une loi établie, la religion de l'État, c'est-à-dire de se la laisser imposer par ce qui n'a aucune mission légitime d'enseigner, de prêcher, de faire des lois en matière de croyances religieuses, aucun droit sur la conscience des peuples? L'Église catholique le proclame, ce droit, pour elle-même; clic veut qu'on le reconnaisse, parce qu'elle le possède Légitimement, parce qu'elle en a reçu la mission et l'investiture solennelle du Christ, divin auteur et consommateur de notre foi, parce qu'elle peut montrer et qu'elle montre à quiconque ne se rend pas coupable d'un aveuglement volontaire ces caractères divins, ces motifs évidents de crédibilité, qui prouvent incontestablement sa mission. Elle exige la foi a sa parole, parce qu'elle prouve qu'elle es! l'organe infaillible de la vérité, parce que les dogmes qu'elle propose a croire comme surnaturels ei horde la portée de l'entendement humain sont appuyés par une autorité extrinsèque suffisante pour lerendre évidemment croyables, de façon que l'homme

I Essai, |». 301, 369

penf et doit, s'il ne veut se rendre coupable d'une faute grave, leur donner son assentiment, y soumettre sa raison, les croire de cœur et les confesser de bouche, sans résister jamais à la grâce qui accompagne toujours l'enseignement plein d'autorité de l'Église. Mais le gouvernement civil, le pouvoir temporel, n'a rien de tout cela; cela n'entre pas dans son droit ; ce n'est pas là la fin pour laquelle il a été établi ; cela est hors de toute proportion avec les moyens dont sa nature lui permet de disposer. Et s'il agit à rebours de tous ces principes, s'il veut entrer dans le sanctuaire des consciences, s'il veut porter la main sur l'arche de Dieu, sur les choses et les personnes de Dieu et de son Église, il exerce une tyrannie que condamne la foi autant que la droite raison , il impose au peuple un joug contre lequel proteste la conscience religieuse et morale autant que le sentiment de vraie liberté et de dignité humaine. Et telle a été toujours la tendance et l'allure du prot tantisme, partout où il a pu développer sa libre action; tels sont aussi les fruits, dans l'ordre même civil, que les peuples en ont recueillis.

Que ce soient là, non des déclamations exagérées ou des appréhensions imaginaires d'esprits étroits et rétrogrades, mais de profondes vérités historiques, un salutaire avertissement pour l'Italie , afin qu'elle se mette en garde contre les assertions insidieuses et mensongères de ceux qui se vantent d'être ses amis

passionnés et de ne vouloir que sa gloire, tandis que tous leurs désirs, tous leurs efforts tendent à lui importer le plus grand des maux, qui est le protestantisme. Et puisqu'ils ont toujours à nous objecter la prospérité et la grandeur politique de l'Angleterre protestante , déjouons encore ici le sophisme et le mensonge. Personne plus que moi n'admire ce qu'il y a de bon et de grand dans l'illustre nation britannique, dans son gouvernement, dans ses lois, dans les qualités de ses membres. J'admire l'ordre légal qui partout y domine ; le respect tout particulier qu'on y a généralement pour les lois ; la ténacité louable avec laquelle on y observe les usages traditionnels. J'admire dans cette nation le génie des arts mécaniques, une ardeur sans pareille pour l'industrie et le commerce , un courage intrépide pour tout ce qu'elle entreprend , un caractère sérieux , réfléchi , d'un flegme tout particulier.

Mais que tout cela soit la conséquence et le fruit du protestantisme, c'est ce qu'on ne pourra jamais prouver ni établir. La constitution anglaise, comme on Ta déjà fait remarquer, est une œuvre d'ancienne date et d'origine catholique, et le clergé catholique lui-même y a pris une très grande part; et, par conséquent, lorsque la nation eut le malheur de rompre avec la foi de ses ancêtres, elle se trouvait déjà constituée catholiquement et habituée d'avance aux formes du gouvernement représentatif. Tout le reste

appartient au génie national et aux habitudes de ce peuple; et il n'en aurait pas été autrement quand même il serait demeuré fidèle à l'Eglise catholique, comme aucune différence ne s'aperçoit de fait sous ce rapport dans la partie de la nation, assez considérable et de jour en jour plus nombreuse, qui professe publiquement la religion catholique. Il n*y a donc rien en cela dont le protestantisme ait à s'enorgueillir, comme d'un mérite qui lui appartienne exclusivement. La prospérité du commerce, l'empire des mers, l'étendue des conquêtes, l'abondance de l'or, ont été longtemps et à un très haut degré en partage à l'Espagne et au Portugal, royaumes alors fortement attachés à la foi catholique. Que si l'Angleterre protestante se fait un titre de gloire de l'établissement colossal de la Compagnie des Indes, l'Europe catholique du moyen-âge saura lui opposer l'institution commerciale bien plus vaste et bien plus gigantesque de la ligue dite des villes anséatiques, qui disposait de tant de flottes, qui pouvait soutenir de longues guerres contre les potentats de l'Europe, et former avec eux des traités de commerce et de paix. Mais si l'on veut ensuite tenir compte de tous les éléments dont le calcul cluit fntrer dons l'examen de ce problème; si l'on met dans la balance ce qu'a fait réellement le protestantisme en Angleterre : l'illusion disparaît, et je se voudrais pasà ce prix pour toi, ô ma chère Italie! le sort ii la condition de ce royaume. .Je n'avancerai

que des faits avoués ouvertement, voire même déplorés par des écrivains de ce pays, des faits dont j'ai été moi-même témoin oculaire.

Je ne rappellerai pas le fait remarquable, déjà exprimé avec beaucoup de vérité par le comte de Maistre, que le peuple anglais, pour jouir de sa liberté civile, a le privilège d'être de toutes les nations policées la plus surchargée de taxes. Mais je dois rappeler qu'il n'y a pas de pays où les fortunes se trouvent plus inégalement réparties, à l'avantage exclusif d'un petit nombre de familles; de sorte que, si d'une part vous avez le spectacle de l'opulence et du luxe le plus inouïs , vous avez de l'autre , et dans les grandes masses du peuple , celui du paupérisme le plus désolant et de l'indigence la plus extrême. Je rappellerai comment une partie nombreuse du peuple, manquant de pain, passe dans les souterrains la plus grande partie de sa vie, employée à creuser les mines de charbon fossile où , sans parler de tout ce qu'a de triste ce genre de vie, ils sont continuellement exposés aux explosions subites des mines, au point qu'il ne se passe pas d'année que des centaines de travailleurs y restent engloutis. Je rappellerai comment tant d'enfants des deux sexes sont condamnés à consumer leurs jeunes années dans des fabriques fétides, et si la loi ne fût venue à leur secours, la moitié, pour ne pas dire les deux tiers d'entre eux, n'arriverait pas à l'ftge mûr. Je rappel-

iu;ii comment le clergé de l'Église établie nage dans 1" opulence et s'engraisse des dépouilles de l'Église catholique, sans que la charité ou la bienfaisance lui persuade d'en rien retrancher pour le soulagement des populations affamées. Que dire ensuite au sujet de l'infortunée Irlande, qui, avec sept millions de catholiques contre un seul million de protestants, est forcée de remettre ses dîmes aux ministres et aux prélats protestants, tandis que ses propres pasteurs catholiques gémissent dans le besoin des choses les plus nécessaires à la vie ; l'Irlande, où régnent depuis bien des années toutes les horreurs de la misère et de la famine, où chaque année offre le spectacle lamentable de malheureux mourant de faim par milliers, où d'autres milliers ou centaines de milliers s'en vont, pour apaiser le même besoin, pales et déguenillés, à travers les mers, demander un asile aux terres lointainequ' habitent des peuples sauvages. Cette grandeur donc et cette prospérité qu'on nous donne pour exemple et pour modèle ne sont, à vrai dire, qu'une grandeur et une prospérité de quelques rUi.->»> privilégiées, acouises au prix des privations de toutes sortes et des souffrances de la multitude, et cimentées 4e son sang ci'iimie de ses larmes. Ah ! c'est qu'il y manque l'esprit catholique, la foi catholique, la charité catholique, |e sacerdoce cailioli* [in- : c'esl parce. que tant d'institutions de bienfaisance chrétienne, au inoyn desquelles le catholicisme pounoit avee tant de sol-

licitudc au soulagement et au soutien des classes indigentes, manquent à l'Angleterre protestante, et que le langage de la vraie charité chrétienne, qui parle si éloquomment au cœur des catholiques et leur persuade si efficacement de compatir à la misère, ne peut, en général, trouver accès dans le cœur du protestant livré au luxe et aux agitations d'une vie toute mondaine. Je voudrais bien qu'on lût en Italie te que dernièrement un ministre anglican, sir Thomas Allies, écrivait sur ce sujet dans son journal, qui contient le résultat des observations faites par lui-même dans son voyage en France et dans une partie de l'Italie de Fan 18/j5 à I8Z18. Oh ! comme il sait bien, subjugué qu'il est par l'évidence de la vérité, rendre hommage à tout moment à cet esprit catholique de bienfaisance xraiment chrétienne dans les pays catholiques! Oh! comme dans le parcours qu'il l'ait des villes de la haute Italie, il exalte la ville de Gènes pour ses établissements de charité ! Et comme il sent et exprime vivement le vide que l'absence de pareils biens produit en Angleterre! » Oh! s"écrie-t-il, quand viendra le jour où mon pays se signalera de nouveau par de semblables œuvres de charité chrétienne et par cette même ardeur à porter la croix do Jésus- Christ au milieu des péchés et des faiblesses d'un monde corrompu? Plût à Dieu qu'au lieu de tant de biens temporels i' Angleterre eût encore une fois le privilège d'être l'île des saints! Mais cela est impos-

siblo tant qu'elle s'obstinera à renier, à déprécier et à méconnaître l'honneur du célibat que s'imposent ceux qui se consacrent au saint ministère, et le pouvoir du sacrifice de Jésus-Christ se transmettant de lui-même à ses membres » (1).

Mais le mal ne se borne pas encore là : il \ a d'autres ulcères plus mortels comme plus profonds qui rongent les entrailles de ce grand peuple, et qu'il doit pareillement à son protestantisme. Des sectes religieuses sans nombre s'y disputent le terrain, et chaque jour en voit éclore quelque nouvelle de plus en plus étrange. La vérité chrétienne est mise en pièces et horriblement défigurée par mille opinions inconsistantes et contradictoires, tellement que personne ne sait véritablement ce qu'il croit un jour ou ce qu'il croira le lendemain. Si vous portez vos regards vers l'État, la religion et l'Église officielle > sont une affaire de pure police et d'intérêt politique; si vous considérez les classes élevées, la religion s* y réduit à un objet de bienséance et de convenance sociale ; si vous approfondissez la situation morale de la masse du peuple, vous n'y trouvez au fond qu'un semi-paganisme. Il ne sait mot des mystères chrétiens, il ne pense ni à Dieu ni à l'autre vie; sans moyens d'instruction, privé des secours religieux,

i Journal in Franct In 11 548 ii'Uh tetfers from

Itahi in 1 ^ 17, by Thomas Wilh.

n'y songeant même pas, plongé dans le vice, il vit et meurt dans la plus crasse ignorance de ses éternelles destinées et dans la dégradation morale la plus profonde. Nous aurons occasion, dans le cours de cet ouvrage, de parler de ces faits avec plus d'étendue, et nous saurons les confirmer par des témoignages d'écrivains anglicans.

Je voudrais seulement faire bien comprendre cette grande vérité, que la grandeur et l'indépendance politiques, et même la richesse nationale, ne sont point synonymes ni l'équivalent de la vraie prospérité sociale, et, pour mieux dire, peuvent fort bien subsister sans cette dernière ; et c'est là précisément le cas de l'Angleterre, où le bien suprême auquel tout le reste se sacrifie est la grandeur politique et nationale, et où le bas peuple est laissé dans le plus extrême dénûment de ces avantages moraux, religieux et même temporels, qui forment le véritable bien-être des nations. Ah ! il n'y a qu'une religion comme la religion catholique qui se rapporte et se consacre tout entière au bien de tous ; qui, dans l'inépuisable fécondité de sa charité, se fasse toute à tous, et exerce son action bienfaisante sur toutes les classes sociales pour former cette égalité religieuse et morale qui est comme le contre-poids et le remède en même temps de l'inégalité inévitable des richesses, des emplois, des talents, des honneurs dans la société civile ; il n'y a, dis-je, qu'une semblable religion qui soit faite

pour donner au peuple la vraie prospérité et le vrai bonheur. Et cette religion venue du ciel s'accommode et s'adapte merveilleusement à toutes les formes politiques des gouvernements terrestres, pan» que. comme Balmès le dit excellemment, elle est comme le soleil qui illumine tout, qui féconde tout, qui raffermit, tout, tandis qu'elle ne craint elle-même ni obscurcissement ni déclin.

Si l'Angleterre devenait catholique, les maux intérieurs si graves qui la travaillent trouveraient leur remède le plus efficace . sans que sa grandeur nationale et son indépendance politique fussent compromises. C'est aussi le vœu universel, l'objet des prièreâ les plus ardentes du monde catholique . et la douce espérance d'en voir l'accomplissement s'accroît et se fortifie tous les jours. Déjà on sent en Angleterre l'influence et l'action salutaire du catholicisme sur les classes pauvres et abandonnées; déjà on admire l'esprit de sacrifice, dont il n'y a que le sacerdoce catholique et les instituts religieux enfantés par l'Église catholique qui puissent être animés; déjà le culte catholique, étendant ses conquêtes de toutes parts, multiplie partout les églises, les écoles, tes établissements de charitéi

Heureuse l'Angleterre, si elle retrouve entin le tr< de son antique foi, (terri elle était autrefois si richement dotée, mais dent elle a l'ait, hélas, il v a trois siècles», le funeste abandon !

M;iis malheur à l'Italie , dois-je le redire, ou malheur à cette partie de l'Italie qui se laisserait enlever ce trésor dans l'espoir éphémère et mensonger d'en devenir plus grande, plus heureuse, plus indépendante! Si j'élève si haut ma voix, c'est que le danger, il faut bien le dire, n'est pas encore passé. Les soi-disant régénérateurs de l'Italie, après avoir donné au monde la preuve évidente de ce qu'ils ont pu faire pour elle, en la plongeant dans tous les maux de l'anarchie, de la licence et de l'impiété, et en la rendant la fable des nations étrangères, n'abandonnent point leur œuvre malgré Ifeà pertes qu'ils ont subies: ils ne cessent, par des moyens ostensibles ou occultes, de souffler le feu de la discorde et l'esprit de révolte parmi le peuple italien; ils poussent surtout S la haine du sacerdoce comme du culte catholique et du Saint-Siège. E* certaines contrées de l'Italie, la presse publique favorise et propage cet esprit pestilentiel. En Angleterre, les sociétés protestantes les plus fanatiques s'agitent et se remuent de toute manière pour faire don à l'Italie du pur Evangile. Un moine italien apostat, trop tristement connu en Italie et à Rome, continue dans son fol aveuglement à diriger cet le croisade protestante. Au milieu des ovations et des copieuses largesses que lui font les meetings évangéliques et méthodistes de l'Angleterre . il s'en va criant bien haut qu'il a reçu l'Évangile immédiate-

ment de Dieu comme les apôtres, et avec l'Évangile, la mission de régénérer l'Italie à la vraie foi évangélique. La partie cisalpine de l'Italie surtout est le point de mire et l'objet des espérances de ces émissaires de la réforme, parce qu'ils y trouvent un libre champ d'action et des conditions favorables à leurs desseins.

Mais tous ces efforts du protestantisme, de l'apostasie et de l'incrédulité seront encore une fois impuissants. Plusieurs graves rajsons m'en donnent la conviction et m'en inspirent la confiance. J'ai foi à l'esprit religieux et aux dispositions en quelque sorte natives de la généralité des nations italiennes, en qui le catholicisme est devenu comme une seconde vie. J'ai foi dans la piété et la religion sincère de tous les princes auxquels la divine Providence a confié le gouvernement des diverses provinces de l'Italie. J'ai foi dans le clergé séculier et régulier italien, qui, s'il a pu un instant se laisser séduire et jeter hors de la voie par les derniers mouvements révolutionnaires, n'en est pas moins, à parler en général, fidèle à sa mission. J'ai foi, et très grande foi dans l'union admirable , dans la fermeté apostolique et le zèle pastoral de l'épiscopat italien. Si au \vi' siècle l'Allemagne, le Danemark. In Suède, l'Angleterre, sont restés en proie à l'hérésie et nu schisme, d'où cela venait-il, que de la dégradation , de la faiblesse et de l'abjection où étaient

tombés par leur faute les évêques de ces pays en général, qui, au lieu d'opposer comme un rempart d'airain aux entreprises de la réforme, que soutenaient les princes, se firent les ministres des volontés despotiques et impies de leurs monarques? Mais l'Italie au milieu du xixe siècle offre le doux et consolant spectacle d'un corps épiscopal pur et sans tache, tout entier animé d'un même sentiment et d'un même zèle pour les intérêts de Dieu et pour la défense de son Église , uni par un concert merveilleux à la chaire apostolique, mère et maîtresse de toutes les Églises , docile et soumis à la voix de son chef suprême , et prêt à sacrifier tous les biens de ce monde , et la vie môme, plutôt que de manquer aux sublimes devoirs du ministère pastoral. Un épiscopat de ce caractère sera toujours une barrière insurmontable à tous les efforts de l'hérésie; insurmontable, dis-je. parce qu'il est uni à la chaire de Pierre, qu'il écoute la voix de Pierre, toujours vivant et parlant dans le pape son successeur. Et c'est ainsi que Pierre a fait entendre sa voix dans l'immortelle encyclique que le pape Pie TX adressait naguère à l'épiscopat italien, et dans laquelle il signalait avec une haute sagesse les maux religieux de l'Italie, et les dangers dont elle est encore menacée, suggérait les remèdes les plus opportuns, et donnait par ses exhortations une nouvelle force au zèle et à la vigilance des évêques de la Péninsule; exhortations dont on a vu déjà les fruits

les plus salutaires, en particulier par les conciles provinciaux d'Italie assemblés pour affermir la foi et prémunir les peuples. Mais à tant et de si forts motifs de confiance , ne dois-je pas ajouter celui qui les couronne et les consacre tous? Quand le ciel opère des prodiges si éclatants et si multipliés, pour ranimer la foi catholique dans le cœur des Italiens, n'aurait-on pas droit de conclure que Dieu veut conserver F Italie exempte de l'erreur? Quand celle qui, comme le chante l'Église, a exterminé toutes les hérésies dans le monde entier, ne cesse, par un ineffable prodige , de remuer des yeux pleins de bonté et de douceur en présence des foules ravies, accourue- tk l'Italie entière , ce qui a pour effet la conversion des cœurs, la réforme des mœurs, le retour de la piété . le triomphe de la foi et la confusion des incrédules , n'aurait-on pas toute raison dédire que Marie aime l'Italie d'un amour maternel et spécial, et qu'elle In couvrait de son manteau invulnérable, alors même que son peuple s'était rendu moins digne de son patronage si digne d'envie?

Que l'Italie montre donc à son tour sa gratitude et sa reconnaissance pour co^ gages merveilleux et vraiment privilégiés de la protection et de la faveur du ciel. Qu'elle y fasse reposée la confiance qu'elle a d'un meilleur avenir , en ne résistant pas a\ec folie, mais en se conformant avec fidélité à l'ordre de la Providence. Qu'elle se souvienne que le péché, suivant

l'oracle infaillible de r Esprit-Saint . rend malheureux les peuples aussi bien que les individus. Et quoi péché plus grand que de renier, d'altérer ou d'insulter ectte foi divine qui présente tant et de si brillants caractères de vérité, cette foi scellée du sang de tant de martyrs, et qui opère tant de prodiges? Qu'elle se souvienne que c'est aux nations comme aux individus à se pénétrer de cette grande maxime du Sauveur : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu , et tout le reste vous sera donné par surcroit. » Et le royaume de Dieu , ce sont précisément les biens suprêmes de l'homme, la foi, la religion, la moralité. Ce sont là les biens que toute nation doit rechercher avant le reste, parce que, en dernière analyse, toute nation se compose d'individus , et qu'elle ne peut sacrifier ou méconnaître le bien suprême des individus sans se donner la mort à elle-même. C'est de la con- >er\ ation de cette sorte de biens que dépendent naturellement l'ordre public et particulier, le maintien des lois, le respect de tous les droits d' autrui, les rapports de bienveillance entre les citoyens, la confiance mutuelle des rois et des sujets, la paix , la stabilité, la sécurité, véritables fondements de toute prospérité sociale, quelles que soient les formes politiques des gouvernements. Car c'est un principe bien faux que de faire dépendre la perfection sociale , la prospérité et la sécurité publiques, d'une forme unique de constitution politique, tandis que, même les publicistesles

moins suspects . tels que Bentham, Ahrens et beaucoup d'autres, ont été forcés d'avouer « que les formes de gouvernement n'ont pas l'importance qu'on leur attribue dans les temps modernes » (1).

Que l'Italie ne se lasse donc pas d'user à son plus grand avantage des biens réels et si excellents qu'elle a reçus avec abondance de la Providence divine, sans se laisser séduire par des utopies éphémères, par un idéal chimérique de perfection sociale, dont la réalisation serait le bouleversement de tous les droits les plus légitimes et ne produirait que des fruits amers pour ceux qui en feraient l'expérience. Dans la beauté de son climat, dans sa situation physique, dans la fertilité de son sol, dans le génie industrieux et vif de ses habitants , dans le nombre et le mérite de ses monuments, dans la culture des sciences, des beauxarts et de toutes les connaissances utiles, l'Italie possède assez de richesses pour n'avoir à en envier à aucune nation , et pour être même , par rapport à quelques-uns de ces avantages, un objet d'envie pour les autres. Qu'elle se porte donc avec l'ardeur et le savoir-faire qui lui sont propres à faire valoir et multiplier les biens que je viens de dire à l'avantage de la fortune publique. Qu'elle s'applique à guérir le< plaies douloureuses et profondes que lui ont faites les déplorables événements de ces dernières années et

Il Ahrens, Filosofia del diritto, p. 655.

qui saignent encore. Ou'elle accepte avec confiance et reconnaissance ces garanties et ces libertés civiles plus ou moins étendues que la sagesse de ses princes a jugé à propos d'accorder dans leurs États respectifs, selon qu'il convenait mieux à la nature de ces États, à leur tranquillité et à leur véritable bien-être. Que tous ceux qui ont vraiment à cœur le bien et la prospérité de l'Italie contribuent, de leurs personnes, de leurs conseils et de leurs exemples, à raffermir l'ordre établi, à relever la confiance des peuples, à faire aimer et respecter l'autorité des magistrats. Mais, pour que tous ces avantages civils prospèrent et s'augmentent, alimentés et protégés par les bénédictions du ciel, que l'Italie soit, avant tout, jalouse du trésor de sa foi, qu'elle soit docile et finalement dévouée a cette Église catholique, l'unique véritable, qui l'a engendrée à Jésus-Christ ; et qu'elle se pénètre davantage d'amour et d'obéissance pour ce centre de l'unité catholique, pour cette chaire de saint Pierre, qui est le fondement inébranlable donné par Dieu à son Église, et qui a toujours été, particulièrement pour l'Italie, un signe de bénédiction et de salut. \insi pourra-t-elle justement espérer la félicité à laquelle elle aspire, et atteindre a la grandeur qui fait l'objet de ses efforts.

J'ai cru à propos de mettre en avant ces considérations, pour faire mieux connaître l'esprit, comme le but de l'ouvrage que je présente à l'Italie. C*es1

— 4u — vrai dire en Angleterre que je l'ai coinni'm .-. et même terminé. Poussé par la tempête \iolenle, qui atteignit subitement et dissémina dan> les vil^-sii Italie mon humble société, à chercher ailleurs un abri, je trouvai en Angleterre, parmi mes frères de pre sion, une douce et bienveillante hospitalité, et je pus sur un sol étranger continuer à vivre jésuite, faculté qui m'était refusée sur le sol catholique de ma patrie. Du repos de ma retraite , je voyais avec douleur les maux auxquels l'Italie était en proie, les périls que courait sa foi, les pièges qu'on lui tendait, les efforts et les menées du protestantisme unissant ses for à celles de l'incrédulité, les dévastations et les ruines qui s'accumulaient de jour en jour. Désireux de porter secours, selon mes forces , au moins par quelque écrit, à mes concitoyens, je formai le dessein d'un ouvrage qui leur démontrât de la manière la plus simple, la plus solide, la plus évidente, la plu.-, irréfutable, la fausseté intrinsèque, l'absurdité, la nullité enfin du protestantisme.

Sans doute que ce système d'erreur est attaquable de cent manières, et par autant d'endroits qu'il offre d'inconséquences, ou qu'il y a de dogmes chrétiens qu'il nie, ou qu'il falsifie, ou qu'il dénature, et que tous ces moyens reviennent toujours à la ni-'ine démonstration. Mais la voie qu'on suivrait ainsi esl longue et embarrassée : y au>ir reonii>. ce serait faire rumine ,-clui qui couperai! . l'une après l'autre. 1-6

branches d'un arbre au lieu de l'abattre d'un seul coup par le pied, comme c'est, en effet, ce que j'ai voulu faire. Tout système philosophique ou religieux a un principe fondamental, vital, qui l'informe, le soutient, le pénètre dans toutes ses parties.

S/.iritus in/ùs alit, totamque infusa per artus Mens agitât mole m.

('/est de ce principe qui l'anime que dépend, à proprement parler, le système entier : si ce principe repose sur l'erreur, s'il est illogique, tout le système croule avec lui et tombe renversé. Or, dans le système protestant, comme dans le >\stème catholique, quel e>t ce principe fondamental, vital, dominant , sinon leur règle de foi respective ? A ce principe donc doit se ramener toute la lutte élevée entre le protestantisme et le catholicisme ; c'est sur ce champ de bataille que doit se décider la grande querelle. Tel est aussi le dessein comme la tache particulière du présent ouvrage.

J'examine la règle de toi protestante sur tous les points où elle pourrait chercher un appui, en la mettant en regard avec l'Écriture sainte, avec l'antiquité et la tradition ecclésiastique . avec l'histoire des hérésies, avec la théologie chrétienne, avec la polémique, avec la morale, avec le sens commun, et je démontre qu'à tous ces divers points de vue. eUe illogique, impuissante, funeste, antichrelienne. J'ap-

pellerai Polémique négative cette première partie, qui a pour principal objet de déblayer en quelque sorte le terrain de la discussion.

Mais, pour mieux convaincre l'erreur par sa confrontation avec la vérité, je me mets ensuite à examiner la règle de foi catholique sous les mêmes rapports bibliques, traditionnels, théo logiques, rationnels, moraux , polémiques enfin ; et je démontre qu'elle remplit, sous tous ces rapports, sa fonction de règle de foi, qu'elle seule répond à toutes les exigences de la foi et de la raison , qu'elle seule a été donnée de Dieu pour fondement au christianisme, pour salut au genre humain. C'est pourquoi je donnerai à cette seconde partie, dont le but est d'élever notre édifice, le nom de Polémique positive.

Enfin, pour mettre le sceau et comme le couronnement à ces considérations qui forment les deux premières parties de l'ouvrage, j'en ajoute une troisième toute de faits, que j'appellerai la partie histor'njue. morale, et dont je demanderai les matériaux au protestantisme lui-même, en m' appliquant à bien faire connaître quel a été le caractère moral des hommes qui ont introduit cette prétendue règle de foi, comme de ceux qui ont été les premiers à la suivre et à la propager; quels moyens ils ont employés pour l'établir et l'imposer aux peuples, et quels sont les fruits qu'ils en ont recueillis : quelle est la moralité de ceux qui abandonnent la foi catholique pour embrasser la

règle de foi protestante, et, réciproquement, quelle est la moralité de ceux qui renoncent à Terreur protestante pour suivre la règle de foi catholique ; quel est l'état actuel du protestantisme en conséquence de sa règle de foi, malgré toutes les circonstances qui en ont favorisé le développement , et , réciproquement, quel est l'état actuel du catholicisme en vertu de sa règle de foi , malgré tous les obstacles que lui ont suscités ses adversaires, malgré tous les assauts qu'ils lui ont livrés. Enfin , je mets en parallèle , d'un côté, l'état de perplexité, d'incertitude et d'angoisses de conscience que la règle de foi protestante doit produire en ceux qui la suivent pendant leur vie et surtout au moment de leur mort; et, de l'autre, l'état de parfait repos, de sécurité et de confiance que la règle de foi catholique procure à ses adhérents, tant dans le cours de leur vie qu'à la dernière heure de leur pèlerinage.

Voilà, en peu de mots, tout le dessein de cet ouvrage. Mon intention n'est pas d'écrire pour les rationalistes purs, pour les incrédules ou les athées pratiques. Avec des gens de ce caractère , toute discussion est inutile ; peu importe à leurs yeux quelle est la vraie religion, quelle est la foi qu'on doit professer pour atteindre la fin si désirable à laquelle Dieu nous a destinés. Privés de tout principe fixe de vérité et de morale religieuse, ou, pour mieux dire, opposant une résistance obstinée au cri de leur conscience, à toutes

les lumières de la grâce et munie de la droite raison, esclaves d'intérêts matériels et de plaisirs brutaux, idolâtres d'eux-mêmes enfin , ils représentent trop bien ceux dont F Esprit-Saint nous a laissé la description dans l'épîtrede l'apôtre saint Jude : « Hommes... impies, qui changent la grâce de notre Dieu en une licence effrénée et qui renoncent à Jésus-Christ, notre unique maître, notre Dieu et notre Seigneur.... qui souillent la chair par leur corruption, méprisent toute domination et maudissent ceux qui sont élevés en dignité.... condamnent avec exécration tout ce qu'ils ignorent, se corrompent en tout ce qu'ils connaissent naturellement comme les bêtes irraisonnables. Malheur sur eux, parce qu'ils suivent la voie de Caïn. et qu'étant trompés comme Balaam et emportés par le désir du gain, ils s'abandonnent au dérèglement, et qu'imitant la rébellion de Coré, ils périront comme lui. Ces hommes-là sont le déshonneur des festins de la charité , lorsqu'ils y mangent sans aucune retenue; ils n'ont soin que de se nourrir eux-mêmes: ce sont des nuées sans eau que le vent emporte çà et là ; ce sont des arbres qui ne fleurissent qu'en automne, des arbres stériles, doublement morts et déracinés; ce sont des vagues furieuses de la mer dViii sortent, comme une écume sale, leurs infamies ; ce sont des étoiles errantes auxquelles une tempête noire et ténébreuse est réservée pour IVtornité. » Je dirai d'eux aver V Dante, mais pé-

nétré do douleur et déplorant de cœur leur aveuglement :

Dilor non ti curar, ma guarda e passa.

J'écris pour les catholiques qui ont besoin d'être raffermis, dans leur foi , et prémunis contre les pièges <l'.' l'erreur; pour ceux aussi d'entre eux qui. sans ;ivoir le même besoin que les premiers, désirent mieux apprécier tout le prix de la vérité catholique . et jouir davantage de son triomphe ; enfin, pour les protestants eux-mêmes qui , quoique séparés de la \niie Église, professent cependant une religion, quelle qu'elle soit d'ailleurs, de dénomination chrétienne, et., adhérant au christianisme historique, positif, révélé, sont convaincus de sa nécessité pour le bien de la société humaine. Pour ces derniers , l'ouvrage que nous entreprenons est d'une importance vitale. Obligés qu'ils sont par le caractère même des principes qu'ils professent d'examiner sérieusement quelle est la vraie doctrine chrétienne , quelle est la vraie Église établie par Jésus-Christ, ils trouveront dans la question fondamentale que nous débattons ici le moyen clair, facile et expéditif de rentrer sûrement dans la voie de la vérité.

Du reste, la question qui fait l'objet de cet ouvrage. je veux dire la règle de foi protestante comparée avec la règle catholique , a déjà été traitée et développée avec habileté par des écrivains catholiques de

marque, et nous n'avons pas la prétention de dire des choses nouvelles. Pour ne rien dire des célèbres controversistes plus anciens, comme Bellarmin, Du Perron, Stapleton, les frères de Wallembourg, qui ont composé sur ce sujet des ouvrages considérables, les temps plus rapprochés de nous ont vu paraître sur cette même matière plusieurs excellents traités qui méritent une mention spéciale. Tel est l'ouvrage intitulé la Fin d'une controverse religieuse, composé par l'illustre Mimer, qui a si bien mérité de la cause catholique en Angleterre , et dont la première partie roule tout entière sur les règles de foi catholique et protestante. Telles sont les Conférences, qu'on ne recommandera jamais assez, de l'illustre et savant cardinal Wiseman sur les principales doctrines de l'Église catholique, et dont les huit premières sont tout entières consacrées à ce même sujet, qu'elles traitent avec cette force de raisonnement, cette vigueur de style, cette solidité de preuves, cette profondeur d'érudition, qui caractérisent tous les ouvrages de cet éminent écrivain. Tel est aussi le précieux ouvrage de Mgr Malou, ce docte professeur de Louvain, devenu évêque de Bruges, ouvrage qui, sous le titre: De la Lecture de la Bible en langue vulgaire, embrasse véritablement la discussion exacte et détaillée de la règle protestante. Tous ces monuments littéraires, dont la polémique moderne contre le protestantisme nous a enrichis,

nous ont été d'un grand secours pour notre propre travail, aussi bien que d'autres publications historiques et polémiques, telles que les Vies de Luther, de Calvin et de Henri VIII, par Audin, les derniers et si importants écrits du savant professeur Dœllinger sur la réforme, les ouvrages du P. Newman, la gloire et le soutien de l'Église catholique en Angleterre, et d'autres encore que nous pourrions nommer. Nous nous sommes du reste appliqué, pour atteindre notre but, à être clair, méthodique, populaire môme autant que nous le permettait ce sujet. Dieu veuille dans sa miséricorde répandre sa bénédiction sur notre travail ; car s'il ne lui donne sa grâce, et par elle la vie et l'accroissement , c'est vainement que l'homme cherche à planter et qu'il arrose le terrain de ses sueurs.

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