INTRODUCTION
§ 1er. — DE LA NATURE DE LA FOI.
Avanta-is de la foi. — Ses effets merveilleux. — Sa définition. — Analyse de cette définition. — Objet de la foi. — Assentiment , et qualités qu'il doit avoir.
La foi surnaturelle et divine, dont Notrc-Seigncur J ésus-Christ est l'auteur et le consommateur, est le don le plus sublime et le plus précieux que Dieu ait fait à l'homme. Par elle, l'homme est élevé au-dessus de sa nature ; il pénètre le ciel, atteint, comme s'il les avait présentes à ses sens, les choses divines, et adhère fermement à l'éternelle et immuable vérité. Dans elle consistent le fondement de la vie chrétienne, le principe et la racine de la justification et du salut, l'ancre ou le soutien de l'espérance, et elle ne peut être une foi vive et féconde sans avoir pour compagne inséparable la ( 'hanté, qui en forme comme l'àme et la vie. C'est par cette foi que le chrétien, se surpassant lui-même, voit d'un œil indifférent les choses passagères et périssables, méprise les attraits séducteurs que le monde
— 5G — lui présente d'accord avec les passions pour le détourner de ses immortelles destinées , devient courageux et fort contre toutes les traverses et les calamités de la vie, et, saluant son éternelle patrie qu'il contemple quoique de loin , est rempli de joie au milieu même de ses travaux les plus pénibles. Sur cette foi, enfin, repose ce royaume immuable, ce trésor de grâce dont parle saint Paul écrivant aux Hébreux (1 ) . en même temps qu'elle nousdonne le moyen déplaire à Dieu (2) en le servant avec crainte et révérence, et d'atteindre notre fin, qui est la sanctification de ?ws âmes (3) .
Mais aussi, c'est cette foi qui a toujours inspiré aux chrétiens, dans le cœur desquels elle a jeté de profonderacines, des sentiments héroïques de bienfaisance et de générosité; qui en a fait d'actifs instruments de toute espèce d' œuvres pieuses et charitables pour le bien de la famille humaine , et des sources de bénédiction et de salut pour la société civile elle-même. C'est elle qui a fait les Saints ; qui , pour le bien des mortels . leur a fait opérer des miracles et prédire F avenir, en leur communiquant, en quelque façon, la toute-puissance et la sagesse même de Dieu, et en les constituant arbitres de la nature et des siècles. C'est elle qui les a tirés si souvent de leurs asiles pour les envoj
(1) Hcbr., xii, 26.
[2)llbid., xi, 6.
|3) I Petr., I, 9.
à travers les épées nues, prêcher la paix et la concorde aux armées en bataille ; qui leur a donné le courage d'affronter la férocité d'un barbare conquérant pour sauver les cités menacées de leur destruction ; qui les a conduits dans des terres lointaines et inhospitalières pour s'y faire, non-seulement des apôtres de l'Évangile, mais encore des hérauts de la civilisation auprès de peuples sauvages et de hordes barbares. Il est vrai que tous ces prodiges de foi étaient en même temps des prodiges de charité ; mais cette charité elle-même, d'où recevait-elle sa vie, son aliment, sa flamme toujours vive, sinon de la foi inébranlable qui dominait ces âmes héroïques?
Or, ce précieux don du Ciel, cette vertu surhumaine, qu' est-elle à proprement parler? Les théologiens en distinguent de deux sortes : la foi habituelle, qui est une habitude surnaturelle, divinement infuse dansl'àme, et par laquelle on se trouve disposé à admettre et à croire les vérités révélées de Dieu ; et la foi actuelle, qui est proprement celle qu'on définit : Un ferme assentiment de l'entendement commandé par la volonté, que donne, par un acte surnaturel, aux vérités révélées de Dieu, l'homme prévenu et excité par la grâce. Cette définition est admise unanimement par tous les théologiens catholiques ; et les protestants eux-mêmes, ceux du moins qui tiennent encore aux principes fondamentaux du christianisme, ne peuvent la récuser.
Et comme c'est sur cette foi actuelle que roule toute la question que nous traitons ici, il est nécessaire d'en soumettre la définition à une exacte analyse.
Dieu ne s'est pas contenté de se révéler lui-même avec ses infinies perfections dans le livre de la nature ou dans l'esprit et dans le cœur de l'homme ; à cette première manifestation, qu'on appellera si l'on veut révélation naturelle, il a plu à sa bonté comme à sa sagesse d'en ajouter une autre d'un ordre supérieur, une révélation extérieure, solennelle, positive, surnaturelle enfin, qui, née, pour ainsi dire, avec l'homme placé dans le paradis terrestre en état de sainteté et de justice, a reçu son entier développement de Jésus- Christ, Nbtré-Sèigneur, et de ses premiers envVj Des motifs sans nombre de crédibilité, revêtus de tout l'éclat de l'évidence, et dont traitent au long nos apologistes, doivent persuader à tout esprit docile l'existence et la vérité de cette révélation qui fait le fondement du christianisme, et obtenir de la raisoii de chacun l'hommage d'une adhésion sincère et publique.
Cette révélation dune forme l'objet de la foi chrétienne dont nous avons à parler, objet très déterminé (3ii lui-même, et non pas seulement dahs son genre, mais dans son espèce et dans son inaiviauàhle, puisqu'on doit croire comme révélé de Dieu tel dogme, et non tel autre dogme, de telle manière, et non de telle autre manière. Ceci est dans la nature même
d'une religion positive et révélée comme la notre, qui est dogmatique au plus haut degré, comme étant la manifestation immédiate que Dieu lui-même a faite à l'homme par des voies extraordinaires et surnaturelles de ce qu'on doit croire et pratiquer pour obtenir le salut. 11 est clair, d'ailleurs, que cet objet embrasse individuellement toutes les vérités que Dieu a ainsi révélées ; on ne peut pas faire d'exception ou de distinction pour l'une ou pour l'autre; on ne peut pas accepter et croire l'une, et en même temps révoquer en doute ou répudier l'autre, attendu que la vérité est indivisible. Il est vrai que tout le monde n'est pas également obligé de croire explicitement toutes les vérités révélées : pour beaucoup de ces vérités, il suffit en général de la foi implicite.Maiis cette foi implicite elle-même contient un hommage de l'entendement et de la volonté à tout l'ensemble des dogmes révélés sans exception ni réserve, avec la disposition déterminée de l'àme à croire, même explicitement, ce qui viendra à être certainement connu comme expressément révélé, et qu'en croit d'avance d'une foi implicite, comme étant renfermé dans quelque autre vérité révélée qu'on admetdéjà, et qui en est le germe.
Voilà ce que nous avions à dire de Y objet de la foi : il convient maintenant d'examiner la nature de Y assentiment qui lui est dû.
1° Cet assentiment doit être raisonnable et prudent ; car un hommage aveugle et irrélléchi ne serait pas
digne de Dieu, ne l'honorerait pas, et ne serait pas non plus digne de l'homme, comme ne répondant pn la dignité d'un être intelligent et raisonnable. Par conséquent, l'homme ne doit point donner cet assentiment, qu'il ne connaisse avec certitude quelles sont les vérités que Dieu. lui propose de croire. Sans cette connaissance certaine, l'homme pourrait tomber facilement dans l'un ou l'autre de ces deux excès : ou de croire comme vérités révélées de Dieu une pure invention humaine, ou de rejeter, au contraire, comme une invention humaine, ce qui serait une révélation divine : deux erreurs aussi graves l'une que l'autre, et qui, en corrompant la vérité révélée, aboutiraient également au scepticisme en matière de foi.
2° Cet assentiment doit être ferme et inébranlable, et avoir pour cause non une cause purement spéculative, mais une détermination pleinement arrêtée de la volonté ; en sorte qu'on douterait plutôt de toute autre vérité naturelle , et même de sa propre existence, que de ce qu'on admet ainsi d'une foi surnaturelle comme parole révélée de Dieu, qui est la Vérité suprême et immuable. Par conséquent cet assentiment ne peut souffrir de changement, sans que la foi en soit anéantie. Par conséquent le fidèle doit être prêt à tout souffrir, à tout perdre, liberté, honneur, richesses, santé, et même sa propre vie, plutôt que de se laisser ébranler dans sa foi. Ainsi , quand même un ange, comme le dit l'Apôtre, viendrait du
ciel annoncer une foi différente, le chrétien fidèle devrait sans hésiter lui dire anathème (1). Telle est la nature de la foi, comme elle nous est dépeinte dans tant d'endroits différents des saintes Écritures. 3° Cet assentiment est obligatoire pour tous ceux à qui a été suffisamment promulguée la vérité révélée de Dieu , et cela sous peine d'une éternelle damnation. Celui qui ne croira pas sera condamné (2); Celui qui ne croit pas est déjà jugé (3). Ainsi parlent les divins oracles contenus dans les livres saints.
^ II. — DU MOYEN OU DU CRITERIUM A L'AIDE DUQUEL ON PEUT CONNAITRE AVEC TOUTE CERTITUDE LES VÉRITÉS RÉVÉLÉES DE DIEU.
Théorème fondamental. — Dieu a donné un moyen certain et sûr pour connaître ses vérités révélées. — Cela se confirme par la nature même de ces vérités, par l'expérience, par les oracles divins. — Ce moyen est la Règle de foi. — Une règle de foi est admise par toutes les communions chrétiennes.
Ces principes une fois posés, j'établis ce théorème fondamental : « Qu'il doit y avoir un moyen, un « critérium certain et sûr que Dieu ait donné a « l'homme pour connaître avec certitude et sansdan- « ger d'erreur ce qu'on doit croire pour être sauvé. »
(1) Galat. i,8.
S l Jean, m, 18.
(3) Marc, ait., 16.
Je prends la preuve de eette proposition premièrement dans Tordre de la divine Providence. Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes, et par là même il veut qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité (i). 11 n'est donc pas possible qu'il ne nous ait pas pourvus des moyens nécessaires pour atteindre cette fin. Mais le premier de ces moyens, et le plus fondamental de tous, est la foi surnaturelle et divine à la vérité révélée, puisque sans celte foi il est impossible de plaire à Dieu (2) ; et cette foi d'ailleurs ne peut s'obtenir sans la connaissance certaine des vérités à croire. Donc la divine Providence ne peut pas ne pas avoir donné à l'homme un moyen, un critérium certain et sûr pour discerner ce que Dieu a révélé de ce qu'il n'a pas révélé, ce que la foi doit admettre de ce qu'elle doit rejeter. Autrement Dieu n'aurait pas pourvu l'homme des moyens nécessaires dans l'ordre de sa providence pour obtenir le salut. Et comment croire en effet qu'un Dieu infiniment sage et infiniment juste exige de l'homme une foi non-seulement intérieure, mais ferme et gqtît Ftanie, sous peine d'une éternelle damnation, et qu'il n'ait pas rendu sa Vérité jréyélée, qui fait l'objet de cette foi, facile à reconnaître par des moyens surs et infaillibles? Ce Dieu qui agit avec tanl de pré-
tl) I Tira., ii, 4.
(2) Hebr., xi, 6.
voyance et de sagesse dans le gouvernement du monde physique, en réglant par des lois aussj simples qu'elles sont générales, aussi constantes qu'elles sont belles, le mouvement des astres, la succession des jours et des nuits, la vicissitude des saisons, la reproduction des plantes, la propagation et la conservation des espèces, n'aura pas pourvu, par un rpoyen proportionné , sûr et constant , à la manifestation certaine et à la conservation de sa vérité révélée , dans cet ordre surnaturel auquel se subordonne et se rapporte l'ordre même tout entier de la nature? Le penser, ce serait lui faire outrage. Et ici vient à propos le raisonnement de saint Augustin : « Si la Providence ne préside pas aux choses humaines, il n'y a point à s'occuper de religion. Mais s'il est vrai qu'elle y préside (comme cela est en effet, et comme le saint docteur le prouve avec étendue dans ce même livre) , on doit croire avec assurance que Dieu a établi quelque moyen puissant qui nous serve de degré pour nous élever jusqu'à lui » (1).
Notre proposition se trouve de plus confirmée par
I Si onim Dei proviclentia non pra?sidet rebus bumanis . niliil est de religione sata^endum. Sin vero et species rerurn
omnium et intoiïor nescio quee conscientia Deum quepren-
dum, Dooquo seniondum melioros quoque animos quasi publier privatimquo hortatur, non est desperandum ab eodem ipso Dco auctoritatem aliquam constitutam, quo relut gradu certo innitentos , attollamur in Deum. De utilitate rredendi, xvi. 34.
la nature même des vérités proposées à notre foi. En effet la raison humaine, déjà si faible, si infirme par elle-même, n'a plus de proportion avec les vérités d'un ordre supérieur, telles que sont les vérités proprement dites surnaturelles, et qui doivent précisément former l'objet de notre foi. La foi est définie par l'Apôtre: Une pleine conviction des choses qu'on ne voit point (1), c'est-à-dire des choses cachées et inaccessibles à l'entendement humain, tant que celui-ci n'est pas éclairé d'une lumière surnaturelle et aidé d'un guide sûr pour les découvrir. Que si dans les choses mêmes qui ne sortent pas de l'ordre naturel, qui ne s'élèvent pas au-dessus de la portée de nos moyens naturels de connaître , nous prenons si souvent le change sans pouvoir ensuite , à moins de beaucoup de peine, reconnaître notre illusion , à quoi ne serions-nous pas exposés dans l'ordre surnaturel, où nos sens ni même notre raison ne sauraient atteindre, si nous n'avions ce guide sûr et fidèle dont nous parlons ici, et que Dieu lui-même nous a donné? Assurément les vérités naturelles, psychologiques, ontologiques, morales, sont l'objet de la science humaine , et comme le patrimoine de notre raison ; et nous voyons néanmoins qu'après tant de siècles, après tant de disputes , après tant de recherches entreprises par les plus grands génies, après tant d'é-
(1) Hebr., il, 1.
tudes et de raisonnements, les théories succèdent aux théories, les hypothèses aux hypothèses, les systèmes aux systèmes, et que le dernier venu ne manque jamais d'accuser ses devanciers d'erreur et de fausseté. Les vérités mêmes qui ont l'éclat de l'évidence pour une raison droite , soit qu'elles soient évidentes par elles-mêmes, ou qu'elles soient établies par des raisonnements invincibles, comme l'existence et les attributs de Dieu, la création de la matière, la spiritualité et l'immortalité de l'âme humaine, l'existence et l'autorité de la loi morale , combien peu ont-elles jeté de lumière dans l'esprit même des grands philosophes de l'antiquité! Combien n'ont-elles pas été travesties et dénaturées! Et depuis même que la lumière du christianisme les a environnées d'un si grand éclal , combien d'esprits superbes les ont, ou révoquéesen doute, ou insolemment répudiées! Que deviendraient donc les vérités surnaturelles de la foi, s'il n'existait un critérium certain pour les discerner d'avec l'erreur? Nous serions alors comme ceux qui naviguent par une nuit obscure sur une mer orageuse, sans avoir même de boussole pour les guider dans leur course. Découragement, incertitude, doute ou indifférence, tel serait notre sort en ce qui touche nos plus graves intérêts, comme l'est la foi, sans laquelle nous ne pouvons être sauvés. Non , jamais Dieu n'a pu avoir la volonté de nous laisser dans une si triste condition, après nous avoir accordé l'ines-
timable laveur (funtâ 'révélation immédiate et positive.
Mais pourquoi nous renfermer dans des abstractions quand les faits mêmes s'expliquent avec évidence? Qu'on parcoure l'histoire de la société chrétienne de tous les temps et de tous les lieux , qu'on déroule les annales du christianisme, et l'on verra combien d'opinions disparates et môme contradictoires se sont élevées en divers temps sur tous les dogmes qui entrent dans le dépôt de la croyance chrétienne. Qu'on jette seulement un regard sur les pays d'Europe, d'Asie, d'Amérique, et l'on y rencontrera, parmi ceux qui professent le christianisme, des sectes sans nombre opposées les unes aux autres sur tous les dogmes religieux. Qu'on suppose maintenant qu'il n'y a aucun moyen sûr de démêler la vérité de l'erreur, aucun critérium infaillible que Dieu nous ait laissé pour reconnaître les vérités révélées. il faudra en conclure que le christianisme n'est qu'un grand problème dont on ne pourrait, sans un c\ d'orgueil ou de folie, prétendre donner la solution. Et on voudrait croire que Dieu n'aurait pas eu plus de soin de sa religion qui est le chef-d'œuvre de sa sagesse, de sa puissance et de sa bonté infinie, et en vue de laquelle la Sagesse même iucréée, l'étemel Fils de Dieu, est venu prendre l;i forme humaine et converser parmi nous! Aurait-il jamais voulu prêcher et établir une religion problématique p;ir rapport à son
objet même, que ses adhérents ne pourraient jamais savoir avec certitude? Non, certes : cette pensée est trop incompatible avec l'idée d'un Dieu, d'une révélation divine, d'une foi divine, et posée comme condition indispensable du salut éternel de l'homme. Et c'est ici le cas d'appliquer le dilemme de saint Augustin , ou que Dieu n'exerce aucune providence sur les choses d'ici-bas, ce qui est impie et absurde inclue à penser, ou qu'il nous a donné un moyen sftîf et plein d'autorité pour connaître ce que nous devons croire comme révélé de Dieu lui-même, et parvenir par cette voie au salut éternel.
Si nous voulons écouter les oracles divins euxmêmes, tous nous annoncent l'existence de cette \ oie et en même temps sa sûreté pour l'homme. Qu'il nous suffise, entre les autres, du passage suivant lin'' du prophète Tsaïe, et qui se rapporte manifestement au bonheur de ceux qui croiraient au Messie futur : <> 11 y aura là un sentier et une voie qui sera appelée la voie sainte ; celui qui est impur n'y passera point : et ce sera pour vous une voie droite, en sorte que les ignorants y marcheront sans s'égarer » (1). Jésus- Christ lui-même déclare qu'il est la voie, la vérité, la ric\ la lumière enfin : que sa doctrine est toute lumière et toute vérité; que celui qui la suit ne peut marcher dans (es ténèbres, mais qu7/ aura la lu-
(5) Isnï. xxxv, 8.
- G8 — mière de la vie (2) ; expressions qui toutes supposent et déclarent qu'il y a une voie lumineuse, droite et infaillible dans la religion du Christ, et par laquelle quiconque le voudra pourra connaître sûrement la vérité révélée de Dieu , qui doit être l'objet de sa ferme croyance.
Or cette voie, ce divin critérium, dont l'existence, après ce qui vient d'être dit, ne peut être mise en doute, est ce que les théologiens et les controversées ont coutume d'appeler la règle de foi. Sous ce nom de règle de foi, l'antiquité chrétienne entendait le symbole même où étaient recueillis les articles proposés à croire explicitement à tous les fidèles, et qui servait par conséquent de formule de profession chrétienne ; et c'est prise dans ce sens que cette expression se trouve dans saint Irénée, dans Tertullien et d'autres Pères des premiers siècles. Mais, dans la suite des temps , elle a été employée dans un sens plus scientifique, ou plus philosophique, si l'on veut, pour signifier le principe suprême d'où part la connaissance de la vérité révélée, ou le critérium régulateur de la foi, destiné à servir comme de pierre de touche pour discerner les vérités révélées, el le sens dans lequel elles doivent être entendues pour fDrmer l'objet nécessaire «le la croyance. Sous un
(6) Jo. vin, 12,
autre point de vue, cette règle de foi fait l'office d'un tribunal suprême.
Toutes les communions chrétiennes, sans en excepter les sectes protestantes, admettent une règle de foi prise dans ce dernier sens. Quoique divisées entre elles par rapport aux choses à croire, quoique en dissentiment par rapport au principe sur lequel cette règle doit reposer, toutes s'accordent pourtant à poser un principe suprême, quel qu'il soi! d'ailleurs, comme règle invariable de ce que chacun doit tenir pour révélé de Dieu et pour objet de foi divine. Toutes en reconnaissent l'existence comme la nécessité, et c'est d'après cette règle qu'elles rédigent leurs livres symboliques et leurs professions de foi, à moins donc qu'elles ne soient du nombre de celles qui rejettent tout symbole, et jusqu'à l'inspiration des livres saints, et qui mettent de côté tout l'ordre surnaturel, comme le font les rationalistes purs et les naturalistes, dont nous n'avons pas à nous occuper. Tenons donc pour démontré que l'existence ainsi que la nécessité d'une règle de foi qui nous vienne de de Dieu est un dogme admis d'un commun accord par les catholiques et les protestants ; et que ce théorème soit la base et le fondement incontesté de tout ce que nous aurons à dire dans cet ouvrage. Un corollaire évident qui se déduit nécessairement de ce principe, c'est que cette règle de foi étant une fois déterminée et reconnue comme venant de Dieu ,
comme voulue el prescrite par Dieu lui-même, il en
résulte pour tous ceux qui l'admettent une stricte obligation de la suivre et do. se laisser entièrement diriger par elle di us le détail de leur croyance. ' présent ouvrage a donc tout entier pour objet la recherche et la détermination de la véritable règle de foi que Dieu doit avoir établie pour servir de guide au genre humain dans la grande affaire du salut. Dirigeons donc vers cet objet toute notre attention comme toute notre étude.
g III. — PROrRlKTÉS ET CO^DIT10>S DE LA ftÈGLÏ DE FOI.
Les propriétés et les conditions de la règle de foi doivent naitie de la nature de la foi et la règle elle-même. — La première propriété, comme la première condition, est qu'elle soit certaine et sûre; lu seconde, qu'elle sufiise pour lever tout doute en cas de controverse; la troisième, qu'elle so;t invverselle, c'est-à-dire à la portée de tous; la quatrième, qu'il ne lui manque rien pour être perpétuelle et indéfectible-
Pour savoir en quoi consiste la règle de l'oi que Dieu a donnée à l'homme, il est tort à propos de déterminer, avant tout, quelles sent les propriétés él les conditions que doit avoir une véritable règle de ft», pour remplir retendue de son nom et servir à la lin pour laquelle elle a été donnée. Dané l'indication de
œë conditions et de cefe propriétés, je veux me borner
ù celles que doit admettre même tout protestant Musé,
et qu'admettent effectivement en. général tout h> protestants. Je pourrais, à bon droit, exiger davantage ; mais je ne veux pas, dès mon entrée en mat ii "iv, jeter des semences de discorde qui troubleraient ■ notre marchq et nous arrêteraient en chemin , tandis que je n'ai pas ici d' autre intention que d'établir dçs principes commune à la fois aux catholiques et j^ux protestants, afin de nous en servir comme d'un point de départ et d'un fondement convenu pour la grave discussion que nous allons entreprendre. Or, les propriétés et les conditions que je vais tout à l'heure assigner découlent spontanément et logiquement de l'idée et. de l'ollice d'une règle en général, et de la nat ure de la foi pour laquelle doit servir la règle en particulier que nous avons à chercher.
Et, premièrement, cette règle doit avoir pour propriété essentielle et pour condition indispensable d'être certaine et sûre, c'est-à-dire de nous faire connaître, avec certitude et sans danger d'erreur, quelle.- sent les vérités révélées, objet nécessaire de notre foi. Si cette condition vient à manquer, une règle n'est plus règle, et la foi elle-même ne peut plus se concevoir. En effet, comment pouvoir concilier un assentiment ferme, certain, immuable, d'une force supérieure à tout autre assentiment, comme l'est un acte de foi divine qui a pour principe une opération surnaturelle, avec l'incertitude et le doute, soit positif, soit négatif, par rapporta ce qui fait l'objet do cet acte? Onnepour-
rait donc considérer comme une règle de foi qui vînt de Dieu celle qui ne produirait pas en nous l'assurance de ne croire que les vérités mêmes que Dieu nous aurait proposée- à croire.
Une autre propriété de la règle de foi, c'est qu'elle puisse lever tous les doutes et dissiper toutes les difficultés qui viendraient à s'élever sur le sens de ce qu'il a plu à Dieu de nous manifester pour en faire l'objet de notre croyance. Cette propriété ou cette condition n'est, à proprement parler, qu'un développement ou un corollaire de la première. Car, tant que cet objet n'est pas défini avec une entière certitude, il est impossible qu'on l'admette avec cette fermeté de l'assentiment que requiert la notion d'acte de foi. Or, supposons qu'il s'élève une difficulté ou un doute sur un point quelconque de la révélation divine et sur le sens à y donner : il est clair de soi-même que, jusqu'à ce que ce doute soit levé , on ne pourra jamais faire , avec assurance, un acte de foi sur le point en question, qu'il sera libre à chacun d'interpréter à sa manière. Et puisqu'un semblable dissentiment pourrait avoir lieu, comme il a eu lieu, en effet, sur presque tous les articles même les plus fondamentaux de la croyance chrétienne, il suit de là que si la règle établie pour déterminer les vérités révélées, n'était pas apte à dirimer ces sortes de controverses, le symbole chrétien flotterait tout entier au hasard, ou cesserait même toutà-fait d'être un objet de foi. Donc il faut que la règle
de foi que nous cherchons ait pour deuxième propropriété de suffire au besoin pour dirimer les controverses.
De ces deux propriétés ou de ces deux conditions résulte une troisième, qui est que la règle de foi soit à la portée ou puisse être consultée de tous. La foi est le patrimoine commun de tous les hommes, savants ou ignorants, riches ou pauvres. Tous doivent marcher par la voie de la foi pour parvenir à l'éternelle béatitude, s'ils veulent en jouir un jour. Donc aussi la règle de foi , venant de Dieu , doit être accessible à tous, fidèles ou infidèles. Elle doit être comme un oracle universel, qui donne ses réponses avec netteté et précion à tous ceux qui l'interrogent. Elle doit, pour satisfaireàson office, maintenir toujours cette foi dans son intégrité, résoudre les difficultés qui s'élèvent, éloigner tout danger d'altération ou de changement, non-seulement par rapport aux vérités qui en font l'objet, mais encore par rapport au sujet, c'est-à-dire aux fidèles. Or, c'est ce qui ne pourrait pas s'obtenir, si la règle de la loi q* était pas proportionnée à la capacité du genre humain. Mais, pour qu'elle y soit proportionnée, il faut qu'elle ait ces deux conditions : la première, quelle soil claire et évidente, en sorte que tous puissent la reconnaître, pourvu qu'ils cherchent sérieusement et sincèrement la vérité, comme la règle établie de Dieu pour le salut du genre humain ; la seconde, que tous ceux qui la consultent avec droiture et sin-
cérité puissent s'assurer par elle, sans danger d'illusion ou d'erreur, de la vérité que Dieu impose à notre croyance. S'il manque une seule de ces deux conditions, la règle cesse d'être universelle , et, dès lors, elle ne sera plus cette règle de foi que Dieu a établie pour le salut de tous les hommes.
La quatrième propriété ou condition de la règle de foi, savoir, quelle soit perpétuelle et indéfectible, n'est pas moins évidente que les trois première- ; c;ir. par cela même qu'elle doit s'étendre à tous, elle doit s'étendre à tous les temps, à tous les âges. La règle de la foi doit durer autant que la foi elle-même ; or, la destinée de la foi, c'est qu'elle dure jusqu'à la consommation des siècles ; donc, la règle de la foi doit aussi durer jusqu'à la fin. Il serait M'aiment absurde de penser qu'elle pût avoir pour limite un temps déterminé, puisqu'il s'ensuivrait que ceux à qui il serait donné ac vivre pendant ce temps privilégié où la règle existerait seraient exempts de tout danger d'erreur dans la foi, par le seul fait de l'époque de leur naissance, tandis que les autres, pour avoir eu le malheur de paître en d'autres temps, se trouvant privés de cette règle , flotteraient dans l'incertitude par rapport à l'objet légitime de leur croyance, et se leisseraient emporter ça et là à tout vent de doctrine. Il répugne donc à La s< I à la bonté de Dieu de
supposer que cette règle, qu'il a donnée au.-si bien pour la sûreté de la croyance des fidèles que pour le
maintien de la doctrine qui en fait l'objet, ait une durée limitée et soit sujette à défaillir, au lieu d'être perpétuelle et indéfectible jusqu'à la fin des siècle*.
Je pourrais justifier ce que je dis ici des propriétés et des conditions de la règle, de foi en citant à l'appui l'Écriture sainte et les Pères; mais comme je serai obligé de faire valoir ces autorités dans la suite de cet ouvrage, je crois pouvoir m' abstenir de le faire pour le moment. D'ailleurs, tout ce que je viens d'établir Bé déduit si nécessairement et si logiquement de la nature de la règle dont il s'agit, qu'aucun protestant même, doué de sens commun, n'élèvera là-dessus la moindre difficulté. Concluons ainsi que la vraie règle de foi qui nous a été donnée de Dieu doit nécessairement avoir ces propriétés et ces caractères : 1* d'être certaine et sûre ; 20 d'être apte à terminer les controverses qui peuvent s'élever sur la foi ; 3" d'être universelle ou à la portée de tout le monde ; k° d'être perpétuelle et indéfectible. A ces caractères, il sera facile de reconnaître quelle est cette règle que Dieu a établie dans sa bonté, pour donner à tous ceux qui le veulent sérieusement et de bonne foi le moyen de discerner et de suivre la véritable révélation chrétienne, ou la véritable religion du Christ.
Il ne reste plus, pour compléter cette introduction, qu'à exposer historiquement les différentes règles de fol adoptées par les diverses communions qui s.' disent chrétienne iformémentà notre dessein, qui es!
de les comparer les unes avec 1rs autres nous allons discuter à part les règles de foi protestantes < et la
règle de foi catholique.
g IV. — RÈGLE DE LA FOI CATHOLIQUE.
Double dépôt de la révélation divine, l'Ecriture et la Tradition. — Ce double dépôt a été confié ù l'Église enseignante, qui a reçu pour cela le don d'infaillibilé et d'indéfectibitité. —
Méthode de l'Eglise dans la proposition qu'elle fait des vérités à croire , dans le jugement des controverses. — La science n'en soutlie aucun détriment. — Et par conséquent personne ne peut se dispenser de se soumettre à cette régie.
Unité, harmonie des parties, solidité de l'ensemble, voilà les traits caractéristiques de la règle catholique. Elle nous fournit une si parfaite solution du problème que nous nous sommes proposé, à nous borner même à en faire l'exposé historique, que nous allons la présenter ici avec toute la brièveté possible, remettant à donner dans le cours de cet ouvrage la pleine confirmation de cette vérité.
Dans le système catholique, il n'y a pas d'autre source de vérités révélées que la pure parole de Dieu* parce que Dieu seul peut immédiatement nous faire connaître les mystères supérieurs à la raison humaine, el que l'autorité, comme la sagesse humaine, ne saurait ajouter pas plus que retrancher un seul iota à la parole divine; Mais cette parole de Dieu. dont la pleine révélation a été accomplie par Jésus-
Christ et ses apôtres, nous à été transmise, d'après Tordre voulu de Dieu, par deux moyens particuliers : savoir, par l'Écriture sainte et par la tradition orale. Autre est donc la parole de Dieu écrite, autre est la parole traditionnelle; mais l'autorité de l'une comme de l'autre est également divine, parce que toutes les deux nous viennent également de Jésus-Christ par le moyen de ses apôtres. Elles sont donc elles seules pour le catholique les deux sources de la parole divine , ou , si l'on aime mieux, les deux canaux qui l'ont parvenir jusqu'à lui la vérité révélée ; et par là même ce sont deux règles éloignées qui lui servent pour former sa foi, puisqu'en elles seules doit se trouver contenu tout ce qu'il est obligé de croire comme de foi divine. La parole traditionnelle, ou la tradition, ne nous transmet pas seulement des dogmes qu'on chercherait en vain dans l'Écriture sainte : mais quant à ceux mêmes qui s'y trouvent plus ou moins clairement exprimés, elle nous en détermine le sens, elle nous en éclaircit l'intelligence. Ainsi l'Écriture et la tradition se fécondent, s'éclairent, se confirment mutuellement, et complètent le dépôt toujours un, toujours identique, de la parole divine.
Hais pour que ce dépôt pût se conserver jusqu'à la fin des siècles dans son unité et son identité. Jésus- Christ l'a confié, suivant la doctrine catholique, à une autorité toujours vivante et parlante, qui est l'autorité de son Église. Cette autorité réside, en vertu
de l'institution divine dans le corps universel des pasteurs ou des évêques unis au chef visible, qui es! le successeur de saint Pierre, Pévêque de Rome, le pontife romain, à qui, dans la personne de Pierre, '«'■sus-Christ a conféré la plénitude de l'autorité sur ont son troupeau, sur son Église entière aussi loin qu'elle puisse s" ('tendre. A ce corps uni à son chef visible esi commise la garde de la parole de Dieu écrite comme de la parole traditionnelle; à ce corps ainsi constitué appartient le droit souverain de la proposer aux fidèles, d'en déterminer le vrai sens, d'en exiger la foi intérieure et extérieure; à lui le jugement suprême et sans appel des controverses dogmatiques, et la condamnation formelle des erreurs, quelles qu'elles soient, en matière de croyance, de morale en) de culte. L'Église donc, investie du double pouvoir d'enseigner et déjuger, est la règle prochaine de foi pour tous les fidèles : sa parole pleine d'autorité, sott publie enseignement, sont le principe suprême, le criterium fondamental qui détermine la vérité révélée, et d'après lequel on devient et on demeure catholique. Et c'est pour cela que la divine Sagesse, vouiiiif que les fidèles de tous les siècles s'attachassent à cette règle comme à un guide sûr pour ne s'écarter jamais de la vérité, a conféré à ce même corps les sublimes prérogatives de V infaillibilité e\ de Yindéfeciihiliié. pour qu'il ne puisse jamais enseigner l'erreur. Tette est la profession de foi du catholique.
telle est sa règle de croyance. 11 est bon d'analyser cette règle de plus près encore, pour en voir plus clairement la juste applicalion.
L'Église catholique, organe divinement établi de la vérité révélée, forte dfé toutes les preuves on dfe tous les motifs qui la rendent évidemment digno de foi, et qui sonl au fond les mômes que les motifs et les preuves de crédibilité du christianisme, propose et enseigne à tous ceux qu'elle reçoit dans son sein les vérités révélées de Dieu qui doivent faire l'objet de leur foi. Au nombre de ces vérités, et môme au rang dés premières, est la divinité de son établissement, l'autorité (Qu'elle a reçue de Dieu pour une telle mission, ses notes et ses prérogatives, et spécialement VinfaiUibilité de son enseignement. Elle leur présente la Bible comme un livre divinement inspiré; <Mle leur donne le ennon entier, ou le nombre complet et précis des livres qu'ils doivent tenir pour canoniques et divinement, inspirés; elle les assure de l'intégrité du texte et de la sincérité des versions approuvées par elle. Elle leur propose le symbole où se trouvent formulés les articles de foi qu'ils doi\cnt croire explicitement. Et en tout cela elle ne fait acception ni distinction de personne, quels que soient le savoir, le rang ou la dignité. Tous devant elle sont placés au même niveau; et le plus profond théologien, quand il s'agit pour lui de professer sa foi, n'a pins rien qui le distingue du plu^ grossier artisan. Car
tous doivent croire également les mômes vérités de foi comme révélées de Dieu, qui est la Vérité suprême, et sur ce fondement, le même pour ton.- . qu'elles leur sont proposées à croire par l'Église, gardienne, maîtresse et juge infaillible de la parole de Dieu. Ainsi tous les fidèles sont établis de la même manière en possession de la vraie doctrine de Jésus- Christ : possession qu'ils ne peuvent perdre tapi qu'ils restent attachés au principe qui la leur a t'ait acquérir, et qui est l'autorité de l'Église.
Mais comme cette Église est une société divine ei humaine tout à la fois, il peut s'y élever des disputes en matière de dogme, de morale ou de culte des difficultés sur la portée dogmatique d'un passage de l'Écriture; et même l'erreur, levant l'étendard de la révolte, peut chercher à troubler la croyance générale et traditionnelle. A qui appartiendra-4r4J de décider, de juger, de condamner? Au tribunal suprême toujours vivant et toujours infaillible de l'Église, au corps des pasteurs unis à leur chef, soit par des définitions solennelles portées en concile, soit par des constitutions promulguées solennellement par le chef visible ou le pontife romain, auquel est uni le corpi des pasteurs. Toutes les fois qu'une décision est rendue dans ces conditions, tous doivent également »"> soumettre d'esprit et de cœur, avec un plein assentiment et une entière conviction, comme à un oracle émané de l'organe visible el infaillible que Dieu a
établi à cet effet. En portant ces définitions, l'Église n'introduit jamais rien de nouveau dans la doctrine; elle ne mêle pas à l'élément divin un élément humain, un élément hétérogène; niais assistée de l'l>prit-Saint pour l'intelligence des Écritures aussi bien que pour celle de sa divine tradition toujours vivante et parlante, sources véritables de la révélation chrétienne, elle discerne le vrai sens du dogme, et la foi toujours professée et reçue de Jésus-Christ par l'intermédiaire de ses apôtres. Tel est le rôle qui appartient à la règle suprême de la foi catholique, ei tel es! le devoir des fidèles par rapport à cette règle.
Ce n'est pas que la science n'y ait sa part aussi, et que cette part même ne soit très grande. Car la règle catholique, bien loin d'exclure la science, encourage au contraire l'étude, l'examen et la discussion dans ceux qui en sont capables, soit pour éclairai' les points du dogme mis en question avant la décision de l'Église, soit pour donner à cette décision, quand elle est prononcée, tous les appuis de la science, et la défendre contre les attaques dv> novateurs.
Ajoutez à cela que le science et la raison peuvent librement s'exercer dans tout ce qui ne tient pas au dogme ou à la morale déjà définis; et ainsi un champ immense à exploiter est toujours ouvert au catholique instruit, qui peut cultiver a son gré. l'histoire ecclésiastique et profane, l'archéologie sa< réeel monu-
mentale, l'épigraphie et la numismatique, l'esthétique, la philologie ancienne et moderne, la critique, la patristique, l'herméneutique, l'exégèse biblique, et toute autre branche de la science où peuvent le porter ses goûts et ses talents. Mais tout cela ne sa lirait jamais pour le catholique quelque instruit qu'il soit, être le principe et le fondement de sa toi : sur ce point, il doit uniquement se tenir attaché à la règle catholique déjà établie. Et cette règle menu- esl pour lui un guide sur et toujours présent qui lui snt à retrouver, dans ses excursions scientifiques, les véritables dogmes proposés par l'Église, et à se préserver de tout égarement. Ainsi, dans le système catholique, les contraires s'harmonisent avec les contraires, l'élément divin avec l'élément humain, la grâce evir la liberté, l'autorité avec la raison, la foi avec la science : tout se lie, tout s'équilibre, et il n'arrive jamais, en tenant ferme à cette règle, qu'on donne dans les extrêmes opposés où réside l'erreur.
Je conclurai cet exposé scientifique de la règle catholique par une belle observation , magnifiquement développée, de nos jours, par un illustre écrivain, aujourd'hui cardinal de la sainte Église et archevêque de Westminster (\) '.c'est qu'il faut bien distinguer les motifs qui nous portent à embrasser la toi catho-
(1) Levons ou conférences sur les doctrines et Us pratiques principales de V Église catholique , par Nie. Wiseman, oamfér 1., introd.
I ique d'avec le principe vital et constitutif de cette foi, (in ni ne de la profession que nous en faisons. Ces motifs peuvent être très nombreux et même très différents les uns des autres : car, comme les motifs de crédibilité abondent dans notre sainte religion, chacun, suivant ses dispositions personnelles, peut choisir de préférence ceux qui lui conviennent le mieux, quoique tous ces motifs, sans distinction , soient très propres par eux-mêmes à convaincre un esprit bien disposé. Ainsi, pour ne parler que de conversions fa- Rieuses accomplies dans ces dernier.- temps, les uns, comme Philipps de Monaco et le célèbre Hurter, ont été amenés par de profondes études historiques, Par ticulièrcment sur le moyen-àge, à reconnaître la vérité du catholicisme ; d'autres, comme Schlegel, Stoltjerg, .Molitnr. Seilli. \ ont été conduits par l'étude philosophique de l'esprit humain; d'autres, comme De doux, par de savantes recherches sur l'économie politique; d'autres, comme Jarke, par l'étude du droit ; $' autres par l'esthétique comme Pug-in -.d'autres p.ir la beauté du culte catholique, comme tant de puséystes, et ainsi de bien ^'autres encore (1). Mais le
(1) L'auteur renvoie ici son lecteur aux ouvrages anglais de Digb) , intitules: Compitum or meetiny of the If'ays , et Mores cat/i ...'.'./ or Ages of fait h y dont le premier, dit-il, est à son sixième volume, et l'autre se compose de trois gros volumes in-11. Nous pourrions renvoyer de même nos lecteurs français aux ouvrages de M. Rohrbacher intitules: Motifs, etc.
— 8t — principe vital et fondamental en vertu duquel ils sont devenus catholiques n'a été et n'a pu être que le même pour tous, savoir : de se soumettre au principe même vital et fondamental du catholicisme, ou à sa règle suprême de foi, à l'autorité de l'Église. « L'Église est donc (disons-le avec les belles paroles de cet écrivain) comme une cité à laquelle conduisent de toutes parts des avenues, ou vers laquelle on peut venir de tous lieux par les chemins les plus divers, par la route rude et épineuse d'une vigoureuse investigation, par les sentiers plus fleuris du sentiment et de la sensibilité; mais, une fois arrivé à ses murs d'enceinte, on ne trouve qu'une seule porte par où entrer, qu'une porte de bercail, étroite et basse peut-être, et qui force la chair et le sang de se courber pour y passer. On peut errer autour de son enceinte, on peut admirer la beauté de ses édifices et de ses boulevarts; mais on ne saurait en être les citoyens et les enfants, à moins d'entrer par cette porte unique d'une soumission absolue et sans réserve à l'enseignement de l'Église» (1). Il en est tout autrement dans le système protestant, selon sa règle de foi, que nous allons exposer à son tour.
Histoire des conversions les plus remarquables, et aux derniei volumes de sa grande Histoire, enfin, consulter là-dessus l'ouvrage de M. Gondon.
(1) Ibidem, p. 16.