‹ Le protestantisme et la règle de foi, tr (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · ARTICLE U · texte numérisé non relu

ARTICLE U

Considérée au double point de vue rationnel et morale la règle de foi catholique est la seule qui soit apte et suffise de sa nature à satisfaire Tesprit et le cœur de rhomme.

La règle de foi qui vient de Dieu, c*est-à-dire la règle catholique, est la seule qui réponde aux besoins de Tesprit et du cœur. — Cette règle pixx^ure au fidèle la sécurité dans sa croyance. — Rien que le doute là-dessus ferait outrage à Dieu. — Confirmation de cette vérité. — Le non-catholique, au contraire, manque de sécurité dans son état de croyance.

— Etat de doute, e0Qt de l'isolement, — comme de la dissidence des sectes, — et sui^out de l'opposition où l'on se trouve dans sa secte par rapport à l'Eglise catholique. — Dans le protestantisme chacun assume la responsabilité de Terreur où il peut tomber ou se trouver. — Le protestant n'a d'autre assurance que celle de pouvoir se tix)mper ou se trouver dans l'erreur. — H ne saurait invoquer en sa faveur la présomption, puisqu'elle est contre lui — Ce qui doit fortifier à ses yeux cette présomption défavorable, c'est de voir son symbolisme presque entier condamné dans le symbolisme gnostique,

— et dans d'autres anciens hérétiques, — et par conséquent condamné môme avant sa naissance. — Différence entre la condition du catholique et celle du protestant. — Indices de méfiance par rapport à elles-mêmes que laissent percer les communions non catholiques. — La transaction à laqudle elles se prêtent. — La tolérance religieuse. — L'hoiTeur qu'elles témoignent pour la maxime : Hors de l'Église point de salut. — Exphcation du vrai sens de cette maxime. — L'horreur que le protestant a du catholicisme. — Conclusion.

L'homme, fait à Timage de Dieu, qui est la vérité, la bonté et la beauté souveraines, ne saurait trouver de contentement que par rétanohement de la soif

comme du continuel besoin qu'il éprouve du vrai, du bon et du beau, dans Tordre des sentiments ainsi que dans Tordre des idées. La règle de foi qui lui vient de Dieu doit donc répondre pleinement à de telles exigences. Or, la règle catholique est la seule qui puisse le faire, et le fasse effectivement: 1" dans Tordre des idées, en bannissant le doute, Tagitation et Tincertitude ; 2' dans Tordre des sentiments, en saturant comme elle fait les affections et les désirs. Double avantage qu'elle seule procure à Thomme, tandis que la règle du protestantisme, dans Tordre moral des sentiments, comme dans Tordre intellectuel des idées, n'engendre qu'inquiétude pour Tesprit, et qu'agitation pour le cœur.

Et pour entrer tout de suite dans le fond de la ques tion, observons avant tout qu'il n'y a rien peut-être de plus capable d'éveiller dans Thomme des pensées de sollicitude et parfois d'anxiété que la vérité religieuse ou T adhésion qu'il doit y donner, parce que de cet objet fondamental dépend pour chacun sa sanctification dans la vie présente, et son salut étemel dans la vie future. Aussi le plus léger doute en cette matière suffit-il pour troubler et agiter Tâme, en lui ôtant le repos. La sécurité pleine et parfaite que donne la certitude peut seule lui rendre la sérénité, le calme et la paix. C'est là une vérité d'expérience et de sentiment : qu'on s'interroge soi-même , et la conscience en rendra le témoignage. Mais qui don-

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nera à rhomme cette sérénité? Qu'on retourne làdessus ses pensées, qu'on imagine telle hypothèse qu'on voudra, on ne trouvera pomt d'autre nïoyen que la règle de TÉglise catholique. A cette affirmation, je vois s'émouvoir, j'entœds frémir le protestantisme : il s'en révolte, mais c'est en vain. Il suffit de la discuter sous toutes ses faces, pour la justifier pleinement et en rester convaincu. Et c'est cette discussion qui va faire l'objet du présent article. Nous examinerons la chose en elle-même ; nous en ferons aussi l'examen comparatif, et de ce double examen nous ferons jaillir les conséquences théoriques et pratiques qui en découlent. Ainsi notre tâche sera-t*eHe accomplie, et de manière à satisfaire pleinement quiconque voudra dissiper les doutes de son esprit sur un point d'une si haute importance, et fécond en de si précieux résultats.

Et d'abord, à considérer la chose en soi, et en se rappelant toutes les preuves tirées de la Bible ellemême que nous avons données plus haut du fradement que l'autorité de T Église et ses divines prérogatives d'infaillibilité, de visibilité et de perpétuité, trouvent dans la parole de Dieu, il est aisé de voir que cela seul suffit déjà pour donner à chacun la sécurité qu'il cherche dans sa croyance. En effet, si l'Église enseignante, qui constitue la règle prochaine de la foi du catholique, a été instituée pour cette fin par Jésos- Cbriçt : sî c'est pour cela qu'il lui a confié une missiofn

368 — semblable; s'il a attaché h ses enseignements Tévi- (lence de crédibilité par les dons extraordinaires de grâces dont il Ta enrichie ; si c'est pour cette même fin qu'il Ta dotée du privilège d'infaillibilité , il est évident que quiconque a confiance en elle est pleinement rassuré contre rerreur. Il a pour garant de ce qu'il croit Dieu lui-4néme : il pourra bien se méfier de soi-même, de son inconstance, de Timperfection de sa foi ; mais, quant à la vérité de sa foi en elle» même, c'est-à-dnre de ce qui en fait Tobjet, il n'y a pas pour lui matière à incertitude. Dieu pourrait-il jamais permettre que nous fussions dans l'erreur en doivant les enseignements de cette Église, qu'il a voulu domierpour guide à tous les hommes dans la voie de la vérité et du salut ; de cette Église, à qui il a promis son assistance continuelle en la chargeant d'instruire les peuples pour toute la suite des siècles ; de cette Église, qui a avec elle l'Esprit même de vérité, Dieu luimême ; de cette Église, par qui il a opéré la conversion du monde, et qui ne pourra défaillir? Qui ne voit que, a dans un tel cas Terreur était possible, elle rejaillirait sur Dieu lui-même, et que nous aurions tous droit de dite, avec Richard de Saint-Victor, que si nous nous trompons, c'est Dieu qui nous a trompés? Car, si les preuves qui établissent la vérité de l'Église catholique, ses propriétés, ses privilèges, sont les mêmes que les preuves sur lesquelles repose la vérité du christianisme ; si l'Église catholique n'est au fond et

dans la réalité que le christianisme même, le christianisme, dis-je, concret, dont le nom môme n'est que postérieur à celui d'Église (1), son surnom, par conséquent, et rien de plus; si c'est le nom d'Église que Jésus-Christ a imposé à son ouvrage et non celui de christianisme , c'est une conséquence nécessaire que, si le christianisme est vrai, s'il est divin, l'Église l'est également, et l'Église catholique, car il n'y en a pas d'autre.

Toutes les communions qui, à diverses époques, ont usurpé le nom et les prérogatives de l'Église catholique , n'ont réussi qu'à en ébaucher tout au plus de misérables parodies, semblables à celles dont ont donné le spectacle de nos jours plusieurs communions, en s' attribuant le nom de catholiquesj par un ridicule et visible contre-sens, comme l'Église anglicane catholique, l'Église russe catholique, l'Église catholique allemande de Ronge, l'Église catholique française de Châtel, et peut-être encore quelques autres (2). Toutes ces Églises soi-disant sont, à vrai dire, autant de témoignages d'action que les sectes rendent malgré elles à l'Église catholique, après avoir épuisé contre elle, pour la rendre odieuse, les sarcasmes et les moque-

(1) Jet. XI, 26.

(2) Voir la dissertation de Tauteur intitulée : Sîd tUolo di Chiesa Catkolica, che si attribuiscono le communiofù séparât^ dalla Chiesa Romana, Rome, 1847; fiol(^ne, 1851; Naples. 1851 , où il a discuté au long cette prétention.

ries. Au surplus, si le christianisme est un, l'Église qui le personnifie est une nécessairement ; si le christianisme est l'ouvrage de Dieu, il doit en être de même de l'Église qui est le christianisme dans son intégrité, dans sa pureté ; si celui qui professe le christianisme complet, le christianisme primitif, est assuré de ne pas se tromper, parce que le christianisme qu'il professe est l'œuvre de Dieu, qui est lui-même la vérité suprême, celui-là ne peut pas se tromper non plus qui professe ce qu'enseigne cette Église, qui ne fait qu'une même chose avec le christianisme.

Vérité consolante, dont la seule pensée remplitl'âme d'une joie indicible et d'un contentement délicieux ! Car, comme en vertu de l'institution de Jésus-Christ l'Église est une et indivisible, tant par sa nature même que par la doctrine qu'elle enseigne et par son organisation hiérarchique, il en résulte une telle sécurité pour chaque fidèle dans la profession de sa toi. qu'il ne peut en aucune manière vaciller ou douter en croyant ce que croit l'Église ; et il est aussi sûr de suivre la vérité, qu'il est sûr que l'Église tout entière ne peut ni errer ni vaciller dans sa doctrine. Il ne se trompera pas et il S2ra assuré de ne pas se tromper, aussi longtemps que ne se tromperont pas avec lui le souverain pontife et plus de neuf cents évêques, et une multitude presque innombrable de prêtres, et deux cents millions de catholiques. De plus, comme l'Église catholique n'est pas seulement une et identique pour

tous les lieux du monde où elle est répandue, mais^ qu'elle Test encore pour tous les temps de sa durée, il s'ensuit que chaque fidèle est assuré de ne pas se tromper, à moins que ne se soient trompés conrnie lui plus de deux cent cinquante papes, qui se sont suo cédé sans interruption durant bientôt dix-neuf siècles accomplis; d'innombrables évêques en union entre eux comme avec le Saint-Siège, qui se sont égalemeot succédé, de l'orienta l'occident et du nord au midi, depuis les temps apostoliques jusqu'à nous ; plus de quinze conciles œcuméniques rassemblés de toutes les parties du monde , et pour dire tout en une parole, l'univers catholique, c'est-à-dire d'innombraUes milliers de croyants de tout âge, de tout sexe et de toute condition , qui, dans leiu* unanimité d'une durée de dix-huit siècles, nous apparaissent tous ensemUe comme un seul homme. Car tel est l'imposant spectacle que présente à l'esprit du fidèle l'universalité de sa croyance, et qu'elle continuera de lui présenter tant que les puissances de l'enfer n'auront pas démenti les divines promesses en renversant et uàr nant de fond en coml)Ie ce grand ouvrage de Dieu , tant qu'elles n'auront pas jeté à terre cet admirable édifice, cimenté du sang de la céleste victime immolée sur le Golgotha, et anéantissant ainsL les mérites infinis de cet auguste sacrifice.

Quelle ineffable consolati<Hi, redison&Je avec tran&r port, est celle qui remplit l'ftme du catholique sincère,

- 35» lorsqu'il fait réflexion que la foi qu'il professe est la même qui a été professée par tant de Pères et de docteurs ; la même qui a été scellée du sang de tant de martyrs ; la même qu'ont illustrée tant de saints ; la même qui a sanctifié tant de vierges et engendré tant de héros qui, par la pratique constante et solide des vertus chrétiennes, ont réalisé l'idéal de la plus sublime perfection I Oui, (^est ainsi que chaque fidèle se trouve en communion avec tout le catholicisme des temps passés, présents et à venir. C'est un tout compacte que forme chaque individu avec le corps entier,, et le corps entier avec chaque individu. C'est le même principe de vie et d'action, comme de foi, qui anime et informe ce corps immense. Ainsi, la sécurité que* chaque fidèle trouve dans sa foi est la plus grande qoi se puisse concevoir. C'est une force unique et gé^ nérale en même temps : comme dans ces forges cy«* clopéennes dont parle le poète, la chaleur de chaque métal rougi s'accroît de la chaleur des autres métaux fondus ensemble. Tel est, je ne dirai plus l'idéal, le dessein imaginaire, mais le tableau réel de la 86curité qu'obtient le cathofique en vertu de sa règle#

Quelle sera celle au contraire qu'apporte au non* catholique la règle do pratestantîdme? EUe ne lui en apporte aucune. Nous n'avons, pour nous en con« vaincre, qu'à analyser cette règle même. D'après elle, tout protestant, comme nous Ta vons dit plusieurs foîa, peut et doit se former par soi-même son symbole de

foi en conséquence de l'étude et de Texamen qu'il aura faits de la Bible. L'interprétation individuelle de toute la Bible et de chacune des parties prises à part qui la composent lui fournit le fondement de sa croyance par rapport à chaque article en particulier. Avec une liberté pleine, absolue et indépendante, il choisit parmi les diverses thèses doctrinales celle qui lui paraît la mieux fondée sur l'Écriture ou sur la pure parole de Dieu , el d'après cette conviction individuelle et subjective qu'il s'est formée à lui-même, il prononce sans appel la sentence définitive que ceci et non cela est contenu dans la révélation, que tel sens et non tel autre du passage qu'il discute en est le sens vrai et légitime ; en conséquence, il se bâtit son Credo plus ou moins large et spacieux, selon que bon lui semble, avec le plein pouvoir que lui donne sa règle de rétrécir ou de l'élargir par plus ou moins d'articles de croyance.

Et qu'on fasse surtout bien attention que cette règle ne tend pas seulement à faire naître plusieurs sectes séparées, mais qu'elle sépare encore et divise à Tindéfini le fidèle d'avec le fidèle, l'individu d'avec l'individu. Cette division, ou, pour mieux dire, cet éparpillement, cet isolement de plus en plus général, affaiblit de sa nature et tend à détruire la persuasi(ffi qu'on se serait formée, particulièrement en des dioses qui ne dépendent pas des forces natives de l'entendement humain, comme le seraient des vérités de

Tordre rationnel et naturel, dont le fond est dans la nature de l'homme, mais qui viennent de dehors et sont supérieures à «rintelligence humaine. En effet,'' qu'un sentiment soit adopté uniformément par beaucoup de personnes à la fois, il résulte de cet accord pour chacun un degré proportionnel de confiance; mais qu'au contraire on se trouve seul de son avis, le doute naît aussitôt de cet isolement, et, quoi qu'on fasse pour se persuader la vérité qu'on se flatte d'avoir trouvée, on sent malgré soi qu'on est envahi par le doiite importun. Ehl que dire donc, si l'on voit que le sentiment qu'on embrasse, non-seulement n'est pas partagé, mais est encore contredit par le grand nombre; s'il ne s'agit pas seulement de quelque point, mais de tout l'ensemble de la doctrine que l'on a suivie et que l'on voit condamnée généralement , non pas seulement comme fausse, mais comme hérétique? Pourra-t-on alors rester calme et tranquille, et n'éprouvera-t-oo pas, au moins de fois à autre, des scrupules assez graves pour troubler l'esprit et la conscience?

Pourtant, ce n'est là encore qu'un premier effet, qui a pour cause unique l'isolement où l'on se trouve par rapport à sa propre secte, et aux autres sectes, si l'on veut, comprises dans la grande armée du protestantisme. Car personne qui ne sache quelle variété règne en matière de croyances parmi les diverses sectes entre lesquelles se partagent les protestants ; va-

riété dont nous avons déjà donné de nombreux échantillonsdansnos chapitres précédents, et qu'on pourrait faire Voir bien plus grande encore sur toutes les questions dogmatiques. Or, comment <^hacun pourra-t41 s'assurer que la secte dont il est a seule le privilège de posséder la vérité sur les points de divergences, et que toutes les autres sont dans Terreur, tandis que chacune de celles-ci prétend la même chose pour soi, et condamne toute autre qu*elle-même comme s'éloi* gnant de la vérité? Qui pourra lever ce doute? qui pourra le résoudre, si tous se trouvent paiement dans la mên>e condition? Mais pourquoi parler des divergences et des contradictions entre secte et secte, lorsque je devais bien plutôt dire entre membre et membre de la même secte» de la même communamé/ Et, en effet, il est notoire qu'entre ceux mêmes qui appartieiment à la même communion, il existe use grande diversité d'opinions en matière de foi : témoin, par exemple, l'Église anglicane. Tout le monde sait qu'il y a des membres fort distingués, et même placés aux plus hautes sommités de cette Église, qui ont use manière de penser socinienne et rationaliste (l);tout le monde sait que les puséistes professent sur bien des articles des doctrines fort différentes de celles de

(1) Voir J. GoNDON, Préface en tête des Conférences de NeWman, Pari», 1851. Nous en avons nous-méme rapporté plusieurs preures dans le dernier chaiûtre de notre première partie, où no\is avions à discuter la règle hétéroclite.

— se» — rÉglise légale; tout le monde sait, en outre, Topposition qui y règne sur des points doctrinaux entre la haute et la basse Église (1) ; tout le inonde sait enfin qu'une partie de cette Église appartient au protestantisme modéré, et Tautre à Tultra-protestantisme. Et ce que nous disons de TÉglise d'Angleterre, nous pourrions le dire aussi de toute autre communion eu particulier. Pour tout esprit tant soit peu réfléchi, un pareil spectacle doit fournir une abondante matière au doute et à Tincertitude»

Tout cela néanmoins n'est rien encore auprès de la perplexité qui doit nécessairement saisir tout protestant de bonne foi et de quelque instruction, quand il se voit en présence de TËglise catholique, levée tout entière à chaque instant pour le condamner. Car il ne saurait ignorer ni se dissimuler à lui-même que la doctrine qu'il professe s'éloigne en bien des points de la doctrine catholique, 11 sait que c'est pour cette divergence même que l'enseignement particulier qu'il soit est condamné comme contraire à la doctrine révélée. Il sait par l'histoire, tant scripturale que monumentale, que la secte dont il fait partie est de date récente: les rites religieux, les dmetières, les temples mêmes, autrefois la propriété des catholiques, maintenant usurpés et détournés à un culte différent, les

|2) Voir Newman» ïW Conférence^ dans la triduotiQii citée tout à rheure.

inscriptions, les pierres gravées, les mémoriaux de toute espèce , tout en un mot lui rappelle que ses ancêtres se sont séparés de l'ancienne Église, de l'Église mère, pour en former une autre à part, en opposition avec celle qu'ils quittaient, et qu'ils ont été retranchés à leur tour de cette Église antérieure à la leur et repoussés de son sein , précisément pour la nouveauté de leur doctrine et leur obstination indomptable à la professer.

En présence de cette Église, qui, par la succe^jpn de ses pontifes, est la seule qui remonte directement jusqu'aux apôtres; de cette Église de tous les temps, de cette Église de tous les lieux, de cette Église du monde entier, qu'elle a converti à Jésus-Christ, déployant son culte majestueux, présentant ses titres nombreux à la vénération de l'univers, toujours pleine de vie et de vigueur, toujours féconde ; en présence, dis-je, de cette Église si imposante, que devra penser de sa foi particulière telle quelle le sectaire, le protestant? Comment pourra-t-il résister au doute d'être quelque part lui-même dans l'erreur? Qu'il se représente tant qu'on le voudra la multitude et l'énornaité des abus dont cette Église a été accusée, les reproches de superstition et d'idolâtrie dont elle a été l'objet; qu'il rappelle à sa mémoire tous les récits romanesques qu'on lui a faits de cette Église dès son enfance, <^ontes de nourrices et de bonnes femmes dont on l'a amusé dès le berceau : il ne saurait avec tout cela se

délivrer de la pensée qu'on l'a peut-être égaré par de telles fables, que toutes ces accusations sont peut-être fausses et mensongères , et que par cela même elles méritent un sérieux examen ; examen que beaucoup ont entrepris avec des intentions sincères et un cœur droit, et qui a eu pour résultat de les faire rougir des impudentes calomnies qu'on leur avait fait entendre, qu'ils avaient écoutées avec une crédulité enfantine, et auxquelles ils avaient eu la bonhomie d'ajouter foi si longtemps (1).

(Ij Ce fut là le premier des motifs qui déterminèrent le prince WoUgang Wilhelm, comte palatin, à se convertir à la religion catholique. Voir l'ouvrage intit. Mûri Civitatis sanctx, hoc est religionis catholicx fundamentu xii, quibvs insistens sereniss. Princeps fVolfgangus H^ilhelmus Cornes Palatinus in Civitaiem, hoc est EccL catJiolicam faustum pedem intulity Cologne, 1615. Le prince lui-même Texprime en ces termes : Principio comperiy catholicorum doctrinx multa ab adversariis vané falsàgue imponiy et illos longé alia alUerque docere, quàm isti fingant.

C'est aussi le sujet des dernières conférences de Newman, publiées sous le titre de Lectures on the présent position ofcor tholics in Englandy London, 1851.

Il fait voir dans la seconde de ces conférences que les protestants, dans leurs rapports avec les catholiques, ne vivent que de traditions de calomnies contre l'Eglise catholique transmises des pores aux enfants, sans jamais s'en rendre raison. Et la cause, c'est que le protestantisme, incapable en lui-même de tenir contre la discussion, avait besoin, pour s'établir, de charger de calomnies le parti qu'il voulait renverser. Mais nous trouverons plus tard ime meilleure occasion de revenir sur ce

Ainsi le protestant est nécessairement agité, au moins de temps en temps, par la pensée importune que rien ne peut le garantir, que rien ne peut le délivrer de l'incertitude où il se trouve. Il ne peut pas dire, comme le catholique, qu'il ne saurait se trom-

sujet et sur ces belles oonférences pour lesquelles Newimii t eo tant à souffrir de la part d'Achilii*

J'observe ici, en attendant, qu'un certain Jules-Chabies Hare, a prétendu répondre aux conférences de Newman par un écrit intit. The Contest with Rome : A Charge to the Clergn of the archdiaconry of Lewes^ delivered at the ordinary visUa- Hon in 1651, with notes especially in answer to Doct. Neumaà récent Lectures, Londres, 1852. En parcourant ce livre, j*y ai trouvé, comme toujours en ces sortes d'écrivains, un fanatisme exalté, des rabâchages perpétuels de vieilles calomnies contre l'Eglise romaine, qu'il traite à chaque instant de de schismatiquCy des déclamations, et rien de plus. Quiconque le lira en formera le même jugement. D fait en môme temps Taveu des divisions qui régnent dans Tanglicanisme, des pertes que ce dernier essuie tous les jours par suite du retour de beaucoup de ses membres à l'Eglise romaine. Nous n'en demandons pas davantage.

Disons la même chose des conférences tenues à Genève, au commencement de Tannée 1853, par plusieiuii ministres, dans la vue de s'opposer, dans cette ville, aux conquêtes toujours plus nombreuses de la religion catholique; conférences dont nous avons déjà parlé ailleurs. On ne comprend pas comment des hommes qui se respectent peuvent répéter des accusations si grossières et si extravagantes, cent et cent fois démenties et mises en poudre par les catholiques. Mais que faire! Le protestantisme n'a pas de meilleur moyen pour se soutenir que le mensonge et la calomnie, et il faut bien y avoir recours quand on se fait l'avocat d'une cause aussi désespérée.

per sans que l'Église se trompe avec loi, puisqu'en vertu de sa règle sa foi est tout individuelle, et que dans le protestantisme chacun ne doit se tromper que pour son propre compte. Les autres peuvent se tromper, comme chacun peut se tromper aussi, et par con-^ séquent comme il le peut lui-même, sans que personne soit responsable des .erreurs d'autrui , tous dans un tel système étant libres de tout lien, particulier ou général, qui les unisse ; chacun, se trouvant constitué juge suprême de sa croyance, n'a à répondre que de luimême pour la manière de croire comme pour la manière d'agir. D'ailleurs le protestantisme, même pris en masse, n'a point la prétention d'être infaillible, et il fait même volontiers l'aveu de sa faillibilité. Donc, qu'il se considère comme simple individu, ou comme faisant partie de sa communion collective, le protestant, loin d'être à l'abri de Terreur en matière de foi, peut se tromper et s'égara à ce sujet en vertu àa principe même inhérent à sa secte, reconnu et professé par elle. Il n'a donc aucune garantie, aucune caution, aucune assurance, qui l'autorise à dire au point où il est : Je suis certain , je suis sûr que ma croyance est ta vraie; beaucoup moins peut-il dire qu'elle soit ta seule vraie, comme peut et doit l'affirmer, sans crainte de se tromper, le catholique.

Privé ainsi de cette assurance extrinsèque qui se fonde sur l'autorité, le protestant en aura-t-il du moins des motifs intrinsèques, puisés apparemment

dans la certitude qu'il aurait de l'exactitude de son interprétation privée, ou du moins de Tinterprétation que donnent à la Bible ses sages, ses docteurs? Non, pas plus celle-ci que celle-là ; car pourquoi le protestantisme, considéré même comme corps de secte, ne s'arroge-t-il pas l'infaillibilité, et ne revêt-il d'aucune sanction irréformable les articles de sa profession symbolique; sinon parce qu'il a la conscience de l'incertitude de ses interprétations? Peut-on douter que, s'il pouvait avoir la certitude absolue de sa manière d'entendre l'Écriture, il ne lui imprimât aussitôt le cachet de cette certitude absolue? D'une part, en effet, la parole de Dieu est infaillible, et de l'autre, dans cette hypothèse , il aurait la certitude absolue de ne pas se tromper sur son véritable sens ; il ne lui manquerait donc rien pour imprimer à ses articles de foi le sceau de l'infaillibilité. Mais non, il sait bien, il sent intimement qu'il peut se fourvoyer et se méprendre, qu'il peut y avoir erreur dans l'interprétation qu'il fait de la Bible, et sur laquelle cependant il fonde toute la vérité des articles qu'il adopte; de là, sa répugnance invincible à les établir nettement. Or, si le protestantisme, même pris en masse, peut se tromper et n'a aucune assurance de la légitimité de ses interprétations, comment pourra l'avoir un individu quelconque (i)? Toute l'assurance quil a,

(1) C'est là le sujet qu'a développé, avec une logique rig»m-

c'est de pouvoir se tromper, de pouvoir s'égarer par rapport à la foi qu'il professe (si toutefois on peut appeler de ce nom de foi une persuasion purement subjective) , de pouvoir être engagé dans une secte qui professe l'erreur, dans une religion qui soit réprouvée de Dieu. Telle est l'unique assurance qui lui reste, sans qu'il puisse prétendre à aucune autre, et cela en vertu de la règle qui le constitue protestant. Que si l'on veut tenir compte de la présomption qu'il aurait du moins d'avoir pour lui la vérité, on se convaincra que, même à cet égard, tout conspire h accroître sa perplexité, à fortifier ses craintes, ses doutes déchirants par rapport à la voie où il est engagé. L'instabilité continuelle, les phases nombreuses par où a passé le protestantisme, aujourd'hui si différent de ce qu'il était à son origine ; le bouleversement complet de son dogmatisme positif, dont il ne reste plus que de faibles vestiges, ou pour mieux dire, des décombres et des débris ; le gouffre du rationalisme, où il va tout entier s'engloutir et se perdre; le discrédit même universel où il est désormais tombé ; la confusion des langues qui se décèle sur les lèvres de ses ministres, dont il n'y a peut-être pas un seul qui s'accorde avec un autre sur le symbole à suivre, à

reuse, Mgr. Doney, évéque de Montauban, dans sa Discussion ^9Si lettre déjà citées, où le savant prélat démontre que le ministre protestant ne peut dire autre chose à son auditoire que : W me semble, il me parait c^we la chose est ainsi, et rien de plus. T. II. 24

part toutefois to partia négative de œ symbole et certaines phrases vagues et insignifiantes, tell^s que : La Bible j toute la Bibk^ rien que la BiJble^ sans pouvoir dire même d'un commun accord en quoi cette Bible consiste ; les divisions qu'il n'a pas cessé depuis trois siècles de faire pulluler de son seio, tellement qu'on y compte aujourd'hui plus de deus; cents fractions, que je comparerais volontiers à des pilules homœopathiques, en sorte que chaque nouveau réformateur actif et entreprenant qui paraît sur la scène s'empare comme de sa proie de ce qu'il peut en saisir, et de disciple qu'il était d'abord se fait mattre à son tour : tous ces indices, conune d'autres semblables, ne peuvent manquer de faire impression sur le protestant qui réfléchit, et de lui donner une présomption fondée que le protestantisme ne peut donc pas être l'ouvrage de Dieu, et qu'ainsi il n'y a rien que de trompeur dans la règk qu'il professe.

Ajoutez que cette présomption de se trouver dans l'erreur augmente encore outre mesure pour le protestant, quand il jette un regard sur l'Église catholique, qui lève devant lui son front majestueux, et lui ôte le dernier reste de confiance qu'il pouvait avoir dans sa profession de foi. Il sait en effet que cette Église est en opposition ouverte avec le protestantisme, et que sa doctrine est toute différente de la sienne; il sait que cette Église condamne et anatli^

matise tous ie8 articles de 6on {uropve symbole où il se trouve en contradiction avec elle , comn^ autant d^bëféfiies ou d'erreurs, et de la même manière qu^elIe a condamné et anathématisé tant d'autres articles qu'avaient prétendu aussi substituer à ses enseigoements, dans les siècles antérieurs, tant d'esprits téméraires que les nouveaux réformateurs se sont accordés eux-mêmes à dire que l'Église avait eu raison de condamner. De là lui vient naturellement le soupçon qu'elle a pu également avoir raisoo de condamner le symbole luthérien, le symbole zwinglien, le symbole calviniste, le symbole anglican Et ce soupçon sefa d'autant plus fondé,

que ces communion^ rivales s'accordent toutes, chacune de son côté, avec l'Église elle-même, à condamner leurs pareilles comme étant dans Terreur, et à dire qu'elle a eu raison de les anathématiser toutes, excepté la leur. Le protestant ne saurait ignorer ni se dissimuler à lui-même que son symbole ne soit autre chose, en grande partie, qu'un renouvellement d'anciennes erreurs condamnées par l'Église longtemps avant qu'ils parussent eux-mêmes, et dans des siècles que les eoryphées du protestantisme se sont plu les premiers à décorer du nom de beaux siècles de l'Église, dans des siècles où de leur avey l'Église s'était encore conservée vierge et sans tache. Et pour en venir à la preuve, la doctrine du pro*^ testantisme primitif sur le serf arbitre avait été d'à-

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vance condamnée dans le gnosticisme (i) , et il en avait été de même de sa doctrine sur l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut (2). Dans le gnosticisme encore avaient été condamnés Tantinomianisme, c'est-à-dire la doctrine de l'abrogation de la loi morale par l'Évangile {&) ; plus, la doctrine de la foi toute seule justifiante (&) ; plus, la doctrine de la cer-

(1) Voir l'ouvrage intit. Recognitionum ClementiSy lib. 3, n. 22 et 26, où sont rapportées au long les erreurs de Simon le Magicien, et entre autres celle ci : Xegat esse in homînîs poUstale aut sciendi aliquid, aut agendi, c'est-à-dire qu'il niait le libre arbitre dans Thonmie. Cet ouvrage, comme lobservo GormJEB, est très ancien et remonte au ii« siècle.

(2) C'est ce qu'atteste S. Irénée, lib. i, c. 23, n. 9, où, en parlant des erreurs de Simon, il dit entre autres choses : SeamdUm ipsius gratiam salvari homines, sed non secunâém opéras fustaSy comme le porte l'ancienne version (édit. Mass.). Les simoniens tenaient beaucoup à cette doctrine de rinutiiité des bonnes œuvres pour le salut, comme nous l'attestent les anciens écrivains, et en particulier S. Irénée, Théodoret, S. Epipbane, Eusèbe. (Voir Calmet, Diss, de Simone Mago.)

(3) Voir l'ouvrage déjà cité des Récognitions, et S. Irénée, loc. cit. Parmi les erreurs de Simon, que rapporte S Irénée, lib. I, c. 23, 2-5, était celle que la loi avait été donnée par les anges pour mettre les hommes en servitude, et que lui, Simoo, était venu pour affranchir les hommes d'un tel joug.

(4) Simon enseigna pareillement qu'il suffisait pour le salut d'avoir la gnose ou connaissance de Dieu, telle qu'elle nous vient de la révélation. Aussi les mœurs de ses disciples étaient-elleâ fort corrompues, comme nous l'attestent imanimement S. Ibk- NÉE, Tertdllien, lib. De Anima, c. 34; EUSKB., Hist Eed., lib. n, c. i; S. Eph'H., Nœr, xxr.

titude que donne la foi d'être prédestiné et sauvé (1) ; plus, celle que nos péchés peuvent bien déplaire à Dieu, sans que pour cela notre personne cesse de lui être agréable (2) ; plus enfin, la doctrine de l'impeccabilité après le baptême (3). Ces doctrines, qui font

(I) Ainsi parlaient les valentiniens , d'après S. Irênée, 1. i, c. 7, n 4 et 5, qui rapporte qu'ils pai'tageaient les hommes en trois classes : les spiriitieU, les hyliques et les psychiques. Les premiers étaient élus (et c'étaient ces hérétiques eux-mêmes, comme le seraient aujoiuxl'hui les calvinistes); les hyliques étaient les réprouvés; les psychiques, enfin, étaient les catholiques , qui seuls avaient besoin de faire des bonnes œuvres pour se sauver.

|2) Telle fut la doctrine de Carpocrate et de ses partisans, qui enseignaient que le moyen d'atteindre la perfection et de se rendre agréables à Dieu était de se rouler dans toute sorte de crimes et de débauches, pour témoigner aux anges le méi)ris qu'ils faisaient de leurs préceptes, ou de la loi du Décalogue, dont ils les disaient auteurs. (Voir Massuet, Diss. i, S. Irénée, art. 2, § 5, n 12.) fl semble ici qu'on entend déjà Luther exhortant à commetti^ quelque gros péché mortel pour faire pièce au diable, comme nous le verrons plus loin.

13) L'hérésie de Ménandre se distinguait par la vertu extraordinaire attribuée, selon lui, au baptême qu'il conférait. Pour ne rien dire de l'immortalité qu'il promettait, même pour la vie présente, à ses ba])tisés, puisqu'il y a des critiques qui révoquent en doute ce point de sa doctrine, il est certain, du moins, qu'il promettait à ses néophytes l'assurance du salut en vertu de son baptême, comme on peut le voir dans saint Irénée, 1. 1, c. 33; dans Tertuluen, lib. De Ammà, c. 50; dans Eusèbe, 1. m, c. 26; dans S. Cybille de Jérusalem, Catech. 18; dans Théodobet, Hsaret fabul.y 1. i.

partie du symboiisrûe protestant^ faisaient âe rsÉm partie du symbolisme gnostique : d'où il résulte évidetnment que dans les doctrines gnostiquee ont été condamnées les doctrines protestantes, et cela dès te ti'ois premiers siècles de F Église*

A ces mêmes siècles, et même au premier, vers sa fin ou au commencement du second^ appartint la condamnation de l'opinion protestante qui consiste a nier la réalité de la présence corporelle de Jésus-Christ dans r Eucharistie : opinion qu'enseignaient déjà les docètes et les marcionites, et que l'Église condamna pour cette raison dans ces sectaires (1). Puis, auiv* et au V* siècle, l'Église condamna dans Vigilance, ainsi que dans Fauste le manichéen, les erreurs contraires au culte des saints, à leur invocation, à la vénération de leurs reliques, à la prière pour les morts et à l'existence du purgatoire (2) ; dans Jovinîen, la doctrine ennemie du célibat et de la profession religieuse (3), doctrine favorite de la Réforme, et qui lui a fait recruter dans le catholicisme nombre de prêtres et de moines perdus de débauche.

Au vu* et au viir siècle, l'Église catholique a condamné la doctrine qui taxe d'idolâtrie le cuUe

(1) Voir s Ignace, EpisL ad Smym.y c 7; TbbtuIiLIEN, Contr. Marcion.^ L iv. c. 40.

(2) Voir S, JEROME, Cmt FîyUaM. Opp éd. Y^ois, t. n; S. Augustin, Cont, FamL mamch., 1. xx, c. 21.

(3) S. JÉRÔME, 1 I et n, Cmt. Jcvinkm.

— affs —

des saintes images, et que soutenaient déjà les iconoclastes ou iconomaques grecs , ainsi que Claude de Turin (i). Au xir siècle, presque toute la symbolique de Luther se trouve condamnée par anticipation dans les vaudois, qui disaient aussi qu'il ne fallait admettre que T Écriture ; qu'on ne devait reconnaître que le divin médiateur à l'exclusion de toute intercession des saints; qu'il fallait abolir les messes privées, rejeter les traditions, les jeûnes; que Rome était la grande prostituée de l'Apocalypse et le pape rAntechrî&t ; que le mariage des prêtres était nécessaire, etc. Au XIV* siècle, Luther a été condamné de même dans Wicleff, dont il s'est approprié les erreurs en les faisant passer dans sa symbolique (2). Et c'est

(l) Voir Act. Conc. Nie., ii; dans Hahdouin, Acta Concil., t. nr; Trombellï, de Cultu 55., t. ii.

|2) On peut consulter, sur les erreurs des vaUdois , l'ouvrage de Mgr. Chai^az, ancien évoque de Pigneroî et aujourd'hui arcbevéque de Gènes, intit. Notizie dei Faldesî, Turin, 183T, c. XVIII, où l'auteur traite des sources où puisèrent les vaudois, du principe de leurs erreurs, de l'opposition qui se manifeste sur plusieurs chefs entre les anciens vaudois et les vaudois modernes. Et tout cela, il le prouve par les témoignages respectifs d'écrivains contemporains ou d'une époque rapprofcÎJéé de celle des vaudois, comme les lettres d'Innoceïit IIl, Reinier, Bernard de Foucauld, Alain de l'isle, Pierre de Vaucemay, Etienne de Belleville, Moneta, etc. L'illustre auteur développe ces mêmes preuves dans un autre ouvrage en quatre volumes intit. Le Guide du catéchumène vaudois, Lyon, 1840 et ann. suiv. En rapprochant les erreurs des vauddis de celles

ainsi que le protestant tant soit peu instruit trouve condamnée par l'Église catholique toute la doctrine du protestantisme, longtemps avant que celui-ci fît son apparition sur la scène du monde. Tout cela donne une telle force à la présomption qu'il devait avoir déjà de la fausseté et du danger de sa croyance particulière, que, même en faisant abstraction de toute autre considération, cette présomption approche de la certitude. Pourra-l-il donc demeurer tranquille dans sou état, comme s'il n'avait que des motifs d'assurance sans aucun sujet de doute? Non,

de L\ither, il est très facile Je voir tout ce que celui-ci a jmîs dans ceux-là.

Par rapport ensuite à l'hérésie de Wicleff, on peut consulter RoissELET DE Saucliêres, Cowp d'œil sur l'hist. du CalrinUmê en France j Paris, 1844, pag. 113 et suiv., uù il résume la symbolique de Wicleff en ces termes : « U attaque les cérémonies du culte consacré dans l'Eglise, les ordres religieux, les vœux monastiques, le culte des saints, la liberté de Tbomme, la décision des conciles, l'autorité des Pères de l'Eglise, et jusqu'au saint mystère de l'Eucharistie. » Or, ce sont là précisément les erreurs de Luther et de Calvin. Cette doctrine, exportée d'Angleterre en Bohême par Pierre Penn, y fut embrassée avec ardeur par J. Huss.

Pour retrouver les en^eurs des protestants du xvi« sièdc dans les anciens hérétiques, on n'a qu'à lire le savant ouvrage, du card. Lorenzo Cozza : Commeniarii historico'doffmatieibi lib. S, Augustini de hasresibuSy 2 vol. in-fol. Rome, 1707, et on y trouvera en même temps la filiation des hérétiques, depuis Simon le Magicien jusqu'à Calvin et à Luther, et depuis ces derniers jusqu'à nous.

nul), je le répète : il n'est assuré que de son incertitude même et du doute qui ravage son âme.

Ces vérités une fois établies, rien de plus facile que de tirer les conséquences, théoriques et pratiques qui en découlent. On voit, d'une part, pourquoi le catholique est tranquille et sans inquiétude sur Tobjet de sa croyance, et s'attache à son Église sans plus de crainte qu'un enfant qui repose sur le sein de sa mère. Puisant ses motifs de sécurité dans l'infaillibilité de cette Église, dont il a pour garant la promesse divine et toute l'antiquité chrétienne, il ne donne là-dessus entrée dans son esprit à aucune autre pensée. Si quelqu'un vient à lui chercher dispute sur sa croyance, il s'en débarrasse aussitôt par une réponse simple et précise : « L'Église me l'enseigne ainsi, » répond-il à ce contradicteur ; et il se borne à cette réponse. Si cependant ce catholique est un homme instruit et savant, il peut, en outre, rendre raison des motifs pour lesquels l'Église le lui enseigne ainsi; il a ses principes fixes et certains, qui lui marquent assez ce qu'il a à dire. Enfin, lorsque le catholique fidèle touchera au terme de son pèlerinage, il pourra bien concevoir des inquiétudes par rapport h la manière dont il aura honoré ou déshonoré sa foi, selon que sa conduite aura été ou non en harmonie avec les vérités saintes qui en sont l'objet, mais il ne concevra aucun doute sur ces vérités mêmes. S'il souffre quelque tentation dans ces moments critiques et re-

doutables, ce n'est alors qu'une teritâtiôU Vague d'infidélité, comme il peut en survenir à tout le monde, et, pour la repousser, il n'a besoin que de foire des actes de foi plus ou moins intenses eti se couvrant de l'égide de l'Église catholique ; hiais ses perplexités n'ont jamais pour origine des doutes qu'il concevrait sur sa croyance, en tant qu'elle contredit celles d^une secte quelconque t cela ne lui vient pas même à la pensée, comme le prouve évidemment l'expérience de tous les jours (1).

De l'autre part, le pi^testant a, au contraire, souvent à lutter en lui-même contre le doute cruel qui le poursuit par rapport aux doctrines de sa propre secte, surtout s'il a l'esprit tant soit peu cultivé. Il tremble toutes leB fois qu'il tombe sur des passages d'ouvrages catholiques, où leurs auteurs ont à exposéries raisons qui leur persuadent ou la vérité du catholicisme ou la fausseté des sectes. Le plus souvent il s'épouvante de la controverse et la fuit, et il cherche à détourner la conversation si l'on vient à parler de religion dans la société où il se trouve. On voit qu'il sent bien en lui-même qu'il manque quelque chose à sa foi, qu'elle n'est pas normale, en un mot; cette inquiétude secrète l'agite en particulier quand ses passions viennent à se taire. Mais c'est surtout au moment ov

(l) Ce sujet se trouvera développé dans notre troisième partie ; nous houd contentons id dé le toucher légèrement.

— 3W il va quitter la vie ique se représente à lui^ comme un spi^tfe terrible, \é doute qui débhîre et dévore son àme% La pensée du juge redoutable devant lequel son âme va paraître, et qui connaît tous les pli* et replis du cœur humaiîi; le temps qui s' envoie, Téternité qui s^avance pour l'emporter avec elle, tout le remplit d'effroi ; et à moins qu'il ne soit ou dans le cas d'une ignorance invincible, et par conséquent excusaMe, ou dans cet abfine d'impiété où le remords ne se fait plus entendre, il s'émeut, il s'agite, il doute et il frissonne. De là tant de conversions de protestants' de toutes classes aux approches de là derrière heure, Conversions connues de tous, et poui* lesquelles nous avons plus d'une fois célébré les nier^ veilles de la miséricorde divine. Mais nous en parlerons plus au long dans notre troisième partie.

Tout cela ne regarde encore que les dispositions individuelles et privées ; mais nous trouvons de plus dans les faits publiés du protestantisme des indices évidents de la méfiance qu'inspirent à ses diverses sectes leurs propres doctrines. Nous allons en signaler quelques-uns. Et d'abord , d'où vient, sinon de ce sentiment de méfiance, que le protestant se montre si facile à transiger par rapport à sa foi et aux articles de son symbole ? Nous avons vu plus haut la transaction toutr à-fait pacifique passée entre les sacramentaires et les luthériens au sujet de l'Eucharistie. Or, dé seiiiblàbles èôncessions arrivent fréquenunent

entre les communions diverses; si bien qu'elles se rapprochent quelquefois de manière à faire presque disparaître entre elles toute espèce de différence. Au lieu que le catholique ne cède jamais, pour ainsi parler, même un pouce de terrain ; et il souffrira plutôt au besoin la perte de provinces entières, de royaumes entiers, que de transiger sur un seul dogme, copirae l'histoire de l'Église nous l'atteste à différentes époques. C'est qu'il sait bien que sa foi objective, ou les vérités religieuses dont il a la croyance, ne sont pas sa propriété, mais celle de Dieu, qui les a révélées et de la part de qui il les a reçues ; et de là tant de martyrs, morts pour le soutien de chacune de ces vérités, que l'Église compte dans ses annales.

Un autre indice du fait que nous tenons à relever se remarque dans la tolérance religieuse ou théologique, comme il plaira de l'appeler, que l'on montre à tenir pour également bonnes et conduisant au salut toutes les doctrines diverses, quelque contraires qu'el les soient à la sienne, sans qu'on ose en condamner une seule comme fausse; et de là la maxime que chacun peut se sauver dans sa propre religion (1). Or, quel est le fondement ou la racine d'un si honteux indilïé-

(1) C'est du moins la doctrine qui prévaut aujoui-d'hui, surtout dans la pratique, chez les diverses sectes anti-catholiques. Je dis aujourd'hui et dans lu pratique ; car, en d'autres temi*, comme tout à l'heure on va le voir, une doctrine toute diflérente en pratique et même en théorie dominait parmi ces secteS)

rentisme , sinon rincertitude où Ton est de la vérité absolue de la croyance que l'on suit? Celui qui est vraiment et intimement convaincu que la foi qu'il professe lui vient de Dieu, et qu'elle est par conséquent la seule vraie, doitde toute nécessité rejeter avec horreur, comme fausse, toute autre foi différente de la sienne, opposée à la sienne, attendu que la vérité est une et indiidsible. Il répugne, il est logiquement absurde que deux ou plusieurs religions contradictoires puissent être vraies en même temps, et, si l'une l'est, toute autre est nécessairement fausse. C'est pour cela que le catholique tient pour fausse, rejette et réprouve publiquement comme telle, toute religion ou croyance qui diffère de la foi catholique , parce que celle-ci est divine à ses yeux, qu'il la regarde comme révélée de Dieu, et qu'elle lui est proposée par une autorité infaillible, qui est celle de l'Église. Et c'est bien injustement (ju'on prendrait prétexte de là pour l'accuser d'intolérance, puisqu'il est dans la nature de la chose même que quiconque croit du fond de l'âme qu'il a pour soi la vérité doit condamner comme fausse toute croyance contraire, sous peine de n'être pas seulement impie, mais inconséquent et absurde.

Disons la même chose de la maxime qui excite tant de fureur et fait frémir de rage les protestants de toute

qui étaient rigidement exclusives et intolérantes, sVxcommuniantet s'anathématisant les unes les autres.

racc : Hor9 de CÉgim point de $altU, J'observe de cette disposition d'esprit de tous les sectaires conlre r Église catholique, qui la professe comme article de foi « qu'elle confirme à merveille notre assertion du doute secret qui envahit toutes ces commuiûons diverses touchant la vérité de leurs propres oroyanœs. Car, si une défiance secrète n'occupait pas leurs esprits, qu'auraient-ils à s'émouvoir et à s'emporter contre le seul énoncé de cette maxime ? Si les protestants se croyaient bien sûrs que la religion qu'ils professent chacun dans leur conmiunion respective est la vraie, ils se riraient de cette maxime, comme d'un dire d'une religion fausse, et dont il n'y aurait par conséquent à tenir aucun compte. En voici une preuve sans réplique : c'est la conduite des catholiques à l'égard de celles de ces communions qui se sont avisées de déclarer hors de la voie du sahit qui* conque ne partageait pas leur croyance respective et spécialement les catholiques, coupables en outre à leurs yeux du crime d'idolâtrie (i), A-t-on jamais vu

(1) Voir les Entretiens philosophiques ou Banquet (te Thàdule du baron de Starck, Paris, 1818, p. 425, où l'auteur rapporte une foule d'extraits des écrits polémiques d'auteurs protestants, pour prouver que ceux-ci regardent leur Eglise conune ta seule gui procure le salut, en même temps qu'ils excluent les catholiques de l'éternelle félicité, tantôt pour un article, tantôt pour un autre ; que les réformés, c'est-à-dire les calvinistes, sont dans ce cas, et que le docte Sulzer a trouvé jusque dans une ordonnance de police de la ville de Zurioh, de Teii Vl^

- 983^ un seul catboliqQe s'eit émouvoir, ou s'eai^parter coor tre une telle prétention? Non-seulement ils ne s'en sont pas mis en colère, mais ils n'ont fait qu'en rire ou que se moquer d'une semblable parodie ; et sauf cet innocent badinage, la prétention de ces sectes n'occupe jamais leur pensée et ne leur cause pas même une distraction, Mais pourquoi une si grande différence de conduite entre le protestant et le catholique relativement à cette maxime? C'est que, tandis que la foi du protestant est vacillante touchant la vérité de sa communion, celle du catholique, au contraire, est ferme et solide, et à l'abri de tout doute par rapport à la sienne.

Au surplus, comme cette maxime si effrayante et si terrible : Hors de l'Église point de saltU, est de la plus haute importance, et que bien des protestants ne l'entendent pas comme il faut, que d'autres lui atta-

l'Eglise réformée déclarée la seule gui procure le salut. Ce même aiite\ir a observé à cet égard que Henri DodweH enseignait au xvu^ siècle que les membres de l'Eglise épiscopale «l'Angleterre pouvaient smis avoir Tespérauce certaine d'être un jour éternellement heureux (Sulzer, rérité et amour, p. 195, 200). Voilà donc un anglican qui exclut du salut éternel et catholiques, et luthériens, et réformés, tous ceux, en un n?ot, qui n'ont pas donné leurs noms à l'Eglise épiacopal?, ou à la religion de l'Etat d'Angleterre. On voit par là que les prolestants proprement dits, ainsi que les réformés et les anglicans, ont professé la maxime : Hors de V Eglise point de salut, et que tous se sont de même accordés à en exclure les catho^liques.

cbent même un sens odieux pour avoir un prétexte d'accuser l'Église catholique, i! ne pourra être qu'utile d'en déclarer le vrai sens, et de lever l'équîvoquf à l'aide de laquelle on voudrait Tobscurcir. Ainsi donc, distinguons avant tout l'intolérance religieuse de Pintolérance civile. La première est celle que professe l'Église catholique pour les raisons que j'ai donnée; mais il n'en est pas de même de la seconde : car, .-^i l'état actuel de la société, le bien de la paix et de la tranquillité publique, exigent la tolérance pacifique* d'un culte différent du sien , et que d'autres sont en possession de professer, la religion ou l'Église catholique n'y met aucun obstacle. L'exemple de la France, de l'Autriche et de l'Allemagne, où le catholicisme est dominant, en est la preuve manifeste, La seconde observation à faire, c'est qu'on ne doit pas confondre l'intolérance religieuse avec la haine : eumêmetempi^ que l'Église est intolérante pour l'erreur et l'hérésie, elle tolère les hérétiques et les errants, pour qui elle n'a qu'amour et charité, compassion et tendresse. I^es menaces mêmes qu'elle leur fait entendi'e quelquefok les peines qu'elle leur inflige, quand cela peut serur à les ramener, ont pour principe l'amour qu'elle leur porte. Elle prie, elle gémit, elle s'occupe comme une mère pleine d'indulgence et de bonté du salut de a»s enfants qu'elle voit s'écarter du droit chemin et courir à leur perte. Comme la vérité et la charité se confondent en Diou, elles se confondent aussi en PÉglisp, qui

est id-bas sa vivante image. L'Église ne sait point prendre en aversion le pécheur ; mais elle l'invite au repentir. S'il s'est commis sous ce rapport quelques excès dans les temps passés, ils ont pu se commettre dans l'Église, mais ils ne venaient pas de l'Eglise même (l).

(1) MuzzABELLi, dans son ouvrage intitulé : Du b<m usage de la logUiuej a là-dessus une dissertation sous le titre Alms de l'EglUCi qui revient bien à notre siget, et qui forme l'opuscule n du 1. 1 de l'édition de Florence, 1821. Nous y reviendrons plus en détail une autre fois ; en attendant, observons avec cet auteur qu*i] ne faut pas confondre ce qui se /ait dans V Église^ par peu ou par beaucoup, avec ce que faU V Église elle-môme. Les eicés, comme les mauvaises doctrines, n'ont point à lui être imputés; mais ils doivent l'être seulement à ceux qui, même dons son sein, 8*en sont rendus ou s'en rendent coupables.

Au reste, que les sentiments dé l'Église pour les errants soient réellement tels que nous les avons décrits, c'est ce que prouve le passage suivant du décret donné par le concile de Trente pour sa prorogation, session 13 : « Sacrosancta Sjnodus utpia

* mater, quse ingemiscit et partuiit, summoperé id desiderans

* ac laborans, ut in iis, qui christiano nomine censentur, nulla

* sint schismata, sed quemadmodùm eumdem omnes Deum, « et Redemptorem agnoscunt, ità idem dicant, idem credant, « idem sapiant; confidens in Dei misericordiâ, et sperans fore, " ut illi in sanctissimam et salutarem unius fidei, spei, cbari- - tatisque ooncordiam redigantur, libenter eis in bac re morem •• gerens, etc. *> Tels sont les véritables et intimes sentiments de l'Église catholique pour ses enfants égarés. Ces mêmes sentiments, elle les manifeste en mille autres endroits, mais particulièrement à la session 18 du même concile, par ces autres paroles : <■ Quoniam ver6 eadcm sancta Synodus ex corde optât,

Ces distinctions une fois bien comipn&esj faisons qd troisième pas en avant^ et exposons le vrai sens de la maxime en question* Veut-on faire entendre pv là que quiconque nkeurt hors de la communion extérieure de r Église catholique soit damné par là même! Non certes, un pareil sens n'a jamais fait partie de la symbolique catholique. L'Église enseigne plutôt le contraire ; car elle enseigne que Tinfidélité négative n'est pas un péché, et ne rend pas coupable aui yeux de Dieu ; elle a même condamné ceux qui ont prétendu enseigner le contraire (1 ) . Or, d'après l'enseignement catholique» l'hérésie est une espèce d'infidélité ; elle se rapporte à l'inftâéUté comme à mù genre. Si donc l'infidélité négative, ou l'ignorance invincible de la vraie foi, n'est pas un péché et ne rend pas coupable devant Dieu ;' si en conséquence ceux qui ne sont infidèles que de cette manière ne

» Deumque enixè rogat, que ad pacem sunt Ëcdesue, ut uni- '« versi communem matrem in terris agnoecentes, qus quos •« peperit, oblivisci non potest, unanimes uno ove, glorifioeinus <* Deum et Patrem D. N. J. C. per viscera miserioordis ejos- ** dem Dei et Domiui nostri. » Je pourrais de même pjrouver œt sentiments de TÉglise par les témoignages des Pères les ph» illustres de l'antiquité chrétienne; mais comme cela m'entrunerait trop loin, je les passe sous silence.

[1) C'était la 63^ des propositions de BaïuB) candanaiéefl soecessi vement par trois papes : Infideliias pttfé negaUva t» Ait» ài quibus Christus non est prxdicatuSypeccaiMmesL De cegcm sont aussi les propositions 39, 67, etc.

méritent pas de peine ou de châtiment, il s'ensuit que de même rhérétique matériel, c'est-à-dire celui qui de bonne foi, par ignorance invincible et sans sa faute, fait partie d'une communion non cathoHque, ne mérite pour cela aucun châtiment. Affirmer le contraire, ce serait contredire la doctrine de TÉglise catholique (1). Ajoutez à cela que c'est aussi l'enâeignement catholique, que tous ceux qui appartiennent à l'âme de TÉglise, qui constitue |a vie inté-^ rieure ou spirituelle, quand même ils seraient hors de son corps ou de sa communion extérieure, sont catholiques au fond et doivent être comptés pour tels, comme de véritables enfants de l'Église. Or, ceux qui se trouvent sans leur propre faute hors du corps de l'Église peuvent fort bien lui appartenir quant à

(1) s. ADGUsnN dit expressément, au sujet des hérétiques jdM/M», dans sa lettre 63, édit. des bénédictins de S.-Maur : - Qoi sententiam suam quamvis falsam atque penrersam, nullâ •• pcrtinaci anlmositate defendunt, preesertim quam non auda- " cil suce prœsumptionis peperenmt, sed à seductis in crrorcm " lapsis pareBtâ)U8 acoepenint, qusnmt autem cautâ sollicitu* <* dine veritatem, corrigi parati, cùm invenerint, ne(iuaquàm «^ sont inter hœreticos deputandi. » Et Suarez, dans son traité De Fidey diap. xix, sect. 3, après s'être proposé cette question : Vttvm Ht de roHone hseresis ut voluntarié et cutn pertinacid commUiatur^ y répond de cette manière, n. 1 : In primo puncto hujng arUculi generalUer sumpto nulla est dificuitas ; certum est enim de ratkme hteresis esêe ut voluntarié fiât, Ità docent OMNBB THBOLOOI, 5. ThomoSj u. H, q. 11, 8. 3, etreliqvA schoiastiei et Patres antique.

Tàme. Donc ils peuvent être sauvés^ tout aussi bieri que ceux qui se trouvent dans sa communion extérieure.

A quoi donc se réduit cette formidable maxime : Hors de C Église point de salut, qui provoque encore aujourd'hui dans tant de gens le mouvement de la colère et de la fureur? Il se réduit en dernière analyse à cette autre formule : Quiconque meurt en péché mortel est damné, ou bien : Quiconque passe sa vie en état de péché mortel, et se laisse surprendre en cet état par la mort, est hors de la voie du salut. Qu'y a-t-il à reprendre dans cette maxime? Quel est le protestant qui ne l'admette, qui ne l'enseigne, qui ne la professe? Pour l'adopter, il suffit de n'être pas athée ou incrédule. Eh bien, la doctrine catholique n'est que cela. Je pourrais démontrer de plus que les communions protestantes ont été et ^nt encore aujourd'hui beaucoup plus intolérantes que ceux qui professent la religion catholique; mais comme ce sujet serait trop odieux, et qu'il m'entraîjierait trop loin, j'aime mieux n'en pas parler (1).

|1) Comme échantillon de cet esprit d'intcdérance des piotestants et des réformés & Fégard des catholiques, esprit si opposé à cet esprit d*amour et de charité dont se montre animée l'Église catholique, qu'il me suffise de rapporter les paroles prononcées par des députés de Genève, au nom de leur Ê^ise, au soi-disant synode de Dordrecht, sessions 25, 27 : •• Nous ne voulons avoir aucune sorte d'union avec les catholiques ; au contraire, nous les méprisons et les haïssons, n £st-oe une religien

Pour reprendre la suite de nos raisonnements après cette importante digression, une preuve non équivo-

cvangélique, que celle qui fait une profession si formelle de vivre en état de haine ou de guerre contre son prochain î — ^Voir lettres sur la tolérance de Genève^ par Nachon, Paris, 1823; où Tesprit d'intolérance des protestants ou réformés genevois est démontré par une série d'édits portés depuis l'époque de 1535 jusqu'à celle de 1823. L'auteur y fait voir aussi l'intolérance des anglicans. Or cette série s'est continuée jusqu'à nos jours. La méchante feuille qui se publie à Turin sous le titre dej^KOfia Novella peut servir à nous apprendre ce que sont les protestants. Et ce ne sont pas seulement les calvinistes de Génère, ni l'Eglise anglicane; ce sont aussi les luthériens d'Allemagne qui font une profession ouverte de vivre de haine contre le catholicisme, et de nos jours encore. Voici leurs paroles extraites des Annales Germaniquesy 1642, n. 129, p. 511, et proférées à l'occasion de la Symbolique de Mœhler : •• Nous autres protestants, nous grandissons et nous sommes élevés dans la haine du papisme et dans une vénération absolue pour Luther et le luthéranisme ; quiconque attaque celui-ci blesse nos aeDtiments les plus profonds et profane nos sentiments les plus sacrés. Qu'il ait raison dans les détails, nous ne nous en élevons pas moins contre lui, car nous le voulons ainsi. » (àlzog, Blstoire tmw. de l'Église, trad. de Goschler et d'Audley, Fiaris, 1847, t. ni, p. 697.) Ce qui veut dire en bon français : Nous toulons nous attacher à V erreur par la haine que nous portons à la vérité. Les païens, les juifs et les turcs pourraient donner la même réponse, lorsqu'on leur expose et qu'on leur prouve la vérité du christianisme. Nous avons cité plus haut les paroles prononcées par le vieux Sander d'Elbebfeld au synode de Brome ; rappelons-en ce court extrait en preuve de l'esprit de tolérance des protestants ; en parlant des jésuites et du pape, il s'écrie : « Des autorités protestantes ne doivent pas souffrir qu'ils existent; encore moins doivent «Ues supporter qu'ils soient

que de Teiubairas et de la perplexité que iaifisent auk protestants leurs principes de croyances, c'est ce que j'appellerais leur calliolicopkobie^ ou Tespèce de frisson que leur cause Taspect du catholicisme, qui à tout moment se présente à eux comme un reproche toujours vivant de leur apostasie originaire» Le catholique que les circonstances où il est placé obligent à vivre parmi les protestants ne sent pour Tordinaire rien qui puisse Tébranler en faveur de leur secte, et il n'éprouve pour eux d'autre sentiment que celui de la commisération : sentiment qui sera même d'autant plus vif, qu'il trouvera en eux, comme cela peut arriver, des dispositions pli» vertueuses, un fonds plus solide de piété, descpiali*tés naturelles plus dignes d'estime. Voilà ce que leur présence lui fera penser, et rien de plus. Mais le protestant, au contraire, quand il voit les caUioliques s'établir dans son voisinage, leurs églises s'élever, leur nombre se multiplier, s'en fâche, s'en met en colère, et plus d'une fois il arrive qu'il produt

libres. Oh ! pensez au sang de nos martyrs protestantB que Rome et les jésuites ont égorgés par millions (comment le prouve-t-ilt); ohercbons l'ennemi là où il se trouve, dans le oœur

de Home U faut que£abylone tombe... Le système infer*

nal du papisme mérite toute notre baine ; tant que Rome reste Rome, l'Evangile ne peut avoir anicun raj^rt avec elle. " (Vsr Annales ctUhol. de Genève, loc. cit., p. 40.) Ctuel langage charitable et édifiant I Et ceux qui le tiennent ne rougissent pas, quand ils osent parler de la tolérance protestante.

— 89J — au dehors par certaines démonstrations ces sentiments qu'il a dans le cœur. De là ces regards courroucés, ces paroles acerbes, ces sarcasmes,, ces ruptures déclarées et les scènes scandaleuses qui en sont la suite. Il a devant lui un phare trop éclatant de lumière qui lui blesse la vue, et, au lieu de voir dans les catholiques un avertissement providentiel qui le rappelle au devoir, il est comme Agar qui n'aperçoit pas à ses pieds la source d'eau vive qui pourrait la désaltérer, et reste sous le poids d'une soif inrûiante et mortelie. li voudrait être plus sûr dans sa croyance, et, comme il n'y peut réussir, il porte envie au catholique, et lui insulte pour cette sécurité même et ce calme de l'âme doet il le trouve en possession. Il faut qu'il restse dans la solitude où le relègue sa règle de foi, séparé d'avec toute l'antiquité, exclu de la communion de ses ancêtres, sevré de la société des martyrs, en rupture avec les Pères, condamné par rÉglise qui a formé tant de saints, isolé enfin par rapport à ceux mêmes de sa propre secte, et son cœur bat d'eifroi quand il se voit toucher au 4erme de sa courte carrière. Quel état désolant ! Oh I non, et que ce soit notre conclusion, la règle du protestantisme n'est pas apte de sa nature à satisfaire l'esprit et le cœur de l'homme; mais elle laisse l'incertitude et le doute dans l'esprit, la désolation et le désespoir dans le cœur.

ARTICUS n.

La règle catholique, au point de vue rationnel et moral, est la seule qui sauve la dignité intellectuelle et morale de Thomme en le soumettant au joug delà foi.

Raison qui semble favoriser le protestantisnie. — Cette nison apparente n*a rien de solide. — Autre est la conditioD des vérités naturelles, — autre ceUe des vérités surnaturelles. — On ne peut conndtre ces dernières que par des moyens extrinsèques. — On ne peut les connaître que par l'intermédiaire de ceux à qui Dieu les a manifestées, — ou par œax qui les ont reçues des dépositaires immédiats de la ré?éistion. — En se conduisant ainsi c'est à Dieu qu'on obéit — Or, telle est l'Eglise instituée par Jésus-Christ. — L'homme ne déroge pomt à la dignité de sa nature en écoutant les enseignements de l'Eglise. — Au contraire, il la reiève. <— Grandeur et majesté de l'Eglise sous quelque rapport qu'on la considère. — Objection de Vinet. — Réponse à cette objection. — Paralogisme que renferme son raisonnement. — La symbolique du protestantisme, en tant qu'elle diière de celle du catholicisme, ne se trouve point dans la Bible. — Défi porté à tous les protestants. — Ils ne sauraient user de représailles sur ce point. — Corollaires qui en découlent — Les protestants sont les seuls qui défèrent à l'autorité, mais k l'autorité de l'homme seulement -— Combien un tel procédé est indigne et humiliant. — Abjection où tombe le protestantisme. — Le protestantisme est réduit à reconnaître aux puissances du siècle le droit de réformer la religion. — Conclusion et résumé.

Pour qui s'arrête à la superficie ou qui ne pénètre pas au fond des choses, Ténôncé de cet artide

pourra sembler paradoxal. Comment dire avec vérité d'une règle de foi qu'elle réponde et convienne d'autant plus à la dignité de l'homme qu'elle l'humilie, l'abaisse et l'assujétit davantage, comme le fait la règle catholique ou la règle d'autorité? La dignité de l'homme, qui est un être intelligent et raisonnable, ne doit-elle pas s'accommoder beaucoup mieux de la règle du protestantisme, qui est celle de la discussion et du libre examen, règle en vertu de laquelle Thomme ne se rend qu'à l'évidence ou à l'autorité de sa propre raison? Ne pourrait-on pas même dire qu'il ne saurait y avoir d'autre autorité pour l'homme que la vérité, reconnue par la raison pour ce qu'elle est? Le protestant, en vertu de sa règle, ne cède qu'à la parole de Dieu contenue dans la Bible; il conserve ainsi sa propre individualité, et sa dignité par conséquent; au lieu que le catholique cède à l'autorité de l'homme, et y cède sans conviction qui lui soit propre, c'est-à-dire sans savoir pourquoi il doit croire, d'une manière plutôt que d'une autre, tel article de foi plutôt que le contraire. Il se met sous la conduite d'un guide étranger, comme quelqu'un qui s'arracherait les yeux pour avoir le plaisir d'être conduit par un guide; il est comme coulé en bronze dans la forme que lui imprime le moule où il est jeté (1).

(1) ToUe est la figure éncrgiqiie à laquelle a eu recours le

Je ne dissimule pas que ces raisons n'aient quelque chose de séduisant, et que la vraisemblance ne soit ici du côté de nos adversaires ; mais la vérité reste toujours du nôtre. Toute cette fausse vraisemblance vient de ce que Ton confond deux ordres de choses distincts, Tidéal et le réel, Tabsirait et le concret. Certes, à n'envisager que la théorie, la voie de l'examen, en vertu de laquelle on se forme à a»même sa propre conviction , semblerait bien mieux assortie à la dignité de Thomme que la voie de Taotorité, qui impose les articles de croyance ; mais à Ton en vient à la pratique et qu'on sorte des abstractions, la chose devient tout autre qu'elle ne paraissait à la première vue. Pour nous en convaincre, rappelonsnous à la mémoire ce qui a été démontré dans notre première partie (section n, art m et iv), à savoir que personne^ personne absolument^ n'est protestant pour s'être attaché à la règle du protestantisme ou pour avoir examiné la Bible par sa raison indi-

ministre genevois Bungeneb dans son libelle publié contre rillustre Hurter, à Toccasion de son abjunUion du protestantisme et de Tacte généreux par lequel il a embrassé la religion catholique en donnant sa démisfflon de président du consistoire de Scbaffouse. Dans ce libelle intitulé : Le doyen ffurter^sa conversion^ Genève, IB4A, p. 30, Bimgener, pour donner uae idée de la métbode d'autorité suivie par TEglise catholique, dit des fidèles qu'elle les coule en bronze. Et pourtant ce ministre est un des héros des conférences récentes données à (îenève dans réglise de la Madeleine.

vidaelle, et que tous tant qu'il y a de protestants au monde ne le sont jamais que par déférence à Tautorké, quelles que soient leurs déclamations contre Tautorité. Ou bien, sMl s* agit des auteurs ou fondateurs du protestantisme, ils n'ont fait que préconiser un système préconçu , qu'ils ont prétendu ensuite, pour lui donner du relief, avoir trouvé dans la Bible. Je suppose tout cela prouvé, pour éviter ici une répétition inutile. La question étant donc réduite à ces termes, tout consiste maintenant à savoir s'il entre plus dans la dignité de l'homme de se soumettre en matière de religion à un autre honune semblable et égal à soi qu'à l'autorité de l'Église. Le problème proposé de cette manière est d'avance résolu. Développons néamnoins chacune de ses parties, pour que la v^ité brille d'un plus vif éclat.

Afin d'attendre mon but avec plus ^de facilité et d'évidence , je vais prendre pour point de départ le principe ménne de mes adversaires, que l'homme, pour sauver sa dignité individuelle -dans la formation de sa foi à la vérité religieuse , ne doit céder qu'à ^'évidence, ne doit interroger que sa propre raison, comme l'unique autorité à laquelle il puisse oéder et obéir sans se dégrader lui-même. J'accepte ce principe, et c'est en m'aj^uyant dessus que je raisonne de cette manière ; S'il s'agissait de questions de l'ordre naturel, de gestions ontologiques, psychologi-

ques ou purement morales, Thomme pourrait sans doute interroger sa raison, en supposant celle-ci suffisamment développée et cultivée, pour apprendre d'elle la vérité sur les sujets qui s'y rapportent. Car ce sont là des vérités que Thomme porte en soi-même, dont il a, pour ainsi dire, les germes et les semen* ces dans sa nature raisonnable, et, par conséquent, il n'a besoin que de s'en procurer le développement; ce qu'il obtiendra en faisant de mûres réflexions, de profondes méditations, de longues et patientes études, comme l'ont fait plus ou moins heureusement tant de philosophes anciens et modernes. Et, bien qu'ils n'aient pas toujours réussi à trouver ces vérités pures de tout alliage d'erreur, ou bien exemptes de méprise, comme il arrive d'en commettre à quelqu'un qui a la vue courte, ils ont toujours la gloire d'en avoir tenté l'entreprise. On les a toujours considéréscomme ayant bien mérité de l'humanité, en servant comme de jalons ou même de fanaux pour des recherches ultérieures, pour des découvertes plus heureuses, suivant la loi de progrès qui est l'apanage de notre nature. Les anciens philosophes, en particulier, ont préparé la voie au christianisme, en prédisposant les esprits par la culture, et en les rendant capables d'apprécier et d'embrasser, avec l'aide de la grâee, les vérités que la révélation devait leur présenter exemptes de tout mélange d'erreur et de fausseté, comme l'ont observé, il y a longtemps, quelques

Pères des premiers siècles (1). Les philosophes modernes à leur tour n'ont pas peu contribué par leurs études à faire beaucoup mieux connaître et apprécier la beauté, l'harmonie et la sublimité des rapports qui existent entre les vérités connues par la raison et celles que la révélation nous fait connaître avec encore plus de clarté et de certitude. Que dans cet ordre donc de vérités chacun soit à soi-même son guide, cherche à connaître tout par soi-même, n'écoute que sa propre raison, n'interroge qu'elle, et

(I) Clément d'Alexandrie, Sirom. 1. i, § 20, p. 376 (édit! PïJtter), dont voici les paroles : - Opem fert eminùs inven- " tiom Teritatis philosophia, utpote variis notionibus tendens

• ad Qostram cognitionem. n C'est-à-dire en disposant l'esprit de l'homme à recevoir la foi. C'est en ce sens que le même auteur dit de la philosophie q\i'elle est une espèce de préparation et de disposition à la foi, comme le prouve le contexte de son discours, où il ajoute immédiatement que cette disposition n'est que négative pour ainsi dire, en ce que la philosophie grecque écartait les obstacles et rendait les esprits plus dispos et plus capables. Voir au surplus Lumpeb, Hist theoiog.-crit.f par. iv, p. 495 et suiv.

S. Justin martyr dit de môme de la philosophie et des philosophes, dans son Apologétique, i, n. 46 : «« Qui cum ratione « Tixerunt christiani sunt, etiamsi athei existimati sint, quales

* apad Grœoos fuere Socrates, etc. » Et dans sa 2* Apologéti- (f^y n. 10 : M Quflpcumque prœclarë imquàm dixere, aut exco- *' gita^ere philosophi aut legum latores, hœc invento et consi- « derato aliquâ ex parte Verbo elaborâinint. » Pour entendre sa pensée, on peut consulter Maran, dans sa Préface aux œuvres <le S. Justin, p. n, c. 8, p. xxxn et suiv.

ne défère qu'à son autorité, je ne pense pas que personne le trouve mauvais, pourvu toutefois qu'(» ne dédaigne pas de se corriger quand on est averti des méprises où Ton serait tombé dans le cours de ses recherches. Et les vrais philosophes chrétiens n'ont jamais repoussé la lumière qui leur venait de la révélation, même par rapport aux vérités de Tordre parement naturel, rationnel et moral.

Mais s'il s'agit de vérités d'un ordre supérieur à k raison, et qui dépendent de la révélation ou de la manifestation divine, le procédé à suivre est bien différent. Pour que ces vérités soient connues de nous, il est indispensable qu'elles nous soient notifiées par use manifestation que Dieu en ait faite, soit parce que beaucoup d'entre elles dépendent absolument de sa volonté, soit aussi parce qu'elles sont placées audessus de nous et hors de nous par leur nature intime, ce qui fait précisément qu'on leur donne le nom de surnaturelles. Vouloir connaître et explorer ces vérités avec sa raison seule serait une présomption téméraire , une sottise et même une foKe. Voilà toute la réponse que donne la raison elle-même, quand elle est interrogée à leur sujet. C'est donc une nécessité dans le christianisme, qui est une religion pootîve et révélée, de dépendre d'une autorité extrinsèque, c'est-à-dire d'une autorité placée en dehors de notre raison. Je suppose ensuite qu'aucun protestant ne voudra dire qu'après qu'on s'est convainco

pur les motifs de crédibilité qae Dieu a manifesté qœkpie Térité et commandé en même temps de la eroire, on puisse se soustraire à ce devoir, et se croire avili et dégradé en ajoutant foi à la révélation divine , puisque la raison elle-même, interrogée sur cet autre point, répond qu'il est non-seulement obligatoire, mais encore glorieux pour Thomme de soumettre son propre entendement à la première et suprême vérité par essence, qui est Dieu.

Gela admis une fois, je vais plus loin, et je raisonne de la manière suivante : Comment pourra-ton savoir avec assurance ce que Dieu, a manifesté, les vérités en particulier quMl a proposées à croire, et en même temps leur sens véritable ou le sens de la révélaticm divine, si on ne l'apprend de ceux à qui cette révélation a été immédiatement communiquée? La raison^ interrogée de même ici, répond que c'est Tunique voie à suivre, et que toute autre qu'on voudrait îmagHier serait trompeuse et fausse, d'autant plus que l'on doit présumer que^ si Dieu a confié à quelques hommes choisis ses secrets, ses conseils, ses volontés, en se conduisant en Dieu, c'est-à-dire d'une manière conforme à sa sagesse infinie, il aura certainement éclairé en conséquence leur esprit, et leur aura donné assez de lumières pour qu'ils n'aient pu aucunement prendre là-dessus le change et se tromper. Je dis de plus que Dieu, en communiquant ses vérités à de tels hommes, devait se conduire de mnnière à ce qu'elles

ne leur servissent pas à eux seulement, mais qu'elles servissent aussi aux autres au moyen de la publicité, et même à instruire, à éclairer, à sanctifier et à sauver toutes les nations de T univers.

Ce nouveau pas fait, je vais encore plus loin. Ces hommes choisis ayant, conformément à Tordre qu'ils en auront reçu de Dieu par révélation immédiate, communiqué à d'autres ces mêmes vérités révélées, et non pas simplement pour qu'ils les crussent euxmêmes, mais de plus pour qu'ils les communiquassent à d'autres à leur tour, comme à leurs coopérateurs dans l'œuvre de Dieu, et à leurs successeurs destinés à continuer età perpétuer l'œuvre commencée, en formant entre eux un corps hiératique Inen organisé, n'estil pas vrai que nous devrons dans cette hypothèse, a nous voulons être assurés de ces vérités divinement révélées et du sens dans lequel Dieu les aura révélées, consulter ceux-là mêmes qui les auront entendues immédiatement et apprises des premiers? Il ne peut y avoir de doute là-<lessus, et la raison, de nouveau interrogée, répond sans hésiter que c'est là l'unique voie qui soit sûre, et que toute autre serait arbitraire et dangereuse. Car, si la révélation est un fait, et si l'on ne saurait être instruit d'un fait que par le moyen de ceux qui en ont été les témoins, comme les premiers qui ont reçu la révélation immédiatement de Dieu ont été les témoins de cette révélation et du sens que Dieu lui a donné, ainsi ceux qui ont reçu cette même ré-

vélation immédiatement des lèvres de ses premiers dépositaires sont les témoins de ce que les premiers ont enseigné au nom de Dieu comme de ce qu'ils ont apprisde lui, et ce qui importe davantage, du vrai sens dans lequel ils Font enseigné. Et tout cela indépendamment même de ce que ces premiers en auraient consigné dans des documents muets et inanimés, tels que des livres ou des écrits. En effet, si ces écrits ne contiennent autre chose que ce qui a été d'abord enseigné de vive voix, s'ils en contiennent même moins el d'une manière moins claire, comme il est naturel, que par l'enseignement oral, il s'ensuit manifestement que ces écrits n'ont pu préjudicier en rien à cet en« seignement oral qui, étant plus complet et moins sujet à de fausses interprétations, doit servir à la saine intelligence de ces écrits eux-mêmes (1). Et cette observation acquerra de nouveaux degrés de justesse, si les dépositaires immédiats de la révélation divine, non-seulement n'ont affirmé nulle part qu'ils aient consigné dans leurs écrits tout ce que Dieu leur a manifesté, mais ont protesté au contraire plus d'une fois qu'il n'ont pas voulu le faire (2) ; et si, non contents de cette protestation , ils ont affirmé de plus que leurs écrits étaient exposés à être faussement inter-

(1) Voir le beau traité des frères de Wallembourg intitulé : De probaiUme per testesy où Ton trouvera ce même sujet amplement développé.

(2) JOAN. XX, 30, et XXI, 25; II JOAN., 12; in Joan., 13.

prétés, qu'ils étaient obscurs en plus d'un endroit (1), et quMl fallait, par conséquent, s'attacher par-dessus tout à leur enseignement oral et public.

Or, qui pourrait croire avilissant pour soi-même, ou comme dérogeant à sa propre dignité, de consulter sur des vérités de cet ordre les témoins que Dieu lui-même a établis comme ses députés , pour faire connaître aux hommes tous ses desseins, ses volontés, ses mystères? Qui dira que ce soit s'avilir que de leur prêter Toreille et de leur ajouter foi , puisque c'est ajouter foi et obéir dans leurs personnes à Dieu lui-même ? Sans doute qu'il serait dégradant et contraire à la dignité humaine d'écouter de cette manière ceux (|ui, sans une semblable mis^ sion et même contre la défense dé Dieu , se porteraient pour témoins de ce qu'ils n'auraient ni entendu ni appris; qui donneraient leurs propres inventions pour des révélations divines; qui prétendraient contre toute raison se faire considérer comme envoyés de Dieu. Oui, ce serait \h un véritable avilissement, indipe de l'homme et de sa qualité d'être raisonnable ; mais il n'en va pas de môme de prêter l'oreille et d'ajouter foi à ce que Dieu a enseigné, et qu'il nous communique par le moyen de ceux qu'il a choisis et destinés pour nos maîtres, en les munissantde lettres de créance pour que nous puissions les écouter sans danger d'erreur.

(i; II PeTR. III, 16.

Nous avons raisonné jusqu'ici sur de simples hypo- /

thèses; or, il faut maintenant convertît Thypothèse en proposition absolue, et en faire Tapplication à des réalités. Jésus-Christ, le Fils de Dieu, a instruit de vive voix ses apôtres, et dans leurs personnes il a fondé son Église; et il a voulu que cette Église, comme un organe vivant, universel et perpétuel, servît de témoin à Tunîvers entier, présent et futur, de tout ce qu'il était venu enseigner sur la terre (1). II l'a pourvue de tous les moyens nécessaires pour trouver crédit auprès dés peuples qu'elle avait à instruire, et pour remplir sûrement son ministère de manière à ne pouvoir jamais faillir dans ses enseignenîents. Je suppose tout cela prouvé par tout ce qui a été dit jusqu'ici. Lors donc que le catholique écoute l'Église et en recueille les oracles en tout ce qui intéresse la foi, il ne perd rien de sa véritable grandeur, puîsqu'en dernière analyse il ne fait que soumettre sa raison à une autorité immédiatement établie de Dieu pour un tel ministère, h une autorité douée d'infaiflibilité par ce même Dieu, qui lui en a commis la charge; à une autorité qui non-seulement est dépositaire de la révélation divine, mais est en outre témoin du fait même de cette révélation, et du sens dans lequel elle doit être entendue, comme aussi du vrai sens de ce qiu en a été consigné dans les

11) Matt. xxvin, 25; Marc, xvi, 15; Luc, xxiv, 47, 48.

livres sacrés. Se soumettre à cette autorité, c'est se soumettre à Dieu.

Or, c'est là s'honorer soi-même, puisque c'est rendre un hommage volontaire et libre à l'auteur même de son être , au souverain Seigneur de l'univers, à Dieu enfin, qui a un droit absolu sur chacun de nous. C'est ne faire autre chose que de payer à son créateur le tribut qu'une créature lui doit, et remplir à son égard un devoir rigoureux. En honorant Dieu, l'homme ne saurait se déshonorer soi-même ; en s'humiliant devant lui, il ne se dégrade pas, mais il s'ennoblit au contraire, s'exhausse et s'élève audessus de soi-même, en mettant à profit le privilège de sa nature, qui est d'être raisonnable et libre à la différence de tous les êtres inférieurs. De même que l'homme ne se dégrade pas en priant Dieu, mais s'exalte plutôt en se rapprochant de la Divinité et en conversant pour ainsi dire avec elle ; de même, bien lom de se dégrader en croyant et obéissant à Dieu, il acquiert une nouvelle noblesse en s'unissant à la vérité essentielle et suprême. Peu importe ensuite que Dieu parle immédiatement ou médiatement à l'homme; dans un cas comme dans l'autre, l'obéissance est également honorable : la chose ne change pas de nature, pour venir médiatement ou immédiatement de Dieu. Si donc on est assuré que celui à qui l'on donne sa croyance est envoyé de Dieu, et qu'en croyant à cet envoyé, c'est comme si Ton croyait à

— 405 — ' fauteur de sa mission, c'est-à-dire à Dieu lui-même, l'obéissance et Thommage qu'on rend en ce cas ont une valeur tout-à-fait égale. Or, c'est là précisément ce que fait le catholique en suivant sa règle de foi. Il écoute Dieu en écoutant l'Église qui l'instruit; il se soumet à Dieu en se soumettant à l'Église qui lui propose au nom de Dieu , comme assistée de lui, et par conséquent, avec toute l'autorité de Dieu, les vérités à croire; ainsi l'hommage qu'il rend est digne de la grandeur qui lui convient à lui-même, et répond à sa propre dignité.

Ajoutez que l'Église enseignante est un corps res- i

pectable sous quelque rapportqu'on la considère. Car, sous quel rapport plaira-t-il de la considérer? Si vous considérez les membres qui concourent à composer son tout harmonique , c'est l'unité de l'épiscopat distribué sur toute la surface de la terre, en union avec son chef suprême qui est le souverain pontife, et obtenant l'adhésion de plus de deux cents millions de fidèles. Si vous portez votre attention sur son antiquité, elle se perd dans l'obscurité des âges, et va se confondre, dans son origine, avec les disciples immédiats de l'Homme-Dieu. Cherchez-vous à en mesurer rétendue? Elle ne connaît d'autres limites que celles de l'univers habité. En examinez-vous la doctrine ? Il n'y a pas de société au monde qui puisse se vanter d'un nombre d'hommes éminents pour le savoir, à partir de son berceau jusqu'à nous, comme l'Église

trouve à s'en glorifier pour toutes les branches de sciences, soit divines, soit humaines. Si vous étudies son histoire, vous trouverez que ses annales abondent en traits de Théroîsme le plus sublime, se produisant en tout genre, tellement que vous vous croiriez en présence de Tidéal de la perfection en fait de sainteté, comme de courage et de grandeur d'âme, tandis que vous en avez la réalité sous les yeux. Toute autre institution, non-seulement perdrait à la comparaison, mais même s'évanouirait et disparaîtrait entièrement devant celle-là. En un mot, si vous considérez r Église de Jésus-Christ, qui n'est autre que l'Eglise catholique, dans son ensemble, dans son complet développement, ses proportions grandissent tellement à vo^ yeux, qu'elle vous force à l'admiration et met presque en défaut votre imagination même.

Car c'est ainsi qu'il faut étudier cette institution gigantesque et vraiment divine, et non de cette façon mesquine qu'ont adoptée certains esprits, qui, sans jeter les yeux sur les ravissantes beautés dont elle est ornée, s*attachent comme d'impurs scarabées à toutes les immondices, je veux dire à tous les foits irréguliers, ou à tous les désordres qu'ils peuvent trouver sur leur chemin. Ils vont, ces hommes, à la recherche de tout ce qu'ont pu faine, dans l'oubli de leur haute vocation, des fils dégénérés et rebelles; et puis, faisant comme un tout compacte de tous ces faits scandaleux, ils s'en viennent vous crier avec

— 4W - Paccent du triomphe : La voilà cette Église catholique, cette Église tant exaltée! tandis que TÉglise même est la première à gémir sur ces êtres dégradés, qui la déshonorent par leurs dérèglements. Or, faisant un instant abstraction de tout autre titre qui mérite à l'Église la confiance de tous, et nous bornant à considérer cette grandeur, cette majesté accablante avec laquelle elle se présente à vous et s'impose à votre respect, quelqu'un pourrait-il se croire abaissé, dé* gradé, avili, en se soumettant à ses enseignements ou en écoutant ses leçons? Qui oserait jamais le dire? Si ensuite on applique son attention à tout à la fois , je veux dire à tous les titres qui la reconmiandent, à toutes les prérogatives dont elle est douée, à l'imposante autorité dont elle est investie , on verra que non-seulement ce n'est pas se dégrader ni déroger en aucune manière à la dignité humaine que de sui^ vre ses enseignements, mais qu'il n'y a à le faire qu'honneur véritable et sujet de gloire.

. Mais ne serait-il pas préférable, comme plus assorti à la nature d'un être intelligent tel que l'homme, de voir par soi-même, d'examiner par soi-même, de se convaincre par soi-même, ou comme parle Vinet, de se placer tête à tête avec le soleil des intelligences? En acceptant entre l'Évangile et lui l'interposition de l'Église, le fidèle ne reçoit plus au travers du milieu humain que des rayons pâles et mutilés, au lieu de ces torrents de lumières pures et chaleureuses qiîî

in*adieraient son esprit et embraseraient son coeur. lin autre inconvénient non moins grave, c'est que le catholique acceptant la croyance de l'Église sans examen, sans que le doute précède son adhésion, son individualité est peu remuée , si tant est qu'elle le soit, par une vérité qu'il n'a pas conquise. Il y aura foi, si vous voulez, mais foi inerte, quasi impersonnelle, parlant stérile en résultats. H n'y aura pas foi vive, il n'y aura pdiS conviction; car qui dit conviction dit victoire de la foi sur le doute obtenue par la lutte (1). Eh bien! telle est la règle des fils du libre examen, ou du protestantisme; règle suivant laquelle chacun, s' occupant activement de la parole même de Dieu contenue dans la Bible, voit, examine, connaît par lui-même, et peut se rendre raison du motif de sa croyance. Dieu lui-même a donné l'Écriture pour que l'homme y apprenne tout ce qu'il doit croire et comment il doit agir en vue de lui plaire par l'accomplissement de ses devoirs religieux.

J'oppose à tout cela une réponse négative; car il ne s'agit pas ici d'intelligence ou de connaissance intime d'une chose que l'homme puisse comprendre à force d'application et d'étude ; mais il s'agit de la simple connaissance d'un fait, tel qu'est la religion positive révélée de Dieu, et dans le sens qu'il a plu

(1) ViNET, Essai, etc., cité ipar Tabbé Mabtinet, SohHi» de grands problèmes, t. in.

à Dieu d^attacher à sa révélation. Or, les faits ne dépendent pas de Texamen des choses en elles-mêmeSt de la force et de Télévation de rintelligence, de la subtilité des raisonnements; mais ils se prouvent par des témoignages extrinsèques qui en afTirment et en certifient la vérité. Et ce témoignage n'est et ne peut être donné que par TÉglise, qui a reçu ses instructions immédiatement de Jésus-Christ. Conmient un fait pourrait-il être attesté par celui qui ne l'aurait ni vu ni entendu? L'Église que Jésus-Christ a fondée, ayant seule reçu de lui ses divines instructions, ayant vu de ses yeux les actions, les faits de l'Honune-* Dieu, peut seule aussi rendre un témoignage véridique de ce qu'elle a vu et entendu depuis le commencement (1). Cette Église, ensuite, comme nous l'avons dit ailleurs, est comme une personne morale, un individu moral toujours vivant, qui continue sans iûterruption d'attester aux générations qui se succèdent la même doctrine avec son véritable sens dans toute la suite des siècles.

Telle est la raison pour laquelle il n'y a que l'Église qui ait des martyrs, c'est-à-dire des témoins des faits, et en aussi grand nombre qu'elle a compté d'enfants de son sein qui' ont versé leur sang et donné leur vie pour rendre témoignage de ce qu'ils avaient appris d'elle depuis le commencement, comme elle-

|1) IJOAX. I, 1.

même n'avait fait en cela que leur faire part de djsi>^ qu'elle avait vu et entendu. C'est ce xpii est impoa* sible aux sectaires, tant parce qu'ils ont interrompu la chaîne qui les unissait à l'Église, seule dépositaire du fait en question, que parce que, lorsqu'ils s'opposent à l'enseignement de l'Église, ce n'est pas un fait historique qu'ils attestent, mais leur propre opinion, leur pensée personnelle, leur idée subjective quMIs affirment. Ainsi pourront-ils former des exaltés, des fanatiques; mais des martyrs dans la rigueur du terme, jamais. Un luthérien, par exemple, conmient peut-il attester la consubstantiation du pain et du vin avec le corps et le sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, si ce n'est là qu'une manière de voir, qu'un point de la doctrine de Luther? Comment un anglican peut-il témoigner de la suprématie spirituelle du roi ou de la reine de l'Église dite établie, si ce n'a été là qu'une volonté de Henri VIII, ou même qu'une adulation de Thomas Cromwell, sanctionnée parle parlement? Il pourra bien verser son sang pour attester, s'il le veut, que Henri VIII, Elisabeth et le pariement ont pensé ainsi, mais non que Jésus-Christ Ta ainsi révélé. Appliquons le même raisonnement à toxit autre sectaire séparé de l'Église catholique, et nous arriverons au même résultat. Que s'il en est ainsi, il est visible pour tout le monde combien nos adversaires s'abusent en alléguant qu'il est de la dignité de l'être intelligent d'entendre par soi-même,

d'examiner par soi-même, de chercher et de discuter par soi-même, pour pouvoir se rendre à soi-même raison des motifs pour lesquels on croit tel article de préférence à tel autre. Un pareil procédé supposerait que Tobjet à croire dépendrait de notre intelligence, de notre étude et de nos recherches, et que le fond s'en trouverait en nous, tandis qu'il se trouve hors de nous, puisqu'il s'agît d'articles révélés. Donc l'argument qu'on nous objecte n'est qu'un pur paralogisme. C'est une nécessité, en matière de foi, de dépendre de l'autorité d' autrui, et c'est ce que reconnaît le catholique en suivant sa règle de foi.

Que penser donc de toute cette amplification du ministre Vinet, de ce protestant placé tête à tête avec le soleil des intelligences, de cette chaleur, de cette vie, de cette énergie que montre le fils du libre examen? Rien autre chose, sinon que si vous mettez à part la rondeur de la phrase, il ne vous reste qu'im paralogisme ou des mots vides de sens, rien que ne démente par le fait le protestantisme lui-même. Qu'on jette seulement un regard sur l'état actuel du protestantisme ou des membres qui le composent, et Ton verra que ces lumières ne sont au fond que ténèbres, puisqu'ils ne savent eux-mêmes que croire ; que cette chaleur n'est que glace, puisque partout chez eux l'indifférence étouffe le dogmatisme ; que cette vie ou cette énergie n'est que rationalisme ou piétisme aveugle; que ce tête-à-tête avec le soleil des intelli-

gences n'est qu'un scepticisme religieux, ou une douce et séduisante fantasmagorie (1). Et puis, quelle

Jl) De peur qu'on ne nous accuse d'exagération ou de donner une fausse idée de Tétat actuel du protestantisme, nous allons appuyer notre assertion du témoignage irrécusable d'un des protestants les plus distingués de nos jours, et des plus passionnés pour les intérêts particuliers de sa secte, qui même a été membre de la fameuse ou plutôt comique députation envoyée au grand-<luc de Toscane en faveur des aubergistes Madiaï. C'est le comte Agénob de Gasparin, qui écrivait les lignes suivantes dans les archives du Christianisme, 21 juin, 8 juillet, 2 septembre et 10 octobre 1848 : « J'ai la malheureuse habitude d'appeler les choses par leur nom... Ui majorité des protestants n'est pas chrétienne. Nous sommes moins à l'école de la négation qu'à celle du doute, ce qui est bien pis. Faudra-t-il mettre le doute dans l'Eglise, ou mieux, déflnir l'Eglise par le doute, le pyrrhonisme universel î Serat-on membre et pasteur de l'Eglise pai^ce qu'on n'affirmera ni ne niera la divinité de Jésus-Christ t

« L'école de Genève est l'école du doute, école plus dangereuse peut-être, malgré le respect que méritent plusieurs de ses représentants, que l'école de la négation. C'est cette école que j'attaque ici. La grande hyi)ocrisie de notre temps, c'est que tout le monde prétend être chrétien. Le premier des dogmes, c'est la contrefaçon du christianisme... Quand une Eglise se suicide elle-même, elle tombe pour ne plus se relever...

M Je regarde comme sacrilège et abominable le sacrifice des bases mêmes du christianisme, oui, du christiaiûsme, le mot n'est pas trop fort. Est-elle chrétienne, cette société qui ne conserve pas la doctrine chrétienne t »

Tel est donc le christianisme de ceux qui se placent tête à tête avec le soleil des intelligences, qui se forment à euxmêmes leur conviction par la lecture de la Bible! 1 1 Que dire des hyperboles de Yinetl

singulière théorie que celle de M. Vinet, de ne pouvoir croire ùien qu'après avoir doutée ni être vainqueur qu'après avoir été vaincu (1) I A ce compte, et pour être. conséquent jusqu'au bout, il faudrait être malade avant de se porter bien, et passer par la prison avant d'avoir le sentiment de sa liberté. Mais le protestant pourra-t-il avec sa règle sortir de son état de doute dans tout le cours de sa vie? Non, jamais il ne le pourra, et il cessera de vivre avant de cesser de douter.

'/. Mais la Bible ? La Bible ne donne aux protestants ~f" aucune sécurité quant à sa symbolique, puisque la symbolique protestante est celle-là précisément qui ne se trouve pas dans la Bible ; car, ôtez ce en quoi elle s'accorde avec la symbolique catholique, et elle n'est plus que l'opinion purement subjective de la secte, ou des individus qui en professent la croyance. Citons quelques exemples, pour mettre dans tout son jour la vérité de notre assertion. Lutherest venu dire : La foi seule justifie. Or, en parcourant la Bible entière, on y trouve bien que la foi justifie, c'est-àdire qu'elle dispose à la justification ; mais le mot seule , dans lequel consiste la différence de l'enseignement luthérien d'avec l'enseignement catholique,

(1) •< On ne sait bien que ce qu'on n'a pas su toujours; on ne croit bien qu'après avoir douté ; on n'est vainqueur qu'après avoir été vaincu. « Vinet, ouvr. cité, p. 391.

ne s'y trouve pas, et il appartient simplement à Luther. D'après ce même novateur, il ne se fait en vertu de la consécration aucun changement du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus- Christ, ou aucune transubstantiation^ pour parler le langage de l'Église. En conséquence, il soutient que ces paroles de Jésus-Christ : Ceà est mon corps, doivent s'entendre comme s*il y avait : Ici est mon corps. Eh bien ! parcourons la Bible, et nous y trouverons bien Ceci avec l'Église, mais non /c«, comme le prétend Luther, et par conséquent cet autre mot lui appartient exclusivement. Luther enseigne dé même qu'il tfy a que deux sacrements qui aient été institués par Jésus-Christ, savoir le Baptême et TEucharistie, ou la Cène, comme il aime mieux rappeler. Or, en relisant la Bible, on y trouve bien la partie positive de cette assertion, à savoir que ce sont là deux sacrements, comme renseigne aussi l'Église ; mais la partie négative par laquelle ce même enseignement se trouve contredit, ou l'assertion qu'iV n'y a que deux sacrements, on ne saurait l'y trouver, parce qu'elle n'a que Luther pour auteur. Calvin ne reconnaît dans la Cène que le pur symbole, le simple signe ou la figure du corps de Jésus-Christ à l'exclusion de sa présence réelle et substantielle ; et cependant, qu'on parcoure la Bible, on y trouvera bien ce que croit l'ÉgKse, c'est-à-dire que le pain consacré est le corps de Jésus-Christ, comme le Sauveur lui-

méoie Ta affirmé par ces paroles : Ced est mon çtfrps; mm 00 n'y trouvera jamais : « Ceci est le symbole, le signe, la figure de mon corps. » J)e même, quand Calvin a enseigné que Dieu prédestine par sa volonté absolue, sans prévision de leurs péchés, une infinité d'âmes à la damnation éternelle, qu'on lise la Bible, oui, ioute la Bible^ rien que la Bibles et on y trouvera, il est vrai, ce qu'enseigne l'Église» savoir que la prédestination à la grâce est gratuite et indépendante du mérite des œuvres qui précèdent la foi; mais on n'y trouvera nulle part le dogme cruel et monstrueux de Calvin, et qui, en conséquence» lui appartient exclusiv^nent. Disons la même chose de cet autre dogme non moins terrible qu'impie, professé par le même Calvin, ainsi que par Luther et par le doux Mélanchthon, que Dieu est l'auteur du péché, et que la trahiaon de Judas est aussi bien son ouvrage que la conversion de saint Paul ; qu'on parcoure toute la Bible, et on ne l'y trouvera pas, par la raison que cette impiété n'est qu'une invention de ces nova^ teurs.

Qu'on parcoure de même le cercle entier des doctrines symboliques du protestantisme ancien comme du protestanti^ne moderne» ou des sectes issues du protestantisme primitif; qu'on le soumette à un rigide examen, et on n'en trouvera pas un seul article, de ceux du moins qui diffèrent de l'enseignement de l'Eglise, qui se trouve dans la Bible, oui, dans toute

lu Bible. Ainsi, la symbolique protestante appartient tout entière aux chefs de la Réforme et' à ceux qui ont marché sur leurs traces en innovaM à leur tour. On peut, sans crainte ni danger d'erreur, porter le défi à tous ces hommes qui font profesdcm de ne suivre pour règle de leur croyance que ta Bible seule et toute ta Bibte^ c'est-à-dire à tout ce qu'il y a au monde de protestants, de produire un seul texte clair et formel où soit formulé seulement un article de tous ceux qu'ils professent en opposition à la doctrine de l'Église catholique, et qui ne soit pas le produit de leur interprétation particulière. Qu'ils nous le prouvent, et nous donnent un seul démenti, et nous leur accorderons le droit de s'attribuer la victoire; mais ils n'y réussiront jamais (1). Et ce qu'il

(1| Voici l'aveu que fait de cette vérité Hengstknbebo, un des protestants les plus recommandables de nos jours, en parlant des symboles des diverses communions : « Si nos livres symboliques exptimaient clairement la nécessité d'unité dans les doctrines religieuses, ils auraient enseigné une erreur positive que nous serions tenus de détruire; mais il n'est pas certain qu'ils aient cherché à l'établir, à l'élever à la puissance du dogme... Du i*este, ces livres n'expriment que les optnkmsj la conviction des anciens docteurs et des anciens membres (évidemment en petit nombre) d'une Eglise naissante. Ds n'ont pas voulu, ils n'ont pas fait autre chose que d'écrire sur le papier une théorie individuelle-.. Disons plutôt que ces vérités fondamentales ne sont pas exprimées dans f Ecriture d'une manière si claire et si précise que toute intelligence puisse et doive les y trouver nécessairement... elles sont... de la nature de celles

faut surtout bien remarquer ici, c'est que les protestants ne peuvent pas user de représailles en portant aux catholiques le même défi à leur tour. Car, comme le catholique a pour règle éloignée de foi, non la Bible seule ou la parole écrite, mais aussi la parole traditionnelle, il s'ensuit que, «même en admettant qu'un ou plusieurs des articles enseignés par l'Église comme de foi ne se lisent pas dans l'Écriture en termes explicites, sa cause ne peut rien y perdre, puisqu'il a toujours pour ressource la tradition divine, dont la valeur est à ses yeux égale & celle de la Bible.

Ces principes posés, voici les conséquences qui eu découlent : i* qu'il est donc faux que les protestants puissent jamais être témoins du fait de la révélation contenue dans la Bible par rapport à leur propre symbole ; mais qu'ils peuvent uniquement, comme nous le disions tout à l'heure, être témoins et martyrs de leurs opinions privées et de leurs interprétations fausses et trompeuses, ou de leur discor* dance d'avec le témoignage contraire de l'Église catholique ; 2*^ qu'elle est donc tout-à-fait fausse cette .

qui ne 8e nontrent qu*à Foeil de Tinterpréte. » La Réforme •oiUrelaHéformey p. 77-79.

Qu'auront à opposer à ce passage et la Btuma Novella de

'^n, et la nouvelle Régula fidei, publiée dans la même ville

vers la fin de 1862, qui donnent pour seule règle de croyance la

Bible interprétée par le sens privé de chacun. Les malheureux !

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