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assertion des protestants, que leur symbolique résulte de Texamen qu'ils auraient fait sur la BiUe des articles qui la composent^ puisqu'ils n'ont fait, tous tant qu'ils sont, que recevoir aveuglément l'opinion et l'interprétation privée d'autrui, c'est-à-dire de leurs chefs, qu'ils ont suivis conmie des moutons, en se laissant entraîner à tous leurs caprices. Je dis leurs caprices , puisque les chefs du parti avaient déjà leur dogmatisme tout fonné, avant de songer à le trouver dans la Bible; ce qui confirme à merveille ce que nous disions plus haut, qu'il n'y a pas un seul protestant qui soit protestant en vertu de sa règle même; &"* que la profession si vantée du protestantisme : Rien que la Bible et toute ta Bibley n'est qu'une illusion, une fausseté, en théorie aussi bien qu'en pratique ; un abus de mots, un mensonge, un piège enfin, où se laissent prendre ceux qui sont assez simples pour y ajouter foi ; k'* qu'il n'y a donc personne qui défère plus à l'autorité que les protestants, eux qui crient si haut qu'ils ne veulent pas s'assujétir à Tautorité d' autrui ; mais qu'ils ne veulent suivre en tout que leur propre conviction^ qu'ils ne veulent reconnaître d'autre guide, pas plus que d'autre règle, que la seule parole de Dieu à l'exclusion de la parole de l'homme. Eh bien! ce sont eux précisément, eux seuls, qui défèrent à rautorité d'auirui^ eux seuls qui se laissent guider par la parole de l'homme.
Développona ub peu plus cette dernière conséquence, parte qa'elle mérite toute Tattention des personnes s^tôéee. Le catiidique^ en cédant et défé* rant à Tautorité de rËglise^ cède et défère à Tautorite d'un témoin qui possède en soi-même au jèis haut (iegré tout ce qu*on peut et même au-delà de tout ce qu'on peut désira dans un témoin pour tnroire le fait qu'il adteste. C'est 1& une yéribà trop claire en elle* même, pow que nous nous arrêtions à la prouver. Or l'Église, dans se» définitions dogmatiques,, dans le syipbokr qu'elle propose, ne £ait, dans toute la force et toute la rigueur du terme, qif attester le fait du sensvéritable dans lequel elle a reçu la révélation ^ vise. Non que nous prétendioiiB exclure pour cela sa qualité de juge » puisqu'elle n'est pas seulement dé^ poeitaire et témoin du fait de la révélation et du vrâ sens dans lequel die l'a reçue, mafe qu'elle est encore juge des controverses^ supposé qu'il s'en élève. Mais cette autorité judictake se rapporte plutôt aux controK verses relatives à la vraie manière d'entendre la doc^ trine de l'Église, ou aux vérités en quelque sorte <le« rivées, qu'aux vérités orighunres. Elle a pour objet les rapports de dépendance ou de connexité, si je puis parler ainsi, que peut avoir telle ou telle assertion nouvelle avec la vérité primitive ; de sorte que TÉglise juge alors laquelle de ces assertions différentes se rapproche ou s'éloigne de son propre raseigne«> ment. Si l'on veut cependant que l'Église exerce en
ce cas-là. même son autorité par rapport aux vérités appelées par nous originaires ou primitives, cette autorité s'exerce alors sur le fait, c'est-A-dire sur les preuves qui peuvent appuyer le fait des vérités révélées. Ainsi, l'objet dernier et final du jugement qu'elle prononce est toujourstli vérité qui lui a été confiée, et elle ne propose effectivement d'autres vérités à croire que celles qu'elle a reçues de Dieu, soit immédiatement ou dans leur forme textuelle, soit médiatement ou comme conséquence de ces premières. Et, par conséquent, nous croyons toutes ces vérités comme également de foi divine, à cause du motif formel que nous avons de lés croire et qui est le même pour toutes, à savoir l'autorité de la parole divine : ce qui n'aurait pas lieu, si l'Église pouvait nous proposer par ses jugements dogmatiques quelque article à croire qu'elle n'eût pas reçu de Dieu lui-même. Et c'est ainsi qu'il est toujours vrai de dire que, même dans les juge-, ments que l'Église prononce, elle n'est encore que témoin d'un fait, ou qu'elle ne fait que rendre témoignage de sa vérité. Et, par cela même, le catholique, en faisant son acte de foi, ne cède à l'autorité de l'Église que comme à celle d'un témoin hors ligne qui ne saurait nous attester que la vérité, qui ne saurait nous en imposer par rapport au fait quelconque qu'il nous atteste ; mais au fond, ce qu'il croit, il le croit sur la parole de Dieu, et uniquement sur son autorité. L'autorité de l'Église n'est alors qu'une condition né-
cessaîre pour nous donner toute certitude que c'est Dieu qui a parlé, et qu'il a parlé dans tel sens plutôt que dans tel autre.
Mais le protestant, au contraire, en professant la doctrine, soit positive, soit négative de ses chefs, cède à leur autorité considérée, no^ comme celle de témoins, mais comme celle d'interprètes, déjuges et de maîtres, qui lui donnent leur interprétation privée pour objet de sa foi ou de sa croyance. Ils n'ont pas , nous l'avons fait voir, trouvé leurs articles ou leurs dogmes formulés dans la Bible ; mais ils les ont eux-mêmes fomiulés, composés à leur guise, ou comme le fruit de leur étude, de leurs méditations, de leurs réflexions. Or cette formule d'articles, en tant qu'elle diffère de l'enseignement de l'Église, est exclusivement leur ouvrage, et c'est là ce qui forme l'objet de la foi du protestant. Mais cette autorité, c'est ^autorité de l*homme ; cette parole, c'est la parole de r homme. Donc, quand les protestants suivent et professent le symbole de leur chef ou de leur coryphée, quel qu'il soit, ils ne croient pas en vertu de leur propre conviction, mais uniquement parce qu'il semble ainsi à leurs maîtres ; ils ne croient pas à la Bible, ou à la seule et pure parole de Dieu, où ils chercheraient vainement de pareils symboles, mais à l'interprétation de l'homme, qui en est l'unique auteur. Ou, ce qui revient au même, les protestants, comme nous l'avons dit, sont les seuls qui défèrent à l'autorité.
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j'entends l'autorité humaine; ils sont les seuls qui ne prennent pas pour guide et pour règle la parole de Dieu, les seuls qui s'attachent uniquement à la parole de rhomme.
Il est temps à présent de considérer combien une telle conduite est peij, honorable, combien elle est humiliante pour la dignité de Thomme* N'est-il pas en effet souverainement humiliant de dépendre, en matière de religion et de foi, de l'autorité d'un homme faillible ou sujet à Terreur comme l'est chacun de nous; de se fier aveuglément à un guide trompeur dans une affaire d'une si grande importance, de s'atr tacher à un chef de secte qui a pour ambition de se faire à lui-même des prosélytes, de tenir l'étendard d'une faction; et le plus souvent, pourquoi? pom* quelque mauvaise humeur, pour quelque motif de veo* geance d'un tort réel ou imaginaire de l'Église dont <m croit avoir à se plaindre, pour un orgudl blessé, pour un point d'honneur à défendre, pour une célâirité à conquérir, que did-jeT plus d*une fois, hélas! pour une passion violente et effrénée dont on voudrait couvrir la turpitude : le tout aux dépens des misérables dupes qui, soit malice, soit simplicité, se laissent séduire et engager dans leur parti? Sous ce rapport, voici comment le protestantisme, dans son cotkceç/t subjectif, pourrait se définir : VUtusion ou la sédnctiôn d' esprit i cotisée par la iriple concupiscence de l'orgueil, de ta cupidité et de la volupté^ sous le
manteau de C interprétation biblique et du libre examen. Mais ce sujet sera traité plus au long dans notre troisième partie.
Que chacun voie en attendant si ce n'est pas véritablement s'aTilir que de se rendre le jouet et la dupe desoinnions d' autrui^ qu'on préfère, je ne dirai pas seulement à la doctrine et à Tautorité de TÉglise, mais à sa propre conviction ou à sa pensée personnelle, à laquelle il arrive plus d'une fois de renoncer, plutôt que de déserter la doctrine de la secte dont on fait partie. Oui, c'est prostituer la dignité de l'homme, c'est la Soûler aux pieds, c'est la sacriiGler. Tel est aussi le motif pour lequel tant de protestants de nos jours, rougissant en quelque façon d'un servage si abject, abandonnent la symbolique de leui*s chefs pour se jeter dans les bras du rationalisme ou de l'incrédidité.
Et cependant, ce n'est pas encore là que s'arrête Tabjection ou l'esprit de servitude du protestantisme, puisqu'il n'a pas hésité, selon que les circonstances Texigeaient de lui, à prendre pour juges et pour guides de ses croyances en matière de vérités révélées les princes, les magistrats civils, et à £aire dépendre la croyance religieuse, la conscience du croyant, d'un édît royal ou d'une loi de parlement Ne parlons plus des exemples d'ancienne date que nous fourniraient les lois émanées de divers princes d'Allemagne pour forcer leurs sujets à suivre la confession d'Augsbourg?
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ne parlons plus des édits en vertu desquels on destituait de sa chaire de professeur ou de ses fonctions de ministre quiconque s* écartait tant soit peu de la symbolique luthérienne, faits dont fourmille Thistoire de la réforme allemande (1) ; ne parlons plus de la pragmatique de la Suède, du Danemarcket de la Norwége, qui fait du luthéranisme dans ces contrées la religion de rÉtat, et d'autres actes brutaux de cette espècequi, dans le système protestant, renferment une contiadic-
(1) Voir Dœllingek, ouvr. cité, La RéformCy t. i, p. 624 et miiv., où il prouve, pièces en main, que la religion du pei^e et des miniatres dépendait pleinement de la v<donté du souverain, et qu'alors souvent il arrivait de ce qu'on appelle des coups d'Etat, par suite desquels, selon que le souverain était luthérien ou calviniste, il fallait tout d'tm coup réfonner les cantiques, le catéchisme, le rituel, et substituer de noareaux principes de croyance à ceux qu'on avait suivis la veille; pois, en vertu de nouveaux édits, proscrire et prohiber sous ks peines les plus terribles les livres mêmes qui quelques jours avant étaient tenus pour sacrés. Et ainsi, suivant le caprice du prince, on passait par des changements continuels d'une religion à ime autre, d'une secte à une autre, parce que tel était le bon plaisir de Son Altesse. Le protestant Vegelius en fait l'aveu explicite dans le passage que voici : « Du moment que les orateurs ou les controversistes sont parvenus à faire adopter par le prince ime confession quelconque, il fiiutqueles sujets l'embrassent de même sans retard comme ia seule boime et la seule vraie, sous peine de confiscation, d'exil, d'infiunie, et souvent du dernier supplice, quand même leur convkHtm serait de nature à les faire aller à tous les diables. *• Vbqeui Mefhodus duplex, p. 11, 17.
lion flagrante et un vrai contre-sens. N'avons-nous pas vu nous-mêmes le roi de Prusse Guillaume III se constituer l'arbitre de la foi de ses peuples, s'ériger en chef de secte, en fondateur d'une religion nouvelle, par la fusion en un du luthéranisme et du calvinisme, qu'il a baptisés, comme par manière de neutralité, du nom Ôl Église évangélique (1)? N'est-ce pas par un acte du parlement qu'a été sanctionnée la symbolique de l'Église légale ou anglicane contenue dans les trente-neuf articles (2) ? La symbolique de Berne et de Genève n'est-elle pas l'ouvrage des magistrats de ces cantons (â) ? Et de même de tous les autres. Ainsi les protestants, qui crient si bien : La Bible^
|1) Nous avons parlé de cela ailleurs.
I^j Tout le monde sait que Henri VIII imposa à TAngle • terre, et de vive force, son nouveau symbole renfermé en six articles. Son successeur immédiat, Edouard VI, ou celui qui gouvernait sous le nom de ce roi enfant et déjà théologien, a &it la même chose en substituant aux six articles un plus ample Credo, Puis, Elisabeth, se servant des doctrines publiées par Tordre d'Edouard VI comme de matériaux et de pierres d'assise , en forma, au moyen d'additions, un Credo nouveau qui subsiste encore aujourd'hui dans les trente-neuf articles, qui, souscrits et approuvés par les deux chambres et par le dergé assemblé, le 12 janvier 1562, fiu-ent imposés comme règ^e à suivre en matière de religion. Voir LmcARD, Histoire ((^Angleterre, t. vu, ch. 6.
(3) NotlB traiterons ce sujet ex professa dans notre troisième partie. En attendant, on peut consulter Martinet, Solution de grands problèmes, t. iv, ch. 63.
toute la Bible, rieji que la Bible, sont ceux qui par le fait la suivent le moins pour règle de foi. Ceux qui font sonner si haut les mots liberté religieuse, sont ceux-là mêmes qui courbent la tête avec le plus d'abjection sous la loi de fer d*un prince, d'un magistrat, d'un parlement, à qui ils ont prostitué bassement et ignominieusement leur symbolique et leur conscience.
Ce n'est que dans ces derniers temps que, ouvrant enfin les yeux sur cette honteuse servitude, on a commencé à parler d'indépendance religieuse et fait quelques eflbrts dans les divers États d'Allemagne, de Suisse et ailleurs, pour séparer l'Église de TÉtat (1). C'est ce qu'on a tenté aussi en Ecosse à l'égard de l'Église dominante (2), c'est-à-dire après avoir gémi trois siècles presque entiers sous ce joug asservissant. A qui attribuer cette union, cette alliance, ce mariage de l'Église avec l'État, et, par suite, la dépendance pleine et entière, l'asservissement le plus abject de la première par rapport au
fl| NouB avons déjà dit ailleurs quelques mots de cette lotte» dont nous parlerons plus amplement quand le temps en sera venu. U suffit pour notre objet de l'avoir simplement mentionnée ici,
(2) C'est un fait notoire qu'il n*y a qu'un petit nombre d'années que l'Eglise presbytérienne d'Ecosse s'est émancipée en grande partie de l'autorité spirituelle de Ht reine pour se nrcttre en liberté.
^ 427 — second, pour qui elle n'a plus été qu'une. branche (Tadministration civile et politique en matière de religion et de culte, sinon au protestantisme? L'Église catholique a lutté durant une longue suite de siècles pour sa précieuse indépendance et sa noble liberté, et jamais elle n'a souffert que le pouvoir laïque exerçât dans son sein aucune autorité spirituelle, ou envahit ses droits, ou portât sa main profane sur l'arche et le sanctuaire du Dieu vivant. Cette cause glorieuse lui a donné plus d'un martyr, qu'elle s'est empressée d'enregistrer dans ses fastes immortels (1). A peine, au contraire, le protestantisme a-t-il paru, qu'il s'est fait esclave sous le prince-électeur de Saxe (2), et de même sous les autres princes qui ont embrassé successivement la Réforme. C'est grftce à lui qu'on a entendu parler pour la première
(1) Les D0m8 des glorieux atiilètes de la liberté de TEglise, comme S. Anselme et S. Thomas, tous deux archevêques de Cantorbery, sont assez connus et ont une assez belle célébrité. Les grands papes S. Gr^ire TII et Innocent m, dont les vies ont été écrites par deux auteurs protestants, à savoir par VoiGT et par Hubter avant sa conversion, ont été des modèles de courage dans le zèle qu'ils ont apporté à défendre la liberté de l'Eglise. Â ces noms joignons-en tant d'autres sans nombre qui (Mit précédé et qui ont suivi.
P) Voir AUDIN, HisMre de la vie de Luthery t. i, p. 210, 219. Luther avait réservé le jus reformandi aux princes séculiers en matière spirituelle, droit dont le prince Frédéric, électeur de Saxe, a usé et abusé, et qui a été sanctionné plus tard par la paix de Westphalie.
~ 428 — fois d'Églises territoriales, d'Églises d'Étal, d'Églises légales : dénominations qui portent avec elles le cachet de Pignominie» le signe de Tabjection, Tempreinte ineffaçable de la servitude, du plus avilissant, du plus complet esclavage.
Voici donc ce qui résulte de l'analyse la plus rigoureuse de la règle de foi de TÉglise catholique comparée avec la règle du protestantisme : c'est que la première est la seule qui réponde à la dignité intellectuelle et morale de l'homme, et que, par conséquent, le catholique est le seul qui, dans sa croyance et dans la profession de sa foi, s'appuie sur la parole, sur l'autorité de Dieu; au lieu que le protestant, comme tout autre sectaire, est le seul qui défère à Ift parole et à l'autorité de l'homme, qui ne s'appuie en rien sur la parole ou l'autorité de Dieu, et qui, mettant de côté la Bible môme qu'il a tous les jours entre les mains, s'attache à l'interprétation pleine d'arbitraire de ses chefs ou de ses ministres. Le catholique, enfin, est le seul qui ait conservé la liberté religieuse, tandis que le protestant l'a immolée à l'arbitraire, à l'absolutisme du pouvoir politique et civil. Ce sont là, je le sais, des vérités dures, mais des vérités cependant qu'on ne saurait nier, et qui sortent d'elles-mêmes du sujet développé jusqu'ici.