LA RÈGLE CATHOLIQUE CONSIDÉRÉE AC POINT DE VUE BIBLIQUE
ARTICLE PREMIER
La règle catholique est la seule qui ait son fondement dans la Bible.
L'Église catholique n*a jamais refusé de discuter à Taide de la Bible les points controversés, comme Ten accusent à tort les protestants. . — La règle prochaine de la foi catholique trouve son solide fondement dans la Bible. — La voie tracée par Notre -Seigneur dans l'ordre qu'il donna à ses apôtres de propager l'Ëvangile est toute conti*aire à celle que suivent les protestants. — Textes bibliques en preuve de cette assertion. — Réflexions sur ces textes. — Jésus-Christ, en conférant la mission à ses apôtres et à leurs successeurs, ne leur a pas donné d'autre règle prochaine de foi que cette autorité. — La même vérité se prouve par les textes bibliques où il est parlé directement de l'Église. — Les apôtres ont fait usage de cette a\itorité. — La même vérité se prouve enfin et se confirme par les promesses solennelles du Sauveur. — Nature de ces promesses. — Conséquences qui en découlent — Les preuves bibliques produites pour la règle catholique comparées avec les preuves du môme genre alléguées par les adversaires ix)ur la règle protestante. — Réflexions sur ces preuves ef conclusion.
Un des graves préjugés qui préoccupent l'esprit des protestants, c'est que T Église catholique récuse la discussion biblique, comme si, dans le cas où Ton
ramènerait à cette discussion les questions controversées , elle ne pourrait la soutenir ou s'en tirer avec avantage. Mais rien de plus faux : car l'Église aussi proclame l'Écriture comme règle éloignée de notre foi, quoique en même temps elle déclare que cette règle n'est pas adéquate, mais seulement partielle, et qu'elle se complète par la parole de Dieu traditionnelle, ou qui, n'ayant pas été consignée dans les livres canoniques, s'est transmise de vive voix par la tradition. Je n'ignore pas combien sont nombreuses les préventions des protestants sur cet article, combien sont forts leurs préjugés ; mais je n'en suis pas moins convaincu que , s'ils prenaient la chose dans son vrai sens, ils ne feraient pas difficulté de l'admettre avec nous. Nous reviendrons plus loin là-dessus : en attendant; pour ne pas nous écarter de notre sujet, il doit suffire de cet avertissement, que l'Église tfa jamais refusé de reconnaître dans la Bible le principal dépôt des vérités révélées de Dieu, et n'a jamais craint, pas plus qu'elle ne craint encore, que tout ce qu'elle enseigne et propose à croire soit discuté aussi au flambeau des livres saints. Qui est-ce en effet qui nous a conservé les Écritures, si ce n'est rÉglise? De qui, si ce n'est de l'Église, les protestants eux-mêmes les ont-ils reçues? Qui a veillé de tout temps à leur intégrité avec le soin le plus jaloux, en ne permettant pas qu'un seul iota y ait été ajouté ou en ait été retranché dans tout le cours de plus de
dix-^huit siècles» si ce n'est TÉglise encore? Qui nous en adonné le canon , qui les a déclarées divinement inspirées, qui nous en a assuré une version authentique, si ce n'est TÉglise? Gomment donc TÉglise au^ raît-elle pu jamais ou pourrait-elle aujourd'hui redouter le témoignage des Écritures (1)?
(1) M. Bo0t, ministre du saint Êyangile, comme il ee dit luimême dans son ouvrage intitulé : Appel à la conscience de tous les catholiques^ non content d'accuser l'Église catholique , avec un emportement qu'il pousse jusqu'à la fureur et à ht démence, de cnchoc les livres saînts aux fidèles dans la oraintâ qu'ils n'y trouvent la ocmdamnatioD des erreurs enseignées par elle, a eu l'impudeur d'accuser le pape Grégoire XVI d'avoir publié une bulle contre la propagation des saintes Écritures.
Void ses paroles î « Je crois que l'évêque qui se trouve en ce <« momtnt à ki tète de l'Église romaine, ci qui a détwtô dans '< son aveuglement par une bulle contre la propagation de « rÊcritui'e sainte, etc. » Pnge 64. Or, que dire da protestantisme, quand on a recours à de pareilles sornettes, et cda au xixe siècle, pour le défendre!
La même accusation a été intentée à TË^lise romaine, au moins en termes indirects, par quelques anglicans, lorsqu'ils ont débité qu'on ne trouve en Italie d'autre version que celle de Martini en vingt volumes et plus, et qui par là même n'est nullement accessible au peuple comme trop volumineuse et trop didpendiectie. Or, ces accusateurs Mvent bien que Matietti a dionné réeemm^it à Turin une édition commode et fort oon^ète du Nouveau Testament au vil prix de 1 franc 50 centimes, pour en facîtiter le débit, et qu'en peu de jours il s'en est vendu plus de huit mille exemplaires; et cela &sM un pays où l'on travaille d^ to«M6 manières à intrtidiiirê le ^rotestMtimp. Qu'ils soient
Au surplus, la vérité que j'ai énoncée touchant la règle prochaine de notre foi trouve, aussi bien que les autres, son fondemëht solide dans les livres saints. Et pour mettre un certain ordre dans les preuves qui s'en présentent à moi, je produirai premièrement les textes relatifs à la mission donnée par Jésus^hrist à ses apôtres ; ensuite ^ les textes qui se rapportent directement à TÉglise ; enfin, les promesses solennelles qui lui ont été faites par ce divin Rédempteur. Ce partage contribuera à la clarté, en prévenant la confusion. Et de peur que quelqu'un ne m'accuse de me répéter moi-même en reproduisant des témoignages déjà présentés dans la première partie, je dois avertir que c'est là un point exigé par la nature même du sujet que je traite, afin qu'on puisse avoir sous les yeux tout ce qui s'y rapporte, si l'on ne veut en affaiblir la force.
Pour commencer donc par la première classe des textes bibliques, j'observe que, si Jésus-Christ avait voulu faire de la Bible la règle , et surtout la règle unique de foi pour ceux qui croiraient en lui, ou bien il aurait écrit lui-même, ou du moins il aurait enjoint à ses disciples d'écrire, et puis de publier et de ré-
donc convaincus par leurs propres yeux que les catholiques n'ont rien à craindre de la lecture de la Bible, et qu on ne la leur cache pas plus qu'on ne la leur défend. Mais le mensonge et la calomnie sont des armes nécessaires au protestantisme : autrement, comment se soutiendrait- il!
pandre leurs écrits dans les mains de tous, des Gentils comme des Juifs, à mesure qu'ils les convertiraient ou leur annonceraient l'Évangile, pour qu'ils y trouvassent, ceux-ci, les motifs de se convertir et les vérités à croire et à professer, ceux-là, le moyen de conserver les vérités reçues, et de discuter, en cas de controverse, pour en assurer le sens. Il n'y a pas de doute que les protestants, dans leur système, n'eussent adopté cette marche : car c'est de cette manière qu'ils se sont conduits, tant avec les fidèles au commencement de la Réforme, qu'avec les infidèles dans ces derniers temps par. l'institution des sociétés bibliques. Eh bien, Jésus-Christ n'a rien fait de cela, on n'en lit rien dans l'Écriture. Il a même tenu la voie opposée, et en employant par lui-même l'enseignement oral, et en prescrivant la même méthode d'enseignement à ses disciples.
Nous avons déjà cité, dans notre première partie, les paroles dont le Sauveur s'est servi pour charger ses disciples d'instruire les peuples : A/lez, leura-t-il dit, eu enseignez toutes les nations leur enjoignant d'observer toutes les ordonnances que je vous ai prescrites. Et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1). Ou, comme le rapporte saint Marc : Allez par tout te monde prêcher r Évangile à toute créature. Celui
(1) Matt. nlt
qui croira et ama été baptisé sera sauvé; celui qui fie croira pas sera condamné (1).
Voici sur ces paroles les réflexions naturelles qui se présentent d'elles-mêmes à quiconque procède de bonne foi. Il est évident qu'il s'agit dans les textes cités d'une mission universelle quant aux lieux, et perpétuelle quant aux temps ; d'une mission qui n'a pas pour seul objet les nations à convertir, mais aussi celles qui seront déjà converties ou reçues dans le sein de l'Église par le baptême, et qui, par suite de la foi qu'elles auront embrassée, seront tenues d'observer toutes les choses prescrites par le Sauveur à ses apôtres; qu'il s'agit, enfin, d'une mission pour le succès de laquelle il a promis son assistance spéciale, et qu'il s'est engagé à continuer sans interruption jusqu'à la fin des temps (2). De sorte que l'Église en-
11) Marc, ult, 16-16.
(2) Le cardinal Wiseman, conune nous Tavons dit ailleura, dans ses Conférences $ur les doctrines et les pratiques de la religion catholique, Confér. iv, col. 784 et suiv. (édit. Migne), développe, suivant les régies de Texégèse, ce passage de saint Mathieu. Sur la première incise : fWà que je suis avec vous, il démontre que ces paroles renferment la promesse d'ime providence spéciale, et l'assurance du succès de la mission confiée aux apôtres. Nous y reviendrons plus loin. Sur cette autre incise : jusqu'à la consommation des siècles, il fait voir qu'on doit l'entendre de tout le temps que durera l'ordre de choses actuel, ou, en d'autres termes, que durera le monde. D fait observer, à cet efiet, qu'encore bien que le mot «Miiv, seculum, dans les auteurs profanes, signifie quelquefois la durée ordinaire de
seignante, alors restreinte aux seuls apôtres réunis sur une montagne de la Galilée, devait, en vertu de cette mission, continuer et représenter sur la terre l'enseignement de THomme-Dieu, après qu'il aurait cessé d'être visible parmi nous, et répandre les fruits abondants de bénédiction et de grâce qu'il nous a mérités, de même que le crépuscule du soir est une continuation de la lumière bienfaisante du soleil disparu de notre horizon. Par conséquent, c'est Jésus- Christ qui, par les apôtres et leurs succes^ure, continue à enseigner depuis son ascension au ciel ; c'eàt
Ift vie de Thomme, il n'ett employé en ce sens dans aueun passage du Nouveau Testament ; que le seul endroit où il pourrait paraître avoir cette signification est dans ce qu'on lit en saint Mathieu, vii, 36, que le péché contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans ce siècle, ni dans le siècle futur; mais que, si on le remarque bien, il garde encore ici sa signification par Tantithèse établie entre le siècle présent et le siède futur, qui sera lK)ur durer toujours. Il prouve de plus que le mot vous : Je suis avec t?ot<«,n'apa8une signification restreinte aux seuls apôtres, mais comprend en outre leurs légitimes successeurs dans le saint ministère, de même que le mot nous a une signification toute semblable dans ces passages, I Cor. xv, 57; I Thess. rv, 16, où il désigne ceux qui Vivront au dernier jour. Il confirme toutes ces misons en faisant valoir le rapprochement du mot acwv avec le mot (TvvTsÀf ta, consommatUnij avec l'explication qu'en donnent tous les interprètes, et en confrontant ce texte avec les textes pwrailèles, Hebr. n, 5; I Tim, i, 17 ; Matt. xni, 39-40 et 49, où ces mots signifient constamment tout le temps qui doit s'écouler jusqu'à la fin du monde. Il fiait encore d'autres remarques non moins importantes, que nous omettons pour plus de hri^eté.
Jéau&-Ghrist qui, dans la p^fionne de ses envoyés, continue à effacer les péchés par le baptême et la pénitence; c'est Jésus-Christ qui^ par ses ministreSi admet au banquet solennel les fidèles de son Église^ et leur distHbue sa chair en nourriture et son sang en breuvage, en même temps qu'il remplit leurs cœurs des délices du ciel. Et ainsi des autres pratiques recommandées dans l'Église.
Cela posé, qui ne voit que Jéi^s-Christ, en conférant une telle mission , n'a pas donné d'autre règle immédiate et prochaine de foi que l'autorité et l'enseignement toujours vivant de son Église ? C'est cette autorité que les infidèles, une fois convaincus par lés motifs de crédibilité, ont dû reconnaître peur recevoir d'elle avec soumission tous les articles à croire, comme c'est à elle qu'ont dû rester soumis les fidèles faisant d'avance profession du christianisme. Est-il croyable que notre divin Sauveur ait voulu assujétir les infidèles à l'enseignement et à l'autorité de l'Église, et puis, à peine convertis, les émanciper de cette même autorité, en sorte qu'ils eussent le droit de disputer avec elle, et même contre elle, et prétendre connaître mieux qu'elle la vérité? Ne serait-ce pas vouloir condamner rofgané ou l'instrument choisi par Jésuâ- Christ pour annoncer sa doctrine? Ne serait-ce pas condamner Jésuâ-Christ lui-même, qui se serait trompé dans son choix en confiant à l'Église un enseignement dont elle était incapable, au lieu de s'en
remettre aux simples fidèles, mieux informés et plus sages que leur mère? Or, telles seraient les conséquences qu'il faudrait tirer dans le système des adversaires. Mais non, Jésus-Christ, en revêtant l'Église de, son autorité d'enseignement pour toute la suite des siècles, l'a constituée règle de foi pour les fidèles comme pour les infidèles.
Jésus-Christ a confirmé à T Église cette autorité d'enseignement en lui promettant son assistance par ces paroles : Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles; c'est-à-dire, non pas jusqu'à la fin d'un temps déterminé, jusqu'à une certaine époque et non au-delà, suppositions qui seraient aussi arbitraires et aussi violentes qu'absurdes ; mais jusqu'à ce que l'Église, cette fille du Très-Haut, ait achevé la mission qui lui a été confiée ; jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au terme de son pèlerinage terrestre, ainsi que les paroles citées le disent ouvertement. Et notre Seigneur ne parle pas d'une présence ou d'une assistance vagues et sans but ; mais d'une présence qui Ja guide et l'encourage, d'une assistance qui la fortifie et qui l'anime à remplir avantageusement sa haute mission dans le vaste champ que l'univers entier, toutes les nations,. tous les peuples, tous les hommes enfin , devront offrir à ses travaux, à ses souffrances et à ses combats (1). Si donc Jésus-
(1) Ici s'adapte parfaitement re que nous disions d'après le
Christ est toujours avec son Église, publiant en tous lieux ses enseignements, c'est une preuve manifeste que ia règle de foi qui résulté de cette assurance ne
cardinal Wiseman dans la note précédente, que par ces mots : Je suh avec vouSy Jésus-Christ a donné à ses apôtres et à leurs successeurs l'assurance du succès qu'aurait la mission qu'il leur confiait : ce que le savant cardinal a su prouver en rapprochant d'autres textes où la même phrase est employée par Dieu même ou ses envoyés, pour asstu^r tels et tels de sa spéciale protection, et par là même de l'heureux succès de leuiis entreprises. Par exemple, au livre de la Genèse, xxi, 22, Abimelech dit à Abraham : Dieu EST avec vous dans tout ce que vous faites. Ibidem, xxvi, 8, Dieu dit à Isaac * Demeurez dans ce paysy et je serai avec vous et je vous bénibaj; et au verset 24, il dit encore : Ne craignez rien, je suis avec vous. Au chapitre xxxi, 3, Dieu, parlant à Jacob, lui dit de la même manière : Retournez au pays de vos pères et dam votre famille^ ET JE SERAI AVEC VOUS; et au verset 6; Jacob lui-même exphque la force de cette expression en disant à son tour : L^ Dieu de mes pères a été avec moi... et le Seigneur na pat permis qu'il (Laban) me fit aucun mal. Au chapitre xxxix, 2*3, l'écrivain sacré décrit ainsi le soin singulier que prit la divine Providence de défendre l'innocence de Joseph, et de le faire réussir dans tout ce qu'il entreprenait : Et LE seigneur était avec LUI, et tout lui réussissait heureusement ; il demeurait dans la maison de son maiire^ qui voyait bien que le Seigneur était avec lui, et faisait prospérer toutes choses entre ses mains. Au verset 23, nous lisons de nouveau : Le Seigneur était AVEC LUI, et le faisait réussir dans toutes ses entreprises. Dans le Nouveau Testament, la même locution ne se trouve pas employée dans un sens différent. Par exemple, on y lit que Nicodème dit au Sauveur : Nous savons que vous êtes un, docteur enroyé de Dieu ; car personne ne saurait faire les miracles que
pourra jamais ni manquer ni faillir ; puisque aolret ment il faudrait dire que T assistance et la présence même de Jésus^Ghrist, quoique invisibles, n'auraient pas pu préserver d'erreur ceux avec qui il était, ceux à qui il avait engagé sa parole, ceux qu'il substituait à sa place pour enseigner le monde entier, tandis que ceux-là, au contraire, pourraient et devraient se tenir sûrs d'en être préservés, qui n'en auraient pour euxmêmes aucune garantie, et à qui n'aurait été faite aucune promesse d'une semblable assistance : je veux dire tous les simples fidèles qui, au lieu d'écouter avec docilité les instructions de l 'Église, auraient plutôt à la corriger de Terreur et à la ramener dans la voie droite, dont elle se serait écartée. Ce qui est absurde, et répugne à la sagesse comme à la fidélilé des promesses du divin fondateur du christianisme. Et pourtant, c'est ainsi que devrait s'entendre Teffet de
vous faitesy a moins que Dieu ne soit avec lui. Joan. in, 2. Telle est donc la force de cette locution dans le style des orateurs sacrés, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, qu'elle exprime Fassurance de réussir dans l'entreprise, quelle qu'elle soit, que Dieu confie à un homme sous une semblable garantie. Or, c'est de cette même locution que le Fils de Dieu s'est servi en donnant à ses apôtres la mission de fonder son Église et de prêcher l'Évangile, eux et leurs successeurs : Voilà que je suis Unis les jours (xcec vous jusqu*à la consommation des siècles, n est donc évident que ces paroles doivent s'entendre aussi d'une protection toute spéciale et d'une assistance de Jésus-Christ garantie à son Église pour toute la suite des temps.
la imasîon conférée par Jésufi-Christ à scm Église donp le système des protestants.
Si rÉgliae a reçu la mission d'enseigner ; si elle est assurée de l'assistance divine pour ne jamais tomber dans Terreur ni y faire tomber les aqtres ; si elle a toute Tautorité suffisante pour proposer aux hommes la doctrine de Jésus-<jhrist, il doit y avoir, par con*séquent, pour les fidèles obligation de l'écouter, de lui obéir, de tenir ses enseignements pour enseigne*ments divins, puisque ce sont là comme deux termes corrélatifs, et dont Tun entraîne Tautre logiquement En un mot, TÉglise doit être la règle toujours vivanie de la foi que doivent avoir et professer tous les fidèles. Cela ae confirme encore par ce que Jésus-Christ dit à saint Pierre de la charge qu'il lui confiait : SimoUy fiis de Jean^ m'aimez^ous ?. • • Paissbz mes agneaux. . , , PAisflBS mes brebis (1). A moins qu'on ne veuille que ce soit aux agneaux à paître leur pasteur, il faut bien accorder que c'est à eux au contraire à se laisser paître, ou, pour parler sans figure, que c'est aux fidèles à se laisser instruire par ceux que Jésus-Christ a chargés de ce ministère. Ce sont là des vérités d'une telle évidence morale, qu'on ne saurait les contredire sans heurter le bon sens.
A cette même classe de textes se rapportent aussi les paroles que Jésus-Christ fit entendre à saint Pierre
peu d'instants avant sa terrible agonie : Simon^ Simofij Satan a demandé à vous cribler tous^ comme on crible le froment ; mais fai prié pour vous en particulier^ afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous aurez été converti y ayez soin (/'affermir vos frères (1). Je ne veux pas me servir de ce texte pour toucher en rien la question de l'infaillibilité des successeurs de Pierre , ce qui serait changer de sujet ; mais seulement prouver davantage l'office confié à Pierre d'enseigner, d'affermir et de confirmer dans la foi ses frères, c'est-à-dire ceux qui se trouvaient déjà dans le sein de l'Église.
Voici ce qui résume à merveille tout ce que nous venons de dire de l'office ou de la mission confiée aux apôtres par leur divin maître; ce sont les paroles qu'il leur adressa après sa résurrection : Comme mon Père m'a envoyé^ je vous envoie (2) ; paroles par lesquelles il leur faisait part de la même autorité qu'il avait exercée lui-même en annonçant aux hommes sa céleste doctrine : autorité absolument nécessaire pour le maintien de la vraie foi, et sans laquelle on l'espérerait vainement. En voilà, je crois, assez pour ce qui regarde la première classe des textes bibliques ayant pour objet la mission conférée par Jésus-Christ à ses apôtres.
fl) (Lrc. XXII, 31-32.
La seconde classe est celle que nous offrent les passages où il s'agit directement de l'Église, et que nous trouvons non-seulement dans TÉvangile, mais aussi dans les épîtres des apôtres, et plus particulièrement dans celles de saint Paul. Notre Seigneur affirme, dans saint Mathieu, que tes portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Église^ quand une fois elle sera bâtie sur sa pierre fondamentale. Or, quel que puisse être d'ailleurs le sens de ces paroles, il est évident que le Sauveur a voulu faire entendre ici qu'il assurait à son Église une stabilité perpétuelle, une solidité invincible à toutes les secousses par lesquelles ses ennemis s'efforceraient de la renverser, comme en conviennent les interprètes rationalistes euxmêmes (1). Or ces ennemis sont de deux sortes, les
(]] Entre -auti'es Standlin , dans son ouvrage allemand intitulé : Jétm divin prophète, Gottingue, 1824 ; Rosenmuller, dans ses scolies sur ce passage, qu'il ne se contente pas d'appliquer àrÉglise fondée sur Pierre par le Sauveur, mais il ajoute: Facile perspicUur Christum his verbis Ecclesix suœ polliceri seeuriiatem ab interitu, Kuinoel aussi, dans ses Comment, in lib, N. T,y hisL in h. /., s'exprime de la sorte : liaqiœ sensvs verborum Christi est : nulla hostium vis, ne potentimma quidem et maxima evertere, desiruere Ecelesiam meam poterit. A ces auteurs on pourrait joindre tous ceux qui, après les Pères du rv« et du v« siècle, ont entendu par Pierre, soit Jésus-Christ même, soit la confession de Pierre, pour en conclure combien devait être solide une Église bâtie sur une telle pierre ou sur une telle confession. Voir A.Roskoyanv, De prim. Rom. Pont. § 4, p. 66, Augsbourg, 1834.
T. Il 2
uns extémùrs et les autres intérieurs. Les ennemis extérieurs de i^Ëglise sont les infidèles et les puissances du siècle, qui devaient mettre en œuvre tous les moyens pour la renverser ; mais ses ennemis intérieurs sont ceux qui chercheraient à altérer et à corrompre ses enseignements, et ce sont les novateurs, autrement dits les hérétiques. Jésu»-Christ donc, en promettant à son Église une perpétuelle stabilité, lui a donné évidemment non -seulement la miffiion de propager les vérités enseignées par lui aux hommes, mais de plus T autorité nécessaire pour les défendre et Ub maintenir dans toute leur intégrité et dani& toute leur pureté. Or, comment cette autorité se conoevraitelle^ sans le droit de décider quelle est la vraie, quelle est la fausse doetrine; quelle est la vraie, et quelle est la fausse interprétation des enseignements de Jésus-Christ ; sans le pouvoir de condamner la fausse et de sanctionner la vraie avec une entière certitude, ou, ce qui rentre dans la même pensée, sans que la décision de T Église puisse servir aux fidèles de régule pour ce qu'ils doivent croire, comme pour ce qu'ils doivent répudier?
Supprimez un instant oette autorité de TÉglise enseignante, et dès lore il n*est plus possible de faire ce discernement : chacun pourra extravaguer à sa façon, sans jamais discerner avec certitude le vrai du faux, la foi de Thérésie, la vérité de rerreur, le froment de l'ivraie. Et de là, en peu de temps, s'éfô-
vêtait une telle confodion d'idées, un tel ehaoe de croyances diverses, qu'il n'y aurait plus moyen de maintenir dans leur solidité les enseignements de Jéfla&<Ihrist, remplacés impunément par les caprices de rerrour, par le vertige des opinions humaines. Et, ^1 ce cas, que deviendrait T Église? Mais qu'arriverait41 surtout si cet état de choses, ce désordre inévitable, devait durer Tespace de dix-huit siècles? Pour s'en former une idée, il n'y a qu'à réunir dans un tableau synoptique toutes las variations, toutes les déviations, toutes les divergences en matière de doctrine qui se sont élevées dans le champ de l'Ëglise dès le berceau du christianisme, et n'ont fait que se multiplier jusqu'à nos jours* Il n'y a qu'à recueillir dans un même foyer de lumière toutes les doctrines contradictoires, insensées, absimles, impies, immo* raka, qu'ont inventées dès le temps des apôtres, qu'ont professées dans toute la suite des temps, ou que débitent encore aujourd'hui tant de sectes de toutes nuances.
Habitués que nous sommes au principe d'autorité toujours vivant dans l'Église catholique, et qui exerce son influence au moins indirecte sur les sectes mêmes séparées, il nous est impossible de nous faire une idée de ce qu* aurait été, dans l'état d'anarchie reli<gieuse voulue par le protestantisme, la confuaon des sentiments et des opinions. Je dis des opiniam; car, pour la /bî, il ne faudrait plus y penser. Or, seraitrce
— recette anarchie ou oe chaos que Jésus-Christ aurait voulu consacrer par l'institution de son Église, et n'est-ce pas plutôt la foi et l'unité de foi ayant sa source dans l'autorité établie par lui dans ce but? Tout lecteur sincère, même protestant , qui consultera sa conscience éclairée par le simple bon sens, sera forcé de convenir que la volonté, le dessein du Sauveur, n'a pas pu être de laisser chacun maitre absolu de soi-même; mais qu'au contraire, pour redresser les idées fausses, corriger les erreurs et prévenir les égarements, il a dû assujétir tous les fidèles au joug de cette autorité salutaire : autorité absolue, indispensable pour atteindre cette fin, qu'il a communiquée et conférée à son Église; autorité dont les apôtres ont fait usage en toute occasion, comme le prouvent leurs épîtres, mais spécialement dans leur concile de Jérusalem , où ils ont porté leur décret rendu en matière de foi, avec cette formule mémorable : // a semblé au Saint-Esprit et à nous (1); autorité qui a fait dire à l'Apôtre que C Église est la maison du Dieu vivant, la colonne et la base de la vérité (2) ; autorité que Dieu a établie , comme l'a écrit ailleurs le même apôtre, pour le maintien de l'unité de doctrine, et pour que nous ne fussions pas, comme des enfants, emportés çà et là par tous les
(1) Jet XV, 28.
(2) I nm. m, 15.
— ^21 — vents de l'erreur (1) ; autorité enfin en vertu de laquelle les apôtres ont condamné irrémissiblement les hérésies naissantes, et ont retranché sans pitié du corps de l'Église les novateurs opiniâtres, conformément à l'ordre qu'ils en avaient reçu de Jésus- Christ : Si quelqu'un n'écoute pas l'Église^ qu'il soii pour vous comme un paien et un publicain (2).
La troisième preuve biblique en faveur de notre règle est celle que nous fournissent les promesses réitérées de Jésus-Christ à ses apôtres, et par eux à FÈglise, présente et future, représentée tout entière dans leurs personnes. Ces promesses, outre les textes déjà cités qui nous garantissent la perpétuelle assistance du Sauveur par rapport à son Église, la stabilité de celle-ci et sa résistance à tous les efforts dirigés contre elle, l'avantage conféré à Pierre, en vertu de la prière du Sauveur, d'affermir ses frères dans la foi, ce qui suppose ouvertement que la foi n'est pas libre ou abandonnée à.la volonté de chacun, et qu'elle consiste encore bien moins dans une simple opinion, mais qu'elle est quelque chose de ferme et de solide qui, pour être affermi et consolidé encore davantage, a besoin de la sollicitude de Pierre^ rendu par là invincible à toutes les attaques de Satan ; outre tous ces
(1| Ephes, IV, 14.
(2i Matt. XVHl, 17.
textes, dis*je, nous en trouvons un autre dans saint Jean, où nous entendons Jésus^hrist dire à ses apô« ^ tms dans la dernière Cène : Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur ^ afin qu'il demeure éternellement avec vous : l'Esprit de rerité^ que le monde ne peut recevoir....; mais, pour vous 9 vous le connailreZf et il demeurera avec vous^ et il sera en vous (1)-.. Le consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et il vous fera res^ souvenir de tout ce que je vous aurai dit (2)... Quand t Esprit de vérité sera venu^ il vou^s ensei-^ gnera toutes vérités (â), etc.
Notons ici que ces promesses, premièrement, sont à perpétuité, c'est^-dire qu'elles ne se bornent pad à un tempe limité, mais qu'elles s'étendent à tout le temps que durera l'Église, ou jusqu'à la fin des aie-* clés. Observons en second lieu qu'elles ont pour objet la vérité; et quelle vérité? Celle qu'est venu enseigner au monde le divin Rédempteur^ et qui forme l'objet de notre croyance ou de notre foi Remar^ quons en troisième lieu que ces promesses se rappoi^ tent toutes à l'easemble, c'est-à»dire au corps de l'Église : non que les apfttres, même individuelle^
|2) Ibid. 26.
|3) Ibid, XVI, 13.
— usinent, ne fussent chacun des organes de vérité in* faillibles y puisque, étant les fondements de TÉglise naissante, bien que subordonnés à Pierre^ fondement visible, principal, et devenu, par la vertu divine, le soutien de tout Tédifice, ils devaient jouir de toutes les prérogatives personnelles nécessaires pour fonder rÉ^ise dans tout Tunivers; mais parce que embras^ sant, ainsi que nous T avons dit, toute la plénitude des temps, comme une personne morale toujours vivante, T Église devait être mise en état d'instruire dans tous les temps fidèles et infidèles avec une coo* fiance entière, et par conséquent avait besoin d'une continuelle assistance divine, pour ne pas se trom** per elle-même ni induire qui que ce soit en erreur, dans son enseignement pubHc, universel et per^* pétuel. Condition qu'il est facile de voir nullement requise pour les individus en particulier, qui doivent Ions, comme tels, demander à TËglise ses ensei-^ gnements.
Dans quel dessein donc le Sauveur a-*t-il fait à son Ëglise des promesses si étendues et si illimitées sous tous les rapporte, sinon dans celui de ta présenter à tous les fidèles comme la règle vivante et infaillible de la foi, en sorte qu'elle soit toujours là pour les assurer, en cas de doute, du légitime sens de la parole révélée, et pour dirimer toutes les controverses piar des juge^ meiits sans appel? Car tout cela est renfermé dans ridée d'une rt^glede foi, d'une «ulorîté enseignante.
Si tel n'a pas été le dessein de Jésus-Christ, ses promesses n'ont été qu'illusoires, et les fonctions dont il a investi son Église n'ont plus de sens. En effet, si chacun était sa règle à soi-même , si la Bible seule constituait la règle prochaine et adéquate de la foi , à quoi auraient servi de telles promesses? comment Jésus-Christ aurait-il établi un enseignement dans son Église? comment aurait-il fait aux infidèles comme aux fidèles de tous les temps un devoir d'écouter avec docilité des instructions dont ils n'auraient pas besoin? comment aurait-il pu menacer d'une éternelle damnation ceux qui refuseraient de croire ses envoyés, ou de l'exclusion de son Église ceux qui, faisant déjà partie de son corps mystique, se montreraient indociles et rebelles à leurs enseignements : toutes choses qui n'auraient pas de sens dans le système de nos adversaires? Car, si nous admettons une fois que chacun n'aurait de guide et de maître que soi-même dans la lecture et l'interprétation de la Bible , sans dépendre de qui que ce puisse être, sans reconnaître de tribunal au-dessus de soi, il serait évident que personne ne serait tenu d'écouter et de suivre un enseignement étranger.
Qu'on recueille maintenant toutes ces preuves, et qu'on nous dise si notre assertion , consistant à affirmer que l'Église nous a été donnée pour règle prochaine de notre foi, n'a pas un solide fondement dans les divines Écritures. Les protestants aiu'ont-
^ 25 — ils , je ne dii'ôi pas de plus fortes preuves en poids et en nombre à l'appui de leur propre règle , mais au moirs d'aussi fortes que celles qui militent pour Tautorité de rÉglise? 11 est certain qu'ils ne peuvent alléguer que quelques passages isolés, qui non-seulement ne sont ni clairs ni concluants, mais même ne sauraient servir à leur objet qu'au moyen d'interprétations forcées et en violant toutes les règles de l'exégèse ; passages qui, entendus dans le sens des adversaires, sont en plein désaccord et en contradiction manifeste avec tout l'ensemble du plan tracé par le Sauveur dans l'établissement de son Église ; passages qui aujourd'hui sont interprétés par les nouveaux exégètes protestants dans un sens tout autre que celui que leur prêtaient les premiers réformateurs, et pendant longtemps aussi leurs disciples, et qu'en conséquence ces nouveaux réformateurs mettent de côté, comme n'allant point à leur but (1). Au lieu que les preuves que nous venons de présenter sont si claires, qu'à moins de s'aveugler soi-même par suite de préjugés invétérés, il est impossible de ne pas en saisir la force et l'évidence. Elles s'harmonient si merveilleusement avec le tout, et avec chaque partie du tout,
(l| Ces passages sont ceux-là mêmes que les anciens protestants alléguaient pour prouver leur esprit privé et l'inspiration immédiate individuelle, que nous avons discutés dans leur lieu (t. i, p. 190 et suiv.), et auxquelles protestants d'aujourd'hui ne songent plus.
comme avec le plan admirable du Sauveur, et avec la conduite constante des apôtres, qu'on ne saurait leur refuser son assentiment sans se faire violence à soi-même.
Qu'on dise maintenant si l'Église peut avoir à redouter la discussion biblique, comme on voudrait le persuader à la foule ignorante, au vulgaire des protestants (1). Mais je veux à présent faire abstrac^ tion de la force intrinsèque et extrinsèque de nos preuves, de leur visible supériorité à tous égards sur celles qu'ont coutume, ou pour parler plus juste, qu'avaient coutume d'alléguer à l'appui de leur sy0tème les controversistes protestants ; au moins ne pourront-ils pas se dissimuler à eux-mêmes ou contester qu'à tout le moins les preuves se contrebalanorat de part et d'autre. En supposant cette égalité de preuves, je serais encore en droit d'en inférer qu'il faut donc s'en tenir à la règle qui a pour elle la longue possession de tant de siècles, et qui prescrit ainsi sur cette autre règle qu'on a prétendu lui mibstituer, et
(1) Après cela, n'avons-nous pas sujet de rire de ce qu'écrivait Macatîlay dans la Revote d^ Edimbourg, octobre ÏS40 ! « Plus nous sommes convaincus que la raison et l'Écriture sont du côté des protestants^ plus grande est l'admiration que nous cause malgré nous ce système de politique, » c'est-à-dire, suivant lui, la politique de l'Église romaine, demeui'ée victoriouso de son propre aveu dans la grande lutte, sans qu'il veuille encore y reconnaître la perfection de Dieu ?
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qu'a adaptée généralement le protestantisone» Dans toufi les tribunaux, sans même excepter ceux des protestants, on déciderait de cette manière dans les cas semblables. Et pourtant je ne veux pas me pré* valoir de cet avantage, et je me contenterai de rapp©- , 1er les protestants à leur règle, à la règle professée par eux-mêmes, que j'admettrai un instant pour légitime ; et je prétends, malgré toutes ces concessions, les presser de manière à ne leur laisser aucune issue. Je dis donc : En supposant libéralement, comme nous le faisons, que les textes bibliques allégués de part et d'autre soient d'égale jprce et se balancent mutuellement, chaque individu étant en droit, en vertu du libre examen, de chercher et de trouver dans la Bible les objets de sa croyance , pour s'en former à lui-même son symbole, les catholiques auront^-ils tort de s'en tenir à leur propre règle de foi, fondée sur tant de textes qui la favorisent, appuyée sur tant de témoignages de toute sorte qui la leur recommandent? Comment donc pourrez-vous les condamner comme prévaricateurs, si en faisant usage de votre règle même ils restent attachés et fidèles aux croyances de leurs aïeux? De quel droit pourrez-vous les accuser, ou convaincre d'erreur leur interprétation? Ah ! il faut le dire, ce n'est plus la Bible, ni la Bible seule^ ni toute la Bible, comme le porte le symbole du protestantisme, qui est la règle de foi des* protestants, mais leur propre vouloir, leur bon plaisir; de
sorte qu'ils ne voient dans la Bible que ce qui les flatte, et non ce qu'elle enseigne en réalité, puisque, si l'on s'en tenait réellement à la Bible, et non à ce qu'on voudrait mettre à sa place, il n'y aurait plus au monde un seul protestant.
ARTICLE n.
Considérée au point de vue biblique, la règle de foi catholique est la seule qui ait pour fondement et pour objet toute la parole révélée de Dieu.
Le mépris qu'affectent les protestants pour la tradition est démenti par leur conduite même. — Us suivent la tradition et l'admettent pratiquement en dépit de leur théorie. — C'est ce que démontrent plusieurs de leurs pratiques dans l'administration des sacrements de Baptême et d'Eucharistie. — Les jMTotestants rendent témoignage à la tradition dans tout ce qu'ils retiennent du christianisme positif. — Les protestants ne connaissent pas la tradition, qu'ils combattent. — C'est ce que font voir daçs leur polémique, par leur propre fait, les docteurs d'Oxford Shuttleworth et Palmer. — Vraie et légitime notion de la tradition comme régie partielle de foi dans le sens catholique. — Notion qui renverse d'un coup le système protestant sur ce sujet. — Pourquoi l'Écriture ne contient pas explicitement toutes les vérités nécessaires à croire. — En quel sens on peut la dire, tantôt parfaite, tantôt imparfaite. — La tradition est l'enseignement toujours vivant de l'Église. — Elle est inaltérable. -» Moyens dont l'Église est pourvue \youT conserver la tradition dans sa pureté. — Autre paralogisme des protestants, qui confondent la tradition avec les moyens par lesquels elle est parvenue jusqu'à nous. — Saint Irénée. — Tertnllien. — Les protestants sont dans l'impuissance de prouver que les Écritures contiennent toutes le? vérités révélées. Loin de là, les catholiques leur prouvent le contraire à l'aide de la Bible même. — Sophisme des protestants réfuté. — Potmiuoi les hérétiques ont rehisé de tout temps de reconnaître la tradition pour règle de foi. — Folie et absurditédu protestantisme.
Quelques efforts que puissent faire les protestants pour se débarrasser du fardeau importun de la tradi-
tion divine et apostolique, il leur est impossible de s'en délivrer tout-à-fait et de se décharger d'un poids si accablant. Ils affectent, il est vrai, de ne pas se mettre en peine , même ils affichent positivement le mépris de la tradition : ils répètent sans cesse qu'ils n'ont pas d'autre «règle que la seule et pure parole de Dieu, c'est-à-dire, comme ils l'entendent, la Bible seule, rien de plus que la Bible ; et beaucoup même d'entre eux se persuadent de bonne foi qu'il en est ainsi ; mais ils se trahissent à chaque pas, et démentent tous les jours cette prétention affectée. Malgré eux, ils admettent et suivent cette tradition qui leur inspire tant de haine, qui est à leurs yeux la cause principale et la source toute pure de cette monstruosité qui est le papisme dans sa forme la plus repoussante (1)«
Quelqu'un trouvera peut-être cette assertion bien hasardée ; mais je me flatte d'en démontrer dans un instant la vérité et l'exactitude, de manière à ne laisser planer là-dessus aucune ombre de doute. On n'a donc point à s'étonner si dans ce cas J'entreprends de prouver que la règle de foi de l'Église catholique a pour objet et pour base toute la parole de Dieu écrite et non écrite, c'est-à-dire nonnseulement la Bi-
ll) C'est ainsi que s'exprime Shuttlewobth dans son U^aité intitulé : Noi tradition but Scripture , Londres, 1839, edit. 2,
ble, comme je Tai démontré dans Tarticle précédent, mais aussi la tradition, qui est comme un autre canal qui nous transmet la parole révélée de Dieu. Loin d'être inutile, on verra que cette considération importe beaucoup à ce que je veux démontrer. Voici donc r ordre que je suivrai dans la discussion actuelle : je prouverai en premier lieu ma proposition, en faisant voir que les protestants admettent et suivent en {pratique la tradition, qu'ils rejettent en théorie ; je montr^ai ensuite que les protestants ne savent pas ce que c'est que la tradition qu'ils attaquent, en prenant ee mot tradétion dans le sens catholique; je ferai enfin l'af^lication des principes établis à Fobjet que je me suis pn^osé^ pour rendre complète la démonstration que j'ai entreprise, avec les conséquences qui en déooident.
Et d'abord, pour ce qui regarde le premier de ces points, savoir, que les protestants admettent par le lut, ou dans la pratique^ la tradition, qu'ils combattent en paroles et q>éculativemeDt, j'en trouve la preuve dans la conduite qu'ils tiennent par rapport a!OX deux sacrements qu'ils ont continué de conserver avec nous, et qui sont le baptême et la Cène, on l'Eucharistie. Parlons à part de chacun de ces deux sacrmnents.
Par rapport au baptême» s'ils s'en tenaient à la Bibie seule, ils ne sauraient ni la manière de le conférer, ni ie» paroles qu'ils auraient à y prononcer,
puisque, ou l'Écritui'e n*en parle pas, ou si elle en fait entendre quelque chose, ce qu'elle en insinue est plutôt contraire à ce qu'ils sont clans l'usage de pratiquer. En effet, on n'y trouve nulle part exprimée la formule avec laquelle doit être administré le sacrement de régénération. Jésus-Christ a dit, il est vrai, à ses apôtres : Baptisez tous les peuples au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit; mais autre chose est de baptiser au nom des trois augustes personnes de la sainte Trinité, autre chose est de conférer une espèce de consécration et de sanctification au sujet qu'on baptise par l'invocation distincte de ces trois noms adorables. On pourrait, absolument parlant, accomplir tout ce qu'a ordonné Jésus-Christ en répandant l'eau simplement au nom, c'est-à-dire, par l'autorité des trois personnes divines, sans en faire mention expresse dans le rite sacramentel. Pour que les pro- H^ testante, en s' appuyant sur la seule parole de Dieu, eussent la certitude de conférer le baptême par l'invocation distincte et expresse des trois personnes divines, il faudrait qu'ils trouvassent écrit quelque part que le Sauveur a ordonné de prononcer pour conférer le baptême ces paroles : Je*l€ baptise, ou sois baptisé au nom du Père, etc. Or, c'est ce qui n'est pas, et ce n'est que de l'Église catholique, qui l'a reçue par tradition divine, que les protestants ont appris cette formule. Cela est si vrai, que, dans les Actes des apôtres, où il est souvent fait mention du
sacrement de baptême, on ne lit nulle part qu'il ait été conféré par l'invocation de Tauguste Trinité, mais ^seulement qu'il était donné au nom de Jésus- Christ (1). De là les questions de plus d'une sorte, exégétiques, critiques et dogmatiques, élevées entre les savants au sujet de la formule qu'ont pu employer les apôtres (2). Au milieu de ces difficultés, les protestants ne se tireront jamais d'embarras, autrement qu'en recourant à la tradition, et à la tradition divine, puisqu'il s'agit de la validité d'un sacrement, nécessaire au salut.
Disons la même chose du rite du baptême, c'est-àdire de la manière de l'administrer. Le divin Sauveur n'a rien déterminé, rien prescrit en fait, soit d'immersion, soit d'aspersion ou d'infusion ; et, s'ils s'en tenaient à la seule Bible,- les protestants ne sauraient jamais laquelle de ces trois manières ils auraient à employer. Un rite semblable ne doit pas dépendre du
(1) Ad. n, 38; VIII, 12, 16; x, 48, etc.
|3) Saint Thomas, dans sa Somme théologique ^ par. m, q. 66, art. 6, ad 1"™, avait déjà enseigné que les apôtres, par dispense spéciale , avaient conféré le baptême en invoquant simplement le nom de Jésus. Albert-le-Grand, saint Bonaventure, Soto et beaucoup d'autres ont partagé le même sentiment. Le cardinal Orsi a publié sur ce sujet deux savantes dissertations, intitulées, l'une : Dissert, histor. de baptismo in nomine J. C, collato, Milan, 1733 ; l'autre: rindiciae dissertcUionis de baptismo in nomine J. C. collaio, Florence, 1736. On peut voir sur la même question les critiques sacrés, Ànnot. in cap, xxvni Matt.
caprice de Thomme, mais uniquement de la volonté de son auteur ; et cette volonté ne nous est pas manifestée par les paroles que nous lisons dans rÉcriture, et qui n'expriment rien que de vague ou qui ne puisse s'entendre indifféremment de chacun des trois divers modes que je viens de dire. Et c'est encore peu : si nous nous en tenions à la lettre de la Bible, comme le veulent les protestants, ce rite aurait été déterminé à Timmersion toute seule par la pratique des apôtres et des premiers disciples de Jésus-Christ. Car c'est ainsi que nous trouvons que l'eunuque a été baptisé par le diacre Philippe (1) , et le centurion Corneille par saint Pierre (2). De là la âgniflcation morale qu'y attache saint Paul, lorsqu'il exhorte les fidèles à fournir en eux les preuves de la mort au péché, de la résurrection spirituelle et d'une nouvelle vie, symbolisées par le plongement dans l'eau tel qu'il se pratiquait au baptême, et par la sortie de Teau du nouveau baptisé (3). Le rite baptismal se trouvant ainsi déterminé par la pratique des apôtres, il semblerait que toute autre manière de le conférer serait réprouvée (4). Et
(1) AcL Vin„38.
(2) ma. X. 48.
(3) Rom. VII, 3-4.
(4) Effectivement le patriarche photieil de Constantinople, Terô le commencement de 1852, répondit à la question que lui fit un anglican au sujet du baptême donné par ablution et non par immersion y qu*un tel baptême ne pouvait être valide, mais
-35 1cepeDdant quel ert le mmidtiie protestant* soit m An* gleterre, soit en Fraoce ou en Allemagne, soit par-^ tout ailleurs» qui administre le baptême par immer^ sicHi? On n'en trouverait pas un seul. Mais de qui ont-ils appris à baptiser par infusion ou par asper^ sion» si ce n'est de rÉgUse catholique, qui Ta reçu elle-même par tradition ? Nous voilà donc encore ârri'vés au même rédultat.
Que dirai-je de ce qui est relatif à Celui qui reçoit le baptême? que dirai^e du oûnietre qui le confère? Que tes protestants lisent toute la Bible d'un bout à Tautre» et nulle part ils n*y trouveront que le baptême ait été administré aux enfants ; mais ils y trouveront au ooi>traire qu'on doit exclure du baptême ceux de cet fige, ri Ton e'en tient à la règle protestante. Car notre di« vin Sauveur a dit expressément qu'il fallait instruire d'abord ceux qu'on devait baptiser^ et exiger d*eux la foi avant de leur confârer la grâce de la rëgénéra^n. Les anabaptistes ont su se prévaloir de ces preuves bibUqnes^ toutnà^fait péremptoires dans le système
qa*il était mU, Cette décision, rendue en plein synode d'évéques de son parti» lut approuvée et adoptée par le patriarche scbis* matique de Jérusalem et par les autres évéques grecs de Turquie et de Grèce, qui déclarèrent, d^un accord unanime, qu*on pouvait et qu'on decaU rebaptiser tous ceux qui n'auraient été baptisés que par aspersion ou par infusion. Et il est a remarquer à ce propos que dans toute l'Église de Russie on ne baptise pa6 d'une autre manière que par ablution. Voir V Univers , Bfèffierieat.
protestant, et Ton n'a pu rien leur répondre de solide et de concluant jusqu'à ce qu'on eût recours bon gré mal gré à la tradition divine. Et pourtant quel est le lieu du monde où les protestants ne baptisent les enfants conune ils font les autres? De qui ont-ils appris à le faire, sinon de l'Église catholique, qui l'a reçu de la tradition ? J'aurais la même chose à dire du ministre du baptême, qui peut être un simple laïque, homme ou femme, un hérétique ou même un infidèle ; car sur tous ces points l'Écriture est absolument muette, et • parait même insinuer la doctrine contraire , puisqu'on n'y voit la faculté de baptiser conférée qu'aux seuls apôtres, et exercée sous leur autorité que par leurs seuls ministres sacrés. Il faut donc encore ici, pour justifier leur conduite, que les protestants recourent à la tradition, qui se conserve- dans l'Église catholique.
Nous laissons de côté d'autres observations qu'on pourrait joindre à celles que nous venons de présenter sur le baptême, pour passer à la Cène, comme ils l'appellent, et que nous appelons, nous, l'Eucharistie, pour exprimer par ce mot nos sentiments de gratitude pour l'amour que nous témoigne Jésus-Christ dans cet admirable sacrement. Et ici reviennent les mêmes questions que nous avons faites au sujet du baptême.
Comment les protestants, en s'en tenant à la Bible
# setile^ savent-ils avec quelles paroles on doit célébrer
ce rite mystérieux? Ils ne le savent ni ne peuvent le
savoir. Car Jésus-Christ a bien pu dire, en instituant
ce sacrement : Ceci est mon corps ^ ceci est mon sang, sans quMl suive de là que nous devions répéter en son nom les mêmes mots pour accomplir le rite sacré. La distance de lui à nous est immense. Ainsi, après avoir d'abord, conmie le soutiennent de graves théologiens, changé par un acte intérieur de sa volonté le pain en son corps et le vin en son sang, il a pu affirmer, en en faisant la distribution à ses disciples, que ce qu'il leur donnait à manger était son corps, et que ce qu'il leur donnait à boire était son sang. Au lieu que l'homme n'ayant pas le même pouvoir, comment pourrait-il dire avec vérité, en consacrant les espèces : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, et non pas plutôt : Ceci est le corps de Jésus-Christ, etc. ? En insistant sur la lettre matérielle du texte, on ne peut pas non plus conclure autre chose de cette injonction de notre Seigneur : Faites ceci en mémoire de moi. Jamais le divin Sauveur n'a prescrit de dire les paroles qu'il a employées lui-même, encore moins de les prononcer en son nom ; et, par conséquent, les prolestants ne sauraient pas la manière de célébrer leur Cène, s'ils n'avaient pris les leçons de l'Église catholique, qui n'en connaît le rite légitime que par la tradition. Concluons donc que, sans la tradition, les protestants ignoreraient la manière, soit de procurer la grâce baptismale, soit de célébrer la Cène, Malgré cela, ils ne cessent de maudire la tradition et d'invectiver à tout propos contre elle. On dira que ce
ne sont pas là des choses nouvelles, mais qui leur ont été objectées mille fois par les catholiques : à quoi je réponds que c'est très vrai , mais que je trouve à propos de les leur objecter une fms de plus, parce que les protestants n^y ont pas encore satisfait, et que, s*ils ne Tont pas fait, c^est qu'ils ne le peuvent en aucune façon. Ou bien, je les provoqua à nous donner une réponse péremptoire, et sMIsnous la fournissent, ni moi ni les autres catholiques ne leur répéterons la même objection ; autrement, quMla s'attendent à se )*entendre redire encore bien des fois.
Que diraî-je de TÉcriture ou de la Bible, de cette Bible, la règle unique, la règle totale de foi, la base ou leiondement et le palladium du protestantisme? S'ils n*invoquent la tradition, elle leur échappe des mains, sans qu'il leur reste aucun moyen de la retrouver. Mais, crainte de répéter ce que j'ai déjà dit, ou d'anticiper sur ce qu'il me reste à dire, je m'abstiendrai d'en parler ici. Pour résumer tout en peu de mots, j'aiBrme que du moment où la tradition vient à manquer, il ne reste de tout le christianisme rien de plus qu'un squelette, ou une vaine ombre. La religion chrétienne n'est tout entière, pour parler à la rigueur, qu'une tradition : le symbole, les sacrements, la lifurgie, les rites, les formules sacrées , le sentiment religieux , tout repose sur la tradition ; de sorte qu*abolir la tradition, ce serait abolir la religion chrétienne. Sans la tradition, Is christianisme serait pour nous ce qu^esl leparsisme
eCle bouddhisme, que nous ne connaissons que par le Z^ndavesta et parle Yedam. Voilà pourquoi tout ce que le protestantiame retient encore de cbristianisme pofiitif, spéculatif et pratique, rend témoignage à^ la tradition, sana que lui-même en ait conscience* lies protestants savent-ils donc ce que c'est que la tradition dans le mm catholique? Je réponds non, sans héâter. Ils ont de la tradition , comme de tant d'autres articles qu'ils attaquent, une idée Uziirre et extravagante, qui provoque le rire autant que la pitié. Le jugement que j'énonce ici, je le forme d'après lea ouvrages mêmes qu'ils ont publiés pour combattre directement la tradition. ShutUewortb, docteur dans Funiversité d'Oxford, devenu depuis évêque anglican, nous servira d'exemple, avec son opuscule publié, il y a peu d'années, sous le titre : Plus de Iracftiîofi, mais l'Écriture seule. Il suppose que les catholiques entendent par tradition certaines formules, certaines paroles mystérieuses qui, communiquées de vive voix par les apôtres mêmes, si l'on veut, à quelques disciples choisis, pour que ceux-ci les communiquassent à d'autres à leur tour, et ceux-là à d'autres, ont pu être à la fin consignées dans quelque écrit, dans quelque livre, ou bien ont continué à se transmettre par la voie orale, jusqu'à ce qu'elles soient parvenues jusqu'à nous. Après s^être proposé cette notion, notre docteur se floet à déclama en ces termes : c Gomment a pu se conserver pure et inaltérable cette tradition, tan-
dis que nous voyons qu'une nouvelle, avant d'arriver de Londres à Oxford , en passant de bouche en bouche, se trouve tellement altérée, tellement défigurée, qu'on a peine à en reconnaître les traits primitifs? Les faits mêmes historiques, au bout de quelques générations, après avoir été traités successivement par plusieurs historiens, n'ont plus le même caractère que celui qu'ils avaient dans leur première origine. Combien donc ont dû subir plus de changements les prétendues traditions des catholiques à travers tant de siècles! Comment pourrait-on supposer que la divine sagesse aurait voulu livrer à un aussi frêle moyen les vérités qui devaient être l'objet de la croyance de tous les temps? 11 faut avouer que les catholiques se montrent bien stupides pour dévorer de pareilles absurdités. Encore le mal serait-il moindre si ces traditions n'avaient pas d'autre inconvénient; mais, ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que dans le moyen-âge, dans ces siècles d'ignorance et de ténèbres, on a élevé peu à peu, sous l'égide de ces traditions, ce monstrueux système compris sous le nom de papisme ou de romanismc^ qui renferme dans son idée tout cet amas d'erreurs, d'abus, d'usurpations et de tyrannies, qui a fait disparaître la pureté native du christianisme. Ce ne fut qu'en débarrassant la religion chrétienne de ce lourd fardeau que la Réforme put lui rendre sa divine beauté, dont notre chère Église d'Angleterre en particulier fait à
si bon droit scn bonheur et sa gloire » (1). Ensuite, pour sdder les catholiques à sortir de leur stupide égarement, notre auteur s'étudie à rassembler les passages des Pères qui paraissent contraires aux traditions, tout en professant publiquement qu'on ne doit pas admettre autre chose que ce qui se trouve dans rÉcriture sainte, notre guide sûr.
William Palmer, autre docteur et professeur dans la même université d'Oxford, nous vient en aide à son tour, et renforce l'argument à priori et à posteriori^ dans son Traité de l'Église^ publié en deux volumes ces dernières années, en démontrant prenûèrement qu'il est impossible de supposer que le Saint-£sprit, en dictant ses oracles aux écrivains sacrés, ait voulu, par un dessein arrêté, que, de toutes les vérités nécessaires à croire, les unes fussent* déposées dans le texte sacré, les autres ne fussent transmises que de vive voix, en sorte que l'Écriture eût besoin d'un supplément; que, tandis qu'on y trouve consignées des choses de nulle importance , des détails de nul intérêt, tels que la chevelure des femmes, le baiser de paix, le manteau et les papiers de saint Paul, on y cherchât vainement les vérités nécessaires à croire. Il faudrait supposer une imprévoyance telle, qu'elle ne se trouve dans aucun sage législateur humain, et conmie serait celle de celui qui, ayant un
(l)Ouvr. cité, Not Tradition but Scripture, p. 34-40.
code à composer pour le gouvememmt de scm peuple, au lieu d'y mettre toutes les lois qui devraient servir de règle à la vie civile, se contenterait de n'y en faire entrer qu'une partie, en abandonnant le reste à la tradition orale, c'est-à-dire à Taltération qui en résulterait immanquablement. Comment supposer Touvrage de Dieu tellement Imparfait, quMl ait b6^ soin d'une partie supplémentaire? Enfln, faisant étalage d'érudition , Paliner extrait des objections des auteurs catholiques une longue suite de passages des Pères à l'appui de sa thèse; il se fâche et se met en colère contre les catholiques de ce qu'ils ont le ooo^ rage d'affirmer que les protestants ne peuvent justifier sans la tradition le canon et la divinité des Écri^ tures, tandis que les apologistes catholiques euxmêmes s'unissent aux protestants pour démontrer contre les inci:^dules la divinité de l'Écriture sainte (!)•
(l) Palmbr, ouvr. oité, vol. u, cart. 3, cap. i, Perfection de l'Écriture, p. 3 et suiv., où il essaie de défendre le sixième des XXXIX articles approuvé par les synodes anglicans de 1562 et 1671, et conçu en ces termes : « La sainte Écritufe contient toutes les choses nécessaires au salut; et par conséquent ce qvû ne s*y trouve pas, ou qui ne peut être prouvé par elle, ne doit ôtre imposé à personne comme article de foi, ou comme nécessaire pour pouvoir être sauvé. » Ce principe mis en avant, Palmer observe ensuite qne eet article contienit deux aaBeitiQns : la prcfnière, que TÊeriture eani^ieni i^uéesles ehoee^nécessedres, au salut ^ ou qui doivent être crues comme articles de foiy enun mot tout ce que Dieu a révélé concernant la foi et la morale ; la seconde, que ce qui se prouve par l'Écriture peut être arii-
Tel ^ le tableau abrégé des principalea difficidtét qu'Aèvent les doeteurs d'Oxford contre la tradition, admise par les catholicpiea au même rudg que Fâcri-» ture comme règle partielle de foi. J'ai voulu leaprei^ dre de préférence dana les deux auteurs anglioau que j'ai nommés, et parce qu'ils sont les plus récents de ceux des protestante qui cmt combattu la tradition, et parce qu'en eux se personnifient leurs devanders, dcmt ils les osit emprantéea en leur donnant l'éclat du style.
A ces déclamations fiusk prq^res à faire rire qu'à faire peur, ks oatholiques répondent que les docteurs d'Oxford ont combattu un sqpeGtre, une chimère, un fantâme, et non la vraie traditicm telle que l'admet l'Église catholique. Non, la tradition n'est pas en^ tendue par les catholiques dans un aens aussi mesquin et aussi étroit que se le figurent les protestants, comme si ce n'était qu'une formule, une sentence, une parole, ou un recuefl de maximes transmises d'une personne à l'autre. Que sera donc la tradition? Elle n'est rien de moins que l'enseignement oral tout entier que les apôtres ont reçu des lèvres mêmes du divin Sauveur, et cet autre enseignemmt intérieur qui leur a été suggéré et inspiré par le Saint-Esprit
de de fat aussi bien que ce qui s*y lit en termes eorplicUes. Puis il s'attache à prouver péniblement cette double assertion dans deux chapitres distincts, où se trouvent les preuves que je viens de rai^erter.
Enseignement qui consiste non dans de pures formules, dans de simples paroles, mais dans la vérité et dans les choses mêmes. Enseignement qui s'incorpora, pour ainsi dire, à TÉglise naissante, la pénétra aussitôt, la remplit tout entière, et, depuis cette époque, n'a pas cessé de vivre en elle, de s'y conserver et de s'y propager dans toute la suite des siècles, comme il s'y propagera et s'y conservera jusqu'à la fm du monde. Enseignement qui avait atteint sa plénitude et sa perfection avant même que fussent écrits les livres de la nouvelle alliance, et qui par conséquent contenait déjà toutes les vérités qui depuis ont été en grande partie consignées dans les livres saints, mais vérités qui, bien loin de n'être qu'une lettre morte gravée sur un papier muet, ont toujours été des vérités vivantes ou vivifiées par la foi, par l'instruction, par la vie pratique et par l'esprit intérieur du corps entier de l'Église. Enseignement qui n'a rien perdu de son autorité divine ni de son eflScacité, coname de sa qualité et de sa dignité de règle, quand une partie en a été rédigée par écrit de manière à former peu à peu le canon du Nouveau Testament, dont les livres, incontestablement postérieurs à cet enseignement traditionnel, n'ont jamais offert, quoi qu'on en dise, ^ qu'une partie de la parole de Dieu. Je dis qu'une
partie de cette parole : car personne ne s'avisera de dire que tout l'enseignement oral ait été consigné dans le premier Évangile composé par saint Mathieu,
puisque nous trouvons dans saint Marc plusieurs choses omises par ce premier. Nous aurions la même chose à dire de l'Évangile de saint Luc par rapport aux deux Évangiles antérieurs, la même chose à dire en sens inverse des diverses épltres des apôtres, y compris r Apocalypse, par rapport à F Évangile composé par saint Jean, le dernier dans Tordre des dates de tous les livres du Nouveau Testament, et où se trouvent beaucoup de choses omises dans tous les autres* Et qu'on ne dise pas pour cela que tout ce qui restait de renseignement oral ait été renfermé dans ce dernier Évangile; car non-seulement aucun document ne le prouve, mais, de plus, nous trouvons dans ce livre même une protestation du contraire, puisque TÉvangéliste y déclare en termes exprès que Jésus a fait bien d'autres choses qui ne sont point écrites dans ce livre (d); et ce qui a pu se dire de ce qu'a fait Jésus-Christ doit, pour la même raison, s'affirmer de ce qu'il a enseigné. Et d'ailleurs, croyon&-nous que si l'apôtre saint Paul, pour ne pas parler des autres, avait écrit quelque nouvelle épître après celles que nous avons de lui, Ml n'y aurait pas inséré d'autres documents que ceux qu'on lisait déjà dans les précédentes; ou que, si saint Jean eût écrit quelque autre livre après son Évangile, il n'y eût pas fait entrer des choses omises dans tous les livres
11) JoAN. XX, 30; XXI, 35.
compoeés antérieurement t Qui oserait raffiimer? Ainsi se trouve renversé d'un coup le système pro* testant relativement à la tradition catholique, que ses auteurs méconnaissent et dénaturent au point de l'appeler par mépris la partie Bupplémentaire ^ la règle collatérale^ le supplément auotiliaire de r Écriture ; tandis qu'au contraire c'est l'Écriture qui^ à la rigueur, devrait être considérée comme le sup^ plément auxiliaire de la tradition* Dieu, en effrt, a voulu et réglé, dans son infinie sagesse, qu'entre l'en* seignement oral et traditionnel , nous eus^ons pour notre soutien, pour notre consolation et notre aliment spirituel, des livres écrite sous sa dictée, et dont nonseulement le fond pût lui être revendiqué, mais même te forme extérieure, l'écorce, l'enveloppe enfin, de. manière que tout y fût de lui. Par là , il nous a apprêté, comme disent les Pères, un festin somptueux, où nous pussions prendre place toutes les fois que nous en aurions la volonté, pour y recevoir une nourriture adaptée à nos besoins et aux vicissitudes de la vie présente. Mais, en agissant ainsi. Dieu n*a pas prétendu vouloir rien ôter à l'ini^ruction orale dont il est auss l'auteur, et bien moins encore faire de l'Écriture notre unique règle de foi. C'est là un rêve des protestants, une eonjecture faite au hasard sans connaissance de cause, sans fondement biblique ou traditionnel, et même en pleine contradiction avec ce qu'on y trouve.
Par là ftUflBi nous voyona pourquoi Dieu, qui a in* spire et dicté les Écritures, et qui en est par causé* qu»t le principal auteur, n'a pas voulu qu'elles con-^ tinssent toutes les vérités révélées de lui et chacune de ces vérités : c'est qu'il y avait pourvu par l'ensei^ gnement oral adressé à son Église, pour que tous les fidèles demeurassent dans une humble dépendance par rapport & cette demière« et que, sous prétejrte de trouver dans l'Écriture toutes les vérités qu'ils étaient obligés de croire, ils n'eussent pas la folle et orgueil-^ leuse prétention de ne vouloir plus dépendre d'elle en ce qui amcerne la foi , et de vouloir au contraire, enflés qu'ils seraient de leur prétendu savoir, se faire eax-fflémes les mattres et les docteurs de leur mère. Car, comme nous l'avons d'avance démontré, tout le sysitoie catholique, ou chrétien proprement dit, est un système de subordination, de dépendance et d'humilité par là même.
On voit de pins te qu'il faut penser de la compa-nison d'un législateur qui, s'il est habile ^ n'omet dans son code aucune de ses lois : c'est que, pour mettre à part plusieurs autres considérations, Dieu n'a pas entendu faire de l'Écriture un code qui fût {^unique organe de ses volontés, comme l'entendent de leur côté les législateurs terrestres. On voit de plus pourquoi nous trouvons dans l'Écriture des choses qui, à la première vue, présentent peu d'intérêt, tandis que les vérités qui constituent le dépôt
mêrtfie de la foi y manquent en partie : c'est que ces mêmes détails , qui peuvent renfermer des instructions morales ou servir à l'histoire, auraient été certainement perdus s'ils n'avaient été insérés dans les livres saints ; au lieu que, pour les vérités qui intéressent la foi, Dieu y avait déjà pourvu par l'enseignement oral et traditionnel. On voit enfin que, bien que les Écritures ne contiennent pas en particulier toutes les vérités de foi, on ne doit pas pour cela les appe* 1er imparfaites, puisque, si cette raison pouvait avoir quelque force, il faudrait appeler de même imparfait chacun des livres sacrés, qui n'étaient composés qu'à mesure et attendaient ainsi toujours leur supplément, comme ne contenant pas encore toutes les vérités que les livres subséquents devaient recueillir. Il faut plutôt y reconnaître à la fois une perfection absolue et une imperfection simplement relative. Chaque livre de l'Écriture, pris à part, a sa perfection absolue, parce qu'il ne lui manque rien de ce qu'il doit contenir, quoiqu'il soit imparfait par rapport au corps entier des livres saints, puisqu'il ne contient pas seul tout ce qui se trouve dans le reste. Et de même la Bible entière est parfaite, absolument parlant, en ce qu'elle renferme tout ce que Dieu a voulu qui y fût renfermé, et elle est imparfaite par rapport à la tradition, en ce qu'elle ne contient pas, malgré cela, tout ce que la tradition contient.
Et par là encore est levée une autre équivoque qui
fait illusion à nos docteurs d*Oxford. Il est aisé de voir par ce que nous venons de dire combien est misérable et ridicule le parallèle établi entre la tradition divine, prise dans son sens catholique, comme nous Tavons expliqué , et des nouvelles portées de bouche en bouche de Londres à Oxford , et qui s'altèrent et se dénaturent en chemin par les commentaires que chacun y ajoute. Gomme on voit aussi ce qu'il faut penser de cet horrible monstre qui s'appelle papisme ou romanisme, auquel la tradition, dans les ténèbres du moyen-âge, a donné naissance, et des mérites signalés qu'ont acquis par leur travail de réforme Henri VIII et la bonne Beth auprès de l'Église d' Angleterre (1), si l'on ne veut encore faire part des mêmes mérites à ce parlement qui a sanctionné la forme nouvelle et le symbole de cette Église réformée en la rendant légale (2), Ce qui fait voir clairement
(1) Expression qui selit dans William Cobbett, Hist. de la Réf, (S) Le Dr Newman, qui connaît bien à fond TÊglise anglicane, puisqu'il en était un des membres les plus illustres, nous donne dans sa sixième Conférence, p. 198-199 (traduction de J. Gondon) une idée nette de cette Église, dont il parle de la manière suivante : - On n*apercoit en elle (l'Église anglicane) qu'un établissement de l'État, un département du gouvernement, une fooction publique, une administration sans substance, une agrégation de fonctionnaires dépendants du pouvoir civil et payés par TÊtat. Elle n*a ni unité, ni personnalité, et, par suite de ce défaut, elle a perdu la puissance d'exciter des sentiments d'aucune espèce... Cette prétendue Église n'est qu'un des rouages du gouvernement, ou un des modes d'administration T. n. 4
en quelles méprises on' est sujet à tomber, quand on ignore la chose môme dont on parle.
Reprenant maintenant tout de nouveau le fil interrompu de notre raisonnement, par rapport à l'idée véritable et légitime de là tradition prise au sens catholique, nous disons qu'à peitie l'enseignement oral des vérités chrétiennes eut été communiqué à l'Église formée par la prédication des apôtres, qu'il lui fut incorporé et comme incarné ; de manière que la tradition devint une seule et même chose avec renseignement toujours vivant de l'Église elle-même. L'Église à son tour s'infiltra cet enseignement divin, se l'incorpora et l'incarna dans tous ses actes, je veux dire, dans l'administration des sacrements; dans ses prières, dans ses liturgies, dans son culte, dans ses catéchèses, dans ses rites, dans ses fêtes, dans ses conciles, dans ses fonnules ; il pénétra dans* les écrits des Pères, dans les actes des martyrs, dans les peintures, dans les sculptures, dans les pierres mêmes sépulcrales, dans les inscriptions, dans l'histoire : en un mot, la vie intérieure et extérieure de l'Église même n'est devenue qu'une continuation et une manifestation de la tradition. Ainsi, la tradition n'a jamais péri, et elle ne pourra périr jamais, pas plus que n'a pu ou
civile ; elle n'est responsable de rien ; elle ne peut mériter ni blâme ni éloge; les sentiments qu'elle excite, quels qu'ils soient, doivent être attribués au jwuvoir suprême qu'elle représente, et dont la volonté est sa loi et sa vie. «
que ne pourra périr l^Égliise, dbat eHé- est' comme la pensée intime, Tâme qui rînspli*e et lui donne la' vîe(l). Et non-sëulement elle ne pourra périr; mais elle ne pourra même jamais s^obscurcir ou se confondre avec les' fausses traditions, parce que, comme eHe circule dans tant dte canaux, dans tant de veines, il est impossible qu'elle éprouve jamais aucuh changement; ou, si elle venait à g*altérer ou à se corrompre par quelqu'une de ces veines, bientôt toutes les autres restées saines empêcheraient par leur influence cette altération ou cette corruption d'avoir des suites funestes.
Joignez à cela Tinfaillibilité promise, comme nous -^ Pavons prouvé (2) , à TÉglise de Jésus-Christ, et cette^
(1) Voir, dans l'ouvrage latin de l'auteur intitulé : Prœlectiones theologicXj le traité De Ijocîs tfieologicis, pars ii, sect. ii; De Traditionêy cap. ii; De medîis généfalibus guihus transmis$a estprimiHva dogtnatica Traditfo; et cap. m, De mediis singularUmSy où ce que nous ne faisons que toucher ici se trouve développé en détail.
Voir aussi Mœhler, Symbolique, t. ii, § 38 (!'* édition), où cet auteur traite parfaitement le sujet de la tradition subjective, qui constitue le caractère particulier d'une nation, et rem*pèche de se confondre avec les autres. Il applique ce principe à l'Eglise catholique et aux sectes séparées d'elle; puis il ajoute : <« Ce sentiment commun, cette conscience de TEglise •* est la tradition dans le sens subjectif du mot. Qu'est-ce donc « que la tradition considérée sous ce point de vue! C'est le M sens chrétien existant dans l'Eglise, et transmis par l'Eglise. ••
(2) L'auteur a traité au long ce sujet dans la dissertation qui
assistance même qui, de Taveu des protestants, a été indispensable pour empocher F altération des saintes Écritures (1) /comme de tout le reste des vérités chrétiennes, qui de leur nature sont bien plus sujettes à être altérées que la tradition prise dans le sens que nous avons exposé. Eh quoi l Dieu aura pu veiller à la conservation et à l'intégrité de la Biblg, de manière à ce qu'elle ne subît aucun changement qui en altérât le fond, et il n'aura pas su ou pu veiller sur sa tradition, de manière à l'empêcher de se corrompre, et de tomber dans cet état de décomposition cadavéreuse que lui supposent aujourd'hui nos adversaires ? Le penser, ce serait pécher contre la foi, et c'est ce que reconnaît Palmer lui-même (2). Dieu aura
a pour titre ; Délia Denominazione die la Chiesa catholica dà aile communiani da lei divise di eretidie e di scisinatiche^ Bologne, 1861, Naples, 1851, part, i et n, avec Tappendice.
(1| Plusieurs protestants, comme Scrivenerus, Jewel, Thomdyke, Collier, Samuel Parkw, Bramwall, Dodwell, Waterland, Beveridge, Jarvis, Bull et d'autres, ont reconnu les traditions primitives, et s'en sont servis avec avantage ; et beaucoup d'entre eux avouent que l'assistance de Dieu n'a pas été moins nécessaire pour conserver rEcriture que pour conserver la tradition.
(2) Ouvr. et pass. cités, p. 20. Voici ses paroles : « Il ne semble pas contraire à la nature de la tradition que quelques vérités révélées se transmettent par son moyen à l'aide de la grâce divine. Car si nous insistons sur l'incertitude de la tradition en général ^ cela î)eiit avoir des conséquences très sérieuses, attendu que rauthcnticité et l'inté^ité des livres de
su maintenir dans son intégrité F Écriture, règle éloignée et partielle de notre foi, et il n'aura pas su ou pu y maintenir cette autre règle qui est la tradition ? II aura pu réussir dans le premier cas, et il ne l'aura pas pu dans le second ? Je le répète, ce serait pécher contre la foi que de le penser.
Joigne/ à toutes ces considérations la vitalité de l'Église tenue sans cesse en haleine par toutes les hérésies , contre lesquelles il lui a fallu soutenir de ^ rudes combats, des luttes terribles, et qui l'ont obligée à relire ses documents et à repasser ses titres qu'elles cherchaient à lui disputer. Joignez de plus l'enseignement journalier qu'elle distribue pacifiquement à ses enfants, et contre lequel n'a jamais manqué de s'élever chaque hérésie partielle, qui , si on le remarque bien, a toujours été une attaque contre quelque partie de cet enseignement.
De là vient que l'Église dans ses conciles n'a pas eu bien de la peine à démêler Terreur et à la condanmer :
l'Ecriture reposent à un assez haut degré sur le témoignage de la tradition primitive. Cest ce qui est affirmé par Hooker, Wbitaker, Lardner, Paley, etc., etc. [tous auteurs anglicans). Mais si la tradition peut absolument suffire pour transmettre un Credo de peu d'articles..., il ne s'ensuit nullement qu'elle serait suffisante pour transmettre une révélation aussi étendue que la révélation chrétienne. » De sorte que Dieu, avec Vaide de sa grâce y n'aurait pu conserver que quelques vérités relies, mais non toutes ces vérités. N'est-ce pas là raisonner à rebours t
— Sicile n'avait pour cela qu'à consulter son enseignement .du jour, sûre qu'il était le même que celui de la veille, transvasé pour ainsi dire dans l'âme de ses enfants. De là vient encore .que les hérétiques eux-mêmes servent malgré eux à constater clairement quelle était la croyance de l'Église, ou quelles cLaient les vérités qu'elle admettait à l'.^oque où ils se sont élevés pour jes .combattre ; et plus les sectes sont d'ancienne date , plus est précieux le témoignage qu'elles leui' rendent même en les niant. De là le parti que savent en tirer les catholiques dans leur polémique coptre les hérétiques , en confondant les nouveaux par les anciens, en se .servant de leurs epnemis mêmes pour combattre d'autres enneq^is. De là., enfin, l'argument invincible ,€;t irréfutable qu'opposent ,les catholiques aux protestants, à qui ils .prouvent ainsi l'identité de la doctrine actuelle de l'Église catholique avec celle des siècles passés. £n effet,, les protestants ne faisant autre chose par leurs symboliques positives et négatives que renouveler les erreurs des hérétiques qui les ont précédés, il s'ensuit que la doctrine de l'Église actuelle n'est pas autre que n'était celle de l'Église des temps précédents. On prouve ainsi que l'altération ou le changement de la foi et de la doctrine n'est pas du côté de l'Église, comme le veulent nos docteurs d'Oxford, mais tout simplement du côté du protestantisme, et par là môme de l'Église anglicane dont ils font partie.
N'avoDâ*nouâ pas après cela raison de reprocher aux protestants 'leur crasse ignorance par ^rapport à ridée qu ils se forment de la manière dont nous entendons la tradition ? Mais tout ne se borne pas là : leur ignorance se trahit encore en ce qu'ils confondent Tobjet de la tradition , savoir les vérités transmises» avec les moyens par lesquels ces vérités parviennent jusqu'à nous. Ce n'est que dans un sens large et figuré que Ton peut appeler iradiiion ces nK)yens, de même que ce n'est que dans un sens large qu'on appelle testament l'acte notarié où sont consignées les dei*iiières volontés de quelqu'un , puisque, à parler à la rigueur, le testament de cette personne, ce sont ses .dernières volontés mêmes. Ainsi, la tradition ne consiste ni dans les Pères, ni dans les oondles, ni dans les liturgies, ni dans d'autres.documents semblables; mais les Pères et le reste que nous venons de dire ine sont que les instruments, que les canaux, que les moyens enfin , par lesquels nous parvient ou nous est connue la tradition, c'est-à-dire les vérités de foiadmises et professées de tout temps par l'Église. A Taide de ces notions ainsi rectifiées, on voit plus dai- ,rement et on se convainc davantage que la tradition n'est autre chose au fond que l'enseignement de l'Église mênoe, ou les vérités.qu'elle eÉ^ieigne.
De là on doit inférer que, lorsque les Pères opposaient aux innovations des hérétiques l'enseignement actuel et la doctrine actuelle de l'Église, ils ne leur .
opposaient ni plus ni moins que la tradition , et par là ils rendaient un témoignage solennel à la tradition môme : observation qui s'applique également aux autres moyens de tradition que nous venons de rappeler. Mais nous avons nommé les Pères de préférence, pour faire voir avec quelle connaissance de cause les docteurs d'Oxford nous ont objecté quelques-uns de leurs témoignages détachés par-ci par-là contre la tradition de l'Église catholique : témoignages qui prouvent simplement que les Pères ont rejeté certains écrits apocryphes, ou certaines traditions secrètes vantées par les gnostiques ; ou que, pour tenir compte des dispositions de leurs adversaires, ils se contentaient quelquefois de leur opposer les Écritures sans avoir besoin de faire recours à d'autres preuves ; ou qu'ils avaient quelque autre fin particulière en vue; outre qu'il y a de ces passages des Pères que les docteurs d'Oxford nous objectent sans ombre de raison, ou par pure mauvaise foi (1).
Le véritable sentiment des Pères par rapport à la tradition doit se conclure de l'ensemble de leur doctrine , de la méthode qu'ils ont suivie pour combattre les novateurs de tous les temps , du système entier de leurs écrits et de leur conduite même, et non de quelques termes ambigus pris çà et là et détachés du
(1) Ces passages se trouvent discutés dans les Prxlecliones fheolog, de l'auteur, /oc, cit.
contexte à dessein, sans le détail des circonstances de Ueu, de temps et d'objet qui les expliquent. Les présenter ainsi, ce serait les mettre sous un point de vue étroit, mesquin, sophistique. Mais portons dans cette étude des Pères des vues plus larges, des vues grandes, générales , nous verrons précisément sur ce sujet quMls sont unanimes à exalter T autorité de TÉgiise, à opposer ses croyances, son enseignement public de leur temps, à toutes les assertions Ou négations des hérétiques contemporains, et que c'est par cette méthode qu'ils ont constamment triomphé des hérésies. Or, qu'est-ce que cela, sinon proclamer le principe de la tradition, et la règle de foi fondée sur elle(l)?
Les deux Pères de l'Église en effet qui ont les pre- -f* miers proclamé la tradition en termes formels, et l'ont opposée comme un principe ferme et inébranlable à tous les hérétiques. passés, présents et futurs, saint Irénée et Tertullien, qu'ont-ils fait valoir autre chose
(1) En effet, à l'époque où S. Irénée et Tertullien rappelaient avec tant de fermeté les hérétiques à la tradition de TÉglise, les écrits des Pères étaient bien peu nombreux. En les rappelant à la tradition, c'était donc comme s'ils les eussent rappelés à l'enseignement de l'Église. A plus forte raison devrions-nous dire la même chose au sujet de saint Ignace cité par Eusébe, I. in, c. XXXVI, et de saint Polycarpe [ad Philipp.y c. vn), qui en appellent tous les deux à la tradition en confirmation de leur doctrine. Ce point a été très bien traité par Neercassel, Bos- «l'ET, Behgier et Klappel.
- S8 contre les hérésies qu'ils avaient en vue, que la doctrine traditionnelle at le véritable enseignement de l'Église? Les cinq livres de saint Irénée^«/r^ ie$ hérésieB^ et celui àmPrescriplions de TertulUen contre les hérétiques, sont des monuments impérissables qui, de siècle en siècle, accableront les hérétiques de toutes sectes et leurs erreurs avec eux, et sans autres arni^que celles de la tradition contenue dans l'enseignement de l'Église. TertuUien donne pour défi aux hérétiques de son temps, et dans:leurs perscmnes .aux hérétiques futurs, l'enseignement des Églises apostoliques, c'est-à-dire des Églises fondées par les apôtres, et de celles.qui, quoique fondées depuis eux, étaient en communion avec les premières, et spécialement avec l'Église 4^ Rome (1). Mais saint Irénée, ^ont ce livre des Prescriptions de TertuUien n'est en
(1) TERTULUEN, dans son livre des Prescriptions, commence au chapitre xv à prouver sa première prescription contre les hérétiques, savoir, qu'ils ne sont pas recevables à nous opposer les Écritures. H continue à traiter le même sujet jusqu'au chapitre 26^, où il établit, pour seconde prescription, qu'on doit s'en tenir à la foi qui a été enseignée par Jésus-Christ à ses apôtres, et par eux aux Églises qu'ils ont fondées, et qui se maintient par le ihoyen de la ti-adition. Voici ses paroles : Dehinc in orbem profecti (apostoli) eamdem doctrinam ejusdetn fidei 7iationibus promtUgaverunt , et proindè Ecclesiasapud unaniqmnique cioitatem condiderunt , à quibus traducerii fidei et semina doctrinœ cxtersR exinde Ecclesix miUuatœ suni^ et quatidié mtUuarUitr ut EccUsix fiant. Dans les chapitres qui viennent après, il développe admirablemei^ cette doctrine.
-~ s» — ôon entier que la pensée originaire pleinement développée, exprinoe la menue idée encore plus clairement, en présentant l'JÈglise de Rome comme Torgane principal, et comme le centre conservateur de Tunité et de renseignement ecclésiastique et traditionnql; il fait voir Tindispensable nécessité pour itous les fidèlœ du monde de s'en .tenir à sa dootrine et à sa communion, sous peine de ne plus faire partie de T Église de Jésus-Christ (1). C'est vainement que -Grabe, Feli et tous les autres enneBVs de TÉglise romaine et de renseignement traditionnel , jusqu'à âhuttleworth, ont tenté d'éluder la force de ce témoignage par mille arguties et mille subtilités, et disonsle aussi, par des inteuprétations ridicules et forcées (2).
Tenons doncpour certain que l'enseignement journalier et toujours vivant de l'Église est une même chose avec la tradition prise dans son sens formel , pour les -vérités enseignées de vive voix par les apôtres , même avant qu'il y eût un seul livre écrit de tout le Nouveau Testament. Tenons pour certain que la tradition s'est propagée d'âge en âge avec l'Église elle-même. Tenons pour certain que la tradition ne dqit .pas être confondue avec les moyens ou
(1) Lib. ni, cont. hâtes., cm.
<2J Voir ^ASôUET, Dm. prsUm. m, De doatrkia tumcti Irenafi. Mais pous.en jMirlerons plus au lonp dan? la suite.
les instruments qui ont aidé à sa propagation et qui aident encore à la connaître pour les temps passés où était en vigueur cette tradition même. Tenons pour certain que détruire la tradition, ce serait détruire le vrai christianisme. Tenons pour certain enfin que les docteurs d'Oxford, ainsi que leurs adhérents, n'ont pas connu ni voulu connaître la tradition, qu'ils attaquaient et repoussaient.
Pour en venir maintenant à l'application, il est aisé de prouver que la règle de foi de l'Église catholique est celle qui s'appuie sur toute la parole révélée de Dieu, c'est-à-dire tant sur sa parole écrite que sur sa parole traditionnelle. En effet, si la véritable règle de foi doit comprendre toutes les vérités que Dieu nous a révélées et qu'il nous propose à croire , il est évident que si ces vérités ne se trouvent pas toutes renfermées dans la sainte Bible, elles doivent nécessairement se retrouver dans la tradition divine, c'està-dire faire partie de cet enseignement qui s'est transmis de bouche en bouche, et que nous appelons oral ou acromatique : enseignement qui dès son origine avait reçu toute sa perfection; enseignement antérieur aux livres saints, et qui suffit à lui seul pour former l'Église et la diriger pendant plusieurs années. Pour prouver que cela n'est pas, les protestants auraient besoin de démontrer que toutes les vérités déjà contenues dans ce saint dépôt, et dans l'enseignement oral commencé avec les apôtres et
continué depuis leur mort, ont été consignées par écrit. Or, c'est ce que, avec leur système et leur règle, les protestants ne démontreront jamais, et ne pourront jamais démontrer. Pour y parvenir, il leur faudrait avoir à produire quelque texte clair et décisif qui en fit la déclaration expresse, puisqu'ils veulent avoir pour unique règle la Bible seule et toute la Bible ; mais c'est bien vainement qu'ils chercheraient dans toute la Bible un pareil texte : donc les protestants ne démontrent pas et sont dans l'impuissance de démontrer que toutes les vérités révélées de Dieu soient renfermées dans l'Écriture, ou qu'on y trouve enregistrées toutes les vérités sans exception que les apôtres ont enseignées de vive voix à l'Église indépendamment des livres saints.
Je pourrais ajouter que, suppqpé même , quoiqu'il n'en soit rien, que les protest^ts pussent produire un texte senîblable, ils n'auraient pas pour cela gagné leur cause , puisqu'un nouveau texte leur deviendrait alors nécessaire pour les assurer que celui qu'ils produiraient ferait partie authentique de l'Écriture sainte, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Mais ^ les protestants ne peuvent alléguer aucun texte qui affirme ce qu'ils voudraient, les catholiques au contraire leur en opposent plus d'un où il est dit ouvertement que l'Écriture ne contient pas tout l'enseignement oral. C'est un passage fameux que celui -^ où l'apôtre recommande aux fidèles de Thessalonique
- ea -
dé tenir aux traditions qu'ils avaient reçues de lui, tant de vive voix que par écrit (4-). On a observé avec justesse sur ce passage que non-seulement Tapôtre distingue la tradition orale de la tradition écrite, mais que de plus il attribue à Tune et à l'autre la même autorité, la même valeur. C'est un texte connu que celui où le même apôtre recommartdalt à Timothée de garder le dépôt qu'il lui avait confié (2) ; et il est hors de doute que l'apôtre en' parlant ainsi ne faisait pas allusion à la Bible, qui n'était pas même achevée à cette époque, mais seulement h la doctrine qu'il lui avait enseignée, en* l'avertissant, immédiatement après les paroles que nous venons de citer, que quelques-uns s'étaient éloignés de lui, et entre autres Phigelle et Hermogènes; et immédiate^ ment avant, il lui avait recommandé de prendre pour modèle les saines instructions qu'il avait reçues dé lui' par la toi. Ce sont des passages connus que ceux des épîtres de saint Jean où cet apôtre déclarait ne vouloir pas confier au papier quelques-unes de ses instructions, qu'il se réservait de donner de vive vobc (3).
Qu'on ne dise pas qu'au moins se trouvent dans la Bible les vérités nécessaires ; car ce serait encore là
(2) n Thess. n, 14.
(1) n Tim. 1, 14.
(I) n JtHin, xn ; M Joan, xiii.
^ es -
une allégation que les protestants ne satti^ient justifier avec leur règle bornée à la seule ffible, puisque la BiNe n'en parle pas. Et puis, ce ne serait après tout qu'une misérable équivoque, puisque, si Ton entendait par ces vérités nécessaires à connaître et à croire celles-là seulement qui sont indispensables au' salut, et qu'on ne saurait ignorer sans se rendre cou^pable, on pourrait alors faire disparaître de la symbolique protestante bien des vérités qui efTectivement peuvent être ignorées sans préjudice du salut, et que pour cette raison on n'est pas obligé de croire explicitement. Que si par ces vérités nécessaires à' savoir et à croire on entend toutes celles qu'il a plu à Dieu de nous révéler et de nous proposer àcroire lorsqu'elles viennent à notre connaissance, il* n'y a pas un seul article dhns' toute la révélation qu'il ne soit nécessaire de croire ^ans ce dernier sens.
Si donc les vérités révélées ne sont pas toutes renfermées dans la Bible seule, mais se trouvent aussi dans la tradition ; si de plus toutes les vérités sont contenues dans la tradition, et qu'il n'y en ait qu'une partie qui soit contenue dans la Bible, il est évident que la véritable règle de foi est celle qui s'appuie en même temps sur l'Écriture et sur la tradition; et telle estj à l'exclusion de toutes les autres, la règle de l'Église catholique, fondée sur toute la parole de Dieu, écrite et traditionnelle. J'ai dit : la règle de
— «4 — l* Église catholique à l'exclusion de toutes les au-très , parce qu'il n'y a que cette Église qui puisse avoir une pareille règle, étant la seule qui n'ait pas souffert d'interruption dans sa durée, ni par conséquent dans son enseignement, par la chaîne continue qu'elle offre de ses pasteurs depuis les apôtres dans tout le cours des âges : avantage que ne saurait avoir toute autre communion séparée d'elle, puisqu'il n'en est aucune dont on ne puisse fixer le commencement et indiquer l'origine. Et voilà le motif de cette aversion vraiment native que toutes les sectes ont pour la tradition. Il n'y en pas une qui ne l'abhorre , parce que chacune d'elles sait et sent qu'elle en est privée, comme ces filets d'eau qui, coupés et séparés de la source, se changent en eau putride et boueuse , sans plus recevoir l'eau vive qui continue à couler dans son lit principal (1).
(1) Déjà saint Irénée reprochait aux gnostiques l'horreur qu'ils avaient de la tradition, ou de la doctrine propagée dans toutes les Églises apostoliques. Nous retrouvons le même sentiment anti-trailitionnel dans les ariens. Saint Basile écrivait d'eux, dans son livre De Spiritn Sancio, c. X : Id qnod impugnatur fides est, isque scopus est communis omnibus adversariis et sanx doctrlnx inimiciSy ui soMUatem fidei in Chrisiwn concutfant, apostolicam traditionem solo ^quandam abo- LENDO. Saint Augustin, Cont. Maximin.^ 1. ii, c. xxvii, fait parler ainsi l'ai'ien Maximin : Si quid de divinis protnlerîs quod commune est cum omnibvs necesse est ni audiamm, Hie verà rofes, qum extra Scnptiirnm sunt, millo casu à nobis
Après cela , les protestants n*excitent-ils pas la pitié, lorsqu'ils demandent de chacun de nos articles de croyance qu'on le leur montre clairement contenu dans la Bible, et qu'à .moins de l'y trouver écrit en toutes lettres, ils l'effacent du symbole comme si ce n'était qu'une invention humaine, tandis qu'au contraire ils devraient eux-mêmes prouver la Bible par la tradition? Plus on examine le protestantisme, plus on s'en démontre à soi-même la nullité, la témérité, l'exravagance , et tout l'amas des contradictions qu'il renferme. On acquiert alors la preuve que l'hérésie est un cadavre que la science qui en fait l'autopsie chercherait vainement à galvaniser; le scalpel n'y rencontre partout que lésion, que désorganisation, que principe de mort Tenez pour sûr que, s'il n'y avait un intérêt terrestre pour la soutenir au moins matériellement, et des passions pour r alimenter de nouveau, depuis longtemps il en serait disparu jusqu'à la trace. On acquiert l'expérience qu'autre chose est la science, et autre chose la foi.
suscipiuntur. Prxtereày cum ipse Dominas moneat noSy et dicat: Sine causa coltint me, docentes mandata et prsecepia hominum. N'est-ce pas là aussi le langage des protestants t Le même saint docteur rapporte de Pelage [De nature et gratiâ^ c. xxxix) qu'il disait : Credamus igitur quod legimus, et quod non legimiuSy nefas credamus adstruere. On peut voir d'autres passages semblables cités dans Mœbler [Symbolique, t. ii, p. 60).
puisqu'on ne peut nier qu'il n'y ait eaet qu'il n'y ait encore aujourd'hui dans les diverses communions protestantes des hommes distingués pour la doctrine sous tous les rapports, et qui pourtant n'ont pas découvert jusqu'ici ce qu'en toute autre matière ils apercevraient au premier coup d'œil , en s'étonnant même qu'il puisse venir à l'esprit d'hommes raisonnables un système si monstrueux et si incohérent. Tant il est vrai que, si la science peut s'acquérir par le travail de l'homme, la foi est un don tout gratuit que Dieu n'accorde qu'aux humbles, et aux humbles qui le demandent par la prière.
Au surplus, la règle de foi catholique ayant été pratiquée dans tous les siècles, c'est-^à-dire depuis les apôtres jusqu'à nous, ainsi que nous l'avons démontré invinciblement , il suit de là , conformément à ce que nous avons entrepris de prouver, que c'est la seule règle qui ait pour fondement et pour objet toute . la parole révélée de Dieu. La règle protestante ayant été au contraire constamment rejetée par toute Tantiqirtté ecclésiastique, comme souverainement favorable à l'hérésie, comme le manteau dont aiment à se couvrir tous les novateurs qui ont jamais existé pour détruire la vraie foi à l'aide d'un masque hypocrite, comme le bouclier dont s'est constamment armé l'orgueil pour combattre contre l'Église avec moins de danger, il suit de là pareillement qu'on ne peut en aucune manière la considérer comme venant de Dieu,
et qu'elle n'a plutôt jamais eu d'autre but que de démolir, s'il était possible, l'édifice construit par la divine sagesse, en abusant de la Bible, c'est-à-dir<e de l'œuvre même de Dieu, pour combattre l'œuvre de Dieu (!)•
(1) n est bon de rapporter ici des paroles de TertuUien qui viennent tout-à-fait à notre sujet : » Ergo non ad Scripturas •* provocandum est, nec in bis constituendum est certamen, in
- quibus aut nulla, aut incerta Victoria est, aut parùm certa. « Nam etsi non ità evaderet collatio Scripturarum, ut utramque « partem parem sisteret, ordo rerum desiderabat illud priùs •« proponi quod nunc disputandum est : quibus competat fides « ipsa; cujus sint Scriptui'œ; a quo, et per quos, et quandô, et « quibus sit tradita disciplina, quâ fiunt christiani. Ubi enim " apparuerit esse veritatem disciplinée et fidei chiistianœ, illic « erit Veritas Scripturarum, et expositionum, et omnium tradi-
- tionum christianarum. » De Prxscript.y c. xix. Il ne faut -^ donc pas en appeler aux £critiu:es, ni hasarder un combat où
la victoire sera toujours incertaine , ou du moins le paraîtra. Mais quand môme ce ne serait point là l'issue de toutes les disputes sur l'Écriture, Tordre des choses demanderait encore qu'on commençât par examiner à qui appartiennent les Écritures et la foi ; par qui, quand et à qura été domiée la doctrine qui fait les chrétiens. Car, là où nous verrons la vraie foi, là indubitablement se trouvent aussi les vraies Écrituies, les vraies interprétations, les vraies traditions chrétiennes. [BihlUh thèque choisie des Pères de l'Église j t. iv, p. 88^, par M. N.-S. GUILLON.)
ARTICLE ra.
La règle catholique, considérée au point de rue biblique f est la seule qui garantisse à la Bible son divin caractère, sa sainteté et sa dignité.
Notion de VinspiratUm de rÊcriture. — Le fait de l'inspiration des livres saints ne peut être certifié que par TÊglise catholique. — Diverses hypothèses imaginées par les protestants pour rendre raison de l'inspiration des livres saints. — Toutes ces hypothèses sont vaines. — Les protestants ne peuvent, d'après leur règle, alléguer aucun texte biblique pour prouver l'inspiration de l'Écriture. — Inconvénients où sont tombés Turretin et Michaëlis , en voulant prouver l'inspiration des livres du Nouveau Testament. — Les rationalistes ont fini, en suivant la règle protestante, par rejeter toute inspiration divine. — Parti désespéré qu'ils ont pris sur cet article. — On ne saurait prouver que par l'autorité de l'Église l'inspiration des livres saints. — Analyse du procédé mis en œuvre pour prouver cette inspiration. — Double témoignage rendu par l'Eglise aux livres saints : — témoignage nécessaire en tout temps. — C'est contre toute raison que les protestants nous acxsusent de commettre, en usant de ce procédé, une pétition de principe ou un cercle vicieux. — Combien les sentiments qu'éprouve le catholique pour les livres saints, en les recevant de l'Eglise, difièrent de ceux du protestant, qui les dégrade, les mutile, les détniit en vertu de sa règle de foi.
II n'est plus question ici du canon ni du nombre des livres qui le composent , puisque nous en avons suffisamment paiié dans notre première partie, mais uniquement du caractère divin de ces livres, de leur
— «9 — sainteté et de leur dignité. La divinité du caractère de ces livres, appelés la Bible dans leur ensemble, dépend de la divinité de leur inspiration. S'ils ne sont que le produit de Tesprit humain et de la sagesse de rhomme, il est évident qu'ils perdent la dignité comme la qualité de livres saints, ou de livres divins, et par conséquent, comme nous Tavons dit ailleurs, foute autorité divine, qu'ils retiennent au contraire et conservent pleinement si nous pouvons obtenir la certitude qu'ils soient divinement inspirés. Or, c'est de cette certitude absolue, de cette assurance exempte de doute sur un article si important , que j'affirme que l'Église catholique peut seule nous la donner, et qu'ainsi, par une conséquence nécessaire, il n'y a que l'Église qui garantisse à la Bible son divin caractère, sa sainteté et sa dignité. C'est ce que je vais démontrer par toute sorte d'arguments pris de la nature même de la chose* de la règle catholique, de la règle protestante au point de vue tant positif que négatif, et du fait comme du droit , après avoir mis en avant quelques notions relatives à l'inspiration ou au sujet même que nous avons à traiter.
Quoique les auteurs mêmes catholiques ne s'accordent pas pleinement entre eux sur la portée de ce mot inspiration^ que les uns étendent jusqu'à chaque parole de l'Écriture, tandis que les autres la restreignent aux choses mêmes et aux pensées, tous cependant conviennent d'un commun accord que telle doit
avoir été Taction surnaturelle de Dieu sur les écrivains sacrés, qu'on puisse et qu'dn doive dire que c'est Dieu qui est l'auteur de ces livres, suivant l'expression du concile de Ti'ente (1). PoUr donner une notion plus exacte de cette action surnaturelle qui fait qu'on peut à bon droit appeler ces livres divins, la plupart des théologiens enseignent de concert que Dieu assiste tellement les écrivains sacrés, que c'est lui qui leur donne la pensée d'écrire, qui les éclaire ensuite de A ses lumières pour les préserver de toute erreur, et
qui les dirige de manière à ce qu'ils écrivent tout ce qu'il a en vue, 6t rien de plus. Nous devons avertir, en outre^ de ne pas confondre la révélation avec l'in-
(1) Section iv. Voici les paroles de ce concile : Omnet libros tam f'eteris quam Novi Tesiametiti, cum utriusque unus Dttis sU auctor [sancta stjnodus], susdpit ac veneratur. Cette expression : Cum utriusque TestamefiH Uhràrum unvs sii Deui auctor^ avait été employée avan^ le concile de Trente, par Eugène IV, dans son décret adressé aux jacobites; et ce pape lui-même l'avait prise dans le pontifical romain, où le prélat ordonnateur ou consécrateur dit k l'ordinand : Credis etiam Novi et FeteriM Testamenti, legis et prophetarum et apostoiorum unum esse auctorem Deum ac Domlnum omrUpoterUem f Et celui qui doit être ordonné ou consacré répond : Credo. Cette profession est très ancienne , comme ayant pour objet de réprouver les erreurs des tnamonites et des manichéens, qui enseignaient que le Démiurge était l'auteur de la loi et l'inspirateur des prophètes, et rejetaient, en conséquence, tous les livres du Vieux Testament. Ce pontifical remonte jusqu'au Ve Siècle de l'Église. Et voilà comme tout se tient dans TÊglisë catholique.
spiration, Tune de ces deux choses pouvant avoir Iteu sans Tautre. Ainsi un auteur non inspiré peut rapporter une révélation , une divination ou une prophétie, par exemple, ou quelque nïystère au-dessus de la raison humaine. Dans ces cas, il y aurait révélation sans inspiration.
Après avoir ainsi déterminé la notion de l'inspiration divine dont nous avons à parler, nous allons prouver notre proposition d'abord par la nature de la chose en elle-même. Que Dieu ait exercé ou non une action surnaturelle sur les écrivains sacrés, qu'il leur ait inspiré ou non ce qu'ils ont fait entrer dans leurs écrits, c'est là une question de fait. Or, le fait ne peut se prouver que par le témoignage ou la déposition de ceux qui en ont connaissance. Qui donc nous attestera, ou pourra nous attester un fait d'une si haute importance, de manière.à ne nous en laisser aucun doute, et nous l'attester comme article de foi ? Qu'on imagine toutes les hypothèses possibles, et on verra qu'il n'y a que l'Église qui puisse fournir un témoignage de cette espèce.
Parcourons brièvement ces hypothèses l'une après l'autre, et nous allons nous en convaincre jusqu'à l'évidence. Ce ne sont pas les écrivains sacrés euxmêmes qui nous rendront ce témoignage, puisqu'il peut fort bien arriver qu'ils aient été sans le savoir sous l'influence de l'inspiration divine, comme cela ÊLtmt en ceux qui font le bien surnaturel sous l'in*^
fluence de la grâce : ils peuvent bien avoir été assurés que c'était Dieu qui leur parlait, comme l'ont été Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, les prophètes et d'autres encore ; mais ils n'ont pas été toujours certains, et peut-être même ne l'ont-ils été jamais, qu'ils écrivissent ces révélations mêmes, et moinç encore les instructions morales ou historiques que contiennent leurs livres, sous l'inspiration de Dieu, qui est une chose trop imperceptible à l'esprit humain, à moins que cela même ne leur ait été expressément révélé. Ce n'est pas non plus la nature des choses contenues dans ces livres qui nous prouvera qu'ils sont inspirés ; car s'ils contiennent, par exemple, des prophéties, ou des miracles, ou des mystères au-dessus de la raison humaine, toutes ces choses rendent, il est vrai, évidemment croyable la religion soutenue par de tels appuis; mais ne prouveront pas gncore, ainsi que nous l'avons observé plus haut , que le livre qui les rapporte ait été écrit sous l'inspiration divine. Mais si ce livre ne traite que d'instructions morales, ou de récits historiques que l'écrivain aurait absolument parlant pu savoir ou composer par sa propre sagacité ou son esprit naturel, on pourrait encore bien moins en arguer une action divine. Or, beaucoup de livres, soit du Vieux Testament, soit du Nouveau, ne présentent pas d'autre caractère.
Ce ne sera pas non plus le style qui pourra fournir un témoignage suffisant ; car, outre que c'est une
chose purement accessoire, ce style varie* presque d'un livre à l'autre, et sert même à distinguer les écrivains entre eux, et à marquer leurs différents degrés de culture, comme peut s'en assurer sans peine quiconque veut en faire Fessai. Je laisse de côté les difficultés intrinsèques que peuvent de plus présenter ces livres, soit par leurs antilogies apparentes, soit par leurs indications de dates, soit par la nature des sources où leurs auteurs ont puisé : difficultés dont nous avons parlé ailleurs, et qui ont fourni aux rationalistes une ample moisson d'arguments pour refuser cette inspiration même aux livres saints (i).
Ce ne sera pas l'Écriture elle-même qui nous attestera qu'elle est inspirée, soit parce que ce serait tourner dans un cercle, en supposant certaine l'inspiration de l'Écriture dans le moment où il s'agit de prouver son inspiration ; soit aussi parce que les passages qu'on a coutume d'alléguer pour prouver cette inspiration divine ne s'appliquent par eux-mêmes qu'à quelques-uns des livres qui composent la Bible. En effet, le passage où l'apôtre saint Paul affirme que
(1} Il n'y a, pour s*en convaiiicre, qu'à lire sur ce sujet les prolégomènes mis en tête de chaque livre par les deux RosENicuLLER, ceux de Kuinoel, les ouvrages de Bauer, de Lâhd- XER, et d'autres semblables ; mais, par-dessus tous les autres, Wegscheider a ramassé toutes les difficultés des rationalistes contre Finspiration divine des livres saints, dans ses JnstU, theol. chrUt.j § 42 et 43.
toute t Écriture divinement inspirée est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger et pour conduire à Injustice (1), est trop vague, et ne nous dit pas quelle est cette Écriture, ni quels sont les livres qui la contiennent ou quelles en sont les parties : il résulte même clairement du contexte que l'apôtre n'y parle que du Vieux Testament, en louant Timothée de ce qu'il s'y était instruit dès son enfance (2), dans un temps où peut-être pas un seul livre du Nouveau" Testament n'était composé. On doit raisonner de même de cet autre passage, tiré des épîtres de saint Pierre, qu'on a coutume d'alléguer, et où cet apôtre déclare que ce ri est point par la volonté des hom-mes, mais par te mouvement du Saint-Esprit^ que les saints hommes de Dieu ont parlé (â) , puisqu'il n'y parle que des livres, ou même- que des saints personnages de l'Ancien Testament, et qu'il ne fait men* tion que de leurs prophéties, sans expliquer dans quels livres et dans combien de livres elles peuvent être contenues. Et pourtant ce sont là les seuls textes péremptoires qu'on puisse alléguer pour prouver inspiration des livres sacrés, tous les autres étant beaucoup plus vagues et encore moins concluants, comme par exemple cette manière de parler : afin que /'£«-
(1) n Tim. m, 16.
(2) II Ibid. V, 16.
[3]UPetr.h2l.
— 7» — criiure soii accomplie, et d'autres eemblables. Je ne parle pas des différentes interprétations de ces deux passages données en grand nombre par les protestants eux-mêmes ou par les rationalistes, et d'où il faudrait conclure qu'il y est question de toute autre chose que , d'inspiration proprement dite (i)« Gomment donc prouver par les textes bibliques l'inspiration des livres du Nouveau Testament, lorsqu'on ne saurait trouver ces textes mêmes?
Peut-êU-e qu'on aura recours avecTurretin etMichaëlis, comme à la dernière planche pour se sc^uver du naufrage, aux promesses que le Sauveur fit aux apôtres de les assister et de les rendre les organes de l'Esprit-Saint, ainsi que nous l'avons vu dans la première partie de cet ouvrage. Mais, outre qu'il serait très difficile et peu sûr de fonder une conclusion de ce genre sur ces promesses , à cause des exceptions presque sans nombre auxquelles elles sont sujettes et qu'on pourrait y trouver, il s'ensuivrait de toute nécessité l'un ou l'autre de ces deux graves inconvénients, savoir : ou d'éliminer du nombre des livres saints deux Évangiles qui n'ont pas des apôtres pour auteurs, mais seulement deux de leurs disciples, et de même les Actes des apôtres, et aussi, s'il faut en
(1| Nous avons dérjà rapporté, dans notre première partie, les explications données de ces textes par divers protestants anciens et modernes.
croire Michaêlis lui-même, l'épître aux Hébreux, celle de saint Jacques et quelques autres (1) i ce qui serait contredire directement le sentiment général de tous les chrétiens, y compris les protestants de toutes sectes, qui tiennent unanimement pour canoniques et par là même pour divinement inspirés tous les livres que nous venons de dire ; ou, si les promesses de Jésus-Christ ne doivent pas se restreindre aux seuls apôtres chargés, soit d'enseigner, soit d'écrire, mais s'étendre aussi à leurs disciples immédiats , on s'en va heurter de front contre l'autre inconvénient, qui serait d'admettre comme livres inspirés une foule d'écrits que l'antiquité ecclésiastique a exclus de ce nombre aussi
(1) lîUrod.f 1. 1, p. 129-145; m, 281 -SSô. Voir, sur cette opinion de Michaëlis, VEssai d'une introd. au Nauv, Testament^ parCellérier, Genève, 1823, p. 380 et suiv., où l'auteur réfute avec Hug une telle opinion. Cette réfutation, toutefois, ne me paraît pas solide, comme ne s'appuyaiit en grande partie que sur de faibles conjectures , telles en particulier que celle-ci : qu'il est probable que les apôtres ont communiqué à ces deux disciples, saint Marc et saint Luc, les dons surnatiu'els dont ceux-ci avaient besoin. Mais il ne s'agit pas ici de probabilUéy il s'agit de certitude ; et il ne s'agit pas non plus de simples dons surnaturels, mais d'inspiration d'écrivain sacré, ce qui demande l'action immédiate de Dieu même. Si les apôtres avaient pu communiquer à leurs disciples le don de l'inspiration, comment prouvera-t-on qu'ils ne l'eussent pas également communiqué à d'autres qu'à saint Luc et à saint Marc, à saint Barnabe, par exemple , à Hermas, et à d'autres hommes de ce mérite. Je passe sous silence les auti-es coi^jectui^es, qui n'ont pas plus de force que celle-là.
bien que l'Église des temps modernes. Tels sont la lettre du pape saint Clément, le Pasteur d'Hermas, et peut-être encore la lettre de saint Barnabe, pour ne rien dire des autres.
Les protestants ne sauraient non plus s'assurer le moins du monde de l'inspiration des livres saints par certaine propriété inhérente à ces livres, ou certaine qualité intime qu'ils appellent goût. Hypothèse absurde , déjà réfutée dans la première partie de cet ouvrage, et qui n'ofifre rien que de relatif, de subjectif et de tout-à-fait incertain. Hypothèse ou abandonnée, ou jetée aux antiquailles par la généralité des protestants, si l'on fait exception de quelques piétistes fanatiques (1). Hypothèse qui justifierait le
(1) Turretin, ouvr. cité, q. vi, § 2, a aussi reœurs à ce prétendu goût, à défaut de mieux, pour prouver la divinité de l'Écriture. Ut objecta sensfium facultntibvs benè dispositis applUatay écrit-il, dijudicantur statim et cognoscuntuTy absque ullo alio argumento extemo , propter arcanam proportionem ei prapensionem facultatis ad objectum ; lux proprio splendore, cibusproprià dulcediney odarproprià fragraniiày etiàm, nermne testaïUe^ statïm à nobis cognoscUur certissimé; ità Seriptura, qum nobis respectu navi hominis et sensuum spiriiualium,.., per se îpsamà nom hominis sensibus statim aique iiiis obficîtur, facile intemoscitur, et propriâlucey suavitate et sj^ix cognoscendam se prxbet, nihil ut opus sit argumentum aliundè guxrerey qu» hoc esse lucettij vel cibum^ vel bonum odorem doceant. Après cda, disons que Luther avait les sens obtus par rapport aux livres deutero-canoniques du Nouveau Testament, puisqu'il ne les reconnaissait pas pour divins, et que
— T8 — goût qu'ont ou croient éprouver les musulmans pour le Coran, et les infidèles de F Inde et du Japon pour leurs livres sacrés.
Ce ne sera pas non plus la critique monumentale, ou qui s'appuie sur les monuments de l'antiquité , qui nous attestera l'inspiration des livres saints» et cela pour plus d'une raison. La première, c'est que ces monuments sont disparates et sans accord entre eux, attendu qu'il y en a de sectes très anciennes, qui jamais ne se sont accordées ni entre elles ni avec l'Église catholique pour reconnaître l'inspiration de plusieurs livres exclus par elles de la liste des livres sacrés (1). Or, si vous faites abstraction de l^utorité de r.Église
Turretin à son tour avait de même ses sens en défaut par rapport aux livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament. Dans quelles inepties on s'expose à tomber, quand on ebt sorti de la bonne voie I
(1) C'est un fait notoire que les anciens hérétiques ne s'accordèrent jamais sur les livres à tenir pour inspirés. Les gnostiques n'admirent jamais comme tels les livres de l'Ancien Testament ; et par rapport au Nouveau, ils rejetaient tantôt un Évangile, tantôt l'autre, tantôt quelques épîtres, tantôt toutes les épîtres de saint Paul, et ainsi du reste. Il y eut des Pères à admettre comme divins certains écrits que pci*sonne ne regarde aui.ourd'hui comme tels. Telle était l'opinion qu'avaient, entre autres, saint Irénée, Tertullien, Clément d'Alexandrie, de la lettre de saint Barnabe, du Pasteur d'Hermas, et de quelques autres livres. Nous avons foiu*ni (c'est l'auteur qui parle) les preuves de ces faits dans nos Prxlectiones theolog.^ au traité De locig theolog,, pai-t. u, c. i, aussi bien que dans la première partie de cet ouvrage, où nou3 avons déjà touché ce ppint.
-" 79 — catholique, qui les condamna, le témoignage de ces sectes a la môme valeur que celui de tout autre » soit écrivain, soit Église particulière. L'hérésie n'est -fqu'une opposition du jugement privé à l'autorité légitime; et par conséqurat, si vous supprimez l'autorité, l'hérésie n'est plus possible, et il ne reste plus que diversité d'opinions. Or , tel est le système du protestantisme. Il suit de là que les protestants doi*vent tenir également compte, et des documents qui nous viennent des anciens Pères, et de ceux qui nous restent des anciens hérétiques : mais ces documents s'annuUent les uns les autres ; on ne peut donc en tirer aucune conséquence. Une autre raison, c'est que les Pères pas plus que les Églises particulières ne s'accordent sur le nombre des livres sacrés, aussi bien de r incien que du Nouveau Testament. Nous en trou* vons la preuve, non-seulement dans la difttinction établie entre des livres proto-canoniques et d'autres deutero-canoniques pour l'Ancien comme pour le Nouveau Testament , mais dans les canons particuliers, qui pèchent tantôt par excès et tantôt par défaut ; enfin, dans l'usage que font les Pères les plus anciens de tels ou tels livres, qu'ils citent comme Écritures divines et par conséquent inspirées, et qui sont aujourd'hui généralement rejetés ou comme apocryphes, ou comme non canoniques (1).
(1) De 131 canons reciueUlis par Mgr Malou^ parmi les ou-
Cette même vérité se trouve confirmée par l'observation de ce qui se passe parmi ceux des protestants qui s'exercent à la critique scientifique, et qui ne s'accordent nullement entre eux par rapport aux livres inspirés; en même temps que les rationalistes modernes sont venus à leur tour exclure même toute inspiration de tous ces livres sans exception, prétendant que c'est là une notion qui nous vient des peuples barbares à leur état d'enfance et de grossièreté native (1). Au reste, la Bible n'est pour eux que le produit de la raison humaine élevée à un haut degré de puissance dans des hommes doués d'un génie extraordinaire, et suscités de temps à autre par la divine Providence pour faire progresser le principe moral, politique et religieux. Car, disent-ils, Dieu est après tout le principe de tout le bien qui est dans l'homme, ou qui vient de l'homme. C'est de cette manière, et non d'une autre, que doit s'entendre l'inspiration divine des livres sacrés (2). Lesprophé-
vrages des Pères, les actes des conciles et les monuments des Églises particulières, si vous en exceptez environ 57, qui répètent le canon de l'Église romaine , il n'y en a peut-être pas un qui ne pèche par excès ou par défaut, ou qui s'accorde pleinement avec un autre. Il suffira, pour s'en assurer, de jeter les yeux sur la table synoptique de l'illustre auteur, dans son ouvi-age cité. Lecture de la sainte Bible,, t. ii, p. 120 et suiv.
jl) Ainsi parle Wegscheider, ouvr. cité, § 41.
(2) Sur ce point s accordent : Baumgabten, dans sa Dognmtique^ t. nr, p. 36-37; Tœllner, dans son ouvr. intit. la
lies ne sont autre chose que Tœuvre des poètes sacrés qui, cédant à l'enthousiasme lyrique, ont publié leurs chants à peu près comme les Bardes, ou comme le chantre de Y Iliade où de Y Odyssée, qui, pour cette raison, sont à juste titre appelés divins (1). Voilà l'idée que sont venus à se former de l'inspiration , par l'usage qu'ils ont fait de leur criticisme biblique , les nouveaux rationalistes sortis du protestantisme.
Ainsi les protestants ont passé d'une hypothèse à une autre, et de l'incertitude à la négation absolue de l'inspiration divine de la Bible , ou du caractère divin des livres sacrés. Frappés de cette impuissance où ils se trouvent en vertu de leur système d'établir un point d'un si haut intérêt, d'où tout le reste dépend, quelques-uns, comme Ghillingworth, ont nié qu'on dût
Mainte inspiration des Écritures; Beihahasd, Leçons sur la dogmatique; DŒDERLEm, Instit, theol. christ. y t. i, p. 9; AuGUsn, Dogmatique, p. 104; Tauteur de Touvrage Nouveaux aphorîsmes au tombeau de la théologie^ Genève, 1801, etc.
(1) Voir Frid. Fritsche, De revelationis notione biblicâ^ Leipsick, 1828. Ce but est celui que se propose Babrdt dans ses divers écrits : Confession de la foi, Hall, 1779 ; La petite Bible, Berlin, 1780, 2 vol.; Système de la religion morale; Lettres sur la Bible en style populaire, publiées d'abord à Hall, et puis à Berlin, de 1784 à 1793, sous ce nouveau titre : Exécution du plan et du but de J.-C. Dans cet ouvrage, Timpie écrivain est allé jusqu'à vouloir prouver que Jésus n'était que l'agent d'une société secrète politique, qu'il n'avait pu échapper au crucifiement 1... Voir Amand Saintes, Hist, crit, du rationalisme^ p. 89.
tenir pour article de foi l'inspiration des livres saints, prétendant qu'on peut bien se sauver sans croire que la Bible contienne la parole de Dieu (l) ; d'autres ont dit qu'il fallait l'admettre comme un postulatum et un préambule de la foi (2) ; d'autres enfin ont imaginé qu'il fallait abandonner toute recherche à cet égard, par la raison que ces livres sont ce qu'ils sont (3). Or, n'est-ce pas là le cri du désespoir? Eh bien, ce sont ces mêmes hommes qui proclament si haut la Bible conune l'unique règle de foi; ce sont ces hommes qui prétendent que chaque fidèle doit régler sur la Bible ses articles de foi ; ce sont ces mêmes hommes qui distribuent la Bible aux fidèles et aux infidèles, sans pouvoir s'assurer pour euxmêmes si ce qu'ils distribuent est la parole de Dieu ou la parole de l'homme. C'est ainsi que Dieu punit l'orgueil de l'homme qui veut se faire son guide à soi-même (4). Voilà l'idole devant laquelle les sages
(1) Grégoire, Hist. des sectes, t. iv, p. 434. Hooker aussi on convient au moins implicitement, en confessant que la Bible ne peut se rendre témoignage à elle-môme. Ecoles, polit.y 1. 3, sect. 8.
(2) Ibidem.
(3) Nous avons donné les preuves de tout cela dans notre première partie, lorsque nous avons examiné la règle de foi protestante au point de vue biblique , et si nous y revenons ici, c'est parce que le sujet que nous avons à traiter le demande.
(4) Pour confirmer tout ce que nous avons dit jusqu'ici de
du monde, les faux politiques, voudraient offrir leur encens, et plier révérencieusement leurs genoux. Après avoir parcouru rapidement les diverses hy-
rincertitude où se trouvent les protestants par rapport à l'inspiration des livres saints, et par conséquent du peu de cas qu'ils en font, de rirrévérence avec laquelle ils en parlent, nous allons rapporter quelques traits des protestants modernes. Pour ne rien dire de Schéreh, qui a nié Tinspiration de la Bible entière, ni de Chenevière qui la restreint aux seules choses essentiellesj Cellérier, dans son Manuel herméneutique, p. 335, attribue au Sauveur le principe ou le système d'accommodation par ces paroles : « J'ai la conviction qu'on trouvera dans les enseignements de Jésus-Cbrist des concessions faites pour un tjemps aux erreurs vulgaires ; « et il en donne pour preuve les possédés du démon, qui n'étalent affectés que de maladies nerveutes, en sorte que Jésus-Cbrist feignait seulement de commander aux démons de quitter les possédés.
Néander, dans son Histoire du siècle apostolique, t. u, p. 25, soutient que la seconde lettre de saint Pierre est apocryphe, et par conséquent non inspirée, et pour les livres mêmes qu'il retient, il en supprime plusieurs parties. Voici ce qu'il dit en parlant de l'Évangile de saint Mathieu, t. i, p. 52 : - Nous ne garantissons pas la vérité du récit de saint Mathieu sur la manière dont les mages furent instruits du Ueu où était né Jésus. " Et t. ii, p. 13 : « Mathieu nous dit que Jésus- Christ guérit les aveugles et les estropiés qui vinrent à lui dans le temple; mais cette allégation nous paraît peu conforme à l'histoire, et insuffisante pour établir la vérité du fait.» Et à la page 197, il dit encore : « Le second miracle de la multiplication des pains n'est pas historique. Il nous paraît invraisemblable qu'un tel miracle ait été opéré deux fois. » A la page 398 : « Selon saint Mathieu, Judas demanda à Jésus : Serait^e moi? Mais peut-être ne faut-il voir dans ce passage qu'une amplification ajoutée par le narrateur. » Néander ne
pothèses imaginées pour s'assurer de Tinspiration des livres saints, et en avoir montré la nullité, en même temps que le résultat où elles conduiraient leurs
traite pas autrement l'Evangile de saint Luc. « Il est évident, écrit-il page 130, que Luc a ajouté à certains endroits. Ainsi les malédictions qui viennent à la suite des béatitudes ne sont qu'un ornement ajouté par l'historien. » Page 369 : « En reproduisant les discours de Jésus-Christ sans les avoir bien compris, les écrivains sacrés ont confondu ce que Jésus-Christ avait distingué. »» Page 449 : « Il serait étrange que Jésus- Christ eût annoncé sa résurrection d'une manière aussi précise et aussi claire, et que les apôtres ne l'eussent pas comprise. Les paroles des écrivains sacrés sur cet objet sont l'effet dun commentaire ajouté involontairement après l'événement. » Le mémo auteur ne se montre pas plus respectueux pour l'Evangile de saint Jean. « Jean, dit-il, a pu expliquer par l'amour du gain la conduite de Judas ; mais il a pu se tromper. « Page 40 : « Nous pouvons ôti*e obligés de nous éloigner en certains cas de l'opinion du disciple bien-aimé, et donner un autre sens aux paroles de Jésus. » Page 464 : «« Le dernier chapitre ajoute à l'Évangile de Jean après sa mort a tous les ciiiactèrcs de la vraisemblance : ce qui ne veut pas dire qu'il reproduise exactement les paroles de Jésus, celles en particulier sur lesquelles s'appuie le récit fabuleux de la fin. »
Madame de Gasparin, dans son ouvrage Ac mariage au point de vue chrétien ^ Paris, 1834, ouvrage coiux)nné par l'Académie, t. I, p. 50-51, donne un démenti à saint Paul, pour avoir préféré, I Cor. vn, le célibat à l'état conjugal, au lieu que cette femme préfère le mariage chrétieiiy qui est le plus favorable au développement intima et à la manifestation de la vie féminine.
Le professeur Reuss, dans Y Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, t. ii, p. 149, accuse aussi l'apôtre d'une autre bévue au sujet do la prédestination. Voici ce qu'il
partisans, il ne nous reste donc que le témoignage de r Église pour pouvoir obtenir cette certitude. Et comme ce sujet touche à une question vitale, nous croyons bien faire d'exposer analytiquement ici toute la suite de nos preuves.
Notre point de départ, c'est l'établissement de T T f l'Église d'abord promis par notre divin Sauveur, puis inauguré solennellement par la descente visible de V Esprit-Saint sur les apôtres réunis dans le cénacle. A peine l'Église est-elle établie de cette manière, qu'elle ouvre sa carrière par la prédication, par l'administration des sacrements, par l'exercice du culte, pour ne l'achever qu'à la fin des siècles. Comme un courant électrique qui se communique à tout un cercle de personnes assemblées, elle s'étend avec la rapidilé de la foudre parmi les peuples voisins et juscju'aux nations les plus lointaines. On la voit dès ses commencements se partager en deux classes, l'une chargée d'enseigner, l'autre astreinte à recevoir l'enseignement de la première. Or, en tant qu'enseignante,
dit : « L'apôtre, pour toute réponse, ne sait que réduire rhomme à la dignité de la matière brute, afin de justifier la logique. Comme tout autre homme, en abordant un pareil sujet, il heurte un écueil, contre lequel il doit se briser, et auquel il aurait mieux fait de ne pas toucher. >
Je néglige d'autres exemples dont surabonde le protestantisme, cette religion de la Bible, par rapport au peu de cas qu'il en fait. Voir les AnnoUes catholiques de Genève^ 3« livi-aison, 1863, p. 253 et suiv.
cette Église a dû obtenir avant tout de ceux qu'elle voulait attirer à elle du judaïsme ou de la gentilité, pour les recevoir dans son sein, la foi à sa mission divine, c'est-à-dire à la mission que Dieu lui avait k *x» » confiée de convertir le monde : ce qu'elle fit par les miracles , par les prophéties et par toute autre sorte de faits surnaturels, appelés motifs de- crédibilité. Sans les preuves manifestes de cette mission divine, on n'aurait pas pu ajouter foi à sa prédication, quelque auguste qu'en fût la source , et admettre avec certitude les articles de croyance qui en faisaient Tobjet. .
Que si la foi à la divinité de la mission des apôtres ou de l'Église enseignante était, comme cela est évident, le premier pas à faire, la première condition sans laquelle il eût été inutile d'entrer dans le détail des vérités enseignées; d'un autre côté, cette condition remplie, cette foi établie de manière à écarter tout doute , tout le reste suivait et découlait de luimême. Car du moment où il était prouvé, et prouvé évidemment , que celui qui se présentait aux peuples pour leur enseigner une nouvelle doctrine avait reçu à cet eflfet sa mission de Dieu , il s'ensuivait que ces peuples devaient avoir une confiance sans bornes dans ce divin envoyé, et admettre avec une foi entière tout ce qu'il leur annonçait sous une telle recommandation. Or, cette confiance, cette foi pleine et entière, n'est possible qu'autant qu'on se tient assuré que cet
envoyé divin , dans ce qu'il propose à croire de la part de Dieu et comme révélé de Dieu pour arriver au salut , ne peut ni se tromper lui-même ni tromper les autres, en donnant une fausseté pour une vérité révélée de Dieu. Et c'est ainsi que le don ou le privilège d'infaillibilité en matière de foi est inhérent, intrinsèque et identique, pour ainsi dire, à la divine mission donnée solennellement par Dieu à son Église.
Forte de cette mission divine et de la prérogative dMnfaillibilité dans son enseignement qui en était la conséquence, l'Église, après s'être autorisée auprès des peuples juifs ou gentils , à qui elle avait à annoncer l'Évangile, par les moyens de conviction qu'elle leur mettait sous les yeux , leur proposait méthodiquement la croyance de tout ce qu'elle avait appris de son divin fondateur ; et les peuples, aidés de la grâce divine, fortifiés intérieurement par sa lumière céleste, formaient sans peine leur acte de foi surnaturelle en croyant toutes les vérités et chacune des vérités qui leur étaient prêchées.
Or tout cela était fait et accompli bien des années avant qu'aucun des livres du Nouveau Testament eût été composé ; et par conséquent, l'existence de l'Église et ses divines prérogatives, aussi bien que toutes les a utres vérités qui constituent le sacré dépôt de la foi , s ont toutA-fait indépendantes de l'Écriture (1). Quel-
j 1 1 Bien qu'il puisse paraître superflu de prouver cette vérité,
^ 88 — qu'un voudra-t-il croire qu'à mesure que les livres saints s'écrivaient sous l'influence d'une impulsion divine, l'Église dût perdre quelque chose de ses prérogatives auxquelles ces livres mêmes rendaient témoignage, ou du droit de proclamer les vérités qu'on pourrait y lire désormais, et que jusque-là elle avait enseignées de vive voix et conservées vivantes par la tradition orale? Personne, que je pense, ne sera assez insensé pour le soupçonner seulement. Mais, et les prérogatives de l'Église, et les vérités qu'elle enseignait, demeurèrent ce qu'elles étaient, avec cette seule différence, qu'outre qu'elles continuèrent à se conserver vivantes dans la tradition , elles trouvèrent un moyen de conservation de plus dans l'existence monumentale de ces livres divins.
Bien loin que l'apparition de ces livres dût faire cesser l'autorité dont l'Église jouissait jusque-là pour
et de la confirmer par des aveux explicites d'auteurs protestants, nous allons en reproduire un des plus récents, qui est celui de Lessing, ce célèbre écrivain. Voici ce que nous lisons do lui dans ses OEuvres posthumes de théologie : « Non solùm Jesu •< Cliristi historia cognita erat priusquàm vulgaretur in Evan- « geliis, sed universa christiana religio jam tenebatur et exerce- « batur cùm nuUum adhùc Evangelium scriptum fuerit. Reci- « tabatur Pater (oratio dominica), quinlegi posset in Evangelio u S. Matthœi. Adhibebantur in collationc baptismi verba à « Christo Jesu prsescripta antequàm ea litteris apostoli consi- « gnassent. » On peut voir d'autres aveux d'auteurs protestants dans Celléuier, Essaie etc., p. 260.
rinstruction des peuples, cette autorité devenait plus nécessaire que jamais pour donner une sanction à ces livres mêmes à mesure qu'ils venaient à paraître. Car, encore bien que ces livres fussent divins en euxmêmes et continssent les enseignements divins, ceux à qui ils tombaient entre les mains n'en avaient pas par cela seul la certitude. Il fallait donc que l'Église, qui, comme je viens de le dire, était regardée comme infaillible dans ses enseignements par tous les fidèles, les assurât par son témoignage que ces livres contenaient les vérités mêmes qu'elle leur prêchait, qu'ils avaient réellement pour auteurs ceux dont ils portaient les noms, enfin que c'était Dieu qui les avait dictés, c'est-à-dire que leurs auteurs avaient été divinement inspirés. Un témoignage de cette force ne pouvait être donné que par l'Église, qui était éclairée de r Esprit-Saint , et que Jésus-Christ avait établie pour servir à tous les peuples de maîtresse comme de guide dans la voie de la vérité.
Ce témoignage de l'Église était en outre d'autant plus nécessaire, qu'à cette époque, comme nousl'avons observé ailleurs, il courait parmi les fidèles plusieurs écrits qui n'étaient rien moins qu'exacts, et auxquels saint Luc fait allusion dans l'avant-propos de son Évangile : « Plusieurs, dit cet évangéliste, ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses qui ont été accomplies parmi nous, suivant le rapport que nous en ont fait ceux qui, dès le commencement, les ont vues de leurs
propres yeux , et qui ont été les ministres de la parole, j'ai cru, très excellent Théophile, qu'après avoir été exactement informé de toutes ces choses depuis leur commencement , je devais aussi vous en représenter par écrit toute la suite , afin que vous reconnussiez la vérité de ce qui vous a été annoncé » (1). Il est bien clair que Tévangéliste, par ce mot plusieurSy n'a pas pu faire allusion aux deux Évangiles composés par saint Mathieu et par saint Marc, mais uniquement à ces récits ou à ces sortes de mémoires, partie vrais et partie altérés, que quelques-uns avaient cru bien faire de rédiger pour conser\'er le souvenir de ce qu'ils avaient, ou vu eux-mêmes, ou entendu raconter aux autres des actions de Jésus-Christ. C'est de là que tiraient leur origine les Évangiles si anciens des Égyptiens ou des Hébreux^ et d'autres semblables (2) que saint Luc condamne tacitement comme
(1) Luc 1, 1-4.
(2) Pour ce qui regarde V Évangile des Égyptiens, il est bon de remai'quer que c'est un livre très ancien et qui tire son nom de ce que les Ég}'ptien8 en faisaient usage. On ne sait quel en ftrt Pauteur. Quelques-uns pensent qu'il avait été écrit avant que saint Marc vînt à Alexandiûe. U est c«i*tain que saint Clément de Rome, qui est mort vers la fin du i«' siècle, s'est servi de quelques expressions ou sentences extraites de cet Évangile. Cest ce qui nous est attesté par saint Epiphane {H«r. 62, § 2) : » Mitlta in eis ex personà Salvatoris clàm algue occxdtè velut mysteria. » De là vient que saint Jérôme [Proxm. comment, in. Matth.] range ces mystères parmi les choses gux à diversis auctoribys édita dirersanan hœreslum fuére principia. En
inexacts et peu conformes à la vérité. Même, si Ton veut en croire les protestants, c'est de ces mémoires qu'ont été tirés les trois Évangiles synoptiques : assertion , il est vrai , absolument contraire à la vérité ,, mais qui, fût-elle fondée, ne ferait que justifier ce que nous affirmons ici. Outre cela, il parut dans ces mêmes . temps plusieurs ouvrages apocryphes sous les noms supposés de quelques apôtres (1). Ajoutez que des mains téméraires commencèrent aussi vers ces tempslà à faire des additions ou des retranchements, des altérations, en un mot, ou des changements de plu-
effet, k» premiers hérétiques furent aussi les premiers à en abuser, et à le mettre au rang des livres saints, comme l'atteste Origkst?, Hom. I in Luc, Quant à l'Évangile selon les Hébreux, dit aussi ï Évangile des ^azaréensy on sait que les savants s'accordent à le croire le même que celui de saint Mathieu en langue syro-chaldaïque, mais interpolé par les Nazaréens et par les Ebionites. Saint Jérôme fait voir dans plusieurs de ses écrits qu'il incline vers ce sentiment.
(1) Nous avons déjà parlé de ces pseudonymes dans notre première partie. On peut consulter là-dessus les auteurs qui en ont fait la collection, et dont Jean-Charles Thilo nous offre une riche notice dans les doctes prolégomènes mis en tête de son Codex apocryphus Novi Test,, Leipsick, 1832, p. i-xv, en commençant par Mich. Néander, et en finissant par Klewker, mort depuis peu, et par Bircb. On peut voir aussi les doctes prolégomènes de l'ouvrage' de Tischendorf intitulé : Acta apostolorum apocrypha ex triginta antiqui^ codicibus grsecis vel nwic primùm émit, vel secundum aiqve emendatius edidit Coustaniinus Tischendorfy Leipsick, 1851, 1 vol. in-8.
sieurs sortes, aux véritables écrits des apôtres (1). On sait enfin que tout le Nouveau Testament n'a pas été composé par les apôtres eux-mêmes , mais que plusieurs de ses parties sont Touvrage de leurs disciples. Tout cela fait voir combien le témoignage de l'Église létait indispensable pour assurer les fidèles des livres qu'ils avaient à considérer ou non comme divins ou vraiment inspirés. D'autant plus que la plupart de ces écrits étaient adressés ou à des Églises particulières, ou même à des individus; ce qui contribua à faire douter pendant un certain temps de leur inspiration comme de leur authenticité, dans diverses Églises particulières, tant de l'Orient que de l'Occident : telle est l'origine de la distinction établie par rapport à ces livres appelés deutero-canoniques, parce que ce ne fut que plus tard que toutes les Églises les reconnurent comme divinement inspirés.
Et c'est ainsi que l'Église a dû imprimer son sceau, pour ainsi parler, aux livres qui composent la Bible, en attestant leur origine et par là même leur autorité. Or ce témoignage auguste et infaillible n'a pas été nécessaire que pour ces temps primitifs; mais il l'est également pour toute la suite des âges, et à l'égard des fidèles comme des infidèles. Il l'est à l'égard des
(1) Cc8t l'accusation que font constamment peser sui* les anciens hérétiques saint Iicnée, Tertullicn, Clément d'Alexandrie, Origène, comme on peut le voir dans Germon.
fidèles, parce que, comme je l'ai déjà fait entendre, il n'a jamais manqué d'hommes de mauvaise foi qui ont fait de ce genre de vérités ce qu'ils ont fait des autres, en niant ou révoquant en doute l'autorité soit de l'un, soit de l'autre de ces livres, ou en les interpolant, ou en les tronquant et les mutilant , ou même en leur associant comme également divins des livres supposés. Ce témoignage de l'Église a été de même toujours nécessaire à l'égard* des infidèles amenés à la vraie foi par la prédication , pour qu'en recevant ces livres comme sacrés de la main de ceux qui les font passer des ténèbres de leur infidélité à la lumière de l'Évangile, ils leur gardent la vénération que revendique tout ce qui est divin. Jamais aucun particulier, quelle que soit sa réputation de science et de vertu, ne pourra, de sa seule autorité, ou en parlant au nom d'une secte particulière qui a interrompu le fil de la tradition en se séparant de l'Église, faire recevoir la Bible comme un ouvrage divin. Jamais il ne pourra lui rendre un témoignage de cette nature, parce qu'il n'aurait pas lui-même conscience d'un pareil fait. Que si un protestant s'avisait d'en faire la distribution au nom de l'Église ancienne et primitive, il ne ferait par cela môme que se condamner, puisqu'il rejette le principe d'autorité et refuse de reconnaître comme inspirés une partie des livres que cette même Église admet et reconnaît comme tels; et l'infidèle serait toujours en droit de lui reprocher son apostasie
ou sa séparation d'avec cette Église, à laquelle seule il est donné de nous rendre certains de leur inspiration.
Par ce procédé, qui a son fondement et dans Tordre logique et dans l'ordre même chronologique, nous montrons avec évidence combien les protestants sont peu fondés à nous reprocher à nous autres catholiques, conmie ils l'ont fait tant de fois, une pétition de principe ou un cercle vicieux dans notre manière d'argumenter, conmie si nous prouvions l'autorité de l'Église par l'Écriture, en même temps que celle de l'Écriture par celle de l'Église (1). Par l'analyse que
(1) Il n'y a pas d^écrivain polémique protestant qui ne nous fasse cette sotte objection ; je me contenterai de rapporter les paroles suivantes de Turreiin, qui est aux premiers rangs parmi les controversistes de la secte : Manifesius committitur circulusj dùm Ecclesiœ aucioritcis probatur ex Script urâ, et vicissim auctoritas Scrlpturœ ex Ecclesiâ (op. etloc. cit., § 10). Il dit en même temps pourquoi les catholiques lui paraissent en peine de prouver l'Ecriture par l'autorité de TE^ae : Ut scUicel Scripturœ iribunal^ in quo satis pra^sidii ad errores suos tueiidos non invemunt^ déclinent, et ad Ecclesiam, id est y Panlifi" cem suum prwocent, atque îta inproprid causa judices fiant. Ainsi s'exprime cet apostat italien réfugié à Genève. Si cette raison était valable, il faudrait accuser l'Eglise primitive et les Pères apostoliques, qui dès lors renvoyaient les hérétiques à l'autorité et au témoignage de l'Eglise pour savoir quels étaient les livres divinement inspirés. Et puis, où sont ces erreurs que les catholiques sont dans l'impuissance de justifier en s'aidant des Ecritui'esl Elles ne se trouvent pas ailleurs que dans l'imagination des protestants, qui se constituent à la fois juges et
nous avons faite, nous avons réfuté d'avance cette objection, en mettant dans tout son jour l'antériorité de rÉglise et de ses prérogatives à Texisténce des saintes Écritures , la possession où elle était de son infaillible autorité, et l'exercice qu'elle en faisait indépendamment des livres saints, qui même n'existaient pas encore. Et, non content de cela, nous avons prouvé en outre que l'Église avait fait usage de cette même autorité en sanctionnant comme divins les livres qui devaient entrer dans son canon.
Reprenant maintenant la suite de nos idées, il nous "t" est aisé de presser l'argument qui prouve notre proposition. S'il n'y a que l'Église qui puisse nous rendre un témoignage certain, irréfutable et infaillible même du fait de l'inspiration des livres saints , il s'ensuit qu'il n'y a qu'elle aussi qui garantisse à la Bible son divin caractère, et par là même sa sainteté et sa dignité. Sans doute l'Église ne confère rien à la Bible prise en elle-même, qui contient les oracles de Dieu, sa parole, la manifestation de ses éternelles vérités, et qui par conséquent n'a point à attendre un nouveau degré de dignité ou de perfection. Riche de ses propres biens, de ses inestimables trésors, elle n'a besoin pour elle-même de l'aide de personne. Tout cela est très vrai, et nous le reconnaissons de bon cœur. Mais
parties à l'égard de Fautorité établie de Dieu. Mais nous reviendrons sur ce point quand le temps en sera venu.
disons en même temps que nous avons besoin, nous, du témoignage de l'Église pour être rendus certains, et certains de manière à ne pouvoir concevoir aucun doute, que ces livres, et non d'autres^ en tel nombre et non pas davantage ou moins, sont ceux qui dans toutes leurs parties sont l'ouvrage de Dieu, écrits sous son inspiration et ne contenant que sa parole. Ainsi le témoignage de l'Église est extrinsèque aux livres sacrés, et n'est nécessaire que par rapport à nous et à la connaissance que nous devons avoir de ces livres, pour pouvoir les admettre , les croire et les vénérer pour ce qu'ils sont (1).
Or l'Église qui , comme je l'ai dit dès le commencement, a ouvert sa carrière par son inauguration solennelle le jour de la Pentecôte, pour la continuer
(1) Pour les choses traitées par nous dans ce chapitre, on fera bien de lire Topuscule ingénieux publié récemment sous ce titre .- L'Église et la Bible, quels en sont les rapports muiuelSy Londres, 1852. Cet opuscule est un recueil de cinq tmités de Clifton, dont voici les titres :
1. L'Eglise gardienne de TEcriture, ou d'où et comment nous vient la Bible î
2. L'Eglise témoin de l'Ecriture, ou comment savons-nous que la Bible existe ?
3. L'Eglise interprète de l'Ecriture, ou comment savonsnous ce que veut dire la Bible t
4. L'Eglise dispensatrice de l'Ecriture, ou est-il permis aux catholiques de lire la Bible t
5. L'Eglise notre maîtresse dans la sainte Ecriture, ou les catholiques ne savent-ils rien de la Bible!
— ',.7 — sans interruption jusqu'au jour où cllo s'absorl)ora dans réternité, toujours vivante, toujours animée ùv. l'Esprit de vérité qui la pénètre de ses lumières, n'a jamais failli à la tâche qui lui a été imposée. Toujours elle a su protéger et garantir, en l'entourant de son auréole divine, le sacré dépôt tant de la tradition que des Écritures dont la garde lui a été confiée. (îrôce à l'infaillibilité de son témoignage, elle a fait connaître avec certitude à tous .les fidèles, ainsi qu'aux infidèles qui lui ont demandé la vérité, quels étaient les livres écrits de la main de Dieu, et par lesquels il ne cesse d'instruire les hommes. Elle les a conservés dans leur intégrité , en les défendant contre les profanes qui auraient voulu de leurs mains sacrilèges les mutiler et les corrompre. Elle a veillé sans cesse sur ce précieux héritage avec un soin jaloux, pour l'empêcher d'être dilapidé ou diminué même d'une syllabe ou d'un point par une secte quelconque. C'est elle enfin qui en a assuré le véritable sens à tous les fidèles par une version authentique.
Par ce moyen, les fidèles, à leur tour, ont toujours regardé avec l'œil de la foi ces livres sacrés comme l'ouvrage de Dieu ; ils leur conservent toujours une vénération profonde, et aiment à se nourrir des maximes de piété, des saintes affections dont ils sont comme une mine inépuisable ; c'est dans ces livres qu'au milieu de leurs peines et des ennuis de leur exil, ils vont puiser la consolation et le soutien que Dieu
seul peut donner, et c'est toujours avec un nouveau plaisir, avec d'ineffables délices, qu'ils en entendent répéter les oracles. Les infidèles eux-mêmes, préparés et disposés par les instructions des pieux ministres accourus pour les évangéliser, reçoivent de leurs mains ces saints livres avec le plus grand respect, les traitent avec la vénération due à un objet si auguste, et en retirent , eux aussi , de très grands avantages pour le bien de leurs âmes.
Le protestantisme, au contraire, par là même qu'il récuse avec entêtement le témoignage auguste de l'Église, dépouille l'Écriture sainte de toute garantie, et lui enlève cette auréole de respect dont elle devrait être entourée. 11 en fait un objet de doute comme dé disputes interminables (1). Le criticisme de ses sali) Hœninghaus, dans son célèbre ouvrage de La Réforme coiiiris (a Réfoi^me, traduit de l'allemand par MM. W. et S., Paris, 1845, t. i, ch. 5, p. 169-180, démontre, en citant les auteurs Tun après l'autre, leurs ouvrages et les pages mêmes avec ime exacte précision, que les docteurs protestants ont exclu du nombre des livres, je ne dis pas inspirés ^ mais simplement authejttiques , le Pentateuque, comme Wette et Veter; le livre de Josué, celui des Juges, les livres de Samuel, ou le 1**" et le 2« des Rois, le 3« et le 4e des Rois, ceux des Paralipomcnes, comme Gesenius et Gramberg. Même chose à dire des livres d'Esdras ; même chose du hvre des Cantiques, de celUi de Job, des Psaumes, des Prophètes, mis sur le compte des moines du moyen-âge I même chose des livres du Nouveau Testament, à commcncei* par les Évangiles , en passant par les épîtres de saint Paul, où apparaissent toiyours les idées judaï-
vanls n'en épargne ni les livres qui la composent , ni les chapitres^ ni même les syllabes. Avec une audace incroyable, et sous prétexte de ne pas donner la parole de l'homme pour celle de Dieu, ils rejettent une grande partie de la parole de Dieu en la réduisant ^ contre toute raison , à la condition de la parole de rhomme. Leurs sociétés bibliques ne daignent plus ajouter, même comme simple appendice à la Bible^ les livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament, ténus pour divinement inspirés par toute l'antiquité ecclésiastique. Leurs rationalistes amoindrissent tellement la notion de l'inspiration divine, que l'idée même en disparaît tout-à-fait. Le parti même du protestantisme appelé piétiste ou orthodoxe , s'enlevant à lui-même tout moyen de preuves par le refus qu'il fait d'admettre l'autorité de l'Église, ne saurait jamais procurer à ses adhérents la certitude exempte de doute que les livres qu'il leur met en main soient le résultat de l'inspiration divine. Par la même raison , les Bibles que le protestantisme distribue aux infidèles perdent à leurs yeux toute leur valeur, et
ques , aux épîtres de saint Pierre et de saint Jacques, conçues dans le même esprit que celles de saint Paul ; aux épîtres de saint Jean, ouvrage, disent- ils, de quelque Juif. Quant à l'Apocalypse, elle est aujourd'hui rejetée par la plupart des exégètes protestants. On peut voir à l'endroit cité du livre d'Hœninghaus les passages analogues. Je le demande maintenant, que restetAl aux protestants des livres saints, qu'ils puissent alléguer comme authentiques, comme sacrés et faisant règle de foi.
sont exposéofi au danger évident d'être pour eux Tobjet des plus honteuses profanations, comme cela arrive en effet tous les jours, ainsi que nous l'avons démontré ailleurs. Triste condition des novateurs qui, dans le temps même où ils accusent l'Église d'avoir horreur de la Bible, la morcellent, la mutilent, la déchirent, la mettent en pièces, et sont réduits à l'impuissance de dire si elle est inspirée ou non , si elle contient la parole de Dieu ou la parole de l'homme, la dépouillent enfin de son divin caractère, de sa sainteté et de sa dignité!
— loi ^ CHAPITRE II.