‹ Le protestantisme et la règle de foi, tr (volume 2)Chapitre 3 sur 17 · LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CO.NSIDÉHÉE AD POIM DE VLB HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CO.NSIDÉHÉE AD POIM DE VLB HISTORIQUE

ARTICLE PREMIER

La règle catholique de foi est la soulo qu'ait fait .profession de suivre Tantiquité chrétienne tout entière.

Exposé d'une difficulté. — Cette difficulté même donne fçain dr cause au catholicisme. — Les textes bibliques favorables à la règle catholique ont trouvé leur véritable explicalion dans l'enseignement et la pratique de l'Église, avant mémo qu'ils fussent consignés dans les livres sacrés. — L'Église, dès son premier étabhssement, a été en possession de résoudre les doutes des fidèles en matière de foi, de mœurs et de discipline, — de dirimer les controverses par des jugements sans appel, — de condamner les novateurs. — Difficulté résolue.» — L'œuvre des apôtres dans le gouvernement de l'Église continuée par leurs successeurs. — Discipline de l'Église dans rélection des évêques et dans les questions de foi. — 11 était impossible qu'il se fît aucune altération dans les matières de foi. — Pour connaître cei^tainenient quelle était la foi de l'ancienne Église, il suffit de consulter la foi de l'Église (le notre temps. — Comment l'Église a exercé son autorité sans interruption dans tous les siècles. — Exemples de condamnations d'hérésies prononcées par l'Église, ou même par les seuls pontifes romains. — En se conduisant ainsi , TÉglisc ne faisait qu'agir conséquemment à son principe essentiel d'autorité. — Elle ne faisait qu'exercer son principe vital dans l'exercice de son pouvoir. — Les hérétiques, en s'opiwsiuit à l'enseignement de l'Église, se condamnent cux-mémos par cela seul qu'ils contredisent renseignement de Jésus-Christ.

Les raisonnements et les discu^irions qui remplissent le chapitre que nous venons de terminer pourraient

avoir fait naître une difficulté dans Tesprit de quelque lecteur, qui nous objectera peut-être qu'en prouvant par rÉcriture la règle catholique de foi, nous avons pris la route suivie par les protestants, avec la seule différence que nous interprétons la Bible en notre faveur, tandis que les protestants l'invoquent en faveur d'eux-mêmes. Mais, outre que la marche que nous avons suivie ne peut autoriser une semblable objection , nous ne laisserons pas de répondre que si c'étaient les protestants qui nous la faisaient, ils nous donneraient par là même gain de cause. Car ils prouvereiient par là que, si l'on faisait dépendre ces questions de la seule Bible, elles deviendraient interminables, et laisseraient dans le doute quiconque ne s'en •-f-" tiendrait qu'à cette règle ; qu'il faut donc de toute nécessité, outre l'Écriture, un juge suprême de controverses, qui, par son autorité infaillible et sans appel, puisse lever toute incertitude sur la vraie et légitime interprétation des textes allégués, et ainsi mettre fin au débat. Mais si cette difficulté nous était proposée par d'autres que par Hes protestants , notre réponse serait alors bien différente, et, prenant la chose dès son origine, nons ferions voir à l'œil et toucher au doigt que le sens des passages allégués n'est et ne saurait être autre que celui qui favorise l'interprétation catholique. Et comme c'est de là que dépend la victoire sur ce point, nous voulons fortifier encore et rendre de plus en plus péremptoires les preuves bibliques déjà

présentées par nous en faveur de la règle catholique.

Nou3 avons démontré, comme fait historique qui lî'est contesté par personne, que les vérités consigfhées dans les livres du Nouveau Testament par les écrivains sacrés av^iient déjà été prêchées, crues et observées dans toute l'Église longtemps avant qu'elles fussent mises par écrit. Et pour ne pas répéter ici tout ce que nous avons dit de l'ordre successif dans lequel parurent, à des temps différents, les Évangiles de saint Mathieu, de saint Marc et de saint Luc, nous savons par les documents historiques que saint Jean ije se mit à écrire 3on Évangile que vers l'an 98 de /

l'ère chrétienne, c'est-à-dire soixante-cinq ans à peu ppès depuis l'ascension de Notre-Seigneur (1). Or, •

jlj II y (^ quelque différence d'opinions paimi les anciens, touchant Tannée où saint Jean écrivit son Évangile ; et pour ne pas parler de saint Hippolyte , qui affirme (MS. Bodley) que Faptoe a écrit son Évangile et son Apocalypse dans Tîle de Patmos, beaucoup de MS. grecs s'accordent sur ce point avec saint Hippolyte, aussi bien que l'auteur de la Synopse qui porte le nom de saint Atbanase. La plupart néanmoins se rangent du côté de saint Irénée , qui affirme, 1. m , c. 1, que saint Jean a écrit son Évangile à Éphése, comme l'avait affirmé avant lui saint Polycarpe, dont le passage se lit dans Victor de ' Capoue. C'est le sentiment embrassé par S. Jérôme, dans son Catalogue ; par S. Epiphane (hœr. 51, § 19), par Pierre d'Alexandrie, qui atteste, dans la Chronique dite Mexandrine , qu'on conservait dans cette ville encore de son temps le précieux autographe (Petau, Uranolog.j p. 213). Et certes, saint

~ 104 — dans tout cet intervalle de temps qui s'écoula entre l'Ascension et cette soixante-cinquième année où fut écrit l^v dernier des livres du Nouveau Testament, l'Église s' Siait répandue dans toute la Palestine et la Samarie, avaH pénétré dans toutes les provinces de l'empire romain, et porté l'étendard de la croix jusqu'au cœur de la ville reine du monde. Déjà elle avait organisé dans toutes leurs parties son culte et sa discipline, surtout vers la fin du premier siècle que mourut le dernier des évangélistes ; et, par conséquent, déjà étaient connues, par leur enseignement oral, toutes les vérités qui tiennent au dépôt de la foi. Non-seulement les maximes et toute la doctrine du Sauveur étaient déjà crues universellement; elles étaient de plus mises en pratique par la multitude des fidèles et par leurs pasteurs à leur tête secondés de leurs ministres. D'où il résulte que déjà l'Église était en possession du vrai sens de la doctrine de Jésus- Christ transmise uniquement par la prédication, comme , de leur côté , les simples fidèles étaient en possession de la saine intelligence des oracles et des

Irénéo, lUsciplc de suint Polycarpe et venu de FAsie , pouvait être mieux informé d'iui fait passé en Asie que saint Hipjwlyte, qui vivait on Occident, et que les grecs modernes. Or, ce ne fut qu'après la mort de Domitien, aiTivée l'an 97 de l'ère vulgaire, que saint Jean, de retour de Patmos à Éphèse, put, à la prière dos fidèles d'Asie, entreprendre cette année-là même ou la suivante d'écrire son Évanerile.

- I 05 — maximes du Sauveur. De sorte que, quand ceux-ci reçurent consigné par écrit ce qu'ils avaient reçu et appris d'avance par renseignement oral, ils en avaient déjà la vraie interprétation.

Donc, puisque l'Église a été par le fait et par la pratique même la règle prochaine de la foi dès son berceau, il suit de là, par une conséquence évidente, que les oracles par lesquels le Sauveur l'a constituée maîtresse et juge suprême en matière de foi ne peuvent pas être entendus dans un sens différent ; il suit, de plus, que quiconque a entrepris de les détourner à un autre sens par ses interprétations violentes a contredit la pensée et les volontés de Jésus-Christ. Si donc nous prouvons que l'Église a dès ses commencements entendu dans le sens catholique et pratiqué de même l'autorité qu'elle a reçue de Jésus-Christ sur les objets de la foi, ce n'est plus en vertu de notre interprétation privée, comme cela se fait dans le système protestant, mais à cause du sens net et précis qu'a voulu y attacher Jésus-Christ lui-même, que les passages produits sont une preuve invincible de notre proposition. Or, c'est là précisément ce qui est établi par le fait historique que nous faisons valoir. Cela est démontré, non-seulement par tout ce que nous avons dit, dans le chapitre précédent, de la prédication de l'Évangile que l'Église a faite aux Juifs et aux Gentils, et sur quoi nous ne reviendrons pas, comme en ayant parlé suffisamment, mais encore par plusieurs autres

raisons iion moins solides qui fput voir que T église a ét^ investie dès sa naissapce (Je 1^ pléTijtude de l'autorité siiprême en niatière de fpi^ Q'e^t elle, en effet, qui a résolu les difficultés ^ n^esurq qu'elles s'élevaiept $ur le vrai sens de la doctrine de Jésus-Clirist ; c'est elle qui a jugé en dernier appel les cqqtroverses ^pr la foi ; elle , qui a condamné et proscrit sans retour to^te doctrine fausse et erronée en opposition avec SOI] enseignement ; elle, qui en toute rencpntfe s'est pionfrée inflexible pour le maintien du principe d'autorité en s' opposant à toijs les efforts des novateurs, chacun desquels a pherphé constamment à secouer le joug de )a dépendance, en substituant à ses décisions ses interprétations individuelles qu son sens privé. Or, telles sopt les raisons qu'il nous rpste à parcqurir ei) détail : ce que npus allons faire avec toute la clapté et toute la brièveté possibles.

Et d'abord, que l'Église ait résqlu les rîipipu}tés qui naturellement pouvaient s' élever et qui de fait se sont élevées sur son enseignement, les preuves en sont aussi nombreuses que sont nombreuses, je puis dire, les lettres écrites par les apôtres. Saint Paul, par exemple , dans sa première épître aux Corinthiens, répond à divers Routes sur des questions , tant de dogme que de morale, qui s'étaient élevés parmi ces premiers fidèles, et au sujet desquels ils l'avaient cpnsuite par écrit, comme sur la virginité, ^ur le célibat, sur l'usage 4l4 mariage, sur la valeur ou {a dissolul)^-

— i07 — lité du mariage contracté dans rinfidélité , pour le cas QÙ, Tun des époux s' (étant fait chrétien, Tautre persiste à rester iqfidèle ; sur les viandes immolées aux idoles, et sur d'autres points semblables. De même, il traite des observances légales dans sqn épitre aux Colossieps ; de la venue de Jésus-Christ pour juger le iponde, que quelques-uns croyaient propbaûie, dans ses épitres aux Thessaloniciens ; et ainsi des autres épîtres. De sorte que ce point nq semble pas susceptible d'être mis en question.

Il est de même indubitable que l'Église s'est attribué la décision des controverses, comme cela se voit par les Actes des apôtres , où il est rapporté que la di^ute née à Ântioche au sujet de l'obligation ou de l'abrogation des observances légales fut terminée dans un concile à la suite d'une discussion contradictoire, comme nous l'avons dit dans notre première partie. Joignons à ce premier fait un second semblable , celui de l'Église de Galatie, où quelques docteurs judalsants avaient enseigné de même la nécessité d'associer les rites de l'ancienne loi à la pratique de l'Évangile. Aussitôt que l'apôtre en eut connaissance, il lança l'analhème contre ces fauteurs de troubles, déclara avec une pleine autorité que cet alliage d'observances n'était nullement nécessaire , et rendit ainsi le calme à cette Église agitée.

La conduite de l'Église n'a pas été moins nettement dessinée dans l'usage qu'elle a fait de sa su-

prénie autorité en condamnant les doctrines erronées qui tendaient à altérer la pureté de ses doctrines. L'apôtre saint Pierre foudroie dans sa seconde épître les opinions perverses qu'on semait dès lors sourdement dans le champ de l'Église, désigne par le nom de sectes les ténébreuses assemblées de leurs partisans, et fait le plus sombre portrait de ces téméraires, qui osaient ainsi vicier et corrompre la saine doctrine prêchée par les apôtres. Même conduite dans l'apôtre saint Jude ; même conduite dans saint Jacques, à l'égard de ceux qui, abusant par leurs interprétations particulières de quelques expressions de l'épître de saint Paul aux Romains pour supprimer la nécessité des bonnes œuvres par rapport au salut, portaient les fidèles à ne pas s'en mettre en peine , mais à se reposer uniquement sur la foi (1). La con-

(1) MicHAELis, dans son Introduction, etc., déjà citée, t. rv, cb. 26, sect. 6, p. 298, nie que saint Jacques fasse allusion à l'épître de saint Paul aux Romains, et donne des raisons ingénieuses pour sauver la doctrine protestante de la foi sans les œuvres. Mais Cellérier, dans son Essai d'introduction que nous avons déjà cité aussi, div. 3", sect. 1^*, p. 455, montre jusqu'à l'évidence, en confrontant les deux épîtres, que celle de saint Jacques fait ouvertement allusion à celle de saint Paul , dont quelques-uns abusaient pour rejeter la nécessité des bonnes œuvres, en se sei*vant des mômes mots, des mêmes phrases, des mêmes exemples que cet autre apôtre. Cf. lionu iv, 1 , et Jac. u, 21 et seq. ; Rom. v, et Jac. i, 3, Rom. vin, 23, et Jac. IV, 1; Rom. viii, 7, et Jac. iv, 4; Rom. xiv, 4, et Jac. IV, 12. Et avant Hug et Cellérier, Weitotein, après avoir

duite (le saint Paul ne fut pas différente h l'égard de ceux (}ui niaient la résurrection future des corps en métamorphosant la doctrine de la résurrection réelle en une pure résurrection spirituelle de la mort du péché; telle fut aussi celle de l'apôtre saint Jean, quand il combattit et condamna dans ses épîtres et dans son Évangile le docétisme alors en vogue, comme il résulte de l'histoire ecclésiastique et des témoignages des anciens, qui nous assurent qu'il a écrit son Évangile pour l'opposer aux cérinthiens, aux ébionites et aux gnostiques, qui niaient autant la di-

rapporté le reproche que faisait Luther à Tépître de saint Jacques de ce que « directe contra Paulum et omncm Scripturam

- operibus jiistificationem tribuit, » comme ont fait Althamerus et les centuriateurs de Magdebourg, déclare « hoc judicium intt justum faisumque. Si enim Jacobus Paulo contradiceret, uti- M que non Jacobus, qui id apertè docet, quod lex naturce, quod « Scriptura ubique, quod Paulus alibi inculcat, sed illœjPauli « epistolœ in quibus dogma à reliquis dissidens continerentur, M fuissent abjidendœ. At si rem rectè consideremus, nuUa inter •• Jacobumet Paulum est pugna; quùm Jacobus ioquatur de

- lege naturse et de lege Christi, Paulus vero de lege et œcono-

- miâMosis »» (cité par Rosenmuller, Prœf. in epist. Jacobi). Et soit dit en passant, que Turretin et les autres piétistes voient maintenant ce que signi6e ce goûty cette lumière^ cette nourliiure, qui se manifeste de soi dans les Écritures, comme n'étant que la parole divine elle-même. Apparemment que Luther ot ses pareils n'avaient ni la faculté de voir , ni le sens du goût , lorsqu'ils regardaient comme une lettre de paille cette épître de saint Jacques.

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