ARTICLE PREMIER
DiflScultés insurmontables pour le protestant qui prend la Bible pour unique règle de sa foi. — Il ne saurait prouver de quels livres ni de combien la Bible se compose. — Il ne saurait le prouver ni par la Bible ni sans la Bible. — De Josèphe l'historien et du canon d'Esdras. — Les protestants ne peuvent recourir à la tradition, — ni à Tautorité de l'Église, — ni aux critériums intrinsèques, — ni au goût intérieur. — La diflSculté est plus grande encore pour le canon du Nouveau- Testament. — Ils ne peuvent s'assurer de l'authenticité soit de chacun de ces livres, soit de chacune de leurs parties. — Ils ne peuvent en prouver \ intégrité, — encore moins Y inspiration divine. — Tout cela se trouve confirmé par le fait et par l'aveu de Barklay. — Parti désespéré auquel se sont arrêtés pour se tirer d'affaire plusieurs protestants. — Aveu de Luther, que c'est de l'Église que les protestants ont reçu les saintes Écritures.
La règle ci-énoncée a été , avons-nous déjà dit, la première qu'ait proclamée Luther, premier auteur de la Réforme. Elle a été adoptée depuis, comme signe
de ralliement, non-seulement par les réformés proprement dits, mais encore par presque toutes les communions ou sociétés diverses de protestants. En vertu de cette règle, tout individu peut et même doit, en usant de la liberté d'examen, se former par l'Écriture ses articles de foi.
Qr, c'est précisément cette règle que je dis pécher par les fondements que la Bible doit présupposer. Car, avant de prendre la Bible pour règle unique et ^prême de sa foi, on doit de toute nécessité et en toute logique présupposer comme un fondenient inébranlable et hors de toute contestation laBibleelle-même, comme le code qui nous a été donné de Dieu pour règle et principe normal de notre foi. Si ce fondement fait défaut dans son entier, ou qu'il vacille seulement, ou qu'il soit incertain et douteux, même dans une seule de ses parties, il est de la dernière évidence quQ la règle ne peut plus subsister, parce qu'elle manque alors de base et qu'elle est sans objet, comme un édifice qu'on aurait élevé sur le sable ou sottement bâti en l'air. Or le protestant, qui adopte la Bible pour règle de sa croyance, comme une vérité incontestable et démontrée, tient cette Bible pour divinement inspirée, en tant qu'elle se compose d'un nombre fixe de livres certainement déterminés ; mais il ne fait pas attention que, pour arriver à cette certitude, il lui faut d4ns son systèrae monter bien des degrés, et que cbaçan dQ ces degrés lui présente upe difficulté insurmontable.
Car il lui faut avant tout déterminer, avec une pleine assui^ance et sans qu'il lui reste le plus léger doute, de quels livres et en quel nombre se compose cet ensemble auquel est attachée la dénomination commune de Bible ou d'Écriture sainte. 11 lui faut^ en outre, se convaincre avec la même certitude de l'authenticité de chaque livre en particulier, et de l'intégrité du texte de chacun de ces livres. Il faut, en troisième lieu , qu'il s'assure également de l'inspiration de chacun de ces livres en particulier et de tous à la fois , pour ne pas s'exposer à prendre la parole de l'homme pour celle de Dieu. 11 faut, enfin, qu'il établisse chacun de ces points comme autant d'articles de foi, pour pouvoir connaître par la Bible tout ce qu'il y a à croire de foi divine, une autorité douteuse étant impuissante à déterminer des articles de foi comme provenant de la parole de Dieu.
J'affirme, sans crainte d'être contredit, que le protestant ne saurait, dans son système, déterminer aucun de ces points en particuUer, et bien moins encore tous ces points à la f<Â9, avec une certitude qui exclue tout danger d'erreur. Parcourons rapidement ces points l'un après l'autre.
L Et pour commencer par le premier, qu'on de- -/-
mande à un protestant, quel qu'il soit, qui faitprofesitton de ne croire que la Bible ^ la Bible seule et toute la Bible, car c'est là la devise commune à tout le protestantisme ; qu'on lui demande, dis-je, qu'estce que la Bible? de combien de livres se compose-
— i4i — t-elle, et quels sont ces livres dont elle est composée? le protestant se trouve arrêté dès cette première diflSculte sans pouvoir en sortir. Car, ou il puisera sa réponse dans la Bible elle-même, et alors il ne pourra s'empêcher de commettre une pétition de principe, puisqu'il prendra pour principe de preuve la chose même qu'il aurait à prouver, la question même qu'il aurait à résoudre ; ou il cherchera sa réponse ailleurs que dans la Bible, et dès lors il sera mis en défaut, et ne pourra plus alléguer sa devise : La Bible seule^ rien que la Bible. TaLt il est facile de réduire le protestant à l'impossibilité de rien répondre de raisonnable.
Mais la vérité est qu'il ne peut avoir de ce premier point si important aucune certitude, ni avec la Bible ni sans la Bible. Il ne peut pas l'avoir avec la Bible: 1* parce que nulle part dans la Bible, soit Ancien-Testament, soit Nouveau, il n'est dressé une table , ou donné le nombre , ou fait mention quelconque du canon des livres saints : il n'en est question en aucune manière ; 2** parce qu'il ne suffit pas que quelques livres y soient invoqués, pour qu'on puisse dire dès lors que ces livres appartiennent au canon des saintes Écritures, puisqu'on y trouve cités des livres même dont on n'a d'ailleurs aucune connaissance, tels que le livre des guerres du Seigneur (1) , le livre
(1) iXomb. XXI, 14.
des Juges (1) , les livres des annales des rois de Juda et d'Israël (2) , \e livre du prophète Nathan (â) , les livres d'Ahias de Silo (4) , les livres de Séméias (5) , le livre (tAddon (6) , et quelques autres ; or , on ne peut pas affirmer, on ne peut pas dire que ces livres , comme d'autres semblables, quoique cités, voire même plusieurs fois dans TÉcriture, fissent partie ou non du canon des livres saints, puisqu'ils ne sont pas seulement parvenus à la postérité ; 3** parce qu'on ne peut pas non plus l'inférer , quant aux livres de l'Ancien Testament , de ce qu'ils sont invoqués dans le Nouveau : quoique plusieurs d'entre eux s'y trouvent cités, ou qu'il y soit fait allusion aux uns ou aux autres plus ou moins ouvertement , et qu'il y soit même fait mention expresse de toute l* Écriture (7), les protestants ne peuvent en tirer pour leur cause aucun avantage. Car qui leur a dit après tout que tous les livres dont il est parlé dans le Nouveau Testament, et dans lesquels se retrouvent ces passages, fassent partie du canon ? La même question revient toujours dans toute sa force. 4* Enfin , il y a plus d'un livre , même de
(1) Jos, X, 13.
(2) IV Rois, I, 18.
(3) I Parai, xxix, 29.
(4) II Parai, ix, 29.
- (5) Ibid. XII, 15.
(6) lUd. xiii, 22.
(7) n Tim. m, 16.
ceux qu'on appelle proto-canoniques j dont on ne trouve ni mention ni souvenir d'aucune sorte dans le Nouveau Testament. C'est ce qui est certain au moins de Onze ou douze de ces livres tout entiers (1). Force est donc de conclure que c'est chose impossible pour les protestants d'établir par là Bible seule le catalogue exact ou le nombre précis des livres qui composent le canon de l'Ancien Testament. Nous verrons bientôt que la même chose doit se dire des livres du Nouveau.
La Bible étant ainsi hors de cause, il ne reste pour le protestant d'autre ressource que d'établir sa règle indépendamment de la Bible elle-même. Mais dans son système, cela est de même tout-à-fait impossible. Voyons en effet. La Bible mise de côté, le protestant n'èi plus à recourir qu'à l'autorité de Josèphe, ou à celle de la synagogue , ou enfin aux talmudistes. Or, feUclitl de ces moyens ne saurait jamais lui faire atteindre avec une complète assurance le but désiré*
L'historien Josèphe s'est contenté d'écrire qu'A y avait vingt-deux livres reconnus par sa nation comme divins, nombre qui répond aux vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu, savoir : les cinq livres de Moïse, treize des Prophètes, et quatre contenant les louanges
(1) Tels sont les livres des Juges, de Ruth, le premier et le quatrième des Rois, les deux des Paralipomènes, ceux d'Esdras et de Néhémias, d'Esther, de l'Ecclésiaste, du Cantique des cantiques, d'Abdias et de Sophonie.
de Dieu (1) . Or,- cpii ne voit le vide et l'incertitude où Jesèphé laisse ainsi se^ lecteurs? Queld sont ees ifeize livres écrits par lesprojihètes? qu'en est-il dti liVre d'Esther , des livres dés Roië 6t des Paralipomèiles^ de ceux d'Esob'aset deNéhémias? D'autant pliis que tNiisèpfie assure que les fastes de sa nation jù»qil'au règne sèulfenient d'Artaxercès feont rapportés dans les livres dont il donne lé nombre. Ainsi pouirridna^noils élever beaucoup d'autres questions que pAivoquent ici les paroles de Josèphe (2)4 Gela suiBt pour fai^e voii* que la Cause des protestants n'a nulle*ment à s'étayer de l'autbrité de cet écrivain^
Ite né peuven* pas davantage s'appuyer sur la synagogue, qui n'ajamais porté de jugement solennel siir le nombre des livres saints. Tout ce qu'on k dit du canon recueilli par Esdras avec le consentement de la synagogue est absolument incertain* Ce qui a donlié hàisÂanoe à feette opinion ado{)tée par plusîeurë Pères^ c'est un mot qui se lit dans un écrit apocryphe (3). Pour qu'on pût dire avec quelque vraisemblance qu'Esdrasest l'auteur du canon admis par les Juifs,
(1) Lib. I, Cont. Âppion.^ § 8, édit. Haver, t. il, op.
(2) Ajdutohô que Josèphe li*a écrit que vers îa fin du prenHër siècle de Tèrô chrétienne, c'est-à-dire trop tard pour que son témoignage mérite une pleine confiance.
(8) IT EifÊ. XIV, 24, 4T. Les Pères qui ont adopté cette opirtiotisoilt TertuUien, aément d'Alexandrie, saint Basile et quelqtkës autres.
il faudrait prouver que tous les livres compris dans le canon se trouvaient composés avant la mort d'Esdras. Or, non-seulement cela ne se prouve pas, mais on démontre clairement le contraire. Et pour ne pas parler de plusieurs psaumes qui, au jugement de nombre de critiques, ont été composés du temps des Machabées, ou du moins depuis la captivité de Babylone et postérieurement à Esdras (1) , il parait certain que le livre deNéhémiasn'apasété écrit par Esdras, et que des faits qui s'y trouvent rapportés n'ont eu lieu que depuis la mort de ce dernier (2). La même chose doit se dire des Paralipomènes, où se trouve racontée, au troisième chapitre du livre premier, la généalogie des descendants de Zorababel jusqu'à la dixième génération inclusivement , ce qui comprend un espace de trois centaines d'années depuis Esdras (3). La prophétie de Malachie contient en elle-même des preuves évidentes d'une époque bien postérieure à la captivité
(1) Voir Calmet, Dissert, sur les aut. des Psaum. Ser. chronol. Psalm.; RosenmuUer, Prxf. inPsalm. Cette opinion, d'ailleurs, rentre tout-à-fait dans le système des protestants les plus zélés pour leur secte, qui appellent ces psaumes Mâchabaïqties. Voir Glaire.
(2) II Esdras xii, 22, relativement à ce que rapporte Josèphe, à Tautorité duquel défèrent si fort les protestants modernes.
(3) Quelques-uns répondent que ce sont des additions faitesaprès coup. Soit; "toujours est-il vi*ai qu'au moins une partie du canon, si faible qu'elle puisse être , a été ajoutée au canon d'Esdras.
de Babylone , puisque non-seulement elle suppose le temple restauré, mais que de plus le prophète y reproche aux prêtres et au peuple de négliger l'observation des sacrifices et de blasphémer la divine Providence , qui les laissait toujours sous le joug des infidèles, c'est-à-dire des rois de Perse (l). Cet échantillon doit sujQBre pour faire justement apprécier l'opinion qui attribue à Esdras la rédaction du canon de l'Écritiure. On peut encore moins prouver que ce canon doive sa forme à un décret positif et authentique de la synagogue, dont il ne paraît pas la moindre trace dans toute l'antiquité. ^^ •
Je ne dis rien des hypothèses imaginées par les savants pour rendre raison du canon communément admis par les Juifs. La plus plausible de toutes est celle suivant laquelle ce peuple aurait adopté pour sacrés les livres qui ont été transmis comme tels de main en main du consentement de la nation, y compris le sanhédrin, et qui sont arrivés ainsi par tradition à la postérité. Procédé tout contraire, comme on le voit, à celui des protestants, qui n'admettent ni autorité, ni tradition. Il est certain qu'il n'existe aucun document relatif au canon des Hébreux qui soit antérieur au christianisme et même au second siècle de l'Église (2).
(1) Malach. c. n et m. Voir Sanchez, Comm, in prophmin.; Jahn, Append. i Herm, seu Exercit exegetic, fasc. J.
(2) On poiorrait faire valoir, en outre, contre le système pro-
Dans l'impuissance absolue où se retrouvent les protestants de rendre raison du canon des Hébreux, et de lever les difficultés insolubles qui naissent de leur système, quelques-uns ont eu recours à la langue dans laquelle les livres saints ont été écrits. Le ridicule d'un tel expédient saute aux yeux de tout le monde. Comme si l' Esprit-Saint, qui a in'spiré ceux qui avaient écrit en hébreu, n'aurait pu inspirer dé même ceux qui écrivaient en chaldéen ou en syrochaldéen. Et d'ailleurs, qui ne sait qu'il y a plusieurs parties ou passages des livres reçus dans le canon des protestants qui ont été écrits dans la langue chaldaïque (l). Déplus, ou par langue hébraïque ces protestants entendent cette langue prise dans le sens rigoureux, et ils auront à effacer des livres saints tous ces passages écrits en chaldaïque; ou ils l'entendent dans un sens plus large, ou comme comprenant le chaldaïque et le syro-chaldaïque, et alors de quoi leur servira ce critérium pour exclure du canon le livre de Tobie, la partie deutero-canonique du livre
testait rin.certitu4^ de I^. tradition judaïque rel^tiy^mmt mxx livres sainte. Là-des§us les Samaritains étaient divisés avecles Juifs, et parmi ces derniers eux-mêmes les sadducéens l'étaient avec les pharisiens. Notez de plus l'inconséquence manifeste où tombent les protestants qui admettent la tradition judaïque et l'autorité de la synagogue , et rejettent la tradition chrétienne et l'autorité de rÉglise.
(1) Voir, par exemple, Dan. ii, 4-7, 28; I ESDR rv, 8; vn, 19; VIII, 11, 27; JÉR. X, 11.
d'Esther, et d'autres livres écrits dans cet idiome, pour ne rien dire des autres qui ont été composés en grec.
Auront-ils recours à la critique, c'est-à-<iire aux témoignages des premiers couciles, des Églises priiBitiyes, des Pères, des anciens canons? Mais ce nouY3l expédient pe fera qu'augmenter leur incertitude, puisque, si l'on excepte uniquement le canon 4e l'Église JlQipaine, tous les autres documents diffèrent entre eux ou par ^xcès ou par défaut, et qu'on ne trouvera sur ce point aucun accord parfait, ni entre le^ Père^, pi entre les conciles, ni entre les Églises particulières; on y trouvera plutôt un tel désaccord, qu'on ne saura plus où mettre le pied avec assurance (1). Le détail des preuves de toutes ces assertions pie conduirait trop loin; mais elles portent ^ur diBS faits irrécusables. De là vient que les critiqueei ratiopalistes ont fini par rejeter du canon, l'un ^près l'autre, presque tous les livres saints, à commencer par le Pentateuque et à finir par les livres d'Esdras (2),
(1) Voir les Fr^èl. theoL de l'auteur, de locis theol r'P- n, c. l, prop, 2. Voir augçj le beau trav^f de Mgr Malou, ancien professeur deLouvain, et aujourd'hui évêqiae de Bruges, .dai^s son ouvrage intitulé : La lecture de la sainte Bible , Louvain, 1846, t. II, c. 8, dont nous parlerons plus à propos dans notre seconde partie sur pe mêmie sujet.
\2\ Il suffira ppur s'en assurer de parcourir les uns après les
Vainement les protestants songeraient-ils à revenir à la tradition, puisqu'ils n'en reconnais^nt aucune qui puisse, à la rigueur, passer pour telle, ou qui soit divine, et qui puisse constituer une règle partielle de foi, distincte des Écritures. Que s'ils consentent à admettre celle qu'ils appellent monumentale ou historique, celle-ci, par ses variations et ses incertitudes, ne fera qu'accroître la difficulté, en les reportant sur le terrain si épineux de la critique dont nous parlions tout à l'heure, et qui aboutit au scepticisme et à la négation du canon entier.
Leur restera-t-il au moins, en désespoir de cause, une dernière ressource dans le canon de l'Église Romaine et dans l'aveu des catholiques, qui admettent pour sacrés tous les livres reçus par les protestants? Cela même ne leur est d'aucun secours, puisque, s'ils adhèrent à l'ancien canon de l'Église Romaine, ils devraient , en vertu du même canon, admettre comme divins les livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament, qu'ils rejettent comme apocryphes, dès lors que ce canon les contient aussi bien que les livres proto-canoniques. D'ailleurs, si les catholiques admettent comme sacrés les livres qu'admet aussi la Réforme, c'est qu'ils ont foi à l'autorité infaillible de l'Église, qui leur propose ces livres, qui
autres les prologues de Rosenmuller sur chacun des livres soit historiques, soit prophétiques, auxquels il a apposé ses scolies.
font partie de son canon, comme divinement inspirés. Les protestants, en suivant leurs principes, ne peuvent faire la même chose, eux qui rejettent cette infaillible autorité; et, en effet, si l'Église peut errer sur les autres articles de foi, comme l'en accusent effectivement nos adversaires, elle peut errer également sur le point en question.
Je n'ai rien dit des critériums internes sur lesquels beaucoup de protestants se fondent pour se tirer tant bien que mal de l'embarras où ils se trouvent engagés. On verra sans peine combien cet appui est fragile, pour peu qu'on veuille bien réfléchir qu'il n'y a aucun critérium interne qu'on puisse invoquer en faveur des livres proto-canoniques, qui ne milite également pour les deutero-canoniques. Il y a même tels de ces critériums qui favorisent beaucoup plus les livres deutero-canoniques qu'ils ne le font par rapport à quelques-uns des livres proto-canoniques. Essayons d'en donner quelque exemple. Dans la partie protocanonique du livre d'Esther, on ne trouve pas une seule fois exprimé le nom de Dieu. Qui est-ce qui, à ne consulter que les critériums internes, verrait un livre sacré dans le livre de Ruth? Qui en verrait un dans le Cantique des cantiques en s'en tenant à la lettre morte? Nous pourrions dire la même chose de plusieurs autres livres proto-canoniques, tandis que dans le livre de Tobie, dans la seconde partie de celui d'Esther, dans le livre de Judith, etc., on rencon-
tre des passages magnifiques qui vous dépeignent des plus beaux traits la divine Providence, une nnoraie très pure, l'intervention surnaturelle de la Divinité, etc. (l). Les difficultés ensuite tirées des carac*tores internes que les protestants opposent aux livres qualifiés par eu^ d'apocryphes peuvent se rétorquer également, et avec plus de fqrce encore, contre les livifes proto-canoniques, comme de fait les incrédules et les rationalistes ont coutume de le faire pour en nier la canonicité. Si bien, que le protestant Reussn'a pas fait difficulté d'avouer l'imprudence de ses coreligionnaires qui, en prenant pour principe d'attataque pontre les livres deutero-canoniques les caractères intrinsèques que ceux-ci leur présentât, fournissent des armes aux incrédules pour combattre l'ancien panon des saintes Écritures (2).
Eqfjn, il s'est trouvé des protestants qui, pour distinguer les livrés sacrés de ceux qui ne le sont pas, opt eu recours, comme à une planche de saljut, à un certain goût ou sentiment intérieur, par lequel , selon eux, Gopime par un tact sentimental, la différence des uns
(1) Voir Malou, ouvr. cit., c. 8, art. 1er, § 4. (S) ¥oid ses paroles : HmcnoncHminos^ congessi, sed osiensu- THS a^wjn ji4fiic€m se qufmqu^ apocryphU prœstare ffçb^e, ne