‹ Le protestantisme et la règle de foi, trChapitre 17 sur 30 · COMMUNI PŒNA UNIVERSUM CODICEM AFFÎCIAT.JE. Q. E.E35US · texte numérisé non relu

COMMUNI PŒNA UNIVERSUM CODICEM AFFÎCIAT.JE. Q. E.E35US

Diss, poL de lib, F, T. apocryphis perperam plebi negatis, p. 15. Voir aussi l'ouvrage du Genevois Mouliné, intitulé : Notice de$ livrée apaerypbsa du Fieux Testament, Genève, 1886.

et des autres doit se faire connaître. Or, qui ne voit combien un goût de pette espèce est trompeur, comme étant entièrement subjectif et relatif, qui pis est, c'està-dire dépendant de préjugés antérieurs qui inclinent ceux qui le consultent vers un côté qui n'est que de caprice ? Assurément, Luther et Calvin ne goûtaient pas de la même manière l'épttre de saint Jacques, lorsque celui-ci la jugeait divine^ tandis que celui-là n'y voyait qu'une lettre de paille. Michaèlis lui-même n'a pas fait difficulté de réprouver un goût de cette nature, comme parfaitement insipide. Voici comme cet écrir vain s'en est expliqué : « Quant à cette sensation interne, je dois confesser que je ne l'ai jamais éprouvée, et ceux qui l'éprouvent ne sont ni dignes d'envie, ni plus près de la vérité , puisque les mahométans l'éprouvent aussi bien que les chrétiens ; et comme cette sensation interne est la seule preuve sur laquelle Mahomet ait fondé sa religion, que tant de milliers d'hommes ont adoptée , nous devons en conclure qu'il faut s'en défier» (1).

En résumé, les protestants n'ont plus de moyens de défense : avec leurs principes, ils ne peuvent se tirer d'aussi graves difficultés. La multiplicité même des expédients qu'ils ont tentés ou imaginés en est la preuve évidente. Tout ce que nous avons dit par rap-

(1| IrUrod. au Nouv. Test., 4« édition, Genève, 1822, t. i"', lï« partie, ch. 3, sect. 2, p. 116.

port aux livres de l'Ancien Testament, s' applique pour les mêmes raisons, et même avec plus de force, à ceux du Nouveau. Car les protestants ne peuvent s'assurer du nombre des livres saints par l'autorité des Écritures elles-mêmes, puisque celles-ci n'en offrent nulle part le catalogue, ni par l'autorité de l'Église qu'ils refusent de reconnaître, ni au moyen de la critique biblique, ni par la tradition de l'Église primitive, ni par les monuments historiques, ni par les critériums internes, ni par aucune autre voie. J'ai dit, avec plus de force, puisque, par rapport aux livres deutero-canoniques en particulier, que de commun accord les protestants retiennent aujourd'hui dans leur canon , il ne se rencontre pas moins de difficultés ni de diversité d'opinions parmi les anciens auteurs et les Églises particulières primitives qu'il ne s'en est offert aux protestante par rapport aux livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament , pour les leur faire rejeter comme apocryphes. C'est pourquoi Luther et ses premiers disciples rayèrent du canon des saintes Écritures tous les livres du Nouveau Testament appelés aujourd'hui deuterocanoniques, et, par conséquent, l'épître aux Hébreux, la seconde de saint Pierre, la seconde et la troisième de saint Jean, celle de saint Jacques, celle de saint Jilde et l'Apocalypse (l). Beaucoup de critiques bi-

(1) Voir BoNFEERius, Prxloq. in totam 5. Script, ^ cap, iv, sect 1.

bliques modernes voudraient , par la même raison, retrancher du canon soit l'un soit Tautre des livres mêmes proto-canoniques du Nouveau Testament (1).

Qui décidera pourtant ces questions si graves? qui mettra fin à toutes ces contestations entre les protestants de toute communion, en faisant usage de leur règle suprême de foi , de manière à produire dans les esprits une certitude absolue? Personne assurément. J'ai donc droit de le dire encore une fois, et nous pouvons, sans craindre d'être contredits, conclure de tout ce qui vient d'être exposé sur ce premier point qu'il n'y a pour les protestants, en suivant leur règle, aucune certitude du nombre précis des livres qui forment le corps entier de la Bible.

II. De ce premier degré que les protestants ont à franchir avant de pouvoir arriver à établir leur règle de foi, dépend le second, qui est de s'assurer avec une entière certitude de l'authenticité et de l'intégrité de chacun des livres dont la Bible est composée. Et en effet, si, comme on l'a vu, ils n'ont aucune certitude du nombre des livres saints qui doivent faire partie du canon, conament pourraient-ils, avec leurs principes, s'assurer parfaitement de l'authenticité de ces livres et de l'intégrité du texte, comme de toutes les parties qui

(1) Voir les prol. de Rosenmuller TAncien à chacun de ces livres, ainsi que ceux de Kuinoel aux livres historiques du Nouveau Testament,

les composent ? Voilà un second degré à franchir qui ne leur sera pas moins insurmontable que le premier^

L'Écriture garde là^dessus un silence absoki II n'est dit mot d'un grand nombre de ces livres, ni dans l'Aîicibn Testament ni danël le Nouveau ; et^ quand même il eft serait fait rnentioû qùélqtie part^ il resterait toujours à prouvéf l'authenticité du livre et du passage où il en serait parlée et^ peU* cônséqûeiit^ là qUcfâtion demeure toujours sans réponse et le pro^ème sans solution^ Si^ pour qu'un livi*e ou une pài*tië de livre soit authentique, il faut qu'il ait pour auteiur eelui à qui on rattrîbue^ il est impossible dé déhiontrer l'authenticité d'une grande partie des Rvres tant de TAncieft que du Nouveau Testaments Car il faut obsefVei* ^ue m^& ne ôorihàissoris ni les auteurs de bien des livres de l'Ancien Testament, ni Tépoque précisé où ils Meiit écrits i tet (Ju'ainfei il est irtiposfeible feuî proteslànts d'etl établir l'authenticitôi Car, si tant de critiqués modernes ont non-seùlenient raife en doute^ riiais nié mênâe l'authenticité duPentateuque comme ouvra^ de Moïse, quoiqu'elle soit la moins contestée^ et qu'elle soit prouvée par de si Bolides liaisons (l)tqu6 u'aûrons^nouspafe à dii*e des livres de Job j de Josué, des

(1) Pour ne rien dire de Hobbes, de La Peyrère, de Spinosa, et d'âtittes un peu plue aîtelens, FtiMa, Nactigal, Vater, de Wette, Bertholdt, Vdnëy, veulent ^lie le Pehtateuque soit aiH térieur de plusieurs siècles à Moïse. Voir RoSENiittriiLE».

— im —

Jiiges, de Rùth^ des Rdi^^ des Paràlipomènes et des autres (1) ?

Gomment donc pourront-ils savoir avec certitude que les auteurs de ces livres sont dignes dé foi? Que s'ils Recourent à T autorité de la synagogue et au suffrage public et traditionnel de toute la nation juive, Ce qu'on pourrait nier encore au moins de plusieurs sectes qui se s6nt élevées parmi ce peuple, la même rétorsion revient toujours : pourquoi refuser à l'Église et à la chrétienté entière l'autorité qu'on accorde à la synagogue et au peuple juif?

Le même raisonnement a une égale force par rapport aux livres du Nouveau Testament. Qui nous assure que les livres en ont été vraiment écrits par les auteurs dont ils portent les noms? Que ces noms se lisent en tête, ce n'est pas là un argument irréfragable ou une preuve tout-à-fait sûre. Personne n'ignore en effet que rinscription du nom ne suffit pas pour témoigner avec certitude del'idendité de l'auteur. Yoyez, par exemple (pour ne pas sortir du sujet qui nous occupe ici), encore bien que la seconde épître de

(1) On trouvera cités dans le même auteur beaucoup de protestants aticiens et modernes qui ont regardé le livre de Job comme une fiction morale et poétique.

Ghïringhello {De libris historicis antiqui fœderis prwlu- (lones) rapporte, avec une vaste et profonde érudition, les jugeilïônts qu'ont portés contre cliadùii de ces livres les critiques anciens et modernes.

saint Pierre et celles de saint Jacques et de saint Jude, ainsi que l'Apocalypse, portent expressément les noms des apôtres auxquels elles appartiennent, pendant combien de siècles elles ont été tenues pour suspecteset presque pour apocryphes par quelques anciens Pères, et même par des Églises particulières tout entières (1) . N'est-ce pas Luther , comme nous l'avons vu tout à l'heure, qui avec ses premiers disciples a nié ouvertement l'authenticité de ces livres? N'est-ce pas de nos jours encore que Michaêlis a élevé des doutes sérieux sur l'authenticité de ces mêmes écrits, et s'est

(1) Sans vouloir tirer parti du silence des anciens Pères, même des deux premiers siècles, qui ne font aucune mention de ces livres, nous savons par Eusèbe, Hist. eccLy 1. m, ch. 3, où il le rapporte en termes exprès, que quelques-uns de son temps ne craignaient pas d'afl^mer que la seconde épître de saint Pierre n'avait pas été reçue par les anciens au nombre des livres sacrés. On sait tout ce qu'a écrit saint Denis d'Alexandrie au sujet de l'Apocalypse, dont il rapporte que quelquesuns de ses devanciers avaient tenu pour fausse l'inscription du nom de Jean mise en tête de ce livre, qu'ils prételidaient même être l'œuvre de Cérinthe. Et, bien qu'il ne déclare pas la rejeter, il n'en pense pas moins qu'elle n'est pas l'ouvrage de saint Jean l'apôtre : voir Eusèbe, 1. 7, c. 25. Au livre m, c. 26, Eusèbe, faisant le dénombrement exprès des livres du Nouveau Testament universellement admis comme sacrés, et puis celui des douteux, range dans ce dernier nombre l'épître de saint Jacques, celle de saint Jude, la seeonde de saint Pierre, la deuxième et la troisième de saint Jean , qu'il appelle

décidé assez clairement pour la négative (1) ? Que si cela a lieu pour les écrits mêmes qui portent clairement le nom de leurs auteurs et s'adressent, non pas seulement à quelque particulier , mais à des Églises entières, que dirons-nous des autres écrits qui n'ont pas ce caractère? Or, tels sont les quatre Évangiles : c'est une chose admise aujourd'hui comme incontestable, par tous les critiques, que l'épigraphe mise à chacun de ces livres, selon saint Mathieu, selon saint Marc, etc. , a été ajoutée par une autre main que celle des évangélistes eux-mêmes, qui ont intitulé leurs écrits d'une manière différente. Saint Mathieu, par exemple, a nommé son Évangile : Le livre delà génération de Jésus-Christ; saint Marc a nommé le sien : Le commencement de l'Évangile de Jésus- Christ. Telle est aussi l'épître aux Hébreux, dont le véritable auteur a été longtemps révoqué en doute par plusieurs Églises (2). Tertullien n'a pas craint de l'attribuer à saint Barnabe (3). C'est une chose très

(11 Introd» au Nouv. Test. y par J. de Michaëlis, 4« édit., par J.-J. Chenevière; Genève, 1822, t, iv, c. 26, sect. 8; c. 29, sect. 6; c. 33, sect. 3; c. 28, sect. 1,

(2) Voir EusÈBE, Hist. eccL, 1. m, c. 3.

(3) Tertull. 1. De Pudicitiai c. 20. Peut-être que, comme le conjecture le P. Le Coutelier, Tertullien, n'ayant pas lu la lettre de saint Barnabe écrite aux Hébreux, comme on le disait, et beaucoup de personnes ne sachant à cette époque à qui attribuer rÊpître aux Hébreux, il avait pour cette raison rap-

connue pour qui a seulement quelque notion de l'antiquité ecclésiastique, que beaucoup des hérétiques voisins du temps des apôtres, comme les cérinthiens , les ébionites, les gnostiques en général, nièrent l'authenticité d'une grande partie de nos livres (l) , et en substituèrent d'autres à leur place, comme nous le dirons dans la suite. Nous savons de plus que les Pères les plus anciens, comme saint Justin, saint Irénée, TertuUien, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Cyprien , saint Ambroise , sans parler des auteurs très anciens des canons des apôtres et des constitutions apostoliques, des lettres attribuées à saint Clément , etc. , admirent comme canoniques et sacrés plusieurs livres rejetés depuis comme supposés et apocryphes, et qui se rapportent tant à l'Ancien qu'au Nouveau Testament (2). On compte plus de trente

porté cette épître à saint Barnabe. LeCJoutelier, Patrum apost.^ Anvers, 1698, t. ler, p. 7, eol. 2.

(1) Voir saint Augustin, 1. 17, Contr. Faust. Manich.y c. 2 et 3; et 1. 32, c. 2, où il réfute les manichéens, qui niaient l'authenticité des Évangiles. Marcion rejetaFÉvangile de saint Mathieu. Voir "ftiiTULL. 1. 3, Con Marcion., c. 2-6. De même, Ebion, Cérinthe , Cerdon et Marcion rejetèrent FÉvangile de saint Marc. Les cérinthiens et les ébionites rejetèrent les Évangiles de saint Marc et de saint Jean. Ainsi firent-ils de l'épître de saint Paul et des Actes des apôtres. Mardon n'admit que l'Évangile de saint Luc ; encore i'avait-il altéré, decurta-tum, comme l'écrivait TertuUien.

(2) Je donnerai ici, en les prenant comme au hasard, qu^-

feux Évangiles qui furent publiés dès Faiitiquité la plus reculée, sous le nom soit d'un apôtre, soit d'un autre, ou sous divers titres , par exemple, selon leà Égyptiens i selon les Hébreux y F Évangile de t enfance, etc. On répandit de même de prétendus Actes de plusieurs apôtres , des lettres, des révélations, des Apocalypses (1). Eh bien,, qu'on supprime un instant Tautorité de l'Église, il n'y a plus moyen de sortir des immenses difficultés qui résultent de tous ces feits : d'autant plus que, quand on rejette cette divine autorité, on doit attribuer au témoignage des hérétiques de ce temps-là la même valeur qu'à celui des Pères

ques preuves de œs assertions diverses. Saint IeéNÊe, 1. 4, c. 20, cite conune livre' sacré le Pasteur d*Hermas, ce que firent aussi Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origènc, etc. (Voir Le CîoxrrELiER, Judiciade Herma). Ainsi la lettre de saint Barnabe a été citée comme de la sainte Ecriture par Origène dans son Cornihentaire sur Vépïfrê aux Romains^ c. 1, v. 24, et dans son liv. 1 contre Celse, où il donne à cette lettre Tépithète de catholique. Les lettres de saint Clément ont été rangées au nombre des livres canoniques dans le dernier des canons des apôtres , et beaucoup d'ancien* les ont considérées comme telles. Ces canons apostoliques eux-mêm^ sont admis parmi les saintes Écritures par saint Jean-Damascène, par le concile <n7V«//odeCon8tantinople en 692. (Voir Le GotTTELîRR, Judiciumdepriore eplst, sancti démentis; voir aussi BèVere- Gius, Codexcarwnurn Eccl. primit>)'ÏQT\xiXAeri {Decultu fœm.) cite ce livre d'Hénoch comme inspiré. Ces exemples peuvent suffire.

(1) Voir FamuCius, Codex apocryph. N.-t,, Naumbourg, 1703, p. 1 ; Calmet, Diss, in Ev. apocr.

du même temps (1). De. là vient que quelques critiques bibliques protestants même de notre siècle rejettent une partie considérable des livres du Nouveau Testament (2). L'Évangile en particulier de saint Jean a été dans ces derniers temps l'objet de leurs attaques, et quelques critiques protestants ne le citent plus guère que sous le nom général de Y Auteur de l'Évangile de saint Jean (3). De même, pour l'épître aux Hébreux, ils ont coutume de dire V Auteur fabuleux de cette lettre (4) ; et ainsi des autres. Par contre, Strauss attribua d'abord à tous les Évangiles une origine mythique ; mais ensuite se rendant aux docu-

(1) Fabricius, ihid, p. 2 ; Calmet, 1. c.

(2) Herder, Eckermaim, Giesler, Sârtorius, Paulus, cités par Kuinoel (Proleg. in Ê'î;angf.), soutiennent que nos Évangiles ont été composés par des écrivains inconnus qui avaient recueilli ce qu'ils racontent de la bouche des apôtres. Je passe sous silence l'hypothèse de l'Évangile araméen, qui serait la source commune d'où seraient sortis les trois Évangiles synoptiques, savoir ceux de saint Mathieu, de saint Marc et de saint Luc, comme l'a conjecturé le premier Michaëlis, et comme l'a soutenu après lui en forme de thèse Kuinoel, ainsi que plusieurs autres.

(3) Vogel est d'avis qu'un chrétien hébraïsanten est l'auteur. Ballenstadt et Horst l'attribuent à quelque Alexandrin inconnu du premier ou du second siècle Bretschneider veut qu'il soit l'ouvrage d'un philosophe d'Alexandrie. (Voir Kuinoel, Pro/egr. in Joann.]

(4) Wegscheidee, Instît, theoL, ch. 2, p. 134; et avec lui ZiEGLER, Introd. in epist. ad Hebr.; Ammon, Bihlioih,theol., t. m, p. 17 et seq.

ments qui lui furent objectés, il en excepta le seul Évangile de saint Jean (1), ce qui était annuler tout son système subversif du Christ historique.

Et pour dire quelque chose aussi de ce qui regarde rintégrité des livres saints , les mêmes difficultés se présentent aux protestants dans leur système , et les empêchent de déposer tout doute à ce sujet. Pour ne rien dire encore, par crainte d'être trop long, de celles qui concernent les livres de l'Ancien Testament, combien de parties des livres du Nouveau n'ont-elles pas été niées ou mises en doute, et par les anciens critiques, et par les bibliques plus récents? Il serait superflu de parler des anciens hérétiques, que les Pères et les écrivains ecclésiastiques ont appelés de concert corrupteurs de la Bible, interpolateurs des livres saints. Saint Irénée, dans plusieurs endroits de ses écrits (2), etTertuUien (3) fournissent, sans parles des autres, la preuve de ce fait (4). A nous en tenir dwic aux critiques modernes protestants, nous les voyons révoquer en doute les deux premiers chapitres de saint Mathieu (5) , les deux premiers de

(1) Fie de Jésus-Christ, 3« édition.

(2) L. IContr, hœr,, c. 1, 6, 8 et a/, passim.

(3) De came Christi, c.Q; De prœscript., c. 38, où se lit ce mot si vrai contre les hérétiques : Alius manu Scriptural, alius sensu, expositione intervertit; Scorp., c. 1 et al.

(4) Ce sujet est traité ex professa par Germonius dans son ouyroQe De veteribus hœret. eccles. codic, corruptoribus.

(6) Voir Cellérier, Essai d'une introd. crit,^ Genève, 1823.

saint Luc (!)• La même chose doit se dire du dOTuer chapitre de l'Évangile de saint Jean, dont l'authenticité demeure toujours problématique aux yeux de quelques protestants (2) qui, lorsqu'ils en parlent, ont coutume de dire Y Auteur du chapitre xu de mint Jean. Et cependant toutes ces parties d'Évan* giles sont proto-canoniques. Que n'aurons-nous pas à dire des parties deutero-canoniques, telles que sont les douze derniers versets du dernier chapitre de saint Marc, les versets l\& et kk du chapitre xxii de saint Luc, l'histoire de la femme adultère au chapitre v«i de saint Jean, le miracle de la piscine probatique au chapitre v, objets de sévères discussions pour les anciens comme pour les modernes (3)? Faut-il rappeler aussi la trop célèbre controverse élevée sur l'authenticité du verset 7, chapitre v, de la première épître de saint Jean, c'est-à-dire des trois témoignages célestes, que les critiques protestants les plus modernes voudraient effacer d'un accord unanime, et qu'ils retranchent effectivement du texte sacré (li) ? Je ne dissimule pas que beaucoup

(1) Ibid,

(2) Voir Grotius, Adnot, ad Joann., c. 31 ; Ge:\ Joh. Vossius, Harm. Evang,, l 3, c. 4, § 8; Leclero, BiblMh. univ,, t. xn, p. 475; Paulus, Repert,, t. ii.

(3) Tout ce sujet a été traité au long par Cellérier, ouvr. cité, section 6, après Michaëlis et Hug.

(4) Voir ?rœlect, theol. de Fauteur Tmct, de THn,, c. 2, prop. 2.

— 46Ï — d'habiles protestants ont fait tous leurs efforts pour venger l'authenticité de plusieurs de ces passages controversés ; mais ils ont été , comme on le sait, contredits par d'autres, et par conséquent tout se réduit à une affaire de pure critique toujours variable et incertaine. Tandis que ces parties de l'Écriture étaient ou niées ou mises en question, comment pouvait-on tenir pour certaine l'intégrité du texte biblique? Ces questions ne sont pas terminées à tout jamais, et elles pourraient revivre avec plus de force. Et voilà remise à une nouvelle épreuve la foi du protestant, au moment où il commençait à se fier à sa règle.

Concluons donc aussi cet autre point, que le protestantisme ne peut, en vertu de ses seuls principes, se former la certitude de l'authenticité et de l'intégrité de chacun des livres qui composent l'Écriture ni de chacune de leurs parties.

III. Le troisième degré à franchir pour les protestants avant d'établir leur règle de foi est l'inspiration divine des livres saints, s'ils veulent être certains qu'en croyant ils s'appuient indubitablement sur la parole de Dieu. Mais c'est à quoi ils ne parviendront jamais. Ils ne peuvent s'en assurer par l'Écriture elle-même, puisque ce serait faire un cercle vicieux, en prouvant l'inspiration de l'Écriture par l'Écriture, c'est-à-dire par la chose même dont l'inspiration divine est toujours en question. Il y a plus : nulle part

l'Écriture ne dit que tous les livres qui la composent, ou chaciui d'eux en particulier, ou chacune de leurs parties, soient divinement inspirés. Les expressions de saint Paul, conçues en termes généraux, Eloquia Dei (1), Omnis Scriptura divinitus inspirata (2), aussi bien que celle de saint Pierre : Spiritu sancto inspirati locuti sunt Dei homines (â), sont trop vagues et sujettes à de trop différentes interprétations, que donnent les protestants eux-mêmes (4). De plus, tant que le canon n'est pas fixé avec une entière cer-

(1) u Les oracles de Dieu» (Rom. m, 2).

(2) M Toute l'Écriture divinement inspirée»» {II Tim, m, J6).

(3) « Les saints hommes de Dieu ont parlé sous l'inspiration de l'Esprit-Saint ». (II Petr. i, 21).

(4) Donnons quelques exemples de cette diversité d'interprétations. Quelques-uns, comme Camerarius, pensent que les paroles de saint Paul à Timothée, Il Tim, m , 16 , ne se rapportent pas à tous les livres de l'Ancien Testament, mais sont générales, de sorte que leur sens serait celui-ci : « Toute Écriture « que Dieu peut avoir inspirée est utile, etc. »» Quelques autres les restreignent aux seuls écrits des prophètes, ou aux choses qui ont été écrites d'après le commandement exprès de Dieu. D'autres, comme Teller, les expliquent de manièDe à leur doncer le sens qui suit : « Tout bien spirituel a Dieu pour auteur et est comme inspiré de Dieu. »» Voir Rosenmuller in ii ad Tim.^ 3, 16. Selon Henrichs, les paroles de l'apôtre n'expriment qu'une pensée générale, ut adeo neque de r. T. neque de N. T. acclpienda sibi videantur. Kopp, Nov. Test. grœc. perpet. annof.illustratum, Gotting., 1768. Voir encore Knapp, Script a varli argumenii, Hall en Saxe, 1826, t. i, ad toc. II Peïri i, 19-21

titude et que l'authenticité de chacune de ses parties est ou niée absolument ou pour le moins révoquée en doute, il est impossible de savoir avec l'assurance requise quels sont les livres, ou parties de livres, divinement inspirés. Mais ce qui importe surtout, c'est que les passages allégués des deux apôtres ne se rapportent qu'aux seuls livres de l'Ancien Testament, et nullement à ceux du Nouveau, dont plusieurs même n'étaient pas encore écrits à cette époque, et les protestants sont les premiers à le reconnaître.

Que les livres saints aient été écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ou qu'ils ne l'aient pas été, c'est une question de fait, et le. fait ne se prouve que par des documents; or, les documents manquent aux protestants pour le Nouveau Testament tout entier. Cela est si vrai, que Turretin, et après lui Michaëlis, pour se tirer d'embarras sur unpointde cette importance, n'ont pas craint de dire que, comme nous savons que les apôtres étaient inspirés pour ce qu'ils avaient à écrire, comme pour ce qu'ils avaient à prêcher, la question de l'inspiration de leurs écrits se trouvait résolue du moment où leur authenticité était prouvée. Mais en faisant même abstraction des difficultés passablement graves que soulève, comme nous sortons de le voir, la question d'authenticité, si une telle réponse avait quelque valeur, il s'ensuivrait que nous serions tout au plus certains de l'inspiration des seuls écrits des

apôtres; mais qu'en serait-il donc alors des écrits de leurs disciples, comme l'ont simplement été saintMarc et saint Luc? Et de fait, Michaëlis a été conduit par ce système à effacer du catalogue des livres inspirés les deux Évangiles que je viens de dire, les Actes des apôtres et l'épître aux Hébreux, dont il nie ou incline du moins à nier qu'elle soit de l'apôtre saint Paul (1) ; et il faut dire la même chose d'autres écrite que la plupart des protestants reçoivent comme canoniques et par là même comme divinement inspirés, ce qui n'empêche pas ce critique, -soit de les retrancher du nombre des Uvres inspirés, soit du moins de les considérer comme douteux.

Que si l'on veut étendre l'inspiration aux écrits des disciples des apôtres, comme à ceux de leurs maîtres, on donnera alors dans un autre écueil, qui sera de mettre au nombre des livres saints le Pasteur d'Hermas, l'épître dite de saint Barnabe, les deux épîtres de saint Clément de Rome, d'autant plus que pluaeurs anciens ont reconnu pour tels ces divers écrits; et cependant les protestants refusent avec raison de les considérer de même,

(1) Voir l'ouvrage cité, Inirod., c. 24, sect 16, 17, p. 245 et suiv. Cet auteur se montre pareillement indécis pour dire quel est l'auteur de l'épître de saint Jacques (c. 26, sect. 2, p. 370). 11 nie expressément un peu plus loin l'inspiration de l'épître de saint Jude (c. 29, sect. 5).

Quelque^uns d'entre eux, en désespoir de cause, ont pris le parti de dire qu'on a inféré l'inspiration des livres du Nouveau Testament de celle des livres de l'Ancien, uniquement par analogie, c'est-à-dire sans aucune preuve. Ce qui n'est qu'une supposition gratuite, imaginée pour s'exempter de recherches pénibles et sans fruit. Ce qui nous donne aussi le droit de conclure a pari que, pour les protestants qui rejettent l'autorité de l'Église, il n'y a pas de moyen de s'assurer de l'inspiration, soit de chacun des livres, soit des diverses parties de chacun de ces livres qui composent le corps de la Bible. Nous pouvons confirmer notre assertion en appelant à notre appui un nom qui n'est pas suspect à nos adversaires, à savoir celui de Barclay, qui, pour prouver la vérité de son système d'inspiration privée, pressait ainsi les protestants : « Par exemple, écrivait-il, comment un protestant peut-il prouver par la sainte Écriture, à celui qui le nie, que l'épître de saint Jacques est canonique (et par conséquent inspirée)? Ainsi donc, il faut nécessairement opter entre ces deux partis : ou d'admettre que nous connaissons l'authenticité de l'Écriture par le témoignage même que nous en rend au fond de nos cœurs l' Esprit-Saint, qui l'a dictée (c'est le système des amis ou des quakers) , ou de retourner à Bome faire l'aveu que c'est par la tradition que nous savons que l'Église l'a insérée dans son canon, et que l'Église est infaillible. Trouvez, si vous le

pouvez, un milieu entre ces deux extrêmes» (1). IV. Venons au dernier degré, que nous avons dit être infranchissable pour le protestant, et qui est d'établir, comme articles de foi, chacun des points passés ici en revue ; c'est ce qu'il ne nous sera pas difficile de démontrer. La foi doit nécessairement s'appuyer sur la parole de Dieu, écrite ou traditionnelle. Mais les protestants refusent de reconnaître la tradition divine, et l'Écriture se tait sur tous les points que nous avons parcourus : il ne leur est donc possible en aucune manière d'avoir jamais la foi sur ces articles. Que nos adversaires s'agitent et se débattent: ils ne pourront, malgré tous leurs efiorts, échapper à cette conséquence, aussi accablante pour eux qu'elle est naturelle et logique. C'est pour cela que , voulant se tirer d'une si terrible perplexité, quelques-uns d'entre eux ont pris le parti de tout accorder, en affirmant que la canonicité, l'authenticité, l'intégrité et l'inspiration des livres saints sont comme un préliminaire ou un préambule de la foi qui doit se supposer admis, de même que l'existence de Dieu et le fait delà révé-

(1) Exempli gratia, quomodo potest protestans alicui neganli Jacobi epistolam esse canonicam per Scripturam probare? Ad hanc igitur angustiam res necessario deducta est : vel affirmare quod novimus eam esse authenticam eodem spiritus testimonio in cordibus nostris quo scripta erat, vel Romain reverti... Médium si quis possit, inveniat. Rob. Barclaius, Tkeologiœ vere christianœ, éd. sec. Lond., 1729, p. 67.

lation (1). Or, qui osera jamais nier que les points que nous discutions tout à l'heure soient autant d'articles de foi? L'Église, en touttenips, les a tenus pour tels, et elle l'a défini ouvertement dans le concile de Trente (2) ; elle a toujours condamné, comme hérétiques, tous ceux qui ont osé attaquer soit l'un soit l'autre de ces articles, en ce qui regarde les livres admis par l'Église miiverselle, comme l'attestent amplement les Pères qui les ont combattus (3). Les protestants eux-mêmes n'en ont pas pensé autrement jusqu'à ces derniers temps ; ils ont constamment admis, en premier lieu, comme un des premiers et desplus solidesarticles de foi, l'Écriture sainte, et non-seulement comme un article de foi, mais comme l'unique règle de foi. Autrement, si lesdivines Écritures ne sont pas de foi, comment pourront-ils en faire découler des articles ou des vérités de cette nature? La conséquence serait plus étendue que les prémisses. Et il n'y a point ici de parité avec l'existence de Dieu et de la révélation ; car

* (1) JosiAH CoNBER, On protestant non-conformity, Lond., 1818, t. II, p. 34.

(2) Sess. 4.

(3) On peut voir entre autres ce qu'ont dit saint Irénée contre les diverses sectes des gnostiques; Tertullien, dans son livre des Prescriptions ^ dans celui qu'il a écrit contre les valentiniens, et dans ses cinq livres contre Marcion ; saint Epiphanes contre les alogiens et les gnostiques. Sixte de Sienne a traité la chose au long dans sa Bibliotheca sancta, 1. 3, c. 7.

l'existence de Dieu, en tant que vérité naturelle, peut et doit se prouver par la seule raison, ainsi que l'existence de la révélation , qui peut être connue par les motifs de crédibilité, et Tune et l'autre doivent nécessairement précéder un article de foi quelconque ; tandis que Texistence de livres saints, leur inspiration ou l'inspiration de leurs auteurs est une chose de pur fait qui dépend d'un acte positif de la volonté divine, et elle ne peut se connaître que par la manifestation que Dieu en a faite lui-même, par la manifestation de ses actes comme de ses volontés. Or, une telle connaissance ne peut s'obtenir que par l'un de ces deux moyens, ou par l'Écriture elle-même, ou par la tradition divine. Mais nous avons démontré qu'elle ne peut s'obtenir par l'Écriture : reste donc qu'elle s'obtienne par la tradition toute seule. Il n'y a pas moyen d'échapper à cette conclusion.

D'autres ensuite sont venus dire , pour la môme raison, que c'est se donner une peine inutile et superflue que de chercher à s'assurer de la révélation divine des Écritures, ipuisqu' elles sont ce qu'elles sont indépendamment de toutes nos recherches. Excellente réponse ! Mais la question roule précisénaent sur la connaissance que nous po^lvons acquérir de l'inspiration des Ecritures ; c'est nous qui devons savoir si les Écritures sont inspirées on non, afin que nous puissions avoir une règle de foi ; si nous restons dans le doute sur un objet si important , comment

pourTon&-nous faire un acte de foi sur ce qui est contenu dans les Écritures?

Il est temps de tirer la conclusion de tout ce que nous venons de prouver. Combien est déplorable la condition du protestantisme qui, s' étant révolté contre l'Église, a cessé de reconnaître son autorité, pour proclamer l'Écriture comme unique règle de foi , sans être en état de savoir ni de certitude humaine, ni de foi divine, ce ^e l'Écriture est ou n'est pas. Déplorable condition de ces hommes qui font reposer leurs étemelles destinées sur ce qu'ils ne connaissent pas, sur ce qui leur est contesté par beaucoup même des leurs, et qu'un si grand nombre d'entre eux vont jusqu'à rejeter absolument. Et, cependant, qui le croirait, comme s'il s' agissait d'une vérité incontestable, d'une vérité de la dernière évidence, ils invoquent comme un axiome, comme un postulatum, ils font résonner continuellernent sur leurs lèvres : La Bible, toute la Bibley rien que la Bible ; et, fiers d'une si belle découverte, ils insultent aux catholiques comme à des gens arriérés, qui sont bien loin des sublimes hauteurs où eux-mêmes sont parvenus ! Je n'en suis pas moins intimement persuadé et convaincu, et tout juste appréciateur des choses le sera comme moi, que, sans l'Église catholique , l'ingrat protestantisme n'aurait jamais eu la Bible entre les mains, et que jamais il ne l'aurait tenue, cette Bible, pour canonique, pour digne de foi, pour divine , sans cette même Église,

C'est ce que Luther lui-même a reconnu dans un de •ses intervalles lucides, ou, pour mieux dire, ce qu'il s'est vu contraint d'avouer pour se défendre des assauts de Zwingle, dans leur colloque de Marbourg ; car, comme celui-ci lui objectait que le dogme de la présence réelle était un article du papisme : « Niez -h donc alors l'Écriture , lui répliqua Luther, puisque

nous l'avons reçue de ta papauté.... Avouons que, dans le papisme, il est des vérités de salut, oui, toutes les vérités de salut dont nous avons hérité : car c*est dans le papisme que nous trouvons les vraies Ecritures, le vrai baptême, le vrai sacrement de tautel, les vraies clefs qui remettent tes péchés^ la vraie prédication , le vrai catéchisme qui renferme l'Oraison dominicale, les vrais articles de foi; j'ajoute : le vrai christianisme » (1). Et il ne saurait

(1) Hoc enim pacto negare eos {sacramentarios) oporterel totam quoque Scripturam sacram et prœdicandi officium : hoc ENIM TOTUM A PAPA HABEMUS... No$ autcm fatcmur sub papatu plurimum esse boni christianiy imo omne bonum christinnum, atque etiam illinc ad nos devenme, Quippe fatemur in papatu veram esse Scripturam sacram, verum baptismum, verum sacramentum altaris, veros claves ad remissionem peccatorum, verum prœdicandi officium^ verum catechismum, ut sunt Oratio dominica, ariiculi fidei, decem prœcepta. Dico insuper in papatu verum christianismum esse. De rébus Eccl. controv,, auct. CI. De Sainctes, episc. Ebroic. in Normanniœ prov.; Paris, 1575. Vid. op. germanum Lutheri, Jenœ, fol. 408, 409 , cité par Audin, Hist, de la vie de Luther, t. ii ' ch. 23, éd. 2, p. 373 et suiv.

en être autrement ; car l'investigation humaine n'y suffit pas toute seule, comme le prouvent et les anciens païens qui en avaient connaissance, et ceux de de nos jours qui n'aperçoivent dans nos livres saints, que leur offrent les agents de la Société biblique, aucun caractère d'inspiration divine, ni même d'authenticité et d'intégrité. La seule main qui les présente avec autorité aux nations, comme de la part de Dieu, est la seule aussi qui puisse leur donner la certitude de l'œuvre divine que ces livres recèlent. Et comme la Bible ne saurait être un objet de foi sans l'Église , elle ne peut non plus sans l'Église servir de règle de foi. Sans l'Église, il n'y a, il ne peut y» avoir qu'incertitude, doute, désordre , division , luttes terribles, présomption , extravagance, avec les maux qui en sont la suite inévitable, comme l'expérience de trois siècles nous en fournit la preuve. La règle de foi des protestants, considérée au point de vue biblique, est donc défectueuse par rapport aux fondements que la Bible suppose comme lui étant antérieurs.

T. I. it

ARTICLE II

La règle rationnelle de foi protestante, au point de vue biblique, n'a point de fondements dans TÉcriture ellemême, et sV trouve au contraire condamnée.

Canon des protestants pour les articles à crmf e domine révélés dans la Bible. — Ils ne sauraient en prouver la vérité ipar la Bible ni avec la Bible. — La Bible leur enseigne même le contraire en termes explicites, — et par la nature de la mission confiée aux apôtres. — C'est ce que les apôtres ont confirmé par leurs paroles et par leurs actions. — Cette *ègle est en opposition directe avec l'enseignement de la Bible. — Textes que les premiers protestants alléguaient en preuve de leur système, abandonnés aujourd'hui par leurs successeurs. — Observation importante.

Pour qu'on pût avec quelque apparence de vérité »faire de la Bible la règle imique et suprême de la foi avec l'interprétation privée et ratiounelle de chacun ipour tout secours, il faudrait de toute nécessité que ce principe fût posé par la Bible elle-même daiis les termes les plus clairs. Les protestants eux-mêmes, en effet, ont pour canon fondamental de ne croire et de n'admettre que les vérités clairement exprimées dans la Bible (t). Si après une sérieuse investigation la chose reste douteuse et incertaine, ou si l'on ne peut l'établir que par le raisonnement humain, dès lors

(1) Voir (Jans Bellarmin, De Ferbo Dei.^ 1. ra, e. 1.

personne n'est obligé de l'admettre comme article de croyance. Que faudra-t-il donc que nous disions si l'Écriture n'en parle pas du tout, et que même elle y soit ouvertement opposée, qu'elle réprouve et condanrne nettement la prétention qu'on en aurait? Or, telle est la règle proclamée et adoptée par le protes* tantisme, de la Bible interprétée par le sens privé ou par la raison individuelle. Ce n'est là qu'une invention humaine sur laquelle la Bible ne dit rien, et que même tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle rapporte, concourt à condamner. L'examen détaillé que nous allons faire du vaste système harmonique que nous offre la Bible va nous fournir, sous son double point de vue, négatif et positif, les preuves évidentes de notre double assertion.

Demandons d'abord aux protestants où ils ont Itt que le Christ ait dit à ses apôtres : Écrivez et di^^ tribuez vos écrits y afin que chacun y apprenne ce qu'il a à croire et à pratiquer; ou bien : Allez et publiez l'Écriture pour que chacun en cherche par lui-même f intelligence^ qu'il en connaisse le contenu et se forme M foi d'après l'interprétation patticulière qu'il en fera. Que s'il s'élève, soit un doute, soit une dissidence d'opinion^ qu'on s'en rapporte^ pour en trouver le remède, à l'Ecriture elle-même mise par vous entre les mains de chaque fidèle. Il est bien certain qu'ils ne trouveront de tels passages nulle part dans l'Écriture ; et pourtant tout ce

qu'on est obligé de croire doit s'y trouver clairement suivant leur prinpipe.

Non-seulement ce que les protestants voudraient trouver dans l'Écriture ne s'y trouve pas plus obscurément que clairement exprimé ; mais on y lit précisément tout le contraire. Car l'Écriture enseigne que, pour instruire le monde des vérités du salut, Dieu n'a pas choisi l'Écriture, mais la parole vivante de ses envoyés, ce qui a fait dire à l'Apôtre en termes absolus : La foi vient de l'orne (1). De là vient que Jésus-Christ a dit à ses apôtres pour leur marquer leur mission : Allez^ et emeignez à toutes tes nations à observer toutes les choses que je vous ai commandées (2). Et eux, en effet, sont allés et ont prêché partout (3) , ainsi que saint Marc l'atteste dans son Évangile. Et l'apôtre saint Paul, après s'être fait cette question : Peut-être que les Gentils n'ont pas entendu? y répond par les paroles du Psalmiste : que le son de leur voix s'est fait entendre par toute ta terre y et que leurs paroles ont retenti jusqu'aux extrémités du monde (û). La propagation de la foi s'est donc faite uniquement par la prédication, et les peuples qui se sont convertis à Jésus-Christ ont acquis par la prédication évangélique, h l'exclusion de tout

(1) Rom. x, 17.

(2) Mat. ult.

(3) Marc. ult.

(4) Boni.. 1. c.

autre moyen, la connaissance de tout ce qu'ils avaient à croire pour être sauvés. Dans toutes ces conversions, il n'est dit mot de l'Écriture, si ce n'est qu'elle a servi aux habitants de Bérée de motif de crédibilité pour croire à l'Évangile, en voyant l'accord des prophéties avec l'accomplissement qu'elles recevaient en Jésus-Christ, que Paul leur annonçait. Us examinaient tous tes jours les Écritures, porte le texte sacré, pour voir si ce qu'on leur disait était véritable (1) . Or, si un effet ne se continue qu'en vertu de la cause qui l'a produit, il faut dire que la foi n'a dû se maintenir dans sa pureté qu'en vertu de cette prédication même, ou de cet enseignement de vive voix dont elle a tiré son origine.

Cette vérité est, en outre, confirmée par les prescriptions générales faites, comme l'Écriture le rapporte, par Jésus-Christ et ses apôtres. Notre divin Rédempteur ne recommande jamais rien avec plus de force que la soumission due à ses envoyés, nonseulement pour les choses à faire, mais encore et surtout pour les vérités à croire. En voici des témoignages bien visibles : Celui qui vous écoute m'écoute (2). Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain (3). Si quelqu'un refuse de vous recevoir

11) Act. XVII, 11.

(2) Luc, X, 16.

(3) Matth., XVlli, 18.

et d'écouter vos paroles^ en sortant de cette manon ou de cette ville ^ secouez la poussière de vos pieds : en vérité, je vous le dis, les peuples de Sodome et de Gomorrhe seront traités avec moins de rigueur que cette ville au Jour dujugetneni (1). Je prie non-seulement pour eux {c^esti^dire pour les apôtres), mais aussi pour ceuoa qui croiront en moi par leur parole, afin que tous ensemble ils ne soient qu'une même chose (2). De ces témoignages et d'autre semblables il résulte évidemment que If ordre voulu par le Sauveur dans son Église, par rapport à la propagation et au maintien de la foi, a été qu'elle reposât tout entière, non sur l'Écriture, dont il n'est jamais dit Bîot, BBiais uni^ quement sur l'autorité vivante d« ceux qu'il envoyait comme ses députés et ses représentants. Cette misâon, sans doute, ne se bornait pas aux seuls apôtres, mais elle s'étendait àtousleurs successeurs qui aurai^t à continuer leur œuvre jusqu'à la fin des siècles, comme il le fait entendre lui-même, et par leg dernières paroles que nous venons de rapporter, par lesquelles il prie aussi pour ceux qui, à la parole des apôtres, croiraient en lui, et plus clairement encore par celles qui terminent l'Évangile de saint Mathieu : Voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consom--

(1) Id. X, 14, 15.

(2) Jean, xvii, 20.

mation des siècles (1). Or, que ce ministèi^e dût comprendre spécialement le maintien des véritég de foi dans leur intégrité et leur pureté, la nature de la chose le dit assez d'elle-même, et les paroles du Sauveur : afin que tous ensemble ils ne soient qu^une même chose j c'est-à-dire qu'ils soient étroitement unis par les liens de la foi comme de la charité, ne nous en laissent aucun doute possible.

Les apôtres à leur tour nous le prouvent admirablement par tous leurs actes, La plupart de leurs écrits ont pour but de garantir la foi qu'ils avaient prêchée des explications maladroites, fausses et erronées des faux apôtres, des faux prophètes, de$ Antechrists, comme ils les appellent, ou des novateurs et de$ hérétiques, qui dès lors s'élevaient de tous côtés pour corrompre le sacré dépôt par les interprétations individuelles de leur sens privé.

(1) Mgr Wiseiïî^, dans la quatrième conférence de s» Con-r irov^erse catholique ^ analyse avec exactitude ce texte de saint Mathieu, et par la force du texte, par des observations philologiques, par le parallélisme des mots et des choses, il. fait voir clairem#nt qu'il s'agit d'une manifestation plus spéciale de la divine Providence, à l'égard des personnes à qui Dieu dit dans rÉcriture : Je suis avec vous ou je suis avec toi ; en sorte que Dieu promet alors de veiller d'une manière toute spéciale sur leurs intérêts, et de faire que toutes leurs entreprises réussissent infailliblement. Il démontre en outre que ces paroles : tous les jours jusqu'à la fin des siècles, ne doivent s'entendre que du temps qui s'écoulera jusqu'à la fin de tous les siècles. Nous présenterons ces preuves dans notre seconde partie.

Les preuves de cette vérité abondent, et sont on ne peut plus claires. L'apôtre saint Paul s'élève avec force contre ceux qui prenaient dans le sens d'une résurrection spirituelle et morale la doctrine de la résurrection future des corps (1); il se récrie vivement contre les faux docteurs qui permettaient l'usage des viandes immolées aux idoles (2) ; il prémunit les Thessaloniciens contre les vaines appréhensions que cherchaient à leur inspirer ceux d'entre eux qui, entendant à rebours ce qu'il leur avait écrit de la seconde apparition de Jésus-Christ, donnaient cette apparition pour imminente et répandaient ainsi parmi les simples de fausses alarmes (3) ; il tonne fréquemment contre les hébraïsants qui étaient parvenus à séduire beaucoup de fidèles, et particulièrement ceux de la Galatie, à qui ils faisaient envisager comme nécessaire au salut l'union des rites judaïques avec la loi chrétienne. Il avertit Timothée des temps fâcheux qui étaient arrivés ou imminents, où de faux docteurs répandraient des doctrines perverses en matière de foi comme de morale (4) ; en conséquence, il lui recommande avec instance de garder avec une fidélité inébranlable le précieux dépôt de la foi, et de le confier à des hom-

(1) I Cor, XV.

(2) Ibid, x, 14 et suiv.

(3) II Thess. n, 1 et suiv.

(4) I Tim. IV, 1 et suiv.

mes fidèles qui sauront le conserver après lui dans son intégrité et instruire les autres à leur tour (1). Il recommande à Tite de fuir la société des hérétiques, après les avoir avertis une ou deux fois (2). De même l'apôtre saint Jean ne s'est pas contenté d'écrire son Évangile pour l'opposer aux erreurs des docètes et des cérinthiens ; mais dans ses épîtres encore, surtout dans sa première, il s'applique à démasquer les faux docteurs (3). Saint Pierre, dans sa seconde épître, et saint Jacques dans la sienne, prémunissent les fidèles contre l'abus que quelques-uns faisaient des épîtres de saint Paul (4). Même chose à dire de l' épître de saint Jude. Il est clair, par tous

(1) I Tim. VI, 20, et II Tint, ii, 2.

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