TU. III
(3) C*estce qu'attestent saint Ii^énée, 1. m, c. 11, éd. Mass., et saint Jérôme dans son catalogue.
(4) Il PiEREEjffl, 16 ; Jacq., II, 14. Michaëlis, op, cit., t. iv, c. 26, sect. 6, nie que tel fût le but de l'auteur de cette épître (car il doute qu*elle soit de l'un des deux apôtres de ce nom), c'est-à-dire d'inculquer la nécessité des bonnes œuvres pour le salut contre ceux qui niaient cette nécessité en abusant de l'épître aux Romains. C'estcependant le sentiment bien avéré de la plupart des interprètes. Michaëlis s'appuie ici sur de pures conjectures. Voir Cellérier, Essai, 3* div., sect. 1, Épître de saint Jacques, où, d'accord avec Hug, il prouve avec beaucoup de force que l'hypothèse de Michaëlis est inadmissible, et que l'apôtre saint Jacques fait visiblement allusion au chap. iv de l'épître aux Romains, dont abusaient étrangement certains faux docteurs.
^ 486 — cm exemples que, bien loin de donner les Écritures pour unique règle de foi et juge suprême des controverses, les apôtres se réservaient ce jugement à eux-mêmes, et après eux à ceux qu'ils avaient établis pour leur succéder dans le ministère de la prédication. Or, parmi tant d'instructions qu'ils leur laissât, ils ne disent jamais mot de cd;te règle, et au contraire ils ont agi et parlé précisément à re* bours de ce que prétendent les protestants. ^ Mais voici un autre argument défait tiré des Écri-
tures, et qui démontare clairement que l'interprétatioii individuelle n'est pas la règle que nous cherchons. Il s'éleva parmi les nouveaux chrétiens d'Antioche une question qui troubla cette Église naissante et la tint très agitée : c'est la question des observances légales que quelques-uns croyaient nécessaires au salut. Dans le système protestant, tout fidèle aurait pu la décider seul par soi-même. Nul besoin d'avoir recours à une autre autorité, surtout si l'on eût admis l'inspiration particulière de l' Esprit-Saint, et il n'y aurait eu lieu à des dissentiments et à des discussions d'aucune sorte. Cependant il arriva tout le contraire. Les fidèles étaient divisés entre eux , les opinions incertaines et flottantes : tout était en combustion et en désordre. Dans cet état de choses on ne pouvait faire appel aux seuls apôtres Paul et Barnabe, parce que les perturbateurs les avaient rendus suspects aux fidèles. On fut donc obligé d'avoir recours au collège
aposÉoliqfae résidant à Jérusalem, et cette autorité trancha, comme on le sait , la que^^tion par une déci-r sion solennelle. Or, qu'on veuille bien remarquer que cette décision fut précisément tout opposée à rinterprétation individuelle de l'Écriture, sur laquelle s'appuyaient les nouveaux docteurs, qui y trouvaient d'un côté clairement exprimée l'injonction de telles observance dans toute la législation mosaïque et dans tous les écrits des prophètes, tandis que d'u« autre côté il n'y était fait nulle part mention expresse de dérogation à ces observances, assez du moins pour faire cesser toute anxiété et tout doute sur un point d'une aussi grande importance que celui d'où dépeiH dait à leurs yeux le salut éterneK
Lors donc qu'il s'élevait un doute ou quelque point dîflkile à résoudre entre les chrétiens de l'Église naissante, ils n'en appelaient pas à la Bible comme à leur juge suprême et infaillible, mais à l'autorité vivante de leurs^ pasteurs et de leurs maîtres tels qu'étaient les apôtres. Preuve irrécusable que ce n'étaient pas là les leçons qu'ils avaient reçues, ni la règle qui leur avait été imposée; autrement, comment douter qu'ils n'en eussent fait usage? Les apôtres ensuite, ou chacun à part, ou réunis en concile, y^ geaient ces questions portées à leur tribunal. Et il ne pouvait en être autrement, puisqu'à cette époque, ou bien les livres du Nouveau Testament n'étaient pas composés, ou bien il m noanquait encore une
bonne partie. Ainsi l'idée que l'Écriture elle-même nous présente du juge suprême des controverses, ou ce qui revient au même, de la règle suprême de foi , dès les premiers commencements du christianisme, nous apparaît toute contraire à celle que voudraient en donner les protestants.
L'Écriture ne nous fournit pas seulement des arguments négatifs dans la. conduite qu'elle nous présente des apôtres et des fidèles, pour renverser la prétention ou la machine élevée par le protestantisme : quelque forts et invincibles dans le système de nos adversaires que soient déjà ces arguments , l'Écriture nous en oiïre aussi de positifs et d'une plus grande force encore. Tel est celui que nous suggère l'apôtre saint Pierre, qui attaque de front cette prétendue règle. Cet apôtre déclare dans sa seconde épître que la prophétie de l'Écriture (soit qu'on entende par ce mot de prophétie les prophéties proprement dites ou les écrits des prophètes, soit qu'on entende l'Écriture entière) ne doit pas s'expliquer par une interprétation particulière ; mais que cette explication doit se faire par le même esprit qui les a dictées. Et l'apôtre attache à ce principe la plus haute -f importance. Voici ses paroles : Persuadés avant
toutes choses que nulle prophétie de r Écriture ne s'explique par une interprétation particulière; car ce n'est point par la volonté des hommes que les phophéties nous ont été anciennement apportées^
mais c'est par l'inspiration du Saint-Esprit que tes saints hommes de Dieu ont parlé (1 ) . Par ces paroles l'apôtre met en opposition l'esprit particulier, ou l'interprétation individuelle de l'homme, avec l'esprit de Dieu qui a dicté les Écritures ; et de plus, il le fait de manière à exclure l'inspiration privée que quelqu'un pourrait faussement s'attribuer. Car en opposant l'un à l'autre l'interprétation propre de chacun et l'esprit de Dieu qui a dicté aux saints leurs paroles, il suppose clairement que ce n'est pas le fait de chaque individu d'être inspiré de cette manière, comme le voudraient les quakers et les anabaptistes. S'il n'en était ainsi, le haut avertissement donné par l'apôtre n'aurait pas de sens , ou serait pour le moins vain et illusoire. De plus , ce même apôtre, et dans cette même épître, dit au sujet des épîtres de l'apôtre saint Paul : qu'il s'y trouve des endroits difficiles à entendre^ que des hommes ignorants et légers détournent en de mauvais sens, aussi bien que les autres Écritures, dont ils abusent à leur propre ruine (2). Si donc, au jugement de l'apôtre, les Écritures sont susceptibles d'être mal appliquées oa faussement entendues, soit par ignorance, soit par malice, comment pourront-elles jamais, interprétées au gré de chacun , constituer une règle , et une règle su-
(1) n Pierre, i, 20, 21.
(2| Ihid, m, 16.
prême? Qui voudra jamais accorder que l'interprétation à laquelle il s'attache est une interprétation mauvaise ou .fausse? Et quel moyen aura-t-on de l'en convaincre? Chacun soutiendra au contraire, et au besoin avec serment, que l'interprétation qu'il donne est légitime et la seule vraie^ et il ne manquera pas, si on le presse , de revendiquer pour lui-même une inspiration particulière du Saint-Esprit. Et notez bien qu'il se trouvera mainte et mainte fois cinq, six et davantage encoi*e d'individus en plein dissentiment entre eux , en contradiction flagrante sur le sens à donner à un seul et même texte. Force est donc de conolwe que le système que nous combattons est e» opposition directe avec l'Écriture, qui le réprouve et le condamne.
11 ndus semble à propos cepetidant de retïforCer encore tout ce que nous avons dit jusqu'ici par une preuve de fait , que nous fournissent malgré eux les protestants eux-mêmes, et cela avec les textes mêmes à l'aide desquels ils s'imaginaient donner quelque apparence de vérité à leur prétendue règle fondamentale. Dans les commencements de leur réforme , les protestants avaient entassé les textes pour prouver leur thèse ; mais ces textes en passant de main en main furent successivement abandonnés, comme insuffisants et de nulle valeur pour leur cause. Par exemple, ce qu'on lit dans Isaïe : Je ferai... que
tôtisvos fils soient instruits par le Seigneur (I) ; et cet autre passage qui se lit dans Jérémie : JHm^ primerai ma loi dans leurs entrailles, et je V écrirai dans leurs cœurs ^ et je serai leur Dieu, et ils se^ ronl^nwn peuple i et nul d'eux n'aura plus besoin d'enseigner son prochain et son frère , en disant : Connaissez le Seigneur, parce que tons me confiât-tront depuis le plus petit jusqu'au plus grand (2) ; tout cela avait été allégué à Tappui de leur i&ystème par les premiers réformateurs. Or, la plupart de leurs successeurs cmt reconnu, les uns, à savoir led rationalistes , qu'il n'y est question que d'une plus grande diffusion du monothéisme parmi les Juifs de retour de la captivité de Babylone (8) ; les autres, qui sont lœ protestants dits orthodoxes, qu'il n'y est fait allusion (fa'k la plus grande facilité qu'on aurait dans le Christianisme de connaître et 4e pratiquer la loi de Dieu (4). La même chose doit sè dire de plusieurs textes du Nouveau Testament qu'ils avaient coutume de citer avec la plus grande confiance, tels
{l)P(mam... univerms filios tuùs doetos a îy(mino. Is., LIV, 13.
(2) Dabo légem meam in vîsceribus eorum, et in corde eorum s(^bamèam.,. H non docebit ultra vîr proùclmum suum, dicens : Cognosce Dominum; omnes eriim cogn&sceftt rhe a fninîmo iforum iMftte ad maa^imutn. JÊR., "kXKi, 33, 34.
(3) Voir RosENMULLER sur ces passages.
(4) Voir les Critiqawsacrés.
— in —
que ce passage du chapitre v de saint Jean , où le Sauveur dit aux Juifs : Ce n'est pas d'un homme que je reçois témoignage (1) , et celui du chapitre vu : Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaitra si ma doctrine est de lui (2) , et cet autre du chapitre x : Mes brebis connaissent ma voix, et je les connais, et elles me suivent {^). Gomme si le sens de ces textes était que les chrétiens seraient pleinement émancipés de toute autorité en matière de foi, et n'auraient d'autres guides qu'eux-mêmes avec la Bible en main, les protestants les avaient continuellement à la bouche dans leurs disputes contre les catholiques. Eh bien, il n'y a plus maintenant un seul exégète protestant de quelque réputation qui en fasse usage. Ils reconnaissent, par rapport au premier texte, que Jésus-Christ n'y parle que de sa mission, pour laquelle il n'avait pas besoin du tériioignage de Jean-Baptiste (i) , puisqu'il avait celui de son Père dans les niiracles éclatants qu'il opérait. Ils avouent, par rapport au second, qu'il n'y est question que du caractère de la doctrine de Jésus-Christ, qui prouvait la divinité de sa mission, parce qu'en
(1) Ego non ah homine testîmonium accipio. Joan. v, 34.
(2) Si quis voluerît voluntatem ejus facere cognoscet de doctrîna utrum ex Deo sit, Ibid vri, 17.
{^)'Ov€s meœ vocem meam audiunt^ et ego cognosco eaSj et sequunturme, Joan. x, 27.
(4) KurNOEL et Rosenmulleb , aux endroits cités.
renseignant il cherchait, non sa propre gloire, mais celle de son Père qui l'avait envoyé. Ils admettent de même pour le troisième texte, que notre Seigneur y fait simplement entendre que ceux qui le suivaient le reconnaissaient pour le Messie, et lui obéissaient ou écoutaient ses enseignements en cette qualité.
Il en est de même des autres textes^ que les protestants avaient coutume de faire valoir à Tappui de la même thèse, mais qu'ils ne pourraient alléguer de même aujourd'hui sans s'exposer à la risée et aux moqueries des modernes exégètes. Tel était cet autre passage, qui leur faisait chanter triomphe, de la seconde épître aux Corinthiens, chapitre ii : L'homme spirituel juQB toutes choses^ et il rt est jugé par personne (1) ; comme aussi ce qu'écrivait le même apôtre aux Thessaloniciens, première épitre , chapitre v : Eprouvez tout, et admettez ce qui est bon (2). Car le premier de ces deux passages, comme il paraît par le contexte, n'est qu'une antithèse par laquelle l'apôtre oppose Thomme spirituel à l'homme charnel; et après avoir dit de celui-ci, c'està-dire de celui qui vit selon la chair, qu'il n'est pas propre à cause de ses vicieuses dispositions à juger coEMne il faut des choses spirituelles, qu'il ne saurait comprendre, il affirme par contre que l'homme spiri-
(1) Spiritvalis autem judicat omnia^ et îpse a nemin^^^icatur,
(2) OmtUa autem probate^ qtiod bonvm est fenefe, ^ y
tuel et parfait jug6 toutes choses -camme elles «ont, tmt pour son propre profit que pour celui des autres; mais il est loin de dire de rhomiMô même «pirituBl qu'il puisse s'arroger le droit de décider les qiieslioiîs en matière de dogmes, pocirilesqiieUes, au contraire, il déclare ailleursque Dieu avait lëissé des pasbeurs^t desdocteur&dâas son Église (1)» L'autre pasaage allégué coîiceme les divers doas que les théoiogiMS appeUent gratuitement donnés, qui éteieat alors communs dans l'Église, et dont l'apôtre reomimande de ne Caire usage qu'avec un ^sage diacernemèfit, pour qu'on puisse en retirer de l'utilité et du fruit {2).
Les textes sur lesquels n'ont pas cessé dMnsister les protestants modernes sont principalement l'emlroit de l'Évangile de saint Jeajû où le Sauveur dit a3ux Jiûffg : Vous lisez Avec soin les Écritures, parce que vous croyez y trouver la vie étemelle (S) ; et celui où le même apôtre écrivait : Vom n'avez pas besoin que personne mus enseigne; mais comme l'onction de Dieu^vous enseigne Imites cfmses M jfu'elle est la vérité exempte de ioui memmuge^ demeurez dans ee qu'elle vous émeifne (h)* Hais
(1) Voir RosENMULLER, scoHc sur ce passage même.
(3) Scrutamini Scrîpturas^ quia vos putatU in ipsis vitam œtemam habere. Joan. v, 39.
(4) Nm necesse habetis ^ aliqtdê éoceat vos; sed sicut
voici ^ue ^ejt.âjipui JbiWiqup leur e$t eneom enlevé p^ le^ e^éigètç^ pnotestaots plus mo^ernesi, qm fqnt obs^rv^r que le premier ie ces deux pî^sages aUègués n'a aucune force jprx)bante, attencju que le .^rw Utmim 4u texte latin ne doit pas 3e prendre dans le 3ens 4e riiwpératif , jnais au sens de l'indicatif, et ils le prouvent aoa-seulement par l'autorité des anciens interprètes, qui l'ont entendu de njênae, conome l'a fait, par icxemple, saint Cyrille <J' Alejûandrie, nws beaucoup plus encore par le fioi^texte, qui l'exige.. Ils obseiTvent, en outre, que ce tsxte ;§' adresse raux pharisiens, c'est-à-dire aux maîtres de la loi, et par conséquent qu'il n'a rien de commun avec la présente question. Le Sauveur a voulu simplement ooevaincre ces docteurs de la vérité de sa mission, et après les avoir renvoyés au témoignage de Jean-Baptiste, à celui de ses propres miracles , à celui de son Père^ il finit par en appeler aux Écritures, c'est-à-dire aux prophéties qui l'avaient annoncé, et c'est ce que démontrent évidemment les paroles qui suivent : Si v<ms croyiez à Moue, vom me, croiriez aus$i; car c*e$t de moi qu'il a écrit. Il est clair par là que le Sauveur n'a voulu faire qu'un argument ad hominem pour ôter à ses adversaires tout moyen de répliquer ; mais ces paroles ne font pas la moindre allusion à rinterprétation des Écritures comme suprême
unctioeyus docetvos de omnibus, et verumestetnon estmen^ dacium^ et sicut docuit voSj manete in eo» I JoÂîf. u, 27,
règle de foi, et ne regardent en aucune manière les fidèles, dont elles ne parlent pas plus que ce n'est à eux qu'elles s'adressent (1). L'opinion de nos adversaires est moins favorisée encore par l'autre passage, dans lequel r. apôtre n'a pas d'autre objet que de prémunir les fidèles contre les faux docteurs ou contre les hérétiques, qui, sous prétexte de leur donner une connaissance des vérités chrétiennes plus étendue et plus profonde, séduisaient beaucoup d'entre eux, et après leur avoir fait perdre la simplicité de la foi, leur faisaient adopter leurs funestes erreurs. C'est
(1) Voir KuiKOEL, Comment, in libros N. T. historicos, vol. m, in h. L, comme aussi Rosenmuller, Scholia in h, l. Voir surtout Wiseman, Cou fer. ix, où Téminent controversiste fait à ce propos les six observations suivantes: 1° que, selon la Vulgate et les anciennes leçons, les pharisiens disent de la même manière à Nicodème (Joan. vu, 52): Scrutare Scripturas, et vide quia de Galilaea propheta non surgit^ retournant ainsi les Écritures contre le Christ ; 2^ que le mot putatis exprime une improbation, au lieu que quand on approuve on se sert du mot scire ; 3* qu'il n'est question que des Écritures de l'Ancien Testament ; 4*» qu'il n'y est qjiiestion que d'un point particulier, au lieu que les protestants voudraient en inférer une règle unique sur tous les points en général ; 60 que le Christ n'a pas dit sufficiunt^ mais testimonium perhibent; 6" qu'il y a une différence essentielle entre la conduite qu'a tenue Dieu dans l'Ancien Testament et celle qu'il tient dans le Nouveau : de sorte qu'on ne peut pas appliquer au Nouveau sous ce rapport ce qui se trouve dit de l'Ancien. L'illustre auteur apptde en même temps de preuves solides chacune (le c^s remarques.
pour cela que l'apôtre de la charité les avertit de se tenir sur leurs gardes et de ne point écouter ces docteurs de mensonge, puisqu'ils étaient d'avance suffisamment instruits des vérités nécessaires au salut (1).
Et ici s'offre d'elle-même à nous une observation qui va très bien à notre sujet. Nous avons vu que les premiers réformateurs se fondaient pour leur thèse sur une multitude de témoignages bibliques, qu'ils opposaient aux catholiques comme autant d'arguments péremptoires. Par ce moyen, ils avaient su séduire et entraîner dans leur parti beaucoup de gens qui avaient cru pouvoir les prendre pour guides, de préférence à l'Église catholique, dans la recherche de la vérité. Et voilà que les protestants de nos jours, éclairés par une exégèse plus profonde, abandonnent ces témoignages comme ayant une tout autre signification que celle qu'on leur prêtait. C'est une preuve de fait et évidente, s'il en fut jamais, de la fausseté du système de l'interprétation privée (2).
(1) Tel est le commentaire de Rosenmuller lui-même dans ses scolies sur ce passage ; mais Bellarmin et d'autres controversistes ou interprètes l'avaient donné avant lui.
(2) Luther, l'inventeur de la règle de foi que nous discutons, nous offre lui -même un mojen de plus de confirmer ce que nous venonsde dire. En 1519, il citait en preuve de sa thèse de l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut plusieurs textes de la Bible, et entre autres le célèbre passage d'Isaïe, LXiv, 6: Et facti sutnus ut immundus omnes nos, et quasi pannus menstruatœ
Coiïïftîént donc les protestants, ne rofent-ils' pus que ce ne saurait être là une règle sÔne, et endore moins lâ règle unique et suprêtne de ïïotrer foi?
On peut conclure, ce mé semble, de cet exposé, 5 moins de vouloir fermer les yeux à la lumière, qtté bien loin que la Bible fournisse trii appui quelconque âtï système' protestant, elle lui fait touf-â-faît défktrt éf ne se prêté d'auctme manière â te favoriser. Nous voyons, a-tf contraire, qu'elïo^ Téicclut formellement, et qn'elle s'oppose directement à seÉ prëtenfions. NoU^ Voyons de pitts qtie tant les' apâtreâ qûë les premiers fidèles se conduisirent tout autrement, soîi dan'S la prédication de la doctrine évangéBqne, soit â Toccasion des questions qtïi surgirent Ils n^en appelèrent jamais à la Bîfclé, pas plus qu'ils n'eurent recours à son interprétation privée • et, fandîè que les premiers réformateurs, après avoir abandonné la méthode reçue, votriaient imposer à ïeàr'tôûr lettr nouvelle interprétation â Téffet d'établir mie réglé
universœ justitiœ nostrœ, et il le présentait comme décisif, insnîtaiïten même temps les catholiques, à quiîl i*epf ochâit leur aveuglement pour ne pas voir dans ce passage leur condamnation : Hœc vel sola anctoritas, leur disait-il, ohstruit omnium contradictorum oé et ffiilam, dum $ft apertis^dma (Op. lût., Jenœ, h 286): Eh bien, en 1534, ce même Luther reconnaissait que ce passage n'avait aucune (àvte dans le sens où il Tavait pris d'abord. On peut en dire autant d'autres ^emblatïles textes, par exemple : Eccteê. VU, 21; R<m. vïï, Î5; GaL V, 17. Voir Dœllinoer, La. Réforme, t. ni,-p. 16.
opposée, voilà qu'aujourd'hui les interprètes mêmes du parti ne les reconnaissent plus que pour des guides trompés les premiers, et qui ne feraient que tromper les autres. Tous ceux qui se sont fiés à cette règle se sont fourvoyés en conséquence de leur règle même, comme les faits l'ont démontré, trop tard, hélas! pour beaucoup d'entre eux. L'histoire étant ainsi en parfait accord avec la théorie, c'est une néces^té d'admettre la vérité de notre proposition mise en tête de cet article, que la règle de foi introduite par le protestantisme pour être substituée à l'ancienne, considérée au point de vue biUîque,. n'a aucun foinlement dans la Bible même, et qu'elle s'y trouve tout au contraire condamnée.
Nous pourrions confirmer cette vérité par d'autres considérations prises dans la nature, la disposition, l'esprit même de la Bible, qui sont incompatibles avec cette règle de moderne invention ; mais comme nous y reviendrons dans la suite de ce travail, les.preuves que nous venons de donner suffiront pour le moment à notre dessein.
ARTICLE m.
La règle rationnelle de foi protestante, considérée au point de rue biblique, est défectueuse en ce qu'elle tronque et mutile la parole révélée de Dieu.
La règle des protestants est fausse de droit et de fait. — Fausse de droit y parce qu'elle s*appuie stu* le caprice et sur le sens privé, — et parce que la véritable leçon du texte a dû dépendre des seuls protestants. — De fait y parce que de leur propi'e autorité ils ont scindé en deux le canon de la Bible. — Ce qu'ils n'ont pu faire pour ses caractères intrinsèques tant positifs que négatifs. — Cela se prouve par l'examen de ces caractères. — Ni pour les cai*actères extrinsèques. — Pei-fidie qu'ils ont d'attribuer aux catholiques la mutilation de la Bible. — Us ont fait de môme ])ar rapport à chaque partie des livres saints. — Arbitraire dont ils usent dans le choix des leçons variantes, — Dans leurs versions faites sur les originaux. — Ce qui se prouve par des exemples pris dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau. — Autre espèce d'altérations du texte dans les versions protestantes tant anciennes que modernes' par la Société bi blique. — Exemples de ces corruptions et de ces altérations.
Quiconque aura pesé avec attention tout ce que nous avons dit dans Tarticle qui précède n'aura pas eu de peine à s'apercevoir que les protestants, pour établir leur règle de foi sur l'interprétation individuelle de la Bible, ont été dans la nécessité de se servir de cette même interprétation individuelle, qui est précisément la chose mise en question. On se sera.
par conséquent, aperçu de même que si l'interprétation, à laquelle ils s'en sont rapportés pour établir leur règle de foi , est douteuse, pour ne pas dire fausse, outre que tout leur raisonnement n'est qu'un cercle vicieux, la règle qui s'appuie tout entière sur cette interprétation vacille et tombe d'elle-même en ruines, comme manquant de solide base et fondée sur l'arbitraire, disons mieux, sur le faux, si nous devons en croire l'interprétation de leurs nouveaux exégètes.
Un lecteur, tant soit peu profond et pénétrant, verra tout cela sans peine ; mais nous voulons relever de plus un autre vice inhérent à cette règle : c'est que, par un tel procédé, la raison individuelle de chacun se constitue arbitre et juge de cette même Écriture sainte, sur laquelle la règle prétendue a dû être fondée. Et, pour que tout le monde comprenne notre pensée, disons que les protestants ont décidé . et décident par eux-mêmes quels sont les livres et les parties de livres qu'ils doivent admettre ou exclure comme contenant ou non la parole de Dieu; qu'eux seuls ont décidé et décident par eux-mêmes que toute la parole de Dieu révélée est contenue dans les seuls livres et dans les seules parties de livres qu'il leur a plu d'admettre comme canoniques et sacrés , et qu'ainsi ils ont exclu et excluent d'un trait toute la parole de Dieu transnoise par tradition, ou toutes les traditions divines. Or, de tout cela que s'ensuit-il ? Il s'ensuit que la nouvelle
règle est nécessairement trompeuse de értne à bien des titres, et qu'elle est de pkis trcmipease et fausse de fait à bien d'autres, et que, par conséquent, elle ne mérite la confiance d'aucune personne sensée et qui ait à cœur son salut éternel. Voilà l'in^jortant sujet que nous avons à développer dans le présent artlde.
Si les premiers réformateurs, tout en proposant leur règle d'interprétation privée de la Bible, avaient cûmtinué à recevoir le canon des Écritures sur l'autorité de l'Église, ils auraient pu de cette manière donner à la règle qu'ils proclamaient quelque apparence de vérité ; mais, ne voulant ni ne pouvant ëy soitmettre, il ne leur a été possible d'élever, même de ce côté, leur édifice que sur l'arbitraire et sur le néant. J'ai dit : ne voûtant ni ne pouvant adopter le canon des Écritures sur V autorité de l'Élise. : ils ne Font pas voulu, pour ne pas faire acte de dépendance à l'égard de l'Église sur ce poin* fandamental , dans le temps même où ils ruinaient tout son ensdgneoaent pour le mettre à la merci du libre examen sur tous les points, et par conséquent aussi en tout m qui cfxtcerne le canon des saintes Écritures. Ils ne l'ont pas ;nit à moinsi d'encourir le reproche d'inconséquence et de contradiction, puisque, s'ils niaient l'infadUibi- Uté de l'Église sur tous \^ autres points doctrinaux, ils devaient aussi la crdre sujette à erreur par rapport au canon des livres saints. Après avœr donc nié l'in-
faillîbîlîtéderÈglisesiircepointenquestîon,îIsdurent,' par rapport à cet objet, comme par rapport aux autres articles de croyance, reconstruire tout par eux-mêmes et se faire les seuls juges des Kvres qu*on retiendrait comme inspirés de Dieu, et de ceux qui ne mériteraient pas cet hoTineur.
Ot, c*est cette prétention de leur part que j*affirme, premièrement, être trompeuse de droit k plusieurs titres, et qui les a obligés à scinder en deux ïa parole révélée de Dieu. Elfe est trompeuse, en efîet, dans son principe, je veux dire dans son origine ; car qui leur donnait cette haute mission de renverser d^un trait de phme, au xvi* siècle, ce Canon qui était reçu de commun accord par toute la chrétienté, par l'Église d'Orient comme par ceïle d'Occident 1 Comme finspiration est un fait interne et qui ne pouvait être attesté que par T Église même qui , en la recueillant des mains mêmes des auteurs inspirés ou des apôtres, la sanctionna par son autorité infaillible, personne, excepté elle, ne pouvait, pas plus qu'on ne le peiit encore, être juge ou témoin compétent d*un fait de cette nature, De là vient que les réformateurs furent réduits, pour former leur nouveau canon , à s^en rapporter uniquement soit à une critique mal assurée sur ce qu'en avaient pensé les anciens, soit à de pures conjectures internes ou à leur jugement particulier dicté par le caprice du moment. Mais un choix de cette espèce , qui pouvait le sanctionner ? N'était-ce
pas là renouveler tout ce que les anciens hérétiques, en divers temps et à diverses reprises, avaient fait contre toute règle? N'était-ce pas là donner à leurs disciples le droit illimité de faire la même chose à leur exemple, dès qu'ils viendraient à se persuader que le canon adopté ou, pour mieux dire, reconstruit par leurs maîtres, n'était pas établi sur des bases assez sûres ?
En résumé, ce canon était de nulle valeur, comme étant l'ouvrage d'hommes faillibles, c'est-à-dire sujets à erreur, ainsi que les réformateurs eux-mêmes faisaient profession de le reconnaître, et par là même, sous cet autre rapport, ouvrage sans fermeté , sans consistance : canon qui, étant l'œuvre, si on le veut, de la science et de la critique, a dû nécessairement en subir les épreuves souvent capricieuses, toujours incertaines; et c'est ce qu'ont prouvé de nos jours les succès du rationalisme, dont les- efforts destructeurs n'ont pu être comprimés par aucune digue, et dont l'action dissolvante n'a pu être réparée. ^ Mais il y a encore quelque chose de plus. On sait
que les écrits originaux du Nouveau Testament furent perdus dès le premier siècle, parce que les apôtres et leurs premiers disciples, pauvres comme ils étaient, se servirent, pour les composer, de membranes ou de papiers de peu de prix, et par conséquent de peu de durée. Les exemplaires et les copies s'en multiplièrent cependant en nombre prodigieux ; et comme la chose
était inévitable, on vit se multiplier en nombre égal les altérations, les leçons variantes, des additions qui passèrent de la marge dans le texte, des omissions ou des suppressions de passages entiers, causées par la ressemblance des premiers et derniers mots : toutes choses bien connues des critiques bibliques, qui en recueillant les leçons variantes ont réussi à en compter jusqu'à plus de trente mille. Quelques-unes de ces variantes ont de Timportance et intéressent même le dogme, en rendant incertaine la vraie leçon de plus d'un texte dogmatique. On a cherché à retrouver le vrai texte dans cette confusion au moyen de ce qu'on a appelé les familles des codex; mais outre que les inventeurs de ce système ne s' accordaient pas toujours dans la manière de les déterminer, le nombre des codex sans famille connue croissant de plus en plus , il fallut bien y renoncer (1) . Au milieu donc de cette variété presque infinie de leçons , les réformateurs, qui avaient répudié l'autorité de l'Église, s'érigèrent à leur tour juges sans appel de la véritable leçon à admettre comme authentique. Or, ici reviennent les mêmes inconvénients d'incertitudes, de perplexités, à l'égard
(Ij Voir sur ces iùmiWesV Essai d'une introduction critique ^ par Cellérier, Genève, ia38, lr« partie, sect. 4, p. 68. On y voit l'auteur triompher de sa découverte comme d'un moyen infaillible pour lever toute incertitude par rapport aux textes. ' Le fait est que son système est tombé dans l'oubli comme son livre.
de la véritable parole de Dieu, d'instabUité et de changeniente perpétuels dont le ohamp restait ouvert aux critiques, et que nous signalions tout, à l'heure ù propos de la caaonicité de ces livres mêmes et de leurs parties. Eh ! de quelle autorité les réformateurs se sont-ils arrogé le droit de donner la préférence à une leçon plutôt qu'A une autre? Et s'ils se sont trompés dajQs le choix, voilà que nous avons la paroie de l'homn^e à la place de celle de Dieu, comme œladoit également être, s'ils ont retranché ou .ajouté quelque chose au texte i\eçu. Ils n'ont pu donner aucune garantie de la bonté de leur choix, et c'est ce qu'o»t bien démontré depuis lors les travaux des.qritiquei^.
Tout cela ne se rapsporte e»,core qu'à la question de droit; pour ce qui est du fait, voyoû3.nQiAiptenaskt içommj^nt Jes reformatées ont réellement scindé an deux la parole révélée, et l'ont mutilée sur plusieMirs points. Et .preiwièrement Luther, usawt de son pouvoir dictatorial, a rayé d'un trait de plume de l'ancien canon^ ainsi que nous l'avons déjà dit, .tous Jeg hvres deutero-canoniques tant de l'Ajucien .que du Nouveau Testament Et cela,, parce qu'il voyait .que -f ces livres ne pouvaient s'accorder avec sa nouvelle
doctrine de la foi seule justifiante à l'exclusion des bonnes œuvres (1). Ce n'est donc pas l'amour de la
(1) C'^st ce que nous découvre le protestant Moulinié, de Genève, dans son ouvrage déjà cité : Notice sur les livres apocry^ phesy où il observe dans la préface qu'on prit le parti de sujk
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vérité qui le détenxdna à faire cette suppression, mais l'esprit de système, comme cela s'était vu praikçuer déjà par les anciens hérétiques toutes les fois qu'ils ne pouvaient ramener à leur système préconçu ce qu'ils lisaient diaiis les livres saints : ils avaient trouvé plus expédient d'en faire disparaître tout ce qui leur créait des obstacles insurmoaïfcables. Or, que le docteur saxon ait été niai inspiré len ce point, et qu'ainsi il ait mutilé la parole révélée^ c'^st ce qu'ont fait voir les réformés proprement dits, qui, bien qu'ils adoptassent la même doctrine de La foi ^ule justifiante, trouvant cependant comme dalvin, leur chef, quelque moyen de la mettre en harmoûie avec :les livres deutero-caîioiaiques du Nouveau Testament, conservèrent ces livres dans le canon, et n'en rejetèrent que les deulero-<»noniques de l'Ancien. Les luthériens eux-mêmes suivirent en ce point 1^ réformés, et remirent dans Je caîion les livres du Nouveau Testament rejetés par leur maître. Dans la suite tous les protestants en général ont adopté ce canon, où il n'y
primer ces livres pour quelques passages dont la doctrine ne se la^ouvait pas conforme à Y analogie de la foi, comme on Tentend dans le protestantisme. C'est ce qu'il diten parlant des livres deutâpo-canoniques de l'Ancien Testaœfint. U revieiût ensuite au même sujet dans ses Considérations générales, p. 164 et suiv- Or, ce même principe est celui qui a fait rejeter à Lu- Ifeer les livres deutero-canoniques du Nouveau Testament, et fttrticaliér^BriQnit i'épître de^saint Jacquas.
a de retranchés que les livres deutero-canoniques de rAncien Testament.
Par un reste de pudeur cependant, ils n'ôtèrent pas tout-à-fait de devant les yeux des fidèles ces livres, auxquels les avait accoutumés l'ancienne Église ; mais ils les publièrent en un même corps avec les autres livres de la Bible qu'ils avaient retenus, en forme d'appendice, sous le titre particulier de livres apocryphes. La Société biblique a fait un pas de plus, non toutefois sans de fortes oppositions et de violents débats, et elle a publié la Bible dans les diverses langues sans cette addition, faisant ainsi totalement disparaître ces livres du texte sacré*
Or, de quel droit les premiers réformateurs, comme ceux qui les suivirent, s'érigèrentr-ils en juges, pour partager ainsi en deux le livre divin reçu et admis jusqu'à leurs jours par toute l'Église chrétienne? S'il y a du danger, comme ils affectent de le dire, à admettre la parole de l'homme comme si elle était parole de Dieu, y en a-t-il moins à rejeter la parole de Dieu comme si elle était parole de l'homme? Quels furent donc les motifs qui les firent agir? Furent-ils déterminés par des raisons intrinsèques, je veux dire par les caractères propres que ces livres leur présentaient? ou bien, furent-ils déterminés par des raisons extrinsèques? Ils ne purent l'être ni par les unes ni par les autres; et par conséquent, ils n'eurent pour mobile que leur esprit de système, ou bien quelque chose de
purement arbitraire, c'est-à-dire un pm- caprice avec des intentions hostiles à l'Église.
Disons un mot en courant de ces raisons intrinsèques ou extrinsèques, mais seulement autant que cela ne nous écartera pas de notre sujet. Car une étude approfondie de cette question demanderait un ouvrage à part, et, s'il plaît à Dieu, nous ne tarderons pas d'ici à quelque temps de l'entreprendre.
Pour exclure du canon, en considération des caractères intrinsèques, les livres deutero-canoniques, les protestants conunencent par fixer le nombre de ces caractères, qu'ils portent en tout à huit, quatre négatifs et quatre positifs. Or, les quatre positifs, pour commencer par ceux-ci, sont selon les protestants : 1® que les livres divins contiennent des prophéties ou des miracles opérés par la toute-puissance divine; 2° qu'ils enseignent des vérités de foi, des dogmes révélés, et non pas seulement des règles morales de conduite ; 3° qu'ils contiennent une doctrine sublime sur la nature de Dieu, sur la pratique des vertus chrétiennes, et sur les devoirs de l'homme envers la Divinité ; 4* qu'ils soient cités dans le Nouveau Testament, dans la supposition qu'ils appartiennent à l'Ancien. Les quatre négatifs ensuite sont : 1° qu'on n'y trouve enseigné rien de contraire à la doctrine contenue dans les livres certainement canoniques, ou à l'analyse de la foi; 2° rien de contraire non plus à la doctrine professée par l'Église primitive et par les an-
ciens docteurs ; 3° rien qui contienne des erreurs manifestes en fait de sciences, d'histoire ou de chronologie ; 4° rien qui renfenne des choses absurdes, incroyables, indignes de Dieu (1).
Je ne m'engagerai point ici à examiner un par un tous ces caractères, l'incertitude et la fausseté de plusieurs d'entre eux, leur insuffisance, l'incapacité où est le peuple soit de les discuter, soit de les apprécier, puisqu'il faudrait pour cela une connaissance approfondie non-seulement de T Écriture, mais de l'archéologie, de la patristique, de la théologie, une critique saine, et d'autres qualités qu'il ne serait pas raisonnable d'exiger du commun des fidèle». Laissant donc toute discussion, je me contenterai de faire observer que les protestants, en fixant ces caractères, avaient leur propre doctrine .pour point de mire, et qu'en conséquence ils insistaient sur l'analogie de ta foi sans pouvoir dire encore quels en seraient les articles. Ils ont mis en avant les doctrines de l'Église primitive et des anciens Pères, dans la persuasion que l'Église actuelle s'était écartée de la doctrine de l'Église primitive et des anciens docteurs. Ils se sont constitués eux-mêmes les arbitres de la vraie et de la fausse doctrine, de ce qui doit passer pour absurde ou incroyable, des devoirs que l'homme peut avoir à
(1) Voir Touvrafçé déjà cité âe Mgr Malou, t. il, c. 8, art. 1, § 4.
remplir envers la Divinité, et d'autres articles de cette espèce. ï)'où je conclus qu'ils ont inventé et posé ces principes a priêri pour atteindre le but qu'ils s'étaient proposé d'avance. Or, qui voudra leur accorder oe privilège?
Mais ce qui montre encore mieux leur esprit de système et leur aveuglement, c'est que sans s'en apercevoir ils ont fourni des armes aux incrédules pour enlever au canon de la Bible, sinon tous les livres, au moins une grande partie des livres mêmes dont se compose leur canon protestant. Pour une thèse de cette importance, passons en revue les caractères qu'ils ont eux-mêmes établis.
Si Ton doit retrancher du canon, d'après le premier caractère, tout livre qui ne contient ni miracles ni prophéties , il faudra par là même supprimer le livre de Ruth dans l'Ancien Testament, et l'épître à Philémon dans le Nouveau ; car on ne trouve dans Tun comme dans T autre ni miracles ni prophéties.
En vertu du second caractère, lequel ne reconnaît comme livres divins que ceux qui contiennent des vérités de foi, et non pas seulement des règles morales de conduite, les protestants devront exclure de leur canon le Cantique des cantiques, qui, expliqué à la lettre, comme ils l'entendent, ne contient aucune vérité dogmatique, mais bien plutôt un épithalame; et ils feront de même de plusieurs psaumes qui sont purement moraux.
En vertu du troisième caractère, qui exige pour un livre divin qu'il contienne une doctrine sublime par rapport à la Divinité, il seront obligés de supprimer , outre les livres déjà nommés , la seconde et la troisième épître de saint Jean, qui ne traitent d'aucun des divins attributs.
Insistant ensuite sur le quatrième caractère , qui demande que les livres de l'Ancien Testament soient cités dans le Nouveau, on les forcera, comme nous l'avons déjà observé dans l'article i de ce chapitre même, à effacer de leur catalogue au moins onze ou douze livres du premier dont il n'est fait aucune mention dans l'autre.
Je néglige d'ailleurs d'observer que chacun de ces caractères, et tous à la fois, ou du moins la plupart , se remarquent dans les livres deutero-carioniques, rejetés par nos adversaires, comme nous l'avons déjà fait voir dans l'article tout à l'heure cité ; et quiconque voudra examiner la chose sans préjugé de parti s'en convaincra sans aucune peine.
Pour ce qui regarde les caractères négatifs, admis tels aussi que les protestants les proposent , il n'est personne qui ne voie qu'ils pourraient facilement se rétorquer contre les livres proto-canoniques, dans lesquels les rationalistes et les incrédules prétendent avoir trouvé des antilogies et des choses contraires à l'analogie de la foi , selon que chacun l'entend , c'est-à-dire, dans le système protestant, à sa
façon. Il faut dire la même chose du second caractère négatif, qui est que la doctrine du livre ne soit pas contraire à celle de l'Église primitive et des anciens docteurs : ce sont là des choses tout aussi bien relatives. Une légère connaissance des ouvrages publiés par les rationalistes et les incrédules convaincra sans peine quiconque le voudra des erreurs presque innombrables, soit historiques, soit chronologiques ou scientifiques, qu'ils ont prétendu trouver dans les livres proto-canoniques de la Bible. Il faut porter le même jugement des choses absurdes, incroyables et indignes de Dieu, tout ce qui sort de la sphère de la raison de l'homme, ou du cours ordinaire de la nature, passant dans leur opinion pour absurde, incroyable et indigne de Dieu ; de même que tout ce qu'ils n'ont pu concilier avec ces principes, ils l'ont relégué parmi les mythes historiques ou poétiques. Tel est le résultat des prétendus caractères internes assignés par les protestants , dans le but de justifier la suppression qu'ils ont faite des livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament: caractères, comme je l'ai déjà dit, nuls, trompeurs et arbitraires, qui, s'ils étaient rigoureusement appliqués à chaque livre, conduiraient à faire disparaître la Bible entière. Que s'ils veulent conserver les livres admis par eux jusqu'à ce jour , ils ont à résoudre , eux aussi , les mêmes difficultés qu'ils opposent aux livres appelés par eux apocryphes, quand elles leur sont opposées par les
incrédules et les rationalistes contre la Bible entière, puisque la cause est la môme , comme l'ont avoué ingénument quelques protestants modernes plus sincères que les autres (1). Au reste, de savants catholiques ont complètement résolu toutes les difficultés élevées par les incrédules et les rationalistes contre la Bible en général , et (iontre chacun de ses livres eti particulier (â)^ et celles en outre que les protestants ont opposées aux livres deutero-canonir ques du Vieuk Testament (3).
(1) Noilfe avons déjà rapporté les aVeUx fdrmfels dd Reufiw, dans sa Dissèrti poL de libris N. T. apocryphis perperqm plebi negatis, p. 15. Moulinié a fait le même aveu dans sa Notice des livides apocryphes, où nous lisons, p. ^ de l*introductibn : « Ausfei ne craignons-nous pas de dire que tous tes «i tdup& qu'on veut maintenant porter aux livi-fes âpocrjrphes « peuvent être dirigés avec succès par les incrédules contre Ifi « canon sacré, et servir à ébranler l'édifice de TÉglise. »
(2) C'est ce qu'ont fait entre autres apologistes Veith daiis l'ouvrage intitulé : Scrlpturu sacra contra increàûlos ; flxieLDT, dans Ba Bible i>engée; Goldhagen, Introdtictio in mcram Scripturamy et Findicix harmonico-criticx et exegeticas insacram Scripturam.
(1) Outre l'ouvrage cité de Mgr Malou, l'ouvrage publié & Rome en 1841 par le professeur L. Vîncènzi soué le titre -.SesiU) /^ ConcUii trideniini, méritd une mention spéoiale, aussi bien que les Annales rerum Syriœ de Frœlich, qui ont pour objet de venger les livres des Machabées contre le protestant Wernsdorf, travail continué et perfectionné par Khell dans l'ouvrage Conimêntatià hïstbriào-Mficd de /idè historieà Machabwarum; mais principalemetit par le savant Ëckel danaisa
Voilà pour les caractères internes. Quant aux ca^ ractères externes, qui se puisent dans les témoignages des anciens Pères de l'Église et des écrivains ecclésiastiques^ ainsi que dans les coutumes des Églises particulières , il est aujourd'hui démontré : 1* que^ comme nous l'avons déjà fait remarquer, aucun des Canons anciens ne s'accorde avec le canon adopté par les protestante, au point que de toute l'antiquité chrétienne ils ne peuvent pas en produire un seul qui leur soit favorable ; 2° que si, dans quelques canons de certaines Églises particulières, se trouve omis quelque livre deutero-canonique de l'Ancien Testament, on y trouvera omis également quelques livres proto*canoniques , et que par conséquent ces canons sont inachevés, et ne peuvent être objectés aux catholiques par les protestants sans nuire à la cause mêitie de ces derniers ; 5** que si l'on veut avoir égard ailx témoignages particuliers, c'est une chose maintenant connue de tous les érudits, que la plupart des Pères qui reçoivent comme divinement inspirés les livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament, rejetés du canon protestant, rejettent au contraire ou révoquent en doute pour le moins les deutero-canoniques du Nouveau, admis comme divins par le
Numismatiqne; Cibot, dans son commentaire sur le livre d*Esther, pour ne pas parler des plus anciens, tels que Sartorius, Bo&freriuft.
canon protestant (1) ; 4° enfin, que le canon reconnu et sanctionné par le concile de Trente a seul son type parfait, et même identique, dans le canon reçu et reconnu par l'antiquité au rv" siècle de TÉglise, c'està-dire dans le canon-de l'Église d'Afrique, qui est le premier qu'on sache avoir été reconnu solennellement, et par cette Église particulière , et par l'Église de Rome, et ensuite par toute l'Église occidentale et orientale (2).
Et cependant, comme si rien n'avait été répondu par les catholiques , non-seulement les protestants n'ont pas adopté le canon de l'Église ; mais faisant un pas de plus dans cette voie de destruction, la grande Société biblique de Londres, poussée par les presbytériens écossais, exclua, par un décret tout exprès, des Bibles qu'elle publiait dans les diverses langues, tous les livres deutero-canonîques de l'Ancien Testament (3) , résistant en même temps à toutes
(1) C'est ce que je me propose de démontrer en particulier, à Taide de bien des témoignages de ce genre que j'ai déjà recueillis. Voir en attendant l'ouvrage de Waterford, publié assez récemment en Angleterre contre un certain Simpson, ministre anglican, sous le titre de y^n Examination, etc., ch. 3.
(2) Voir le traité de l'auteur De Locis theologicis^ part, n, sect. 1, c. 2.
(3) Ce décret émané de l'assemblée générale de la Société biblique parut d'abord en trois articles, aiixquels vint s'adjoin* dre, en 1817, un quatrième article conçu en ces termes : « On n'accordera des exemplaires des Écritures aux sociétés qui font
les réclamations qui lui étaient adressées par les sociétés partielles de l'Allemagne, de la Suisse et de la France. Ces livres n'ont plus dû paraître dans le corps de la Bible, pas même à titre d'appendices. Cet acte de la Société a été un jugement définitif, et le jugement rendu par elle est devenu irréformable. Or, n'est-ce pas là s'arroger une autorité décisive, infaillible, qui interdit tout doute, tranche toute question? Eh bien, ces mêmes agents bibliques sont les mêmes qui déclament tous les jours contre le pouvoir despotique de l'Église catholique.
Mais plût à Dieu que ceux-ci se fussent contentés de publier et de distribuer ces Bibles tronquées, mutilées, scindées en deux, aux sectes protestantes seulement, ou tout au plus aux païens dont ils se portaient pour apôtres. Mais non, ils ne se sont pas contentés de si peu: ils ont voulu déplus, comme par fureur de prosélytisme, les publier et les distribuer pour les catholiques ; et ils n'ont pas cessé de les répandre de cette manière dans les pays catholiques qu'ils aspirent à pervertir, et cela sous l'égide et la protection du ministère politique. JEh ! n'a-t-on pas entendu naguère à la Chanîbre des communes d'Angleterre le ministre lord John Russell dénoncer, comme un grave délit, l'arrestation faite dans une ville d'Italie
circuler les apocryphes à leurs propres frais, que sous la œndition expresse qu'elles les vendront ou distribueront sans addition ni altération» »
d'individus coupables d'avoir vendu la Bible en italien; ce qui voulait dire, d'avoir distribué les Bibles tronquées et falsifiées de la Société biblique (1) ?
Tout ce que nous avons dit des livres entiers doit se dire^ pour la même raison, des diverses parties des livres saints, que les protestants modernes ne cessent de mutiler et de supprimer à leur guise, de leur propre autorité, ou au gré de leur sens privé. Vous diriez que leur occupation journalière serait d'éplucher chaque livre, chaque chapitre et, pour ainsi dire, chaque verset, pour voir s'ils pourront faire disparaître du texte sacré tout ce qui , selon leur critique, ne résiste pas à l'examen , ou , pour mieux dire , tout ce qui ne s'accommode pas à leur point de Vue (2). Il sujEt de jeter un coup d'œil sur leurs diverses éditions soi-disant critiques du texte grec du Nouveau Testament publiées ces detniètes années, à commencer par Griesbach et à finir par Tischendorf ^ pour se cohvain^ cre de leurs progrès dans cette œuvre de destruction* Mais, de crainte d'être trop long et de répéter ce que j'ai déjà dit, je m'abstiendrai d'ehtter dans le détail rtiinutieUx de be dernier sujet-
Cda même pourtant me rappelle à la pensée \m
(1) Voir les journaux du temps^ et particulièrement ÏUnivers dans l'affaire Madiai.
(2) MOXTLINIÉ, ouvr. cité, introd., p. 6.
autre genre de mutilation que les protestants se permettent en général, et qui est de la plus grave importance : c'est l'arbitraire avec lequel ils font le choix des variantes^ ou des diverses leçons d'un seul et même passage ou texte biblique. Tout le monde sait que, par rapport au Vieux Testament , les variantes du texte hébreu s'élèvent à plusieurs milliers ♦ comme on peut le voir par les travaux de Kenniôott et de Rossi (1), et que celles du texte grec du Nouveau Testament sont encore beaucoup plus nombreuses (3) • Je ne disconviendrai pas que ces varianteià ne servent beaucoup à la critique^ à l'exégèse ^ à l'histbire du texte, aux recensements, etô. (â). Je dis donc que, colniiie parnii ces variantes il s'en trouve beaucoup qui tombent sur des textes dogmatiques, ou qui se rapportent à des points de controverse et de polémique j les protestants, lorsqu'ils rencontrent quelqu'une d'entre elles qui favorise, ne fûfc-ce qu'en apparence, les opinions de leur secte^ s'attacheht aussitôt
(1) Voir Farix lectiones N, T. , opère et studio Joan. Bernardi de Rossi, Parme, 1784, en 4 vol. in-4o, Prolegomena histôrîco-critica,
(2) Mill en a recueilli à lui seul plus de trente mille. Voir If'ûfmth Tèstvtmentum cum lectionibus vanatitibus, Oxonii, 1702. Werstein, Matthœi, Griesbach et d'autres protestantjs venus depuis en ont trouvé davantage encore.
(3) Voir les Prolégomènes de Rossi, que nous citions tout à rhéut^ë, et Michaëlis dans son Introduction au Nouveau Testamënty traduite en français par Ghétieviét-e, 1. 1, p* 557^666.
à elle à rexclusion de toutes les autres, comme à la seule vraie leçon à suivre, sans autre droit de le faire que leur propre volonté. De cette manière, bien des protestants réussissent à persuader à leurs adeptes que leur croyance est appuyée sur la pure parole de Dieu, tandis qu'elle ne s'appuie que sur ce qu'ils y ont substitué. Je ne dis rien des anciens sociniens et des modernes rationalistes, qui, par une telle méthode , ont presque fait disparaître des livres saints tous les textes qui servent à démontrer la divinité de Jésus-Christ.
Il y a en outre , pour les protestants, une autre méthode très commode et qui leur est comme naturelle de mutiler les Écritures : c'est celle dont ils font usage dans leurs versions. Elle . se réduit à deux moyens : l'un , qui consiste dans des transpositions matérielles du texte original ; l'autre, que j'oserais appeler mutilation formelle^ et dont le secret est une adresse toute particulière à y glisser, comme à la sourdine, des mots ou des particules qui prêtent à leur système et mettent aux abois la foi catholique. Et, comme si tout cela ne suffisait pas encore, ils font à découvert et sans détour des altérations et des changements à la substance du texte, en pliant hardiment les Écritures, c'est-à-dire la parole de Dieu, aux opinions particulières de la secte à laquelle chacun d'eux peut appartenir. Et comme cette matière est fort délicate, il convient de la traiter en détail et d'ap-
puyer chacune de nos assertions par des exemples ou des faits particuliers.
Remontant d'abord à l'origine de la chose, il est bon de faire observer que, comme les protestants ne reconnaissent l'authenticité d'aucune version, chacun est en droit de se faire une version à lui-même sur l'original, soit grec, soit hébreu. De là vient que le texte se trouvant souvent fort ambigu, très obscur et diflftcile à rendre dans les idiomes modernes, qui s'écartent beaucoup des langues d'Orient et des locutions propres aux Hébreux , qui font usage d'idiotismes même dans la langue grecque où quelques-uns d'eux ont écrit (l), ce qui rend ces sortes de pas- -h sages susceptibles d'être rendus en bien des manières différentes , les protestants, grâce à cette particularité des livres saints , se mettent tout-à-fait à l'aise dans leurs traductions. Chacun donne au texte sacré le tour qui l'accommode le mieux et le fait parler à sa façon.
Comme j'aurais un trop vastechamp à vouloir parcourir la Bible entière, je dois me borner à quelques exemples qui seront comme la preuve abrégée de tout ce que je viens d'affirmer. Disons d'abord quelque chose de l'Ancien Testament. Rien de plus célèbre que la
(1) Voir sur ce sujet, outre les anciens auteurs catholiques, te Is que Bonfrère, Serrarius, etc.^, VoRSTius, De Hebraisnm inN. T.; Pfochenius, De stylo iV. T., et plusieurs autres parmi les protestants.
prophétie de Job sur la résurrection des corps, xx, 25-27 ; mais elle ne fait pas plaisir aux protestants rationalistes. En voici le sens littéral, à ne consulter que Thébreu : « Et je sais mon rédempteur vivant, et enfin je me relèverai de la poussière ; et alors ces (membres) que voici seront entourés de ma peau, et dans ma chair je verrai Dieu, que je verrai à part moi ; et mes yeux verront, et non un autre. » Or, Eichorn propose d'abwd le sens que voici : « Dieu devra manifester encore l'innocence de Job avant sa mort, pour que ses ennemis soient confondus » . Puis, il donne sa version conçue de cette manière : « Je connais ou je sais que le défenseur de mon honneur est vivant, et qu'il descendra encore dans l'arène; et quoique ma peau et mon corps même soient déjà tout rongés , c'est cependant dans ce corps que je verrai Dieu de nouveau. Tel que je suis, je me le verrai en honneur ; mes yeux le verront me favorisant tant et plus» (1). Et voilà de quelle manière un de nos principaux dogmes s'en va réduit en fumée par une telle version.
Toute la chrétienté, conformément à l'interprétation qui en a été donnée par saint Pierre (2) , a toujours vu, dans le psaume xv, une éclatante prédiction de la résurrection de Jésus-Christ ; mais pour les rail) Eichorn, Hioh., Gottingen, 1824.
(2) AcL II, 25-28.
tionalistes, cette résurrection est un mystère. Ils devaient dope, dans leur version, faire disparaître la prophétie, et c'est aussi ce qu'ils ont fait. Donnons d'abord la version littérale du verset 10, faite sur l'hébreu : « A cause de cela, mon cœur se réjouit et ma gloire (mon esprit) tressaille de joie ; ma chair elle-même a aussi habile dans la confiance (avec sécurité) , puisque vous ne laisserez pas mon âme dans tenfer, et que vous ne donnerez pas votre Saint (1) voir la corruption. i^ DeWette, au contraire, après avoir, à sa manière, mis en tête l'argument du psaume , savoir : « qu'un pieux serviteur de Jéhovah exprime sa soumission envers Dieu, son protecteur, et qu'il est content de son sort,» traduit ainsi le passage en question : « C'est pourquoi mon cœur se réjouit et mon esprit est dans la jubilation. Ma chair aussi se repose (s'en tient) sans inquiétude, puisque vous n'envoyez pas mon âme à l'enfer (dans Tenfer) ; vous ne permettez pas que vos Saints voient le sépulcre» (2). Avec cette traduction, adieu la prophétie.
Le psaume xxi selon la Vulgate est une prophétie manifeste de la passion du Sauveur et de son crucifiement, conmie il paraît par ces paroles du verset 17,
{!) Cette leçon est certaine. Voyez de Rossi.
(2) Il met en note que le Keri porte votre saint ou celui qui vous est dévoué. De Wette, lersiondes Psaumes, Heidelberg, 1823, Ps. xvi.
qui signifient d'après le texte hébreu : Ils ont transpercé (ou transperçant) mes mains et mes pieds (1) . Mais cela ne plaît pas à notre écrivain protestant ; c'est pourquoi il traduit : Ils me lient les mains et les pieds (2). J'omets d'autres exemples du même auteur, spécialement sur les psaumes xliv et cix selon la Vulgate, où il se donne les mêmes libertés.
J'aime mieux rappeler quelque autre exemple de ces versions que je vais prendre dans le célèbre Gesenius. Le chapitri? lui d'Isaïe contient une prédiction du Messie très claire, et par son propre texte, et par l'autorité de Jésus-Christ et des livres agiographes du Nouveau Testament (3). Or, il plaît aux rationalistes d'entendre ce chapitre de la -succession des prophètes ou d'une personne morale. C'est pourquoi Gesenius accommode à un pareil sens la version qu'il donne de ce chapitre, dont le verset 9, traduit de mot à mot, signifie selon le texte hébreu : « Son sépulcre à été donné près des impies (c'est-à-dire : les
(1) Voir les variantes dans Kennicott et dans de Rossi; quelques manuscrits portent : Ils transpercent, c*est-à-dire ils ensanglantent.
(2) De Wette, ibidem j sur le Ps. xxii (21), qui, pour justifier sa version : Ils me lient, en appelle aux témoignages de Kennicott et de Rossi; or, j'ai cherché dans ces auteurs, et J'ai trouvé tout- à-fait fausse l'assertion de Wette. Il n'y a pas un seul manuscrit qui le favorise.
(3) JoAN. XII, 38; Rom, x, 16; Marc, ix, 11; Math, viii, 17 ; I Cor. xv, 3; Math. xxvi,53; Àct. veïj, 32; IPe/?\ n,22.
Juifs lui ont marqué son sépulcre près des impies) ; mais son monument est près d'un riche » (ou, près d'un riche il est dans sa mort). Gesenius traduit de cette manière : « Son sépulcre lui a été donné près des impies, et près des méchants dans sa mort » (1). De plus, au verset 11, où le texte signifie : « Pour la douleur de son âme, il verra et sera rassassié, » Gesenius tourne ce passage de cette manière : Exempt des douleurs de son âme^ il se rassasie de voir. Le texte hébreu signifie, dans un autre endroit de ce même chapitre : « Et il portera leurs iniquités. » Gesenius traduit ainsi : Et il leur allégera le poids des péchés (2). Il suffit de cet échantillon de leurs versions faites sur l'hébreu de l'Ancien Testament.
Voyons quelques autres exemples que je vais pren- ^ dre maintenant dans leurs versions faites sur le grec du Nouveau, Je les recueille comme au hasard, et selon qu'ils me tombent sous les yeux. Au chapitre vi de l'Évangile de saint Jean, le Sauveur, parlant de l'Eucharistie dont il fait la promesse, dit au verset 57 : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Kuinoel, qui donne une tout autre explication aux paroles de Jésus-
(1) Gesen. Comment, in Is., part, ii, Lipsiœ, 1821, justement repris par Hengstemberg pour avoir, aussi bien que beaucoup d'autres novateurs, donné à ce mot très connu ywi^ la signification inoiiïe de méchant,
(2) Ibid.
Christ, traduit ainsi ce passage sur le grec : « Celai qui mange ma chair et boit mon sang est uni à moi et moi à lui; » c'est-à-dire, comme il l'explique, pnr f amour. Au verset 58, le Christ continue ainsi : «t Comme mon Père, qui m'a envoyé, est vivant, et que je vis par mon Père, ainsi ceM qui me mangera vivra aiissi par moi. » Kuinoel traduit de là manière suivante : « Comme mm Père , f ui m'a envogé^ peut donner le salut ^ dinsije puis moi-même par la vertu de mon Père conférer te salut;, par cela même que celui qui jouit de mbi obtiendra par moi le salut » (1 ) . Et ainsi a disparu la prôhfiesse de l'Euchariètie. De même, comme la divinité de Jésus -Christ déplaît à cet auteur^ il trbduit de la manière suivante Cfes paroles, qui se lisent au chapitre X de saint Jean, verset S8 : « Mon Père est en moi y et moi en mon Père.:. Sachez que je Suis très uni Û mon Père. » Ainsi l'identité de nature est détruite; d'autant mieux qu'il ajoute immédiatement son commentaire : « Je suis très uni à mon Père par la volonté. » Rosfenmuller n'a pas non plus d'autre procédé. Le verset 9 du chapitre ii de l'épître aux Colossiens signifie à ia lettre, d'aprèâle grec : «Car en lui (Jésus- Christ) habite substantiellement toute la plénitude de la Divinité. » Or, voici comme il traduit ces paroles : « Car en lui il y a tous
(1) Kuinoel, Comment, in lib. hist. in Joan. ad hune lac.
- M7 — /rt &éèibH €e tu saiges^e tUvihe en vérité, ou l'éellement »(i)v
Par ces exemphfe, tnàmniB par utie infinité d'au*trefe aetnblalHes qu'on pourrait produire, il est facile de voir quel horrible abuâ les protestante avec leurs veraiom ont ftiit des Écritures^ Iqu'ils proclanlent cependant la tèfele unique et stlprÔmiB de Ifeur croyance* On pemt inférw par îndùetidn de ce faible aperçu quelles ©Itéifations ont fait subir aux Écrittirefe Luther^ Gà!tin^ Bèze et leuhs autres disciples, qui tous, même len hfe s'aidûnt que de leurs versiotts prétendues littérales, prises sur le texte, ont fait servir TÉcrîtere au «dutien de leurs erreurs (2).
Ici, comiïle sans m'en apercevoir, j'ai d'avahce touché la seconde espèce de mutilation que j'ai appelée formelle, et par laquelle un traducteur ose
(I) Schol. in Nov. Test. Norimberg, 1806.
(î^ Voir îe P. Cheinibino de Sûint-Jo^eph daiis son Jppafatus criticui, où, t. ïii, diâs. 2, il fait le recensement des vei- Sions des hérétiques, savoir celles de Munster, deChâtillon, de Léon de Juda, de Tremeliuâ. Puis il parle, au t. rv, de celle de Diodati, et il observe que ce traducteur est pTiitôt un paraphraste qui ôaisit toutes les occasions d'insinuer tout ce qui peut favoriser sa secte; il démasque en même temps sa mauvaise foi.
Lie P. Coton a fait un travail tout sehiblabîe sur leà versions des calvinistes, en un volume in-folio qui a pour titre : Génère plagiaire ou vérification des dépravations de la parole de Dieu , Paris, 1618.
introduire dans sa traduction, avec une perfide habileté, tout ce qui peut favoriser la doctrine particulière de sa secte et contredire letdoctrine catholique; et cela, non plus seulement en prétendant donner la version matérielle ou littérale, mais en se permettant des substitutions, des omissions et d'autres semblables falsifications du texte biblique.
Pour prouver ces falsifications, je ne reporterai pas le lecteur aux premières versions faites en langue vulgaire par les protestants pour l'établissement de leur réforme, et parmi lesquelles tient le premier rang celle que Luther a composée en langue tudesque (1), ni aux autres faites peu de temps après, soit en français (2) , soit en anglais (3) , ou dans
(1) Voir sur cette version V Histoire de la vie de. Luther par Audin, t. ler, ch. 25, où l'auteur rapporte ce que pensaient les luthériens mêmes des falsifications que contient cette version ; la longue dissertation du P. Cherubino, t. iv de son Apparat critique. Emser y a relevé environ quatorze cents hérésies; Serrarius lui reproche jusqu'à deux mille erreurs. Dans le Nouveau Testament seul, on a noté plus de mille altérations commises par Cochleus, etc. Bucer et Osiandre, quoique euxmêmes protestants, reprochent à Luther d'avoir falsifié la Bible. Je ne relève pas ces falsifications en particulier, parce qu'elles sont connues, et qu'on en lit une partie dans les auteurs cités.
(2) Voir Cherubino de Saint-Joseph, 1. c; Niquet, Errores deprehensl ingallica N. r. translatione genevensi, Flexias,
(3) Voir MiLNER, Fin de la controverse religieitsey lett. xv, où il traite doctement ce sujet.
quelque autre des langues modernes. Les protestants de nos jours pourraient dire que toutes ces versions sont depuis longtemps abandonnées. C'est pourquoi je me bornerai à celles que publie présentement la Société biblique, et qu.'elle distribue comme exemptes de toute altération, tellement que prétendre le contraire est, au dire de ces messieurs, une grossière et infâme calomnie (1). D'autres ne craignent pas d'ajouter que cette objection de la falsification supposée de la Bible est une arme usée et abandonnée par tous les théologiens qui se respectent (2). D'autres nous défient de montrer une seule falsification dans toutes les Bibles que nous offre la Société biblique (3). On voit par là quelle est leur conviction et leur parfaite confiance dans la bonté de leur cause. Il ne sera donc pas inutile de donner au moins un aperçu de la justice de l'imputation que les catholiques font à la Société biblique d'avoir falsifié la Bible dans les versions qu'elle distribue en langue vulgaire.
Pour connaître la mauvaise foi et les perfides intentions de la Société, il est importanf d'observer
(1) Ainsi parle le ministre M. A . Monod dans l'ouvrage intitulé Lwcî/e, p. 322.
(2) Comme M. Agénor de Gasparin, dans son ouvrage : Intérêts généraux du protestantisme français, p. 5, Paris, 1843.
(3) Comme Girod, ministre à Liège, dans son Avertissement aux catholiques^ P- 62.
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qu'elle s'est particulièrement attaquée à tous lea pagr sageg du texte sacré qui pourrfiient servir à décider les grandes questions pontroversées. Les protestants nient qu'on puisse invoquer les saints comme médian teurs secondaires. Eh bien, qij'afaitla Société î Elle a adopté la version ajtérée où l'on fait dire à saint Paul ce qu'il n'a pas dit, pour donner l'exclusion à de tels médiateurs. En effet l'apôtre a écrit (I ïVm. ii, 5) : Un médiateur entra Bien çt les hommes ; c'eafe: à-dire un par nature , comme l'indiquenf ces mots qui viennent immédiatement après ; JMm-Chwi homme. Or, la Bible de la Société y ajoute furtivement le mot seul, qui ne se trouve pas dans le texte (Ij.
C'est une sorte d'engagement pour les protestants d'enseigner que l'Église est invisible, pour se tirer, d'embarras par rapport à la nouvelle Église fondé© par Luther. De là le soin qu'ils prennent d'appuyé» cette absurde doctrine sur des textes propres à prouva une défection totale. Et c'est ce qu'ils ont cru trou-r ver dans É?échiel, ch. xx, v, 8, où le prophète reproche aux Juifs leur infâme idolâtrie; si ce n'esit que le prophète se contente de dire en général : « Mais ils m'ont irrité, et ils n'ont point voulu m' écouter; cha-
(1) Ce mot n'avait pas été ^Ifeçtiypmei^t cgQUté d^l^ les yersions calvinistes imprimées dans les années 15^5, 1663, 1564 et 1570. ;
cun d'wx n'Of point rejeté ce qui souillait leurs regards. » Ce passage, dans les versions de Martin et d'O^terwald adoptées p§r la Société, est rendu dans im seifs négatif qui embrasse non pas seqlement la majeure partie , ou une grande partie du peuple, mais l'universalité de la nation. Dans la première on lit : Pas un seul n'a rejeté, etc. ; dans la seconde : Aucun d'euû^ n'a rejeté^ etc.
L'existence des traditions se trouve. expressément ^ attestée par l'apôtre dans sa seconde épîtreaux Thessaloniciens, c. ii, v. 14, où il dit : « Retenez les traditions que vous avez «apprises ou par nos paroles, ou par nos lettres, » Mais ces traditions ne plaisent pas aux protestants; il leur convenait donc de les faire (iisp^aîtrfî de leurs versions, et c'est ce qu'a fait la Sipci^té biblique, qui h ce mot traditions a substitué de plein pied celle d'enseignemei[its. Et que ce changement soit l'effet d'une malice de leur part, c'est ce que prouve visiblement la manière dont ils rendent le même mot grec 7r«pâd\<re,- qui se trouve en saint Mathieu, c. xv, v. 2 et 3, où le Sauveurcon damne, les vaines traditions, les pratiques superstitieuses des pharisiens, ce qu'ils traduisent littéralement : p parce que vous transgressez le commandement de Dieu par votre tradition. »
Les protestants en outre rejettent, comme on le sait, le sacrernent de l'ordre et la hiérarchie eccjésiastique ; on trouve cependant dans les Actea des apôtre, c. xiv,
V. 22, Tordination de plusieurs prêtres, faite par rimposition des mains, rapportée en ces termes : « Ayant ordonné {yjipoTovYiiravrsç) des prêtres en chaque église avec des prières et des jeûnes, etc. » Ce passage faisait mal à leurs yeux, il fallait donc l'ôter. Aussi, dans la version publiée par la Société, en ont-ils trouvé le moyen en traduisant de cette manière : « Et -/- après que de l'avis de l'assemblée ils y eurent établi des anciens dans chaque église, etc. » Par cette version, qui contient autant de falsifications que de mots, ils ont supprimé d'un trait l'ordination telle qu'elle se pratique dans l'Église catholique, en y substituant l'élection toute pure des assemblées calvinistes de leurs ministres (1).
Un des points les plus saillants du protestantisme est l'horreur décidée qu'il inspire à ses adeptes pour le culte des saints, parce que c'est un argument à la portée du peuple, et au moyen duquel on représente sans ^eine l'Église catholique comme souillée d'une h( nteuse idolâtrie, par le transport qu'elle ferait aux créatures du culte dû au Créateur, et on la rend ainsi gratuitement odieuse aux masses ignorantes. Les catholiques instruits ont repoussé vigoureusement cette imputation calomnieuse, en faisant ressortir la différence essentielle qu'il y a entre le culte absolu et su-
(1) Chardon de Lugny, dans son ouvrage Recueil des falsifications de la Bible de Genève^ p. 73, compte jusqu'à douze endroits où a été faite la même substitution.
prême dû à Dieu seul, et le culte relatif et inférieur par lequel on honore les amis de Dieu. Quoique ce soit le même mot qui exprime à la fois ces deux sortes de culte et quelquefois même un acte ou un signe matériel et extérieur tout semblable qui sert à l'un et à l'autre , nous ne confondons pas pour cela ces deux cultes, attendu que ce mtême mot a des significations différentes, et que la valeur de l'acte ou du signe extérieur dépend de l'intention de celui qui l'emploie. Ils appuient en outre cette théorie et cette pratique sur l'Écriture sainte, qui dit en plus d'un endroit que des hommes ont adoré d'autres hommes, et se sont ptûslernés devant eux, de la même manière qu'elle rapporte qu'ils ont adoré Dieu, et se ^oni prosternés devant lui. Il est clair pour tout le monde que X adoration rendue à Dieu par ces saints personnages a dû être essentiellement différente de celle qu'ils rapportaient aux hommes, et l'on doit penser de même de l'acte de se prosterner que nous venons de dire. Cet appui que les catholiques trouvaient dans la Bible pesait aux protestants ; aussi réunirent-ils tous leurs efforts pour nous l'enlever, et étouffer dans notre bouche une réplique à laquelle eux-mêmes n'avaient rien à opposer. Comment onWls atteint ce but hostile? Par deux moyens qu'ils ont mis en œuvre, knt par rapport au mot adorer que par rapport au mot se prosterner OMS* incliner^ qui exprime l'acte extérieur ou matériel de cette adoration.
U^ ' Dans la Bible de la Société, à ce mot adorer, qui se trouve dans la Genèse, c. x^nj, 7, 12, 014 il est d\\ qu'Abraham adora le peuple du pay§, c'est-à-dire les fils de Seth ; dans le mêmQ livre, :^ix, 1, k propos de Loth qui adora les anges, et xx3^ni, 3, de J^t cob qui adora Esaû ; dans l'Exode, XYiTi, 7, de Moïse qui adora Jéthro, de la même manière qu'il est dit d'Abraham, de Moïse, de David et du peuple de Dieu, qu'ils adorèrent le Seigneur (1), les ministres ont substitua dans tous ces passages avec beaucoup d'a^ dresse les mots se prosterna, s'inclina^ etc., et fait disparaître ainsi le mot trop odieux d'adoration en tant qu'il se rapporte aux hommes.
Par ce malin artifice, quoiqu'ils fussent venus à bout d'affaiblir la réponse des catholiques en faisant dispar£^ître le mpt d'adoration, il restait cependant toujours le mot d'inclination employé dans le même sens, et ils ne pouvaient encore convaincre les catholiques d'idolâtrie dans la vénération que ceux-ci rendent aux images, comme ils le voulaient à tout pri^* Comment donc y réussir? La chose leur devint aisée au moyen d'une autre substitution de mots dans leur version. On Ut dans le Deuteronome, v, 8: « Vous ne vous fere? point d'ouvrages de sculplî^re, ou d'idoles artistement sculptéps, ni d'ouvrages de fonte, c'est-à-dire d'idoles forgées au feu, n ooipwe
(1) Genèse, xxrv, 26; Exode, XXX, 16, «tp.
l'expliquaient le$ anciennes versions des protestçints eux-mêmes (1) ; conime on Ut aussi au psaume xoim selon la Vulgate, v, 2 : « Soient confondus tous ceux qui servent aux idoles, » version qui ft^t en usage chez les protestant^ jusqu'à l'an 4550 (3), Mais iU i^p s'accommpdèrent plus de cette yei'sîon du moment ovi ils s'avisèrent de faire tomber la condamnation pprtée par Qieu même contre les idolâtres sur l'usagQ que l'Église a toujours conservé, conformément h la dpptrine des Pères, de vénérer les saintes images. Par ce motif ils surent bien substituer, dans les traductipns q^'ils firent depuis de ces passages, le mot imQgç9 à celui d'idqles. La Société biblique çl adopté cette npj|velle version, et ainsi le passage du Peuteronome a été rendu d'abord par ces expressions : « Tu ne te feras point d'image$ taillées, » et celui du psaume par celles-ci ; « Soient confondus tous ceux qui ser- \Ql\t ^vix itnage& ; » puis, quelque ten^ps après, sul|stituant le mqt s>eprostev\^ex à celui ^'adQT^Vy on présenta ain^i le premier : Tu ne te proMçrnerasi point devant les imqges, iponr faire entendre au peuple qui lit ces |)ibles qije les catholiques, qui se prosternent clevpntle^?î»?pgf^,sQnt idolâtres, et à ce titre, formel* lement condamnés par p|eii iflême. Tel est l'airtifiçe
(1) On lisait dans ces versions : Tu ne feras pas d'idole taillie.
(2) C'est ainsi qu'on lisait dans les VQr8ion9 calvinistei fran« çtises.
236 — dont les protestants font usage dans leurs version», tel est l'esprit qui anime la Société biblique.
Je pourrais multiplier ces exemples, puisqu'on peut être certain que toutes les fois qu'ils rencontrent sous leur plume un passage biblique relatif au point controversé, ils ne tardent pas à l'altérer pour le faire servir à leur propre cause. Qu'il suffise donc, au moins pour le moment, de ce léger échantillon pour preuve de tout ce que nous avons affirmé de la mauvaise foi qu'ils mettent soit à faire, soit à propager des versions de cette espèce (1). C'est ainsi que les protestants donnent au peuple la parole de Dieu diversement morcelée , falsifiée, altérée, corrompue.
Mais il y a un autre morcellement d'une bien plus haute portée que pratiquent les protestants, en effaçant d'un trait toute la parole révélée de Dieu que nous a transmise la tradition, parole traditionnelle sur laquelle s'appuie uniquement la parole de Dieu écrite, parole qui a pour elle le témoignage et la pratique de tous les siècles. Comme je me propose de traiter à part le sujet de la tradition, qu'il me suffise ici d'avoir simplement indiqué ce morcellement arbitraire, qui n'a pas d'autre but que de délivrer la Réforme de tout ce qui la contrarie ou la condamne.
(1) Ceux qui voudront en voir d'autres exemples feront bien de lire l'ouvrage cité plusieurs fois de Mgr Malou, intitulé : La lecture de la sainte Bible, t. ii, ch. 9.
Qu'il reste donc établi, comme prouvé maintenant jusqu'à l'évidence par tant d'arguments invincibles, que la règle rationnelle* protestante, considérée au point de vue biblique, est inadmissible, comme ayant le défaut de morceler la parole révélée de Dieu,
ARTICLE IV
Considérée au point de vue biblique, la règle rationnelle protestante est défectueuse dans son application biblique elle-même.
Contradiction de Luther dans ce système. — Insuffisance de la raison par rapportàrinterprétation dogmatique de la Bible prouvée par la théorie et par la pratique.— Clarté de l'Écriture proclamée par Luther et ses adhérents, — Eux-mêmes ont démenti par le fait cette clarté prétendue. — Opposition constante entre la théorie et la pratique chez les protestants relativement à cette prétendue clarté de la Bible.— -Aveu postérieur de Luther au sujet de l'obscurité de l'Écriture. — On confirme cela par des exemples. — Articles dogmatiques explicites. — Cette obscurité se prouve encore mieux dans les textes qui ne sont pas aussi explicites. — Impossibihté absolue pour la raison de se former un symbole de foi avec la Bible seule. — Aberrations faciles dans la manière de l'entendre, surtout quand on se trouve dominé par les préjugés et les passions. .
J'entends ici par application biblique la mise en pratique de la règle dont il s'agit dans l'interprétation de la Bible par le sens privé, ou par la raison in-
dividuiôlliè diècUtatlt chaque article de foi en vertu de cette règle posée par les protestants. J'affirme de cette application biblique qu'elle eôt défectueuse à plusieurs titfés, pris tant dans la raison que dans l'Écriture, considérées l'une et l'autre, soit en elles-mêmes, soit dans leurs relations réciproques. Chacun de ces points mérite d'être traité à part. Entrons en matière.
Pour ce qui tient à la raison, je dois relever avant tout l'étrange contradiction où est tombé Luther, le premier qui ait proclamé cette grande r^le de l'Écriture interprétée par la raison individuelle, donnée polir base au protestantisme. Cette contradiction ou cette incohérence est tellement évidente, qu'elle plane , pour ainsi dire, sur toute cette règle. Pour que la raison individuelle pût être larègle indépéndàtite et suprême de l'Écriture, en sorte que l'intelligence et l'interprétation de l'Écriture ellemême pussent et dussent suffire pour constituer les dogmes et les articles de foi, ou, ce qui est encore jdIus, la règle même à suivre pour tous les articles à croire de foi divine , il faudrait qu'elle fût, je ne dis pas encore infaillible, comme on pourrait l'exiger, mais au moins d'une force et d'une puissance, d'une profondeur, d'une pénétration et d'une étendue non communes. C'est-à-dire , qu'elle devrait être d'une élévation, d'une portée en un mot, proportionnée à la grandeur de l'objet et à la difficulté de l'entreprise.
Lfe réformateur saxon aurait dû en conséquetice, avant de proclamer sa règle suprême , faire précéder un magnifique éloge de la raison huhifeine^ en vanter la force^ lapénétratioiî, et la suffisance dont elle est pourviië, cbmrilé l'ottt fait depuis les rationalistes et les incrédules pour secouer le joug de la révélation. Eh biten , qui le ctoirait ? au lieu de prendre ce parti, Luther, comme nous l'avons montré plus hautv â commencé par prêcher, en guièe de dogme prélîminiâire à toiite sa doctrine, la nullité de la raison hunlaine, comnie conséquence inévitable du péché primordial où originel. L'homme^ au dire de Luthfer, est telleihent corrompu dans -sa nature par suite de 6a chute prîthîtive, qu'il a totalement perdu Sa liberté, et eét devenu, particulièrement dans les choses de foi, comme un tronc mott, comme une pierre brute : dans son intelligence sont entrées les ténèbres; dans sa volonté, un irrésistible attrait pour le mal; le mal nierai en lui s'est converti en sa nature même, viciée dans sa substance (1). Comment donc la raison pouvait-elle être l'interprète, et l'interprété dogmatique dé l'Écriture, au point que de son interprétation défi) Voici les paroles de Luther : " In spiritualibns etdivtnis rd>u9f qusB adanimœ salutem spectant, homo est instar statuas salis in quam uxor patriarchae Loth est conversa, imo^jj; similis trunco et lapidi, statut viia carenti, quœ neque ocnîorum, cris autullorum sensuum cordisque usuïn habet» (In Genêt., c. xrx). VoiT la Symbolique de Mœhlek, t, i«S p. 102 et suiv.
pendît l'objet même de la croyance ? N'est-ce pas là une vérification pratique de la parole du Sauveur, que si un aveugle conduit un autre aveugle, tous les deux tomberont inévitablement dans. quelque précipice? Cette incohérence cependant passa inaperçue durant à peu près trois siècles entiers parmi tout ce qu'il y a eu de communions à s'en tenir au dogmatisme luthérien, en même temps qu'elles soutenaient et défendaient, comme elles le font aujourd'hui plus que jamais, l'interprétation de la Bible par la raison individuelle comme la règle unique et suprême de la foi. Mais même en laissant de côté les exagérations familières au docteur saxon, et en nous bornant à considérer la raison humaine telle qu'elle est en elle-même, et dans son état natif d'infirmité , nous prouvons qu'elle est incompétente à exercer l'office de juge que voudrait lui attribuer le protestantisme. En effet, si la raison se montre si souvent indécise et incertaine , même en ce qui constitue l'objet naturel de son examen , c'est-à-dire en ce qui concerne les vérités de raison proprement dites, où bien des fois elle ne sait quel jugement porter ; s'il n'est pas rare qu'après avoir plus mûrement réfléchi, elle reconnaisse qu'elle s'est égarée dans le choix, et qu'elle revienne d'une opinion qu'elle avait d'abord suivie avec u!l^ assurance parfaite, et qui semblait inébranlable; si l'expérience qu'en fait tous les jours chaque individu doit le convaincre des honteuses bévues
que sa raison peut commettre, n'y aura-t-il donc que rÉcriture pour l'intelligence de laquelle elle ait le privilège de ne jamais tomber dans l'erreur ? Qui osera dire qu'elle est toujours à même d'en pénétrer tous les sens et toutes les profondeurs jusqu'à en tirer des articles de foi, à discerner avec une entière certitude Tunique véritable sens que Dieu a pu vouloir donner à sa parole, et même jusqu'à en faire son symbole exclusif , jusqu'à pouvoir dire que c'est le seul véritable, de préférence, et même exclusivement à tous les autres? J'en abandonne la réponse au bon sens public, à la conscience de tout homme qui raisonne.
Que dire ensuite, lorsqu'on voit, en jetant les yeux sur les annales de la soi-disant réforme, que l'interprétation de la Bible faite par cette raison individuelle est tellement mal assurée, tellement variable et mobile, qu'on pourrait l'appeler une perpétuelle correction et un perpétuel changement? Il s'y fait un va-et-vient continuel d'un sens à un autre sens, je ne dis pas seulement dans les questions d'exégèse ou d'érudition , mais dans ce qui intéresse le dogme même le plus élémentaire ; de sorte que les confessions symboliques ont été mainte et mainte fois amendées, corrigées, rajustées en cent façons différentes, à cause des erreurs qu'on a découvertes et des bévues qu'il a fallu reconnaître dans les interprétations antérieures. Et, de plus, ces réformes des interprétations
de la Bible ne se sont p^^ sei^lement succédé Yum à l'autre ; mais elles ont encore été sinmltanéas ist^e elles» et ont donné lieu à de nouv^ll^ çonîemws différentes, et par conséquent, h de ppuv^)}es sac^ qui se sont détachées des anciennes, à icause d'une manière d'entendre les textes bij)liques tpul^ différa rente, et qui quelquefois même était tout J'opp^ d« celle de la secte-mère à laquelle elles appartenaiiBttt auparavant. C'est là une preuve de fait évidente et irrécusable, que la règle rationnelle du protestaptiswe est défectueuse dons son application biblique du côté de la raison, qui entre comme élément nécessaire ^n^ la synthèse de cette règle, soit qu'on envisage sa théorie, soit qu'on veuille en étudier la pratiquji^. Je pourrais insister avec plus de force et de vigueur «wr ces considérations ; niais, comme je dois traiter au long le mèma sujet dans le cours de cçt ouvrage, qu'il suffise pour le moment de ces légers aperçus, qu'il me fallait toucher au moins pour mon objet açtu^.
Voyons maintenant si l'autre élément sy^ilbétique ■de la règle rationnelle, qui est la Bible eu t^t qu'elle serait donnée à interpréter à la raisou individuelle, est sustceptible d'uue telle interprétation de m^U^e à former une règle de foi. Et d'abord, observa»» ici que le chef de la Réforme, pour rendî^e sa règjp ^dnaissible, fut obligé de mettre en avant, conune lemme incontestable, l'extrémç clarté de l' Écriture. Appelons à ce propos l'attention dis nos lecteura »w
un gracieiiix et plai^nt spectacle qu'offrit le protestaii* tisme 4^6 son ^ceau, .et qu'il a continué xle nom présenter jusqu'4 nos jours. Pour exdure tout principe , d'autorité dans l'interprétation de l'Écriture, et y sul>$tituer le principe de la liberté d'examen et par là mèrm de l'interprétation individuelle en matière de foi, Luther et ses prieiniers disciples se mirent à crier à gorge déployée quel* Bible était -claire et aisée à comprendre dans toutes ses parties, poui* quiconque avait des yeux pour vdr et des oreilles pour entendre. C'était là le thème objigé, le tbènae commun, le thème universellement pro4amé. On peut voir là-dessus les témoignages explicites et nombreux des premiers protestants dans les controyersistes de l'époque, et spé^ cialement dans Bellarmin (1). Mais nous ne voulons / pas omettre ici Jes déclarations aussi solennelles qu'explicites de Luther, qui n'a pas craint d'affirmer que « l'Écriture est à elle-même son interprète le plus suret le plus clair ^ et en même temps le plus intelligible ; qu'elle prouve fout à tout le monde ^ juge iQutp illumine tout^ (2). Il a écrit encore : « Voici ce que j'affirme de l'Écriture entière ; je n'approuve pas qu'on la dise obscure dans aucune de ses
(1) De verbo Deiy 1. i, cl.
(2) Ut Bit ipsa (Scripturaj certissima, &cillima, apertissima ftuiipsius interpres, omnibus omnia probans, judicans et illu* minans [Prœf.ussert. ortie, à Leone Pontifice damnât.).
parties » (1). Ailleurs, il a dit encore plus ouvertement : « Les chrétiens doivent tenir avant tout pour certain et indubitable, que les saintes Écritures sont une lumière spirituelle beaucoup plus claire que le soleil lui-même » ('2). A ces extraits du coryphée de la Réforme, j'en joindrai un autre qui ne va pas moins bien à mon sujet, et que nous fournit Mosheim, le principal historiographe de sa secte, qui nous décrit en ces termes la croyance de la conmiunion luthérienne : « Cette Église (luthérienne), écrit-il, fait profession d'admettre que la connaissance de tout ce que nous avons à croire ou à pratiquer doit se puiser dans les livres dictés par Dieu lui-même, et qui, pour cela, sont à ses yeux tellement clairs et faciles à entendre dans les choses nécessaires au salut, que tout homme doué de raison et connaissant la langue peut en atteindre le sens sans besoin d'interprète. L'Église possède, il est vrai, certains livres appelés communément symboliques, où sont réunis et clairement exposés les principaux points de la religion. Mais ces livres empruntent toute leur autorité de la sainte Bible, dont elles rendent le sens et la pensée; et il n'est pas
(1) De tota Script lira dico : Nullam ejus pârtem obscuram dici volo. Ibid.
(2| Id oportet apud cbiistianos esse in primis ratum atque certissimum^ Scripiuras sanctas esse lucem spiritualem ipso solo longe clariorem (De $ervo arbitrie, opp. t. m, fol. 162).
permis aux docteuis de les interpréter autrement que ne le permettent les divins oracles » (1).
11 semblerait qu'avec tant de clarté et de lumière, -yavec tant de secours qu'offre l'Écriture pour l'intelligence d'elle-même, la divergence dans la manière de l'entendre ne fût plus possible, et qu'aucune interprétation, aucune explication de son texte ne fût plus nécessaire. Qui n'aurait inféré de témoignages aussi formels que tout ce qu'il y a de protestants ne forment ensemble qu'un seul tout harmonique, un même esprit, un même cœur, un même langage? Eh bien, la chose est allée tout au rebours de ce que chacun était en droit d'attendre. En même temps que les chefs de la Réforme s'accordaient à proclamer et à persuader à tous leurs disciples l'extrême clarté de l'Écriture dans toutes ses parties, ils se divisaient, s'anathématisaient, se faisaient la guerre à toute outrance, s'accusaient réciproquement de n'avoir point
(1) Ex sententia hujus Ecclesiœ (hitheranœ) omnis recte de re divina sentiendi et pie vivendi ratio unice ex libris ab ipso Dec dictatis haurienda est, quos idcirco in illis rébus quibus via salutis continetur, tam esse pianos et intellectu faciles crédit, omnis ut homo rationis compos, linguarumque gnarus sine interprète senteutiam eorum assequi valeat. Habet ea quidem certos libros, qui «ymôo/ici vulgo nominantur, quibus prœcipua religionis capita congesta, et perspicue exposita sunt. Atque hi omnem auctoritatem suam ex sacro codice ducunt, cujus mentem et sententiam exhibent, née doctoribus aliter eos interpretari licet, quam divina oracula patiantur. [Inst. hist, eccl. »xc. XVI, sect. ni, punct. 2, c. 1, § 2.)
compris rÈcriture, et avec l'Écriture à la mèin déchiraient le sein du protestantisme à peine mtli du berceati. En même temps que leufs princïpau}t ouvrages étaient exégétiques dans le but d^aplanir le sefns des Écritures, ils ne s'accordaient point daws leurinter-^ prétation ; et cette discordance a continué jusqu'à nos jours, où plus que jamais les protestants de toute race ont multiplié les traités d'herménéutic^è et d'exégèse avec un nombre presque infini d'avertisserafent», de règles et de préceptes pour bien inletptélef les livres saints (1). Et ce qui fait encore plus à iiotresflljet, c'est
(1) Voici une liste abrégée d'auteurs protestants sur l'herméneutiqiie et Fexégése :
MatîH. Flacci Clatîs Scriptnrx. B«fsil., 1662,
Woi^G. FraNzji Tractât. theoL de interp. s, Ubromm. Wittemb., 1619.
Sal. Glassii Philologîa s . , Jenœ, 1623, his temporîbus accommod. a J. A. Dathio et G. L. BAVEfto. lîps., Iflt^îl^.
JoAN. Jac. Raubachit Instit* hêrtnêmut. ioct Jeras, 1799 usqueadan. 1761.
JoAN. TuRRETiNi De SacT. Script, interp. iVajecti, 1728 et Cari. Telleri, 1776.
Christ. Wohlle Hermen. V. T. Lips., 17S.6
JoAN. AUG. ERNESTl/w5^i7. fntérpr, N, T. Lipôra?, 1761, eâ. 5. Car. Ammon, 1806.
Daniel WnTEMBACH Elementa hermen. S. Mar., 1760.
JoAN. Sal. Semler, Appar. ad Hberài. N. et V. T. interp. HaL, 1767, 177a.
JoACH. Pfeifper Instït. hermen. S. Eslang, 1771.
Georg.Laur. Batër Hermen. 5. V. T. Lip»., 1797.
Sam. Frïd. Nathan. Morï fferm. 19. T, et C. A. EicH- STADT, 1792-1802.
que la plupart âesinterprètes protestants modernes en^ tendent et expliquent autrement qt^ les premiers réformateurs les textes en particulier sur lesquels ceuxeî fondaient leur doctrine en opposition à celle de l'Égli^ catholique^ ou appuyaient leurs principales objections contre ce même enseignement ^ comme chacun peut s'en assurer en se donnant la peine d'en faire la confrontation. Dans nos articles précédents, nous en avons déjà donné quelques exefmples. Qu'on lise Berthold , les deux Rosenmuller , Keil, Kuinœl et d'atrtres semblables exégètes modernes , et qu'on eî> fasse te rapprochement avec les expositions de Luther^ de Calvin , de Bèze ^ de Remnitius , de Brenziui^ et d'autres semblables^ et on ne tardera pas à voir corn*bioiî les premiers se sont écartés dess derniers, et même combien ils sont opposés ensemble^ I Si les protestants ne nous avaient pas donné de
trop fréquentes preuves de pareilles incohérences^ et habitués à de si honteuses contradictions de leur part' jusqu'à nous en ôterTétonnement, nous aurions certes sujet âe n'en être pas peu émerveillés. Il paraîtrait à peine croyable, si les faits ne nous en démontraient la vérité, que pendant trois siècles entiers une théorie ait été mise obstinément en lutte perpétuelle avec la
I G. Fhid. Seller Bîbl. herm. V. etN. T. Erlang, 1800.
Car. Dan. Beck Monog. kermen. N. T. Lips., 1803. i Sans compter bemicotip d'autres de ces travatix en langue
! vulgaire, soit allemande, soit anglaise ou française, etc.
pratique, qui la démentait sans cesse. Il en est pourtant ainsi. Même de nos jours, et après de si éclatantes preuves de fait du contraire, après avoir lui-même sur le recto du même feuillet reconnu avec beaucoup d'autres des siens Tobscurité de l'Écriture, Dœderlein, pour répondre aux catholiques, ne craint pas d'affirmer : « qu'iV suffit contre eux de dire que^ pour ce qui tient à la foi et aux moeurs^ le sens vrai et historique (des Écritures), ou se présente de soi-même à tout lecteur , ou peut aisément se chercher et se découvrir y^ (1). Eh bien, c'est précisément pour ce qui intéresse la foi que se sont élevées entre les protestants les plus violentes disputes et les plus éclatantes divisions par rapport à la manière d'interpréter l'Écriture. Mais, lorsque les passions et les préjugés enracinés répandent leurs ténèbres sur l'esprit d'un homme, il n'y a pas de raisons ni d'expérience capables de les dissiper.
Que dire ensuite, lorsqu'on considère l'Écriture telle qu'elle est dans sa réalité, pleine de profondeur,
(1) Dœderlein Imt theoL christ, in Capp. relig, theoret ^ part. 1, éd. 4, Norimb. 1787, p. 156. « Minime negamus, inter- " pretationem iitriusqiie Testamenti muUis et gravibus premi « difficultatibus, acplurima (?uo-vo-/ît« (inintelligibilia) et obscura « reperiri. » Puis, à la page suivante, 157, il en vient à écrire : « Contra hos (catholicos) satis est adstruere in fidei morumque « ratione cognoscenda, sensum verum et legitimum vel offerre « sese sponte lectori caique, vel facili opéra indagari atque « erui. »
d'obscurité en beaucoup d'endroits et de difficultés pour les interprètes? Or, telle est du propre aveu, qui le croirait? oui, du propre aveu de Luther lui-même, qui, en contradiction avec ce qu'il avait d'abord établi avec tantde hardiesse, s'est vu forcé de l'admettre, instruit enfin par une longue expérience; telle est l'extrême obscurité que présentent les Écritures, «l. « Approfondir le sens des divines Écritures, dit-il, est chose impossible: nous ne pouvons qu'en effleurer la superficie ; en comprendre le sens serait merveille. A peine nous est-il donné d'en savoir l'alphabet. Que les théologiens disent et fassent tout ce qu'ils voudront : pénétrer le mystère de la parole divine sera toujours une entreprise au-dessus de notre intelligence. Ses sentences sont le souffle de l'esprit de Dieu : donc elles défient l'intelligence de l'homme ; le chrétien n'en a que la fleur » (1). On ne pourrait donc appeler l'Écriture règle de foi, qu'autant que dans ses énoncés et dans sa superficie elle présenterait les articles à croire déjà formulés , comme vérités que Dieu propose à l'homme. Encore, à moins d'un guide sûr et digne de confiance , ne serait-on pas garanti , même dans ce cas, contre tout danger d'illusion. J'ai dit qu'on ne serait pas garanti même dans
(l) Voir AuDiN, Histoire de la vie de Luther, t. n, p. 339. Luther a répété cette même chose bien d'autres fois, que je passe sous silence pour plus de brièveté.
ce ôaé contre tout danger d'illusion ; car il se trouve de fait déffls les divines Écritures des vérités énoncées distiiïctetrteiït et en tei^mes propres < auxquellei^ il rtô manqué ni la rigueur de la formule ni la clarté de Tcat-pression, et qui^ soit par un effet de rinfirniité humaine, soit par maliceî ou autrement, n'en ont pas moins été niées, et les passagéiS de la Bible qui les contiennent interprétés de Wanière à les faire totalement disparaître. Prenons pour exemple celle de Tinstitution M baptêrhe. Qui est-ce qui, lisant au dernier chdpitrte de rÉvangile de saint Mathieu lés paroles du Sauveur à ses apôtres :^//e2, et enseignée toutes lès nations, lès baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-- Esprit, n'y ven'àit établi le rite sacramentel d'initiation à conférer* par l'invocation des trois pei'sonnes divines? Et qui ignore cependant que plusieurs hérétiques anciens et diverses société;^ de protestants modernes l'ont nîé, él le nient encore? Quelques-tfngont entendu ces pârdes d'une ptire cérémonie, emfployée simplement comme signe d'admiifeion dans la société chrétiewne (1). D'autres n'y vetllent reconnaître qti'un rite temporaire, et qni a dû cesser du moméWt où le christianisme a été Suffisamment propagé (2). D'autres en asîSez grand nombre ont i^outenu qu'il n'était
(1) C'est ce que dit Limborch, dans sa TheoL Christ, y 1. v, c. 69, § 25, eomme tous les sociTriens et ton» les rationftlisfes modernes.
(2) Telle est aussi te docîtririe des sociïfieH»', ^î n'est, au
^estiéti déns le texte allégué^ aosfri bien que dans celui de PÉvatigile de saint Jean, c. m, que d'une purification spirituelle et tout intérieure^ à rex<5lteiân de l'eau matérielle (1). Je ne parte pa» des effets du baptême, dont là question a excité de nos jouts tine si vite agitation et de si violents débats au sein de l'Église anglicane, comme nous le dirons to son \imi Mais outre cela, pour ne pas sortir de Vexent plè du baptême que nous venons de mettre en avant, (|tiî n'a entendu parler de la question cri-* tico-biblique qui s'agite sans fin dan» lea école*, sa-* voir si les apôtres avaicftrt, en vertu d'une dii^ense di* vine, conféré le baptême dans le seul nom de 3èmê^ Christ (2)? Qui ne sait encore, que plus d'une communion protestante moderne, en conservant la for-» mule du baptême, n'admet cependant qu'une seule
reste y qu'un corollaire de leur système fondamental. Voir Catech. Racov., q. 346, 152.
(1) Cest encore la doctrine de quelques sociniens, et de plus, des anglicans William Dell, dans son ouvrage bùdtrina bap- Hsmatum (tb antiquis et reeentibus eovtupitonibv^ eû^pur^ta:, et de Benjamin Holme, dans l'opuscule intitulé : Invitatio séria ad omnes, an spiritvm Christi in seipsis agnoscanf. Cette doctrine remonte primitivement jasqu^à Calvin, et sW Téjmnâtte âe ceîie sotffce parmi beatcottp âes i^étHes secieîfe, et spécialement parmi les quakers. Vc^i** Mœhle»,» SymboHiue, t. II, § 68.
(2) Le cardinal Orsi a écrit sur ce sujet une longue dissertation sous le titre : De Baptism, in nomine Jesu-Christi, Medk)l., 173a,. in-4», qu'on fwa bien de ctorîsulte*.
personne en Dieu , savoir le Père, ne voit dans le Fils qu'un pur homme ou le Messie, et dans l'Esprit- Saint qu'une simple énergie ou vertu? Mais donnonsen un autre exemple que nous prenons dans l'institution de l'Eucharistie. Non-seulement la forme de son institution se trouve rapportée par les écrivains sacrés; mais ils reproduisent les paroles mêmes qui nous assurent de la présence réelle et substantielle du corps adorable du Sauveur sous les apparences du pain : i- Ceci est mon corps ; comme aussi du sang de l' Hom-
me-Dieu sous celles du vin : Ceci est mon sang. Malgré ces raisons, quiconque est tant soit peu versé dans la polémique religieuse, sait que ces deux textes si simples ont donné lieu en deux siècles à plus de deux cents interprétations différentes, et que lés rationalistes modernes ont encore ajouté à ce nombre de nouvelles interprétations inconnues aux anciens et qui portent un cachet vraiment singulier ; si bien que des sectes entières et très nombreuses nient aujourd'hui sans la moindre restriction, que ces paroles expriment la présence réelle du corps et du sang de notre Seigneur. Beaucoup enfin sont parvenus à ne reconnaître dans l'institution divine qu'un rite commémoratif destiné à rappeler aux fidèles les souffrances inouïes endurées pour la rédemption du genre humain par l'Auteur du christianisme (1). Ces exemples pour-
(1) Voirie traité du R. P. Perrone De Eucharistia, part, i, c. 1.
raient être grossis de cent autres parfaitement connus de tous ceux qui ont été initiés aux sciences sacrées, et se sont appliqués à l'étude de la controverse.
Que si tel est le produit de la raison humaine constituée interprète de l'Écriture, même par rapporta ce qu'elle contient de plus explicitement énoncé et de plus nettement formulé, qu'en sera-t-il des autres textes où la vérité se trouve comme enveloppée d'obscurité, et recouverte sous le voile de l'emblème, de la parabole, de la figure ; de ces textes dont on ne peut extraire le véritable sens qu'avec beaucoup de travail, en écartant l'enveloppe extérieure qui nous le cache, ' au moyen de déductions, de parallélismes, de confrontations de toute espèce ; de ces textes dont le sens est, par sa nature même, placé hors de la portée de la raison humaine? Et nous voilà donc arrivés à la synthèse de l'Écriture et de la raison, que nous nous sommes proposé de traiter en troisième lieu, pour faire voir de plus en plus que la règle rationnelle de foi est insuffisante dans son application biblique.
Au nombre de ces vérités inaccessibles à la raison, il faut ranger la plupart de celles que contiennent les Écritures et qui forment l'objet de notre foi, qui sont passées en formules dans les professions de foi ou dans les livres symboliques. Quand la raison humaine, sans autre guide qu'elle-même, cherche à trouver ces sortes de vérités dans l'Écriture, bientôt elle s'égare, tâtonne , se trouble et se confond ; car il ne s'agit
de rien de moins pour elle qwe de discerner avec une pleine assurance tout ce qu'elle doit croire comi»^ article de foi, sans mélange d'élément humain, d'avec ses opinions purement subjectives. Pour moi, je suis fermement persuadé que le protestantisme ne serait jamais parvenu à se former un symbole , si l'on en excepte la partie négative, sans le flambeau qu'il a emprunté de l'Église catholique, même après l'avoir quittée. En se séparant d'elle, il a emporté avec lui, comme l'avaient déjà fait toutes les sectes des siècles précédente, un lambeau des vérités qu'elle lui avait apprises , mais qu'en voulant ensuite réfère à sa manière il a fini par perdre presque entièrem^ent, qomn)e nous le dirons plus loin, y- Ajoutez à cela, que celui qui assume la charge d'in-
terpréter les ÉcriUires pour se former son synïbote est le plus souvent ignorant et passionné, et que par conséquent, au lieu de les entendre dans le sens qm TEsprit-Saint avait en vue, il les entendra dans Je sens pervers que lui suggèrent ses passions. Comr ment s'assurer qu'il extraira de la Bible la f^sé^ de Dieu qui s'y trouve, et qu'il n'y fera pas plutôt ei^trer ses pensées ou ses sexitimente personnels? Pour ne rien dire même de ceux qui par pure maJioe accom-^ modent la Bible à leur guise, selon le but qu'ils ae proposent, pour autoriser sous ce voile leurs profères doctrines, il y en a bien d'autres qui, sans s'en aper» cevoir, croient lire dans la Bible ce qu'ils lui fontsim^
plement dire. D^s illusioDs de cette esipèce ^ont trè3 ftiisiles, et, malgré toutes les précautions qu'on peut prendre pour s'en garantir, elles peuvent arriver à tout homme avec la noeilleure foi du monde. Quelle garantie auront-ils ou pourront-ils jamais avoir d'être ei&empts de pareilles méprises? Qui les assurera de n'avoir pas fait parler la Bible tout à rebours de ce qu'elle dit véritablement? Quixjoijque a une connaissance au moins légère de ce que peuvept ^r l'esprit et le cœur de l'homffie les préjugés, les opinions préconçues, les passions qui le^ dominent, peut savoir combien il est facile de substituer ainsi, je dirais presque imperceptibleînent, son sens privé au sens de la Bible.
Cette observation acquerra bientôt une force tpodictique et démonstrative, si l'on veut bien se rendre présent à l'esprit le système protestant concernant cette règle de foi. Selon les protestants, tout individu, de classe instruite ou populaire, savant m i^orant, homme ou femme, peut et même doit, par la l^ture de la Bible, de quelque manière qu'il l'entende ou croie l'entendre, se former et se construire son propre symbole, c'est-à-dire l'ensemble des vérités qu'il tient pour révélées de Dieu et dans le sens qu'il leur attache. Or, qui ne sait que les hommei^ sont dominés par les passions, corrompus dans leur nature dè$ leur origine, avec une raison remplie de ténèbrçs et une volonté portée au mal? Ténèbres et corruptions
que le protestantisme, bien loin de les nier, a exagérées à l'excès. Comment donc oser dire que des hommes de cette nature, pris au moins dans leur généralité, apportent tous à la lecture de la Bible des dispositions assez pures pour ne lui attribuer jamais un sens qu'elle n'a pas, en mettant à la place de son sens légitime celui que veulent lui prêter leurs passions ? Pour moi , je pense qu' aucun protestant de bonne foi n'osera le dire; mais, s'il le disait, l'histoire entière du christianisme s'élèverait pour le démentir
Il faut donc conclure, que la règle de foi que le protestantisme voudrait placer dans l'interprétation individuelle, est tout-à-fait défectueuse ou insuffisante dans son application biblique
De tout ce que nous avons dit dans ce chapitre, où nous avions pour objet d'examiner au point de vue biblique cette règle rationnelle protestante, il résulte qu'elle est défectueuse par rapport aux fondements que la Bible doit présupposer ;. qu'elle manque de fondements dans la Bible, qu'elle s'y trouve même condamnée ; qu'elle est défectueuse aussi en ce qu'elle présente mutilée la parole révélée de Dieu ; défectueuse enfin dans son application biblique. Et tout cela, nous l'avons prouvé non par des arguments à priori ou par de subtils raisonnements, mais par des faits manifestes et irrécusables qui le démontrent jusqu'à l'évidence.