‹ Le protestantisme et la règle de foi, trChapitre 28 sur 30 · Us ont été ensuite imposés au dergé, comme · texte numérisé non relu

Us ont été ensuite imposés au dergé, comme

symbole ou formulaire d'orthodoxie, par un acte d'Elisabeth, l'an tiii de son règne (1)- Or, une question qui se présente ici, c'est de savoir quelle est d'après les principes anglicans l'obligation qu'entraîne la signature de ces articles. An dire de quelqi^suns, cette cérémonie oblige à les croire vrais ^ c'està-dire à m avoir la foi interne) mais ensuite ils distinguent entre la foi nécessaire au salut, et une autre prise dans un sens plus large, dont on ne sait ce que c'est, tandis que le point est de savoir si ces articles contiennent ou non une doctrine révélée, puisque, s'ils la oontiennent, une pareille âlstînction

trente-neuf articles calvinistes, une liturgie papistique et un ci^gé arminien. (Quelques angticanfr ont élevé ensuite la question de savoir si leop Église étfiit arnûnienne (m cakinisté^ L'évêque Horsley prétend qu'elle est neutre entre les points controversés des deux communions. Cette opinion a été fortement contredite ; jusqu'ici la question l'esté indécise. Voir GiiÊGOïKE, ouvr. et 1. cités ^ où sont nonunés les partisans de l'un et de l'autre sentiment.

(1) L'illustre Newman, dans l'ouvrage souvent cité, confessait que l'injonction de ces articles était un acte plus politique i\M' ecclésiastique. « C'a été, écrivait-il, une précaution prise par VÉtat autant que par YÊglUe, quoique cette dernière j ait coopéré. Je veux dire que la jalousie entretenue paf le pouvoir civil contre Rome a été le principe de la Réforme (anglicane) au point de vue historique, et que la forme extérieure imprimée à notre religion doit être rapportée en grande partie aui opit^ons et aux déêitê des laïques et àesi éirafvgers. » Page 279.

n'est plus admîsaâble. Us admettent, en outre^ que ces articles, susceptibles de sens divers, peuvent être entendus par dmcun dans son sens persoimel, et quant aux laïques, qu'ils ne sont point tenus dé les croire, mais simplement de ne pas les combattre (1). D'un autre côté, c'est la doctrine commune de beaucoup d'autres anglicans anciens et modernes, qu'il n'y a aucune obligation de les croire vrais^ mais qu'ils ne sont nécessaires que pour l'ordre et la paix extérieure ; de sorte qu'ils ne les appellent pas des articles de foi, mais seulement des articles de religion. Écoutons Braihhall parmi les anciens : « L'Église d'Angleterre, dit*il, ne définit aucune de ces questions comme né^ cessaire à croire , soit de nécessité de moyen^ soit même simplement de nécessité de précepte; mais elle se borne à i^bliger ses membres, par amour pour la paix, à ne pas s'y opposer. » Et ailleurs : « Ces arti>« clés doivent être considérés comme de pieuses opi-^ nions ^ propres à maintenir l'unité ; et nous n'obligeons personne à les croire vrais j mais seulement à ne pas les contredire » (2). Telle était aussi la doctrine de Laud , de Stillingfleet, de Ghillingworth et d'autres. Mais écoutons, entre les modernes, le Rév. Mardi, évêque de Peterborough, nous faire la même décla^

(1) Voir Thomas Bennet, Jn Essay on the Thirty nine article» ofreliffUm, London, 1716.

(3) BBA.MHALL, ScMsm çuardedr sect. i, ch. vi, et nect ti.

ration dans un passage de ses écrits fort remar quable: « Comment l'Église d'Angleterre, dit-il, dans sa Comparative Wiew^ se défendra-t-elle de l'accusation d'agir comme celle de Rome dans l'exercice de son autorité? Comment pourra-t-elle se laver du reproche d'usurper le droit du jugement privé, qui fait la gloire et l'orgueil du protestant? Quelque ardue que soit l'entreprise, il faut enfin l'aborder. L'Église d'Angleterre n'étend point son autorité audelà de ce qu'exige rigoureusement l'intérêt de sa propre conservation. Quand l'article xx donne à CEglise une autorité dans les controverses sur la foi, il ne lui en accorde pas plus que ce qu'en possède toute société civile dans les matières civiles... A r^>oque de la Réforme, le sens de l'Écriture était un objet de contestations. En conséquence, l'Assemblée (Convocation) ecclésiastique, qui est notre suprême autorité judiciaire dans les choses spirituelles, comme les juges le sont dans les affaires temporelles, fut invitée à se réunir, et au nom de l'Église qu'elle représentait, elle détermina quel était réelleinent le sens de l'Écriture sur les points controversés. Mais, dira-t-on, n'y a-t-il point de différence entre l'interprétation d'une loi humaine et celle d'une loi civile? Chacun devra-t-il donc être obligé d'accepter une interprétation qui lui sera imposée par la volonté d'un autre^ s'il est lui-même convaincu par le sérieux examen qu'il en aura fait, que cette interprétation est fausse?

— 54i - Très certainement il n'y est pas obligé, et l'Église non plus ne lui en impose aucune obligation. Si notre conscience ne nous permet pas de consentir aux propositions (jue présente à notre foi l'Église établie, nous pouvons nous retirer de sa communion. Mais si l'on aime mieux y rester, on doit se conformera ses règlements, de même qu'on devrait se soumettre aux règlements de toute autre société à laquelle on jugerait à propos de s'associer plutôt qu'à la nôtre » (1). Ici nous voyons clairement que le principe d'autorité dont voudrait se prévaloir l'Église anglicane laisse le champ libre au jugement privé ; que la signature des trente-neuf articles s'accorde très bien avec la ferme opinion où l'on serait en les signant qu'ils seraient faux, et que quiconque les tient pour faux est tout-à-fait libre de se séparer de l'Église anglicane. C'est un des prélats réputés les plus orthodoxes de cette Église qui nous en fait la déclaration solennelle. Mais s'il en est ainsi, d'où vient que cette Église condamne et tient pour sehismatiques les dissidents qui se sont séparés d'elle? D'où vient surtout qu'elle ose réprouver et poursuivre comme sehismatiques les catholiques romains dans tout le Royaùme-Uni , pour le seul fait d'obéir à leur conscience en répudiant ses enseignements, et en restant fidèles à l'antique foi, l'unique

(â) Comparative View ofthe Churches of^England and Rome, ch. vin. '

véritable? Ce sont là des contradictions d(mt l'ÉgUse anglicane chercherait vainement à se disculper. Mais allons plus loin.

Dans rardeurducoiid:>at engagéan sujet des trenteneuf articles, et que la nouvelle école d'Oxford n'a fait qu'animer davantage, en cherchant à donner à ces articles un sens plus rapproché des doctrines romaines, des pétitions d'un grand nombre de mimirtres anglicans ont été présentées, il y a peu d'années, au parlement, dans le but d'obtenir des modifications à ces articles, ainâ qu'au livre des Communes prières. De là ce débat orageux qui eut lieu au paa*tement dans la session du 26 mars IS&O, où les évâques ai^licans se montrèrent divisés sur la question de Tautorité de leur Église. D'un côté, l'évêque de Norwich prétendait que l'Église angticane^ était fondée sur la tiàerié de cùnecience et sur le droit du jugement privée et que le refus d'admettre certains points doctrinaux de la Hturgie ou du symbole de samt Aihanase ne devait empêcher personne d'être admis aux ordres sacrés; de l'autre, l'évêque de Londres protestait qu'une telle prétention était une injure fedute à l'Église étahUa, et que le seul moyen de maint^ilr cette d^noièro était de tenir ferme Im branche du compas Hiéélùgiifme : SUIT quoi, quelque autre observait que le compas était contourné^ et que personne n'était plus capable de le redresser. Et cette vérité mêuiç, l'archevêque anglican de Dublin l'avait proclamée peu d'années aiça-

ravant (7 août 18Sâ), dans cette même Chambre des pairs, en disant • qu'il n'y avait ni individu ni corps 4^ d'individus dans l'Église anglicane, à qui pût être déférée la solution d'un doute ou d'une difficulté quelconque, en un mot, aucune autorité constituée à laquelle on pût recourir pour avoir la décision de ces sortee de questions» (1).

C'ei^t ainsi que les faits ont mis i^u grand jour de l'évidenoe l'accord des docteurs et des maîtres actuelle de l'anglicanisme sur la règle de foi de leur . Eglise» Mais par là même se présente à nous une autre CQi^dération des plus graves : c'est que, si cette Église a vraiment en matière de foi cette autorité dont parle l'article xx, elle doit nous le montrer dans ta piratiqu^ par l'emploi qu'elle &a fait. Car l'autorité est un instfument actif, qui ne se conserve qu'à condition â'êtfe employé, et aï on ne le voit pas agir lorsque cela i^eir^t le plus nécessaire, c'est une forte pre^v^, ou qu'id n'exifite pas, ou que sa v^rtu est nulle. Or, nous le de^aandons , quand esir-ce que TÉglfee apgliiiÇiinei a fait usage de cette autorité centre tant 4'ef rejutrç et de sobâsmes nés dans son sein ? A-t-elle jamais condamné tes principes soit calvinistes, soit s9oinji.ens, qui, depuis tant d'années, rongent ses en<tpaille? ? A-rt^lIe jamais dénoncé Wesley comme héré-

(1) Voir Dublin Review, no xxn, novembre 1840, dans un article sur YUnUé et la catholicité de f Église établie d'Angleterre.

siarque, et ses partisans comme hérétiques ? A-t-elle jamais prononcé quelque anathème contre ceux qui n'admettent pas avec elle le syinbole de saint Athanase? Où est le synode national, où est la définition dogmatique qui ait dirimé les controverses dans tantde cas si graves? Peut-être, dans ses commencements, alors qu'elle était forte de l'appui du pouvoir séculier, a-tnelle montré quelque vigueur contre ceux qui refusaient de la reconnaître ; mais cette vigueur n'était qu'accidentelle et empruntée : elle venait uniquement de l'intérêt que trouvait l'État à se servir de son influence. Mais à peine a-t-elle été laissée à elle-même, qu'elle s'est vue assaillie en dedans et au dehors; ses articles ont été combattus,*sa discipline blâmée, son ministère méprisé. Eh bien, elle n'a pas su faire entendre sa voix contre les contradicteurs, ni lever le bras contre les rebelles; elle n'a pas osé prendre ce ton d'autorité qu'elle aurait certainement, si elle pouvait se croire dépositaire de l'enseignement apostolique. Preuve invincible que cette autorité en fait de doctrines, cet appel à la tradition catholique dont il est fait mention en termes si vagues et si ambigus dans quelques documents officiels de l'anglicanisme à sa naissance, n'étaient que de circonstance du moment, sans fondement réel, une lettre écrite sur le papier et non dans la vie de cette Église, un principe, enfin, qui n'a jamais été ni généralement reconnu en théorie, ni réalisé en pratique.

De là vient que, dans l'Église anglicane, sur les matières les plus importantes en fait de dogmes révélés, sur la justification, sur le péché originel, sur le baptême, sur le sacrement de Tordre, sur l'Eucharistie et autres semblables, c'est une fluctuation continuelle, ou un choc violent des doctrines les plus disparates et les plus opposées, enseignées à égal droit par chacun de ses membres. Donnons pour exemple qui tienne lieu de tous le fait récent de Gorham. Nommé par le gouvernement ministre d'une église comprise dans le diocèse d'Exeter, il avait essuyé de l'évêque Philippots le refus d'être investi de cette cure, parce qu'il niait le dogme de la régénération baptismale. On fit -^ grand bruit de ce refus, et l'Église anglicane se divisa en deux partis, les uns tenant pour Gorham, et les autres pour l'évêque d'Exeter. Gorham appela de la sentence de son évêque au conseil privé de la reine, considéré comme la suprême autorité en matière de controverses religieuses. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Exeter, craignant peut-être une sentence défavorable à la mesure qu'il avait prise, écrivit la lettre énergique que nous rapportons ici : « Des doutes très sérieux se sont élevés dans l'esprit (Tun grand nombre sur le point de savoir si l'Église anglicane, en acceptant ce jugement d'une manière passive, ne perdrait pas ses droits à être regardée comme une portion de l'Église de Jésus-Christ. C'est pourquoi il y a de fortes raisons de craindre qu'un tel jugement n'ait pour

— 5fc6 —

effet d'éloigner de notre Église un grand nombre de ses membres» qui se donneront peut-être à Rome, à cette Église qui promet le repos pour prix d'avoir cherché la vérité. Je déclare, enfin,, que je ne puis rester sans péché, et que je ne resterai pas non piusy si Dieu m'en fnit la grâce, en communion avec celui (l'archevêque de Cantorbery) qui abusera de la haute charge qui lui est confiée pour donner mission et charge d'âmes dans la circonscription de mon diocèse » (1). Mais l'avis du conseil secret de la reine ne se fit pas attendre, et il prononça que chacun était en droit de garder l'opinion qui lui plaisait le plus sur la nature et les effets du baptême* L'Église anglicane se soumit humblement à cette sentence, et le terrible évêque d'Exeter, pour ne pas perdre la faveur dont il jouissait, jugea pkis à propos de donner Tinvestiture à Gorham ; et ainsi finirent les bruyantes querelles que cette affaire avait soulevées. Gorham n'avait fait au fond que se conformer à l'article xx, en soutenant que la doctrine de la régénération baptismale ne s'appuie pas sur la parole de Dieu écrite, interprétée à sa manière, et personne n'avait le droit de le condamner. Mais reprenons la suite de nos raisonnemenits. Des principes dits orthodoxe» ou de la haute Église, et qiri contiennent quelques restes de l'ancien catholicisme répudié, on descendit insensiblement auxo;»*-

(1) Voir VVnwers, 30 juillet 1860.

niens dites évangéliques^ à celtes du calvinisme et du puritanisme le plus rigide, pour finir par celles du latitudinarisme le plus illimité, ou parle pur arianisme et le socinianisme. Cette Église admit dans son sein, et c'est un journal anglican qui Fatteste, « des oppositions notoires de doctrines, et non pas de simples différences, ou des degrés divers d^opinions, ou des discusak>ns spéculatives seulement, mais des contradictions directes, formelles et publiques... Elle permit à une classe de ministres de prêcher une doctrine, et à une autre d'en prêcher la contradictoire » (1). VapposilK>» des doctrines sur ce qui concerne les sacrements est le grand mat de nos temps, disait naguère, dans unede ses lettres pastorales, Févêque anglican d'Exeter dont nous parlions tout à l'heure. « Cest surtout auK doctrines de T Église, disait, il n'y a pas longtemps, un autre ministre anglican dans un sermon prêché à Liverpool à l'occasion de la conversion à l'Église ca^ thoSque romaine de son curé, le Rév. Wells ; c'est surtout à ses doctrines fondamentales et clairement définies qu'un grand nombre de ceux qui envahissent nos autels ont déclaré la guerre avec une fureur schismatique. Cet état de choses est le cancer qui ronge notre Église, c'est la peste qui oblige à s'éloigner d'elle les hommes sérieux qui auraient versé leur sang pour sa cause, si elle avait été fidèle à elle^mêiûe*

(1) En^tish Chvrchman, 21 mai-s 1846.

-f- Mais il n'en est pas ainsi. Les hérésies les plus abomi-

nables sont ouvertement enseignées dans nos chaires, sans que l'autorité s'en inquiète. Non-seulement on nie les plus saintes doctrines de l'Évangile , telles que la succession apostolique, la régénération baptismale, la participation réelle au corps de Jésus- Christ dans l'Eucharistie; mais encore on porte le blasphème jusqu'à les appeler des doctrines trompeuses, et on ruine ainsi tout l'enseignement de notre Église... Ce sont les anomalies de notre Église qui ont déterminé celui dont la défection nous désole à chercher ailleurs la vérité. Il m'a souvent exprimé, dans sa perplexité et sa douleur, l'impossibilité où il se trouvait d'avoir encore confiance dans une Église qui est incapable de maintenir son autorité dans l'enseignement dogmatique, qui se montre également impuissante à réprimer l'hérésie et à définir la vérité, qui n'ose pas fixer le sens de ses propres formules de foi, qui permet à son clergé de fraterniser avec les sectes dissidentes, de fouler aux pieds tous les principes de discipline. Ses évêques sont insultés; on se rit de leurs excommunications; on a prouvé que sa théorie de sympathie catholique avec les autres branches de l'Église est une rêverie vide de sens » (1).

(1) Sermon prêché par Je Rév. Cecil Wray dans Téglise de Saint-Martin à Liverpool en 1847.

Que disent après cela les prêtres et les diacres du royaume lombardo-vénitien de cette Église anglicane, avec laquelle ils

En chiangeant de ministres on change de doctrines, et à peine pouvez-vous trouver dix paroisses contiguës les unes aux autres dans les campagnes, ou dans les villes un peu considérables, où le même enseignement se fasse entendre de toutes les chaires. C'est un fait connu, que l'évêque de Calcutta ayant à prêcher en Angleterre, on lui donna la carte théologique des paroisses où il avait à prêcher, afin qu'il sût d'avance où il pourrait prêcher ce qu'il croyait le pur Évangile, et où il aurait à garder le silence sur toutes les ma^ tières controversées pour ne pas aller contre ce qu'on y enseignait habituellement; et, par matières controversées^ on entend ici les points fondamentaux du dogme chrétien que nous rappelions tout à l'heure {^ ) .

La diversité et l'opposition de sentiments des ministres sur le dogme sont si bien connues, que, lorsque quelqu'un est choisi pour une cure vacante , on demande immanquablement « quelles sont ses opinions religieuses. » Il est bon à ce propos de jeter un coup d'œil sur la Gazette ecclésiastique^ où les recteurs et les curés anglicans se communiquent les uns aux autres leurs désirs et leurs besoins. Vous trouvez

cherchaient naguère à entrer en communion î Connaissaientils cette Église, ou bien ne la connaissaient-ils pas t S'ils la connaissaient, comme ils la cherchaient néanmoins, ils sont des impies; s*iis ne la connaissaient pas, ils ont agi en insensés, comme ils le sont en effet.

(1) EàglUh Churchmany mars 1846.

là une riche variété de types théalogiques, atix<3piels chaque ministre fait respectivement appel. Les uns s'en tiennent à V Église, et c'est pourquoi ils se disent partisans des principes de la haute Église, des opinions de la haute Église, mais des opinions modé^rées^ des principes orthodoxes et modérés de .la haute Église, et non des principes traciaristes (1), des opinions communément dites de la haute Église, mais non poussées à l'extrême. Les mires prennent pour type les irente-ueuf^riic]^ entendus dans lew sens littéral, natureU grammatical; quelques-uns cependant professent d'une maiiièr'e un peu plus vague la conformité de leurs opinions avec le livre des Communes prières, four beaucoup, l'unique mieritun est la prék^îtio» .d'être .évoMgéUqms, si ce n'est que quelques-uns se disent simplement avoir 4es senr timenùs évangéliques ^ d'auiros des se^timevds dé^ oisivement évangéliques , d'autres des vues nette^ ment évangéliques ^ d'autres un sens évangé/ique non calviniste^ d'autres des opinions qu'on pourrait appeler évangéliques. Pour une autre «dasse d'adep^ tes, le tractariamsme est le critérium principal : de là, tel qui se dit pur de tractarianisme, tel autre qui se dit déddément oppom à l'hérésie Axitr^ictarianîsme, tel autre qui libre de toutes tes tendances tractaria-

(ï) On désigne sous ce nom les doctrmes âes docteurs puscistes d'Oxford, auteurs dasj)e^^*àê^.'|No(ae du traducteur.)

nistiques , tel autre qui également exempt de latituriinarisme et de iractttrianume. . . Tous ensuite, par un mouvement bien naturel, s'appellent eux-mêmes éminemment orthodoxes; en diverses manières toutefois , les uns se disant décidément orthodoxes , les autres strictement orthodoxes^ mais éloignés de tous tes extrêmes, ou bien orthodoxes modérés^ ou bien, en tournant la phrase, modérés orthodoxes.

Vous ne voyez là qu'un très léger échantillon d'un riche magasin de nouveautés recueillies dans un article de la Revue de Dublin, et extraites de trois articles seulement pris au hasard dans la Gazette ecclésiastique anglicane (1). Encore ne marque-ton pas ici ce qu'il y a de pire, savoir le nestorianisme, qui envahit une grande partie de ce clergé. Tout ce que nous disons du bas clergé doit se dire aussi de la hairtc dasse du clergé, c'est-à-dire des évoques, que le ministère civil choisit à dessein parmi les latitudinaristes, ou les sociniens et les rationalistes, pour occuper les sièges anglicans au fur et à mesure qu'ils viennent à vaquer. Voici ce qu'en dit un journal : « Il paraît certain que l'évéché anglican vacant de Norwicfc va être conféré (par lord John Bussell, premier ministre) au D' Hinds, chapelain duD' Whaieley. Et pourtant le \y Hinds a publié un ouvrage

(2) Dublin Review, n» xxxix, mars 1846, article Développement du protestantisme, p. 196.

intitulé Le?« trois temples du sent vrai Dieu (1), dont l'objet est d'expliquer la doctrine de la sainte Trinité, premièrement sous la loi, secondement dans l'Évangile, troisièmement dans l'Église, Tout le monde y voit le caractère de l'interprétation sabellienne, nouvellement adoptée par l'archevêque protestant de Dublin Whateley, dans la définition du mot Personne donnée par ce dernier dans son traité de logique composé pour le peuple. Que lord John Russell , qui certainement n'est pas trop ami du symbole athavasien, se soit porté à faire une telle nomination, il n'y a pas sujet d'en être surpris; mais ce qui est remarquable, c'est l'apathie du clergé anglican, qui n'en a manifesté aucun mécontentement. Il paraît qu'après l'échec essuyé par ce clergé dans sa réclamation contre le choix fait du D' Hampden (autre évêque socinien), il trouve mieux de céder que d'opposer une résistance inutile » (2). Le Gardien, feuille protestante, déplore en termes amei^s cette nomination et cette tendance du gouvernement à combler les vides de l'épiscopat au moyen de latitudinaristes tels que les D" Hampden, Hinds et Whateley. Qui empêchera que ces sortes de nominations ne se multiplient, au point qu'il n'y ait plus dans tout le corps épiscopal que des hommes de cette école, c'està-dire des latitudinaristes déclarés?

(1) Three Temples ofthe one true God.

(2) The Tablef, 6 octobre 1549.

Or si tel est l'état des ministres du bas et du haut -fclergé en fait de croyances chrétiennes, qu'auronsnous à penser du commun des laïques, de la masse du peuple dans cette Église ? Errant à l'aventure comme des troupeaux sans pasteur, ils ne savent où trouver un guide ; et dans l'incertitude de leurs croyances, ils se voient abandonnés à leur jugement privé, quelque débile, quelque incompétent qu'il soit évidemment. Ils s'en vont dans une église entendre une doctrine ; ils s'en vont dans une autre tout auprès en entendre une autre. S'ils cherchent ensuite à les concilier, ils s'en font un amalgame dont Dieu seul a le secret; s'ils les rejettent à la fois, ils deviennent crititiques, sceptiques, ind^ndants ; ainsi, ne croyant plus qu'à eux-mêmes, ils tombent dans l'indifférentisme religieux, et n'ont plus bientôt que des sentiments anti-chrétiens. Ceux qui ont reçu de la nature un esprit docile et bien fait restent dans une incertitude de croyances qui les fatigue et les abat, et ils marchent dans les ténèbres. Dans les écoles même nationales, où l'anglicanisme a la prétention d'instruire et de former la masse de la population, il ne s'enseigne rien de déterminé en fait de religion, mais seulement une sorte d'instruction vague qui peut convenir à la fois à toutes les sectes dissidentes. Ainsi la généralité de la population anglicane demeure dans un état d'ignorance léthargique sur ce qui importe le plus au chrétien. « Nous savons, est-il dit dans un article

— 5S4 — fort reraarqoaWe déjà 'Cité(l), et nous en avons été assurés par des témoins très compétents, par des personnes qui on* été ou sont encore ministres de l'Église établie, qu'ils ont trouvé la grande majcMrité "des habitants des paroisses, où ils ont pu faire leurs recherches, devenus sanus te savoir, et comme iiatiH rellement, sociniens ou ariens. Et tendis que, dans tant de millions de fidèles qui «omposent le véritable bercail, il n'y a personne, même parmi les enfants, qui ignore que le Fils de Marie est en même temps le iDaltre et le créateur de Marie, nous nesarons, ^mm d'après qiielque opinion préconçue sur ce que doit produire ijtn système tel que le système anglican, mais d'après k conî)aisigai»oe a^oquise de faits des plus multipliés et des plus tléplorabtes à la fois; nous ne savons si la grande majorité des protestwats anglais, surtout parmi les pauvres et les gens sans lettres, peuvent avec vérité être rangés parmi ceux q**i croient ea Dieu et <m Jésus-<]lhrist, et s'ils connaissent autrenient que de nom celui qui est Dieu parfait et homme parfait, »

Voyez le beau fruit de réforme religieuse qu'a recueilli l'Église anglicane de sa eéparafion d'avec le oenU^ de l'unité ! Uaa «limite anglican 'C0®v«rti nous en fournit un autre ténodgiiaige non fooins r^nar-

(1) Dubîin Review, n'» xxxix, art. Développement dupr&teskmUame.

qiiabie. « Lcursque l'Église d'Angleterre, dit-il, se sépara de rËglîse universelle, elle se flattait, tout «a renonçait vol®»4airement à une grande partie de ses dogmes, de pouvoir fixer des limites à l'esprit ^le sœplicisme que son exemple avait fait naître... Mais quel en fut le résultat? Elle ne voulait jeter à bas que ce qu'elle appelait la<superstition papistique ; et ses fils ont à tear tour }éié à bas le respect et l'obéissance que prescrit la M de Dieu. Ëtie «intendait faire cesser la pratique catholique de rinvoQation des anges 'et des smAs ; et ses fils ont perdu tout sens pratique <le la conwunion des saints, et ont appris avec les anciens sadducéens à oublier presque ou imême à nier l'existence des anges et des écrits. Elle craipiaît une vénération portée à l'excès pour les sacrements ; et ses fils les ni^t et se moquent de la régénératien baptismale. Elle s'epposait aux abus de la ejesse ; et ses fils en sont venus à dégrader le Saint-Sa<îrei!nent, en le réduisant à n'être qu'un simple si^e d'une chose absente. Elle rejeta la ^prématie du pape ; et ses fils ont appris à mépriser l'autorité de%évêques. Et il en a été de même de tous les autres points particuliers de la foi et de la morale chrétèeenes (1). La doctrine même de l'Incarnation estdevenuele sujet de discussions profanes et d'incrédulité secrète. L'arianisme s'enseignait publiquement dans notre commu-

(1) Voir la Théorie du développement y etc , p. 15 et «uiv.

nion au siècle dernier, et ce fait est avoué par un ministre anglican, le Rév. J.-F. Russell {Jugement de t* Église anglicane) ; et tout récemment un professeur royal de théologie à Oxford alOTirmait publiquement que lés deux tiers de l* Église anglicane étaient néstoriens sans le savoir » (1 ).

Soit donc qu'on étudie la règle de foi anglicane dans ses documents ofiBciels, ou dans l'enseignement de ses théologiens et écrivains anciens et nouveaux, soit qu'on la considère dans la pratique et dans les résultats qu'elle a produite, on la trouve, quant à la théorie, pleine d'incertitude, de vague et d'inconséquence, et quant à la pratique j tout-à-fait nulle, ou plutôt féconde par ses résultate en effets de l'espèce dont il nous a fallu faire la description en parlant de la règle purement protestante. Force est donc pour nous de conclure, qu'entre celle-ci et celle-là, il n'existe au fond et par le fait aucune différence.

Mais pour remplir tout le cadre de ce chapitre, il nous reste à représenter en raccourci le système particulier de règle de foi que la récente école puséiste ou d'Oxford proclamait comme le type véritable de l'orthodoxie anglicane. A dire vrai, cette école est aujourd'hui pour nous du temps passé, et à

(1) Ce passage est extrait du bel ouvrage de Spencer North- COTE, intitulé : l'Église d'Angleterre Jugée par le Credo de Nicéey p. 28-89.

— 5JW —

ranger désormais parmi les antiquailles du musée bri tannique; car il faut bien reconnaître qu'elle n'a plus de vie : elle a fait son temps. Néanmoins il est toujours important pour nous de l'étudier, parce qu'elle suffit à elle seule pour juger péremptoirement le système anglican, et montrer jusqu'à l'évidence qu'il manque de bases solides.

Transportons-nous au temps de sa première origine, c'est-à-dire à douze ou quinze années de celui où nous sommes, à l'époque où cette école d'Oxford se leva, grandit tout d'un coup, et attira sur elle, tant au dedans qu'au dehors de l'Angleterre, l'attention publique. Quelle phalange nombreuse et. brillante d'hommes à conception forte, d'esprits cultivés, de cœurs candides et passionnés pour la vérité, nés dans le sein de l'anglicanisme et imbus de ses principes, élèves et professeurs dès leur première jeunesse dans une de ses plus célèbres universités, initiés pour la plupart au saint ministère, et appelant leur sainte mère cette Église anglicane à laquelle ils ont voué leur affection ! En étudiant à fond l'antiquité ecclésiastique et la tradition catholique, ils aperçoivent avec effroi toute l'absurdité du principe protestant fondé sur le jugement privé ; ils le rejettent, le combattent sans égard, et finissent par répudier le nom de protestants. En face d'eux, s'offrent à leurs regards la majesté, l'unité, la beauté, la solidité de l'édifice catholique, qu'ils appellent romanisme , et ils ne peuvent se

— S58 lasser de te contempler et de Tadmirer ; mais la force àe leurs préjugés d'enfance, l'amour qu'ils gardent àleur Église, un frisson qui les saisit au moment du passage solennel, du dernier pas qu'ils auraient à faire, tout les. retient, et quoique tous les jours ils fassent un mouvement vers Rome, ils s'arrêtent au milieu de leur course, en présence du Rubicon. Ils ne peuvent pour nul prix rester protestants ; ils ne veulent pas encore devenir romanistes. Comment donc tenir ferme dans ee milieu, et apaiser le cri de leur conscience? Ils se flattent toutefois d'avoir trouvé ce comment.

L'anglicanisme conserve, au moins en théorie, au moins sur le papier, quelques éléments catholiques , débris du naufrage qu'il a fait de l'antique foi. En conséquence, nos docteurs s'imaginent pouvoir, en donnant plus de consistance à ces débris, s'en servir comme de pierres d'attente, pour rattacher à l'antiquité ecclésiastique le nouvel édifice qu'ils veulent construire, avec toutes les fomaes de l'ancien, A cette fin, ils mettent à contribution toute la force' de leur génie, la doctrine des Pères qu'ils ne se lassent pas d'étudier, l'autorité de leurs théologiens anglicans des siècles précédents, tous les moyens de la parole... ils ne négligent rien pour atteindre leur bot, pour montrer que l'anglicanisme possède la véritable règle de foi, règle digne de son nom, liée d^ns toutes ses parties, solidement appuyée sur ses bases, essentiellement différente de crfle du protestantisme, asse«

- 5Ô9 — forte po«r résister à toutes les attaques du romanisme, et les affronter même sans danger. Ils ne se dissimulent pourtant pas à eux-mêmes, non plus qu'ils ne le font aux autres, tant ils sont simples et naïfs, la diflTiculté de leur entreprise et les obstacles formidables qui s'opposent à son succès. Il est curieux d'entendre là-dessus l'aveu qu'en fait l'iïlustre Newman dans son livre déjà cité, écrit exprès pour ce dessein.

a Le papisme et le protestantisme sont des religions réelles , personne ne peut en douter : ils ont fourni la forme et comme le moule où sont entrés les peuples. Mais le terme moyen {via média) i>'a jamais existé ailleurs que sur le papier ; il n'a jamais été réduit en pratique ; il n'est pas connu positivement, mais seulement négativement : dans ses différences d'avec les croyances rivales, et non dans ses propriétés intrinsèques ; et on ne peut se le représenter que comme un système d' entre-deux, qui n'est ni l'un ni l'autre de ses extrêmes, qui tranche, qui se joue entre les deux, et qui, en dévorant les ennuis d'une critique patiente et sévère , se flatte d'approcher de l'antiquité plus près que les autres. Or, ce terme moyen, qu'est-ce autre chose qu'une route à percer à travers les montagnes et les fleuves, et qui n'a encore jamais été tracée?... Ce système est-il quelque chose de plus qu'un assemblage de mots et de phrases, d'exceptions et de restrictions pour parer

à tous les cas, de principes qui se contredisent l'un l'autre ?

« On ne saurait se dissimuler qu'il n'y ait quelque force dans ces considérations. Reste encore à en faire l'essai sur ce qu'on appelle l'anglicanisme, sur la religion des Andrews, desLaud, des Hammond, des Butler, desWilson ; à voir si elle peut être professée, mise en pratique, maintenue dans une vaste sphère d'activité et pendant un espace de temps suffisant, ou si elle n'est qu'une simple modification, soit du romanisme, soit du protestantisme populaire, suivant l'aspect sous lequel nous la considérons » (1). Ainsi parlait Newmann.

Voyons donc à présent à quoi se réduit ce système, fruit de tant d'efforts, trempé de tant de sueurs, inventé pour justifier l'anglicanisme. Nous allons en crayonner les principaux traits, que nous emprunterons aux deux champions les plus remarquables de cette école d'Oxford, Newman et Keble, ainsi qu'au Critique Breton [Dritisch Critic), journal qui fut l'organe officiel de cette école soi-disant anglo -catholique (2).

l** La règle anglicane, selon eux, n'est pas l'Écri-

(1) Op. cit., p. 20, 21.

(2) Newman, op. cit. Ramanisni and Proteslxtntisni, Keble, Primitive Tradition recognized in holy Scripture, London, 1837. Britisk Critic^ n«» XL, octobre 1837. Voir aussi Dublin Rerîeiv, n» v, juillet 1837, art. in.

ture seule, mais T Écriture jointe à la tradition ; tellement que l'Écriture est interprétée par la tradition, et la tradition vérifiée par l'Écriture : la tradition donne aux doctrines leur forme, l'Écriture leur donne leur vie; la tradition enseigne, l'Écriture prouve. De là vient que la tradition n'est pas une règle coordonnée et parallèle, mais subordonnée et ministérielle.

2^ Ces mêmes docteurs admettent cependant qu'il n'en a pas toujours été ainsi dans l'Église. Avant que la parole divine fût achevée d'être mise par écrit, la tradition subsistait comme règle divine dogmatique confiée à l'autorité vivante de l'Église, et servait comme de témoin au canon qui se formait des Écritures. Même, à en croire Keble, cet état de choses dura près de deux cents ans, jusqu'à ce que le canon du Nouveau Testament fût fermé et connu de tous, ce qui dut arriver entre saint Clément et saint Ignace d'un côté, et saint Irénée et TertuUien de l'autre. A-lors il arriva que l'Écriture devint seule la source et la mesure des vérités de foi nécessaires au salut, en même temps que la tradition put continuer à transmettre les vérités secondaires non fondamentales.

3° Que l'Écriture seule soit suffisante pour toutes les vérités fondamentales, ou dont la foi est nécessaire au salut, c'est ce qu'on reconnaît ne pouvoir se prouvera priori, pas plus que par Y Écriture elle-

tnême^ mais seulement s'inférer du consentement de l'antiquité ou de la tradition catholique.

4® De même, le çritçrium d'après lequel on dish tingue les vérités fondamentales de celles qui ne le sont pas, les vérités nécessaires au salut de celles qui ne sont pas nécessaires, se tire de la tradition catho* lique, c'est-à-dire des symboles catholiques reçus dans l'antiquité, qui sont le symbole des apôtres, celui de Nicée et celui de saint Athanase» ^

5° L'office de l'Eglise est d'être le témoin et la voix de la tradition ou de l'antiquité. Mais son autorite est subordonnée à l'Écriture, en ce sens qu'elle peut affirmer comme vraies des doctrines ^ui ne sont pas dans les Écritures, pourvu qu'elles n'y soient pas contraires; mais en même temps elle ne peut pas les donner pour nécessaires au salut , tant qu'elles ne sont ni contenues dans l'Écriture ni susceptibles d'en être déduites.

6" L'Église est infaillible en ce sens qu'elle ne peut faillir dans les vérités fondamentales, ni cesser de conserver ce qui fait la substance du cbriitia* nisme. Quant aux vérités secondaires, non fondamentales, non fondées sur l'Écriture, elle n'est point infaillible : de sorte qu'à cet égard elle commande le respect, mais ne peut exiger l'obéissance, puisqu'elle n'a pas en ce point d'autorité proprement dite.

Tel est le précis de ce nouveau système tbéologique, présenté comme le type de la vraie doctrine

.-ses —

anglicane. Il est aisé de voir qu'il n'est qu'un assem-^ blage de parties hétérogènes, d'élément discordants, de principes gratuits : c'est, comme on l'a dit, un vin nouveau qu'on voudrait mettre dans un vieux vaisseau, une construction nouvelle à laquelle on voudrait donner une forme antique. Nous n'entreprendrons pas ici de le réfuter en détail, cette tâche ayant été remplie déjà par beaucoup d'habiles écrivains catholiques, surtout en Angleterre, au moment où la ques* tion était le plus vivement agitée. Nous pensons cependant qu'il pourra servir à notre but de mettre ici soifô les yeux quelques considérations, qui trouve* ront plus tard tout leur développement dans la se* conde partie de cet ouvrage.

Et d'abord, remarquons la grande vérité reconnue par cette école, que la suffisance absolue des Écritures pour les vérités mêmes dites fondamentales , c'est-à-dire nécessaires au salut, n'est point exprimée dans les Écritures elles-mêmes, et ne saurait se prouver par elles, et qu'on peut encore moins les prouver à priori, ou dans ce sens que Dieu n'aurait d'autre moyen que les Écritures pour nous faire connaître ces vérités, au lieu d'avoir aussi celui de la tradition. Comment donc s'y prendre pour établir cette suffisance absolue des Éoritures? Uniquement par la tradition catholique et par l'antiquité ecclésiastique qui nous l'atteste. Or, je ne m'arrêterai pas ici à faire voir<iu'on affirme gratuitement, et même faussement,

que l'antiquité ecclésiastique atteste une chose semblaoie, puisque toute Tantiquité conspire au contraire à attester que la tradition est non-seulement interprète des Écritures, mais encore une source particulière de vérités révélées de Dieu. Je me borne à observer pour mon objet qu'un pareil principe est d'une part diamétralement opposé à tout le protestantisme, qui méprise et déteste la tradition, et que de l'autre il fournit un argument invincible contre la cause même à l'appui de laquelle il est invoqué. Car si c'est un dogme fondamental que la tradition seule a été la source et la mesure adéquate des vérités nécessaires à croire , il est donc, et pour les protestants, et pour les anglicans, et pour les puséistes, le fondement de tous les autres ; et si ce dogme nous est transmis et doit être cru en vertu seulement de la tradition catholique, celle-ci est donc encore aujourd'hui l'organe des vérités dogmatiques dont la foi nous est nécessaire.

Mais que dire ensuite de cette autre grande vérité proclamée par la même école , que cette tradition a été longtemps dans l'antiquité chrétienne, et selon Keble, l'espace de près de deux siècles, la règle unique, divine, adéquate des vérités à croire, grâce à l'enseignement et à l'autorité vivante de l'Église? Si telle était donc alors la règle catholique , comment prouve-t-on qu'elle ait cessé de l'être depuis, que ce changement substantiel se soit opéré, que la tradition ait perdu ses prérogatives, et ne soit plus que subor-

donnée, ministérielle, exégétique? lin fait aussi fondamental devrait être prouvé en toute rigueur (1). Or, rÉcriture elle-même n'en dit rien. L'unique ressource qu'on trouve ici, c'est de recourir encore à la tradition catholique. Keble en donnait pour toute preuve qu'il y a peu de citations des Écritures dans saint Clément et saint Ignace, sur les mêmes articles où dans saint Irénéeet TertuUien ces citations abondent : donc la règle de foi suffisante pour le salut aurait été changée dans cet intervalle, et l'Écriture substituée à là tradition. Mais cette conséquence n'est-elle pas toutà-fait arbitraire? Quelle liaison nécessaire y a-t-il ici entre la conclusion et les prémisses? Outre que la prémisse elle-même est fausse, puisque c'est un fait avéré que la lettre de saint Clément pourrait s'appeler en toute rigueur un tissu et une chaîne non interrompue de textes de chacun des deux Testaments (2). Disons la même chose des lettres de saint Ignace, dans la proportion où leur sujet l'exigeait. Newman en donnait pour preuve que les Pères, tels que

(1) Selon Keble, l'office de la tradition se serait réduit à ces trois chefs : 1° à systématiser et mettre en ordre les articles fondamentaux; 79 à interpréter TÊcriture; 3o à tracer la discipline, les formulaires et les rites de l'Église.

(2) Il suffit, pour s'en convaincre, de voir dans Cotelier et dans GALLANDles citations de presque tous les livres de l'Écriture misps en marge à la première et à la seconde lettre de saint Clément aux Corinthiens. Ces citations ont été mises en marge par un écrivain du iv* siècle.

isaint Irénée, Tertullien, saint Cyprién et les autres qui vinrent après, opposaient d'abord, il est vrai, à toute erreur nouvelle la tradition comme moyen né^ gatif pour couper court à l'hérésie naissante ; mais que, s'il fallait ensuite là combattre avec des armes positives^ ils recouraient à l'Écriture, comme à la pierre de touche et au tribunal suprême^ Mais l'enn ^d de r Écriture, ayant pour but de c<)nvaincre encore par ce moyen les hérétique qui en abusaient en la pliant à leurs erreurs^ est-il donc équivalent à la dé^ daration que l'Écritare serait là règle exclusive, la mesure unique , la pierre de touche de toutes les vé* rites dogmatiques? Mais nous pouvons m outre presser l'argument que nous opposions tout à l'heure. Si la prétendue substitution de l'Écriture A la tradition, comme unique source des vérités dogmatiques nécessaires au salut, ne nous est garantie que par la tradition ; si ce n'est qu'en vertu de cette dernière que nous sommes obligés d'admettre comme fondamental tel article de foi , donc la tradition est l'organe divin des articles fondamentaux ou nécessaires au salut , comme de tous les autres.

Le grand appui de ce système est la distinction capitale des articles fondamentaux et non fondamentaux, à laquelle déjà tant d'autres protestants ont eu recours comme à une ancre de salut. Les puséistes ne se dissimulent pas à eux-mêmes la difficulté de tracer cette ligne si importante à leurs yeux. Quel esllé critérium

certain, évident , qui puisse servir à cela? Us n'en ti cuvent pas d'autres plausibles que celui des symboles : ces symboles, disent-ils, étaient le signe distinctif du chrétien; ils marquaient, selon l'antiquité ecclésiastique, les limites, pour ainsi dire, de la communion chrétienne; ils contenaient donc, et à eux seuls, dans le sens catholique de l'antiquité, lesvéri* tés fondamentales, nécessaires à croire pour être sauvé. Mais ce raisonnement confond et mêle ensemble des choses qui demandent à être distinguées avec serin. Autre chose est que l'Église ait créé et formulé le» «ymboles transrois à nous par la tradition, pour que tout chrétien sût faire, comme c'était son devoir, ta profession explicite des vérités fondamentales de la croyance sans laquelle ils ne pouvaient être chré^tiens ; autre chose est que l'Église et la tradition catholiques aient reconnu que dans ces seuls symboles fussent renfermées toutes les vérités dogmatiques et révélées, au point que hors de là il n'y eût ni ne pût noême y avoir rien autre chose de certainement dogmwitique et divinement révélé dont la foi fût également obligatoire. Affirmer cette dernière proposition, comme on le fait avant tout dans le nouveau système, c'est se mettre en opposition directe avec la tradition même catholique.

C'est ce qui est rendu évident par les symboles eux-mêmes,* dans lesquels la profession explicite des articles, d'abord plus restreinte, s'est étendue succès-

sivement et à mesure que l'exigeait le besoin de défendre la foi chrétienne contre les erreurs nouvelles, et s'est augmentée même de nouveaux articles, dont la foi implicite suffisait auparavant (1). Un examen comparatif du symbole des apôtres avec celui de Nicée, et du symbole de Nicée avec celui de Constantinople, comme de ce dernier avec celui de saint Athanase, suffit pour s'en convaincre. Donc le critérium des symboles, comme indication des seuls articles fondamentaux nécessaires à croire, est trompeur et contraire à la tradition, qui nous montre, dans ces symboles, un développement progressif et un accroissement d'articles ou de vérités explicites, précisément parce que ces vérités étant contenues d'avance dans le dépôt de la révélation, l'Église, avec son autorité toujours vivante et toujours guidée par l'Esprit- Saint, savait les y prendre au besoin, les rédiger en formules et en prescrire la foi explicite, pour maintenir et affirmer par ce moyen la croyance chrétienne. Mais, de plus, le principe que nous combattons contredit sous un autre rapport la tradition catholique. Car c'a toujours été la pratique et la loi constante de l'Église, à l'apparition de nouvelles hérésies, d'exiger de leurs auteurs et de leurs adhérents qui demandaient à rentrer dans son sein, non plus seulement la profes-

II) Nous en donnerons les preuves de fait dans la seconde partie de cet ouvrage.

sion de foi contenue dans le symbole, et prescrite en général à tous les chrétiens, mais bien une profession explicite et dogmatique de la vérité directement opposée à l'erreur qu'ils avaient soutenue. Et cette condition leur était imposée conune indispensable pour être admis à la communion, et, par conséquent, comme nécessaire à leur salut. De sorte que la profession explicite de cette vérité devenait pour eux également fondamentale et nécessaire ; et, quoiqu'elle ne fût pas proposée à croire explicitement aux autres fidèles en général, elle n'en était pas moins obligatoire même pour ceux-ci, sous peine de damnation, en tant qu'ils devaient la croire implicitement j et être toujours disposés à en faire la profession même explicite j quand ils en avaient connaissance, et que l'Église le leur demandait avec autorité. Il serait superflu de citer en détail des documents ecclésiastiques pour prouver un fait dont dépose toute la suite de l'histoire des hérésies.

Donc, pour reprendre ma conclusion, le critérium des articles fondamentaux emprunté aux symboles est contredit par toute l'antiquité et la tradition ecclésiastique. Jamais l'Église n'a entendu restreindre son, autorité dogmatique aux seuls articles insérés par elle-même dans ses symboles ; mais toujours elle l'a proclamée et maintenue sur tout l'ensemble du dogme révélé mis sous sa garde. En sorte que toute vérité, quelle qu'elle puisse être, successivement définie par

elle en vertu d'un Jugement dogmatique, est objet de foi divine, et par conséquent nécessaire. Et comme dans le symbole de S. Athanase, selon la remarque qu'en faisait Newman lui-même, il est fait appel non à rÉcrlture, mais à la foi catholique, ainsi en appelait à la foi catholique le septième concile général ou second de Nicée ; ainsi en appelait dans ses définitions lé concile de Ti*ente; ainsi en appelait enfin la profession de Pie IV. C'est toujours le même principe qui en tout temps protège la foi, qui anime rÉglise : le principe d*autorité, suivant lequel , forte de l'assistance perpétuelle de l'E^t- Saint, elle explique et définît, sans aucune crainte d'erreur, ce qui est contenu dan» le dépôt de la révélation, dans la parole de Dieti écrite ou non écrite, et itfipose à toute conscience chrétienne l'obligation dé le croire de même.

L'autre fondement de ce système, non moins inconséquent que le premier, est de ne reconnaître à l'Église qu'une infaillibilité partielle, savoir pour Certaines vérités dogmatiques qu'ils disent fondamei^tales, au lieu de l'admettre pour toutes les vérités révélées. « Nous autres anglicans, disait Newman, nous soutenons que l'Eglise retiendra toujours ce qui, dans l'Ecriture, s'appelle la foi, c'est-à-dire la substance et les grands traits [outlines) de l'Évangito tel qu'il a été enseigné par les apôtres, et cela m conséquence de la promesse consignée dans \m Xi^nM

saints, que la parole de Dieu ne dortirâ jamais de sa bouche; au lieu que les romanistes prétendent qu'elle est pure et sans tache dans les petites choses comme dans les grandes, qu'elle ne peut jamais décider à tort sur quelque point que ce soit de dogme ou de morale, mais qu'elle possède en tout temps et enr seigne, soit e^splicitemcnt, soit implicitement, la vérité tout entière, toutes les vérités, par exemple, enseignées par saint Paul ou par saint Jean, malgré tant de monuments scripturaires qui prouvent qu'elle a fait défaut, malgré tant d'erreurs particulières de ses écrivains dans ses différents âges » (1).

Or, je le demande, si les puséistes insistent euxmêmes sur la force des promesses divines d'une per-** pétuelle assistance faites h TEglise et consignées dans l'Ecriture (2), de quel droit et à quel titre viennent-

(1) P. 232 et suiv., ouv. cité,

(2) Voyons avec quelle force le savant Newman presse cet argument tiré de passages de l'Écriture (I 77m. m, 15; Éph. IV, 11-14; Is. Liv, 21) : « Dans ces passages, notons-le bien, l'Église est déclarée le grand et spécial appui de la vérité^ et ses divers ministres sont présentés comme ayant pour fonction d'empêcher tout désaccord et toute incertitude de doctrines, et d'assurer l'unité de la foi, et il lui est promis à elle-même qu'elle ne perdra jamais la parole de vérité qui lui est confiée, et cela en conséquence de la perpétuelle assistance de l'Esprit- Saint. Je ne sais de quelle manière les sectaires protestante entendent ces passages, par exemple, comment ceux qui nient la visibilité de l'Église entendent le premier. D'un autre côté, s'il n'y a qu'une Église visible qui puisse être le soutien et l'appui

ils ensuite restreindre ces promesses à quelques vérités au lieu de toutes, à quelques définitions de l'Église exclusivement aux autres? Le savant Newman voyait bien la difficulté présente lorsqu'il ajoutait : « Je ne vois vraiment pas de raison antécédente, pour qu'un tel accomplissement de la prophétie ne doive pas s'entendre de cette manière... Il n'y arien datis i* Écriture ou ailleurs qui la restreigne ; il n'y a pas de règle assignable pour déterminer tout ce qu'elle signifie et ce qu'elle ne peut pas signifier. Si solennelles sont les promesses faites à l'Église, si ample est la grâce qui lui est assurée, si clairement exprimées sont les précautions humaines exigées pour son accomplissement, qu'il n'y a pas de raison antécédente pour que le Tout-Puissant ne doive pas avoir entendu accorder à l'Église cette pureté inaltérable que lui attribuent les romanistes » (1). Comment donc ensuite vient-on nier que la chose ait été et qu'elle soit ainsi? L'unique raison qu'on en assigne,

de la vérité, et qu'il s'agisse, par conséquent, en cet endroit, d'une Église visible, qu'on juge combien haut doit être Tédifice, combien auguste et magnifique doit être le privilège qui lui est assigné ! Peut être que saint Paul n'a pas voulu entendre par ces paroles une chose qui existait de son temps î... Concluons sans crainte, que l'esprit de Dieu s'est expressément engagé envers l'Église pour la maintenir dans sa foi de génération en génération jusqu'à la fin des siècles.» Page 230. Et Newman était encore anglican I (1) Ibid,, p, 283.

c'est que nous voyons dans l'histoire sainte certaines intentions divines mystérieusement frustrées de leur effet; que les promesses de Dieu dépendent de la coopération de l'homme, et que, bien qu'elles s'accomplissent toujours assez pour qu'il y ait vérité dans leur énoncé formel, elles ont toutefois dans la réalité plus ou moins d'étendue, se dilatent ou se resserrent, pour ainsi dire, suivant la manière dont nous nous présentons pour les recevoir, et souvent sont susceptibles d'un sens plus large que celui que le fait réel vient ensuite leur donner. En un mot, l'Église peut avoir par sa faute perdu en partie ses privilèges. Les promesses lui étaient faites comme à une Église, et non comme; à un, deux ou trois ou douze corps d'Églises. Or, comme elle a cessé d'être une, elle a . cessé aussi d'être infaillible en tout : car l'un s'est changé en plusieurs, l'idée prophétique de l'unité n'a plus d'accomplissement plein et entier, et avec l'idée se sont perdus la pleine signification et l'attribut de l'infaillibilité (1).

Mais non, devons-nous répliquer, ni l'idée prophétique de l'unité et sa réalisation, ni l'attribut de l'infaillibilité dans sa signification pleine et entière, n'ont jamais pu faire et n'ont jamais fait défaut à l'Église de Jésus-Christ. Elles ont été liées ensemble d'un nœud indissoluble par les doigts de Celui qui a voulu que

(1) Ibid., p. 239 et suiv.

— OT4 — TMiiité de foi, de culte et de hiérarchie, fut toujours im des caractèreii les plus distinctifs de son Église. Et, pour qu'elle se maintint toujours dans cet état d'unité, il lui a fait en nGtéme temps la promesse de sa perpétuelle assistance jusqu'à la un du monde, ou du privilège de l'infaillibilité en fait de doctrines, sans la-r quelle la parole des hommes se substituerait bientôt h celle de Dieu, et toute unité serait détruite. Les promesses de l'Écriture, dans leur teneur expresse, sont absolues, et non conditionnelles. La tradition catholique tout entière les a toujours tenues et proclamées pour absolues, et elles devaient l'âtre ainsi, si cette œuvre admirable du Très-Haut qui est son Église devait effectivement toujours subsister, et être reconnue à jamais pour telle. Or, où est-ce que l'È» glise aurait jamais cessé d'être une et de pouvoir être reconnue à ce caractère d'unité pour la vraie ^ouse de Jésus-Christ? Si, de l'aveu des adversaires eux- ' mêmes, elle s'est conservée une dans les quatre ou cinq, ou même six premiers siècles de son existence, bien qu'elle eût vu dès lors se séparer d'elle, par l'hérésie ou le schisme, les sabelliens, les paulidens, les ariens, lesdonatistes, lesnestoriens, les euty chien» et tant d'autres sectes d'hérétiques, comment et pourquoi aurait-elle cessé d'être une, ainsi qu'on le prétend aujourd'hui, par le schisme d'Orient ou par celui du Nord ? N'y a-t-il pas toujours dans l'Église même, qui contient dans le monde entier plus de deux

cents millions de fidèlea et est vraiment catholique, n'y a-t-il pas toujours cette admirable unité, cette identité de doctrines, de sacrements et de gouvernement ecclésiastique, avec la succession apostolique non interrompue de ses pasteurs suprêmes? Cette Église n'est-elle pas la seule qui conserve depuis l'origine son centre immobile d'unité, proclamé par toute la tradition catholique, dans le siège de Rome fondé par le chef des apôtres? Et n'est-ce pas cette même Église qui a traversé, avec son identité de doctrines, de sacrements et de gouvernement, tout le cours des siècles, en même temps qu'elle a vu toutes les autres, qui se sont séparées d'elle, comme des ra^ meaux retranchés de l'arbre, frappées de stérilité et de mort, perdre toute sève de vie chrétienne , et tomber dans un état de dissolution et d'anéantissement? Elle existe donc pleinement dans l'Église, cette unité; elle existe, cette infaillibilité prédite dans l'Ancien Testament', et telle qu'elle a été promise par le Christ, Il ne s'agit que de la reconnaître là où elle se montre sous des traits si visibles ; et dès lors tombe d'elle-même une supposition gratuite, forcée, contradictoire, telle que celle que nous combattons, qui ferait de l'Église de Jésus-Christ, d'un côté, l'organe de la vérité, et de l'autre, peqtêtre une maîtresse d'erreur (1).

(l) Voir «ur la perpétuité de l'unité dans TÉglise catholique,

Observons enfin que ce système théologique, qui se fonde tout entier sur l'antiquité, s'il recule d'un pas les difficultés du système protestant, ne les résout pas cependant, mais les laisse subsister toujours au fond. L'antiquité ecclésiastique, déposée comme elle Test dans les écrits des siècles primitifs, est une lettre aussi morte que la Bible elle-même, et une lettre cent fois plus volumineuse et plus complexe que la Bible : elle a comme elle ses difficultés, ses problèmes, ses obscurités, ses ambiguités, ses antilogies apparentes, et elle ne peut par elle-même être invoquée comme arbitre dans le conflit des opinions. Donc il y a toujours besoin d'un interprète vivant pour l'expliquer et en déterminer la portée, d'un arbitre pour en accorder les parties diverses, d'un juge pour l'appliquer, d'un guide pour préserver d'égarement ceux qui s'engagent dans ses circuits. Or, quel sera cet interprète, cet arbitre, ce juge, ce guide? Serace chaque individu livré à lui-même ? Mais alors on retourne au pur principe protestant du jugeraient privé. Sera-ce chaque Église nationale ? Mais, si chacune interprète l'antiquité, et d'après l'antiquité l'Écriture même, d'une manière différente des autres, ou, qui pis est, contraire aux autres, qui pourra être le juge? Quel droit, quel mérite particulier aura pour

malgré le schisme d'Orient, ce qu'en a dit le cardinal Wiseman, dans sa viTi« Conférence, où il développé savamment ce sujet.

se préférer à toutes les autres interprétations celle de l'Église anglicane, en désaccord avec tout le reste des Églises d'Occident comme d'Orient, sauf peut-être la fraction des États-Unis d'Amérique, si cette sœui puînée de l'Angleterre s'accorde bien avec son aînée? Ces seules considérations, que nous renforcerons de beaucoup d'autres dans la seconde partie de notre ouvrage, ne montrent que trop clairement combien un tel système, qui pendant quelques années a fait tant de bruit , manque tout-à-fait de base en lui-même, outre qu'il est sans valeur dans son application. Je ne sais si l'on pourrait exprimer ce dernier fait avec plus de force et de vérité que ne le faisait ce même Newman, toujours si ingénu, si impartial dans les difficultés qu'il se proposait à lui-même contre son système favori. « On me dira (c'est lui qui parle) que, quand même la théorie des points fondamentaux serait bien liée dans toutes ses parties, ce n'est qu'une théorie en fin de compte, ingénieuse il est vrai, mais ombre vaine et sans réalité... Vous parlez, objectera un autre, d'Église catholique, d'enseignement de l'Église, d'obéissance à l'Église. Mais que faut-il entendre aujourd'hui par Église catholique? Où est-elle? Quels sont ses instruments, ses organes particuliers? Comment se fait-elle entendre? Quand et où est-ce qu'elle enseigne, qu'elle défend, censure ou commande? Comment peut-on dire qu'elle propose en tous lieux une doctrine identique, quand nous sommes

en guerre avec tout le reste de la chrétienté, et que nous ne pouvons avoir seulement la paix entre nousmêmes? Dans l'Église primitive, il n'y avait pas le même embarras ou le même danger de s'égarer. Tous \g» chrétiens alors professaient une même doctrine, et si quelque nouveauté venait à s'élever, elle était à l'instant ^gnalée et réprimée. Le cas est en vérité le même à présent pour l'Église romaine^ Mais quant aux anglicans, c'est dire un non-^sens, pour ainsi parler, que de rêver un état de choses disparu depuis longtemps de cette région protestante. L'Église n'est qu'un terme abstrait : c'est l'expression d*une idée généralisée, le nom d'une chose qui n'a rien de réel, qui, si elle a jamais eu quelque vérité, a cessé tout-à-fait d'être, depuis que les chrétiens se sont divisés entre eux il y a déjà nombre de siècles. Rome et la Grècei en guerre l'une contre Tautre, repoussent toutes les deux la communion de l'Angleterre, et anathématieent sa foi. Que dis-je? dans cette Église même, comparée avew elle-même, vous trouverez des divei^ gences non moins fortes que celles qui la séparent de la Grèce et de Rome. Le calvinisme et Tarminianisme, le latitudinalism^ et l'orthodoxie , $ôit qu'on les considère en eux-mêmes, soit par rapport les uns aux autres, se trouvent divisés en une multitude innombrable de doctrine et d'écoles diverses; et chaeune de celles-ci ne se donne pas simplement pour la vérité, mm de plua, à peu d'exceptions près, accuse

toutes les autres d'erreurs dangereuses ou même fatales. Tel est l'état de ses ministres et de ses docteurs. Où donc cette parole de vérité se fait-elle entendre dans TÉglise d'Angleterre? Où est ce témoin véridique, remontant Jusqu*aux apôtres, dépositaire de toute leur doctrine, pour nous expliquer le Credo ^ nous ÎTiterpréter les Écritures, et Instruire enfin le peupfe de Dieu » (i)?

Or comment, dans le nouveau système anglo-catholîq]ue, pouvoir répondre à ces invincibles arguments? La seule réponse possible est celle que les faits nous ont fournie. Le système anglo-catholique a croulé tout entier, et maintenant il gît enseveli sous ses ruines. Newman, son principal soutien, lutta encore quelques années avec lui-même, flottant entre la vérité et l'erreur; mais sa belle âme si pieuse, si bien faite pour la vérité et si pleine d*fenthousiasn;e pour elle, son esprit logique, conséquent, sî profondément versé dans l'antiquité et dans Thistoire de r Église, aidé des lumières et des mouvements de ta grâce, embrassa enfin avec ardeur la vérité catholique, qui seule était capable de \% satisfaire. D'autres, comme Ward et Oakley, l'avaient précédé; d^ autres, comme Faber, l'ont suivi; et, de cette manière, une troupe d'élite de ministres anglicans, au nombre de plus de cent cinquante, les uns précédés d'une bril-

(1) Ibidem, p. 310.

lante renommée, les autres entourés des plus hautes espérances, sont entrés dans le légitime bercail de Tunique pasteur suprême, et, à l'heure où nous sommes, ils rivalisent d'efiorts et multiplient leurs veilles pour faire connaître aux autres cette même vérité, dont, après tant dç luttes et d'incertitudes, ils sont entrés en possession. De l'autre côté, ceux à qui le courage a manqué pour faire le grand pas, ou dont les préjugés hérités de leurs pères ont obscurci l'entendement, au lieu d'avancer et de se tenir fermes dans leur juste-milieu {via média) , ont reculé en arrière et ont fini par s'enfoncer et se perdre dans le gouffre des opinions protestantes.

C'est à peine si le puséisme conserve aujourd'hui quelque reste de lui-même. Vers la fin de l'année 1 850, il parut vouloir donner signe de vie en formant une nouvelle secte isolée de l'État sous le titre de Nouvelle Église^ composée de quelques débris de l'école d'Oxford avec les fonds préparés d'avance pour cette fin, et qui s'intitula bientôt V Église primitive d'Angle^ terre (1). Mais il paraît que cet effort désespéré est resté sans résultat. D'autres, depuis, qui avaient donné leurs noms à cette école, cédant à de plus sages conseils, sont entrés dans la voie tracée par Newman, et nous sommes ravis de pouvoir compter dans ce

(1) Moming-Post, déœmbre 1850. Le Moming Advertiser en publia la circulaire écrite par eux dans ce but.

nombre sir Allies, déjà connu par de recommandables écrits, l'archidiacre Manning, prédicateur de la cour, et lord Feilding, qui, dans sa lettre écrite d'Edimbourg sous la date du 3- septembre 1850, et adressée au TimeSj entre les autres motifs qu'il donnait de sa détermination, présentait le suivant : « que l'absence ^ de toute autorité en matière de foi réduit les symboles à n'être plus qu'une lettre morte, et que l'Angleterre, en se séparant du centre de l'autorité à l'époque de la Réforme, a jeté une semence dont elle recueille aujourd'hui les fruits » (1). Nous pourrions parler de même de bien d'autres conversions également glorieuses dont le nombre se multiplie tous les jours.

Voilà quelle a été la carrière parcourue par cette nouvelle école théologique anglicane ; voilà quel a été le terme de sa course, entreprise avec tant d'ardeur. Si le génie, l'érudition, la science, l'enthousiasme, l'habileté, pouvaient relever l'anglicanisme, tout se trouvait ici réuni :

SiPergama dextrà Defendi passent , etiam hâc dépensa fuissent.

Mais c'est à quoi devait aboutir la lutte de l'erreur contre l'éternelle et imprescriptible vérité. Et cette controverse théologique anglicane a servi dans les vues admirables de la Providence à rendre plus évi-

(1) Voir VUniverSy 11 septembre 1850.

dente d'une part cette conclusion, queranglicanisnae n'est au fond qu'un pur protestantisme, qu'enveloppe en commun une seule et même condamnation (1) , et d*autre part, à faire toucher au doigt cette autre vérité, que la vraie solution, la seule complète et adéquate du grand problème, est un secret dont le catholicisme véritable a seul la clef.

{!) Tout ce que nous avons démontré à priori jusqu'ici a cessé d'être proldétnàtique. Les déclarations officielles plusieurs fois réitérées à roccasion du biU sur les titres, en 1851, ne laisr sent plus de doutes au sujet du protestantisme pur où est tombé ^anglicanisme. Il pourra être utile d'en offrir ici quelques preuves tii'ées des feuilles publiques. Lord John Ruse^, l'auteur du bill , dans sa fameuse lettre à [l'évoque de Purhoni, condamne « l'invasion récente du pape contre notre prote^fmtîsme. » D'un article publié par l'Z/wiver^, 9 janvier 1850, sous ce titre : Une nouvelle et prochaine réforme religieuse eriu^ngleterre^ il résulte Jo q^e, d'après le Times^ les chronoiôgistea au* ront à relater, en 1850, que la suprématie royaje ei> matières spirituelles a été finalement reconnue; 2° qu'au dire du Gvar^ rfian (feuille puséiste), l'Église anglicane entre dans une période où elle aura beaucoup à faire et beaucoup à souffrir (e*est-àdire à tolérer^ car la souffrance n'est pas le fait des anglicans) ; 3© que l'Angleterre n*est plus anglicane, mais simplement ^otestante. Elle proclame depuis deux mois, par tous ses organes, son attachement aux principes de la Ré formation et à la foi protestante* — Ce fait ne peut plus être contesté : les vrais anglicans se réduisent w parti puséiste, auquel on fait une guerre à mort. Tel est le système de John Russell. Lord Ashley n'a pas hésité, dans im meeting pubUc, à menacer le clergé anglican de le mettte hors de combat, en réservant le soin de la réforme aux seuls laïques, qui sont les vrais et uniques réformateurs, comme, par exemple, le Times et le MorfdnÇ'Heralà.

Page 1