DISCOURS PRÉLIMINAIRE DE L'AUTEUR
Origine des schismes et des hérésies selon saint Cyprien. — Importance de cette doctrine. — Aujourd'hui point de milieu entre Rome et la mort pour les sociétés. — Faveur que Dieu a faite à lltalie de placer en elle le centre de la vraie religion. — Tentatives pour introduire le protestantisme en Italie dès la fin du xvi« siècle, frustrées de leur effet, et par quels moyens. — Nouvelles tentatives et dangers qui en résultent pour ritâlie au siècle actuel. — Mal toujours croissant : comment il a éclaté, comment il a été réparé. — Réflexions sur ces tentatives. — Vaines promesses de liberté politique faites dans le même but. — Combien ces promesses sont illusoires.
— Ck)mbien le protestantisme a été fatal à la liberté politique.
— Cest lui qui l'a étouffée. — Et il n'en pouvait être autrement. — Sophisme de l'induction qu'on prétend tirer de l'état prospère et de la puissance de l'Angleterre. — C'est à la religion catholique seule que ce gouvernement en est redevable. — Q^ant à la Réforme, il ne lui est redevable que de son pau-
funeste esprit d'indépendance et d'une liberté effrénée ; au milieu, dis-je, de tous ces maux intestins, de ces symptômes effrayants, de ces signes visibles de dissolution et de mort, il n'y a pas pour les sociétés chrétiennes d'autre remède vrai et durable que de revenir avec sincérité, que de s'attacher avec plus de fidélité et d'amour au centre de l'unité et de la vérité catholique.
Machiavel le disait aussi, que pour sauver une société en décadence et menacée de sa dissolution, il fallait la rappeler à ses principes. Or, ce que proclamait le philosophe de Florence comme apophthegme de la raison humaine, nous pouvons bien le donner avec saint Cyprien comme corollaire évident de la parole divine, de cette parole dont il n'y a pas une syllabe qui ne doive avoir son accomplissement. Oui, il faut remonter à la source de la vérité et de l'unité catholique ; oui, il faut revenir au fondement sur lequel le divin auteur du christianisme a élevé son magnifique ouvrage, en lui assignant pour durée toute la suite des siècles. Et ce fondement quel est-il, sinon Pierre et le légitime successeur de Pierre, héritier, par une succession non interrompue à travers tant de siècles, de son siège, de sa primauté, de son autorité sur tout le troupeau de Jésus-Christ, sur la société chrétienne toiit entière ?
Un illustre écrivain catholique qui, connaissant à fond l'état moral, religieux et politique de notre
siècle, s'est appliqué à y porter remède par ses écrits aussi agréables et aussi légers par la forme que forts et solides par le fond, écrivait naguère, avec beaucoup de vérité, que « Le bras de Dieu est visiblement levé sur le monde pour bénir ou pour frapper : c'est à nous de choisir. Après avoir cherché des signes dans le ciel , nous avons interrogé la terre : nous avons pénétré jusqu'au fond des entrailles delà société, et sans efforts , tant le marasme général les a rendues transparentes ! A travers bien des symptômes de mort, nous avons trouvé un puissant germe de vie qui ne demande, pour se développer, qu'un régime chrétien. En jetant un regard sur l'avenir, nous y avons lu ces mots : Rome ou la mort » (1 ) !
Oui, dirons-nous à notre tour : Rome ou la mort pour la société en général, s'il est vrai que l'esprit d'indifférence religieuse, d'impiété déclarée, d'immoralité sans frein, d'anarchie sociale, soit la mort pour les nations. Rome, et non pas la Rome païenne, cette Rome des Scipions, des Camille, des Césars ou des Rrutus, mais Rome chrétienne, Rome où est le siège de Pierre , Rome capitale de la chrétienté , centre de l'unité catholique, mère et maîtresse de toutes les Églises. Cette Rome qui, avec les avantages de la
(1) Martinet, Solution de grands problèmes mise à la portée de tous les esprits, troisième probl. La société peut-elle se sauver sans redevenir catholique^ tom. m, préf., p. 2 et 3, tit. i.
vraie foi, de la pureté dé là morale et dé là sainteté du culte, a proburé , de siècle en siècle , aux peuj)lès lès pliis iîicultes et les plus sauvages, les tîenfalts de la civilîsatidiî , la douceur et Turtariité dès mœurs, la justice et l'équité deè lois, l'ordre et la rhodération daiiè lé régime public , là concorde et les bons rapports dàiis lés corporations et les familles, la déférence à l'autorité, le respect des droits de tous, la culture des beaux-af ts, des sciences, comine de toute connaissance utile. Cette Rome, enfin, qui s'identifie avec lé catholicisme , source unique et féconde de tous ces biens, et dont elle est le centre, l'âme et la vie, puisqu'elle est le siège de tierre, et que ta où est Pierrëy là est, comme le disait saint Ambroise, l'Église ne Jésus-Christ. Tant il est vrai que le catholicisme seul, ouvragé de Dieii, et investi de sa forcé merveilleuse, de cet esprit divin qui l'anime et le remplit, le conduit et le gouverne, peut raninier la vie là ou elle est près de s'éteindre, et, rassemblant jusqu'à des membres dispersés, des ossements arides, y faire pénétrer le souffle de l'esprit vivifiant....
Ces graves considérations rhériterit bien toute notre attention et en particulier celle dé l'Italie, envers laquelle la bonté divine, outre tant d'avantagés naturels dont elle l'a privilégiée, a^été si libérale d'autres biens d'autant plus précieux, qu'ils appartiennent à l'ordre religieux et surnaturel, en y établissant, dès i' origine du christianisme, et en y maintenant toujours
ititacte là véritable foi catholique , en l'enrichissant abondamment des monuments les plus insignes de notre croyance , mais surtout en y plaçant , par un singulier privilège, cette chaire de vérité, ce centre de ia communion catholique, cette pierre fondamentale de rédificë chrétien , ce siège du prince des apôtres. C'est pour l'Italie que j'écHs principalement ces lignes, comme pour le pays auquel me lient tant de titres tout particuliers de patrie et de langage, de relations sociales, de gratitude, de piété et de t^eligion.
C'est à elle que je consacre ce modeste travail, entrepris pottf garàiîtîr et jprotéger son bien suprême, qui est la pureté et îâ sainteté de sa foi , et dont son bien-être , même matériel , est dii reste ihséparable. Pour faire Cotihàltrë à mes lecteurs l'occasion et le but dé cet ouvrage, je vais retracer rapidement les tentatives faites par le protestantisme, dès les preniiers temp^ , contre notre belle patrie , pour dire eiisuite quelques mots des pénibles épreuves qu'elle a naguère subieé, des affreiix malheilfs donl sa religion a été menacée et mêiiie en partie atteinte, et des dangers qui lui restent encore (1 ) .
bès le xvl* siècle, où la fiéforme protestante commença dans le cœtir de l'Allemagne à rompre la belle
(i) Le lectetif franchis pourra passer cette digression sur l'Italie, pour arriver tout de suite à la division de l'ouvrage indiquée à la fin de ce discours préliminaire, p., 47 et suiv..
[ÏVote du traducteur.]
unité de l'Église chrétienne, et à corrompre la foi, la convoitise satanique des soi-disant réformateurs se fixa avidement sur les belles contrées de l'Italie : ils voyaient quels seraient leur avantage et leur triomphe, s'ils pouvaient parvenir à planter et à enraciner leur prétendue réforme dans cette Italie toujours si dévouée à Rome et aux pontifes , par cela même qu'elle a été toujours éminemment dévouée à la foi catholique. Ils n'épargnèrent ni adresse, ni crédit, ni moyens séducteurs, pour insinuer et répandre leur poison dans l'Italie, et ce ne fut pas toujours sans voir leurs efforts couronnés de succès. Ce n'est pas qu'il faille ajouter foi au livre du protestant écossais John Mac Crie, intitulé Mémoires sur la Réforme en Italie, et traduit à Paris , il y a quelques années, par un de ces transfuges italiens qui aspiraient à rendre à l'Italie son indépendance, en lui faisant subir le plus grand de tous les maux, qui était de la faire protestante : livre rempli d'artificieux mensonges, de faits dénaturés et d'exagérations démesurées, comme l'est, par exemple, la prétention de faire passer pour infectés des doctrines réformatrices de l'Allemagne les plus illustres personnages d'Italie de cette époque, sans épargner les noms si purs des Sadolet et des Contarini. Mais il n'est que trop vrai que plusieurs beaux-esprits du temps se laissèrent atteindre par la contagion, et que quelques-uns même y succombèrent, au point de renoncer à la foi catholique
pour se faire partisans et propagateurs de la prétendue réforme. Le culte superstitieux que beaucoup d'hommes de ce siècle rendaient à l'antiquité païenne, non-seulement en ce qui intéresse l'art , l'éloquence et la poésie , mais encore en ce qu'elle respirait de profane et de licencieux ; le désir naturel d'une pensée libre et indépendante, l'amour de la nouveauté en fait de doctrines , l'antipathie et l'aversion profonde que bien des cœurs nourrissaient en secret contre les papes, enfin l'envie pour chacun de vivre affranchi de toute loi et au gré de ses propres penchants, fm-ent autant de motifs et d'appâts qui causèrent en Italie ces défections. Et les noms de familles italiennes qu'on rencontre encore aujourd'hui en Allemagne et en Suisse sont, en partie du moins, l'effet comme la preuve de ces coupables apostasies. Il faut dire aussi que deux villes et deux cours italiennes , distinguées entre les autres par leur splendeur et par l'éclat des lettres, des arts et du luxe, Ferrare et Venise , secondèrent les vues'des nouveaux réformateurs , en les accueillant dans leur sein, et en favorisant l'introduction et la propagation de leurs insidieux écrits. L'une de ces villes, c'est-à-dire Ferrare, était alors gouvernée, pour le malheur de l'Italie, par une princesse imbue des doctrines de Calvin, et qui donna accueil dans son palais à cet hérésiarque luimême, venu en personne dans cette belle contrée pour y propager ses erreurs. L'autre, c'est-à-dire
Venise , déjà trop mal disposée poui* Rome et pour raiitorité des pontifes , et animée du désir d'exercer sa domination , nôri-seiileniërit sur les mers et dans les questions politiques, mais encore sur f Église, siir son régime et ses pasteurs , profitait de cette occasion pour abaisser l'autorité pontificale, et préludait à cette rupture qui rie tarda paé â éclater sdiis l'influence hialigrie et les perfides instigàlibnà dii niôirié soi-disàilt catholique t^aolp Sarpi.
Mais cependant, la divine Providence veillait avec affection aii saltit dé l'Italie, et la couvrait àriiôiireasemènt de ses ailes. Les populations italiennes , en général , continuaient d'être exèrhptes de ce fléau , et hors des atteintes de cette fiinésié contagion. Trop vives étaientdans tous les esprits la lumière dé là vérité et la foi à la divinité de cette religion qiiî avait traversé quinze siècles siir le sol de l'Italie. Trop ardérité était dans tous lés cœiirs la piété qùMnspiraient là Sainteté, la majesté, là beauté du ciilte catholique. Trop enracinée était la foi , comme le respect et la reconnaissance envers le successeur dé Saint Pierre , lé vicaire dé Jésus-Christ, le pontife de hoirie. Lé boii sens italien lui-rriême se refusait à admettre les principes illogiques dii protestàntisrhe, ses contradictions palpables, ses divisions et ses variations continuelles^ et les fruits qu'il produisait depuis son origine , en suscitant entre des peuplés frères des haines furieuses et des guerres sanglantes dont l' Allemagne, bôii-
levèrsée pair la furèiit dès sâcfàmentaîrés contre les ntm-sacramentaLirés, des réformés contre les Itithériëns, des luthériens contre lés anabaptistes, offrait le triste spectacle. Et comment Tambùr du beau, qui est inné àii cœur des Italiens , lèiir ^oût délicat et passionné pour les arts, leur conception si juste, leur sensibilité si exquise, auraient-ils pu S'accommoder du culte repoussant et glacé de la Réforme qui, après, avoir dépouillé l'esprit et le cœur du chrétien des dogmes les plus salutaires et les plus consolants, dépouillait avec la même barbarie bi un égal sacrilège le temple de Dieu de tout ornement, dé toiite sainteté et de tbûté beaiité? Non, l'Italie n'était fias un terroir oii le t)i'Otestantisme du Nord put prendre ses accroissements ; il y avait , comme il y a enfcorë aujourd'hui, un antagonisme intime, inné, essentiel entre lés deux , outre qu'il existait d'autres bauses qui, grâce à là bénigne disposition de la Providence, conspiraient à la défense et à la sûreté de TÎtalie. Les pasteurs des âmes, les sentinelles d'Israël , les éveqiies, secondés par le reste du clergé, s'employèrent pour leur troupeau en péril aveô toute la vigllatiice et la sollicitude qu'on pouvait espérer de leur zèle. Les princes italiens , jaloux de l'orthôdbxie de leui» foi , prêtèrent à sa défense l'appui de leur autorité. Mais par-dessu^ tous les pbiltifes romains, pasteurs et gardiens de toiit le troupeau fidèle, eri hiême tenips qu'ils réprimaient pstr leurs anathèihes les progrès de
l'hérésie du Nord, avaient l'œil ouvert sur les intrigues et les menées des réformateurs, et ne négligeaient rien pour arracher les mauvaises herbes du sol de l'Italie, en opposant partout des remèdes opportuns au mal qui cherchait à s'étendre. Une source de biens pour l'Italie, ce fut en particulier de voir s'élever au milieu d'elle vers ce même temps, par un admirable effet de la divine sagesse , tant d'instituts de fervents religieux, les Barnabites, les Théatins, les Somasques, les Pères de l'Oratoire^ et Ignace avec sa compagnie, au sujet de laquelle , sans prétendre diminuer le mérite des autres, il est bien permis de rappeler l'oracle sorti du Vatican, que cette société avait été suscitée tout exprès de Dieu, dans l'intérêt le plus urgent de son Église , pour faire face à la nouvelle hérésie et la combattre en tout. Mais le plus fort et le plus invincible de tous les remparts pour l'Italie, ce fut le saint concile de Trente qui, conduit et dirigé par l'esprit de toute vérité, nonseulement garantit ei mit en lumière par ses canons dogmatiques l'édifice surhumain de la doctrine catholique, mais encore opéra par ses décrets disciplinaires l'unique réforme dont l'Église pouvait être susceptible, en supprimant une foule d'abus, en restaurant la discipline ecclésiastique, en pourvoyant à l'éducation cléricale, en excitant le zèle des pasteurs des âmes , en procurant au peuple chrétien les plus puissants moyens d'instruction. Ce fut surtout dans l'I-
talie que ces décrets de Trente eurent leur pleine exécution , grâce à la sollicitude des pontifes romains, ainsi qu'à la bonne volonté et à l'activité de ses évoques, entre lesquels brille du plus bel éclat le nom de ce grand saint qui fut Charles Borromée. De là ce haut degré d'instruction comme de régularité dans le clergé italien , ce renouvellement de dévotion et de piété parmi le peuple, cet éclat tout nouveau donné au culte divin, et je dirai aussi cette prospérité de la société civile en Italie, cette longue et profonde paix, ce mouvement nouveau imprimé au commerce et à l'industrie, cette culture pacifique des sciences et des arts durant près de deux siècles et demi ; tandis que l'Allemagne toute en feu, grâce à sa réforme, était ravagée par une guerre d'extermination ; tandis que la France essuyait de la part des huguenots rebelles de si longs et si affreux désastres, et que les Flandres et la Hollande, agitées par le protestantisme, étaient devenues comme un champ ensanglanté de guerres et de fureurs civiles.
Ainsi donc, l'itahe jouissait du bonheur d'avoir échappé aux serres du vautour de la Réforme. Sur la fin du xviif siècle , la Révolution française déborda avec son impiété sacrilège sur notre beau pays, comme sur presque tout le reste de l'Europe, et y causa de funestes ravages. Mais si elle y fit des incrédules, elle n'y fit pas de protestants. C'est aux années qui viennent de s'écouler qu'étaient réservés
ce§ efforts nouveaux et désespérés du protestantisme pour répandre avec plus de succès son haleine empestée dans les contrées italiennes. Dès la fin de i 844, Grégoire XVI , pape d'une sagesse et d'un zèle remarquables , mettait à décquvert et condamnait du h^ut de la pilaire apostolique la sociéjté biblique qui s'étgit étaJ^Ue 4 New-Ypr^c, sous le nom de Ççtnfédérfitioin clirétiefine , dans \e but forn^el de répandre p^ir toute l'Ita^lie et à lioin^ inême des biblps protestantes et d'autres livres propres à créer dans les populations italiennes l'esprit, comme ils diraient, de Ut^erté religieuse^ d'où devrait suivre comme une conséquence naturelle la liberté mèxm politique de rita}ie. Une petite troupe de moines et de prêtres ^post^ts italiens, réfugiés à Malte vers ce même temps sous la protection de l'iginglicanisme, comipencèrent leurs futiles et impies publications djans la feujlle pério4ique t Indicateur Maltais^ daps le même but d'évangéliser pu de prptestaniiser les peuples italiens.
Mfiis bieptôt survii)rent des conjonctures et des dispositions des esprits dont les ennemis de l'Église et du peuple ne surent que trop bien profiter à leur propre avantage. Une manie indéfinissable de liberté vague, inquiète, dont la plupart ne coppaissaiept ni l'objet ni la portée, envahit pour ainsi dire tout d'un coup les esprits de la multitude. Sous le nop) en quelque sorte magique de progrès, on ne faisait
qu'^ir^ à la pouyeauté ep toutes cljpses , et par là p)êiQp iSii| fppversement jdp toutes les |pstitutions anpjepn^s ; tg^t genou flécl)|3sait (}evant Tidole invog^ée de l'upfji^ ?* ^^ l'autonomie italiennes. Et ce fut .^Qf§ q^ jtjes l^on^njes iippips et pery^s, liés déjà f5iî|pe eifx par de ^crete Ijens 4'^^ conspiration jurée GQptre Taujbçl pf le trôpe, jetèrept sijr l'Italie un regprfl pjeip d'un rire anier pj; ippgueiir. 11^ virent !eijr§ Ippgs effort^ gt leurs fénébrepx dèsseips tou- (i\i^}ït à )auf tripj^^pbe \ ils virent eptre leurs mains pe ^ qu§i ils pspjr^ignt fiepujs longtemps, jeijr élé- VRtlRP ^t >PW domlp^tipp p^r;^ppne)le, sqps |^ spé- .qiças^ ppp^repcp ^a r.agr^n4i§§eipent et de l'indépendance de l'Italie ; mais ils virent en mêpie tenips Çi'il§ espérpfpjent en vain j^ çoipplpt accpmplissenjent 4e 1^^^ ppj^f^f tff»t fillfe j^ fojL catholique continue- T^\. ^ réfpx^ ^gljïs les csprij;^. prêcher ouvertement le SQCJajisfne pf le cppipriunigme, op l'abolition complète (^ topt dogmp positif et de toutes les institution^ du çfïrj^n|sniey aurait passé pour trop violent et rençoptré dj^ns toi^t le pppplp une résjstiapce insuripont§^. Upe autrp voie se présentait à eux plus perfide pj pj}j^ §^pisante, m les dispositjpns répandues gé- D(êrplejpent daps le^ e^ppts. Ji^pttant donc à profit ces i}i^3it|pns, p); appelant à leur (jide les feuilles périodiq]ue§^ legécritsdp toute forp^e, les harangues publiques, iç§ insfpu{iti;Ops secrètes , il^ soulevjèrent partout et ppHapimèrent les passions les plps ar4ente?pour la
grandeur et l'indépendance de l'Italie, en donnant à entendre en même temps aux esprits crédules et superficiels que le seul moyen d'affranchir le pays du joug étranger et de lui rendre la prééminence sur les nations, c'était de la soustraire au despotisme clérical, au servage de la superstition ; qu'il importait à la dignité et à la liberté de l'Italie de professer une religion plus spirituelle, plus pure, dégagée de tous ces liens qui avaient jusque-là enchaîné et comprimé les nobles élans de la nation ; qu'on n'avait qu'à jeter les yeux sur la prospérité et la grandeur sans égale de l'Angleterre, qu'elle ne devait, disaientils, qu'à son schisme et à son émancipation de Tautorité papale.
C'est ainsi qu'on parlait et qu'on écrivait. Et déjà la voie n'avait été que trop aplanie par un ardent et habile écrivain , qui , avec la séduction d'une parole toujours vive et brûlante, soutenue de tous les artifices de la sophistique, avait, dans plusieurs longs ouvrages répandus par toute l'Italie, peint avec les couleurs du paganisme la nouvelle ère toute prochaine d'un bonheur transcendant pour l'Italie régénérée, inculquant sans relâche la nécefeité de moderniser et de rajeunir le culte catholique, et, à propos de jésuitisme, semant à pleines mains l'aversion et le mépris sur les instituts religieux et sur le clergé catholique, qui ne se prêtaient pas aux nouvelles théories , enfin sur les plus salutaires pratiques de dévotion et sur tout
l'ascétisme chrétien. Cependant le parti du progrès, ou pour mieux dire de la démagogie, s'étendait de plus en plus, et devenait tous les jours plus puissant et plus audacieux dans presque toute l'Italie, et jusque dans le siège central de la chrétienté. On répandait à foison parmi le peuple de petits traités au décri du catholicisme et à la louange du protestantisme. Le pape élevait la voix pour éclairer les peuples sur les pièges tendus à l'orthodoxie de leur foi ; quelques évêques, en particulier de la Toscane, firent aussi entendre la leur pour la défense et la sûreté de leurs troupeaux ; mais la voix du zèle pastoral ei de la vérité catholique était étoulfée par les clameurs de la démagogie qui ne cessaient de se faire entendre, et par un déluge de méchants écrits qui pénétraient en tous lieux.
Cet état de choses empirant tous les jours, le pape, dont la liberté même avait été menacée jusque dans son propre palais, fut forcé d'abandonner son siège, et tout resta au pouvoir de la faction dominante. On voyait affluer en Italie et à Rome même des prédicants étrangers, dépêchés par les sectes protestantes , surtout d'Angleterre ; des apostats italiens se joignaient à eux, faisant parade de leur honteuse apostasie , et exerçant à découvert leur trafic de prosélytisme protestant. Par leurs effbrts réunis s'imprimait à Rome, par milliers d'exemplaires, une édition calviniste de la Bible falsifiée, traduite en ita-
lien par Diodatî, pour être répandue de tous côtés. Déjà on projetait et on parlait même ouvertement de consacrer au nouveau culte, au milieu de Rorne^ le magnifique temple du Panthéon, devenu depuis bien des siècles l'église dédiée à la sainte Vierge et à tous les saints. On voyait en même temps se produire toutes ces scènes de fureur et de rage anticatholiques qui préludent d'ordinaire à l'abjuration solennelle de notre religion sainte. On chassait de leurs paisibles cloîtres les religieuses et les religieux ; on dépouillait les églises de leurs vases sacrés, et des bronzes même destinés à appeler le peuple chrétien à la maison de Dieu et à la prière ; on insultait les prêtres et on les vouait à tous les mépris, on leur faisait naître des frayeurs pour les forcer à abandonner leur ministère, à se cacher et à fuir aux pays étrangers; enfin on entassa les chaires et les confessionnaux sur les places publiques, pour en faire un immense feu de joie à la honte des prêtres et des moines* Le sang même (je frissonne en rappelant ces horreurs), oui, le sang des moines et des prêtres coula par ruisseaux ; nombre d'entre eux furent égorgés d'une manière barbare , et immolés à la haine profonde qu'on nourrissait depuis longtemps contre les plus pieux ministres de l'Église.
A voir ces commencements et ces progrès, qui aurait pu dire ce que serait devenue en quelques années la situation religieuse de l'Italie et de Rome elle-
même, prise pour principal point de mire par ces nouveaux réformateurs? Mais Dieu, qu'il nous soit pmmis de le dire, Dieu aime avec prédilection t'Ita-»lie, et il la sauva encore cette fois d'un péril si grand et si imminent. Dans le moment où les vagues et les vents de cette horrible tempête mugissaient avec le plus de furie et menaçaient de tout engloutir, la main de Celui qui peut tout fit un signe, et les ondes se re-* tirèrent, et les vents firent silence, et le ciel redevint serein. La démagogie fut vaincue. Tordre public fut restauré, la religion reprit son éclat, le successeur de Pierre remonta sur son siège et reprît possession de ses légitimes domaines. Quel homme nourrissant dans son coôur des sentiments catholiques ne se fût écrié à la vue de ce fortuné chatigement: Seigneur, qui est semblable à vous T Qui est-ce qui pourrait résister à votre volonté T Encore un moment^ et Cimpie ne sera plus. J'ai passée et déjà il n^ était plus* Je l'ai cherché, et je n'ai pu trouver la place où il était.
C*est ainsi que pour la seconde fois dans ce siècle, et dans la personne d'un autre Pie ausd magnanime que le premier. Dieu montrait au monde étonné que la roche de Pierre sur laquelle est bâtie TÉglise du Christ est invincible à toutes les forces de Tenfer, et que quiconque ose se heurter contre elle, tôt ou tard doit être brisé.
Mais en considérant un peu les efforts sérieux qu'on faisait pour protestantiser l'Italie, que de réflexions
se présentaient à l'esprit ! Dans ce temps où le protestantisme est à son plus grand déclin et, pour mieux dire, se dissout de toutes parts en se transformant dans rindifféreritime religieux, dans le rationalisme et le panthéisme ; quand cette plante funeste laisse voir depuis déjà trois siècles quels fruits elle est capable de produire, en révélant à tous les yeux sa nature la plus intime ; quand tant de nobles et hautes intelligences de tout pays civilisé, après avoir longtemps lutté avec elles-mêmes dans les mille fauxfuyants de l'erreur, se sont données de cœur et d'âme à la véritable Église de Jésus-Christ , à cette ÉgUse catholique, apostolique, romaine, en témoignant hautement dans leurs savants,écrits de la pleine satisfaction dont elles jouissent -^dans l'intimité de leur être, tandis qu'elles font toucher comme au doigt les absurdités, la nudité, le vid^, les principes dissolvants et mortels du protestantisme ; quand enfin, et dans l'Allemagne protestante, et dans la Hollande, et dans l'Angleterre, s'accroît et se fortifie tous les jours un mouvement général vers le catholicisme, comme vers te port unique de la paix, de la sécurité et du salut : c'est alors qu'on voudrait faire à l'Italie ce beau présent, en lui faisant répudier la chose même qui lui a procuré un prima to réel sur toutes les nations, à savoir la pureté de sa foi et la majesté de la chaire apostolique ! On voudrait lui faire oublier et effacer comme d'un trait les sublimes croyances, les augustes
traditions, les illustres souvenirs , les bienfaits immenses de dix-huit siècles, et lui faire recommencer le cycle que les nations 'protestantes se trouvent aujourd'hui avoir parcouru, à travers des fleuves de sang, de longues et interminables querelles intestines, avec une perte immense d'institutions bienfaisantes, avec le dépérissement funeste de toute foi et de toute moralité.
La liberté ou l'indépendance politique,- je le sais, est l'appât avec lequel ces régénérateurs de l'Italie s'efforçaient et espéraient de la séduire, en la lui faiisant envisager comme le fruit et fa conséquence nécessaire de l'abolition du catholicisme et de l'acceptation du protestantisme. 'Mais malheur à l'Italie ou à la partie de l'Italie qui se serait laissé prendre à cette amorce ! Je ne parle plus seulement de l'impiété et de toute la honte qu'il y aurait à se procurer des avantages civils , quels qu'ils soient, au prix d'une monstrueuse apostasie, en foulant aux pieds les devoirs les plus sacrés, et en sacrifiant à jamais les biens éternels. Je parle simplement au point de vue historique, philosophique et civil , sous lequel même ce mariage prétendu naturel du protestantisme et de la liberté politique se montre évidemment sophistique et mensonger. Ecoutons Guizot , protestant luimême : « En Allemagne, il n'y avait point de liberté politique. La Réforme ne l'a point introduite : elle a plutôt fortifié qu'affaibli le pouvoir des princes, elle a
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été plus contraire aux inetitutiona libresdumoyeq-'âge que favorable à leur développement » (1).
Eooutone un autre célèbre écrivain politique # Chateaubriancl : « On a dit que le protestantisme avait été favorable à la liberté politique, et avait émwcipé leô nations. Les faits parlent-il$ oonme les personnes? Il est certain qu'à sa naissance la réformation fut républicaine, mais dans le sens aristocratique, parce que ses premiers disciples furent gentilshommes. Les calvinistes rêvèrent pour la France un^ espèce de gouvernement à principautés fédérales <» qui l'auraient fait ressembler à l'empire germanique: chose étrange! on aurait vu renaître la féodalité par le protestantisme* Les nobles se précipitèrent par instinct dans ce culte nouveau, et à travers lequel s'exhalait jusqu'à eux une sorte de réminiscence de leur pouvoir évanoui. Mais, cette première ferveur passée, les peuples ne recutiHirent du protestantisme aucune liberté politique.
« Jetez les yeux sur le nord de l'Europe, dans les pays où la réformation est née^ où elle s'est maintenue : vous verrez partout l'unique volonté d'Un maître» La Suède, la Prusse, la Saxe^ sont restées sous la nK>nar* ohie absolue ; leDanémarck est devenu un despotifeme légaK Le protestantisme échoua dans les pays républicains } H ne put envahir Gênes, et à pedne obtint-il
(1) ç^m ffWitofrf m94€n^^ » 1090(1, p* «a» ai, M7,
à Venise et h Ferrare une petite église secrète, qui mourut : les arts et le beau soleil du Midi lui étaient mortels. En Suisse^ il ne réussit que dans les cantons aristocratiques, analogues à sa nature, et encore avec une grande effiiâon de sang* Les cantons pppulaires ou déiBQcratiques, Schwitz, Uryet Underwald, berceau de la liberté helvétique, le repoussèrent. En Angleterre^ il n'a point été le véhicule de la constitution, formée, bien avant le xvi^ siècle, dans le giron de la foi catholique. «•• Le peuple anglais fut si loin d'obtenir une extw^on de ses libertés par le renvoraeWQnt 4© h religion dfi ses pères, que jamais le sénat de Tibère ne fut. plus vil que le parlement de Henri VIJI i oe p^rieffient alla jusqu'à décréter que la seule volonté 4u tyran fondateur de l'Église anglicane avait force de loi* L'Angleterre fut-elle plus libre sous le sceptre d'Elisabeth que sous celui de Mari^»(l)?
Ainsi parlait Chateaubriand Mais si , reniontant iMi peiu plus haut, on médite avec, impartialité sur la marche de la société dans les siècles qui ont immédiat^^nent préoédé h Réforme, et sur la combinaison harmonique Cgji se formait intérieurement des éléments sociaux^ on ne peut s'erppécher de voir que le proteetantiimo^ par s$ violente apparition et par les
(1) Eitideg MêtœHquês ; Analyse râiêônn(é efc l*Wtùirç 4^
principes qu'il mettait en avant, a fait reculer et bientôt disparaître cette forme tempérée d'autorité et de liberté vers laquelle toutes les nations de l'Europe semblaient s'acheminer sous l'influence de l'Église catholique. Le problème difficile à résoudre était d'harmonier entre eux les trois éléments, le monarchique, l'aristocratique et le démocratique ; c'était d'assurer au peuple un appui protecteur , de donner à l'aristocratie un moyen'd' union et un principe de vie , de concilier à l'autorité monarchique l'amour, le respect, la fidélité. Et c'était l'Église catholique elle-même qui, avec sa religion, avec sa morale, avec son clergé, formait le lien commun de ces trois éléments, leur contre-poids, leur principe d'harmonie. Avec un peu de réflexion (disons-le en répétant les paroles d'un excellent écrivain moderne déjà cité dans ce discours, et dont les livres méritent d'être répandus et médités par toute l'Europe) , « il est bien facile de voir que le clergé, par ses affinités naturelles avec le principe monarchique qu'il trouvait dans l'Église, avec l'aristocratie dont il faisait partie, avec la démocratie dont il sortait, était seul capable de maintenir l'équilibre et une durable harmonie entre trois éléments aussi dissemblables. Assez fort, assez indépendant pour donner à ses collègues, dans l'exercice du pouvoir, l'exemple d'une sage opposition aux injustes exigences du trône, il possédait trop l'esprit de subordination, il jouissait d'une trop grande influence pour ne pas
défendre la monarchie contre les entreprises de ses deux rivales. Oter un tel rouage de la machine représentative , comme fit le protestantisme, c'était la détraquer pour toujours. L'hérésie acheva la rui^e des libertés politiques par les germes d'anarchie qu'elle sema en tous lieux. Quel chaos que l'Europe peu d'années après l'apparition du pur Évangile ! Les États, menacés d'une dissolution imminente, ne virent de salut que dans la centralisation du pouvoir. En Italie, les petites républiques sont absorbées. En Espagne, les cortès tombent en désuétude. Il en est de même en France des états-généraux, devenus des foyers de discorde. Partout la royauté devient une dictature héréditaire » (1). Si l'on veut voir cette question traitée avec tous ses développements historiques et philosophiques, on n'a qu'à prendre en main l'immortel ouvrage de Balraès (2).
Il nous suffit à nous d'avoir touché seulement cette grande vérité, que le protestantisme n'a point été par lui-même, pas plus qu'il ne l'est actuellement, un principe générateur de liberté politique ; mais là où il la trouvée déjà établie, comme en Angleterre et en Suisse, il l'a tout au plus laissée debout, quoique non sans de violentes convulsions et bien du sang répandu ; là où il a trouvé la forme monarchique, comme dans
(1) Sohttiwi de grands problèmes, t m, p. 219 et suiv.
(2) Protestantisme comparé au Catholicisme, t. iiii c. ixxi.
les pays du Nord, il l'a rendue beaucoup plus dç3po*tique et beaucoup plus absolue ; et, en général, par son action dissolvante, il a obligé les princes à renforcer et à sauvegarda leur pouvoir, et, par là même, à prendre ime allure différente de celle beaucoup plus douce et beaucoup plus tempérée à laquelle la société chrétienne d'Europe allait se plier d'ellemême*
Mais le protestantisme a fait bien pis encore pour l'abaissement de la dignité et de la liberté dq l'homme au double point de vue religieux et civil. Tandis que, d'une part, il proclamait une absuj^de liberté individuelle de penser et d'opiner en matière; de religion, ouvrimt ainsi une large voie à tout^ sortQ d'erreurs et d'égarements pour l'esprit humain ; d^ l'autre, par un^ inconséquence palpable, il asservi&i sait la conscience à la volonté despotique et au caprice de l'homme ; il réduisait la religion à une pure dépendance de l'État, à une branche de l'administration publique ; il créait, enfin, ce qui s'appelle l'É^ glise de l'État, ou Y autocratie religieuse des princes et des gouvernements temporels* Écoutez cet aveu d'un écrivain protestant de Genève, qui jouit aujourd'hui d'une grande réputation parmi ceux de sa secte ; « L'Église rf'JS^ proprement dite, écrivait en 1843* M. Vinet , est une invention de la Réforme, alors qu'ayant peur de son principe, elle le nia de fait après l'fivoir proclamé de bouchç, l^ ^Réforme, en §e Pép^-.
rant de rEgliee romaine, qui n'était ni la multitude ni le pouvoir civil, devait, pour trouver un chef, se retourner ou vers le peuple ou vers le pouvoir civiL Son principe l'aurait dû faire se retourner vers le peuple; mais, généralement, c'est ce qu'elle n'osa faire, et, pour avoir une autorité présente et visible, elle s'adressa au pouvoir civil, en le faisant évoque. C'est là le caractère des Églises d'État ; on peut le défuûr par ces mots : Épiscopat du gouvernement civil. . . . Ainsi donc , les véritables Églises d'État ne sont pas si anciennes : elles datent du xvr siècle, et on peut les appeler, sans leur faire injure, VavorUm du protestantiéme » (1)* Et nous ^jouterons, nous, qu'il n'était pas au pouvoir de la Réforme de choisir entre le peuple et le pouvoir civil, si elle voulait atteindre son but et prendre racine. Le pouvoir civil seul, avec les moyens coôrcitifs dont il peut di^oser, pouvait être un instrumiçnt propre à ses fins. Et , en eflfet , nous voyons dans l'histoire que partout où le protestantisme a jeté ses racines, le pouvoir civil s'est établi maître de la Réforme, conune de sa propriété, et, en conséquence, l'a imposée au peuple avec le ministère des prédicants, avec des lois tyranniques et cruelles et avec le bras du bourreau. La Suède aras Gustave Wasa, le Danemarck sous
(1) Eêsai $ur la manifestation des convictians rçHgietises^
Christiern, l'Angleterre sous Henri VIII, et tant d'autres pays du Nord, enfin les gouvernements mêmes démocratiques de la Suisse sont une preuve historique de cette grande vérité. Les protestants eux-mêmes sentent aujourd'hui la servitude, la dégradation religieuse et civile où les a conduits cette tyrannique autocratie de l'État. De là ce grand mouvement qui se manifeste parmi eux de tous côtés pour affranchir ce qu'ils appellent leur Église du joug de l'État, pour obtenir Yautonomie ecclésiastique, ou le droit pour l'Église de se régir par ellemême. Ils invoquent pour exemple et pour appui la constitution même de l'Église catholique, la distinction essentielle qui y est reconnue entre la puissance civile et la puissance spirituelle, son autonomie et son indépendance par rapport au pouvoir politique , les excellents effets qui en résultent. « L'Église catholique, écrit l'auteur que nous venons de citer, ne s'est jamais laissé absorber par l'État. On doit lui rendre cette justice, elle n'a jamais connu la servitude, elle n'a jamais donné son indépendance pour prix de ses privilèges. Elle a ses lois, elle a ses règles, elle a son esprit; elle s'appartient à elle-même, s'écoute, se répète. Protégée par sa doctrine , qui fait descendre absolument toute vérité du siège apostolique, elle se tient dans son domaine et relègue l'État dans le sien. Elle ne dédaigne pas de commander ; mais elle dédaigne encore plus d'obéir : c'est là sa gloire, gloire
pure et digne d'envie » (i). Ils confessent, en un mot, de la manière la plus éclatante , que le protestantisme, en mentant à sa devise de liberté et d'indépendance, a produit pour les peuples qui en sont la proie l'esclavage et l'oppression.
Et, en effet, quel esclavage plus dégradant que de recevoir, comme pour obéir à une loi établie, la religion de l'État, c'estr-à-dire de se la laisser imposer par ce qui n'a aucune mission légitime d'enseigner, de prêcher, de faire des lois en matière de croyances religieuses, aucun droit sur la conscience des peuples? L'Église catholique le proclame, .ce droit, pour elle-même ; elle veut qu'on le reconnaisse, parce qu'elle le possède légitimement , parce qu'elle en a reçu la mission et l'investiture solennelle du Christ, divin auteur et consommateur de notre foi, parce qu'elle* peut montrer et qu'elle montre à quiconque ne se rend pas coupable d'un aveuglement volontaire ces caractères divins , ces motifs évidents de crédibilité , qui prouvent incontestablement sa mission. Elle exige la foi à sa parole, parce qu'elle prouve qu'elle est l'organe infaillible de la vérité, parce que les dogmes qu'elle propose à croire comme surnaturels et hors de la portée de l'entendement humain sont appuyés par une autorité extrinsèque suJBfisante pour les rendre évidemment croyables, de façon que l'homme
{l]^Essai, p. 301, 369.
peut et doit, s'il ne veut se rendre coupable d*une faute grave, leur donner son assentiment, y soumettre sa raison, les croire de cœur et les confesser de bouche, sans résister jamais à la grâce qui accompagne toujours l'enseignement plein d'autorité de l'Église. Mais le gouvernement civil, le pouvoir temporel, n'a rien de tout cela; cela n'entre pas dans son droit ; ce n'est pas là la fin pour laquelle il a été établi ; cela est hors de toute proportion avec les moyens dont sa nature lui permet de disposer. Et s'il agit à rebours de tous ces principes, s'il veut entrer dans le sanctuaire des consciences, s'il veut por-^ ter la main sur l'arche de Dieu, sur les choses et les personnes de Dieu et de son Église, il exerce une tyrannie que condamne la foi autant que la droite raison , il impose au peuple un joug contre lequel proteste la conscience religieuse et morale autant que le sentiment de vraie liberté et de dignité humaine. Et telle a été toujours là tendance et l'allure du protestantisme, partout où il a pu développer sa libre ac^tion ; ;tels sont aussi les fruits , dans l'ordre même civil, que les peuples en ont recueillis.
Que ce soient là, non des déclamations exagérées ou des appréhensions imaginaires d'esprits étroits et rétrogrades, mais de profondes vérités historiques, un salutaire avertissement pour l'Italie , afin qu'elle se mette en garde contre les assertions insidieuses et mensongères de ceux qui se vantent d'être ses #mis
passionnés et de ne vouloir que sa gloire» tandis que tous leurs désirs, tous leurs efforts tendent à lui importer le plus grand des maux, qui est le protestan*^ tisme. Et puisqu'ils ont toujours à nous objecter la prospérité et la grandeur politique de l'Angleterre protestante, déjouons encore ici le sophisme et le mensonge. Personne plus que moi n'admire ce qu'il y a de bon et de grand dans l'illustre nation britannique, dans son gouvernement, dans ses lois, dans les qualités de ses membres. J'admire l'ordre légal qui partout y domine ; le respect tout particulier qu'on y a généralement pour les lois; la ténacité louable avec laquelle on y observe les usages traditionnels. J'admire dans cette nation le génie des arts mécaniques, une ardeur sans pareille pour l'industrie et le commerce, un courage intrépide pour tout ce qu'elle entreprend, un caractère sérieux, réfléchi, d'un flegme tout particulier.
Mais que tout cela soit la conséquence et le fruit du protestantisme, c'est ce qu'on ne pourra jamais prouver ni établir. La constitution anglaise, comme on l'a déjà fait remarquer, est une œuvre d'ancienne date et d'origine catholique, et le clergé catholique lui-même y a pris une très grande part; et, par conséquent, lorsque la nation eut le malheur de rompre avec la foi de ses ancêtres, elle se trouvait déjà constituée catholiquement et habituée d'avance aux formes du gouvernement représentatif. Tout le reste
appartient au génie national et aux habitudes de ce peuplé ; et il n'en aurait pas été autrement quand même il serait demeuré fidèle à l'Église catholique^ comme aucune différence ne s'aperçoit de fait sous ce rapport dans la partie de la nation, assez considérable et de jour en jour plus nombreuse, qui professe publiquement la religion catholique. Il n'y a donc rien en cela dont le protestantisme ait à s'enorgueillir, comme d'un mérite qui lui appartienne exclusivement. La prospérité du conomerce, l'empire des mers, l'étendue des conquêtes, l'abondance de l'or, ont été longtemps et à un très haut degré en partage à l'Espagne et au Portugal, royaumes alors fortement attachés à la foi catholique. Que si l'Angleterre protestante se fait un titre de gloire de l'établissement colossal de la Compagnie des Indes, l'Europe catholique du moyen-âge saura lui opposer l'institution commerciale bien plus vaste et bien plus gigantesque de la ligue dite des villes anséatiques, qui disposait de tant de flottes, qui pouvait soutenir de longues guerres contre les potentats de F Europe, et former avec eux des traités de commerce et de paix. Mais si l'on veut ensuite tenir compte de tous les éléments dont le calcul doit entrer dans l'examen de ce problème; si l'on met dans la balance ce qu'a fait réellement le protestantisme en Angleterre : l'illusion disparaît, et je ne voudrais pas à ce prix pour toi, ô ma chère Italie ! le sort et la condition de ce royaume. Je *n' avancerai
que des faits avoués ouvertement, voire même déplorés par des écrivains de ce pays, des faits dont j'ai été moi-même témoin oculaire.
Je ne rappellerai pas le fait remarquable, déjà exprimé avec beaucoup de vérité par le comte de Maistre, que le peuple anglais, pour jouir de sa liberté civile, a le privilège d'être de toutes les nations policées la plus surchargée de taxes. Mais je dois rappeler qu'il n'y a pas de pays où les fortunes se trouvent plus inégalement réparties, à l'avantage exclusif d'un petit nombre de familles; de sorte que, si d'une part vous avez le spectacle de l'opulence et du luxe le plus inouïs , vous avez de l'autre , et dans les grandes masses du peuple , celui du paupérisme le plus désolant et de l'indigence la plus extrême. Je rappellerai comment une partie nombreuse du peuple, manquant de pain, passe dans les souterrains la plus grande partie de sa vie, employée à creuser les mines de charbon fossile où , sans parler de tout ce qu'a de triste ce genre de vie , ils sont continuellement exposés aux explosions subites des mines, au point qu'il ne se passe pas d'année que des centaines de travailleurs y restent engloutis. Je rappellerai comment tant d'enfants des deux sexes sont condanmés à consumer leurs jeunes années dans des fabriques fétides, et si la loi ne fût venue à leur secours, la moitié, pour ne pas dire les deux tiers d'entre eux, n'arriverait pas à l'âge mûr. Je rappel-
lerai comment le clergé de l'Église établie nage dans l'opulence et s'engraisse des dépouilles de l'Égliae catholique, sans que la charité ou la bienfaisance lui persuade d'en rien retrancher pour le soulagement des populations affamées. Que dire ensuite au sujet de l'infortunée Irlande, qui, avec sept millions de catholiques contre un seul million de prot6$tant8^ est forcée de remettre ses dîmes aux ministres et aux prélats prot^tanis, tandis que ses propres pasteurs cattioliques gémissent dans le besoin des choses les plus nécessaires à la vie ; l'Irlande, où régnent depuis bien des années toutes les horreurs de la misère et de la famine, où chaque année offre le spectacle lamentable de malheureux mourant de faim par milliers, où d'aur très milliers ou centaines de milliers s'en vont, pour apaiser le même besoin, pâles et déguenillés^ à travers les mers, demander un asile aux terres lointaines qu'habitent des peuples sauvages. Cette grandeur donc et cette prospérité qu'on nous donne pour exemple et pour modèle ne sont, à vrai dire, qu'une grandeur et une prospérité de quelques classes privilégiées, acquises au prix des privations de toutes sortes et des souffrances de la multitude» et cimentées de son sang comme de ses larmes. Ah I c'est qu'il y manque l'esr prit catholique, la foi catholique, la charité catholique, le sacerdoce catholique ; c'est parce que taat d'institutions de bienfaisance chrétienne, au moyen desquelles le catholicisme pourvoit avec tant de sol-
— 3» — licitudé au èoulâgeffient et au sotitîeti dete classes îndigentes, manquent à F Angleterre protestante, et que le latig8(^ de k TTaie Charité chrétienne, qui parlé si éloquemment au doeur des catholiques et leur persuade si eJBficacement de compatif à la misête, né peut, en général, frouver accès dans le Cœur dii protestant livré au luxe et auk agitations d'une vife toute mondaine. Je voudrais bien qu'on lût en Italie ce que deniiêrement un ministre anglican, sir Thomas Allies, écrivait sur ce sujet dans son journal, qui contient le résultat des observations faites par lui-même dans son voyage en France et dans une partie de l'Italie de Vian 1«45 à 1848. Oh ! comme il ^it bien^ subjugué qu'il efet par l'ëvidence de la vérité, rendre hommage à tout moment à cet esprit câtiiolique de biraifaisance vraiment chrèti^ne dans léè pays catholiques! Oh! tomme dans le parcours qu'il fait des villes de la haute Italie, il exalte la vlUé de Gènes pour ses établisseôieiits de charité ! Et cwïime il sent et exprime vivement le vide que ràbsfeiioe de pareils biens {»*oduit en Angleterre! « Oh! s'écrie-t-îl; quand viendra le jour où mon pays se signalera de nouveau par de selnblables œUvres de diarité <5hrétiénhé et par cette raêine àrdéur à porter la croix de Jésus- Christ au milieu des péchés et des faiblesseé d'un monde corrompu ? Plût à Dieu qu'au lieu de tant de biens temporels l'Angleterre eût encore une fois le privilège d'être l'île des saints! Mais cela éstîmpoè^.
sible tant qu'elle s'obstinera à renier, à déprécier et à méconnaître l'honneur du célibat que s'imposent ceux qui se consacrent au saint ministère, et le pouvoir du sacrifice de Jésus-Christ se transmettant de lui-même à ses membres » (1).
Mais le mal ne se borne pas encore là : il y a d'autres ulcères plus mortels comme plus profonds qui rongent les entrailles de ce grand peuple, et qu'il doit pareillement à son protestantisme. Des sectes religieuses sans nombre s'y disputent le terrain, et chaque jour en voit éclore quelque nouvelle de plus en plus étrange. La vérité chrétienne- est mise en pièces et horriblement défigurée par mille opinions inconsistantes et contradictoires, tellement que personne ne sait véritablement ce qu'il croit un jour ou ce qu'il croira le lendemain. Si vous portez vos regards vers l'État, la religion et l'Église officielle y sont une affaire de pure polke et d'intérêt politique; si vous considérez les classes élevées, la religion s'y réduit à un objet de bienséance et de convenance sociale ; si vous approfondissez la situation morale de la masse du peuple, vous n'y trouvez au fond qu'un semi-paganisme. Il ne sait mot des mystères chrétiens, il ne pense ni à Dieu ni à l'autre vie; sans moyens d'instruction, privé des secours religieux,
(1) Jotirnal in France in 1H6 and 1848 wUh letters from Italy in 1847, by Thomas William Allies.
n'y songeant même pas, plongé dans le vice, il vit et meurt dans la plus crasse ignorance de ses éternelles destinées et dans la dégradation morale la plus profonde. Nous aurons occasion, dans le cours de cet ouvrage, de parler de ces faits avec plus d'étendue, et nous saurons les confirmer par des témoignages d'écrivains anglicans.
Je voudrais seulement faire bien comprendre cette grande vérité, que la grandeur et l'indépendance politiques, et même la richesse nationale, ne sont point synonymes ni l'équivalent de la vraie prospérité sociale, et, pour mieux dire, peuvent fort bien subsister sans cette dernière ; et c'est là précisément le cas de l'Angleterre, où le bien suprême auquel tout le reste se sacrifie est la grandeur politique et nationale, et où le bas peuple est laissé dans le plus extrême dénûment de ces avantages moraux, religieux et même temporels, qui forment le véritable bien-être des nations. Ah ! il n'y a qu'une religion comme la religion catholique qui se rapporte et se consacre tout entière au bien de tous ; qui, dans l'inépuisable fécondité de sa charité, se fasse toute à tous, et exerce son action bienfaisante sur toutes les classes sociales pour former cette égalité religieuse et morale qui est comme le contre-poids et le remède en même temps de l'inégalité inévitable des richesses, des emplois, des talents, des honneurs dans la société civile ; il n'y a, dis-je, qu'une semblable religion qui soit faite
pour 4wne^ &u peuple la v^aie poro^rité el le vrai boiibettr. Et oette religion venue du oid sî'aeooii]^ inoda ei s'adapte imrveitteuaeniejit à toutes les formea politiques de^ gouverneioents terrestres, parce que, comme Balmèa le dit edeeellemment, elle est oorofoe \e dûleil qmà illumina V)ut, qiû féconde tout^ qui rafn fermit tout, tandis qu'elle ne craint eUchn^énie ni obh acurcisaement ni déelin*
Si r Anglet^re devenait oatholique^ les siaux inté^ rieurs si gravçs qui la travaillent trouvetraiest teur remède le plu^ efficace, sana que sa grandeur mMor^ nale et son indépendance poiHtique fussent cempro^ mises. C'est aussi le vœu universel, l'objet des prières les plus ardentes du monde catholique , et la douce espérance d'en voir raccon^Usseraent s'accroît et ce fortifie tous les jours. Déjà oa sent en Angjeterre l'influence et l'action salutaire du catholicisme sur les clasees "pauvres et abandon^ néles; déjà on admire l'esprit de sacrifice^ dont il n'y a que le sacerdoce catholique et les instituts religieux enfantés par l'Église catholique <|ui puissent être animés ; déjà le culte catholique^ élen-^ dant ses conquêtes de tourt;es parts, multiplie partout les églises, les. écoles» les établissements de charité. Heureuse l'Angleterre,, si die retrouve eiEkfin le tréawr de soiu antique foi, dont elle était autrefd>is é riche-ment dotée, mais dont eile a fait, hélas, il y a trois i^tècles, le (upeete abandon \
- 3& — Mais malheur à Tltalie, doii&-je le redire, ou malheur à cette partie de Fltalie qui se laisserait enlever ce trésor dans Tespoir éphémère et mensonger d*en devenir plus grande, plus heureuse, plus ind^endante! Si j'élètê si haut ma voix, c*est que le danger^ il faut bien te dire, n'est pas encore passé. Les soi-disant régénérateurs de l'Italie, après avoir donné au monde la preuve évidente de ce qu'ils ont pu faire pour elte, en la plongeant dans tous les maux de ranarchle^ de ta licence et de l'impiété, et en la r»nd«ni la fable des nations étrangères, fi*abttido»ne»l point leur œuvre malgré les pertes qu'ils ont milites: ils ne cessent, par des lùoyem oÉtmtÊSble» ou occultes, de soufSer te feu de la discordé et Teq^rit de révolte parmi le peuple italien ; ils poussent surtout à la h^ne du sacerdoce comme du culte catholique et du Saint-Siège. En c^aines contrées de l'Italie, la presse publique favorise et propage cet esprit pestilentiel. En Angleterre, les sociétés protestantes les plus fanatiques s'agitent et se remuent de toute manière pour faire don à l'Italie du pur Évangile. Vn moine italien apostat, trop tristement connu en Italie et à Rome , coi^nue dans son fol aveuglement à diriger cette croisade protestante. Au milieu des ovations et dés copieuses largesses que lui font les meetings évangétiques ei méltieâistes de l'Angleterre ; il s'en va çrtimf tiep haiïtq[u*îll jtreçu ri^tungile iminé^i^tÇf.
ment de Dieu comme les apôtres, et avec l'Évangile, la mission de régénérer l'Italie à la vraie foi évangélique. La partie cisalpine de l'Italie surtout est le point de mire et l'objet des espérances de ces émissaires de la réforme, parce qu'ils y trouvent un libre champ d'action et des conditions favorables à leurs desseins.
Mais tous ces efforts du protestantisme, de l'apostasie et de l'incrédulité seront ^core une fois impuissants. Plusieurs graves raisons m'en donnent la conviction et m'en inspirent la confiance. J'ai foi à l'esprit religieux et aux dispositions en quelque sorte natives de la généralité des nations italiennes, en qui le catholicisme est devenu comme une seconde vie. J'ai foi dans la piété et la religion sincère de tous les princes auxquels la divine Providence a confié le gouvernement des diverses provinces de l'Italie. J'ai foi dans le clergé séculier et régulier italien, qui , s'il a pu un instant se laisser séduire et jeter hors de la voie par les derniers mouvements révolutionnaires, n'en est pas moins, à pailler en général, fidèle à sa mission. J'ai foi, et très grande foi dans l'union admirable , dans la fermeté apostolique et le zèle pastoral de l'épiscopat italien. Si au XVI* siècle l'Allemagne, le Danemark, la Suède, l'Angleterre, sont restés en proie à l'hérésie et au schisme, d'où cela venait-il , que de la dégradation , de la faiblesse et de l'abjection où étaient
tombés par leur faute les évoques de ces pays en général, qui, au lieu d'opposer conune un rempart d'airain aux entreprises de la réforme, que soutenaient les princes, se furent les ministres des volontés despotiques et impies de leurs monarques? Mais l'Italie au milieu du xix* siècle offre le doux et consolant spectacle d'un corps épiscopal pur et sans tache, tout entier animé d'un même sentiment et d'un même zèle pour les intérêts de Dieu et pour la défense de son Église, uni par un concert merveilleux à la chaire apostolique, mère et maîtresse de toutes les Églises, docile et soumis à la voix de son chef suprême , et prêt à sacrifier tous les biens de ce monde , et la vie même, plutôt que de manquer aux sublimes devoirs du ministère pastoral. Un épiscopat de ce caractère sera toujours une barrière insurmontable à tous les efforts de l'hérésie ; insurmontable, dis-je, parce qu'il est uni à la chaire de Pierre, qu'il écoute la voix de Pierre, toujours vivant et parlant dans le pape son successeur. Et c'est ainsi que Pierre a fait entendre sa voix dans l'immortelle encyclique que le pape Pie IX adressait naguère à l'épiscopat italien , et dans laquelle il signalait avec une haute sagesse les maux religieux de l'Italie, et les dangers dont elle est encore menacée , suggérait les remèdes les plus opportuns, et donnait par ses exhortations une nouvelle force au zèle et à la vigilance des évêques de la Péninsule ; exhortations dont on a vu déjà les fruits
les phis salutaires, ^ particulier par \m tone^eè ptiy* vinciaux dltatie a»seinblé(» pour aJEénnir la foi et prémunir les poiples. Mais à tant et de ^ forts mo<t ifs de conâance , ne doii^je pas ajoitter cehri qui Ida oouronne et les eonsacre tous? Quand \t eid epèt^ de» prodiges m éclatants et si multipUé»^ poar rani^ mer la foi catiiolique dans lé ùÊeût des ItôMens, n^aurait-on pas droit de oonekire que Dieu veut ems&rsfm ritelie escanpte de Terreur? Quasid celle qai, edmtsft le cbante rÉgUse , a exterminé toutes les hérésies dans le monde ratier, ne cesse, par un ineffable prodige, de remuer des yeux pleins de tfiontéet de do»œur en présenœ des foules ravies, accourues de r Italie entière, ce qui a pour effet la ccmver^on des cceurs^ la réforme des mœurs, le retour de la piété, le triomphe de ht foi et la oonfusion des incrédules, n^aurait-on pas toute raison dédire que Marie aimle rilatte d'un amour* maternel et spécial, et qu'eUe kt couvrait de so(tt manteau invuhiéraMe, alors même que SOD peuple s'était reaoMlu moins d^iœ de sanpatrmiage si digne d'envie?
Que ritalie montre dosio à son tour sa gratitade et sa reconnaissance pour ces gages merveilleux et vraiment privilégiés de la protection et de la &veur du ciel. Qtt^élle y fasse reposer la confianoeqa'eUe a d'un meilleur avenir, en ne résistant pas avec folie, mais en se conformant avec fidélité à l'ordre de la Pi^ovideuce, Qu'elle ^e souvieikoe cpxe le pé(^é^ aiévaltt.
rcHracIe infâilliUe de rEsqûJrit^int , rend mathemreux tea peuples âqssi bien que les mdividifô. Et (|ael péché plus grapd que de renier, d'attérer ou d'insutter cette foi divine qui présente tant et de si brillants carac^èr«a de vérité , cette foi scellée du sanç de tant de martyrs» et qui opère tant de prodiges? Qu'elle se souviea»e que c'est aux nations comme aux individus à se pénétrer de cette grande maxime du Sauveur: «Cherchai premièrement le royaume de Dieu» et tout le reste vous sera donné par surcroît » Et le royaume de Dieu» ce sont précisément les biensj suprêmes de l'homme» la foi» la religion» la moralité. Ce sont là les biens que toute nation doit rechercher avant le reste, parce que, en dernière analyse » toute nattion se c^apose d'individus » et qu'elle ne peut sacrifier ou mécoimaîta'e le bien suprême des individus s^ns se donner la mort à elle-même. C'est de la conservation de cette sorte de biens que dépendent naturelleflient l'ordre public eA particulier, le maintien des lois» le respect de tous les droits d' autrui, les rapports de bienveillance entre les citoyens, la confiance mutuelle des rois et des sujets, la paix, to staWlité, la sécurité, véritables fondements de toute prospérité sociale, quelles que soient les formes politiques des gouverft^fïfttsw Car c'est un principe bien faux que de faire dépendre la perfection sociale , la prospérité et la sécurité publiques, d'une forme unique de constitution politi(][ue, tandis (|ue, i^ine les pwWicistes les
moins suspects , tels que Bentham, Ahrens et beaucoup d'autres, ont été forcés d'avouer « que les formes de gouvernement n'ont pas l'importance qu'on leur attribue dans les temps modernes » (1).
Que l'Italie ne se lasse donc pas d'user à son plus grand avantage des biens réels et si excellents qu'elle a reçus avec abondance de la Providence divine, sans se laisser séduire par des utopies éphémères, par un idéal chimérique de perfection sociale, dont la réalisation serait le bouleversement de tous les droits les plus légitimes et ne produirait que des fruits amers pour ceux qui en feraient l'expérience. Dans la beauté de son climat, dans sa situation physique, dans la fertilité de son sol, dans le génie industrieux et vif de ses habitants , dans le nombre et le mérite de ses monuments, dans la culture des sciences, des beauxarts et de toutes les connaissances utiles, l'Italie possède assez de richesses pour n'avoir à en envier à aucune nation , et pour être même , par rapport à quelques-uns de ces avantages, un objet d'envie pour les autres. Qu'elle se porte donc avec l'ardeur et le savoir-faire qui lui sont propres à faire valoir et multiplier les biens que je viens de dire à l'avantage de la fortune publique. Qu'elle s'applique à guérir les plaies douloureuses et profondes que lui ont faites les déplorables événements de ces dernières années et
1) Ahrens, Filosofia del ditittOf p. 655.
qui saignent encore. Qu'elle accepte avec confiance et reconnaissance ces garanties et ces libertés civiles plus ou moins étendues que la sagesse de ses princes a jugé à propos d'accorder dans leurs États respectifs, selon qu'il convenait mieux à la nature de ces États, à leur tranquillité et à leur véritable bien-être. Que tous cetR qui ont vraiment à cœur le bien et la prospérité de l'Italie contribuent, de leurs personnes, de leurs conseils et de leurs exemples, à raffermir l'ordre établi, à relever la confiance des peuples, à faire aimer et respecter l'autorité des magistrats. Mais, pour que tous ces avantages civils prospèrent et s'augmentent, alimentés et protégés par les bénédictions du ciel, que l'Italie soit, avant tout, jalouse du trésor de sa foi, qu'elle soit docile et finalement dévouée à cette Église catholique, l'unique véritable, qui l'a engendrée à Jésus-Christ ; et qu'elle se pénètre davantage d'amour et d'obéissance pour ce centre de l'unité catholique, pour cette chaire de saint Pierre, qui est le fondement inébranlable donné par Dieu à son Église, et qui a toujours été, particulièrement pour l'Italie, un signe de bénédiction et de salut. Ainsi pourra-t-elle justement espérer la félicité à laquelle elle aspire , et atteindre à la grandeur qui fait l'objet de ses efforts.
J'ai cru à propos de mettre en avant ces considérations, pour faire mieux connaître l'esprit, comme le but de l'ouvrage que je présente à l'Italie. C'est à
vrai dire en Angleterre que je l'ai oofiimen<sé, et même terminé. Poussé par la tempête violente , qui atteignit subitement et dissémina dans les villes d'Italie.mon humble société, à chercher ailleurs un abri^ je trouvai en Angleterre, parmi mee frères de ï)rofesrsion, une douce et bienveillante hospitalité, et je pus sur un sol étranger continuer à vivre jésuite, faculté qui m'était refusée sur le sol catholique de ma patrie. Du repos de ma retraite , je voyais avec douleur les maux auxquels l'Italie était en proie, les périls que courait sa foi^ les pièges qu'on lui tendait, les efforts et les menées du protestantisme unii^sant ses forces à celles de l'incrédulité, les dévastations et les ruines qui s'accumulaient de jour en jour. Désireux de porter secours, selon mes forces, au moins par quelque écrit, à mes concitoyens, je formai le dessein d'un ouvrage qui leur démontrât de la manière la phw simple, la plus solide, la plus évidente, la plus in^ futable, la fausseté intrinsèque, l'absiirdité^ k nullité enfm du protestantisme.
Sans doute que ce système d'erreur est attaquabte de cent manières, et par autant d'endroits tpi'il offre d'inconséquences, ou qu'il y a de dogmes chrétiens qu'il nie, ou qu'il falsifie ^ ou qu'il dénature, et que tous ces moyens reviennent toujours à la même démonstration. Mais la voie qu'on suivrait ainsi est longue et embarrassée : y avoir recours, ce serait faire comme celui qui couperait, l'une après l'autre, les
bfftndiê& (Tuû atbre au lieu de l'abattre d'un seul coup pôr *e pied, oomme c'est, en effet, ce (jue f ai voulu faire. Tout système philosophique ou religieux a un pfîfiicîpè fendamental, vital, qui Finfbrme, le soutient, te pénètre dans toutes ses parties.
Sfiiritvs infûs ality totamqne infusa pet urtus Mens agitât molem.
C'est de ce priîit^ipe qui Tattime que dépend^ à proprement parlai le feyatêtne entier t si ce principe repose sur l'eîtèur, s*il est illogique, tout le système croule avec lui et toiftbe renversé. Or, dans le système protestant, comme dans le système catholique, quel est ce principe fondamental , vital, dominant, sinon leur règle de foi respective ? A-ce principe donc doit se ramener toute la lutte élevée entre le protestantisme et le cathdicisiâe ; c'^dt sur ce champ de ba^ taille que doit se dédder la grande querelle. Tel est aussi le dessein oomme la tâche particulière du présent ouvragOi
•T examine la règte de foi prote^nte sur tous les points où elle pourrait chercher un appui, en la rmU tant en regard ateo l'Écriture sîaiinte, avec l'antiquité et la tradition ecclésiastique, avec l'histoire deé feferéàies, avec la théologie chrétienne, avec la polé* mique , avec la morale , avec le sens commun , et je démontre qu'à tous ces divers points de vue, elle est illogique, impuissante, (\meste, antichrétienne. J'ap-
pellerai Polémique négative cette première partie, qui a pour principal objet de déblayer en quelque sorte le terrain de la discussion.
Mais, pour mieux convaincre l'erreur par sa confrontation avec la vérité, je me mets ensuite à examiner la règle de foi catholique sous les mêmes rapports bibliques, traditionnels ^ théologiques, rationnels, moraux , polémiques enfin ; et je démontre qu'elle remplit, sous tous ces rapports, sa fonction de règle de foi, qu'elle seule répond à toutes les exigences de la foi et de la raison , qu'elle seule a été donnée de Dieu pour fondement au christianisme, pour salut au genre humain. C'est pourquoi je donnerai à cette seconde partie, dont le but est d'élever notre édifice, le nom de Polémique positive.
Enfin, pour mettre le sceau et comme le couronnement à ces considérations qui forment les deux premières parties de l'ouvrage, j'en ajoute une troisième toute de faits, que j'appellerai la partie historique, morale, et dont je demanderai les matériaux au protestantisme lui-même , en m' appliquant à bien faire connaître quel a été le caractère moral des hommes qui ont introduit cette prétendue règle de foi, comme de ceux qui ont été les premiers à la suivre et à la propager ; quels moyens ils ont employés pour l'établir et l'imposer aux peuples, et quels sont les fruits qu'ils en ont recueillis ; quelle est la moralité de ceux qui abandonnent la foi catholique pour embrasser la
règle de foi protestante, et, réciproquement, quelle est la moralité de ceux qui renoncent à Terreur protestante pour suivre la règle de foi catholique ; quel est l'état actuel du protestantisme en conséquence de sa règle de foi, malgré toutes les circonstances qui en, ont favorisé le développement , et , réciproquement, quel est F état actuel du catholicisme en vertu de sa règle de foi , malgré tous les obstacles que lui ont suscités ses adversaires, malgré tous les assauts qu'ils lui ont livrés. Enfin , je mets en parallèle , d'un côté, l'état de perplexité, d'incertitude et d'angoisses de conscience que la règle de foi protestante doit produire en ceux qui la Suivent pendant leur vie et surtout au moment de leur mort ; et , de l'autre , l'état de parfait repos, de sécurité et de confiance que la règle de foi catholique 'procure à ses adhérents, tant dans le cours de leur vie qu'à la dernière heure de leur pèlerinage.
Voilà, en peu de mots, tout le dessein de cet ouvrage. Mon intention n'est pas d'écrire pour les rationalistes purs, pour les incrédules ou les athées pratiques. Avec des gens de ce caractère , toute discussion est inutile ; peu importe à leurs yeux quelle est la vraie religion, quelle est la foi qu'on doit professer pour atteindre la fin si désirable à laquelle Dieu nous a destinés. Privés de tout principe fixe de vérité et de morale religieuse, ou, pour mieux dire, opposant une résistance obstinée au cri de leur conscience, à toutes
^^ 50 les lumières de la grâce et même de la droite raison, esclaves d'intérêts matériels et de plaisirs brutaux, idolâtres d'eux-mêmes enfin , ils représentent trop bien ceux dont T Esprit-Saint nous a laissé la description dans répître de l'apôtre saint Jude : « Hommes. . • impies, qui changent la grâce de notre Dieu en une licence efirénée et qui renoncent à Jésus-Christ, notre unique maître, notre Dieu et notre Seigneur,... qui souillent la chair par leur corruption, méprisent toute domination et maudissent ceux qui sont élevés en dignité.... condamnent avec exécration tout c^ qu'ils ignorent, se corrompent en tout ce qu'ils connaissent naturellement comme les bêtes irraisonnables. Malheur sur eux , parce qu'ils suivent la voie de Caïn, et qu'étant trompés comme Balaam et emportés par le désir du gain , ils s'abandonnent au dérèglement, et qu'imitant la rébellion de Coré, ils périront comme lui. Ces hommes-là sont le déshonneur des festin3 de la charité , lorsqu'ils y mangent sans aucune retenue ; ils n'ont soin que de se nourrir eux-mêmes ; ce sont des nuées sans eau que le vent emporte çà et là ; ce sont des arbres qui ne fleurissent qu'en automne, des arbres stériles, doublement morts et dé^ racines; ce sont des vagues furieuses de la mer d'où sortent, comme une écume sale, leurs infamies ; ce sont des étoiles errantes auxquelles une tempête noire et ténébreuse est réservée pour l'éternité. » Je dirai d'eux avec le Dante , mais pé-
nétré de douleur et déplorant de cœur leur aveuglement :
iH lor fK>fi ti mraTt ma ^uarda e pma*
récris pour les catholiques qui ont besoin d^être raflFerraîs dans leur foi , et prémunis contre les pièges de Terreur; pour ceux aussi d'entre eux qui, sans avoir le même besoin que les premiers, désirent mieux apprécier tout le prix de la vérité catholique , et jouir davantage de son triomphe ; enfin, pour les protestants eux-mêmes qui , quoique séparés de la vraie Église, professent cependant une religion, quelle qu'elle soit d'ailleurs , de dénomination chrétienne , et, adhérant au christianisme historique, positif, révélé, sont convaincus de sa nécessité pour le bien de la société humaine. Pour ces derniers , l'ouvrage que nous entreprenons est d'une importance vitale. Obligés qu'ils sont par le caractère même des principes quMls professent d'examinerjsérieusement quelle est la vraie doctrine chrétienne , quelle est la vraie Église établie par Jésus-Christ, ils trouveront dans la question fondamentale que nous débattons ici le moyen clair, facile et expéditif de rentrer sûrement dans la voie de la vérité. * "
Du reste, la question qui fait Tobjetde cet ouvrage, je veux dire la règle de foi protestante comparée avec la règle catholique , a déjà été traitée et développée avec habileté par des écrivains catholiques de
marque, et nous n'avons pas la prétention de dire des choses nouvelles. Pour ne rien dire des célèbres controversistes plus anciens, comme Bellarmin, Du Perron, Stapleton, les frères de Wallembourg, qui ont composé sur ce sujet des ouvrages considérables, les temps plus rapprochés de nous ont vu paraître sur cette même matière plusieurs excellents traités qui méritent une mention spéciale. Tel est l'ouvrage intitulé la Fin d'tine controverse religieuse^ composé par l'illustre Milner, qui a si bien naérité de la cause catholique en Angleterre , et dont la première partie roule tout entière sur les règles de foi catholique et protestante. Telles sont les Conférences, qu'on ne recommandera jamais assez, de l'illustre et savant cardinal Wiseman sur les principales doctrines de l'Église catholique , et dont les huit premières sont tout entières consacrées à ce même sujet, qu'elles traitent avec cette force de raisonnement, cette vigueur de style, cette solidité de preuves, cette profondeur d'érudition, qui caractérisent tous les. ouvrages de cet éminent écrivain. Tel est aussi le précieux ouvrage de Mgr Malou, ce docte professeur de Louvain, devenu évêque de Bruges, ouvrage qui, sous le titre: De la Lecture de ia Bible en langue vulgaire ^ embrasse véritablement la discussion exacte, et détaillée de la règle protestante. Tous ces monuments littéraires, dont la polémique moderne contre le protestantisme nous a enrichis.
nous ont été d'un grand secours pour notre propre travail, aussi bien que d'autres publications historiques et polémiques, telles que les Vies de Luther, de Calvin et de Henri VIII^ par Audin , les derniers et si importants écrits du savant professeur Dœllinger sur la réforme, les ouvrages du P. Newman, la gloire et le soutien de l'Église catholique en Angleterre, et d'autres encore que nous pourrions nommer. Nous nous sommes du reste appliqué, pour atteindre notre but, à être clair, méthodique, populaire même autant que nous le permettait ce sujet. Dieu veuille dans sa miséricorde répandre sa bénédiction sur notre travail ; car s'il ne lui donne sa grâce, et par elle la vie et l'accroissement, c'est vainement que l'homme cherche à planter et qu'il arrose le terrain de ses sueurs.