‹ Le protestantisme et la règle de foi, trChapitre 10 sur 30 · P'. — DE LA NATURE DE LA FOI · texte numérisé non relu

P'. — DE LA NATURE DE LA FOI

Avantages de la foi. — Ses e£fets merveilleux. — Sa définition. — Analyse de cette définition. — Objet de la foi. — Assentiment, et qualités qu*il doit avoir.

La foi surnaturelle et divine, dont Notre-Seigneur Jésus-Christ est Fauteur et le consommateur, est le don le plus sublime et le plus précieux que Dieu ait fait à l'homme. Par elle, l'homme est élevé au-dessus de sa nature ; il pénètre le ciel, atteint, comme s'il les avait présentes à ses sens, les choses divines, et adhère fermement à l'étemelle et immuable vérité. Dans elle consistent le fondement de la vie chrétienne, le principe et la racine de la justification et du salut, l'ancre ou le soutien de l'espérance, et elle ne peut être une foi vive et féconde sans avoir pour compagne inséparable la charité, qui en forme comme Tâme et la vie. C'est par cette foi que le chrétien, se surpassant lui-même, voit d'un œil indifférent les choses passagères et périssables, méprise les attraits séducteurs que le monde

lui présente d'accord avec les passions pour le détourner de ses immortelles destinées , devient courageux et fort contre toutes les traverses et les calamités de la vie, et, saluant son étemelle patrie qu'il contemple quoique de loin, est rempli de joie au milieu même de ses travaux les plus pénibles. Sur cette foi, enfin , repose ce royaume immuable , ce trésor de grâce dont parle saint Paul écrivant aux Hébreux (1) , en même temps qu'elle nous donne le moyen déplaire à Dieu (2) en le servant avec crainte et révérence, et ^'atteindre notre fin^ qui est la sanctification de nos âmes (3).

Mais aussi, c'est cette foi qui a toujours inspiré aux chrétiens, dans le cœur desquels ellea jeté de profondes racines, des sentiments héroïques de bienfaisance et de générosité ; qui en a fait d'actifs instruments de toute espèce d'oeuvres pieuses et charitables pour le bien de la famille humaine, et des sources de bénédiction et de salut pour la société civile elle-même. C'est elle qui a fait les Saints ; qui , pour le bien des mortels , leur a fait opérer des miracles et prédire l'avenir, en leur communiquant, en quelque façon, la toute-puissance et la sagesse même de Dieu , et en les constituant arbitres de la nature et des siècles. C'est elle qui les a tirés si souvent de leurs asiles pour les envoyer,

(1) Hebr., xii, 28.

(2) /ôîrf., XI,6.

(3) IPetr.,1,9.

à travers les épées nues, prêcher la paix et la concorde aux armées en bataille ; qui leur a donné le courage d'affronter la férocité d'un barbare conquérait pour sauver les cités menacées de leur destruction ; qui les a conduits dans des terres lointaines et inhospitalières pour s'y faire, non-seulement des apôtres de l'Évangile, mai^ encore des hérauts de la civilisation auprès de peuples sauvages et de hordes barbares. Il est vrai que tous ces prodiges de foi étaient en même temps des prodiges de charité; mais cette charité elle-même, d'où recevait-elle sa vie, son aliment, sa flamme toujours vive, sinon de la foi inébranlable qui dominait ces âmes magnanimes ?

Or, ce précieux don du Ciel, cette vertu surhumaine, qu' est-elle à proprement parler? Les théologiens en distinguent de deux sortes : la foi habituelle^ qui est une habitude surnaturelle, divinement infuse dans l'âme, et par laquelle on se trouve disposé à admettre et à croire les vérités révélées de Dieu ; et la foi actuelle^ qui est proprement celle qu'on définit : Un ferme assentiment de l'entendement commandé par la volonté^ que donne ^ par un acte surnaturel^ aux vérités révélées de Dieu, t homme prévenu et excité par la grâce. Cette définition est admise unanimement par tous les théologiens catholiques ; et les protestants eux-mêmes , ceux du moins qui tiennent encore aux principes fondamentaux du christianisme, ne peuvent la récuser.

Et comme c'est sur cette foi actuelle que roule toute la question que nous traitons ici, il est nécessaire d'en soumettre la définition à une exacte analyse.

Dieu ne s'est pas contenté de se révéler lui-même avec ses infinies perfections dans le livre de la nature ou dans l'esprit et dans le cœur de l'homme ; à cette première manifestation, qu'on appellera si Ton veut révélation naturelle, il a plu à sa bonté comme à sa sagesse d'en ajouter une autre d'un ordre supérieur, une révélation extérieure, solennelle, positive, surilaturelle enfin, qui, née, pour ainsi dire, avec l'homme placé dans le paradis terrestre en état de sainteté et de justice, a reçu son entier développement de Jésus- Christ, Notre-Seigneur, et de ses premiers envoyés. Des motifs sans nombre de crédibilité, revêtus de tout l'éclat de l'évidence ^ et dont traitent au long nos apologistes, doivent persuader à tout esprit docile l'existence et la vérité de cette révélation qui fait le fondement du christianisme, et obtenir de la raison de chacun l'hommage d'nne adhésion sincère et publique.

Cette révélation donc forme l'objet de la foi chrétienne dont nous avons à parler, objet très déterminé en lui-môme, et non pas seulement dans son genre^ mais dans son espèce et dans son individualité, puisqu'on doit croire comme révélé de Dieu tel dogme, et non tel autre dogme, de telle manière, et non de telle autre manière. Ceci est dans là nature mômé

— »9 — d'une ret^ioo positive et révélée comme la nôtre, qui est dogmatique au plus haut degré, comme étant la manifestation immédiate que Dieu lui-même a faite à rhomme par des voies extraordinaires et surnaturelles de ce qu'on doit croire et pratiquer pour obtenir le salut II est clair, d'ailleurs, que cet objet embrasse individuellement toutes les vérités que Dieu a ainsi révélées ; on ne peut pas faire d'exception ou de distinction pour l'une ou pour l'autre; on ne peut pas accepter et croire l'une, et en même temps révoquer en doute ou répudier l'autre, attendu que la vérité est todivisible. Il est vrai que tout le monde n'est pas également obligé de croire explicitement toutes les vérités révélées : pour beaucoup de ces vérités, il suffit en général de la foi implicite. Mais cette foi implicite elle-même contient un honunage de l'entendement et de la volonté atout l'ensemble des dogmes révélés sans exception ni réserve, avec la disposition déterndnée de l'âme à croire, même explicitement, ce qui viendra à être certainement connu comme expressément révélé, et qu'on croit d'avance d'une foi implicite, comme étant renfermé dans quelque autre v&ité révélée qu'on admet déjà, et qui en est le germe.

Yoflà ce T|ue nous avions à dire de Yebjet de la foi : il convient maintenant d'examiner la nature de Vas- $entimeiiU qui lui est dÛ4

1* Cet assen&nent doit étrd raisonnable et prudent ; car un hommage aveugle et irréfléchi ne serait pas

digne de Dieu, ne l'honorerait pas, et ne serait pas non plus digne de l'homme, conmie ne répondant pas à la dignité d'un être intelligent et raisonnable. Par conséquent, l'homme ne doit point donner cet assentiment, qu'il ne connaisse avec certitude quelles sont les vérités que Dieu lui propose de croire. Sans cette connaissance certaine, l'homme pourrait tomber facilement dans l'un ou l'autre de ces deux excès : ou de croire comme vérités révélées de Dieu une pure invention humaine, ou de rejeter, au contraire, comme une invention humaine, ce qui serait une révélation divine : deux erreurs aussi graves l'une que l'autre, et qui, en corrompant la vérité révélée, aboutiraient également au scepticisme en matière de foi.

2* Cet assentiment doit être ferme et inébranlable, et avoir pour cause non une cause purement spéculative, mais une détermination pleinement arrêtée de la volonté ; en sorte qu'on douterait plutôt de toute autre vérité naturelle , et môme de sa propre existence , que de ce qu'on admet ainsi d'une foi surnaturelle comme parole révélée de Dieu, qui est la Vérité suprême et immuable. Par conséquent cet assentiment ne peut souffrir de changement, sans que la foi en soit anéantie. Par conséquent le fidèle doit être prêt à tout souffrir, à tout perdre, liberté, honneur, richesses, santé, et même sa propre vie, plutôt que de se laisser ébranler dans sa foi. Ainsi, quand même un ange, comme le dit l'Apôtre, viendrait du

ciel annoncer une foi différente , le chrétien fidèle devrait sans hésiter lui dire anathème (1). Telle est la nature de la foi, conrnie elle nous est dépeinte dans tant d'endroits différents des saintes Écritures. S* Cet assentiment est obligatoire pour tous ceux à qui a été suiBsamment promulguée la vérité révélée de Dieu , et cela sous peine d'une éternelle damnation. Celui qui ne croira pas sera condamné (2) ; Celui qui ne croit pas est déjà jugé {^). Ainsi parlent les divins oracles contenus dans les livres saints.

S II. — DU MOYBN OU DU CRITEJUUM A l'AIDE DUQUEL ON PEUT GOMVAITRE AVEC TOUTE CERTITUDE LES VÉRITÉS RÉVÉLÉES DE DIEU.

Théorème fondamental. — Dieu a donné un moyen certain et sûr pour connaître ses vérités révélées. — Cela se confirme par la nature même de ces vérités, par Texpérience, par les oracles divins. — Ce moyen est la Règle de foi. — Une règle de foi est admise par toutes les conmiunions chrétiennes.

Ces principes une fois posés, j'établis ce théorème fondamental : « Qu'il doit y avoir un moyen, un « critérium certain et sûr que Dieu ait donné à « l'homme pour connaître avec certitude et sansdan- « ger d'erreur ce qu'on doit croire pour être sauvé. »

(1) Galat. i,8«

^ Ça^ I JoAN. m, 18.

^151 Marc, ult , 16.

-. 6Î — Je prends la preuve de cette proposition premièrement dans l'ordre de la divine Providence. Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes, et par là même il veut qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité (1). Il n'est donc pas possible qu'il ne nous ait pas pourvus des moyens nécessaires pour atteindre cette fin. Mais le premier de ces moyens , et le plus fondamental de tous, est la foi surnaturelle et divine à la vérité révélée , puisque sans cette foi il est impossible de plaire à Dieu (2) ; et cette foi d'ailleurs ne peut s'obtenir sans la connaissance certaine des vérités à croire. Donc la divine Providence ne peut pas ne pas avoir donné à l'homme un moyen, un critérium certain et sûr pour discerner ce que Dieu a révélé de ce qu'il n'a pas révélé, ce que la foi doit admettre de ce qu'elle doit rejeter. Autrement Dieu n'aurait pas pourvu l'homme des moyens nécessaires dans l'ordre de sa providence pour obtenir le salut. Et comment croire en effet qu'un Dieu infiniment sage et infiniment juste exige de l'homme une foi non-seulement intérieure , mais ferme et constante, sous peine d'une éternelle damnation, et qu'il n'ait pas rendu sa vérité révélée, qui fait l'objet de cette foi, facile à reconnaître par des moyens sûrs et infaillibles? Ce Dieu qui agit avec tant de pré-

(1) I Tira. II, 4.

(2) Hebr. xi , 6.

voyance et de sagesse dans le gouvernement du monde physique , en réglant par des lois aussi simples qu'elles sont générales, aussi constantes qu'elles sont belles, I0 mouvement des astres , la succession des jours et des nuits, la vicissitude des saisons, la reproduction des plantes, la propagation et la conservation des espèces, n'aura pas pourvu, par un moyen proportionné, sûr et constant, à la manifestation certaine et à la conservation de sa vérité révélée , dans cet ordre surnaturel auquel se subordonne et se rapporte Tordre même tout entier de la nature? Le penser, ce serait lui faire outrage. Et ici vient à propos le raisonnement de saint Augustin : « Si la Providence ne préside pas aux choses humaines, il n'y a point à s'occuper de religion. Mais s'il est vrai qu'elle y préside (comme cela est en effet, et comme le saint docteur le prouve avec étendue dans ce même livre), on doit croire avec assurance que Dieu a établi quelque moye]j puissant qui nous serve de degré pour nous élever jusqu'à lui » (1).

Notre proposition se trouve de plus confirmée par

(1) Si enim Dei providentia non prsesidet rébus humanis, nihil est de religione satagendum. Sin vero et species rerum

omnium et interior nescio quœ conscientia Deum quœren-

à\xm, Deoque serviendum meliores quoque animes quasi publiée privatimque hortatur , non est desperandum ab eodem ipso Deo auctoritatem aliquam constitutam , quo velut gradu certo innitentes , attollamur in Deura. De utilitate credendi, XVI, 34.

la nature même des vérités proposées à notre foi. En effet la raison humaine, déjà si faible, si infirme par elle-même, n'a plus de proportion avec les vérités d'un ordre supérieur, telles que sont les vérités proprement dites surnaturelles, et qui doivent précisément former l'objet de notre foi. La foi est définie par l'Apôtre : £/>ie pleine conviction des choses qu'on ne voit point (1), c'est-à-dire des choses cachées et inaccessibles à l'entendement humain, tant que celui-ci n'est pas éclairé d'une lumière surnaturelle et aidé d'un guide sûr pour les découvrir. Que si dans les choses mêmes qui ne sortent pas de l'ordre naturel, qui ne s'élèvent pas au-dessus de la portée de nos moyens naturels de connaître , nous prenons si souvent le change sans pouvoir ensuite , à moins de beaucoup de peine, reconnaître notre illusion , à quoi ne serions-nous pas exposés dans l'ordre surnaturel, où nos sens ni même notre raison ne sauraient atteindre, si nous n'avions ce guide sût et fidèle dont nous parlons ici, et que Dieu lui-même nous a donné? Assurément les vérités naturelles, psychologiques, ontologiques, morales, sont l'objet de la science humaine, et comme le patrimoine de notre raison ; et nous voyons néanmoins qu'après tant de siècles , après tant de disputes , après tant de recherches entreprises par les plus grands génies, après tant d'é-

(1) Hebr.,n, 1.

tudes et de raisonnements, les théories succèdent aux théories, les hypothèses aux hypothèses, les systèmes aux systèmes, et que le dernier venu ne manque jamais d'accuser ses devanciers d'erreur et de fausseté. Les vérités mêmes qui ont l'éclat de l'évidence pour une raison droite , soit qu'elles soient évidentes par elles-mêmes, ou qu'elles soient établies par des raisonnements invincibles, comme l'existence et les attributs de Dieu, la création de la matière, la spiritualité et l'immortalité de l'âme humaine, l'existence et l'autorité de la loi morale , combien peu ont-elles jeté de lumière dans l'esprit même des grands philosophes de l'antiquité î Combien n'ont-elles pas été travesties et dénaturées ! Et depuis même que la lumière du christianisme les a environnées d'un si grand éclat, combien d'esprits superbes les ont, ou révoquées en doute, ou insolemment répudiées ! Que deviendraient donc les vérités surnaturelles de la foi, s'il n'existait un critérium certain pour les discerner d'avec l'erreur? Nous serions alors comme ceux qui naviguent par une nuit obscure sur une mer orageuse, sans avoir même de boussole pour les guider dans leur course. Découragement, incertitude, doute ou indifférence, tel serait notre sort en ce qui touche nos plus graves intérêts, comme l'est la foi, sans laquelle nous ne pouvons être sauvés. Non , jamais Dieu n'a pu avoir la volonté de nous laisser dans une si triste condition, après nous avoir accordé rinesr-

timable faveur d'une [révélation immédiate et positive*

Mais pourquoi nous renfermer dans des abstractions quand les faits mêmes s'expliquent avec évidence? Qu'on parcoure l'histoire de la société chrétienne de tous les temps et de tous les lieUx , qu'on déroule les annales du christianisme, et l'on verra combien d'opinions disparates et même contradictoires se sont élevées en divers temps sur tous les dogmes qui entrent dans le dépôt de la croyance chrétienne. Qu'on jette seulement un regard sur les pays d'Europe, d'Asie, d'Amérique, et l'on y rencontrera, parmi ceux qui professent le christianisme, des sectes sans nombre opposées les unes aux autres sur tous les dogmes religieux. Qu'on suppose mainte*^ fiant qu'il n'y a aucun moyen sûr de démêler la vérité de l'erreur, aucun critérium infaillible que Dieu nous ait laissé pour reconhaître les vérités révélées, il faudra en conclure que lé christianisme n'est qu'un grand problème dont on ne pourrait, sails un excèd d'orgueil ou de folie, prétendre donner la solution. Et on voudrait croire que Dieu n'aurait pas eu plus de soin de sa religion qui est le chef-d'œuvre de ââ feàgcfsse, de sa puissance et de sa bonté infinie, et m vtie de laquelle la Sagesse même incréée, l'étemel Fila de Dieu, est venu prendre la forme humaine et con*^ verser parmi nous! Aurait-il jamais voulu prêcher et établir une religion problématique par rapport à son

Objet méme^ que ses adhérente ne pourraient jamais âavoir ftveo certitude? Non^ certes t cette pensée est trop incompatible âvec l'idée d'un Dieu^ d'une rêvé-» lation divine, d'une foi divine, et posée comme conditioti indiêpensôble du salut éterliel de Thomme. Et c'est ici le cas d'appliquer le dilemme de saint Au-^ gustin, ou que Dieu n'exerce aucune providence sUi* les choses d*icî-bas, ce qui est impîë et absurde tîiême à penser, ou qu'il nous a donné un moyen sHt et plein d'autorité pour connaître ce que nous devons croire comme révélé de Dieu lui-même, et parvenir par cette voie au salut étemel.

Si nous voulons écouter les oraôles divins euxrilêmes, tous nous annoncent l'existence de cette vole et en même temps sa sûreté pour l'homme. Qu'il iîOUs suffise, entre les autres, du passage suivant tiré dû prophète Isaïe, et qui se rapporte manifestement âu bonheur de ceujc qui croiraient au Messie futur : 8 11 y aura là un sentier et une voie qui sera appelée là Vdîe éainte; celui qui est impur n'y passera point : et ce ôera pour vous une voie droite, en sorte que les ignorants y marcheront sans s'égarer » (1). Jésus- Christ lui-même déclare qu'il est la voie, la véiité, là Vte, ia tutnière enfin ; que sa doctrine est toute lumière et toute Vérité; que celui qui la suit ne peut matvher daûS les ténèbrefi, mais qu'// aura la tu-

(5) Isaï. XXXV, 8.

-> 68 — mière de la vie (2) ; expressions qui toutes supposent et déclarent qu'il y a une voie lumineuse, droite et infaillible dans la religion du Christ, et par laquelle quiconque le voudra pourra connaître sûrement la vérité révélée de Dieu, qui doit être l'objet de sa ferme croyance.

Or cette voie, ce divin critérium, dont l'existence, après ce qui vient d'être dit, ne peut être mise en doute , est ce que les théologiens et les controversistes ont coutume d'appeler la règle de foi. Sous ce nom de règle de foi, l'antiquité chrétienne entendait le symbole même où étaient recueillis les articles proposés à croire explicitement à tous les fidèles, et qui servait par conséquent de formule de profession chrétienne ; et c'est prise dans ce sens que cette expression se trouve dans saint Irénée, dans TertuUien et d'autres Pères des premiers siècles. Mais, dans la suite des temps , elle a été employée dans un sens plus scientifique, ou plus philosophique, si l'on veut, pour signifier le principe suprême d'où part la connaissance de la vérité révélée, ou le critérium régulateur de la foi, destiné à servir comme de pierre de touche pour discerner les vérités révélées, et le sens dans lequel elles doivent être entendues pour former l'objet nécessaire de la croyance. Sous un

(5) Jo. VIII, 12,

autre point de vue, cette règle de foi fait l'office d'un tribunal suprême.

Toutes les communions chrétiennes , sans en excepter les sectes protestantes, admettent une règle de foi prise dans ce dernier sens. Quoique divisées entre elles par rapport aux choses à croire, quoique en dissentiment par rapport au principe sur lequel cette rè^/e doit reposer, toutes s'accordent pourtant à poser un principe suprême, quel qu'il soit d'ailleurs, comme règle invariable de ce que chacun doit tenir pour révélé de Dieu et pour objet de foi di^ vine. Toutes en reconnaissent l'existence comme la nécessité, et c'est d'après cette règle qu'elles rédigent leurs livres symboliques et leurs professions de foi, à moins donc qu'elles ne soient du nombre de celles qui rejettent tout symbole, et jusqu'à l'inspiration des livres saints, et qui mettent de côté tout l'ordre surnaturel, comme le font les rationalistes purs et les naturalistes, dont nous n'avons pas à nous occuper. Tenons donc pour démontré que l'existence ainsi que la nécessité d'une règle de foi qui nous vienne de de Dieu est un dogme admis d'un commun accord par les catholiques et les protestants ; et que ce théorème soit la base et le fondement incontesté de tout ce que nous aurons à dire dans cet ouvrage. Un corollaire évident qui se déduit nécessairement de ce principe, c'est que cette règle de foi étant une fois déterminée et reconnue comme venant de Dieu,

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