‹ Le Protestantisme libéralChapitre 13 sur 21 · D ET · texte numérisé non relu

D ET

La religion du Christ n’est pas pour lui une révélation close une fois pour toutes, une règle promulguée par Jésus et qui dès lors s'impose du dehors, immuable et dès le premier jour achevée dans toutes ses parties. Elle est un germe qui doit sans cesse produire de nouveaux fruits, une plante qui doit grandir et pousser constamment de nouveaux rameaux, une force spirituelle qui doit, d'âge en âge et de génération en génération, être appliquée dans de nouvelles conditions, afin de réaliser toujours plus les effets salutaires qu’elle comporte. La religion, pour les protestants libéraux, «est et doit être le progrès perpétuel de la vie spirituelle.

Et pour la propager, ils ne comptent pas sur l'autorité de la tradition ou des institutions établies, pas plus que sur celle des démonstrations philosophiques. L'autorité extérieure, pas plus celle d’un livre que celle d’une église, pas plus celle d’une majorité ecclésiastique que celle d'un pape, n’a à leurs yeux aucune valeur morale ou religieuse. Pour propager ces principes de vie spirituelle qui constituent, à leurs yeux, l'élément permanent du christianisme, ils comptent uniquement sur leur beauté, sur leur incomparable grandeur morale et sur l'adhésion

des hommes, parce qu’il n’y a de convictions

qu'elle doit arracher au cœur et à la conscience

morales véritables que par la libre acceptation

théisme spiritualiste. Il fait appel à l’expérience

de la vérité.

Le protestantisme libéral — je tiens à insister sur ce point en terminant — ne fonde la religion que sur l'expérience religieuse, non sur des argumentations théologiques ou philosophiques. Il n’est pas une philosophie; il compte parmi ses adhérents des hommes qui professent des opinions philosophiques ou des convictions théologiques très différentes, depuis ceux qui conservent de nombreuses doctrines tradition-

nelles jusqu’à ceux qui professent un pan-

religieuse de l'humanité dans le passé, sans doute, parce que les leçons du passé sont tou-

jours bonnes à enregistrer. Bien téméraire serait À !

celui qui prétendrait ne tenir aucun compte de ce que l'humanité a pensé et éprouvé avant

à nous. Mais enfin l'humanité a pensé et éprouvé bien des choses différentes. Aussi est-ce essen- tiellement à l'expérience actuelle et présente

qu'il fait appel.

__ En présentant aux hommes de notre temps,

dans nos sociétés d’une civilisation avancée,

l'Évangile tout religieux et moral tel que nous venons de le caractériser, cet Évangile qui se résume en amour pour Dieu et en amour pour le prochain, il n’a d’autre appel à leur adresser que celui-ci : « Faites-en l'expérience, allez à la source, venez auprès de ceux de vos frères en humanité qui se sont pénétrés de cet évangileet qui ont fait leurs efforts pour le réaliser dans leur vie; apprenez à connaître auprès d'eux quelle force morale, quelle puissance spirituelle cette pénétration par l’amour de Dieu et des hommes frères leur a données. Ce n'est pasune simple reconnaissance théorique de faits-en eux-mêmes incontestables qu'il vous faut. C'est une adhésion complète de votre âme entière. A votre tour essayez d’aimer Dieu, d’avoir confiance dans ia puissance souveraine qui régit cet univers où vous n'êtes qu'un imperceptible atôme, — entraîné dans le torrent infini de ‘la vie générale comme l’un des globules infiniment petits de notre sang est entrainé dans la cireulation de notre organisme humain ; prenez conscience de la parenté de votre esprit avec l'esprit qui se manifeste partout en nous et“autour de nous, partout où règnent l’ordreet laloi, et apprenez à sentir comme une réalité vivante que vous procédez de cet esprit universel auquel

Lan à

vous vous rattachez par toutes les fibres de votre être. Apprenez à ressentir combien il y a de force, de consolation et d'espérance dans cetteconfiance en Dieu, dans cette foi qui, suivant l'expérience de tous les grands chrétiens du passé, est le principe du salut. Assurez-vous, par votre propre expérience, combien il y a de bonheur dans la communion morale avec ce Dieu, dans le renoncement à notre égoïsme, la repentance de nos misères, et le don de nous-mêmes à la justice, à la vérité morale, à tout ce qui est beau, d’une beauté pure, à tout ce qui est noble et généreux. Apprenez par votre propre expérience, tout ce qu'il y a de relèvement, de consolation, de douceur, et aussi d'énergie pour la lutte et de puissance pour l’accomplissement du devoir, dans le recueillement, dans la prière, non pas dans cette prière magique et à proprement parler impie, qui prétend modifier la volonté du Tout- Puissant pour la conformer à nos désirs ou à nos besoins individuels, mais dans la prière vraiment chrétienne, par laquelle la créature humaine s'associe à la volonté du Père Céleste, sur la terre comme au ciel, et goûte ainsi les plus saintes, les plus pures et aussi les plus vivifiantes joies de la vie spirituelle.

Apprenezencore combien l'amour est la source

4 par excellence de toutes les meilleures émotions 4 que nous puissions éprouver ici-bas, comment dans nos tristesses, dans nos deuils comme dans nos heures de bénédiction, l'amour, la

' consécration de nous-mêmes aux autres, aux #4 bien-aimés, à nos frères en humanité, est le “4 bienfait mille fois béni qui embellit et ennoblit sans cesse notre existence. Apprenez cequ'il ya de joie sainte à travailler, non dans son intérêt # égoïste, mais pour le bien des autres, pour ceux 4 qui nous entourent, pour la famille, pour la cà patrie, pour l'humanité, à pratiquer la justice et AT à la répandre autour de nous. Apprenez tout … ‘4 cela, non dans les livres des moralistes ou sur J È 0 les lèvres des prédicateurs, mais par votre propre ‘@ expérience, dans votre propre cœur, dans votre à d propre conscience. Alors vous serez chrétienset … il n’y a pas d’autre voie pour vous conduire au

«5 christianisme en esprit et en vérité. » 47 1% Le protestantisme libéral croit à la puissance | 3 4 de l'Évangile, de l'Évangile saisi dans son

formes doctrinales ou ecclésiastiques me .

raires qu'il a revêtues au cours de son histoire déjà longue, ou qu’il revêt encore aujourd'hui.

Il protesse cet Évangile au nom de l'expérience qu'il en a faite. L'Évangile est pour lui Lumière

et Vie, et il croit que la Lumière doit éclairer quiconque n’a pas les yeux obscurcis et que la Vie doit ranimer et réchauffer quiconque lui ouvre son sein.

Le protestantisme libéral fondé sur l'expérience morale

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