‹ Le Protestantisme libéralChapitre 14 sur 21 · DU CHRIST · texte numérisé non relu

DU CHRIST

Le protestantisme libéral moderne repousse les doctrines traditionnelles de l’orthodoxie catholique ou protestante, sur le péché originel et sur la rédemption par le sacrifice du Christ payant la rançon de l’humanité coupable, tout comme il rejette les dogmes de la Trinité ou de la Divinité métaphysique du Christ, et pour les mêmes motifs. Ils sont inadmissibles pour la raison ; ils sont étrangers à l’enseignement originel du Christ et l’histoire, aujourd’hui mieux connue qu'autrefois, nous a appris par suite de quelle évolution théologique et par le fait de quelle infiltration de doctrines philosophiques

grecques ou de spéculations rabbiniques juives, ils se sont introduits dans le christianisme.

Mais en rejetant ces dogmes, le protestantisme libéral n'entend nullement contester la valeur des expériences religieuses ou morales dontilsne sont que des explications insuffisantes. Les expériences sont des faits de la vie morale qui existent par eux-mêmes et qu'il n’est au pouvoir de personne de faire disparaître. Les dogmes sont de simples hypothèses philosophiques, sujettes à revision comme toutes les autres doctrines du passé et qui ne sauraient échapper à cette revision, parce qu'il a plu à certaines assemblées de prélats ou de théologiens de les sanctionner. Le protestantisme libéral se fonde sur l'expérience morale, passée ou présente, comme nous avons vu précédemment qu'il se réclame de l’expérience religieuse de la saine piété.

Le dogme du péché originel et de la corruption radicale de l'humanité est indissolublement lié à une conception de l'histoire, qu'aucun homme instruit ne peut plus admettre aujourd'hui. Les beaux récits de la création et dela chute, dans la Genèse, ne peuvent plus être pour nous que des légendes d’une très haute inspiration religieuse, mais dénuées de toute

autorité historique ou scientifique. Et l’expé- rience de l’humanité prouve que la notion de la corruption radicale de l’homme et de son incapacité absolue pour le bien en dehors de la religion chrétienne, est démentie par d’innom- - brables observations.

Mais sous ce dogme que l’histoire condamne “7 etqui ne fournit pas une explication satisfaisante ‘4 de l’origine du mal, il y a de grandes expériences morales dont il est l’expression symbolique, savoir : la conscience de l’universalité du péché et des conséquences funestes que le péché comporte fatalement pour l'humanité; — le sentiment de la servitude que le mal impose à celui qui se laisse séduire par lui ; — la notion très ancienne et très profonde de la solidarité qui relie les hommes les uns aux autres, non seulement dans la société de leur temps, mais de génération en génération, à travers le temps et l’es-

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