But des auteurs
Il n'est pas indispensable pour s'en rendre compte d’avoir complètement élucidé les questions littéraires relatives à la composition de ces écrits, à leurs dates, à leurs sources, à leurs rapports avec les Évangiles canoniques. Quand 1l s'agit de livres dont nous ignorons tout, dont il est impossible de déterminer avec quelque précision l'auteur, la patrie et la date, le mieux, semble-t-il, est de les étudier en eux-mémes et de faire rendre à la critique interne tout ce qu'elle peut donner,
Or, à premiére lecture, il est évident que l'auteur du Protévangile n'avait pas pour but de faire œuvre exclusivement historique; son intention n'est pas seulement de . percer l'obscurité que les Évangiles canoniques ont laissé planer sur les origines de Jésus-Christ. Ce dessein existe sans doute, et il a entraîné l’auteur à consigner en son «
ouvrage les traditions plus ou moins légendaires qui circulaient dans son milieu. Mais il n'est pas le seul, il n'est méme pas le principal. C'est avant tout une doctrine que l'auteur veut faire passer sous le couvert de son histoire, doctrine qu'il n'a pas inventée sans doute, et dont il est simplement le témoin, mais qu'il désire mettre en un jour nouveau, pour la soustraire, semble-t-il, aux attaques dont elle a été l'objet. L'auteur a pour but la glorification de Marie, vierge et mère, On peut dire que c'est le premier de tous les ouvrages qu'a inspirés à la foi catholique la dévotion à la vierge Marie. Malgré les différences considérables qui le séparent des productions postérieures, il est la manifestation de la foi populaire en la sainte Vierge, et les artistes des époques suivantes ne s'y tromperont pas, quand ils iront y puiser leur inspirations. Sans doute Marie n'est point complétement absente de la pensée des évangélistes canoniques. Saint Matthieu et saint Marc sont trés brefs, il est vrai, sur son compte, mais il subsiste dans le 11° et le 1v? Évangile assez de traits relatifs à la sainte Vierge pour qu'il soit possible d'en tirer les éléments d'un portrait. Il n'en reste pas moins que dans les Évangiles canoniques la figure de Marie n'est pas au premier plan; les préoccupations des évangélistes vont tout d'abord au Christ, comme 1] est naturel, et c'est uniquement à cause de ses rapports avec Jésus que Marie est citée. Saint Luc dans les récits de l'enfance a surtout pour but de faire ressortir l'origine céleste du Christ; et la place que saint Jean fait à Marie au pied de la croix (Joa., xix, 25-28) est encore fort restreinte. On remarquera enfin que les divers récits de la résurrection