AU LECTEUR
On ne crée jamais quelque chose d'utile, a écrit quelque part le publiciste Capeflgue, sans ameuter autour de soi les intelligences médiocres, les esprits passionnés et les ambitions déçues.
Depuis plus de trente années que nous nous sommes dévoué au progrès et à la vulgarisation des connaissances relatives à la chirurgie dentaire, nous avons pu constater la justesse de la pensée qui précède, et, chose qui paraîtra peut-être étrange à ceux qui ne connaissent pas les hommes, Topposition que nous avons rencontrée sous nos pas nous est venue souvent de ceux-là mêmes, qui avaient le plus profité de nos travaux et de nos recherches.
Le protoxyde d'azote a subi le sort commun. Introduit par nous, il y a vingt ans, en Europe, où il était absolument ignoré comme anesthésique, il a bientôt été reconnu égal au chloroforme ou à Téther, pour produire Finsensibilité pendant les grandes opérations chirurgicales et bien supérieur à ces deux agents, pour
les opérations de courte durée, Tavulsion des dents notamment.
Ce qu'il nous a fallu de temps, de dépenses et d'ennuis pour arriver à établir cette vérité, ceux-là seuls qui ont suivi nos recherches peuvent s'en faire une idée. Non content de répéter publiquement nos expériences dans tous les hôpitaux, devant les noms les plus illustres de la chirurgie contemporaine (1), nous nous sommes mis encore à la disposition des nombreux médecins qui nous en ont fait la demande.
Nos patients efforts ont été couronnés d'un entier succès. La presse scientifique s'est longtemps occupée de nos expériences, et bientôt nous avons vu d'innombrables malades venir réclamer les bénéfices d'un procédé anesthésique qui offrent au patient le double avantage de supprimer la douleur et d'être absolument inoffensif.
Ce succès a fait naître bien des convoitises, et bientôt nous avons vu accourir derrière nous la tourbe épaisse de ces imitateurs qui essayent de profiter des recherches des autres tout en s'efforçant de les déprécier.
On voit aujourd'hui dans presque tous les quartiers de Paris et à la 4« page des journaux l'annonce suivante : InsensibiHsateur de M. X., de M. Z., etc. Ces prétendus insensibilisateurs sont simplement des appareils destinés a administrer le protoxyde d'azote suivant notre méthode. Nous ne verrions d'ailleurs qu'un inconvénient h ces contrefaçons, c'est que la plupart des individus qui manient ces appareils sont tout à fait inexpérimentés.
(1) Voir aux pièces justificatives, la liste des médecins devant lesquels nous avons opéré et des opérations qui ont été pratiquée».
Un dentiste peu connu a trouvé moyen d'écrire dans un dictionnaire de médecine fort connu, plusieurs pages sur les propriétés anesthésiques du proto'xyde d'azote sans nous nommer, évitant même de citer notre Mémoire dans l'index bibliographique qui termine son article, alors que les traités les plus classiques, tels que l'ouvrage de Trousseau et Pidoux, les journaux et les annuaires scientifiques les plus répandus, avaient déjà fait connaître les expériences pratiquées par nous dans l6s hôpitaux de Paris, et le contenu de notre Mémoire.
D'autres se sont engagés dans une voie en apparence meilleure en essayant de perfectionner ce que nous avions fait: malheureusement, ils ont oublié que le progrès ne s'accomplit qu'au prix d'investigations patientes et d'études laborieuses, et faute d'investigations et d'études, faute aussi de connaissances scientifiques élémentaires, ils ont proposé à notre méthode des modifications dont l'énoncé seul indique une dangereuse ignorance.
Cette nouvelle édition de notre mémoire contient des additions importantes, notamment les travaux récents de M. le professeur Paul Bert. Nous avons tenu à citer les noms des médecins devant lesquels nous avons opéré afin qu'il ne restât aucun doute dans l'esprit des lecteurs sur l'efficacité de notre méthode. Nous ajouterons que, depuis les premières éditions de notre brochure, nous avons tellement perfectionné les appareils servant à la préparation du protoxyde d'azote que son administration est devenue aussi pratique que celle du chloroforme et de l'éther. Son innocuité est telle que nous n'hésitons pas à en faire usage pour les moindres opérations.
Beaucoup de personnes qui n'osaient pas se faire poser des appareils ou des pièces dentaires, dans la crainte de la douleur provoquée par l'extraction de quelques racines, et qui, ne pouvant plus mâcher, ne pouvaient plus digérer, profitent chaque jour des bénéfices de notre méthode.
Nous ne faisons plus d'extractions de dents, ni d'opérations douloureuses sur les dents, sans avoir préalablement soumis le malade au protoxyde d'azote. Sur 28,000 personnes environ auxquelles nous l'avons déjà administré, aucune n'a été incommodée. Après l'avoir respiré pour subir une opération, beaucoup d'individus nous demandent ensuite de le respirer par plaisir.
A. Préterre,
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