‹ Le protoxyde d'azote son application aux opérations chirurgicales et particulièrement auz opérations et extractions dentaires sans douleurChapitre 3 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il y a environ soixante ans, le chimiste anglais Davy reconnut que le protoxyde d'azote jouissait de la propriété de produire un sommeil accompagné de sensations agréables. Il écrivit sur ce gaz un volume dans lequel se trouve la phrase suivante :

« Le protoxyde d'azote parait jouir, entre autres propriétés, de celle de détruire la douleur ; on pourrait probablement remployer avec avantage dans les opérations chirurgicales qui ne s'accompagnent pas d'une grande effusion de sang. »

Les expériences de Davy sur l'action singulière du protoxyde d'azote furent répétées dans toute l'Europe; mais personne ne songea à s'assurer si ce gaz possédait réellement les propriétés anesthésiques qu'il lui attribuait. Divinum est opus sedare dolorerrij avait

dit le père de la médecine. Cette œuvre divine paraissait être un rêve au-dessus des forces de Thomme et dont la réalisation était impossible. L'idée du grand chimiste ne fut donc pas vérifiée, et ce ne fut que quarante-six ans plus tard qu'on découvrit les propriétés anesthésiques de Féther; cependant elle n'avait pas été complément oubliée : un an ou deux avant la découverte de Tétliérisation, un dentiste, dont nous dirons plus loin l'histoire, Horace Wells, pensa à la vérifier. 11 reconnut, à la suite de nombreuses expériences, que les individus placés sous l'influence du protoxyde d'azote ne ressentaient plus la douleur. Malheureusement, une expérience tentée en public n'ayant pas réussi, il n'osa pas essayer de la renouveler, et le protoxyde d'azote retomba bientôt dans l'oubli.

L'éther et le chloroforme sont deux agents extrêmement précieux, mais, malheureusement aussi très dangereux, car de l'aveu même de MM. Ricord, Sédillot, Robert, Baudens, Forget, etc., il faut poser cette redoutable question de vie ou de mort quand on emploie soit le chloroforme, soit l'éther. On a fait beaucoup de tentatives dans le but de les remplacer, surtout pour les petites opérations chirurgicales (avulsion des dents, ouvertures des abcès, etc.) Après beaucoup de recherches, les chirurgiens américains eurent l'idée, il y a quelques années, d'examiner de nouveau les propriétés du protoxyde d'azote. Ils reconnurent que ce gaz était un agent anesthésique bien supérieur, dans beaucoup de circonstances, à l'éther et au chloroforme, et actuellement ils en font chaque jour usage.

En France, les expériences des Américains sont restées pendant longtemps complètement inconnues;

personne ne s'occupait des propriétés anesthésiques du prot.oxyde d'azote, les auteurs qui en faisaient mention ne citaient que les expériences , tentées sans succès, il y a cinquante ans.

Désireux de propager une méthode d'anesthésie qui nous paraissait devoir rendre d'immenses services, nous avons répété sur une grande échelle depuis près de 20 ans les expériences faites en Amérique, en nous efforçait de rendre pratiques les moyens employés pour la préparation et Fadministration du protoxyde d'azote. Nous reconnûmes promptement que pour toutes les opérations chirurgicales en général, et celles de peu de durée en particulier, ce gaz pouvait remplacer, avec beaucoup d'avantage, le chloroforme et l'éther. Ce sont les résultats de nos recherches que nous nous sommes proposé de faire connaître en écrivant cet ouvrage. Nous allons exposer les moyens à employer pour préparer le protoxyde d'azote, ses propriétés physiologiques et anesthésiques, et en le comparant ensuite aux différentes méthodes en usage pour détruire la douleur pendant les opérations chirurgicales, nous montrerons qu'il est le plus précieux des anesthésiques.

CHAPITRE PREMIER Préparation et propriétés chimiques du protozyde d'azote.

Le protoxyde d'azote, aussi nommé gaz hilarant en raison de Faction particulière qu'il exerce sur l'homme, est un corps gazeux à la température et à la pression ordinaires. Il est incolore et inodore, d'une saveur légèrement sucrée. Sa densité est de 1,52, celle de l'air prise pour unité. A une température de 100 degrés au-dessous de zéro il se solidifie; sous une pression de 30 atmosphères, à la température de zéro, il se liquéfie.

Le protoxyde d'azote présente de grandes analogies avec l'oxygène; c'est le seul gaz qui jouisse avec lui de la propriété de rallumer les corps en ignition : le soufre, le phosphore, plongés dans le protoxyde d'azote, y brûlent avec un vif éclat. Cette propriété du protoxyde d'azote d'entretenir la combustion ne tient, du reste, qu'à la forte proportion d'oxygène qu'il renferme et à la facilité avec laquelle il se décompose en présence des corps portés à une très haute température.

Le protoxyde d'azote n'existe pas dans la nature; sa découverte a été faite en 1776 par Priestley. On le prépare en décomposant l'azotate d'ammoniaque par la chaleur. Sous l'influence d'une température élevée, les principes renfermés dans ce sel se décomposent

et se convertissent en eau et protoxyde d'azote, ainsi que l'indique l'équation suivante:

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