‹ Le protoxyde d'azote son application aux opérations chirurgicales et particulièrement auz opérations et extractions dentaires sans douleurChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des différents procédés en usage pour abolir la douleur.

Pour abolir la douleur pendant une opération chirurgicale, il faut, ou détruire la sensibilité de Torgane sur lequel on opère, ou celle du cerveau qui perçoit la sensation. Tous les procédés d'anesthésie connus ont pour but d'arriver à un de ces résultats.

L'anesthésie peut être générale ou locale. Celle générale se rapporte à tout Torganisme, celle locale à une région déterminée du corps.

§ 1er. — Anesthésie générale.

Ether, — Cet agent paraît posséder une action spéciale sur les centres nerveux et agir à la façon de la morphine et des autres narcotiques. Sans qu'on puisse en déterminer parfaitement la cause, beaucoup d'individus ont succombé à la suite de son administration, malgré les soins pris par les opérateurs.

Chloroforme. — Bien que très dangereux cet anesthésique est aujourd'hui universellement employé en chirurgie. Les cas de mort qu'il a déterminé dans la main des chirurgiens les plus habiles ne se comptent plus. Un dentiste qui y aurait recours alors qu'il a le le protoxyde d'azote sous la main serait véritablement sans excuse. Cette recommandation est du reste banale car nous ne croyons pas qu'on trouverait un dentiste qui consentirait à exposer son client à une chance de mort sérieuse pour une extraction.

M. Paul Bert a introduit récemment une nouvelle méthode d'emploi du chloroforme au moyen de mélanges titrés d'air etj de ce composé nous empruntons au répertoire de pharmacie et à la semaine médicale le résultat de ses expériences.

(( L'appareil employé est dû à l'invention de M. le docteur de Saint-Martin: grâce à cet appareil, des chiens ont pu être tenus pendant dix heures consécutives sous Faction d'un mélange gazeux constant.

(( M. Paul Bert a enregistré les résultats suivants en opérant sur les chiens.

(( Il vaporisait, dans un volume constant de 100 litres d'air^ des vapeurs de chloroforme dans les proportions suivantes :

« 2 gr. de chloroforme n'ont donné aucun résultat.

(( 4 grammes de chloroforme vaporisés et respires pendant neuf heures et demie n'ont pas amené de troubles appréciables de la sensibilité; seulement la température a baissé de 4 à 5«.

« 6, 7 et 8 grammes de chloroforme amèment une insensibilité manifeste en une heure au moins. Après sept heures, l'animal meurt, n'ayant plus qu'une température de 30''.

(( 10 grammes de chloroforme amènent une insensibilité très rapide et nette; au bout de deux heures et demie, l'animal meurt, ayant une température de 33 à 35<^.

(( 14 grammes de chloroforme tuent l'animal en une heure.

(( 18 à 20 grammes le tuent en vingt minutes.

(( Plus de 20 gram. provoquent la mort immédiate.

« Dans toutes ces expériences, le sommeil a été très calme, il n'y a jamais eu d'agitation toutes les fois que le mélange des vapeurs était compris dans les limites

de ce que M. Bert a appelé la zone maniable (1), c'està-dire 10 grammes de chloroforme pour, 100 litres d'air (opérant sur les chiens).

« Telles sont les premières expériences de M. Paul Bert; voyons les conclusions que Ton peut en tirer dès maintenant:

« 1° Avec 6 à 7 grammes de chloroforme pour 100 litres d'air il a été possible de tuer les animaux, sans qu'ils aient été insensibilisés (la température finale très abaissée). Donc l'action porte sur l'organisme tout entier et non pas sur le système nerveux seul :

(( 2** Quelle que soit la manière dont la mort arrive, le cœur a toujours continué à battre près la mort : donc le chloroforme employé seul n'agit pas sur le cœur;

« 3*" Les chiens offrent, comme les hommes, des résistances variables à l'action du chloroforme;

« 4^ Toute respiration coni^mt^e de chloroforme amène fatalement la mort. Donc il faut des interruptions dans les inhalations de la vapeur;

« 5** Si un animal a subi une forte saignée, il devient très sensible à l'action du chloroforme. Donc il faut faire bien attention lorsqu'on opère après de grandes hémorragies ;

« & On ne trouve jamais de chloroforme dans l'urine, même après les plus grandes inhalations;

« 7^ Jusqu'à présent le meilleur procédé pour donner le chloroforme est d'en employer de suite de 12 à 15 grammes (toujours dans 100 litres d'air), de manière à obtenir un sommeil rapide et de continuer les inhalations avec un mélange de 6 à 8 gram. de chloroforme pour 100 litres.

(1) Répert* de pharm,^ 1882, p. 27.

« Pour faire respirer aux malades un mélange titré de chloroforme et d'air, fait remarquer M. Paul Bert il est indispensable d'avoir un gazomètre. Je me suis servi du double gazomètre de M. de Saint-Martin qui est un instrument facile à manier: je le crois excellent pour la chirurgie des villes et des établissements hospitaliers, mais il n'est pas permis de supposer que son emploi se vulgarise dans les campagnes. Pour le médecin de campagne, qui opère le plus souvent sans aides, il faut absolument réduire autant que possible l'appareil instrumental : c'est dans ce but que j'ai repris avec M. Dubois les expériences que j'avais commencées autrefois pour trouver un procédé pratique d'administrer le chloroforme sans danger.

« Le problème qu'il s'agissait de résoudre était de diminuer la tension des vapeurs de chloroforme. Dans ce but, nous avons essayé des mélanges réfrigérants, mais les résultats n'ont pas été satisfaisants, au moins au point de vue spécial auquel nous nous placions.

(( MM. Grehant et Quinquaud, de leur côté, ont eu l'idée d'administrer un mélange de chloroforme et d'alcool: je ne crois pas que l'adjonction de vapeurs d'alcool à celles de chloroforme soit inoffensive, sans parler des autres objections que mérite ce procédé, aussi avons-nous fait des recherches dans une autre voie.

« Nous avons effectué simplement des mélanges d'huile d'olive et de chloroforme : on place dans un flacon à deux tubulures 50 gram. de chloroforme et 100 grammes d'huile d'olive; nous avons fait respirer à un chien, par la trachée, l'air qui traversait ce mélange: il a dormi pendant deux heures et demie très tranquillement; au bout de ce temps, il s'est réveillé

parce que la provision de chloroforme était épuisée, le flacon n'en contenait plus que 10 grammes.

« Bien que ce procédé d'anesthésie n'ait pas été appliqué à rhomme, je crois désormais le problème résolu, car je ne doute pas qu'il réussisse.

(( Au point de vue pratique, ce procédé est irréprochable, car il sera toujours facile d'adapter à un flacon quelconque un bouchon muni de deux tubes et de placer dans ce flacon un mélange de chloroforme et d'huile. Aucun danger ne sera à re'douter, puisqu'au fur et à mesure que le malade respirera, la quantité de chloroforme diminuera. »

M. Peyraud a imaginé récemment un mode d'emploi du chloroforme qui semble confirmer la méthode de M. Paul Bert, en voici la description d'après le journal de Médecine de Bordeaux.

(( Une compresse de batiste pliée en deux, est étendue sur la face du malade, de façon à ne couvrir que le nez et la bouche. Au niveau du pont formé par cette compresse, entre le bout du nez et la bouche, on verse une seule goutte de chloroforme aussi pur que possible. Le sujet inspire cette première goutte; à la fin de l'expiration suivante, on verse une seconde goutte qu'inspire de nouveau le malade, et ainsi de suite de façon qu'à chaque inspiration il y ait une goutte de vapeur chloroformique mélangée à l'air inspiré. On recommande au malade de respirer comme d'habitude. Au bout de quelques minutes, si l'effet anesthésique tarde à se produire, on verse deux gouttes au lieu d'une seule, par chaque inspiration. En procédant de la sorte, on obtient l'insensibilité absolue, au bout de sept à dix minutes. Pendant tout ce temps, le pouls et la respiration du malade ne présentent aucune

irrégularité. Le sommeil et l'anesthésie arrivent progressivement sans autre symptôme qu'une certaine lenteur du pouls. Il faut pincer le sujet pour reconnaître Fanesthésie. il n'y a pas de période d'agitation ou d'hyper^esthésiej même chez les alcooliques et les femmes les plus nerveuses.

« Dès que Tanesthésie est obtenue, on arrête l'administration du chloroforme pendant une ou deux minutes. Pour entretenir l'anesthésie , on administre le chloroforme à la dose moyenne de trois gouttes par minute, si l'action chirurgicale doit être mise en usage; à la dose moyenne de deux gouttes par minute, s'il faut prolonger le sommeil chloroformique, en dehors de toute intervention opératoire. Si le sujet a de la tendance à se réveiller, il faut augmenter la dose. La quantité de chloroforme administrée pour obtenir l'anesthésie est ce que l'auteur appelle la ration d'entretien. Il a pu, avec les doses précédentes, entretenir Tanesthésie pendant une heure et demie.

« On a proposé récemment de pratiquer l'anesthésie par la voie rectale. Voici suivant le Lyon médical, le procédé suivi à l'Hôtel-Dieu de Lyon par le docteur Mathieu.

(( Il y a quelques jours dit l'auteur, nous eûmes l'honneur de recevoir à l'Hôtel-Dieu un confrère danois, le docteur Axel Yversen (de Copenhague). Après lui avoir fait parcourir les salles de l'hôpital et lui avoir montré les cas les plus intéressants de nos services, nous restâmes quelques instants à causer. — Quel agent anesthésique employez-vous, me dit-il, l'éther ou le chloroforme? Comme je lui disais que nous étions restés fidèles à l'éther : — Par quelle voie l'administrez- vous le plus ordinairement.... par la bouche, ou par le

rectum ? — J'avoue que cette question m'étonna quelque peu. Après quelques explications nous nous quittâmes, nous donnant rendez-vous pour le prochain congrès international à Copenhague.

« Dès le lendemain, c'est-à-dire le 21 mars, j'essayais Tanesthésie par la voie rectale. J'opérais sur une jeune fille de vingt ans, à laquelle j'avais à enlever une petite tumeur profondément implantée dans la loge parotidienne.

(( L'éther fut insufflé dans le rectum à l'aide d'un flacon à double tubulure et de la poire à insufflation du pulvérisateur de Richardson. De cette façon, c'est un mélange d'air et d'éther que nous fîmes absorber à notre malade : aussi s'écoula -t- il une dizaine de minutes avant qu'aucun signe d'absorption se manifestât. La patiente alors nous dit qu'elle sentait un goût d'éther très prononcé dans la bouche. Son haleine répandait aussi une odeur éthérée très accentuée. Elle se mit à balbutier, à prononcer des paroles incohérentes. Nous fîmes alors présenter à ses narines quelques gouttes d'éther, et elle tomba presque instantanément dans un profond sommeil. Nous pûmes ainsi opérer, à notre aise, sans être gêné par le sac à éther qui fut jeté au loin.

(( L'opération terminée, la canule rectale fut enlevée et notre malade s'éveilla. La quantité d'éther absorbée fut insignifiante. La malade, s'étant dérobée à la surveillance des sœurs, avait avalé une soupe avant de venir se faire opérer, nous jurant qu'elle était à jeun. Cette soupe fut vomie à son réveil. Mais il n'y eut ensuite aucune fatigue et pas la moindre nausée.

« Une autre patiente fut aussitôt amenée. C'était une femme de quarante ans environ. Nous devions lui en-

lever un polype muqueux qui avait rempli Fantre d'Hygmore.

« Un tube de caoutchouc, du volume du doigt, fut introduit dans son rectum et mis en rapport avec un jflacon d'éther plongé dans un vase plein d'eau à 50 degrés environ. L'éther entra en ébullition, et au bout de cinq minutes notre malade balbutiait, prononçait des paroles incohérentes, et sa bouche exhalait une odeur éthérée des plus marquées. A ce moment elle se dressa, nous reprochant de faire sur elle une expérience.

(( Quelques grammes d'éther sur une éponge furent approchés de la face. Aussitôt Tanesthésie fut complète.

(( L'opération, qui nécessita l'ouverture du sinus maxillaire par la voie buccale et le tamponnement de cette cavité après rugination, fut pratiqué sans aucune difficulté. La patiente n'en a gardé aucun souvenir. Elle ne se souvient pas non plus des reproches qu'elle nous a adressés au début de l'anesthésie. Il n'y pas eu la moindre nausée , pas le moindre vomissement. Notons un peu d'excitation au moment du réveil comme dans les anesthésies ordinaires.

(( La troisième malade, soumise à notre nouveau mode d'anesthésie, était une jeune fille de dix-neuf ans. Elle était robuste et bien portante. Il s'agissait de lui enlever une phalange nécrosée a la suite d'un panaris. Nous appliquâmes le même procédé. Couchée sur le flanc, la cuisse légèrement fléchie, la tête appuyée sur le coude, elle causait gaiement, tandis que l'éther bouillait et pénétrait dans son rectum. Puis sa parole mourut sur ses lèvres, elle ferma les yeux, et tandis qu'elle sommeillait paisiblement, nous opérâmes la rugination de son os malade.

« J'appliquai Toreille sur son ventre, et j'entendis crépiter les bulles de Téther. Les narines exhalaient une odeur éthérée. Le sommeil anesthésique fut parfait. Le réveil ressembla de tout point au réveil du sommeil naturel. Il n'y eut pas la moindre nausée, pas le moindre vomissement. La quantité d'éther absorbée dans ce cas peut être évaluée à dix grammes au maximum.

u Le dimanche 23 mars, mon collègue le docteur Gignoux m'amena un homme robuste auquel il me pria de pratiquer l'élongation non sanglante du sciatique. Le patient a été pendant vingt-cinq ans simple soldat. Tous les jours il a bu au moins son quart d'eau-de-vie blanche.

« Nous commençons l'administration de l'éther par la voie rectale. Ce mode d'anesthésie provoque son hilarité. Il rit, il raconte ses prouesses de buveur; puis tout à coup finit par nous dire : « Mais il me semble

que je suis ivre C'est comme après plusieurs

tournées » Nous donnons alors dix grammes

d'éther environ par la voie respiratoire. Il tombe perinde ac cadavei\ et sans période d'excitationj ce qui est fort remarquable chez un alcoolique. — Les manœuvres violentes d'extension et de flexion qui constituent l'élongation non sanglante furent exécutées sans aucune difficulté. Le réveil fut paisible, sans période d'excitation.

« Le lundi 24 mars, j'ai encore soumis à l'anesthésie par la voie rectale une femme de 32 ans, à laquelle j'avais à enlever une tumeur de la région plantaire. Les inhalations ont dû être continuées 7 à 8 minutes avant d'obtenir l'anesthésie, qui a été complète. A son réveil, la malade n'a pas vomi. La quantité d'éther absorbée a été insignifiante.

« Le mardi 25 juillet, mon collègue Maurice Polloson a pu, lui aussi, pendant un sommeil anesthésique parfait, obtenu par la voie rectale, enlever un épithéliome du grand angle de Toeil.

(( Je crois donc, d'après ces quelques observations, qui seront les premières en France, que Tanesthésie par la voie rectale est appelée à rendre de grands services. Elle supprime, ce me semble, la période d'excitation. Elle permet de doser strictement la quantité d'éther administré. Elle réduit à son minimum cette quantité. Elle laissera la place libre au chirurgien pour les opérations qui se pratiquent sur la face. L'inspiration de Téther est odieuse pour bien des patients. Ils en seront affranchis de la sorte. »

Rhigolène. — Nous avons eu entre les mains autrefois un échantillon de cette substance dont on s'est beaucoup occupé en Amérique il y a quelque temps, et que le professeur Bigelow, de Boston, prétend supérieur à l'éther comme agent d'anesthésie locale. Nous n'avons pas obtenu les résultats dont plusieurs journaux ont parlé. Du reste, ce composé est d'une odeur si désagréable, qu'il est douteux qu'on parvienne à le faire adopter dans la pratique de la chirurgie dentaire.

Kérosolène. — Produit qu'on obtient en distillant le pétrole. Il a été essayé en Amérique comme anesthésique. Il ne présente aucune supériorité sur les précédents.

Nitrate de méthyle. — Récemment expérimenté par le docteur Richardson. C'est un anesthésique puissant à la dose de 10 à 20 gouttes, trop puissant même pour qu'on puisse l'employer en chirurgie.

Nitrate d'amyle. — Anesthésique encore plus actif que le précédent, 5 ou 6 gouttes suffisent pour amener le sommeil. C'est un composé fort dangereux.

Ga:^ d'éclairage. — Expérimenté comme anesthésique par le docteur Nunnely. Ce composé, quand il est pm\ produit le sommeil, mais si on l'employait tel que nous le livre l'industrie, c'est-à-dire mélangé à divers produits sulfurés, il constituerait un poison violent.

Bichlorure de méthylène. Chlorure de méthyle et tétrachlorure de carbone. — On se sert beaucoup en Angleterre, de ce nouvel agent anesthésique, découvert par M. Richardson et expérimenté avec succès par M. Spencer Wells dans plusieurs opérations dont quatre ovariotomies. D'après les médecins qui l'avaient étudié au début il endormirait beaucoup plus rapidement que le chloroforme, et le réveil se ferait sans fatigue ni céphalalgie. 11 est aujourd'hui abandonné.

Le bichlorure de méthylène est un des quatre composés auxquels donne naissance l'action du chlore sur l'éther méthylique. Les trois autres sont: le chlorure de méthyle, le chloroforme et le tétrachlorure de carbone.

Ces quatre composés jouissent des propriétés anesthésiques: celles du chloroforme sont bien connues; celles du tétrachlorure de carbone ont été constatées également celles du chlorure de méthyle et du bichlorure de méthylène ont été expérimentées par Richardson, qui a reconnu que le dernier de ces corps méritait la préférence.

Pour se rendre un compte exact de la valeur médicale de ces composés, M. Richardson a fait respirer à des animaux une atmosphère chargée de leurs vapeurs dans une certaine proportion. Il a ainsi reconnu que la mort arrivait trois fois plus vite avec le tétrachlorure de carbone et deux fois plus vite avec le chloroforme qu'avec le bichlorure de méthylène.

M. Richardson a aussi constaté que ce corps était très rapidement éliminé de Porganisme, ce qui explique pourquoi le réveil n'est suivi d'aucune fatigue.

Le temps nécessaire pour rendre l'anesthésie complète varie de 3 à 7 minutes avec le chlorure de méthylène. La dose est supérieure à celle qu'exige le chloroforme.

Chloral. — Cette substance est un calmant plutôt qu'un anesthésique. On l'administre sous forme de boisson. 2 à 4 grammes suffisent généralement à amener le sommeil II faut au moins 5 à 6 grammes pour amener l'anesthésie quand on peut la produire, ce qui est rare.

Paraldéhijde, — On commence à employer, depuis quelque temps, d'une façon régulière, comme succédané du chloral, un nouveau composé, la paraldéhyde.

Un journal scientifique, la Nature, a résumé de la façon suivante ce que nous savons de ce composé récemment étudié par le D^' Dujardin-Beaumetz.

(( La paraldéhyde est un polymère de l'aldéhyde, provenant de la condensation de trois parties de ce composé et que l'on peut obtenir par l'action réciproque de l'aldéhyde et d'un certain nombre d'agents chimiques: l'acide sulfureux, l'acide sulfurique, le chlorure

de zinc, etc., en condensant par refroidissement le produit formé. La paraldéhyde cristallise et fond à 10°,5, elle bout vers 124°, mais en se décomposant: elle est inflammable, soluble dans Peau, une partie pour neuf parties à 12'', ce qui permet d'en préparer des solutions au dixième. L'odeur de la paraldéhyde cristallisable est agréable et rappelle un peu celle du chloroforme ; sa saveur est chaude et brûlante.

« Les recherches des savants italiens V. Cervello et Morselli ont montré que Faction calmante de la paraldéhyde était semblable à celle de l'hydrate de chloral, avec cet avantage qu'elle donne un sommeil plus calme, plus régulier, sans apporter des modifications sensibles dans la circulation et la respiration. Tandis que l'aldéhyde, introduite sous la peau d'un chien, par exemple, présente des propriétés toxiques à la dose de 1^^, 50 à 2 grammes, la paraldéhyde, au contraire, détermine un profond sommeil, qui peut durer vingt-quatre heures et même davantage, sans être accompagné de l'anesthésie produite par une dose égale de chloral, et tel que l'on peut toujours réveiller l'animal par le pincement.

(( Les nombreuses expériences de M. Dujardin-Beaumetz lui ont permis de constater en outre que l'ingestion de ce médicament est moins désagréable que celle des potions au chloral.

(( Le sommeil obtenu est plus calme et plus réparateur que celui déterminé par l'action du chloral et de la morphine ; le réveil se fait sans mal de tête et sans pesanteur. Toutefois, cette supériorité cesse lorsqu'on compare les trois médicaments au point de vue de l'action calmante : tandis que le chloral et surtout l'opium calment la douleur quelquefois même sans

déterminer le sommeil, la paraldéhyde est impuissante à produire la cessation des phénomènes douloureux. La paraldéhyde sera donc un excellent médicament dans l'insomnie, même chez celle qui survient chez les morphiomanes; c'est ainsi que M. Constantin Paul a pu faire perdre à une malade la funeste habitude de la morphine (1).

(( Disons en terminant que les expériences du professeur Vincenzo Cervello ont montré que la paraldéhyde a une action antagoniste de la strychnine, à un point tel qu'elle peut lui servir de contrepoison.

« C'est ainsi qu'on a pu injecter à un lapin du poids de 1665 grammes, 4 milligrammes de nitrate de strychnine (dose quatre fois plus forte que celle nécessaire pour le tuer), et l'empoisonnement fut] vaincu par une dose assez petite (2^^,5) de paraldéhyde. A un autre lapin narcotisé par 3 grammes de paraldéhyde, on a injecté 6 milligrammes de strychnine, et l'animal a survécu. En augmentant la dose de paraldéhyde, on peut faire supporter des quantités de strychnine encore plus fortes.

Bromure d'éthyle ou éther bromhydrique.— Liquide peu volatil obtenu par la réaction de l'acide sulfurique et de l'alcool sur le bromure de potassium, il agit plus rapidement que le chloroforme, mais son action irritante sur la gorge le rend difficile à employer. M. Terrillon qui a étudié récemment ce composé dit

(1) La paraldéhyde peut s'administrer à la dose de 2 à 3 grammes. M. Yvon a proposé d'administrer la solution suivante au dixième dans reau sucrée, à la dose de 20 à 30 grammes:

Paraldéhyde, 20 grammes; alcool à 90«, 100 grammes; sirop simple, 75 grammes; teinture de vanille, 5 grammes. Notre distingué collègue M. Poinsot a fait usage avec avantage d'un mélange analogue sur des sujets atteints de violentes névralgies dentaires.

qu'il faut remployer à doses au moins égales à celles de chloroforme pour obtenir Tanesthésie. Le sommeil et le réveil seraient selon lui plus rapides.

Bromure de méthyle. — Anesthésique puissant, mais qui ne saurait être employé dans la pratique parce qu'il est gazeux à la température ordinaire; comme le précédent, c'est un désinfectant énergique.

Chlorure d'éthyle. — Essayé récemment en Allemagne par le D^ Steffende Stettin. Il agit suivant lui plus promptement que le chloroforme et ses effets se dissipent plus rapidement.

Bromal. — Ne diffère du chloral que parce que le chlore de ce dernier est remplacé par du brome. Non essayé sur l'homme.

lodaL — Liquide extrêmement volatil, également proposé par M. Rabuteau. Les animaux soumis à son action ont été anesthésiés, mais l'anesthésie est rapidement suivie de mort.

Suivant le D^ Ozanam, toute la série des corps carbonés volatils ou gazeux est douée du pouvoir anesthésique, pouvoir d'autant plus prononcé que ces corps sont plus riches en carbone. Le carbone, d'après ce médecin, serait le seul principe auquel il faudrait rapporter les phénomènes d'excitation, puis d'anesthésie, qui se produisent dans l'emploi des substances anesthésiques.

Bromoforme. — Le D^ V. Horoch a communiqué, séance du 11 janvier 1884 de la Société de médecine de Vienne^ dit le Paris médical^ les résultats d'une série

d'expériences qu'il a entreprises sur le bromoforme dans le laboratoire du professeur Stricker. Nous empruntons leur description à ce journal.

Le bromoforme, découvert en 1832, a une composition analogue à celle de Fiodoforme. Barth indiqua, en 1832, le mode de préparation suivant : chauffer à 100^ dans un vase fermé un équivalent de glycérine avec quatre parties de brome et vingt volumes d'eau. Au bout de quelques heures, le liquide se colore et le bromoforme se dépose comme un liquide huileux, transparent.

Il a une odeur agréable et un goût douceâtre, son poids spécifique est de 2,9, il bout à 151° : il se dissout difficilement dans Teau froide, facilement dans Teau chaude et dans Téther. Il produit la narcose, mais à un moindre degré que le chloroforme, il ne provoque pas de vomissement et détermine un sommeil prolongé.

Le*D^' V. Horoch a institué trois séries d'expérimentation sur le bromoforme :

1*» Par inhalation;

2"* Par injection sous-cutanée;

3** Par administration interne.

Dans toutes les expériences, les propriétés du bromoforme se sont révélées comme celle d'un agent anesthésique remarquable et hypnotique. On pouvait, par la prolongation de l'inhalation, maintenir aussi longtemps qu'on le voulait les animaux endormis, sans voir survenir de troubles dans la respiration ou dans l'action du cœur.

Avec les injections sous-cutanées, on obtenait des narcoses très profondes et de longue durée; chez un lapin, 1 gr. de bromoforme détermina un sommeil de plus de quarante-huit heures.

On obtint les mêmes résultats en faisant prendre du bromoforme aux animaux.

Horoch est le premier qui ait appliqué à l'homme la narcose par le bromoforme ; sur trois individus ainsi bromoformés, on a pratiqué des opérations chirurgicales importantes, par exemple une double ostéotomie. Il ne survint aucun accident fâcheux, ni pendant ni après la narcose.

Le bromoforme a, en outre, des propriétés antiseptiques. Une solution de bromoforme à 1 % tue les bactéries.

Le docteur V. Horoch présente ensuite trois animaux; un chat bromoforme sous une cloche à gaz; puis deux lapins : à Tun on avait, cinq heures auparavant, fait une injection sous-cutanée avec un gramme de bromoforme, et à Pautre on avait, au même moment, administré à Tintérieur la même quantité de bromoforme. Ces animaux étaient depuis lors profondément endormis et immobiles.

Selon le professeur Albert, la narcose produite par le bromoforme ne diffère en rien de celle du chloroforme; toutefois la période d'excitation • est moins accusée; l'anesthésie est plus durable, les individus dorment plus longtemps; les enfants bromoformés mangent en se réveillant, mais ils s'endorment de nouveau peu après, sans éprouver aucun malaise. D'autre part, le bromoforme paraît avoir une action plus faible que celle due au chloroforme; mais il a, par contre, une influence moins fâcheuse sur les organes de la circulation.

Le bromoforme exerce une action irritante sur les muqueuses conjonctivale et pharyngo-laryngienne.

Méthode mixte d'anesthésie, — Nous empruntons

la description de cette méthode à un travail de M. le D' Aubeau.

Depuis déjà un certain temps, quelques chirurgiens se trouvent bien d'une méthode qui a pour but d'éviter quelques-uns des inconvénients du chloroforme, et d'épargner au malade l'émotion provoquée par l'approche de l'opération. Cette méthode elle consiste à administrer au malade, deux ou quatre heures avant l'opération, une dose fractionnée de chloral ou de morphine. Dans ces conditions, le patient arrive à l'amphithéâtre plongé dans un demisommeil; il reste indifférent à tous les préparatifs de l'opération, à l'entourage et à tout l'appareil instrumental. Une quantité minime de chloroforme amène rapidement une anesthésie complète.

M. le professeur Trélat, qui emploie cette méthode depuis assez longtemps, à sa -clinique de la Charité, semble très satisfait des heureux résultats obtenus ainsi.

§ 2. — Anesthésie locale.

Anesthésie par compression des vaisseaux. — Ce genre d'anesthésie, quoique très ancien, a été peu étudié. Il paraît cependant établi que toutes les fois qu'une partie du corps cesse d'être baignée par le sang, il y a insensibilité de cette partie.

Cette méthode d'anesthésie a été essayée par M. Velpeau pour pratiquer l'opération de l'ongle incarné. On ne peut l'appliquer à toutes les parties du corps, et, du reste, elle est dangereuse. Pour être efficace, en effet, la compression doit être énergique, et la compression de petits filets nerveux peut en altérer la structure et amener la paralysie du membre. La stase du sang

dans les vaisseaux peut, en outre, avoir pour résultat la gangrène.

Anesthésie par le froid, — Cette méthode d'anesthésie ressemble beaucoup à la précédente. Dans la partie congelée, la circulation s'arrête^ et Tinsensibilité résulte surtout du défaut d'afflux du sang.

On obtient la congélation des tissus par l'application directe d'un mélange réfrigérant ou en dirigeant sur la peau un jet d'éther liquide capable de s'évaporer trèsvite et par conséquent de produire beaucoup de froid.

L'anesthésie locale, par application d'un mélange réfrigérant, peut rendre quelques services lorsqu'il s'agit d'opérations n'attaquant que les régions tout à fait superficielles des organes et nous y avons souvent recours pour les personnes qui redoutent le sommeil.

L'anesthésie locale, par le froid obtenu au moyen d'un liquide volatil mis au contact de la peau, ne produit pas de meilleurs résultats que la méthode précédente. On a imaginé, dans ces derniers temps, un grand nombre d'appareils pour projeter à la surface de la peau de grandes quantités d'un liquide volatil, l'éther, par exemple, en un temps très court. L'appareil de Richardson, avantageusement modifié par Robert et Colin, que nous avons été un des premiers à essayer, est celui qui est le plus commode pour l'application de ce système.

L'insensibilité obtenue par ce moyen réfrigérant est très superficielle; car, si elle permet de diviser la peau sans douleur, il n'en est plus de même lorsqu'on pénètre dans la profondeur des tissus. C'est ce qui résulte clairement d'une discussion à la Société de chirurgie sur ce sujet (séances du 14 mars et du

4 avril), discussion à laquelle ont pris part MM. Velpeau, Foucher, Lefort, etc., etc.

La question reste donc à peu près au même point; malgré la facilité, que donne Tappareil de Richardson, de produire du froid, et partant de rinsensibilîté, on peut toujours se demander si les mélanges réfrigérants n'offrent pas des avantages marqués. Telle a semblé être l'opinion de M. Velpeau.

M. Delcominète, professeur suppléant à l'École de médecine de Nancy, a repris comme agent d'anesthésie locale un corps que M. Simpson avait tenté d'appliquer pour produire l'anesthésie générale, et auquel ce chirurgien avait dû renoncer à cause de certains inconvénients, notamment une odeur insupportable et la persistance des effets anesthésiques : nous voulons parler du sulfure de carbone, mais ce composé paraît n'agir également que comme réfrigérant.

De ce qui précède, on comprend qu'à notre point de vue spécial, la pratique n'a guère gagné, car si le froid peut permettre d'inciser la peau sans douleur, il est sans action quand il faut insensibiliser un nerf aussi profondément caché et aussi protégé que le nerf dentaire; ajoutons que l'application n'est pas toujours facile.

Anesthésle locale obtenue au moyen de l'électricité. — Ce procédé d'anesthésie a été imaginé par un dentiste américain. Nous avons été le premier à le faire connaître en France il y a une vingtaine d'années; au moyen de l'électricité, nous sommes parvenu à pratiquer sans douleur un grand nombre d'opérations. Malheureusement, les résultats qu'on obtient sont loin d'être constants. Si un grand nombre

d'opérés ne ressentent aucune douleur, d'autres, au contraire, n'éprouvent aucun soulagement.

Anesthésie des dents par application locale de substances diverses. Beaucoup de substances acides phénique, chloroforme, opium, etc., sont employés avec des succès variés pour calmer la douleur produite par la carie ou par l'excision de l'ivoire des parties cariés.

Sur la dent qu'on veut préparer pour l'auriflcation, M^" Redman a proposé récemment pour cet objet l'Eugénol. Voici comment il en fait usage.

« L'eugénol (C^o H12 02 = C^ Hs (0 H) (0 C H^ (C3 H5) se trouve dans l'essence de girofle, l'essence de piment et quelques autres huiles volatiles. On peut l'obtenir de ces composés par dissolution dans la potasse, filtra tion et précipitation par l'acide carbonique. C'est un liquide aromatique, presque incolore, dont le poids spéciiSque est 1,0779 à 0, bouillant à 119* 5, soluble dans l'alcool. C'est un agent calmant d'une grande puissance et un antiseptique.

« Voici maintenant son mode d'emploi: Après avoir bien desséché la cavité, on la badigeonne parfaitement avec l'eugénol, ou bien on trempe l'excavateur dans le liquide, en répétant l'application de temps en temps durant le cours de l'opération; on arrive ainsi à préparer une cavité très sensible avec le minimum de douleur. La reconnaissance du patient dédommagera amplement l'opérateur de son léger surcroît de précaution. L'eugénol est encore très utile pour calmer la douleur déterminée par la mise h nu de la pulpe, la souffrance qui suit l'extraction et celle que se fait quelquefois le dentiste lui-même en s'enfonçant un instrument dans le doigt.

(( C'est le professeur Church qui me conseilla de

remplacer par Teugénol Pessence de girofle dont je me servais habituellement; et c'est à lui que je rapporte le mérite d'avoir enrichi la matière médicale dentaire d'un médicament que je considère comme un des plus précieux. »

Nous ajouterons que beaucoup de composés produisent des résultats identiques, nous faisons souvent usage pour annuler la douleur pendant Tauriflcation d'acide phénique ou de chlorure de zinc. Nous avons composé depuis plusieurs années un baume dentaire pour calmer les douleurs de la carie dont nos clients font journellement usage avec succès.

Nous venons de passer successivement en revue les différents procédés d'anesthésie en usage jusqu'ici pour abolir la douleur. Tous, ainsi que nous Favons vu, présentent des inconvénients plus ou moins sérieux. Ceux employés pour produire l'anesthésie locale bien qu'utile quelquefois sont rarement efficaces. Le protoxyde d'azote, pensons-nous, ne présente pas les mêmes inconvénients: aussi croyons-nous pouvoir, comme résumé de notre travail, poserles conclusions suivantes :

1° Le protoxyde d'azote jouit de la propriété de produire très rapidement un sommeil anesthésique de courte durée;

2*^ Lorsque ce gaz est employé parfaitement pur, il peut être respiré sans danger et ne produit jamais d'accident ;

3° Pour toutes les opérations de peu de durée, avulsion des dents, extraction des ongles incarnés, ouverture des abcès, opérations sur les flux, etc., on doit lui donner la préférence sur tous les agents anesthésiques connus.

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