‹ Le protoxyde d'azote son application aux opérations chirurgicales et particulièrement auz opérations et extractions dentaires sans douleurChapitre 6 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Propriétés anesthésiques du Protoxyde d'azote.

C'est un triste histoire que celle de la découverte des propriétés anesthésiques du protoxyde d'azote, une histoire qui montre à quel hasard tient souvent le succès des grandes inventions.

Dans l'ouvrage de Davy se trouve, ainsi que nous le disions plus haut, la phrase suivante:

c( Le protoxyde d'azote parait jouir, en autres pro- « priétés, de celle de détruire la douleur; on pourrait « probablement l'employer avec avantage dans les ce opérations chirurgicales qui ne s'accompagnent pas « d'une grande effusion de sang. »

Ce fut Horace Wells, dentiste d'Hartford, petite ville du Connecticut (États-Unis), qui eut, en 1844, l'idée de vérifier l'hypothèse émise en 1800 par Davy. Il commença par se faire arracher une dent pendant qu'il était sous l'influence du protoxyde d'azote, et n'éprouva aucune douleur. La même opération, répétée sur une douzaine d'individus, donna des résultats identiques.

On comprend quelle joie dut ressentir Horace Wells en faisant une semblable découverte, abolir la douleur! Ce rêve , poursuivi par l'humanité depuis tant de siècles, était enfin résolu. Il partit pour Boston afin de répéter ses expériences devant les médecins de la Faculté. En présence des professeurs et des élèves rassemblés, il enleva une dent à un malade préalablement endormi avec le protoxyde d'azote. Soit que le gaz fût mal préparé ou le patient incomplètement endormi, Topération ne se fit pas sans douleur. Les assistants sifflèrent sans songer que ce n'était pas sur une seule expérience qu'on pouvait juger une invention aussi importante et sans se rappeler surtout qu'une grande découverte ne sort jamais complète et avec tous ces détails du cerveau d'un seul homme. Profondément attristé, Wells n'osa pas répéter son expérience. Il partit pour Hartford et abandonna sa profession.

Deux ans plus tard les propriétés anesthésiques de l'éther étaient découvertes, en Amérique, par un chirurgien et un dentiste, Jackson et Morton.

Horace Wells, qui avait des droits au mérite d'avoir découvert une substance capable d'abolir la douleur, partit pour l'Europe, afin de répéter ses expérience sur le protoxyde d'azote. Partout il fut éconduit. Fatigué de lutter, il retourna aux États-Unis, et, peu de temps après son arrivée, se plaça dans un bain, s'ouvrit les veines, et, afin de mourir sans souffrance et profiter au moins une fois d'une invention à laquelle il avait pris une si grande part, il s'anesthésia avec de l'éther.

Horace Wells mort, personne ne s'occupa plus du protoxyde d'azote, l'éther et le chloroforme donnant de magnifiques résultats. Cependant on s'aperçut bientôt

que ces deux substances présentaient des dangers sérieux, et Ton hésita de plus en plus à les employer pour les petites opérations de la chirurgie, avulsion des dents, ouverture des abcès, des panaris, etc. Les chirurgiens, ceux de PAmérique surtout, cherchèrent pour les remplacer dans ces circonstances quelque chose de moins dangereux. La compression, l'électricité, le froid, etc., furent successivement essayés, ainsi que nous le dirons plus loin, et bientôt plus ou moins abandonnés.

Il y a quelques années, plusieurs médecins aux États-Unis et notamment notre frère, le docteur A^^^ Préterre , pensèrent à expérimenter de nouveau le protoxyde d'azote et reconnurent que ce gaz était un agent anesthésique extrêmement précieux. 11 produit sans danger et avec une grande rapidité le sommeil anesthésique. Sa supériorité sur les autres agents a bientôt été admise, et actuellement on en fait usage sur une large échelle aux États-Unis.

Désireux de nous assurer par nous-même de la valeur d'une découverte qui nous semblait destinée à un grand avenir, nous fîmes construire un appareil pour la fabrication de ce gaz et entreprîmes un grand nombre d'expériences. Le succès justifia notre attente: nous obtînmes constamment avec la plus grande rapidité une anesthésie complète et de courte durée. Les innombrables expériences que nous avons répétées dans les hôpitaux de Paris, et dont tous les journaux ont entretenu leurs lecteurs, prouvèrent bientôt aux plus incrédules que la chirurgie venait de s'enrichir d'un agent anesthésique extrêmement précieux. « Le nier serait nier la lumière, » disait M. le D^* de Saint- Germain.

Notre nom se trouvant naturellement mêlé à Thistorique du protoxyde d'azote, puisque c'est nous qui avons introduit en Europe, puis généralisé l'emploi de ce gaz pour l'extraction des dents, il nous semble préférable de voir tout ce qui concerne l'emploi du protoxyde traité par une plume étrangère. Le remarquable travail publié récemment par le docteur Blanchard, préparateur à la Sorbonne, sur le protoxyde d'azote, nous permet de donner à nos lecteurs de ce journal un historique très exact de la question dû à une plume aussi impartiale que compétente.

c( Ce fut en Amérique qu'on reprit l'étude des propriétés du protoxyde d'azote dit M. le D^ Blanchard; Vers 1844, Colton et son préparateur, le docteur Eug. Préterre, frère du dentiste parisien bien connu, parcouraient différentes villes des États-Unis pour y faire des cours de chimie amusante. Un dentiste d'Hartford (Vermont), Horace Wells, assistait, le 10 décembre 1844, à une séance, on fit respirer le gaz à Wells, à M. Cooley et à quelques autres personnes.

« M. Cooley, placé sous l'influence du gaz, fut très excité; il se livra à diverses évolutions pendant lesquelles il se meurtrit un peu les jambes en se heurtant contre les bancs, fait dont le docteur Wells prit note. Lorsque Cooley fut revenu à lui, Wells demanda si les petites blessures qu'il s'était faites lui étaient douloureuses; il répondit qu'il n'avait nullement conscience d'avoir reçu aucune blessure.

(1) De Fanesthésie par le protoxyde d'azote d'après la méthode du professeur Paul Bert, Paris bureau du progrès médical 1880.

Wells se tourna vers son ami, assis près de lui, et lui exprima Topinion qu'on pouvait, en respirant ce gaz, devenir insensible au point de se faire arracher une dent sans éprouver de douleur. En rentrant chez lui, il exprima de nouveau cette opinion à sa femme, et la répéta encore à un confrère qu'il invita à examiner ce sujet le soir même.

« Après être resté quelque temps à réfléchir sur cette matière, le docteur Wells déclara qu'il était résolu à prendre le gaz le lendemain et a se faire arracher une mauvaise dent (une forte molaire). . Le lendemain matin, Wells appela le docteur Colton et lui exposa le fait qu'il avait observé, en même temps que les remarques qu'il avait faites à ce sujet, et l'invita à se munir d'un ballon du gaz pour cet usage, ce qui fut fait. Quand tout le monde fut réuni, Wells se plaça lui-même dans la chaise d'opération, Colton lui administra le gaz, et, dès que le patient fut mis sous son influence, le confrère lui arracha la dent. Wells revenu à lui s'écria : Une ère nouvelle dans l'extraction des dents! Cela ne m'a pas fait ij lus de mal qu'une piqûre d'épingle, »

« La propriété anesthésique du protoxyde d'azote se trouvait donc découverte, et découverte par Horace Wells, le 11 décembre 1844.

(( Le premier essai avait été couronné de succès. Horace Wells répéta la môme expérience, et toujours avec le même résultat, sur douze ou quatorze de ses clients. Enhardi par le succès, il partit alors pour Boston, au mois de décembre de cette même année 1844, pour faire connaître sa découverte à la Faculté de médecine. Le docteur Warren accueillit favorablement sa demande de répéter l'expérience devant lui et devant

ses élèves. « Préparez votre gaz, lui dit-il, et rendezvous à Tamphithéâtre; nous ferons Tessai sur un malade à qui Ton doit extraire une dent. » Les préparatifs de l'opération se firent devant un auditoire aussi nombreux que peu disposé à Findulgence. Wells lui-même administra le gaz et pratiqua Fopération. Mais quelle cruelle déception devait être la sienne ! Au moment où il croyait triompher, un cri perçant de douleur vint renverser toutes ses espérances! Le pauvre dentiste parvint avec peine à s'échapper au milieu des quolibets et des sifflets de l'assemblée.

u Wells, toutefois, ne considéra point sa cause comme perdue définitivement. Sa déconvenue, il est vrai, le rendit sérieusement malade; mais, revenu à la santé, il ne renonça point à de nouvelles tentatives, et ne se mit point à la tête d'une exposition d'oiseaux, comme le disent MM. Perrin et L. Lallemand (1). Il continua au contraire ses expériences et, à plusieurs reprises, administra le protoxyde d'azote pour obtenir l'anesthésie dans de grandes opérations. Le 17 août 1847, le docteur May, de Westford, opéra une tumeur du testicule, pendant que Wells administrait le gaz (2). L'opération dura quinze minutes. Le 1^^' janvier 1848, Wells administra le protoxyde d'azote dans une autre opération. Le docteur V.-W. Ellsworth, assisté par le docteur Hole, pratiqua une amputation de cuisse. Cette opération fut encore couronnée de succès (3). Le 4 jan-

(1) M. Perrin et Lallemand, Traité d/anesthésie chirurgicale, p. 48. Paris, 1863.

M. Perrin, article Anesthésie chirurgicale du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

(2) Voir Boston médical and surgical journal, septembre 1847.

(3) Voir Boston médical and turgical journal, t. XX VU, p. 478.

vier 1848, quelques jours avant sa mort, Wells administrait encore le protoxyde d'azote dans un cas d'ablation de tumeur pratiquée par le docteur Beresford sur M"^^ Mary Gabrielle, de Bristol (Connecticut). L'opération réussit pleinement.

(( Malgré ces brillants résultats, Wells se voyait cependant enlever par Jackson et Morton, ses plagiaires et ses élèves, tout l'honneur de sa découverte. Fatigué de lutter, réduit au désespoir, rendu fou par Finsuccès de ses revendications, Wells donna des signes manifestes d'aliénation mentale. Il fut arrêté et emprisonné; puis, ne pouvant supporter plus longtemps la vie, il s'ouvrit les veines dans un bain, et, afin de mourir plus doucement et de profiter au moins une fois d'une invention à laquelle il avait si puissamment contribué, il respira des vapeurs d'éther jusqu'à ce qu'il tombât privé de connaissance.

(( Ainsi mourut misérablement, le 14 janvier 1848, méconnu et calomnié, l'homme auquel revient l'honneur d'avoir le premier découvert à lui seul deux moyens héroïques d'abolir la douleur physique ! Horace Wells, en effet, n'a point seulement découvert l'anesthésie par le protoxyde d'azote, mais il est actuellement démontré de la façon la plus nette qu'il est aussi l'inventeur de Tanesthésie par les vapeurs d'éther.

(( Après la mort de Wells, le protoxyde d'azote retomba dans l'oubli: l'éther et le chloroforme, dont on venait de découvrir les propriétés anesthésiques , étaient seuls employés et ils donnaient généralement des résultats satisfaisants.

Ce fut Colton lui-môme qui réhabilita ce gaz, ainsi qu'il nous l'apprend par une lettre adressée au docteur R.

« Dans une leçon de chimie que je fis à New-Haven (Connecticut) en juin 1863, j'avais eu Tidée de faire précéder mon cours de quelques notions historiques sur la découverte de Fanesthésie. Je racontais notre expérience avec Wells en 1844, et j'ajoutais incidemment que, depuis cette époque, il m'avait été impossible de rencontrer un dentiste qui voulût appliquer de nouveau le protoxyde d'azote à Tanesthésie. A la fin du cours, un dentiste de la ville,, le docteur Smith, vint à moi et me dit qu'il était prêt à extraire une dent à l'aide du protoxyde d'azote, à la condition que je voulusse administrer moi-même le gaz sous ma propre responsabilité. Je fis connaître cette résolution à mon auditoire, et nous commençâmes à extraire des dents à l'aide de ce procédé anesthésique dans le cabinet du docteur Smith.

« Nous obtînmes un tel succès qu'en moins de trois semaines nous avions pratiqué plus de trois mille extractions dentaires. Ce succès extraordinaire que j'obtins alors me détermina à fonder à New-York un établissement spécialement affecté à l'extraction des dents pendant l'anesthésie proto-azotée. Comme mon nom avait été si longtemps identifié avec la découverte de l'anesthésie, je désignai cet établissement sous le nom Colton dental Association. Je m'associai dans cette entreprise avec plusieurs des plus éminents dentistes de Nev^-York. Parmi ceux-ci, je citerai le docteur John Allen, ancien président de V United State dental Society. Cette institution fut fondée le 15 juillet 1863. »

Depuis cette époque, plus de cent mille individus ont été anesthésiés dans cet établissement, sans qu'il y ait eu à regretter aucune mort ni aucun accident assez se-

rieux pour nécessiter le transport du malade dans une voiture.

(( Dès 1863, le protoxyde d'azote était donc réhabilité en Amérique par Colton : on reconnaissait en lui un anesthésique précieux. Aussitôt son emploi se généralisa, et M. A. Préterre l'importa en France. Son frère , M. A^^e Préterre, de New-York, avait été l'un des premiers à l'employer en Amérique. Dès 1866, M. A. Préterre présentait à l'Académie de médecine (1) une brochure (2) résumant les résultats de sa pratique.

(( Depuis 1866, M. Préterre a continué avec un succès toujours égal à administrer le protoxyde d'azote. En 1879, il écrivait: « Nous ne faisons plus d'extraction de dents ni d'opérations douloureuses sur les dents, sans avoir préalablement soumis le malade à son influence. Sur 12,000 personnes environ auxquelles nous l'avons administré, aucune n'a été incommodée. »

(( Ces bons résultats ne se sont point démentis un seul instant continue le D^ Blanchard. « Actuellement, nous disait dernièrement M. Préterre, j'ai fait près de 20,000 opérations avec le protoxyde d'azote, sans voir survenir aucun accident ou plutôt aucun symptôme d'accident. »

Nous devons ajouter à l'historique qui précède que M. le docteur Blanchard, n'est pas le seul qui rende justice aujourd'hui à nos travaux sur le protoxyde

(1) Bulletin de V Académie de médecine, t. XXXI, p. 749, 22 mai

(2) A. Préterre, Nouvelles recherches sur les propriétés physiologiques et anesthésiques du protoxyde d'azote, Paris, 1866.

d'azote. La vérité finit tôt ou tard par se faire jour, et il n'est guère d'auteur sérieux qui ne reconnaisse aujourd'hui que c'est à nous seul qu'est dû l'introduction de cet anesthésique en Europe.

Tout récemment notre savant confrère M. Martin, chirurgien-dentiste à Lyon, a publié sous le titre suivant : De V anesthésie par le protoxtjde d'azote^, un mémoire intéressant à plusieurs points de vue, dans la partie historique duquel il s'exprime ainsi : « Les chirurgiens laissèrent aux dentistes le soin de faire l'épreuve pratique de cet anesthésie. Parmi ceux-ci on doit citer M. Préterre, qui, en relation avec les Américains, connut le protoxyde et le fit entrer dans la pratique. »

« L'usage du protoxyde d'azote, écrit de son côté le D^ Goltz dans un travail lu à la Société médicale de Genève, le 5 décembre 1883, a été introduit en France, en 1866, par un dentiste parisien. Préterre qui à lui seul, a pratiqué plus de vingt mille opérations à l'aide du nouvel anesthésique, et prétend n'avoir jamais eu d'accident à déplorer. »

(( L'exemple de Préterre fut suivi par la majorité de ses confrères, et, aujourd'hui, la plupart des dentistes arrachent les dents après avoir anesthésie leurs patients par le gaz. Ce qui prouve l'innocuité de cette pratique, c'est que, malgré le nombre incalculable des opérations qui ont été faites dans les deux mondes depuis 1863, et souvent par des hommes peu expérimentés, les accidents ont été très rares. »

L'anesthésie produite par le protoxyde d'azote est extrêmement rapide; après une à deux minutes au plus elle est obtenue- Elle dure en général de 30 à 50

secondes, temps parfaitement suffisant pour pratiquer une petite opération (ongle incarné, dents, abcès, etc.). En prolongeant les inspirations du gaz, nous avons obtenu plusieurs minutes d'anesthésie, on peut la prolonger indéfiniment comme nous le dirons plus loin en ayant recours à la méthode de M. Paul Bert.

Nous ne voulons entrer ici dans aucune considération sur le mode d'action du protoxyde d'azote; nous dirons seulement qu'il nous semble que l'anesthésie qu'il produit est obtenue beaucoup trop vite pour qu'on puisse admettre qu'il agisse en asphyxiant comme le chloroforme. Il nous paraît probable qu'il possède sur le système nerveux une action spéciale comparable à celle de la morphine et des autres narcotiques. C'est une question que les expériences que nous exécutons actuellement sur les animaux nous permettront peuV ètre bientôt de résoudre. Ce qui est bien certain c'est que le protoxyde d'azote est un agent des plus précieux pour les petites opérations chirurgicales. On hésite souvent, et avec raison, à soumettre un malade à l'action de l'éther ou du chloroforme pour une petite opération telle que celle de l'ongle incarné, l'extraction d'une dent, l'ouverture d'un abcès, etc., car on sait que l'anesthésie produite par ces substances a souvent été suivie de mort. Le protoxyde d'azote ne présente au contraire, quand on l'emploie parfaitement pur, aucun danger. A l'époque où l'on a commencé à l'étudier, c'est-à-dire il y a plus de soixante ans, des milliers d'individus l'ont respiré sans inconvénient. Il ne s'est produit des accidents que lorsqu'on respirait le gaz impur. Nous avons respiré plusieurs centaines de fois le protoxyde d'azote sans en être nullement incommodé; il en a été de même chez toutes les personnes

auxquelles nous Favons administré. Ce n'est que fort rarement que nous avons vu, après une opération, les malades en proie à quelques excitations mais ces excitations se sont toujours très vite dissipées.

A la suite d'une note présentée en notre nom à l'Académie des sciences par M. Cloquet, une discussion s'est élevée sur les propriétés du protoxyde d'azote. M. Chevreul a fait remarquer que les chimistes qui le respirèrent en France, il y a 60 ans, en furent incommodés. Berzélius a donné, il y a déjà longtemps, l'explication de ce fait en disant que le gaz employé contenait du chlore et du bioxyde d'azote. 11 est bien évident que dans cet état le protoxyde d'azote est parfaitement irrespirable. Toutes les personnes qui en feront usage dans ces conditions en éprouveront de fâcheux effets, ainsi que cela est arrivé à un auteur allemand, M. Hermann. Ce n'est pas au protoxyde d'azote qu'il faut s'en prendre des insuccès obtenus, mais uniquement à la maladresse des opérateurs.

Un symptôme, commun dans les anesthésies par le protoxyde d'azote écrit le D^ Blanchard dans le travail cité plus haut est bien fait pour effrayer ceux qui n'y sont pas habitués; il a contribué à jeter autrefois le discrédit sur l'emploi de cet anesthésique. Je veux parler de la cyanose qui envahit quelquefois la face du patient, suivie de mouvements ressemblant aux spasmes tétaniques. Mais à tout bien considérer cette cyanose (1) a son bon côté; c'est peut-être à elle que l'on doit l'absence des accidents, et, par le fait, le succès

(1) Les quantités de protoxyde que nous administrons étant très faibles nous n'observons que fort rarement de la cyanose.

de ce moyen de suspendre la douleur. Car, en présence de cet état des téguments, et de la respiration stertoreuse qui raccompagne, je ne connais personne qui soit assez téméraire, qui ait assez de courage pour continuer les inhalations. La cyanose marque leur limite; on s'arrête, et comme à ce moment, si le gaz est pur, Tanesthésie est toujours complète, l'opérateur agit.

(( Cependant la cyanose n'apparaît pas toujours; elle est alors remplacée parfois par la respiration stertoreuse; sa présence ou son absence dépendent des divers sujets. J'ai remarqué que ceux qui se cyanosent le plus s'endorment plus vite, mais ont un sommeil plus court. Lorsque le pi^otoxyde est bien préparé, un tiers à peine des sujets présentent la cyanose; les autres s'endorment en conservant une figure un peu vultueuse peut-être, mais néanmoins très rassurante. Chez eux le sommeil est plus calme, plus profond et de plus longue durée (j'ai pu dans un cas de ce genre pratiquer, avant le réveil, l'extraction de seize dents ou racines); il s'accompagne aussi de rêves plus agréables. »

Afin de mettre en évidence la supériorité du protoxyde d'azote sur les autres agents anesthésiques, nous allons, en nous plaçant toujours au point de vue des opérations de courte durée, examiner successivement les différents procédés en usage pour supprimer la douleur.

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