PSAUME LXVIII
Sahum mefac , Deus.
Les Évangélistes ont cité nombre de versets de ce psaume, qu^ils ont appliqués au Sauveur du monde , comme une image prophétique de plusieurs circonstances de sa passion , formellement exprimées. La première moitié du psaume révèle ses sentimens à Pégard de son Père et à l'égard des hommes ; la seconde représente la punition des Juifs , leur incrédulité obstinée au milieu de leurs longs malheurs , et enfin l'établissement de rÉglise. Les Pères n'ont pas douté que Jésus-Christ luimême ne parlât dans tout ce psaume par la bouche du prophète ; et un des meilleurs écrivains de ce siècle a dit éloquemment , que c'était un morceeui précieux du Testament de Jésus- Clirist consommant son sacrifice, (. ,.• ^ ,', /• •
Sauvez-moi, Seigneur, parce que les maux sont entrés jusqu'au fond de mon âmë.
Je suis descendu dans un abîme sans fond, et la tempête m'a englouti dans la profondeur des eaux.
Les cris de ma douleur ont fatigué ma voix et desséché mon gosier ; mes yeux se sont éteints , tandis que l'espérance les relève encore vers vous.
' Ainsi le Psalmiste réunit à Fespérance d'une vie future, espérance fondée sur Tattente du Messie, des vœux et des actions de grâces pour sa venue : c'est du Verbe que saint Jean a dit , à peu près comme le Psalmiste : Le Verbe est dès le commencement avec Dieu.
Ceux qui me haïssent injustement sont plus nombreux que les cheveux de ma tête ; mes injustes persécuteurs se sont fortifiés contre moi , et j'ai payé ce que je nb devais pas ^
Vous seul , Seigneur, savez quelle est mon ignorance et quels sont mes péchés : ils ne sont pas cachés à vos yeux *.
Seigneur, Dieu des armées, que ceux qUi m'attendent ^ ne rougissent pas de moi : Dieu d'Israël , que ceux qui me cherchent ne soient pas confondus à cause de moi.
Car c'est à cause de vous ^ que j'ai supporté
' Jésus-Christ acquittait les péchés qu'il n'avait point commis : il est difficile de le dire plus clairement.
* Les Juifs savaient bien que Jésus- Christ était innocent, et c'est .pour cela qu'ils étaient injustes. Mais devant son Père, il porte Vignorance et les péchés des hommes, parce qu'il Ta voulu; et le verset signifie que ce mystère est entre Jésus-Christ et son Père. Saint Paul a rendu la même idée avec une grande énergie: «Jésus-Christ, qui ne connaissait pas le péché, a été ^fait péché à notre place. »
* Toutes les expressions de ce psaume caractérisent la mission du Médiateur. Il était \ attente de tous les anciens justes et le salut de tous les justes à venir ; et il demande à son Père que cette attente $oit remplie , et que son sacrifice donne aux hommes le salut,
^ Chaque mot manifeste Jésus-Christ. Assurément David, dans quelque situation qu'on le suppose , humilié et persécuté ou par la jalousie de Saiil , ou par la révolte d'Absalon , ne l'était en aucun sens à cause de Dieu, Tous ses ennemis reconnaissaient et adoraient le même Dieu que lui. Mais Jésufr-
l'opprobre, et que l'ignominie a couvert mon visage.
Je suis devenu étranger à mes frères; mes frèr^ m'ont méconnu ^ , parce que le zèle de votre maison m'a consumé, et que vos injures sont devenues les miennes.
Tai affligé mon âme par le jeûne, et ils m'en oiit fait un sujet de reproche.
J'ai fait mon vêtement du sac de l'affliction , et ils en ont fait un sujet de raillerie *.
Ceux qui étaient assis sur les tribunaux ont parlé contre moi , et ceux qui buvaient du. vin m'ont insulté dans leurs chansons ^. '
Et moi, je vous adressais ma prière : Seigneur,
Christ était humilié pour satisfaire à la justice de son Père , et lui seul peut parler ainsi.
* « il est venu dans son pays, et les siens ne Font pas reçu. » [Saint Jean,) Pourquoi? Le prophète le dit ici : parce qu'il était venu pour édifier la nouvelle maison de Dieu, et apporter sa nouvelle loi. Les disciples, dans TÉvangile, lui appliquent ces paroles ; Parce que le zèle de votre maison m'a consumé , lorsqu'il chasse du temple les vendeurs qui le profanaient.
* Expressions figurées et conformes au style de rÉcriture, pour dire que son humilité et sa patience n'ont fait que lui attirer de nouveaux outrages. Le mot de sac est celui du texte, quoiqu'il y ait ciliée dans la Vulgate , et Ton sait que l'un et l'autre étaient des figures de deuil, de douleur, de pénitence, etc.
' Les blasphèmes et les imprécations des juges , et les moqueries des soldats.
oici le temps de votre clémence : exaucez -moi elon la fidélité des promesses de salut ^
Retirez-moi de la fange, afin que je n'y demeure as enfoncé ; délivrez-moi de la haine de mes perécuteurs; arrachez-moi du sein de l'abîme. Que les flots ne jne submergent pas; que l'abîme m'engloutisse pas ; et que la bouche du gouffre se referme pas sur moi.
Exaucez-moi , Seigneur, parce que votre bonté ^^st compatissante; jetez sur moflan regard projice , selon l'abondance de vos miséricordes.
Ne détournez pas vos yeux de vôtre serviteur; ^âtez-vous de me secourir dans mes souffrances. Voyez l'état de mon âme et délivrez-la ; sauvezonoi , afin que mes ennemis ne triomphent pas.
Vous seul savez jusqu'où vont mes opprobres, ma honte et ma <;^fusion ^ : ceux qui me tour-
' Jésus-Christ , parlant toujours comme homme et homme de douleurs (yirum dolorosum) , est ici comme dans son agonie du jardin des Olives, demandant à son Père à' éloigner de lui ce calice, s* il est possible. Il le conjure de le secourir afin (ju'il ne succombe pas à la grandeur de ses maux ; et Ton se souvient que dans son agonie il apparut près de lui un ange du ciel pour le soutenir,
' Ces mots tu sais y c'est vous qui savez y lorsqu'il s'agit de choses dont il semble qu'il y eut tant de témoins et de juges , signifient que Dieu seul pouvait connaître ce que pouvait souffrir l'Homme- Dieu; et il est certain que Jésus-Christ, égal à son Père, pouvait seul connaître l'étendue de son sacrifice, et ^a charité infinie qui en était le principe; d'où il suit que la
mentent sont devant vos yeux ; et je n'attends encore que des outrages et des douleurs.
J'ai attendu que quelqu'un compatît du moins à mes maux, et personne ne s'est affligé avec moi : j'ai attendu quelqu'un qui me consolât, et je ne l'ai pas trouvé ^
Ils m'ont donné du fiel pour nourriture; et quand j'ai eu soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre ^.
^ Qu'en punition de leurs crimes , la table de leurs sacrifices éTevienne pour eux un piège où ils tombent, et un écueil où ils se brisent.
Que leurs yeux s'obscurcissent, afin qu'ils ne voient point; et que leur dos soit toujours courbé pour la servitude.
Répandez sur eux, Seigneur, toute votre colère;
rédemption devait nécessairement être un mystère dans tous les sens.
' Ses disciples l'abandonnèrent, et saint Pierre même le renia. Sa mère et le disciple bien-aimé, saint Jean, vinrent au pied de la croix , et y restèrent en silence.
* Cité dans l'Évangile, lorsqu'on lui présenta du fiel mêlé avec de la myrrhe , et une éponge trempée de vinaigre.
^ Ici commencent les arrêts de justice et de vengeance, jusqu'à ces mots, avec ceux des justes. Ce ne sont point ici des imprécations , il n'y a que l'homme qui puisse en faire : ici Jésus-Christ parle en Dieu et en juge. Il prononce ses arrêts sur le tribunal de sa croix, qui sera encore au dernier jour le tribunal où le monde sera jugé. Il commande au siècle et au monde de punir les Jui& déicides , et depuis dix-huit cents ans le monde et les siècles ont obéi.
ue votre fureur se saisisse d'eux ; que leurs de-
eures deviennent désertes, et que personne n'ha-
ite dans leurs maisons.
Ils ont frappé celui que vous frappiez ' ; ils
'ont fait blessure sur blessure; et vous aussi,
eigneur, mettez leurs iniquités par-dessus leurs
jiiquités , et qu'ils n'aient point de part au bien-
^it de la justification.
Qu'ils soient effacés du livre des vivans , et que
-^urs noms ne soient pas écrits avec ceux des justes.
Je suis pauvre et affligé; mais votre main salu-
aire me soutiendra; et je célébrerai le nom du
eigneur dans mes cantiques, et je le glorifierai
aps mes louanges ;
Et ce sacrifice sera plus agréable à Dieu que le ang des jeunes victimes, que le sang de la génisse t du taureau^.
Que les pauvres voient et qu'ils se réjouissent : herchez le Seigneur, et votre âme vivra.
Car il n'a point oublié les pauvres , et il n'a point égligé les captifs qui sont à lui ^.
" Ce passage et une foule d'autres semblables dans les livre» ^ints prouvent ce qu'il n'est pas permis d'ignorer, que, quoiue les méchans soient souvent les instrumens de la justice ivine, ils n'eu sont ni moins coupables ni moins punis.
' Abolition des sacrifices de l'ancienne loi , dont on a déjà Ti l'insuffisance dans le psaume xlix. ^
^ Les pauvres sont ici , comme en mille autres endroits
e l'Écriture, les âmes bumbles qui ont confiance dans le
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