‹ Le psautierChapitre 6 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DE LA NATU&E ET DE l'oBJET DE CET OUVRAGE.

J E dois d*abord rendre compte, des motifs qui m ont engage à entreprendre la traduction d'un livre aussi connu et aussi souvent traduit que le Psautier.

Les différentes versions que Ton trouve dans les iiTres X Heures à l'usage des fidèles , sont sans doute Iwnnes en elles-mêmes, puisqu'elles ont eu l'approbation de l'Eglise. Cependant j'ai cru qu'elles pouvaient avoir pour bien d'autres l'inconvénient qu'elles ont eu ' pour moi-même, celui d'être souvent insuffisantes pour ^intelligence du texte, lorsqu'on désire de se la procurer aussi complète qu'il est possible. L'avantage que Peuvent avoir ceux qui sont en état de lire le latin de la *^^gate , et même le grec des Septante , ne suffit pas encore pour donner une entière connaissance de ce livre "^^ïi, connaissance que l'on est d'autant plus empressé ^^Ocjuérir, qu'on sent plus vivement quelle source ^"Cfcï^jjante d'édification et d'instruction les fidèles de tout: état ont dû y rencontrer, depuis que la Bible, ^ad-^jite en langue vulgaire , est dan» les mains de tout *® *^onde. Quelques observations feront comprendre ^^ïxient ce qui peut manquer encore pour tirer de cett:^ lecture tout le fruit qu'on en peut attendre.

Psautier. i

Il faut d abord se souvenir que les traducteurs grecs et latins, pleins d'un juste respect pour le texte original des livres saints, et regardant comme leur premier devoir la fidélité la plus scrupuleuse, y ont tout subordonné. Or, le génie de la langue hébraïque est si différent de celui du grec et du latin, qu'il leur est devenu ij^possible de répandre toujours une même clarté sur une version assujettie à des règles si étroites , et de rendfe toujours le sens également intelligible, en s'astreignant à rendre les expressions. Cela ne surprendra aucun de ceux qui sont assez instruits pour avoir quelque idée de la diversité des idiomes, et des divers procédés qu'il faut suivre pour faire passer la pensée d'une langue dans une autre. Je n'ai aucune connaissance de l'hébreu; mais sur quantité de passages cités dans les livres où ils sont rendus mot à mot, soit en grec, soit en latin, il est aisé déjuger combien les constructions et les formes du style hér braïque ont peu de rapport avec celles des langues que nous connaissons. Ajoutez à cette difficulté toutes celles du style des prophètes : la principale n'est pas même la hardiesse des tours et des figures, qui pourtant est telle qu'on n'y connaît rien de comparable, et qui tient d'un côté à l'inspiration divine, de l'autre, à la nature même de leur langue; mais c'est surtout la suppression fréquente des idées intermédiaires et des liaisons ' , caractère bien autrement marqué chez

* Ceci ne contredit point ce que dit Condillac des langues orientales , que le pléonasme y est habituel ; quoiqu'il n'en jugeât que sur les traductions de rjÉcriture et sur celles des poésies de Saadi , il avait raison en ce

eux qu'ilne l'est, par exemple, dansPindare, qui passe pour avoir osé en ce genre plus qu'aucun des lyriques grecs et latins. Or,- les interprètes qui ont traduit dans ces deux langues, ne voulant presque jamais rien sup pléer, on peut imaginer combien il a dû rester de nuages sur le texte qu'ils ont substitué pour nous au texte hébreu des poésies sacrées.

Ensuite, lorsqu'on en est venu aux traductions en langue vulgaire, après la découverte de l'imprimerie, on a suivi deux méthodes différentes»: les uns ont écrit dans les mêmes principes qui avaient dirigé les Septante et la Vulgate latine, ceux de la version littérale; et c'est ainsi qu'a traduit^e plus connu et le plus suivi de toiis , Sacy : les autres ont plus ou moins paraphrasé, et ce sont ceux qui ont rédigé nos livres i'Heures, Les premiers se sont rejetés sur le secours des commentaires , qui ofïrent, il est vrai., tous les genres d'explications; mais combien peu d'hommes ont assez de loisir pour lire et étudier ces volumineux ou- ^ages, tels que ceux de Sacy et de Cdmet, ou assez d'instruction pour les entendre ! ces livres-là ne sont , sous aucun rapport, à la portée du grand nombre. Les autres, qui se sont renfermés dans la rédaction des offices de l'Église, se sont rapprochés beaucoup davan-

**^) que la répétition des mêmes idées paraît venir , chez les poètes orien- ^^ > d'un manque de termes abstraits , soit de genre , soit de modification , piQtàt que d*un vice de composition. Mais il n'en est pas moins vrai qu'à '^tte espèce de pléonasme se joint en même temps une sorte de concision **^les tours , que les auteurs sacrés ont portée souvent à un degré qu'au- ^* Version ne peut atteindre. On en verra des exemples dans la suit^de ^<Wurs.

/, DISCOtTRS PRÉLIMINAIRE.

tage de l'utilité commune ; mais il s*en faut encore de beaucoup qu ils aient rendu le texte des psaumes ( pour me borner ici à mon objet) suffisamment intelligible pour tout le monde. Ils n*ont point ajouté au texte les notes nécessaires; ils n'ont point expliqué, ou du moins, assez expliqué le sujet de chaque psaume; ils n'ont point distingué ce qui est littéral ou figuré; ils n'ont point marqué ce qui est dans l'ancien Testament une prophétie des mystères du nouveau; ils n'ont •point indiqué les endroits où c'est Dieu lui-même qui parle, afin qu'on les discernât de ceux où parle le Psalmiste; ils n'ont point averti des endroits où il y a dialogue, et ils sont assezffréquens; enfin, quoique leur paraphrase soit écrite avec assez de pureté, elle a, ce me semble, un grand inconvénient : c'est qu'elle efface souvent le principal caractère de l'original, cette simplicité touchante, d'où naît ce qu'on appelle onction, mot dont les Uvres saints ont les premiers donné l'idée, et qui est devenu ensuite l'éloge des productions les plus pénétrées du même esprit, et particulièrement celui de Y Imitation de Jésus ^ Christ y que l'on peut mettre à la tête de tous les livres de piété , et dont le charme est si grand, qu'il a été senti par celui de fous les écrivains qui semblait devoir y être le moins sensible , puisqu'il en était le plus éloigné , Fontenelle : c'est le délicat Fontenelle qui a dit de l'ouvrage du moine A-Kempis : le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes y puisque V Evangile n^en est pas.

En lisant les psaumes dans le français de nos Heures,

DISCOURS pr:éliminaire. 5

on sent généralement dans la diction un goût qui est si moderne, qu'il forme une sorte de contraste avec le fond des choses , qui ne l'est point du tout ; et c'est là cependant que rien n'est plus à désirer que cet accord entre les objets et le style, entre l'époque et. le ton de l'ouvrage ; accord dont l'effet est toujours si heureux. Ceux qui ont seulement pu lire la Vulgate, et qui n'ont pas le goût gâté, ont dû s'apercevoir que le latin des psaumes, sans être pur ni même correct, respire partout quelque chose d'antique et de saint; et cet avantage précieux est dû au soin qu'ont eu les auteurs de se tenir près de l'original. Cette simplicité si importante à conserver n'a point été perdue, il est vrai, dans les versions françaises de l'Evangile ; mais aussi cela était infiniment plus aisé; et les raisons de cette différence sont si connues, que ce n'est pas la peine de les rappeler dans ce discours, où je voudrais De faire entrer aucun détail d'érudition que dans le cas d'une nécessité absolue.

Ce n'est pas que l'effet de ces ouvrages divins soit subordonné au différent mérite des traductions ; cet effet dépend, avant tout, des d^t)sitions de l'âme; et ces dispositions dépendent de celui qui seul peut les uonner. Mais lui-même n'a jamais interdit au zèle ce î^e les facultés humaines peuvent fournir de préparations à sa grâce : au contraire, il les autorise et les prescrit, et tous les moyens sont sanctifiés par leur fin. Quoiqu'il agisse sur les âmes d'une manière surï^aturelle, il admet presque toujours les moyens Iîu- "^^s, parce qu'il agit sur des hommes ; et les miracles

sortent rarement des trésors de sa providence, depuis que le plus grand de tous les prodiges, celui de l'établissement de sa religion, couronnant trois siècles de merveilles, a laissé sans excuse ceux qui en demanderaient encore de nouvelles.

11 est vrai aussi que, sans entendre parfaitement tout ce que contiennent les psaumes ( et peut-être n'y a-t-il encore personne qui les ait entendus, ou même qui puisse les entendre ainsi), il n'y a d'ailleurs point de fidèle qui n'y puisse trouver assez de quoi s'édifier, s'affermir, s'éclairer et se consoler; et j'aivu des personnes simples et sans lettres en appliquer des passages fort à propos, et les citer avec âme, comme un homme lettré citerait Horace ou Virgile avec goût ; car tel est le caractère de la religion, que ses bienfaits sont à la portée des plus bçrnés comme des plus savans : ceuxci n'ont pas assez de toute la vie pour pénétrer les profondeurs et atteindre les sublimités de ce grand ouvrage de Dieu, qui n'aura sa consommation que dans l'autre vie ; mais le moindre des fidèles n'a besoin que de l'Evangile poxir connaître, aimer et servir Dieu, et c'est tout ce qu'il ^ut à l'homme : Porro unwn est necessarium. Ainsi le physicien seul va reconnaître dans les montagnes la source d^un fleuve, observe son cours et ses progrès jusqu'à la mer, le suit même sous terre quand il s'y cache pour en sortir : mais l'eau du fleuve est à tout le monde ; chacun y puise selon ses besoins et ses moyens; et dans son cours non interrompu, il entraîne incessamment jusqu'aux immondices et aux poisons que l'on y jette, sans que la salubrité natu-

relie qu*il a reçue de celui qui Ta fait puisse jamais se perdre ni s'altérer.

JUais si la lecture des psaumes est si utile, même

([xi.and on n'est pas en état dy comprendre tout, n'y

a — T-il pas lieu d'en attendre encore plus de fruit, si

ToTi peut en acquérir une connaissance plus étendue ,

c^est-^-dire au moins la partie la plus essentielle de ce

que no«5 ont appris là-dessus les Pères de l'Eglise et

\es interprètes qu'elle avoue? Le premier pas sans doute

est l'intelligence du texte; et c'est là que je me trouvai

d'abord arrêté quand je voulus étudier ces cantiques

religieux qui avaient déjà pour moi tant d'attraits.

Ce n'est pas assez de savoir le latin, ni même le grec : dans la Yulgate, souvent les phrases ne sont pas même latines; et c'est ce qui doit arriver quand on «range des mots latins calqués sur l'hébreu. Le grec fist beaucoup plus clair, parce que du moins il est toujours grec; mais il n'est pas moins insuffisant, parce qu'il ne ^supplée rien, non *" plus que la Vulgate: joignez-y toutes les causes d'obscurité que j'ai détaillées ci-dessus, et qui se retrouvent même dans les Heures françaises. Il me fallut donc avoir recours au travail des savans; et le travail le plus parfait en ce genre, sans nulle comparaison, celui sans lequel je| n'aurais pas même entrepris le mien, celui qui m'a fourni des secours dont je n'aurais pu me passer, est le Psautier en huit volumes du P. Berthier, qui contient non-seulement une version exacte à côté du texte latin, mais des notes explicatives sur chaque verset, des avant-propos fort étendus sur le sujet de chaque psaume, et

^es réflexions morales relatÎTes à Vespèce d'instruction qu'on en peut tirer. Cet excellent livre, l'un des meilleurs et des moins connus en France qui aient paru dans ce siècle, fut pour moi une .découverte et un trésor; il m'aplanissait tous les obstacles, et me tenait lieu de tout ce qui me manquait. L'auteur était un des plus savans philologues et des plus judicieux critiques de l'Europe'; il savait parfaitement l'hébreu, efj conforme souvent sa version , qui d'ailleurs ne rentre nullement dans ce que je projetais pour la mienne. ^11 a voulu faire une bonne expUcation, satisfaisante pour les gens instruits ou qui veulent s'instruire, plutôt qu'une traduction usuelle, et qui eût l'espèce d'agrément que doit avoir ce qui doit être souvent relu. Il discute l'original dans, ses notes, et c'est là qu'il met souvent le mot à mot de l'hébreu, en français ou en latin, surtout dans les endroits où les interprètes et les commentateurs n'ont pas été d'accord. Ce mot à mot hébreu m'a beaucoup servi, parce qu'il est toujours plus concis, plus poétique, plus hardi que toutes les versions quelconques ; et j'ai tâché alors d'en rapprocher la mienne * autant que notre langue peut le permettre, comme je me suis £sdt en général une étude de repro-

* C'est cet homme universellement yénéré des savans par ses vastes connaissances , et de toute l'Europe par ses modestes vertus , que Voltaire eut le malheur d'outrager pendant vingt ans , sans en avoir reçu aucune injure , et sans en recevoir aucune réponse.

' Quand ceux qui confronteront ma version avec la Vulgate trouveront que je m'en écarte , ils doivent penser que j'ai suivi l'hébreu , quoique j'en aie rarement averti.

duire les formes et les tournures originelles, et pour ainsi dire indigènes, qui peuvent seules conserver à ces poésies, consacrées par l'inspiration et par les siècles, leur vêtement de religion et d'antiquité.

Il est évident que le respectable écrivain qui ma servi de guide et de maître n'a point songé à donner aux fidèles un livre à! Heures; et c'est tout ce que je me suis pilïposé. Il a suivi l'ordre niunérique des psaumes, et j'ai suivi celui des, Offices de chaque jour de la semaine , comme dans tous les Psautiers ordinaires. Il n'a traduit ni les hymnes ni les cantiques, et je me suis fait un devoir de les traduire. Les hymnes som toutes du célèbre Goffin, le digne rival de Santeuil : celles de ce dernier ont été adoptées principalement pour les fêtes solennelles, et poijr ce qu'on nomme le Propre des Saints. Il a plus de verve et de poésie que Goffin , mais moins de douceur et d'onction. La latinité de celui-ci est très-pure et très-élégante , et plusieurs de ces hymnes paraîtront avoir des beautés, même dans la prose française. Les cantiques sont tirés des prophètes', et sont, <^oinme les psaumes , accompagnés de quelques notes, ÎUand elles m'ont paru nécessaires : je dis nécessaires, '^on pas pour ceux qui en savent autant et plus que ^oi, mais pour ceux des fidèles que leur condition n'a P^s mis à portée de s'instruire : c'est pour eux principalement que j'ai travaillé. Ces notes sont courtes, et ^^^ici quel en est le but, ainsi que celui des argumens ^^ clu livre entier.

J'ai souhaité que chacun , en lisant ces psaumes , pût ^ï^pçendre et savoir sans peine ce que j'ai appris avec

lo DISCOURS PRÉLIMINAIRE,

qudque -étude; j'entends seulement ce qu'il importe à tout Chrétien de savoir, et ce que peu de personnes iront chercher où je l'ai trouvé. Certainement des volumes chargés de latin, de grec et d'hébreu, ne sont pas pour la multitude. Les discussions critiques et philologiques, engagées avec les érudits, les hellénistes et les hébraïsans, ne sont pas pour tout le monde. Mais il est bon que tout Chrétien puisse voir d'un coup d'œil dans les psaumes, dont la plupart sont des prophéties^ le rapport exact et frappant des figures de l'ancien Testament avec les mystères du nouveau; et quand des passages de ces psaumes sont cités par les évangélistes et les apôtres, connue des prédictions accomplies en Jésus-Christ; quand lui-même s'en est fait l'application dans l'Evangile, il est utile au fidèle d'y reconnaître les objets de sa foi; il lui est doux d'admirer la clarté j la fidélité, la convenance parfaite de ces prophéties authentiques, avec ce qu'il a lu dans le nouveau Testament; et toutes ces indications, dont les sources ne peuvent lui être suspectes, sont la matière des notes et des argumens.

En général, David, ainsi que tous les prophètes, a souvent en vue le Messie, dont l'avènement leur était révélé par l'Esprit saint , et faisait l'objet de leur attente et de leurs vœux. On sait que David lui-même, ainsi queNoé, Moïse, Joseph, et tant d'autres justes de l'ancien Testament, étaient la figure de Jésus-Christ dans beaucoup de circonstances de sa vie, et que les grands événemens de l'Histoire sainte étaient aussi. des images allégoriques des victoires du Messie sur le démon , sur

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. ii

l'idolâtrie, sur l'erreur; et il est naturel et conséquent que les chants de David, pleins de l'Esprit divin, retracent à tout moment ce sens spirituel , caché sous le sens littéral relatif aux situations personnelles où se trouvait le prophète. L'Esprit saint a voulu même, pour ne laisser là-dessus aucun doute raisonnable , que dans les cantiques qu'il dictait à David, il y en eût qa'il ne fut pas possible 4e lui appliquer, non plus qu'à Salomon, ou à quelque autre que ce fût : on en verra des exemples indiqués dans les notes de cette traduction. Quant à ceux des psaumes qui, sans être évidemment des pisophéties , sont cependant susceptibles à la fois d'un sens littéral et figuré , ce sont les Pères de l'Eglise qui, en méditant sur ces poésies divines, y ont découvert tout ce qui regarde la délivrance et le salut des âmes; et comme on ne saurait douter qu'il ne fussent favorisés des lumières supérieures , ces ins* tractions, consignées dans les écrits qu'ils nous ont laissés, et singulièrement dans ceux de saint Augustin, sont un dépôt précieux pour les fidèles , et des secours qUe la Providence leur a ménagés pour toute la suite des temps. Mais la forme et la nature de l'ouvrage que je donne au public ne me permettaient de faire qu'un usage très-borné de ces pieuses explications , et seule* ment de «Manière à mettre sur la voie les lecteurs disposés par eux-mêmes à réfléchir sur les livres saints, et à y puiser les vérités du salut, que Dieu ne refuse jamais à ceux qui les cherchent de bonne foi : Non de^ ^eliquisti quœrentes te , Domine, L'objection qu'on a tirée de ces divers passages,

dont le texte a donné lieu à différentes interprétations, soit dans les psaumes, soit dans les autres parties de la Bible, et la conséquence qu'on a youIu en déduire contre lautorité des Ecritures, sont également contraires à la raison. Personne n'ignore qu'il n'y a point d'ouvrage dans les langues savantes qui n'ofifre de semblables difficultés, n y a nombre d'endroits dans les classiques grecs et latins , sur lesquels on n'a jamais été d'accord , parce qu'ils offrent plusieurs sens également plausibles. C'est ce qui doit arriver pour nous de tout livre écrit dans une langue morte; et il y en a même des exemples dans les langues vivantes, en proportion des changemens qu'elles ont successivement éprouvés. Si l'on en concluait l'incertitude générale sur ce que contiennent ces livres, on tomberait dans un pyrrhonisme absurde; ce qui ne mérite ni attention ni réfutation. Pour ce qui concerne les livres saints, il est de fait que ces diversités de sentiment sur le texte ne tombent jamais stu* ce qui est de foi. Il y a plus : les anciens interprètes hébreux sont le plus souvent d'accord avec les interprètes chrétiens, sur des passages appliqués à l'avènement du Messie; et c'est là tout ce qui nous importe pour constater la prophétie. Ce n'est pas là l'objet de la controverse entre eux et nous : ce qui les sépare de nous à cet égard, c'est qu'ils entendent toujours d'un règne temporel ce que nous entendons d'un règne spirituel, et qu'ils attendent d'un législateur qui régnera sur toute la terre ce que nous croyons accompli dans le législateur de l'Evangile , qui est venu régner sur les âmes , en leur

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apportant la vérité, la grâce et le salut. Ils attendent le roi des temps, et nous adorons le roi de l'éternité. Si j'avais à revenir sur cette disparité de croyance, qui ost encore entre eux et nous le mur de séparation, Ion sent bien que ce ne serait pas ici ; et d'ailleiirs la matière est depuis long-temps épuisée. J'observerai seulesnent que cette aveugle obstination à ne pas voir ce cj^vi a paru, pour attendre ce qui ne paraîtra jamais ( puisqu'un empire temporel et universel sur ce globe x-epugne au bon sens) , est clairement prédite eilf|[^gt endroits de ces mêmes prophéties qu'ils nous ont si soigneusement conservées; et j'ajouterai qu'il n'y a 'nnéme que la prédiction qui puisse rendre l'aveuglement concevable.

Quant à ces endroits du texte différemment explicjxiés par les traducteurs, l'inconvénient est d'autant plus léger, que presque toujours les verfions proposées rentrent dans un sens également édifiant, également orthodoxe. J'en citerais des exemples si j'écrivais ici pour des critiques ; mais ce n'est pas le but de ce livre ; ^t: je me contenterai d'assurer que généralement toutes ^^s manières différentes de rendre quelques versets des t^saumes ne sont au fond que des disputes de grammaire , ^^■"és-indifférentes à ceux qui ne sont pas grammairiens.

C'est par la même raison que je n'entre nulle part ^^Jis aucun détail poiu* justifier les endroits de cette ^^^•^•^duction où je me suis conformé à tel ou tel avis I^l'titôt qu'à tel autre, ni même sur ceux où j'ai hasardé ^ ^voir le mien. Rien, de tout cela, je le répète, u'in-

'esse ni le dogme ni l'édification , et ne pourrait

i4 DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

s'adresser qu'aux curieux d'érudition et de littérature , sans être d'aucune utilité pour le plus grand nombre de« fidèles. J'ai traduit pour des Chrétiens, et non pas poux des gens de lettres. Si cependant ceux qui sont l'un et l'autre (et il y en a peu en France * , mais beaucoup en Europe) apercevaient des fautes dans cette version, ils me feraient plaisir de m'en avertir, en rendant leurs observations publiques, et j'en profiterais avec reconnaissance.

.|aBi|ai pas cru devoir entrer non plus dans l'examen qui a occupé tant de plumes savantes, pour savoir quels sont les psaumes composés par le roi prophète ou par d'autres que lui; il me suffit de pouvoir assurer aux fidèles que cet examen n'a point amené le résultat que l'on cherchait, et qui heureusement n'est d'aucune conséquence. C'est assez pour eux comme pour moi que l'Ëglis^ ait universellement adopté le Psautier , comme dicté par le Saint-Esprit, ainsi que tous les livres canoniques qui forment la Bible. Le plus grand nombre des psaumes est reconnu pour être dé David, par l'uniformité des titres portés sur les plus anciens manuscrits authentiques , soit hébreux, soit chaldaïques, soit grecs et latins. Ce qui a fait naître des doutes sur d'autres, ce sont les noms d'Asaph, d'Héman, d'Idithun, de Coré, etc., qui se trouvent joints au titre; et l'Ecriture nous apprend qu'ils étaient à la tête des chantres d'Israël et dés corps de musique chargés d'exécuter les symphonies qui accompagnaient les cantiques sacrés

' La Harpe écrivait pendant le règne de la terreur. ( /. X. )

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. i5

dans les cérémonies religieuses. Tous étaient contemporains de David; d'où Ton infère avec beaucoup de vraisemblance que leur nom, au-devant des psaumes ou il est placé, indique seulement que c'étaient ces chantres qui devaient présider ou avaient présidé à l'exécution; ce qui n'empêche nullement que David nen puisse être l'auteur, comme de tous les autres qu'on ne lui conteste pas. Rien n'empêche non plus qu'il ne le soit de ceux qui regardent manifestement la captivité de Babylone, comme par exemple le psaume &uper Jlundna y quoique cette captivité n'ait eu lieu que plusieurs siècles après lui. Ce prophète, qui a représenté la passion de notre Seigneur aussi clairement qu'Isaïe lui-même , a pu voir dans l'avenir des Juifs sur les bords de l'Ëuphrate, comme il a vu Jésus-Christ sur la croix, \&s pieds et les mains percés de clous ^ ; et dès que l'on reconnaît le don de prophétie, la distî^ce des temps n'y fait rien. Ce don ne serait pas d'ailleurs moins miraculeux dans les psaumes qui portent le nom d'Âsaph et des autres chantres, quand même il serait sûr qu'ils en ont été les auteurs, puisqu'ils vivaient du temps de David, et qa'ils n'ont pu voir comme lui que par inspiration ce qui s^'est passé long-temps après eux. Il est dit même expressément dans l'Écriture, qu'Asaph était «w des prophètes d'Israël; et c'est ce qui m'a fait avancer qu'au fond cette discussion n'était d'aucune importance pour nous. Il n'y a qu'un très-petit nombre de psaij^es que l'on s'accorde à regarder comme n'étant

' Foderunt manus meas et pedes meos , etc. Ps. xxi.

x6 DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

pas de David; et j'en ai indiqué un, le quarante-septième ( Magnus Dominus ) ; je n'ai spécifié ceux qui étaient unanimement reconnus pour être de lui, que quand cette indication pouvait être de quelque utilité , comme dans les psaumes où les mystères de notre religion sont en prophétie.

fe n'ai pas mis, à garder la division nmnérique des versets, plus de scrupule que n'en ont mis les anciens interprètes. Les Grecs n'ont pas toujours suivi les divisions alphabétiques des Hébreux, comme les Latins n'ont point suivi constamment celle des Septante. Les uns ont eu souvent égard aux rapports de. construction et de sens, et aux procédés dé grammaire; les autres ont voulu faciliter le chant d'église. A leur exemple, je me suis permis aussi de donner quelque chose au complément et à l'effet de la phrase française. Pour ce qui est de la yersion même, j'ai tâché d'y mettre ce degré de précision qui ne nuit ni au sentiment ni à la clarté, et, si j'ose le dire, cette espèce d'élégance qui s'accorde avec la simplicité. En un mot, j'ai souhaité, je l'avoue, que l'on pût Ure avec plus de facilité, et, s'il 'est possible, avec plus d'attrait, ce qui est si bon à lire en tout temps et pour ^us : heureux si mon travail est aussi utile aux autres qu'il m'a été agréable à moi-même ! Il portera son fruit , si le ciel daigne le bénir.

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