GOMME OUVRAGES DE POÉSIE
Quand les poèmes de Moïse, de David, d'Isaïe et des autres prophètes, ne nous auraient été transmis que comme des productions purement humaines, ils seraient encore, par leur originaUté et leur antiquité, dignes de toute Tattention des hommes qui pensent, et, par les beautés uniques dont ils brillent , dignes de Vadmiration et de l'étude de tous ceux qui ont le sentiment du beau. C'est aussi l'hommage qu'on leur a toujours rendu; et de nos jours, un Anglais ' plein de goût et de connaissances, qui était professeur de poésie au collège d'Oxford, a consacré à celle des Hébreux un ouvrage qui a été beaucoup lu, quoique fort savant, et qu'on regarde comme un des meilleurs livres que l'Angleterre ait produits. La mode de l'irréligion, qui date en France du milieu de ce siècle , n'a pas même détruit parmi nos littérateurs l'impression que doivent faire les poésies sacrées sur quiconque est capable de les sentir.
* Le docteur Lowth , professeur et depuis évéque d'Oxford. Voyez son livr^ de Sacra Poësi Hebrœorum , où il approfondit ce que je ne puis ici ({u'effleurer. Cet ou^age est formé des leçons latines qu'il lisait au collège d'Orford.* '
Ia meillenre édition de cet ouTrage est celle de Leipsick , x8i5, ûi-8^ ', »^ » été tradnit par MM. Roger et Sicard.
Psanti
er.
i8 DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
On a vu les plus déterminés ennemis de la religion révérer comme poètes ceux qu'ils rejetaient comme prophètes; et Diderot laissait à la Bible une place, dans sa bibliothèque choisie, à côté d'Homère '.
Voltaire seul, parmi les gens de lettres dont l'opinion peut marquer, a toujours fait profession d'un grand mépris pour les psaumes et les prophéties, comme pour toute l'Écriture en général; et ce n'était pas chez lui jugement, mais passion. Le goût qu'il a . montré d'ailleurs ne permet pas d'en douter ; et l'on convient que c'est à lui surtout qu'on pouvait appliquer ce vers d'une de ses tragédies :
Toutes les passions sont en loi des farenrs.
Il n'a cessé pendant trente ans de travestir l'Écriture en prose et en vers, pour se donner le droit de s'en moquer. Il n'en fallait pas davantage pour entraîner à sa suite une foule d'ignorans et d'étourdis, qui n'ont jamais connu la Bible que par les" parodies qu'il en a faites, et qui, n'étant pas même en état d'entendre le latin du Psautier, ont jugé des poèmes hébreux d'après les facéties de Voltaire , comme ils parlaient des pièces de Voltaire lui-même d'après les feuilles de Fréron.
On ne se flatte pas d'imposer silence à cette espèce d'hommes, sur qui la raison a perdu ses droits, surtout depuis que la déraison est, de toutes les puissances, la plus accréditée. Mais comme un des vices de l'esprit
' Voyez V Éloge de Richardson,
français est d'être plus susceptible qii aucun autre de la contagion du ridicule, bien ou mal appliqué, il n'est pas mutile de rétablir la vérité, du moins pour ceux qui, étant capables encore de Tentendre, n'ont besoin que de la connaître. Il faut leur donner une juste idée de ce qu'on leur a présenté comme un objet de risée, et réduire à leur juste valeur les plaisanteries et les objections également mal fondées , qui tiennent si souvent lieu de critique et de raisonnement. C'est ici seulement que je me permettrai quelque discussion littéraire, parce qu'elle est d'une utilité générale, et qu'elle tient à un intérêt réel , celui d'ôter à l'irréligion le mobile de l'amour-propre , en faisant voir que ce qu'elle prend pour une preuve de supériorité , en fait de critique et de goût, n'est qu'une preuve d'ignorance; en ^nt voir combien il est aisé de confondre un mépris iûssi injuste en lui-même que pernicieux dans ses conséquences, et de détruire les préventions qui n'ont ^té répandues que par la mauvaise foi, et adoptées Çie par la légèreté. D'ailleurs , si ce discours n'est pas ^ïitout, comme le reste de l'ouvrage, à la portée de toutes les classes de lecteurs , il peut au moins servir ^ ceux qui influent naturellement sur l'esprit général. On peut dire d'abord aux contempteurs sur parole : Si vous déférez au Aom et à l'autorité , Voltaire est ici ^^ contre tous, et son jugement est en lui-même ^^pect, comme tout jugement ab irato, puisque sa "^ne forcenée contre la religion l'a jeté dans des écarts î^ ont fait rire plus d'une fois jusqu'à ses amis. Et P^, lequel vaut le mieux, s'il s'agit d'esprit et de ta-
20 DISCOURS préliminaire:"
lens , ou de n'avoir vu dans TEcriture, comme Voltaire, que de quoi égayer sa muse par des impiétés , ou d'y avoir vu, comme Racine, de quoi faire Esther et Atha» lie, et, comme Rousseau, des odes sacrées, c'est-àdire, ce qu'il y a de plus parfait dans la poésie française? Réfléchissez, et jugez.
Ensuite, quel artifice plus grossier et plus méprisable que celui dont Voltaire et ses imitateurs se sont servis^ pour donner le change sur des ouvrages écrits dans la plus ancienne de toutes les langues connues ? Il les ont offerts dépouillés de leurs couleurs natives, et habillés de la troisième ou quatrième main, dans des versions platement littérales, ou même odieusement infidèles : et qu'y a-t-il au monde qu'il ne soit aisé de défigurer ainsi? Traduisez mot à mot Virgile lui-même, quoique bien moins ancien et bien moins éloigné du goût de notre langue, et vou$ verrez ce qu'il deviendra. On se souvient encore combien tous les gens de lettres du dernier siècle se moquèrent de Perrault, qui, ne sachant pas un mot de grec, voulait absolument qu'on jugeât Pindare sur un plat français traduit d'un plat latin *. Quoi de plus inepte, en effet, que de juger une poésie grecque sur le latin littéral d'un scoliaste? et comment un homme tel que Voltaire, qui avait tant de fois bafoué ce genre d'ineptie dans
^ Il fut assez maladroit pour choisir précisément un morceau sublime , le début de la première Pythique , qu*il trouvait extrêmement ridicule ; et c'est à lui que le ridicule est resté. Il avait lu dans un latin fait pour des écoliers , optimum quldem tiqua , et il traduit de même , retui est trèsbonne à la vérité. Il ne savait pas que le mot grec ofire ici Tidée de Teau
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. ai
les censeurs de l'antiquité , en fait-il lui-môme le principe de sa critique des livres saints , au risque de faire rire tous les lecteurs instruits? C'est que la haine ne voit rien que son but, qui est de se satisfaire et de tromper. On a beau lui crier : Mais tu ne tromperas que les sots et les ignorans ; elle répond : Que m'importe ! n'est-ce pas le grand nombre ?
Enfin , depuis quand la parodie , dont l'objet n'est que de- divertir, est-elle une méthode pour juger? Voltaire jetait les hauts cris quand on parodiait ses tragédies : il n'a pas assez d'expressions pour faire sentir combien c'est un genre détestable , l'ennemi du génie et le scandale du goût ; et il est très-vrai que ce qu'il y a de plus sublime, est précisément ce qui prête le plus au plaisant de la parodiç, comme les taches marquent davantage sur l'étoffe la plus riche et sur la couleur la plus brillante. Voltaire le savait mieux que personne; et il fait le drame de Saûl^ où il parodie, entre autres choses, la manière dont le prophète Nathan arrache à David l'aveu et la condamnation de son crime, et le force de prononcer lui-même sa sentence; c'est-à-dire, que Voltaire livre au ridicule ce qui, en
élément; que celui qui répond au latin optimum n'exprime point ici la honte, mais la prééminence ; que la particule grecque qui répond à quidem , et qu'il traduit à la vérité, n'est qu'une explétive qui marque à l'eS' prit l'ordre des idées , et qui souvent ne doit pas se traduire , surtout par ces mots à la vérité, qui feraient tomber parmi nous le vers d'ailleurs le plus sublime.^ Que de choses tiennent au génie d'une langue, et qui défendent déjuger» à moins de la savoir !
Et voilà ce que fait rignorance.
La FOHTAIWE.
tout temps et en tout pays , indépendamment de toute croyance religieuse, frappera d'admiration sous tous les rapports. Faites prononcer devant les hommes rassemblés, quelque part que ce soit, ces mots si simples et si foudroyans : Tu es ille vir; vous êtes cet homme j et tout retentira d'acclamations. Je voudrais bien qu'on me dît ce qu'il peut y avoir de mérite et d'esprit à trouver cela risible, et je suis sûr qu'aujourd'hui même personne ne me le dira. Et qu'aurait dit. Voltaire, si l'on avait jugé Zaïre sur la parodie des Enfans troU'vés y et Andromaque sur la Folle Querelle? C'est pourtant ce qu'il faisait et ce qu'il voulait qu'on fît pour David ; et David lui aurait suffisamment répondu par ce mot si connu d'un de ses psaumes : Mentita est iniquitas sibi; V iniquité a menti contre elle-même.
Il savait bien nous dire, quand il voulut justifier son ' Cantique des cantiques contre l'autorité qui l'avait condamné, « qu'il ne fallait pas juger les mœurs « des Orientaux par les nôtres , ni la simplicité des pre- « miers siècles par la corruption raffinée de nos temps « modernes ; que nos petites vanités , nos petites bien- «t séances hypocrites n'étaient pas connues à Jérusalem , « et qu'on pensait et qu'on s'exprimait autrement à Je- « rusalem que dans la rue Saint-An dré-des- Arcs ^. »
' On peut bien dire son Cantique; car ce n'est pas celui de Salomon.
' Ce sont là à peu près , autant qu'il m'en souvient , les termes de sa Lettre à M. ErcUou, et c'en est très-certainement la substance, quoique je ne puisse citer ici que de mémoire , n'ayant point le livre sous mes yeux , et obligé souvent de travailler sans livres. C'est mon excuse , quand mes citations ne seront pas tout-à-fait exactes dans les mots ; mais je garantis les choses.
Bien n'est plus vrai ni plus juste. Pourquoi donc oublie-t-il cette vérité et cette justice , quand il juge l'original, lui qui le réclame pour une imitation, et une imitation très-infidèle?
Il appelle im des plus beaux psaumes (le soixanteseptième , Exurgat Deus ) , une chanson de corps^ds" garde. Quel ton ! et quel langage ! Ce psaume fut composé'par David, lorsqu'il fit transporter l'arche sur la montagne de Sion, où le temple devait être bâti. La pompe lyrique de cette ode répond à celle de la cérémonie, qui fut aussi auguste qu'elle devait l'être. On lira ce psaume dans l'office du jeudi; mais je mettrai ici en avant quelques traits de cette chanson de corpsde^garde; et tons ceux qui se connaissent en esprit poétique , et qui ont l'idée des formes de l'ode , jugeront si on ne les retrouve pas même dans une prose fidèle, malgré la prodigieuse distance de la prose au langage mesuré.
« Chantez Dieu, chantez son nom sur vos insyu-
« mens ; préparez la route à celui qui monte au-dessus
« des cieux : son nom est le Seigneur. Réjouissez-vous
« en sa présence ; mais que les méchâns tremblent à
* la vue du père des orphelins et du défenseur des
« veuves... Dieu mettra sa parole dans la bouche des
« hérauts chargés de. l'annoncer; et cette parole est
« puissante... La montagne de Dieu ^ est fertile : pour-
« quoi regardez-vous à la fertilité des autres montagnes P
« y en a-t^Q comme celle de Sion ? C'est là que le Sei-
' C'est le nom qu'on donnait à la montagne de Sion.
<( gneur se plaît à faire sa demeure; c'est là qu'il a « fixé son séjour à jamais... Le char de Dieu y est « porté sur des milliers d'anges qui chantent des can- « tiques de joie : le Seigneur est Jà dans son sanctuaire , « comme sur les sommets de Sinaï... O Dieu! votre « peuple a vu votre marche ; il a vu la marche de mon <c Dieu, de mon roi, qui habite dans le Saint des saints. « Lés princes des tribus s'avançaient les premiers, sui- « vis des chantres avec leurs instrumens , et des jeunes « vierges avec leurs tambours ; ils chantaient : Bénissez « le Seigneur... Là était le jeune Benjamin dans l'extase « de la joie ; là les princes de Juda , à la tête de tous , etc. » Le poète ne met-il pas devant vos yeux toute la marche religieuse? tout n'est-il pas en mouvement dans le style comme dans la fête? Dieu n'est-il pas lui-même au milieu de la cérémonie? le poète ne l'y a-t-il*pas transporté? et cette tournure, qui est si fort dans le goût des anciens : « Les princes des tribus s'a- « vançaient les 'premiers ! » cette manière de mettre au passé ce qui est au présent , comme si le poète parlait déjà dans la postérité et la représentait? Bientôt il s'adresse à Dieu , et les figures sont également hardies et animées, soit dans la pensée, soit dans l'expression : « Commandez à votre puissance d'être avec nous ; « épouvantez les bêtes féroces des roseaux du Nil (les « Egyptiens ) , les puissans qui viennent nous écraser « sous leurs chars aux roues d'argent; repoussez les « peuples qui veulent la guerre, et il viendra des en- «t voyés d'Egypte; l'Ethiopie étendra ses mains vers « le Seigneur, etc. »
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. a5
L'ode a-t-elle un élan plus rapide? Demandez aux Pindare, aux Horace, aux Malherbe, aux Rousseau, s'ils désireraient autre chose dans un chant d*inaugu* ration, et s'ils voudraient être autrement inspirés. Sans doute il manque ici le charme de Tharmonie , qui est le premier pour Feffet universel; mais je parle à ceux (jui connaissent le^ genre et l'art , et qui sont en état de juger un poète réduit en prose , disjecti memhra poetœ^ comme dit Horace : qu'ils disent si la poésie , quoique toute décomposée , ne résiste pas à cette épreuve , la plus périlleuse de toutes ?
— Mais pourquoi donc Voltaire n'a-t-il vu là qu'^/i^ chanson de corps^de^garde ?
C'est que lui-même en a fait une sur un verset de ce psaume , précisément comme Scarron fait sept ou huit vers de paif)die sur un vers de Virgile.
Ayez soin , mes chers amis y
De prendre tons les petits Encore à la mamelle.
Yons écraserez leur cervelle Contre le mur de l'infidèle,
Et les chiens s'engraisseront
De ce sang qu'il» lécheront.
Il était si charmé de ce petit morceau y que je le lui ^ entendu chanter pendant trois mois. Voici mainte- ^*nt le texte de David : « Le Seigneur a dit : J'enlève-
* l'ai mes ennemis de la terre de Basan, et je les pré- *" cipiterai dans l'abîme ; et toi , mon peuple , tes pieds " seront teints du sang de tes oppresseurs , et les chiens
* lécheront ce sang, »
Racine n'a pas eu la même horreur de xjes chiens et de ce sang y et en a tiré ces vers d'Athalie, admirés partout et toujours applaudis :
Des lambeaux pleins de sang et des membres aflreux , Que des chiens dëvorans se disputaient entre eux.
Qui croirait que ce fut Voltaire qui logeât la muse de Racine au corps^de^garde y par aversion pour celle de David ? Qui ne sait que ces images de vengeance et de carnage n'ont jamais déparé la poésie, et que le différent goût des langues ne fait que les colorier diversement, sans toucher au fond? Et quand on se souvient qu'ici ces images prophétiques traçaient par avance la punition d'Achab et de Jézabel, à qui un prophète dit, après l'abominable meurtre de Naboth : È,n ce même endroit où les chiens ont léché le sang de <votre victime y ils Pécheront votre sang et celui des vôtres; quand on se rappelle que ce qu'il y a de terrible dans cet exemple et dans cette peinture n'a été employé que pour effrayer le crime, que reste-t-il à dire contre l'un et l'autre?
Si l'on nous montrait Virgile dans la version d'un écolier; pour nous donner une idée de Virgile, si l'on traduisait ce vers , tiré de la description de l'Etna :
AttoîUtque globos flammarum et sidéra lambit;
« Il élève des globes de flamme et teche les astres ' •: »>
* Lambere (lécher) est en latin aussi noble que sonore ; et la métaphore est ici fidèlement pittoresque , parce que le mouvement de la flamme imite en efifet celui de la langue qui se courbe et se replie en léchant. Voilà pourquoi le vers est si beau en latin. En français , le mot lécher est peu
est-ce Virgile qu'on nous aurait montré? C'est pourtant ce que fait Voltaire de David : il traduit ainsi , de ce même psaume , un passage qu'on vient de voir dans ce que j'ai cité : « La montagne de Dieu est grasse : pourquoi regardez-vous les montagnes grasses ? » Il feint d'ignorer que le mot pinguis , qui en latin est du style noble , signifie vu&ûAA&a, fertile que gras ; mais il lui fallait le mot gras et grasse^ pour faire rire. Le beau triomphe ! Je sais bien que ceux qui aiment en lui son grand talent, mais non pas au point de se refuser à l'évidence, baisseront ici les yeux, et rougiront pour lui,* mais à qui la faute, et qui aime plus que moi son talent? mais la vérité est avant tout. •
Il eût été plus digne d'un homme si éclairé de rechercher quels ont été et quels devaient être naturellement les caractères de l'ancienne poésie hébraïque, et les rapports qu'elle devait avoir avec le langage, la religion et les mœurs de ces temps reculés. Personne ne devait nous apprendre mieux que lui, que la critique * ne consistait pas à n'apprécier le génie antique que sur le goût moderne, mais à observer et reconnaître ce génie en lui-même , les procédés qu'il a suivis
agréable , difficile à faire entrer dans le style noble, et surtout impossible à joindre ici avec les astres , autre terme figuré pour dire le ciel. Un équivalent est donc nécessaire , sans quoi vous rendriez ridicule ce qui est beau : c'est le cas où la fidélité littérale est un mensonge.
' A l'article Critique, du Cours de littérature, dont les circonstances actuelles ont retardé l'impression , l'on verra combien Voltaire , malgré tout ce qu'il avait d'esprit et de goût , a été souvent injuste , et combien il est sujet à se contredire , parce qu'il ne saisissait guère qu'un côté des objets , selon l'intérêt du moment.
et dû suivre , et le genre de beauté qui en est résulté ; à discerner en quoi et pourquoi ces compositions des premiers temps devaient différer des nôtres , sans que la disparité fût une raison d'infériorité. C'est là qu'il fallait appliquer ce goût véritablement philosophique, qui sait démêler à chaque époque ce qui est conforme en soi aux notions essentielles du beau, et ce qui ne tient qu'à des convenances locales, à des nuances particulières à chaque langue , à des déUcatesses d'idiome ou d'opinion , qui sont des lois dans tel temps et dans tel pays , et qui n'en sont pas ailleurs. C'est par de tels examens et de telles comparaisons que l'esprit s'enrichit et que s'affermit le jugement. Et qui eût mieux réussi en ce genre, qui est celui de la vraie critique, que cet homme, qui avait un talent singulier pour rendre l'instruction et même l'érudition agréable? Il eût fait en littérature ce que Fontenelle a fait avec tant de gloire dans les sciences. Mais il lui a toujours manqué, même en critique purement littéraire, un fonds de solidité et d'équité, un accord constant de vues générales; deux choses incompatibles avec l'extrême vivacité de ses conceptions , et la violence et la mobilité de ses passions.
Je ne prétendrais point faire ce qu'il n'a pas fait, quand même j'en aurais la faculté , parce que ce n'est pas ici le lieu de traiter à fond cette matière. Je me bornerai donc à indiquer en peu de n^ots ce qui tient à mon objet, et ce qu'il est nécessaire de considérer avant tout , pour évaluer les censures injustes , répandues contre l'ouvrage que j'ai traduit.
La poésie des Hébreux a généralement les caractères
ne dut avoir la poésie dans sa première origine , chez
"^«us les peuples qui l'ont cultivée. Née de l'imagination
(^4car il ne s'agit pas encore de l'inspiration divine), elle
^^st élevée , forte et hardie. Il est certain qu'elle était
^^^aétrique ; mais les Hébreux même ignorent aujour-
l'hui quelle était la nature du mètre. Le mot de leur
-auigue qui répond au carmen des Latins, au vers des
français , offre proprement l'idée d'un discours coupé
^n phrases concises , et mesuré par des intervalles dis-
tiincts. Ce que nous appelons style poétique répond
^lîhez eux à un mot que les interprètes grecs ont rendu
2)ar celui Aq parabole ^ c'est-à-dire, un discours sen-
Irencieux et figuré, plus ou moins sublime, selon le
sujet, mais toujours moral. Il tient de ce que nous
«appelons parmi les figures de style , d'après les rhéteurs
grecs, allégorie ou métaphore continuée : les psaumes
^n sont pleins.
On sait, d'ailleurs, que l'allégorie est proprement l'esprit des Orientaux; celui qui se montre partout dans leurs écrits de tout genre, et même dans leur ciîonversation ; et c'est ce qui les a conduits à l'inventdon de l'apologue.
Il suffit de faire quelque attention à ce que nous
xiommons versets dans la Vulgate , pour y apercevoir
à. tout moment , malgré l'éloignement de l'original , des
formes régulières et symétriques , qui paraissent y avoir
été habituellement les mêmes. Le verset e^t d'ordinaire
oomposé de deux parties, ou analogues ou opposées;
raais l'analogie est beaucoup plus fréquente que l'op-
3o DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
position '. Ce procédé paraît fort simple; il peut tenir à deux raisons : i^ au rapport de la phrase poétique avec la phrase musicale (car la musique et la poésie ne se séparaient pas), et les deux phrases étaient alors également composées de deux parties; elles le sont quelquefois de trois, toujours avec le même air de symétrie; 2*^ à la nature de la langue hébraïque. Ceux qui Tout étudiée s'accordent à dire qu'elle n'a pas un grand nombre de mots; qu'elle a peu de particules de liaison, de transition, de modification, et que ses termes ont plus de latitude indéfinie que de nuances marquées; ce qui prouve une sorte de pénurie dans l'idiome, et ce qui produit la difficulté dans la traduction, n en résulte aussi l'absence de ce style périodique , qui nous charme dans les Grecs et les Latins. La période, en vers comme en prose, ne peut marcher qu'à l'aide de beaucoup de mobiles, qui la rendent aisée , nombreuse et variée. Ces mobiles sont dans les élémens de la construction ; ils paraissent manquer aux Hébreux, et nous-mêmes sommes inférieurs, en ce point , aux Grecs et aux Latins , au moins pour la diversité et l'effet des moyens.
' Un exemple suffira pour indiquer cette marche au lecteur.
Miserere mei, Deus , secujidum magnam misericordiam tuam ; — et secundtim multUudinem miserationum tuarum dele iniquitatem meam,
AmpUhs lava me ab iniquitate med{ — et h peccato meo munda me,
QuoiUam iniquitatem meam ego cognosco t — et peccatum meum contra me est semper.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 3i
II suit que, dans la diction des Hébreux, les phrases doivent être coupées, concises, et, en général, uniformes ; et de là le style sentencieux , que , dans leur poésie, les formes doivent être habituellement répétées et correspondantes , parce qu ils ont cherché dans des retours symétriques Tagrément qu'ils ne pouvaient trouver dans le nombre et la variété , comme nousmêmes avons eu recours à la rime, au défaut d'une prosodie aussi accentuée que celle des Grecs et des Latins ; et la rime n'est aussi qu'un genre de symétrie. De là encore, si la phrase des Hébreux est concise, leur style doit manquer souvent de précision , et les idées y sont reproduites avec des différences légères, pour conserver le rapport des formes. Mais il en arrive aussi que leur poésie est singulièrement animée et audacieuse, parce qu'ils substituent les mouvemens aux liaisons qu'ils n'ont pas ; que leur expression est très-énergique, ne pouvant guère être nuancée; que chez eux la métaphore est plus hardie que partout ailleurs, parce que les figures sont un besoin dans une langue pauvre , au lieu qu'elles sont un ornement dans une langue riche. Ce que nous rendons par des termes abstraits, ils l'expriment le plus souvent par des relations physiques ; et c'est surtout ce défaut de mots abstraits qui fait que , chez eux , presque tout est image ; emblème , allégorie. Rien ne prouve mieux cette vérité , qui n'est bien entendue que des hommes trèsinstruits, que le génie du style et des écrivains est naturellement modifié par celui des langues, et que les différentes beautés des productions des différena
3a DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
peuples dépendent non-seulement de ce que leur donne leur idiome , mais même de ce qu'il leur refuse.
Il est dans le progrès des choses , que les langues qui se sont formées dans la succession des temps , chez des peuples favorisés par la nature et le climat, tels que les Grecs et les Latins , aient été beaucoup plus abondantes que celles des premiers siècles , en tout ce qui appartient aux idées mixtes , aux modifications du discours , au raffinement de la pensée , qui suit celui des mœurs et des usages. C'est de tout cela que se forme le fini de la composition dans les détails; mais rien ne serait plus déraisonnable que de l'exiger des ouvrages nés dans les âges antiques. Il ne faudrait pas même l'y désirer ; car ce qu'ils ont de plus précieux , est précisément cette beauté primitive et inculte qu'on aime à rencontrer dans les œuvres de l'esprit humain , aux époques les plus lointaines, et qui se passe trèsbien de l'élégance des parures modernes : celle-ci est un mérite, sans doute, mais pour nous seuls, et n'était pas un devoir il y a trois mille ans.
Or, ce genre de beauté, d'autant plus remarquable qu'il est absolument le même à de grandes, distances, de Job à Moïse, de Moïse à David, et de David à Isaïe, est encore si réel et si éminent, que nos plus habiles versificateurs ont mis beaucoup d'art et de travail à s'en rapprocher, et ne l'ont pas toujours égalé. Que d'essais n'a-t-on pas faits en ce genre sur les psaumes! Et le seul Rousseau peut soutenir habituellement la comparaison, et pas toujours. Je n'en voudrais pour preuve que le psaume Cœli enarrant. Il est vrai que dans la
première strophe , Rousseau s'est beaucoup trop laissé aller à la paraphrase; mais fàt-elle meilleure , elle vauclrait diÉEcilement ce premier verset : « Les cieux ra- « content la gloire de TEternel , et le firmament an- « nonce l'ouvrage de ses mains. » Quelle majestueuse Simplicité! et combien en est loin ce commencement, "lalgré toute l'élégance des deux vers !
Les deux mstraiseut la terre A réyérer lear aatear.
-^^Alembert, qui là-dessus n'était pas suspect de pré- ^^ntion 5 regrette la touchante naïveté du cantique d'É- ^^chias, jusque dans cette immortelle imitation qu'en ^ faite Rousseau, dont cette ode est peut-être la plus J^^rfaite. Je crois que d'Alembert avait raison en un ^^Hs; mais peut-être ne sentait-il pas assez l'harmonie ^ï^chanteresse du cantique français : elle est telle , qu'on ï^^ut la mettre en compensation pour tout le reste ; et ^* faut tenir compte de ces sortes d'équivalens , quand ^" n*est pas possible de trouver dans sa langue la même espèce de mérite que dans l'original; et je suis con- ^^incu qu'on ne le peut pas.
Racine ne s'est élevé si haut, au delà de tous les pc>ëtes français , dans Esther et dans Athalie , que parce T^*il y a fondu la substance et l'esprit des livres saints , plutôt qu'il n'en a essayé la traduction. C'est vraiment ^li coup de maître ; car il a su échapper ainsi au parallèle exact , et il est devenu pour nous original. C'est ^^ prophète d'Israël qui écrit en français ; aussi n'avonsï^^Us rien de comparable au style d'Esther et d' Athalie.
Psautier. 3
Mais , quand il traduit expressément un passage distinct , alors Racine lui-même , tout Racine qu'il est, reste quelquefois au-dessous de David. En voici la preuve :
J'ai vu l'impie adoré sur la terre :
Pareil au cèdre, il cacbait dans les cieux
Son front audacieux ; Il semblait à son gré gouverner le tonnerre ; Il fo niait à ses pieds ses ennemis vaincus : Je n'ai fait que passer , il notait déjà plus.
Certes le poète a fait ici ce qu'il y avait de mieux à faire : il a eu recours à la richesse et à l'éclat de la plus magnifique paraphrase, dans l'impossibilité d'égaler la sublime concision de l'original. Mais enfin , mettez ces beaux vers en comparaison avec le verset de la Vulgate , fidèlement rendu en prose : « J'ai vu l'impie élevé dans « la gloire , haut comme les cèdres du Liban ; j'ai passé , «* et il n'était plus. » Il n'y a personne qui ne donne la palme à l'original , par un cri d'admiration : les vers de Racine sont de l'orparfilé; mais le lingot est ici.
On doit bien s'attendre que mon dessein n'est pas d'éniunérer les beautés sans nombre répandues dans les psaumes : le commentaire excéderait le texte ; mais je ne crois passer aucune mesure , en rappelant du moins quelques endroits marqués par difîérens genres de beauté.
Mouvemens , images , sentimens, figures , voilà , sans contredit, l'essence de toute poésie. Nous ne pouvons pas parler ici du nombre, qui chez les Hébreux nous est inconnu. Voyons ce qui s'offre à nous dans tout le reste.
Voltaire s'est beaucoup moqué de Y In exitu , à cause
des montagnes et des collines ^ comparées aux béliers et aux agneaux. Il aurait pu se moquer de même , et avec aussi peu de raison que Lamotte et Perrault, du carnage que fait un guerrier dans les bataillons qui plient, comparé, dans l'Iliade, au ravage que fait un une lâché dans un champ de blé. Il n'en est pas moins TO que, si les ânes y les béliers et les agneaux y etc., ne sonnent pas noblement à notre oreille , il ne s'ensuit pas qu'il en fût de même chez les Grecs et les Hébreux , ^ même chez les Latins, puisque le goût sévère de Virgile ne lui défend pas d'assimiler les agitations de la ''eine Amate tourmentée par Alecton , au mouvement d'un sabot sous le fouet des enfans. Il n'est pas moins ^'^ai non plus , que les secousses des montagnes et des <^ollines , ébranlées par un violent tremblement de terre , *oiit fidèlement représentées par les bondissemens d'un ^^oupeau; et de là même, cette expression reçue chez les marins, la mer moutonne y pour dire qu'elle est agitée. Laissons donc ces louanges du langage , qui ne décident rien d'un peuple à un autre, et voyons si, <*axis la marche de l'ode , il y a quelque chose de plus beau que ce même commencement du psaume dont 1^ sujet est la sortie d'Egypte et les prodiges qui l'accompagnèrent. Songez surtout que vous jugez un poëte "^is en prose dans vine langue étrangère ; et voyez si , ^^ns cette épreuve même, il doit craindre le jugement «es connaisseurs.
'' Lôrsqu'Israël sortit de l'Egypte , et Jacob du milieu " ^Uïi peuple barbare, la Judée devint le sanctuaire du « Seigneur , Israël fut le peuple de sa puissance.
« La^mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers « sa source. Les montagnes bondirent comme le bélier, « et les collines comme l'agneau.
« Mer, pourquoi as-tu fui.î* Jourdain, pourquoi as- « tu reculé vers ta source? Montagnes , pourquoi avez- « vous bondi comme le bélier, et vous , collines, comme a l'agneau .î*
« C'est que la terre s'est émue devant la face du « Seigneur , à l'aspect du Dieu de Jacob , du Dieu qui « change la pierre en fontaine, et la roche en source « d'eau vive.
« La gloire n'en est pas à nous , Seigneur ; donnez-la « tout entière à votre nom , à votre bonté pour nous , « à la vérité de vos oracles, de peur que les nations « ne disent quelque jour : Où donc est leur Dieu? <c Notre Dieu est dans les cieux ; il a fait tout ce qu'il a « voulu. »
Si ce n'est pas là de la poésie lyrique , et du premier ordre, il n'y en eut jamais; et, si je voulais donner un modèle de la manière dont l'ode doit procéder dans les grands sujets, je n'en choisirais pas un autre : il n'y en a pas de plus accompli. Le début est un exposé simple , rapide et imposant. Le poète raconte des merveilles inouïes , comme il raconterait des faits ordinaires ; pas un accent de surprise * ni d'admiration, comme n'y aurait pas manqué tout autre poète. Le psalmiste ne veut pas parler lui-même de l'idée qu'il faut avoir des
' Il n'y a qu'une manière d'expliquer comment on expose si uniment des prodiges si extraordinaires : c'est que celui qui en parle ici est celui qui les a faits ; et c'est de lui qu'il est dit dans un autre psaume : Nihilest
îïierveilles qu'il trace. Il veut que ce soit toute la nature ^{ui rende témoignage au maître à qui elle obéit. Il Tinterroge donc tout de suite ; et de quel ton ? « Mer, pour- '' quoi, as-tu fui? Jourdain, etc. » Je cherche quelque chose de comparable à cettebrusque et frappante apostrophe, et je ne trouve rien qui en approche. Il interpelle la mer, le fleuve, les montagnes, les collines, et ^vec quelle sublime brièveté! et dans l'instant vous entendez la mer , le fleuve, les montagnes, les colUnes , îui répondent ensemble. « Eh ! ne voyez-vous pas que « la terre s'est émue devant la face du Seigneur ? Et « coirunent ne serait-elle pas émue à l'aspect de celui " qui change la pierre en fontaine , et la roche en source « d'eau vive ? » Car ce sont là les liaisons supprimées dans cette poésie rapide. Le poète aurait pu aussi mettre en récit ce miracle, comme il a fait des autres; mais ^ préfère de le mettre dans la bouche des êtres inani- "^^s : est-ce là un art vulgaire ? Ce n'est pas tout : des ^^Uvemens nouveSiux et affectueux succèdent à ceux "^ la prosopée : « La gloire n'en est pas à nous , Sei- * ë^eur, etc. »
Je connais, comme un autre, Horace et Pindare; ^^is, si j'ose le dire sans manquer de respect pour ce î^ est sacré, en le rapprochant du profane, l'Esprit *^iiit, qui n'avait pas besoin, pour agir sur nous, de ''^nxporter la palme de l'esprit poétique, apparemment
- ""^^^//e ii? conspectu ejus : Rien nest merveilleux devant lui; et cela doit
JTons insérerons dans nu volnme de poésie la traduction en vers du psaume ^^iiUf par La Qarpe. ( /. Z. )
ne la pas dédaignée; car, à coup sûr, les vrais poètes ne la lui disputeront pas.
Que serait-ce si j'appelais ici toute son école ? Moïse , Isaïe, Jérémie, Habacuc, tous les prophètes; si j entrais dans le détail de tout ce qu'ils ont d'étonnant et de vraiment incomparable? Mais tous ont un grand défaut dans l'opinion de nos jours : on les chante à l'église; et comment peut-il y avoir quelque chose de beau à vêpres ? Si cela se trouvait , ou plutôt $'il était possible que cela se trouvât dans les écrits d'un brame de l'Inde , dans un poëte arabe ou persan , quel concert de louanges ! l'admiration ne tarirait pas. Je ne l'épuiserai point sur les psaumes ; mais continuons à les exa-^ miner comme je m'y suis engagé.
S'agit-il des figures de diction , des tropes , des métonymies , des métaphores ? David dit à Dieu : « La iner « a été votre route, les flots ont été vos sentiers, et « l'œil ne verra pas vos traces. » Ce dernier trait est du vrai sublime.
Veut-il peindre l'infamie du culte idolatrique ? « Israël « échangea la gloire du culte divin contre l'image d'un « animal nourri d'herbe. » Y a-t-il un langage plus brillant et plus expressif?
Désire-t-on que les tournures de sentiment se joignent à l'énergie des figures? il n'y a qu'à entendre David parler de la miséricorde divine : « Quoi! Dieu « oublierait de faire grâce ! il retiendrait sa bonté en- « chaînée dans sa colère! »
A-t-il à caractériser l'insolence de la prospérité des méchans ? « Leur iniquité sort toute orgueilleuse du
« sein de leur abondance. Ils sont comme enveloppés « de leur impiété , et recouverts du mal qu'ils ont fait... « Le méchant a été en travail pour produire Tiniquité . « il a conçu le mal et enfanté le crime. » Quelle suite d'expressions fortement figurées ! et tout est traduit sur les mots de la Vulgate : si cela ne se retrouve pas dans les autres traducteurs , c'est que Foriginalité de ce style les a effrayés; ils ont eu peur d'être si fidèles, et dans leur paraphrase ils n'ont conservé que le sens.
N'oublions pas que la plupart des poètes français ont puisé ici comme dans un trésor commun , et, par leurs emprunts et leurs imitations , nous ont rendu pour ainsi dire familier ce qu'il y a de plus grand dans l'Ecriture. Mais, lorsqu'il s'agit déjuger, il est juste de remonter à la date, et de se rappeler que rien n'est antérieur à ce que nous admirons ici. Racine a dit dans ses chœurs :
Abaisse la hauteur des cieux.
<ît Voltaire , dans la Henriade ;
Viens , des cieux enflammés abaisser la hauteur.
^^ celui qui a dit le premier, IncUnavit cœlos etdes^ <^ndit: il a abaissé les cieux et il est descendu y n'en uemeure pas moins le poète qui a tracé , en trois mots , ** plus imposante image que jamais l'imagination ait conçue. Et que de force et d'éclat dans le morceau en- ^^ï**' {Ps. ly.) David, vainqueur d'une foule d'ennemis étrangers et domestiquas, des Syriens, des Phéniciens, ^l^slduméens, des dix tribus révoltées , chante le Dieu 4^1 i a fait vaincre , et qui s'est déclaré l'ennemi des en-
/,o DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
nemis d'Israël. Il représente les effets de sa toute-puissance , dans un de ces tableaux prophétiques qui ont un double objet, et qui montrent d'un côté le Très-Haut, tel qu'il s'était manifesté $i souvent en faveur de son peuple; et, de l'autre, Jesus-Christ son Verbe, tel qu'il doit se manifester à la fin des temps. J'invite ceux qui ont vu dans Homère et dans Virgile l'intervention des dieux au milieu des combats des Grecs et des Troyens , Neptune frappant la terre de son trident , le Scamandre desséché , les murailles de Troie déracinées par la main des immortels, à comparer toutes ces peintures avec celle-ci :
« Sa colère a monté comme un toiu-billon de fumée ; « son visage a paru comme la flamme , et son courroux « comme un feu ardent. Il a abaissé les cieux, il est des- « cendu , et les nuages étaient sous ses pieds. Il a pris « son vol sur les ailes des Chérubins ; il s'est élancé sur « les vents. Les nuées amoncelées formaient autour de « lui un pavillon de ténèbres : l'éclat de son visage les « a dissipées, et une pluie de feu est tombée de leur « sein. Le Seigneur a tonné du haut des cieux; le Très- « Haut a fait entendre sa voix ; sa voix a éclaté comme «un orage brûlant. Il a lancé ses flèches et dissipé mes « ennemis ; il a redoublé ses foudres , qui les ont ren- « versés. Alors les eaux ont été dévoilées dans leurs « sources , les fondemens de la terre ont paru à décou- « vert, parce que vous les avez menacés. Seigneur, et « qu'ils ont senti le souffle de votre colère. »
Quelle supériorité dans les idées, dans les expressions! car elles sont ici littéralement rendues. Appa-
rEd^runt fontes aquarum^ et revelata sunt fundamenta or-^is terrarum : voilà bien le sublime d'idée et d'expression ; et ce que le Psalmiste ajoute tout de suite est encore au-dessus : parce que vaUs les avez menacés , etc. Ab in,€^repatione tua y Domine ^ ab inspiratione spiritûs iras tE£^3B. Neptune frappe de son trident , Pallas arrache les fo ri démens de Troie : ce n'est pas là le Dieu de David, terre Ta entendu menacer y elle a senti le souffle de <iotere : il n'en faut pas davantage ; et l'univers froissé se montre dans un état de dépendance et de soumission, et semble attendre que l'Eternel détruise tout, <îoniine il a fait tout , d'un signe de sa volonté.
-Avouons-le , il y a aussi loin de ce sublime à tout a^utre sublime, que de l'esprit de Dieu à l'esprit de l*liomme. On voit ici la conception du grand dans son principe ; le reste n'en est qu'une ombre , comme l'intelligence créée n'est qu'une faible émanation de l'intelligence créatrice; comme la fiction, quand elle est telle, n'est encore que l'ombre de la vérité , et tire tout son. mérite d'un fond de ressemblance. Vous trouverez partout , avec l'œil jde la raison attentive , les mêmes rapports et la même disproportion , toutes les fois que VOU.S rapprocherez ce qui est de l'homme et ce qui est "^ Dieu, seul moyen d'avoir de l'un et de l'autre l'idée Çu il nous est donné d'en avoir; et c'est ainsi qu'étant toujoxirs très - imparfaite , comme elle doit l'être, du ^*^*ïxs elle ne sera jamais fausse. Cette grandeur origi- ^Glle et par conséquent divine , puisque toute grandeur ^^•^t de Dieu, qui est seul grand, est partout dans *^ori.ture , soit que Dieu agisse ou parle dans le récit ,
JRS PRÉLIMINAIRE.
les prophètes. Je n'en citerai qu'un e doute pas que l'impression ne soit es lecteurs judicieux, e Dieu éprouvait en les faisant errer l que d'entrer dans la terre promise lu temps et de celle de réternité ) ,
seconde fois dans les solitudes de oit où Moïse avait frappé le rocher
l'eau qui leur manquait. Elle leur 1 : ils murmurent; et Moïse crie au lit: « Parlez au rocher : il en série peuple boira. » Moïse ne fait pas la parole du Seigneur, et frappe ' , comme il avait fait auparavant :
ae la première fois ; mais Dieu est : « Parce que vous n'avez pas cru
que vous ne m'avez point rendu peuple, vous n'entrerez point dans
jndu au reproche et à la punition ?
le prendre la parole .pour Moïse , et gneur, en quoi donc ai-je manqué dont j'ai touché la pierre n'est-elle n avait déjà fait sortir une source, 5Z voulu ? N'est-ce pas celle que vous lins , comme le docile instrument de it-cepas celle que j'ai étendue sur le jeai ses eaux en sang; celle que j'ai Rouge , quand j'ouvris ses flots deloïse se garde de rien répondre ; il
reconnaît sa faute dès qu'il est repris ; il conçoit trèsbien que Dieu lui aurait dit : Pourquoi avez-vous pensé <pe mon pouvoir fut attaché à cette baguette? Tous, les moyens ne me sont-ils pas égaux, et le choix ne Q6pend-il pas de moi seul ? Je vous ai dit : Parlez au cocher; pourquoi n^avez^vous pas cru a ma parole? Av-ez-vous eu peur que la vôtre manquât de puissance , î^^nd c'est moi qui la mets dans votre bouche? Pourî^oi frapper , quand j'ai dit parlez ! Il faut croire et obéir.
C'est là ce que l'Ecriture offre à toutes les pages; et cjii'y a-t-il ailleurs qui soit de cet ordre d'idées , si supérieur à tout ce que les hommes ont écrit de la Kvînité? Quel est donc ce Dieu qui n'est nulle part ce q^u'il est ici ? Ah ! c'est qu'il n'a parlé nulle part , et î^ il parle ici; c'est qu'il n'y a que lui qui sache comro^ïit il faut parler de lui ; et s'il est vrai , comme la raison, n'en peut douter, que l'Ecriture seule nous donne "^ IDieu ces idées également hautes et justes , également adrriirables et instructives, qui produisent à la fois le resj>^ct et la lumière, il est donc démontré que l'Ecri- ^^^'"^ est divine, et que nous n'avons la véritable idée grand que par la foi , parce qu'il n'y a de vraiment g^^ïïd que le Dieu qui la donne.
^Eln effet, si quelque lecteur, persuadé par le parallèle que j'ai commencé à établir , et reconnaissant avec m^^i que David et Moïse sont tout autrement sublimes <ï*^ Homère et Virgile, se bornait à ne voir là qu'une affaire de goût et de tact, et en concluait seulement cf^^^ j'ai un peu plus de jugement et de connaissance
A4 DISCOURS PRÉLIMINAIIUE.
que les contempteurs des liTres saints , il se tromperait beaucoup , et me ferait un honneur que je ne mérite pas plus que je ne m'en soucie. Beaucoup de personnes ont autant et plus de critique que moi ; et apparemment Voltaire n'en manquait pas. Pourquoi donc n'a-t-il rien vu de tout cela.î^ et pourquoi moi-même n'ai-je pas vu jusque-là, quand je ne lisais la Bible qu'avec les yeux d'un homme de lettres? Suis -je devenu tout à coup plus savant que je n'étais en littérature? Non, sans doute, et je n'en ai pas appris sur Homère, Virgile et Pindare, plus que je n'en disais dans mes leçons publiques, il y a dix ans. Comment donc n'ai-je eu des aperçus nouveaux que sur les écrivains sacrés, que j'avais lus tout comme les auteurs profanes? Ce sont ces mêmes livres saints qui m'en rendent raison : c'est que mes yeux étaient fermés , et qu'ils se sont ouverts ; eratis aliquando tenebrœ ; nunc autem lux in Domino: c'est que l'étude de la loi de Dieu enseigne tout ce qu'il importe le plus de savoir, dès qu'on ne lit point sa parole avec l'intention d'une critique orgueilleuse , et dès lors nécessairement vaine et mensongère. Toutes les clartés que nous pouvons avoir d'ailleurs ne vont pas au delà des objets frivoles, et n'atteignent pas l'essentiel ; car l'essentiel pour l'âme raisonnable et immortelle , est certainement dans les rapports de l'homme à Dieu , et du temps à l'éternité : c'est là que tout rentre et doit rentrer ; et sans cela tout n'est rien. Ainsi la foi , que l'on traite àç^ petitesse et <V imbécillité^ est en effet pour l'homme la seule vérité et la seule grandeur. J'avoue que Dieu seul peut la donner ; mais il ne la refuse
jamais à qui la demande avec un cœur simple et droit : c'est lui-même qui nous Ta dit. « Tout ce que vous de- « manderez à mon père en mon nom (dit Jésus-Christ) , ''« il TOUS le donnera. » La vérité est un jour qui brille à tous les yeux ; mais il ne faut pas les fermer : c'est Vorgfueil qui les ferme; et entre l'orgueil et la foi, il y a rinfini.
Est-ce par orgueil que David dit : « J'ai passé en « intelligence tous ceux qui m'avaient enseigné ; j'ai « passé les vieillards en sagesse. » Est-ce le plus humble des hommes qui parlerait ainsi, s'il n'ajoutait pas : « Paixce que j'ai médité vos ordonnances , parce que
«jax étudié tous vos commandemens Je suis de-
« ^^lîu plus sage que tous mes ennemis , parce que je « iri^ suis attaché à vous pour toujours.... Votre pa-
* rôle est la lampe qui dirige mes pas , et la lumière
•* T^iî éclaire mes sentiers Vos jugemens sont l'objet
" 0^^ toutes mes pensées , et vos justices sont toute ma
* sagesse » Ainsi David ne se glorifie jamais que dans
la parole de Dieu, comme saint Paul , dans la croix de ^^^u^s^Christ, C'est le même esprit depuis Abraham jusqu'à l^avid, et depuis David jusqu'au moindre des Chrétiens de Xi os jours; et cet esprit ne passera pas plus que la parole de Dieu même ; Verba mea non prœteribunt.
Si nous passons des' peintures fortes aux images ï'wntes, et de la majesté à la douceur, quel poète ^ ^ï^vierait pas le coloris et le sentiment répandus dans cette prière à Dieu , pour en obtenir les présens de la ^^^^ et des saisons?
^ous visiterez la terre , et vous la féconderez ; vous
« multiplierez ses richesses. Le grand fleuve * est rem- « pli de Tabondance des eaux. La terre a préparé la « nourriture des hommes , parce que vous Tavez des- « tinée à cet usage. Pénétrez son sein de la rosée , fer- • K tilisez ses germes , et ils se réjouiront des influences « du ciel. Vous bénirez la terre , et vos bénédictions se- « ront la couronne de Tannée , et les campagnes seront « couvertes de vos dons. Les déserts mêmes s' embelli- « ront de fécondité , et les collines seront revêtues d'al- « légresse; et les vallons enrichis de la multitude des « grains élèveront la voix et chanteront l'hymne de vos « louanges. »
S'il est particulièrement de la poésie d'animer et de personnifier tout, on voit que rien n'est plus poétique que le style des psaumes et des prophéties. Tout y prend une âme et un langage : La couronne de Vannée , les collines revêtues d* allégresse ^ les germes qui se ré^ jouissent y les vallons qui chantent la louange^ etc., ce sont les figures du texte : y en a-t-il de plus heureuses et de plus brillantes? Mais d'où vient que tout est vivant et sensible dans la poésie des livres saints , et avec une sorte de hardiesse et d'intérêt qui n'est point ailleurs ! C'est encore ici le même principe ; c'est encore cette idée mère qui féconde toutes les autres , l'idée du grand Être qui dofme l'être à tout ce qui compose l'univers pour ces chantres inspirés : l'action du créateiu" qui se fait sentir incessamment à tout ce qui est créé , est une voix qu'ils entendent ; et l'obéis-
■ Le Jourdain.
sance des créatures est une voix; et leurs besoins sont une voix. Telle est la rhétorique des prophètes ; c'est là surtout qu'ils puisent leurs figures : est-il étonnant qu'elles soient au-dessus de celles de l'art ?
La délicatesse de nos critiques du jour sourit avec
dédain, quand David et les trois enfans de Babylone
appellent successivement toutes les créatures , le soleil ,
la lune, la terre, les mers, les animaux, etc., pour
les inviter à bénir le Seigneur. Je n'aperçois là qu'un
sentiment profond de la reconnaissance, qui, voyant
Ihomme entouré de tous les êtres créés pour lui faire
du bien , ne trouve pas que ce soit assez de lui seul
pour louer et bénir un si magnifique bienfaiteur. Il ne
peut pas , comme Dieu , appeler toutes les étoiles, cha
cime par son nom (^omrdhus eis nomina vocai)^ parce
qu'il n'y a que celui qui les a faites qui puisse les ap"
peler sànsi. Mais l'homme appelle du moins ce qu'il peut
nommer; et U n'a pas trop de tout ce qu'il connaît dans
la nature pour chanter avec lui son auteur. Est-ce que
l'amour et la reconnaissance ont jamais assez d'organe ?
Que cet enthousiasme est noble et saint pour le cœiu* !
et que la censure est froide et petite pour le goût !
Lisez tous les poètes de la Bible , placés à de longs intervalles dans les siècles : partout le même fond de génie , partout la même manière de penser , de sentir , de s'exprimer , sans autre différence que celle qui tient au sujet , et cette uniformité d'idées et de sentimens qui sont au-|}essus de l'homme, comme la raison le démontre , et qui nulle part ailleurs ne se retrouvent dans l'homme, comme il est prouvé par le fait, ne dit-elle
48 DISCOURS PRÉLIMLNAIRE.
pas que tous ces écrivains n'ont eu qu'un même maître et une même inspiration? Lise:^ cet ancien drame de Job y et ensuite le psaume de la création ( Ps. io3 : Bene^ die y anima mea , Domino ) , le plus fini peut-être de tous, à n'en juger que suivant left règles d'une critique humaine; et David, en célébrant les œuvres de Dieu, vous rappellera Dieu lui-même parlant de ses œuvres à Job. Lisez aussi tout ce qu'on a écrit de plus estimé sur cette matière , si souvent traitée en prose et en vers depuis Hésiode jusqu'à Ovide, et depuis Cicéron et Pline jusqu'à Buffon , et vous ne nous citerez rien qui soit du ton et de la hauteur de ce psaume , dont je ne rapporterai qu'un ou deux passages , quoique tout soit également fait pour être cité.
« Vous avez appris au soleil l'heure de son coucher. « Vous répandez les ténèbres , et la nuit est sur la terre : « c'est alors que les bêtes des forêts marchent dans « l'ombre. Alors les rugissemens des Uonceaux appelât lent la proie j et demandent à Dieu la nourriture pro- « mise aux animaux. Mais le soleil s'est levé, et déjà « les bêtes sauvages se sont retirées ; elles sont^ allées « se replacer dans leurs tanières. L'homme alors sort « pour le travail du jour, et accomplit son œuvre jus- « qu'au soir. »
Rien ne me semble plus beau. que ce partage, si bien marqué, du jour et de la nuit, entre l'homme qui vit de son travail , et l'animal qui vit de sa proie. La philosophie et la poésie ont pu le saisir, surtput depuis David; mais je ne me souviens pas, et je ne crois pas qu'il soit nulle part tracé de même. Le dessein du Créa-
teuT est ici dans la pensée dVL poëte, qui en rend compte ayec la même autorité qui la conçu. Le poëte est présent au conseil de la Providence, lorsqu'elle relégua, par un impérieux instinct , la bête féroce et redoutable dans le domaine de ^ nuit , et lui défendit de troubler \csu{^rede V homme dans le domaine du jour. C'est cette même Providence qui apprit au soleil Vheure de son coucher; et quel est celui des Grecs et des Latins qui ^t eu ces idées? Les chevaux du Scfleil, et son char attelé par les Heures , et l'Aurore aux doigts de rose , sont les jeux d'une imagination inventive; mais ioi la écrite est grande comme la puissance ; et si on en relent à la poésie , Yatme sol d*Horace est très-ingénieux ^^ la strophe est brillante : on rencontrera partout de beaux vers sur le soleil ; y en a-t-il pourtant qui réu- '^sent le double caractère du jour, la majesté et la douceur, exprimé dans la double image que Rousseau ^ empruntée à David? Et la mer aussi a été le sujet de beaux vers en différentes langues : eh bien ! qij'y a-t-il dans tous qui soit du genre de ces versets du même psaume ( Benedic ) ?
* Gomme elle est vaste cette mer qui étend au loin
" ses bras spacieux ! Des animaux sans nombre se meu-
« Vent dans son sein , et les vaisseaux passent sur ses
« ondes. Là nage ce grand dragon des mers ^ que vous
•^avez formé pour se jouer dans les flots {^quemfor^
"^masti ad illudendum ei). «
^* *^'y a point d'idée plus imprévue ni plus extraor-
' La baleine *. — ( * C'est le léviatan de Job. /. X. )
cr. 4
5o DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
dinaire. Quiconcjue a voulu peindre ce terrible élément, a broyé des couleurs d'épouvante, et a paru effrayé pour effrayer les autres : c'est la route vulgaire. Le Psalmiste ne voit et ne fait voir que la puissance qui a préparé une demeure à d'innombrables créatures , et un passage à l'homme navigateur pour rapprocher les extrémités de la terre. Toujours un dessein , parce que le poëte ne chante que pour louer Dieu et instruire les hommes ; et s'il ^arle de la baleine , de ce colosse des mers, Dieu \ 2^ formé pour se jouer dans les flots ! Ce dernier trait n'a pu venir dans l'esprit qu'à celui qui savait de source qu'il n'en a pas plus coûté au Créa* teur pour envoyer des milUers de baleines se jouer dans l'Océan , que pour semer sur la terre des milliers de fourmis.
Les dieux de l'antiquité païenne avaient seuls le droit de jurer par le Styx; c'est tout ce quelle put imaginer pour donner un serment aux dieux. Malgré la puérilité de l'idée , j'avoue que l'oreille et l'imagination sont enchantées de ces vers harmonieux que Virgile a traduits d'Homère :
Stygii per flumma frairis y Per pice torrentes atraque voragine ripas, Annuit, et tottim nuiu tremefecit Olympum.
La poésie de l'homme ne peut pas aller plus loin ; mais il n'y a que le Dieu de Moïse et de David qui ait pu dire :
J'en ai fait le serment; j'ai jaré par moi-même :
Permemetipsumjuravi; et c'est là le serment d'un Dieu.