‹ Le psautierChapitre 8 sur 140 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

DE l'bsprit des livres saints.

Comme cet esprit de foi et de sainteté est le principe de toutes les beautés des psaumes , il est aussi la réponse aux censures futiles que l'irréligion seule a dictées, et qu'on n'a vu éclore qu'avec elle. Il est tout simple que la critique d'un ouvrage soit inconséquente , quand elle en met de côté la nature et l'objet. Que dire de Voltaire , par exemple , qui met très-sérieusement sur Ja même ligne, comme poètes, David et le roi de Prusse?

Frédéric a plas d'art, et connaît mienx son monde; Il est plas enjoué, sa verve est plus féconde ; n a la son Horace, il rimite, etc.

B est sûr que David n'est pas enjoué^ qju'il ne pouvait P^ plus imiter que lire Horace , et que le monde que connaissait Frédéric n'était pas celui pour qui David écrivait. Quel travers d'esprit dans ces rapprochemens étranges, qui ne seraient encore qu'une bizarre ineptie, quand ils ne seraient pas de la dernière indécence ! Mais, lorsqu'on sait de plus le peu de cas que faisait Voltaire des poésies du roi de Prusse, quoiqu'il les eut corrigées autant qu'elles pouvaient l'être; lorsqu'on sait qu'il l'appelait Attila^Cotin ^ quelle valeur peuton attacher à l'opinion d'un homme qui se joue ainsi

de la vérité et de son propre jugement, comme de toutes les bienséances? Quelle maladroite adulation pour un roi allemand, que rien n'oblige d'être un bon poète français, et qui, en admettant ce ridicule parallèle, serait encore aussi loin de David que de Voltaire ! Laissons là ces écarts de l'esprit humain , qui ne sont pas moins le scandale du bon sens que celui de la teligion , et voyons dans les choses ce qu'elles sont et ce qu'elles doivent être.

Tout ce qui est écrit Va été pour notre instruction, ( Saint Paul. ) Les livres saints contiennent la science de Dieu, la science du salut; c'est pour cela qu'ils nous ont été transmis : ils doivent être la nourriture de notre âme ; et Jésus-Christ notre maître nous a dit (p.eY homme vit de la parole qui sort de la bouche de Dieu, Il n'est pas surprenant que ceux qui ne la cherchent pas dans ces livres , n'y aperçoivent tout au plus que l'accessoire, c'est-à-dire, le mérite de la composition dans ce qu'il peut avoir d'analogue aux idées reçues en ce genre, quand l'Esprit divin, qui parlait à des hommes, a cru devoir descendre à Ja perfection du langage humain : je dis descendre ; car lors même que le style de l'Écriture est au-dessus de tout autre , comme on vient de le voir , il est encore nécessairement au-dessous des idées divines.

Mais avec cette disposition , malheureusement trop commune, à lire Moïse et David comme on lirait Horace et Homère, non - seulement on en perd la substance qui était pour notre âme , mais l'esprit même ne peut que s'égarer dans ses jugemens , toutes les fois

fu il .prendra pour des défauts dans les auteurs sacrés

ce qui pourrait en être dans les écrivains profanes;

puisque les moyens ne doivent sûrement pas être tou-

joui^ les mêmes , quand le but est différent* L'Esprit

^*it n'a pas écrit pour plaire aux hommes , mais pour

apprendre aux hommes à plaire à Dieu.

Un des reproches que Ton fait le plus souvent aux psaïames j c'est la fréquente répétition des mêmes idées, ^^s mêmes sentimens, des mêmes tours. Je pourrais ' en tenir à l'analyse succincte que j'ai donnée ci-desdes procédés de la poésie hébraïque; je pourrais ne faire remarquer qu'on a fait le même reproche poètes grecîs ; ce qui pourtant n'a diminué ni leur ^rite ni leur réputation; et je renvoie là-dessus à la i^-^<lîcieuse apologie qu'en ont faite les meilleurs cri- [xxes *. Celle de David, s'il en avait besoin, serait d'une autre importance, et proportionnée à celle de son •^ Givrage : ce n'est pas pour lui-même qu'il convient de V. Xràdiquer, mais pour ceux à qui elle peut être utile.

Les Chrétiens savent que les cantiques, étant des l?oëmes reUgieux , d'abord faits pour être chantés dans ^^s cérémonies publiques d'Israël, et destinés par la ï^ro-vidence à devenir pour nous des prières de tous ^^s jours dans toute la suite des siècles, sont de continuelles élévations à Dieu, des invocations , des supplications, des actions de grâces , des entretiens de l'homme aveo Dieu , des exhortations et des leçons pour ses serviteurs , des menaces et des arrêts contre ses ennemis ,

* Voyez aussi an Essay on fiehrew Poetij, par M. le docteur Sarchi ; y)ndres,T824,m-8". {J,L.)

54 DISCOtJRS PRÉLIMINAIRE.

des hommages à ses grandeurs, à ses justices, à ses bienfaits , à ses lois , à ses merveilles ; et si Ton considère que ce fond est partout le même , et que rien de profane et de terrestre ne pouvait se mêler à ce qui est saint et céleste, on sera peut-être plus surpris de la multitude des tours et des mouveméns, de l'abondance des sentimens et des pensées, qu'on ne peut être blessé de l'espèce d'uniformité de ton général qui naît de celle de l'objet et du dessein. Le Psalmiste se répète , mais c'est toujours Dieu qu'il chante ; c'est toujours à Dieu ou de Dieu qu'il parle , et le cœur ne peut parler à Dieu ou de Dieu qu'avec amour; et qu'est-ce donc qui caractérise l'amour, si ce n'est le plaisif et le besoin de dire sans cesse la même chose? Sans doute l'amour, en s'adressant au Créateur, s'épure, s'ennoblit et s'élève; mais il ne change pas son caractère essentiel ; et comme celui qui aime ne s'occupe uniquement que de satisfaire et de répandre son âme devant ce qu'il aime , et d'exprimer ce qu'il sent, sans songer à varier ce qu'il dit; comme c'est cela même qui imprime le cachet de la vérité à ses discours et à ses écrits , et qui persuade le mieux la personne aimée ' , croit-on que l'amour de Dieu soit ou doive être moins affectueux et moins surabondant ? On raconte d'un saint , que sa prière n'était autre

' Je ne crois pas que jamais aucune femme se soit plainte qu'on lui répétât sans cesse la même chose. Ces sortes de rapprochemens ne doivent pas scandaliser ; c'est avec le même cœur qu'on aime le Créateur ou la créature , quoique les effets soient aussi différens que les objets. Madame de Sévigné dit de Racine : // aime Dieu comme il aimait ses maîtresses; et cela n'a rendu ridicule ni madame de Sévigné ni Racine. Quantum muiatus ah illo !

chose qu'une méditation habituelle sur les miséricordes

divines, dont il ne sortait que pour prononcer toujours

'es mêmes paroles ; O bonté! ô bonté! ô bonté infinie!

^t il pleurait. Je sais qu'il n'y aurait pas là de quoi faire

un psaume ni une ode ; mais il y en avait assez pour

Dieu et pour l'homme qui aimait Dieu ; et c'est sous ce

'"apport que ce trait rentre dans ce que je disais.

J'ayoue encore que rien de tout cela n'est concevable pour ceux qui rie savent pas ce que c'est que d'aimer "ie.u ; comme le langage du cœur est inintelligible pour 1 lionnne froid , comme la langue des artistes est étrangère à qui ne connaît pas les arts ; et l'on me pardonnera ces rapports du sacré au profane, que je ne me permets que pour me faire entendre de tout le monde. Cest donc avec le cœur qu'il faut lire les psaumes pour les faire sentir; et alors toute âme religieuse, loin d'y ^ï^uver trop de répétitions , y ajoutera les siennes propi'es. Il y a pour elle des mots et des idées qu'elle est 'nécessitée à redire sans cesse , comme l'extrême besoin ^ ^ qu'un même cri, jusqu'à ce qu'il soit satisfait; et *^ besoin de l'âme religieuse ne pouvant jamais l'être dans cette vie, son cri est toujours le même. Hommes ^*^ la, terre ^, pourquoi vous importunerait - il ? on ne 1 entend point parmi vous : il est le concert des taberïiacles du Seigneur ; et c'est de là qu'il monte aux cieux. Tout ce qu'on vous demande , c'est de ne pas le trou- Wer , comme les serviteurs de Dieu ne vont pas trou- Wer vos joies mondaines. Discedite a me, maligni, et

' Expression des psaumes.

scrutabor mandata Dei mei : ^ M échans , éloignez- vous « de moi, et je méditerai les paroles de mon Dieu. »

Ps. CXVIII.

Voyez dans rÉyangile la Chananéenne suivre obstinément Jésus-Christ, pour en obtenir la guérison de sa fille : songe -t- elle à varier son discours? que dit-elle? Rien (jue ces mots qu elle va répétant à chaque pas : Jésus ^ fils de David ^ ajrez pitié de moi : ma fille esitourjnentée par le démon. Les disciples eux-mêmes en sont impatientés (car ils n'avaient pas encore reçu rEsprit)^ ils prient leur maître d'éloigner cette fenune importune. Mais le maître , qui ne voulait que montrer aux Juifs un exemple de patience et de foi dans une femme idolâtre, finit par l'exaucer , et donne une leçon à ses disciples , en leur disant qail ri a pas encore trouvé tant de foi dans Israël.

— « Mais enfin pourquoi le Psalmiste redit-il si souci vent que Dieu est bon y quHl est miséricordieux? Qui « en doute? Pourquoi invite-t-il si souvent les hommes « a louer et bénir Dieu? Pourquoi ces refrains si fré-. « iquens : Ecoutez m^ prière^ exaucez^ moi y secourez'- ^moiy etc.? Cela n'est -il pas trop monotone, même « pour des Chrétiens ? »

Oh ! pour des chrétiens , non , à coup sûr. Mais supposons que cela revienne jusqu'à cent fois dans les cent cinquante psaumes : c'est beaucoup; mais je vais au plus fort, parce que je ne saurais me résoudre à compter. Eh bien ! il n'y a pas un moment dans notre existence qui ne soit le résultat d'une foule de bienfaits du Créateur , même dans le malheureux , même dans le mé-

chant. — C'est -il possible (diront peut-être ceux qui û*y ont pas plus pense que je n'y ai pensé moi-même pendant quarante ans ) ? — Cela est aussi sûr que votre existence même ; et si vous y réfléchissez , vous n'en douterez pas plus que de la lumière du jour. Or, quand -*-^avid, composant cette foule d'odes à la louange de ieii, aurait énoncé cent fois ce qu'il est si juste et si ^^turel de sentir à tous les instans , il me semble qu'il y a pas là d'excès ; et s'il pouvait y en avoir, au moins ^ serait-ce pas dans des chants de prières ; car il faut *^Cîore invoquer les convenances humaines : toute poé- ■-^ x-eligieuse, solennelle et musicale, comporte et même des retours et des refrains, t puisque j'ai touché ce point, j'observerai que les i^ques inconsidérés ont totalement oublié ces rap- HTts de la poésie et de la musique , qui sont pourtant s lois reçues partout. Ils se sont récriés sur le psaume :aKL3cv , où l'on reprend à chaque verset ces mots du manier, Parce que sa miséricorde est éternelle. Mais est- ^rmis d'ignorer que ce psaume , le seul de ce genre , un objet particulier? Il était destiné à la dédicace temple que devait bâtir Salomon; et il fut en effet a.iité. Il est partagé entre les chantres et le chœur : ^^s -uns doivent prononcer la première partie de chaque "^'^rset, qui rappelle quelqu'un des bienfaits ou des pro- ^^ges du Dieu d'Israël ; les autres ne sont chargés que d.ix refrain qui en fait la seconde : Quoniam in œternum ^^serïcordia ejus. Ce plan musical est très-beau; et deïnandez à un Lesueur, à un Gossec, à un Méhul, s'il îï'est pas susceptible d'un grand effet dans le refrain ,

et d'un effet très-yaiié dans chaque verset. Si ce psaume eût été publié de nos jours , on aurait imprimé une fois pour toutes les paroles du chœur, comme c est Tusage : mais les Juifs y qui nous ont conservé les Ecritures , ont poussé le scrupule jusqu'à compter les mots par respect, comme nos censeurs modernes les ont comptés par dérision.

— « Mais , quoique Dieu soit toujours bon , quoiqu'il « nous fasse du bien à tous les momens, et qu'à tous « les momens on ait besoin de lui , faut-il s'en souvenir « et le répéter sans cesse ? Nous le demande*t*il , et <( cela même est-il possible ? »

Non , pas même aux solitaires et aux contemplatifs : les objets extérieurs et les impressions des sens ont sur nous leur pouvoir, et même leurs droits ; et Dieu ne nous demande que ce que nous pouvons. Mais pourquoi a-t-il voulu que les cantiques qu'il a dictés nous reportassent souvent sur les mêmes idées ? C'est qu'elles contiennent tout ce qu'il est pour nous , et tout ce que nous devons être pour lui ; tout ce qu'il veut que notre cœur s'accoutume à sentir et notre bouche à répéter; et quoi de plus important ? En songeant combien Dieu est bon, qu'il l'est comme lui seul peut l'être, l'homme aussi apprend à être bon, autant que peut l'être l'homme : en songeant combien Dieu nous aime , et qu'il n'y a que lui qui puisse aimer ainsi , l'homme apprend à aimer Dieu autant qu'on peut l'aimer ici-bas ; et celui qui aime Dieu devient bon : ^éma etfac quod vis; Aimez- le, et faites ce que vous voudrez. Il y a dans ce mot de saint Augustin autant de sens que de

sentiment. Ce qui est toujours dans le cœur revient ■souTent sur les lèvres , et l'habitude de bénir Dieu sanc- *^fie toutes nos actions; c'est une pensée qui corrige et /^^ii^ifie toutes les autres : je ne craindrai pas que celui hénit Dieu de cœur fasse du mal aux hommes. C'est donc le feu de l'amour divin qui anime les umes. Le Psalmiste en est enflammé, et le répand s ses chants et dans notre âme. Faut-il s'en étonner? ^d était la figure de celui qui est venu apporter ce sur la terre ' ; il a , comme prophète , incessamment ^vant les yeux celui qu'il représente, et il voit dans :"V"^nir le chef-d'œuvre de l'amour divin , l'avènement Sauveur* Aussi n'est-il jamais plus éloquent que sur 1^^.^ juiséricordes de Dieu, et de là ce pathétique qui y <^i:^^:z lui, est égal au sublime d'idées et d'images. Qui ï* '<cz^-«ja Trait le méconnaître dans le psaume cii {Benedic) ,. articulièrement dans les passages suivans? . JBénis le Seigneur, ô mon âme ! et que tout ce qui "t en moi rende hommage à son saint nom. Bjénis Seigneur, ô mon âme! et n'oublie jamais ses bien-

€ est lui qui fait grâce à toutes tes fautes , lui qui

toutes tes infirmités, lui qui rachète ta vie de

*ïiort ^ , lui qui te couronne dé ses miséricordes ,

qui comble dfe ses biens tous tes désirs , lui qui

^^ïioxivelle ta jeunesse comme celle de l'aigle ^.

vn veni mittere in terram ; et quid volo . nisi ut accendaiur P "^^ la mort éternelle.

M ^>^^i fait de toi par sa crâce un homme nouveau , comme l'aigle , quand * * *s un nouveau plumage.

6o DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

« Le Seigneur est plein de compassion , sa patience « est longue , et sa miséricorde inépuisable. Autant le « ciel est élevé au-dessus de la terre, autant sa miséri- « corde s'élève sur la tête de ceux qui le craignent.

« Autant que l'orient est éloigné du couchant, au- « tant il a éloigné de nous nos iniquités.

« Le Seigneur a pitié de ceux qui le craignent, comme « un père a pitié de ses enfans.

« Car il connaît notre argile, et se ressouvient que « nous sommes poussière.

« Les jours de l'homme sont comme l'herbe ; sa fleur « est comme celle des champs : un souffle a passé , et « la fleur est tombée , et la terre qui l'a portée ne la « reconnaîtra plus.

« Mais la miséricorde du Seigneur sur ceux qui le « craignent est de l'éternité à l'éternité. »

C'est de ce dernier trait , rendu ici mot à mot, comme tout le reste , ab œterno usque in œternum ' , et dont le but est d'exprimer l'éternité qui a précédé la naissance de l'homme, et celle qui suivra sa mort, qu'est emprunté ce mot fameux de Pascal , mot si souvent cité et admiré : L* homme est un point entre deux éternités.

Rien n'est devenu plus commun , il est vrai , que la comparaison des jours de l'homme avec l'herbe et la fleur des champs ; mais il y a encore ici un trait aussi

' Il est bien singulier qu'aucun des traducteurs que j'ai lus (et j'ai lu les plus célèbres), n'ait paru apercevoir tout ce qui est renfermé dans ces mots , ab œterno usque in œiemum : tous ont traduit , cU toute éUrnité , éternellement f etc. Le Psalmiste a voulu dire ici que la miséricorde de Dieu était sur nous long-temps avant que nous fussions au monde.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE- 6i

poétique qu'original , et dont personne , que je sache ,

ne s'est servi : « La fleur est tombée , et la terre qui la

« portait ne la reconnaîtra plus. » Et cette comparaison

de la hauteur des cieux au-dessus de nos têtes , ayec

œlle des miséricordes divines au-dessus de nos péchés !

-Peiit-on réunir d'une manière plus heureuse l'idée de

^•^ grandeur et de la bonté de Dieu ? Et en effet , l'un et

* ^vitre sont également au-dessus de nos conceptions.

•^ "^ Xie voulais citer ces versets que comme un morceau

^^ sentiment : combien il offre de beautés diverses !

^-Xatres peuvent trouver beau de railler comme les im-

; mais ce qui est beau, c'est d'écrire comme les

phètes. - •

i David veut nous faire sentir la folie d'interroger u sur les voies de sa justice , il s'écrie : « Vos jugeens sont élevés comme les montagnes , et profonds ^iDmme les abîmes. » Et ailleurs : « Grand Dieu ! qui ^ut connaître la puissance de votre colère ? qui peut "'^Dus craindre assez pour mesurer l'étendue de vos engeances ? » Aussi , quand il parlait tout à l'heure de B> miséricordes, il a toujours eu soin d'ajouter : sur qui le craignent; il le répète partout, de peur on ne s'y méprenne ; et l'on voit par-là qu'il s'oc- ;j)e de toute autre chose que du soin d'éviter les répétitions.

Xe besoin le plus général de l'homme est celui de

^^ consolation , et l'accent le plus familier à là voix hu-

^'''^aine est celui de la plainte. Qui a mieux connu et

^eux rempli ce besoin de notre espèce, que les au-

^€Urs des livres saints ? ou plutôt qui pouvait le mieux

connaître et le mieux remplir, qae celui même qui a fait rhomme, et qui lui a enToyë sa parole pour l'éclairer et le consoler? Vous qui êtes malheureux, affligés , opprimés , allez chercher le soulagement et l'espérance dans Sénèque et dans les autres philosophes, et vous me direz comme tous tous en serez trouTés. Moi , je lirai l'Ecriture , et surtout les psaumes : je lirai le psaume Benedicam^ si plein de douceur et d'onction, où DaTid, en commençant, désigne d'abord ceux pour qui seuls il a écrit et chanté.

« Je bénirai le Seigneur en tout temps ; ses louanges « seront toujours dans ma bouche. Mon âme se glorifiera » dans le Seigneur : que les hommes d'un cœur doux <( m'entendent et partagent mon allégresse. »

Il Tenait alors d'échapper au plus éminent danger, en se sauTant du pays de Getb, où sa Tie aTait été menacée; mais sa situation était toujours pénible et périlleuse , comme elle le fut jusqu'à Ja mort de son insensé persécuteur Sald, et quelquefois même depuis. Aussi ses cantiques sont -ils un mélange et une succession de plaintes et d'actions de grâces , mais toujours avec la plus entière confiance en Dieu. Il sait bien que ce sentiment n'est pas celui des cœurs durs et superbes ; il ne s'adresse donc qixaux hommes d^ un cœur doua: ; c'est à eux qu'il dit :

« Célébrons tous ensemble le Seigneiu*; exaltons en- « semble son nom. J'ai cherché le Seigneur, et il m'a « exaucé , et il m'a délivré de mes adversités.

« Approchez de lui, et vous serez éclairés, et la honte « ne sera pas sur votre front. .

rc

« Ce pauvre ' a crié vers le Seigneur, et il a été « exiaucé ; et il est sorti de toutes ses tribulations. « Il 'ange du Seigneur descendra près de ceux qui ^iraigrnent Dieu, et il les sauvera.

Eprouvez et goûtez combien le Seigneur est doux , ien est heureux celui qui espère en lui. ** Il est auprès de ceux qui ont le cœur affligé , et il ^^"livera ceux dont l'âme est humble. » ^El"!: ailleurs :

••^ XiC passereau trouve sa demeure, et la tourterelle ^^ fait un nid poiu* y déposer ses petits ; vos autels , ^*^ion Dieu et mon roi ! vos autels ^, c'est l'asile que ^ous demande.

heureux ceux qui habitent dans votre maison ! ils

Xis loueront dans tous les siècles. Heureux celui

attend son secours de vous , au milieu de cette

lée de larmes ! il forme dans son cœur des degrés

rélèveront jusqu'au séjour que vous lui avez

^tiné. »

^ixelle image que ces degrés formés dans le cœur!

'^''^ensiones in corde suo disposmi) pour monter dans

vallée de larmes jusqu'au séjour où elles seront

^ées î ( Absterget Deiis omnem lacrymam, ) C'est

que le cœur parle ; et si l'on demande quels sont

f ouvre est David lui-même. On a dit quelque part , c est fier , mais eau ; ici tout le contraire : c'est humble , mais c'est beau, 'hébreu , plus elliptique qu'aucune autre langue , dit seulement , dos ^ *^^^ , mon Dieu, vos autels i,. et n'achève pas la phrase. La Vulgate ^^ même; mais cette ellipse serait trop forte pour nous; elle n'en est ^ins de sentiment.

ces degrés j ce sont les épreuves de la patience, soutenue par l'amour et l'espérance.

— « La patience ! cela est bientôt dit ; la patience est- « elle une chose si facile? »

Non ; mais David nous apprend d'où venait la sienne , et d'où peut venir la nôtre , et cela d'un seul mot , mais qui est encore de ce style que bien des gens n'entendront pas , du style de l'inspiration : Seigneur^ vous êtes ma patience ; Domine , tu es patientia m.ea ; comme il dit ailleurs : Mon Dieu^ vous êtes m,a miséricorde; Deus, misericordia mea. Cette expression doit paraître encore bien plus extraordinaire. Quoi donc ! il s'approprie la miséricorde divine ! Sans doute , et il est bien sûr que le bon Dieu ne s'en offense pas ; car David veut dire : Votre miséricorde est à moi ; elle est pour moi , elle est mon bien. Il a raison; et heureux celui qui le dira comme lui ! Ces paroles-là ne sont pas plus à David que sa patience. Elles ne sont pas de l'homme : l'homme en a-t-il jamais employé de semblables ?

Je trouve dans les poètes , dans les écrivains de toutes les nations les grandeurs de Dieu , et je n'en suis point siu'pris. Il suffit de regarder le ciel et la terre pour avoir l'idée d'un grand pouvoir; et cette idée est à tous les hommes , hors aux athées , qui se sont mis hors de l'espèce humaine. Mais la bonté de Dieu ! Elle a été aussi aperçue chez tous les peuples , j'en conviens : elle est si visible ! Cependant je ne la vois sentie que par les auteurs de la Bible et les Chrétiens : eux seuls sont éloquens et inépuisables sur cet attribut de la Divinité , qui de tous est le plus près de nous. Les anciens ont eu

assez de sens pour saisir cette vérité ; ils ont dit optimus

^^naximus, mettant ainsi la bonté au premier rang, du

ïnoins poiu* nous : car on sait bien qu il n'y a point de

i'ang dans l'infini, et que tout est égal dans lés attributs

divins. Mais , en effet, il est naturel que ce qui rapproche

ie plus Dieu de nos pensées , ce soit sa bonté , parce

yue c'est elle qui le rapproche le plus de nos besoins.

-L'idée de son immense pouvoir , considérée seulement

2*ie]ques minutes, nous confond et nous accable : mé-

^2 un moment l'infini en étendue ou en durée ; cher-

ofa

à le concevoir : vous serez bientôt comme étourdi ,

bligé d'éloigner une idée qui vous fait tourner la

. L'infini nous entoure de toute part , et nous ne

vons pas plus le fixer sous notre pensée que sous

sens. L'un et l'autre ne laissent pas d'atteindre

, témoin l'astronomie ; mais quoique le monde ait

bornes poiu* Dieu qui l'a fait, il en a si peu pour

, que les seuls calculs de la distance possible des

les fixes n'ont point de terme arithmétique. Ainsi

ni nous environne et nous repousse. Mais appa-

ment que notre cœur est plus grand que notre es-

; car , quoique l'infini en bonté ne soit pas plus à

>ortée de nos conceptions que tout autre , nous

vons considérer celui-là non-seulement sans peine

^sins fatigue, mais avec un plaisir toujours nouveau :

idées s'y perdent ; mais nos sentimens s'y retrou-

^^^■^T. Je ne sais quoi nous dit que la puissance de Dieu

^^st qu'à lui et pour lui; mais que sa bonté est aussi

^ ïxous et pour nous ; et quoiqu'en y pensant nous ne

Y^issions en trouver les limites, ni dans ce qu'il donne,

Psautier. ^

es DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

ni dans ce qu'il promet , il semble pourtant qu'il n'y ait rien de trop pour notre cœur , pour ses besoins , pour ses désirs. L'apôtre saint Jean a dit dans une de ses Épîtres un mot sublime ^ : Major est Deus corde nostro; Dieu est plus grand que notre cœur. Il Ta dit en ce sens que Dieu en sait plus sur nos fautes que la conscience même la plus éclairée; mais ce mot est tout aussi vrai de la capacité de notre cœur en désirs : rien ne nous paraît pouvoir aller plus loin ; et Dieu seul est -^ au delà.

Comment se fait- il donc que le sentiment de cette^3 bonté , qui est si doux et qui semblerait si naturel , ne^* se trouve exprimé et approfondi que dans l'Ecriture, et»-^ n'ait été familier qu'aux Chrétiens .^ C'est qu'eux seul^ J ont en effet connu Dieu ; et c'est en bonne philosophiez j une preuve péremptoire que l'homme avait besoin d'unes m révélation pour le connaître ainsi. Je ne suis pas sur — *:! pris qu'on ait peu parlé de la bonté des dieux du pa — ^ ganisme : il s'en fallait de tout qu'ils fussent bons. De^^ philosophes anciens , il est vrai, ceux du moins qui ontS^ ^ reconnu l'unité d'un Dieu, ont senti que la bonté était:i^ un de ses attributs essentiels. Mais cette vérité ne passa ^ jamais la spéculation ; et jusqu'à l'Évangile , où la bonté ^ divine parut en personne , parut en action et en paroles ,

' Je crois entendre une certaine classe de lecteurs s'écrier : « Du sublime « dans saint Jean ! Comment va-t-on chercher du sublime dans saint Jean I « Saint Jean et le sublime peuvent-ils aller ensemble ?» Il y a autant d'esprit dans ce genre àt gaieté, qui est celui de nos philosophes , que dans cette exclamation si plaisante des Lettres Personnes : Ah ! ah ! Monsieur est Persan ! Comment peut- on être Persan?

au point que les incrédules eux-mêmes , en refusant d'y \

voir Dieu , y ont au moins vu la perfection de Thomme , i

(ce qui est beaucoup pour eux) ; jusqu'à la publication de ce livre qui a conquis le monde en condamnant le inonde, la bonté divine n'a été sentie et représentée q;ixc dans les livres de l'ancienne loi , qui annonçaient Jes mystères de la nouvelle. Mais aussi quelle place elle y "tient ! de quels traits elle y est peinte ! comme il est dsûr que ces traits-là ne sont pas de main d'homme ! \

v'cr^-us qui croyez seulement à l'existence d'un Dieu , si ^^^^ idée n'est pas chez vous une idée vide et stérile C ^^^ qui serait d'autant plus honteux qu'elle est la plus

)le et la plus féconde de toutes les idées de l'esprit \

■xnain ) , il ne faut ici que réfléchir et être conséquent : ^

combien l'un et l'autre est rare !

XJn caractère particulier dont je crois devoir dire mot dans ce discours, où je ne fais qu'effleurer ce est fait pour être développé dans un ouvrage , c'est te confiance pour ainsi dire familière entre Dieu et **l^omme, que naturellement aucun écrivain ne se perttrait si elle ne lui était inspirée. Je conçois fort bien im des dieux d'Homère couvre un héros de son bou- ^li^i: des dieux qui peuvent être trompés , blessés , em- P'^^i sonnés, punis, ne peuvent guère se compromettre, ^^ l^s poètes ont pu en faire ce qu'ils voulaient. Mais que ^^ï>s les mêmes livres où se montrent, sans aucun alliage, ^^s idées les plus pures ^t les plus hautes de la Divinité , cc^Ttime on vient de le voir, et comme cela n'est pas tï^^me contesté ; que dans les livres pleins du plus profond respect pour Dieu, et de la crainte de Dieu la

es DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

plus religieuse , le Très-Haut paraisse en même temps traiter l'homme comme un ami dans la force du terme , entrer avec lui en discussion comme avec un égal, sans que cette espèce de commerce si extraordinaire affaiblisse jamais dans l'homme la vénération et la soumission , c'est ce qui est pour moi une démonstration morale de l'inspiration divine , et ce qui devrait être , au moins pour tout homme de sens et de bonne foi , matière à examen et réflexion.

Que le Dieu d'Israël, prêt à promulguer sa loi sur les sommets de Sinaï , s'annonce avec un appareil si formidable que les Hébreux , saisis d'effroi , prient 1 Seigneur de ne pas leur parler lui-même, de peur quHL ne meurent^ ce n'est pas, si je l'ose dire , ce qui marqu

le plus à mes yeux l'esprit divin dans le récit de Moïse— ^ Naturellement les idées de majesté et de terreur en— j tourent l'idée de la Divinité , et dans ce genre l'imagi — i nation a donné à la fable même quelques grands traits^de vérité, quoique toujours altérés par uïi mélange quii:-» prouve l'erreur. Mais à quoi reconnaîtrai -je surtout!^ l'esprit divin dans le Pentateuque et dans les autres ^ parties de la Bible ? C'est à la manière dont je vois Dieu ^ converser avec l'homme; c'est quand ce Dieu si terrible s'entretient si familièrement avec Abraham , avec Moïse, avec Jonas, avec tous ses serviteurs; c'est, par exemple , dans cet endroit de la Genèse dont il faut citer le texte , parce que rien ne saurait en suppléer l'expression.

« Alors le Seigneur dit : Pourrais-je cacher à Abraham « ce que je dois faire ? ( Et il lui apprend qu'il va détruire

« Sodome. ) Abraham demeura devant le Seigneur ' , et 1

«s'approchant , il lui dit : Serait-il possible que vous fis-

« siez périr l'innocent avec le coupable ? S'il y avait cin- \

« quante justes dans cette ville , les extermineriez-vous '

« avec les autres ? ne pardonneriez -vous pas plutôt à

« toute la ville à cause des cinquante justes qui s'y trou-

« veraient ? Vous n'êtes point capable de perdre le juste

« avec l'impie , et de traiter l'innocent comme le cou- \

« paLle : une telle conduite est indigne de vous. Celui 1

« qui est le juge de toute la terre poiurait-il ne pas *

« rendre justice ? — Le Seigneur dit : Si je trouve cin-

* quante justes dans Sodome, je pardonnerai à toute la ** 'Ville à cause d'eux. — Puisque j'ai commencé , dit

* -^I>raham , je parlerai encore à mon Seigneur, quoique *" J ^ ne sois que cendre et poussière. S'il s'en fallait cinq ^ ^^ il n'y en eût cinquante , feriez- vous périr toute la

* ^'^le , parce qu'il y en aurait cinq de moins ? — Non , ^^* ** U , je ne la détruirai point s'il s'y trouve qua-

* ^^^t:e-cinq justes. — Abraham continuant de parler ,

^^ <iît : Mais s'il n'y en avait que quarante ? — A cause

^^ oes quarante, répondit le Seigneur, je ne la dé-

î'ixxx'ai point. — Seigneur , dit Abraham , ne vous fà-

*^ne:fc pas, je vous prie, si je parle encore. Peut-être

* ^^ ij n'y en aura que trente. — Le Seigneur dit : Si j'en

* ^^^ve trente , je ne la détruirai point. — Puisque j'ai

* ^^^^itiencé , dit Abraham, je parlerai encore à mon

^gïieur : S'il ne s'y en trouvait que vingt ? — Le

*^ parait en cet endroit , comme en beaucoup, d'autres , sous la figure joXi ange , mais en se faisant connaître pour ce qu'il est , comme on le uO*^ par toute la suite de l'entretieu.

« Seigneur dit : A cause de ces vingt , je ne la détruirai « point, — Abraham dit : Seigneur, je ne parlerai pliis « que cette fois : Peut-être n y en aura-t-il que dix. — S'il «y en a dix, répondit le Seigneur, je ne la détruirai « point. >>

Il y a quelque chose en moi qui me crie si fortement que Vhomme n'a pas trouvé cela, que, s'il était possible que ce sentiment me trompât, je ne craindrais pas d'être repris de mon erreur au jugement de Dieu. Je lui dirais comme Abraham : « Vous êtes juste; et «avec les idées que vous-même avez données à mon «intelligence, ai -je pu croire que ce n'était pas vous « qui parliez ici? » Mais heureusement il n'y a pas de risque, et je suis sûr que cela est de Dieu, comme je le suis qu'il y a un Dieu.

Je laisse de côté toutes les réflexions que peut faire naître cet entretien , et qui ne sont pas de mon objet. Je remarquerai uniquement que cette suite d'interrogations serait hors de vraisemblance dans toute autre histoire , rien que d'un sujet à un roi, et un roi justement irrité ; et que l'inaltérable patience du maître paraîtrait aussi peu concevable que les questions multipliées du serviteur paraîtraient , en pareille occasion , indiscrètes et téméraires. De part et d'autre , il n'y a rien dans l'ordre humain. * *

Jonas va criant dans les rues de Ninive : « Encore « quarante jours , et Ninive sera détruite. » Car c'est là ce qu'il avait ordre d'annoncer; et la sentence est positive , et la prophétie sans restriction. Cependant les Ninivites et leur roi s'humilient devant le Dieu cjui

a envoyé Jonas ; ils font pénitence sous le sac et la

cendre ' , dans le jeûne et dans la prière , et ils disent :

« Qui sait si Dieu ne se retoiunera pas vers nous pour

« nous pardonner, s'il ne s*apaisera point, et s*il ne ré-

« voquera point l'arrêt de notre perte , qu'il a prononcé

« dans sa colère ? En effet , Dieu considéra leurs œuvres ;

, voyant qu'ils s'étaient convertis en quittant leurs

ies criminelles , il eut pitié d'eux , et ne leur fit point

1^ mal qu'il avait résolu de leur faire. »

Jonas , qui ne s'était chargé qu'à regret de prédire les

^eances du Seigneur , et qui n'était pas dans ses se-

, quoique chargé de sa parole , trouva fort mauvais

sa prophétie fut ainsi démentie , et s'en plaignit à

i qui l'avait envoyé. Mais il faut encore entendre

et son prophète dans le texte sacré.

'^ Cependant Jonas étant sorti de Ninive, était allé

placer à l'orient de la ville. Là , il se fit une petite

fcane de feuillages, et s'y reposa à l'ombre, en at-

dant ce qui arriverait. Mais lorsqu'il vit que Dieu

^t:aît laissé toucher de compassion , il en fut très-

^hé^ et, dans l'excès de son chagrin, il dit au Sei-

: N'est-ce pas là, mon Dieu, ce que je disais

ox"sq-^e j'étais encore dans mon pays ? C'est ce que je

* V^^ Voyais , et c'est pour cela que je me suis enfui poiu*

^^ï* à Tharsis. Car je savais que vous êtes un Dieu

'^^ ^ïïient, bon, patient, plein de miséricorde, et qui

''P^^d.onnez aux hommes leurs péchés. Je vous conjure

* ^^c , Seigneur , de retirer mon âme de mon corps ,

C'est encore en Orient le signe du deuil et de l'affliction.

« car la mort vaut mieux pour moi que la vie. — Le «Seigneur lui dit: Croyez -vous que votre colère soit « bien raisonnable ?

On s'étonnera sans doute que le Seigneur n'en dise pas davantage , et l'on trouvera d'abord le prophète bien méchant , et le Seigneur bien bon. Voyons la suite du récit et de la leçon.

«Comme le prophète était fort incommodé de la « chaleur, le Seigneur fit naître un arbrisseau, qui s'é- « leva au -^dessus de la tête de Jonas pour le couvrir de « son ombre et le garantir des ardeurs du soleil. Jonas « en eut une très-grande joie; mais le lendemain matin « lé Seigneur envoya un ver qui rongea la racine de « la plante , et elle devint toute sèche. Après le lever « du soleil , Dieu fit souffler un vent brûlant, et les «rayons du soleil donnant sur la tête de Jonas,' il se « trouva dans un abattement extrême , et souhaita de « mourir , disant encore : La mort m'est meilleure que «la vie. Alors Je Seigneur dit à Jonas: Croyez -vous « avoir; raison de vous fâcher ?.., Vous voudriez court server une plante qui est venue sans vous , qui est « crue en une nuit, et qui est morte le lendemain , et « vous ne voulez pas que j'épargne la grande ville de « Ninive, où il y a plus de six vingt mille personnes qui « ne savent pas distinguer la droite de la gauche , et « qui renferme une inultitude d'animaux. »

Je ne prétends pas ici expliquer un récit où tout est figure, comme dans tous ceux de l'ancien Testament. Les Chrétiens instruits savent que la colère injuste de Jonas représentait la jalousie présomptueuse des Juifs ,

^ n'ont jamais pu comprendre que Dieu ait daigné ^e manifester aux Gentils, et leur porter une lumière ^ue les Juifs n'ont pas voulu recevoir. Mais ce qui ^'occupe ici , c'est toujours la bonté de Dieu, d'abord. ^âns la douceur des reproches qu'il fait à Jonas , en- *^te dans la disproportion entre l'opinion que peut 3voîr l'homme des miséricordes divines et ce qu'elles ^^ïit réellement. On voit que Jonas en avait déjà une ^'^^-xide idée ; cependant il est surpris et scandalisé Dieu pardonne si promptement à une ville si crielle. C'est qu'il n'a vu que ce que l'homme peut , la multitude et l'énormité des crimes , dont il ne t trouver la compensation dans quelques jours de itence publique. Mais il y a une pénitence intérieure t il n'est pas juge , parce qu'il ne lit pas dans les rs : il y a le repentir du cœur , que Dieu seul peut r et appprécier; et comme il l'apprécie encore dans ^^Tiiséricorde , est -il étonnant qu'elle emporte la bae ? Il fait même entrer ici pour quelque chose la nervation des animaux; ce aui peut nous surpren- ^ mais ce qui ne surprend^s dans celui qui les a s , et qui s'est chargé de les nourrir, 'est de ce sentiment de sa bonté que naît celui de our dans les prophètes qui l'ont chanté, et princiment dans le Psalmiste. Il fera ( dit David ) la vo^ «•op^ ^P^ (J^ ceux qui le craignent ; Voluntatem timentimn ^^ ^y^ciet, QviA homme ne croirait pas dégrader la Divi- ^^^é par de semblables expressions? Faire la volonté! CfX^l roi j quel prince dirait (\a il fera la volonté de ses sujets ? Et de qui l'oserait-on dire comme un éloge ? A

plus forte raison , nul n'oserait le dire de Dieu. C'est que , dans toutes nos idées sur les grandeurs divines , quand ces idées ne sont que de nous, nous mêlons toujours involontairement ce qui dans nous se mêle plus ou moins à toute grandeur, l'orgueil. L'orgueil est ^attribut nécessaire de l'imperfection ; il appartient à tout ce qui est sujet à comparaison : tout être qui peut se comparer à un autre est donc sujet à l'orgueil. L'être parfait en est seul exempt. Dieu ne saurait être orgueilleux, parce qu'il ne peut se comparer à rien ; et c'est aussi pour cela qu'il ne peut pas craindre comme nous de descendre. C'est pour cela que tant de choses et d'expressions ont choqué dans les livres saints, et n'ont choqué que l'orgueil et l'ignorance , qui ont cru voir de hi petitesse dans les termes et dans les objets, comme si quelque chose était petit ou grand devant Dieu : devant lui tout est à sa place , comme il l'a voulu , et voilà tout. Il nous a dit lui-même dafts l'Ecriture, et plus d'une fois : Mes pensées ne sont pas les vôtres.

La main de Dieu e^ une figure reçue ,' mais je ne crois pas qu'aucun auteur eût ristjué de dire coinme David : « Si le juste tombe , il ne sera pas froissé , parce « que le Seigneur avancera la main pour le soutenir y* ; Quia Dominus supponit manum. Cette figure ne nous aurait-elle pas paru trop petite ? Mais supposons qu'elle passe , si l'on veut , grâce à l'habitude et à l'éducation ; en voici une où tous les lecteurs , quoique bien avertis, vont se récrier tout d'une voix (j'excepte toujours les Chrétiens ) : « Heureux l'homme attentif aux besoins du «pauvre et de l'indigent !... Le Seigneur l'assistera sur

« le lit de sa douleur : oui, Seigneur, votre main retour^ « Tirera son lit^ pour reposer ses infirmités ; Unwersum ^str'éitum ejus versasti in infirmate ejus, »

etourner son lit ! Dieu retourner un lit ! Riez , grands rits ! J'avoue que ces figures-là ne sont pas de votre etorique : elles ne sont pas de votre Etre suprême ; elles sont du bon Dieu des Chrétiens, qui savent rien n'est petit dans sa bonté... O Rousseau, où — 1:^? Je n'ai jamais aimé tes erreurs et tes sophismes; toi du moins qui n'avais pas abjuré toute religion , avais conservé un sens qui manquait à tous nos £Zosophes : tu as parlé dignement de l'Evangile et des li"VT:*^s saints; et ce n'est pas à toi qu'il eût fallu justifier admirable verset de David, ne tarit pas sur les miséricordes de Dieu , et sur 1^ Ixjnheur de l'aimer. « Qu'elles sont grandes, ô mon «u ! les douceurs que vous réservez à ceux qui vous ignént ! Vous les cacherez dans le secret de votre «, loin de la persécution des hommes; vous les ttrez en sûreté dans votre tabernacle , à l'abri de « * r» cîontradiction des langues. Je disais daïis l'excès de B trouble : Mon Dieu , vous m'avez donc rejeté de vous ; et tandis que je vous adressais ma prière, m'aviez déjà exaucé. -Aimez donc le Seigneur, parce qu'il conservera ceux lui sont fidèles. Agissez avec courage, vous tous espérez en Dieu ; et que votre cœur se fortifie en *••• Cherchez la présence de Dieu, cherchez-la tou-

perdez pas de vue que la plupart de ces can-

et

tiques ont été composés au milieu des détresses et des dangers. Il commence presque toujours par des plaintes, et finit par des remercîmens, quelquefois, il est vrai, parce qu'il' a échappé à un grand péril , mais le plus souvent sans qu'il y ait rien de changé à sa situation extérieure. D'où vient donc cette sérénité, cette joie, cette confiance ? C'est qu'il a prié, et qu'il ne doute pas que son Dieu ne l'ait entendu : il se regarde déjà comme délivré , et il l'est au moins de la crainte et de l'abattement. C'est l'effet de la prière , et c'est ce que l'Ecriture enseigne à chaque page, et ce quelle a mis en action pour mieux nous l'enseigner.

Il s'écrie au commencement du psaume xli : « Comme « le cerf altéré cherche l'eau des fontaines , ainsi mon « âme vous désire , ô mon Dieu ! mon âme a soif du « Dieu vivant, du Dieu fort. Oh ! quand est-ce que j'irai « et que je paraîtrai en la présence de mon Dieu? »

Où a-t-on vu ce désir àe paraître devant Dieu si vivement exprimé ? S'il n'était pas surnaturel , on le trouverait dans les prières des autres religions ; mais il n'y est pas , il n'y est jamais. Horace prédit à Auguste ^u'il sera dieu , ce qui est beaucoup plus que de voir Dieu \ mais il lui conseille de ne pas se presser, malgré tout le plaisir qu'il peut y avoir à être, dans l'Olympe : Serus in cœlum redeas. Il a raison : il ne faut être dieu dC' cette manière que le plus tard possible.

David ne paraît jamais vraiment affligé ' que de deux

' Quand il parle en son nom , car il faut excepter les psaumes où il représente Tagonie du Sauveur portant les péchés du monde ; alors l'expression ne peut être plus douloureuse.

choses : de ses péchés , et des injures qu'on fait à son

I^W, C^est encore ce qu'on ne rencontre pas dans

^antiquité païenne. Partout, il est vrai, les historiens,

^^s poètes , les philosophes , détestent le sacrilège et

* impiété ; c'est une disposition naturelle et générale :

^ais aucun ne va jusqu'à s'en affliger, jusqu'à s'en faire

^n sujet de chagrin personnel. Il n'y a que David qui

4se et redise : « Je me nourris le jour et la nuit du pain

"des larmes, parce que j'entends qu'on me dit sans

" cesse : Où donc est ton Dieu ? Ces blasphèmes sont

"dans ma mémoire, et je rentre dans mon âme, jus-

'^ 3^1 'au jour où je passerai dans les tabernacles de la

'joie et de l'admiration, dans la demeure de Dieu, au

^^ -'^ï Jieu des cris de louanges qui retentiront dans les

* ^^stîxis des justes,

** J'a.î vu les prévaricateurs, et j'ai séché d'affliction, I^-ax'oe qu'ils n'observaient pas vos paroles.

** JVlon âme a défailli de douleur , quand j'ai vu les *' -ï^^^lieurs abandonner vos commandemens.

^^ J *siî vu dans tous les pécheurs de la terre des trans-

Çï*esscurs de votre loi, et c'est ce qui me l'a fait aimer.

^^ -N"'aii-je pas haï tous ceux qui vous haïssent? Oui,

*^ 1^ les hais d'une haine parfaite , et vos ennemis sont

* ^^Vexîus les miens, »

*^^fi.iî c'est de lui que sont ces paroles que Jésus- Ctncist s'est appliquées ; « Le zèle de votre maison m'a (i cOïisximé » ; Zelus domûs tuœ comedit me,

^^t ardent amour pour la loi de Dieu est le sujet

çaTlîculier du plus long.de tous ses psaumes, le cent

^ivhuitième , où il s'est fait un devoir de faire entrer

dans chaque verset la loi de Dieu , ou ses paroles , ou ses promesses , ou ses commandemens , etc. Il y a loin de là au scrupule de se répéter , comme il y a loin du Saint-Esprit aux Jluses de la fable. C'est» de ce psaume que je viens de citer quelques passages sur la loi de Dieu \ c'est là qu'est ce verset qui explique le secret du style de David , et cette chaleur active et pénétrante , caractère avoué de tout temps pour être celui des Ecritures , et qui faisait dire à Rousseau qa elles parlaient h son cœur : « Votre parole est un feu ardent , et mon « âme en est embrasée. »

Il y a trois mille ans que cela est écrit ; et depuis trois mille ans il n'a manqué en aucun temps d'y avoir des hommes remplis de ce même feu ; et depuis Jésus- Christ le nombre en a été prodigieux. Cela ne mérite-t-il pas qu'on y pense ? Ou il faut soutenir que l'amour de Dieu et de sa loi n'est pas en lui-même un sentiment bon pour l'homme et un principe de bien , ou il faut convenir qu^il y a dans notre religion un principe de bien qui n'est dans aucune autre. Il paraît difficile d'hésiter sur l'alternative en écoutant la raison ; mais quand la raison nous embarrasse , on s'arme de ce qu'on peut avoir d'esprit pour se défaire de la raison. Je ne connais pas d'étude plus conmiune que celle-là , ni qui ait plus fructifié.

David attache un si grand prix à la loi de Dieu , qu elle seule lui tient lieu de tout, et il reproduit cette idée de toutes les manières imaginables.

« Les superbes ont agi envers moi avec injustice ; mais « je ne me suis point écarté de votre loi.

«L'iniquité des superbes s'est multipliée sur moi, et « moi j'occuperai tout mon cœur à méditer vos ordon- « nances.

« Il m'est bon que vous m'ayez humilié , afin de «m apprendre vos justices.

«La parole de votre bouche est bonne à mon cœur, •» et plus précieuse pour moi que l'or et l'argent.

tt Les pécheurs m'ont attendu pour me perdre ; mais « vous m'avez donné l'intelligence de vos décrets.

« Ils m'ont presque anéanti sur la terre ; mais je n'ai «point abandonné vos préceptes.

« Les pécheurs m'ont tendu leurs filets , et ne m'ont «point fait faillir dans vos commandemens. « Jai rencontré sur ma route la tribulation et la dé- « tresse, et j'ai persévéré dans la méditation de vos " préceptes.

'* Ceux qui me poursuivent et m'affligent se sont mul- ** tipliés tous les jours; mais je ne me suis pas détourné " ^e Votre loi.

* Les puissans m'ont injustement persécuté ; mais je

**^ suis demeuré dans la crainte de vos commandemens.

*' Combien je chéris votre loi , Seigneur ! elle est ma

*^tnedit:ation de chaque jour... Si votre loi n'avait pas

«ete l'objet de mes pensées, peut-être aurais -je péri

"^^^ 3oiir de mon affliction. »

*- 0-U.S ces versets ne sont pas àla suite les uns des autres ;

i\s sont semés dans im psaume qui en a cent soixante-

ç,eVi^ i mais ce retour si fréquent à la même pensée prouve

combien le Psalmiste en était affecté. Je conçois que

^ette manière de se consoler de tout par la loi de Dieu

8o DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

peut paraître bien étrange. Quel autre qu'un Chrétien comprendra surtout comment la loi de Dieu- peut empêcher depériry comme le dit ici David, et comme cela est très-vrai en plus d'un sens ? — Quoi ! la loi de Dieu empêchera qu'on ne vous égorge? — Non, si elle a même marqué le terme de vos jours , sans quoi personne ne pourra rien contre vous. Mais , dans tous les cas , elle empêche de périr, en deux manières : d'abord celui qui aime et craint Dieu ( et c'est l'effet de l'étude de sa loi ) n'a jamais succombé ni à la crainte ni à l'affliction, et c'est déjà beaucoup pour ce monde; ensuite il ne saurait périr devant Dieu , et c'est tout pour l'autre.

Parmi tous les genres de martyrs connus , on ne cite pas un saint qui soit mort de chagrin, ni un solitaire mort de ses austérités : la plupart même de ces derniers ont passé le terme ordinaire de la vie 5 tant il est vrai que la paix de l'âme , cette paix de Dieu qui surpasse tout sentimehty pax Dei quœ exsuperat omnem sensurriy soutient aussi le corps, et même dans les besoins et les privations ! Vous voyez bien que David savait ce qu'il disait : il savait par expérience ce que c'est que la confiance en Dieu. Qu'on en juge par ce début d'un psaume :

« Le Seigneur est ma lumière et mon salut : qui donc « pourrais-je craindre ? Le Seigneur est le protecteur « de ma vie : qui donc me fera trembler ? »

— Mais puisque David connaît si bien la loi de Dieu , pourquoi donc en demande-t-il si "souvent \ intelligence y et nommément quatre fois dans ce même psaume cxviii.^ Donnez-moi V intelligence^ et je vivrai; Da mihi intel^

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 8i

lectum et Divcan : Donnez^moi V intelligence , afin que J apprenne vos commandemens ; Da mihi intellectum , ut discam iestinwnia tua. La loi de Dieu est - elle si difficile à comprendre ? —

Elle est claire comme le jour pour la raison ; mais

eJle contrarie tous les penchans vicieux du cœur hu-

ûiain. Avouons que c'est dès-lors un terrible nuage

elcTe dans ce cœur, et que, pour le dissiper, il faut

^ue le cœur lui-même soit changé. Qui ne sait com-

l>ien le cœur est sophiste contre la raison ? La philoso-

i>liie païenne Ta vu elle-même, et Ta dit cent fois. Celle

^^ nos sages modernes s'est mise plus à l'aise : elle a

-oidé que tous les penchans de la nature étaient bons,

^st donc l'intelligence du cœur que David demande;

Q^ qui la demande- 1- il? A celui qui avait dit des

^sfcélites , lorsqu'il venait de leur donner sa loi sur le

Sinaï : « Qui leur donnera un cœur pour me

^^^aindre et pour observer mes commandemens ? »

ce qu'il disait à Moïse; et il dit dans la suite, par

^ l>c>xiche de Jérémie : « Quand le temps sera venu,

^ 3 ^^nriprimerai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai

*^ ^^ïis leur cœur. « C'est la loi de grade apportée par

^^^"^s— Christ , et connue par avance de David , et des

P^^ï>liètes, et des patriarches, et de tous les justes de

^^ï^oien Testament.

Et que n*a-t-il donné celle-là tout de suite ? —

^e n'est sûrement pas un Chrétien qui fera cette

Cj^estion : un Chrétien adore la bonté de Dieu, et n'in-

tetroge pas ses décrets, Dailleurs je ne défends pas ici

A^ religion , et il me suffit de répondre à ceux qui n'y

Psautier. 6

croient pas : Cette question est déplacée dans votre bouche. La nouvelle loi est venue à temps pour vous ; et qu'a-t-elle produit sur vous? Vous est-elle seulement connue? En avez-vous seulement Tidée? De quoi vous mêlez-vous donc ? Vous n'êtes pas chargé du sort des autres ; vous n'aurez jamais à répondre que pour vous ; et c'est la seule chose à quoi vous ne pensiez pas. Au lieu de songer à interroger Dieu , le sens commun prescrirait de songer à ce qu'on aura un jour à lui répondre.

David y songeait, et c'est pour cela qu'il désire tant \ intelligence de la parole divine. Cette parole a dans r Ecriture encore un autre caractère qui lui est propre: c'est une grande étendue de sens avec des expressions très-simples ; et pour apercevoir l'une , il faut beaucoup méditer les autres : de là vient que le Psalmiste rappelle et recommande sans cesse cette méditation. On voit du premier coup d'œil que la loi est bonne et juste : qui en doute ? Mais tous les objets concourent à nous en distraire, et toutes les passions à nous en éloigner. Il faut donc se recueillir en soi pour être en garde et en défense, et la méditation de l'esprit finit par mettre la loi dans le cœur à la place des passions. Or, qu'y a-t-il de plus digne de l'homme que de méditer ce qui peut le rendre meilleur ? Voilà ce que fait le Psalmiste, et ce qu'il nous exhorte à faire. Le sens de la loi est lumineux; mais l'amour de la loi ne peut naître que d'une application assidue à considérer tout le besoin que nous en avons , tout le bien qu'elle seule produit , et tout le mal qu'elle seule prévient : c'est la philoso-

phie du Chrétien. Il y a de quoi s'occuper toute la vie; et plus on s'en occupe, plus on sent quelle profondeur de vérité et de sagesse il y a dans cette loi, dont le premier article ne se retrouve dans aucune iég'islation religieuse quelconque : Kous aimerez le Seîr gficiir votre Dieu de tout votre cœur^ de tout votre esprit ^t de toutes vos forces. Les fameux vers de Pythagore, îoi sont un code de morale naturelle , commencent ^'^'^sàx Avant tout ^ honorez les dieux immortels^ chacun ^^Ton son rang. Ni lui , ni aucun législateur, ni aucun philosophe n'a jamais dit , Aimez Dieu , n'a parlé en auc^xone manière de \ amour de Dieu : le savant Barthélero.^ en fait la remarque dans son excellent Précis de ian<3iénne philosophie. Ce seul commandement bien "ï&cîité sépare tout de suite la législation divine de ^oii-tcs les législations humaines : c'est toute la substance ^6 l*homme moral. D est vrai qu'il faut au moins y pcr^^er; mais quiconque y pensera bien, comprendra san.^ peine pourquoi Dieu seul a pu nous dire, Aimez

t^ me reste , pour terminer ce Discours , à rappeler

le VTc^ sens de quelques expressions de l'Écriture et des

Psa^xiunes , dont les calomniateurs ont abusé d'une ma-

tiiex'e assez spécieuse pour en imposer aux personnes

peu. éclairées. Quel bruit n'a pas fait Voltaire d'un Dieu

(jtP- se râpent , qui se met en cotere , qui endurcit le cœur

(jiô Pharaon , qui se venge , qui tourne le cœur des

égyptiens a la haine contre Israël^ etc, ! Combien de

fois n'a-t-on pas invoqué les notions métaphysiques

pOur nous apprendre que toutes ces impressions ne

pouvaient pas entrer dans l'essence divine ! La belle découverte ! Vous verrez que les prophètes , qui partout ont fait parler Dieu si dignement , et comme grand, et comme bon, et comme juste, n'en savaient pas autant que nos philosophes sur l'essence divine ! Mais s'ils avaient fait parler Dieu en rigueur métaphysique , leurs écrits n'auraient pas produit plus d'effet que le Manuel d'Epictète. Pour agir sur le cœur de l'homme, il faut parler aux affections de l'homme ; et si toutes ces affections sont en lui susceptibles de vice, parce qu'elles peuvent y devenir un désordre , elles ne sont dans la pensée divine que l'ordre essentiel. Dieu est impassible pour lui , sans doute ; mais s'il nous parlait comme impassible , qui l'entendrait ? S'il nous avait dit qu'il ne peut ni aimer comme nous , puisque l'amour est un besoin et que Dieu n'a besoin de rien 5 ni haïr comme nous , puisque rien ne peut lui faire de mal; ni s'irriter , ni se venger y ni se repentir ^ etc., par les mêmes raisons, n'aurait-on pas rangé cette divinité-là parmi celles d'Epicure , qui ne se mêlent ni ne se soucient de rien ? Il aurait donc fallu donner à toute la terre des leçons de métaphysique , pour enseigner à tous les hommes ce qu'ils doivent craindre et espérer du Dieu qui les a créés ? Mais heureusement pour nous il savait (puisque nous-mêmes le savons) qu'on n'établit pas plus une religion dans le cœur avec des définitions ontologiques , qu'on n'établirait une législation avec des axiomes et des corollaires de philosophie. Il a fait pour nous comme Elisée pour cet enfant qu'il rendit à la vie : il s'est mis , s'il est permis de le dire , à notre mesure. Il a parlé de

sa colère^ de sa vengeance ^ pour effrayer les méchans; d a permis que les bons \e glorifiassent^ quoique assuï'ément sa gloire n'ait nul besoin de nous. Il nous a l^escrit de le louer ^ de le bénir y de le prier ^ et tout ceJa pour nous-mêmes et pour notre bien ; car s'il peut repasser et de nos louanges , et de nos bénédictions ^ et <^e nos prières , l'homme ne saurait s'en passer. Il a dit îu*/7 oublierait nos iniquités; et quoiqu'on sache bien Ju'il ne manque pas de mémoire , ce terme est beaucoup plus vrai de lui que de nous; car l'homme qui pardonne n'oublie pas ; et nous - mêmes n'oublions ni ^e devons oublier nos fautes ; mais Dieu est assez piAÎssant et assez bon pour faire, s'il le veut, qu'elles "^^^-^^nt devant lui comme non -avenues, en raison de '^ ^^tr*e repentir, et surtout de sa miséricorde. Aussi dit-il , se servant de figures du même genre : « Quand votre e d'iniquité serait rouge comme l'écarlate, je la rai blanche comme la neige:... je scellerai tous "^c>s péchés dans un sac, et le jetterai au fond de la . » Et qu'y a-t-il dans tout cela qu'un excès de

■^Ont:é qui prend tous les moyens sensibles pour rapl^^ler à lui le pécheur , et lui ôter cette fatale idée qui ^^lexit tant de coupables dans la route du crime, il est ^^^p tard^ il n^ est plus temps? S'il eût dit : A telle mesure à^ crime , il n'y aura plus de pardon , que d'hommes A^ïis le désespoir! On a vu, dans les citations précédantes, combien il est loin de parler ainsi. Il n^a jamais tï^^ïqué cette mesure, parce que c'eût été en marquer aïie à sa clémence ; ce qui serait contradictoire dans Vêtre infini en tout. Seulement, comme cette clémence

est nécessairement attachée au repentir, selon Tordre de la justice , essentielle en lui comme la bonté , le temps de cette clémence ne saurait passer celui de répreuve , c'est-à-dire de notre vie , parce que l'âme u<b fois séparée du corps ne peut plus éprouver de changement, et reste nécessairement ce qu elle était au moment de la séparation.' Qu'y a-t-il dans toutes ces idées qui ne soit parfaitement conséquent, et que la raison puisse attaquer ?

Quand David dit du Dieu d'Israël, que, regardant l'affliction de son peuple. Use repentit suwant. la gran^ deur de ses miséricordes^ pœnituit eum secnndhm multitudinem misericordios suce , quelqu'un peut-il se tromper de bonne foi au sens de ces expressions ? comme • si Dieu, qui sait tout selon l'ordre, pouvait en effet se repentir. N'est -il pas évident que l'écrivain sacré se sert de ces termes humains pour faire comprendre que le bon Dieu ne punit pour ainsi dire que malgré lui ; qu'à peine a-t-il frappé, qu'il attend, pour guérir, qu'on ait recours à sa bonté, et qu'on rentre dans les voies de la justice ? Si l'Ecriture fait dire aux Ninivites : Qui sait si Dieu ne révoquera pas V arrêt quHl a prononcé dans sa colère ? voilà qu'un raisonneur qui se croit habile appelle l'écrivain sur les bancs , comme il y appellerait Dieu même , s'il y croyait , et lui dit avec confiance : Ne sais-tu pas que Dieu est immuable, et qu'il ne peut pas révoquer ce quHl a résolu P Ni Dieu ni l'auteur inspiré ne lui répondront; mais, moi, je lui dirai : Ne sais-tu pas toi-même que rien n'empêche que toute menace ne soit conditionnelle, sous la restriction

<luL repentir de ceux qui sont menacés , pidsque rien

i^'ertàpêche que la prescience de Dieu n'ait prévu l'effet

de la menace lorsqu'il la faisait? Cet argument sans

réplique est applicable à tous les cas pareils ; ils sont

sans nombre dans l'Ecriture, parce que Dieu a voulu

qu Ou ne désespérât jamais ici-bas de sa miséricorde.

C>îeu est l'auteur de tout , hors du mal, et le mal est <iaris la créature , parce que le Créateur ne peut rien Jaif ^ d'aussi parfait que lui, et que la perfection n'est 9^ ^ lui : c'est un attribut incommunicable. Lui-même ^ ^lit: que les anges ri* étaient pas entièrement purs devant ^^^^ Il est donc absurde de vouloir que l'homme , ou *^^ être créé quelconque , soit parfait. Un être créé irfait et libre, tel que l'homme, a donc en lui le le du mal. Mais ce qui est en Dieu , c'est de tirer ^ l>ien du mal même; et c'est ce qui justifie les vues *^^ Sa sagesse , quand elle permet le mal, que l'homme fait par sa volonté corrompue , mais que Dieu ne jamais faire. Ainsi , quand il est dit dans les livres , cjfjiil tourna le cœur des Egyptiens a la haine \^^^ siutres exemples semblables), on sait bien que ce ^ «>«=^-»; pas lui qui a mis dans leur cœur un sentiment îux, puisque cela est impossible; il a seulement ?^ï*xxiis qu'ils s'y livrassent, quoiqu'il pût empêcher à ^^ fois et l'intention et l'effet : s'il ne le fait pas, c'est ^^ il a ses raisons que personne n'a droit de lui de- ^^^^xder. Mais comme il importait de persuader aux ^si'atélites et à tous les hommes que tout est conduit V^ï' la Providence , les auteurs sacrés emploient queltp^efois ces sortes de phrases pour le mal même , et

les emploient toujours pour le bien, sans distinguer la permission ou Vaction, que le bon sens supplée de lui-^même pour quiconque n y a pas renoncé.

Il n'y a pas plus de fondement dans cet autre reproche qu'on a fait au Psalmiste et aux autres prophètes , sur cette formule qui est celle de l'imprécation : que leurs yeux s^ obscurcissent y afin quHls ne voient pas y et que leur dos soit toujows courbé pour la ser^ vitude^ etc. Est-il permis, a-t-on dit, de souhaiter du mal, même à ses ennemis? et cela n'est-^il pas contraire à l'esprit de la religion ? Sans doute ; mais toutes les fois qu'on a répété cfette objection, l'on s'est bien gardé de tenir compte de la réponse qui est péremptoire ; c'est qu'il est reconnu et prouvé, du moins pour tout Chrétien ( et cela suffit ici pour que tout soit conséquent) , que ce n'est point David qui parle en cet endroit, non plus que dans une foule d'autres : c'est Jésus-Christ luimême qui parle dans tout le psaume où se trouve ce passage, qui regarde manifestement les Juifs déicides, comme si l'on contait leur histoire. Or , toutes les fois que Dieu parle ainsi , il n'y a ni souhait ni imprécation ; il y a jugement et prédiction 5 et apparemment Dieu est le maître.

Pour ce qui est de David lui-même , il n'y a qu'à lire son histoire , où ses fautes ne sont nullement dissimulées : on verra qu'il n'y eut jamais d'homme moins porté à la vengeance. Jamais il n'en tira aucune d'aucun de ses ennemis , quoiqu'il en eût reçu les plus violens outrages , et qu'ils lui eussent fait tout le mal qu'ils pouvaient. Il eut deux fois en son pouvoir la vie de

son plus furieux oppresseur, Saiil, et n'eut pas même Ja pensée d'y attenter. Il n'y a nulle part de récit plus touchant que celui de tout ce qui se passa de part et d'autre en ces deux rencontres. Tous ses autres ennemis obtinrent de lui leur pardon, dès qu'il fut sur 1^ trône; il alla même jusqu'à dissimuler les attentats e l'insolent Joab , en considération de ses grands ser- 5 et s'en remit à son successeur Salomon du soin les punir, parce qu'ils devaient êtrei|)unis. Quand éprouva la plus insigne trahison de la part d'un de plus intimes amis , Achitophel , il ne demanda pas ieu de le faire périr , mais seulement de découses desseins et d'arrêter l'effet de sa politique , qui connue : Infatua^ Domine ^ consilium Achitophel. - fu.t toute sa prière : elle n'est pas d'un homme vin- ^-^^tif. Avant de livrer bataille au rebelle Absalon, le *J ordre qu'il donna fut que personne n'osât mettre *^E^ain sur lui : c'était son fils , j'en conviens ; mais ien de rois n'auraient pas été pères en cette oc- ! Il n'y en eut qu'une où il fut au moment de I^c>iter à la vengeance ; c'était contre Nabal : il eut > mais il le reconnut sur-le-champ , dès qu'il eut ^lidu Abigaïl ; et il rendit grâces à Dieu de n ^ avoir "^ J^Grmis quHl commît une grande faute ; et pourtant -^^^bal avait poussé bien loin l'inhumanité et l'initrude.

^ demande souvent à Dieu de le délivrer de ses en-

j '^^^^^^s ^ de confondre ceux qui en veulent a sa vie , de

zre tomber eux "mêmes dans les pièges- qu'ils lui

^ty etc. ; ce qui signifie clairement qu'il s'en remet

à la justice divine des moyens qu elle voudra employer pour le sauver, parce que lui-même, comme on le voit par son histoire , n'en emploie aucun pour leur faire du mal. Il ne s'occupe jamais qu'à se préserver; ce qui assurément est très-permis; et Dieu ne défend à personne de l'invoquer contre les médians, quand il lui plaît de leur donner la puissance. C'est toujours un temps d'épreuve et de punition pour les hommes, et c'est à leurs {Kères d'obtenir que ce temps soit abrégé. En un mot, les trois grandes vertus du christianisme, la foi , l'espérance et la charité , respirent dans les Psaumes, comme dans tous les livres émanés de l'Esprit saint; et c'est là ce qui rendra toujours ce recueil si précieux : car, sans la foi, l'âme est privée dé lumières; sans la charité, le cœur est vide de bonnes œuvres; sans l'espérance, la vie n'a point d'objet, et la mort point de consolation. Disons donc à Dieu avec le Psalmiste : « Heureux l'homme que vous-même aurez instruit et à « qui vous aurez enseigné votre loi , afin de lui adoucir « les jours mauvais , jusqu'à ce que le pécheur ait creusé « la fosse où il doit tomber : Beatus homo quem tu « érudieris , Domine y et de lege tua docueris eum , ut « mitigés ei a diehus m,alis , donec fodiatur peccatori ^f^fovea, » Ps. cxciii.

MATINES

HYMNE

JuE jour qui fut le premier des jours, la lumière fut tirée des ténèbres, et c'est aussi en ce même jour que Jésus - Christ , la véritable lumière du monde, sort de la prison du tombeau.

Et la mort et l'affreux chaos entendent la voix du Dieu qui commande; et nous, plus sourds que la mort et le chaos , nous refuserions d'obéir à Dieu!

Tandis que la nature repose ensevelie dans l'ombre, nous, enfans de la lumière, levons-nous, et occupons les momens de la nuit à de fiêux cantiques.

Le silence règne dans les lieux profanes : que la loi de Dieu, les oracles des prophètes, et ces psaumes animés d'un feu divin, retentissent dans les demeures sacrées.

Que cette céleste trompette dissipe le sommeil des cœurs languissans, et que de nouvelles mœurs

9a LE PSAUTIER. — -^

retracent en nous la nouvelle vie du Christ ressuscité.

C'est sous votre conduite que nous y parviendrons, ô Dieu! source de charité, vous qui ajoutez à la lettre de la loi l'esprit (jui donne la vie.

Gloire au Père, gloire au Fils, gloire à vous, Esprit-Saint, dont le souffle est le feu sacré qui éclaire et échauffe nos esprits. Ainsi soit-il.

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