‹ Le pseudo-érysipèle vaso-moteur chez les tuberculeuxChapitre 20 sur 26 · PERTE · texte numérisé non relu

PERTE

Déjà en 1864, à propos d'un trouble vaso-moteur semblable à celui que nous étudions, la rougeur des pommettes dans la pneumonie, Grisolle (1) s’insurgeait contre l’idée généralement admise que, « dans les pneumonies bornées à un seul poumon, la rougeur était beaucoup plus intense sur la pommette correspondante que sur celle du côté opposé ». Dans la statistique qu'il établit à ce propos, il montre que si cette rougeur est plus prononcée en effet dans les pneumonies des sommets, on ne saurait conclure à la localisation de l’érythrose, précisément du côté du poumon atteint.

De même, à propos des troubles oculo-pupillaires dans les maladies de la plèvre et du sommet du poumon, la théorie de M. Souques à été fortement controversée. À cause de la facilité relative de leur constatation, ces troubles ont fait l’objet de nombreuses recherches qui portent sur un grand nombre de cas.

Nous avons vu que M. Souques admet la compression du ganglion cervical inférieur, soit par l'atmosphère fibreuse qui les entoure au cas de tuberculose ou de lésions inflammatoires du sommet des poumons, soit par l'appareil ganglionnaire sympathique qui se trouve dans ce diaphragme cellulo-fibreux.

(1) Grisolle. Traité de la pneumonie, 1864, p. 275.

Traitant du pseudo-érysipèle et des érythroses faciales spécialement chez les phtisiques, nous ne voulons pas insister sur ce sujet. Ajoutons cependant que rien n'empêche d'admettre une rougeur des pommettes localisée au côté opposé au poumon atteint, car sous l'influence du processus infectieux pneumonique, des lésions anciennes du dôme pleuro-pulmonaire peuvent, en subissant de ce fait une reviviscence, venir irriter le sympathique de ce côté. (Jacquet.)

Dans un article rêcent, M. Déhérain (1) admet l’excttation du sympathique — non plus au niveau du sommet du thorax, dans la région du dôme pleural, et grâce aux lésions de celui-ci, — mais au niveau du médiastin, car il n’a jamais pu établir d’une façon constante, un rapport entre le côté pulmonaire atteint et le phénomène oculaire.

« Pour interpréter le symptôme qui nous occupe, dit cet auteur, il faut se souvenir qu’on lerencontre fréquemment au cours des tumeurs du médiastin, qu'elles soient d'ordre mécanique ou inflammatoire : Or. il est facile de concevoir chez le éuberculeux un ganglion médiestinel enflammé, agissant par contact sur le nerf sympathique à la façon d'un anévrysme ou d’un cancer œsophagien. Il n’est donc pas nécessaire que ce ganglion soit celui du dôme pleural spécifié par M. Souques.

« Dans trois autopsies de tuberculeux pulmonaires, atteints d'inégalité, nous avons trouvé de volumineux paquets ganglionnaires. En outre, l’évolution du phénomène chez le phtisique, sa longue durée, ses rémissions, ses atténuations temporaires, ses récidives, rappellent l'évolution des adénopathies qui est sujette à dés périodes de fluxion, de régression et aussi de récidive.

« Si l'on admet l’origine ganglionnaire de l'inégalité, on comprend comment, grâce à des anastomoses entre les lympathiques, le ganglion enflammé et par consé-

(1) Déhérain. L'inégalité pupillaire dans les maladies du poumon et de la plèvre. Presse Médicale, 1* octobre 1904, p, 630.

quent la pupille correspondante ne sont pas forcément du même côté que le poumon atteint. »

Plus récemment encore, MM. Chauffard et Lædrich (1), étudiant les inégalités pupillaires dans les pleurésies avec épanchement, pensent à un phénomène « plutôt d'ordre fonctionnel qu'anatomique. » L'irrégularité de la production de ce phénomène, sa variabilité d'un jour à l’autre s’accordent mal, semble-t-il, d'une irritation par une réaction pleurale qui produirait des excitations plus permanentes. La compression par un épanchement volumineux ne saurait non plus être acceptée, puisque dans trois cas qu'ils apportent, l’action de la thoracentèse sur l'inégalité a été nulle, et que dans un autre cas, la dilatation existait du côté opposé à l’épanchement.

D'ailleurs, pour ces auteurs, cette inégalité résulte moins d'une « dilatation active que d’un affaiblissement unilatéral du réflexe lumineux irido-constricteur. » Et pour en expliquer la pathogénie, ils rappellent le réflexe -de Shiff : toute excitation sensitive périphérique provoque la dilatation irienne. « Il est vrai, ajoutent-ils, que dans le réfiexe de Schiff, la réaction est bilatérale, mais il faut tenir compte que ce qui entre en jeu chez nos malades, c'est moins la sensibilité générale des nerfs périphériques que la sensibilité viscérale et presque inconsciente du pneumogastrique pulmonaire. Aucun rapport constant n’associe l'intensité du point de côté à la réaction pupillaire.

(1) Chauffard et Lædrich. Les inégalités pupillaires dans les pleurésies avec épanchement. Arch. gén. de méd. N° 10, 5190.

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« Si donc, comme nous le pensons, il s’agit d'un acte purement réflexe, sa voix centripète paraît devoir être cherchée plutôt dans les rameaux pulmonaires du vague que dans les rameaux sensitifs qui, des nerfs intercostaux, se distribuent à la plèvre pariétale. Si l'on admet cette interprétation, l’unilatéralité du symptôme s’explique assez facilement, en tenant compte de la première des lois des réflexes établie par Pflüger, loi de l'unilatéralité, les mouvements réflexes se manifestent d'abord du même côté que l'excitation qui les provoque.

« L'hypothèse que nous proposons serait conforme à l'opinion de Bechterew, d’après laquelle la dilatation irienne d'origine périphérique serait due à l’inhibition du réflexe lumineux. »

À ces deux théories qui, au moins sur un des points de la symptomatologie que nous étudions, semblent venir contredire la théorie de l'excitation de l'appareil ganglionnaire sympathique, on pourrait ajouter: venant combattre notre thèse, une troisième objection qui, au premier abord, semble fondée.

Ni la section, ni la résection du sympathique cervivical pratiquées souvent par les chirurgiens dans ces dernières années, n’amènent l’hémiatrophie faciale. Les auteurs, qui voient dans cette hémiatrophie le résultat d’une altération du trijumeau, paraissent done avoir ain de cause.

On peut toutefois faire remarquer que, lors de l’expérimentation sur les animaux adultes, ces troubles trophiques n'apparaissent qu'à la longue et surtout, comme Ch. Bernard l’a établi, quand ces animaux viennent à

souffrir. De plus, chez les Jeunes animaux dont le développement complet n'est pas atteint, ces troubles sont bien plus manifestes, et ce développement même souvent très gravement compromis.

Angelucei (1) par exemple, opérant sur des animaux jeunes, observe après extirpation du ganglion cervical supérieur, outre des lésions oculaires, l’alopécie de la face, la dystrophie des os du crâne, le développement vicieux des dents du côté opéré, un développement moindre de la cornée et de la sclérotique.

De plus, ainsi que le fait observer M. Jaboulay (2), s’il est vrai que la section simple ne suffit pas à expliquer ces troubles trophiques, on peut faire intervenir la notion de névrile Sympathique ou l’inflammation ganglionnaire.

Telles sont les théories. S'il nous était permis de donner ici notre opinion personnelle, nous dirions que vouloir expliquer tous les cas par une même théorie, est certainement illusoire. D'ailleurs, les auteurs que nous avons vu défendre l'irritation du ganglion cervical inférieur comme cause des troubles signalés, de l’hémiatrophie entre autres, ne sont pas exclusifs. Ils admettent parfaitement l'existence d'hémiatrophie, dues à des lésions périphériques (trijumeau), à des fésions spinales

(1) Angelucci. Altérations de l'œil, consécutives à l’extirpation du ganglion cervical supérieur. Arch. ital. de Biol., 1893, p. 67.

(2) Jaboulay. Discussion sur la communication de Bouveyÿron. Soc. médie. des sciences de Lyon. Séance du 29 janvier 1902.

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