‹ Le pseudo-synod connu dans l'histoire sous le nom de Brigandage d'EpheseChapitre 12 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DépiMltloii d'Irénée et eonunemeememt des troubles dans les Églises de PliéBlele et d'Osroène.

Que la déposition de Tévêque de Tyr ait suivi de près ou de loin son élection et son sacre, il est au moins un fait certain: c'est que, dans la pensée de Fempereur Théodose et de ses conseillers, cet acte de sévérité était destiné à servir d'exemple. On voulait montrer aux Orientaux qu'on ne reculerait devant rien pour mettre un terme à leurs agissements. On se proposait de les effrayer, mais on désirait, en même temps, se donner l'air de faire un acte de justice, et c'est pour cela sans doute qu'on choisit, dans le parti, l'homme qui était le plus justement suspect de sentiments hétérodoxes. A supposer que le parti eutychien fût de mauvaise foi, en agissant de la sorte, on ne peut pas au moins contester qu'il ne se soit conduit avec une grande habileté.

Il y avait peu de temps que Proclus était mort et que Flavien lui avait succédé, lorsque l'empereur Théodose crut devoir renouveler ses anciens édits contre les nestoriens. Il condamna de nouveau leurs livres au feu, et défendit d'enseigner tout autre symbole que celui de Nicée et d'Éphèse. L'empereur ajoutait : « Ceux qui violeront notre décret encourront les peines édictées par les lois rendues contre Nestorius. Or, afin qu'on sache, par un exemple^ Unité Vhorreur qt^inspirait à

notre Majesté les sectateurs impies de Nestorins, nous condamnons Irénée, qui, après avoir encouru autrefois, pour ce motif, notre indignation, est devenu plus tard, nous ne savons comment, évêque de Tyr, quoique bigame ot malgré la défense des canons apostoliques; nous condamnons Irénée, disons-nous, à quitter réglise de Tyr, à se retirer dans sa patrie et à déposer complètement le costume et le titre de prêtre (1). i>

Les termes de ce décret sont presque une révélation, et ils viennent admirablement confirmer les conjectures que nous avons présentées. Humilié par ses échecs, et irrité par la nomination d'irénée au siège de Tyr, le parti monophysite considérait ce dernier événement comme une tentative de restauration nestorienne. Il pensa donc qu'il était de son devoir d'agir et crut étouffer le mal dau son germe en frappant un de ces coups qui servent à tous d'exemple et de leçon.

Le coup porta, en effet, et tous les écrits contemporains témoignent de la stupeur qui accueillit cet important décret, quand il parut, dès le commencement de

(1) c Qui vero sacrum hoc nostrum decretum violaverint, non du-» bitent, eamdem se pœnam incursuros, quœ in lege contra impiam Neslorii fidem lata continelur. Ut autem omnes experimento discant, quantopere majestas nostra impii Nestorii fiâei zelatores detestetur, atatuimus ut Irenœus, qui hac de causa nostram indignationem olim incurrit, et poslea, nescio que modo, post secundas nuptias, sicuti accepimus, contra apostolicos canones Tyriorum urbis episcopus creatus est, a sancta quidem Tyriorum eccîesia expellatur, privatus autem in patrio tantum solo degat, habitu et nomine sacerdotis prorsus exutus. Magnifîcentia itaque tua nostrae pietatis propositum sequens curet haec observare et ad fmem perduci. » (Mansi, Conciliorum omn,, V, 417, et Labbe, Sacro sancta concilia, t. Ill, col. 1î!6. -^ Cf. Iléfélé, Histoire des conciles, H, 604-505.)

l'an 448. Il est daté du 17 février (1) et fut publié, le 18 avril, au fond des déserts de l'Egypte, mais il fut connu de bonne heure en Asie. Domnus, Théodoret et tous les Orientaux demeurés fidèles au traité d'union conclu par Paul d'Éraèse en furent attérés. Le parti monophysite releva partout la tête ; les divisions éclatèrent en tous lieux, en particulier dans la Palestine et dans la Phénicie. Le trouble en vint bientôt à son comble, et de toutes parts, au dire de Théodoret, on n'entendit que des gémissements et des larmes (2). Toutes les lettres écrites par ce grand évêque, durant le cours de l'année 448, nous transmettent un écho fidèle de ces plaintes ; elles respirent la tristesse la plus profonde; on sent que le découragement s'empare de cette âme vieillie au milieu des luttes pour la foi.

Bientôt, cependant, l'énergie de l'évêque de Cyr reprit le dessus, et ce premier moment de faiblesse passé, le vieil athlète retrouva sa première ardeur. Il ressaisit la plume pour combattre l'hérésie naissante, et/ quoique abandonné de tous, il ne désespéra jamais du salut du l'Église ni du triomphe de la foi. Ce n'était plus seulement un grand écrivain, un puissant génie qui s'adressait à l'univers ; c'était un confesseur et un martyr qui animait ou soutenait tout le monde, et qui signait toutes ses lettres de ses larmes, en attendant peut-être qu'il les

(1) Héfélé dit que ce décret n'a point de date {Histoire des conciles, II, 504-505); mais il est faeile de la décoaTiir, car la loi est du 17 février, et comme on sait qu'elle fut publiée en Egypte Tan 448, le 18 avril, il est aisé de reconnaître que cette loi est du 17 février (448). (Voir Code Théodosien, I, 3; Labbe, Sacro sancta concilia, 111, 1215-1216, et Tillemont, Mémoires^ XV, 26ô-i67.)

(2) Voir épltrcs 79 et suivantes.

signât de son sang (i). Tandis, en effet, que le décret rendu contre Irénée était accueilli à Ântioche avec stupeur et étonnement, un mot d'ordre, parti de Constantinôple, était donné à tous les sectaires du monophysisme répandus en Asie, pour qu'ils eussent à mettre en accusation ou à chasser de leurs sièges les évéques suspects de nestorianisme ; et, pour être suspect de nestorianisme, il suffisait, d'après la remarque fort juste d'Évagre, de ne pas faire preuve d'un zèle très-ardent pour le monophysisme. Ceux qui se montraient simplement tièdes ou réservés devenaient l'objet de la défiance des eutychiens. Des troubles éclatèrent un peu partout, mais il parait qu'ils furent surtout violents en Phénicie, en Palestine et en Osroène. Théodoret ne cesse de déplorer les maux des églises de Phénicie, et il dit même que ses ennemis ne lui pardonnent pas ses plaintes (2). On avait espéré qu'abattu par les coups portés à Irénée il se condamnerait au silence, et on ne demandait pas davantage, parce qu'on croyait que, Théodoret vaincu ou silencieux, l'hérésie monophysite, qu'on traitait d'oirthodoxie, ferait facilement son chemin.

L'agitation la plus sérieuse commença* dans l'Osroène. Ëdesse était alors gouvernée par Ibas, l'auteur de la célèbre lettre au Persan Maris qu'une réaction contre Rabbulas (4) avait élevé sur le siège épiscopal.

Quoique défenseur chaleureux de Théodore de Mop-

(1) Épures de Théodoret, 46, 80, 84, 82, 444,

(2) c Indignantur nonnulii quod Phœnices Ecclesiarum ruinam . higemus; sciât magnitudo vestra, non posse nos non dolere, cum Judaeorum cornu in altum ereclum, christianos in lacrymis, luctuque cernimus, etiamsi ad ultimas bras nos transmittant. » (Épttre Lxxix à Anatole; Patrùlogie grecque de Migne, LXXXIII, col. 41255.)

(4) Prédécesseur d'ibas sur le siège d'Édesse, 443-434. — Assé-

sueste, Ibas avait cependant fait la paix avec le patriar-* che d'Alexandrie et gouverné assez pacifiquement son église. On assure, toutefois, qu'il avait à son tour dû subir ]es attaques des amis de son prédécesseur, et on trouve, parini les actes du cinquième concile œcuménique, une lettre que Proclus écrivit à Jean d'Antioche pour se plaindre du métropolitain d'Édesse (1). Jean ne donna, paraît-il, aucun cours à cette plainte, et Domrius imita cette sage réserve. L'ordre semblait donc se rér tablir peu à peu dans l'église d'Édesse, quand plusieurs membres du clergé, poussés par Eutychès et Uranius, évêque d'Imérie (2), recommencèrent leurs attaques. • Quelques-uns d'entre eux se transportèrent auprèç de Domnus au moment où le décret rendu contre Irénéç était affiché dans Antioche, c'est-à-dire vers le commeur cément de mars 448 ; car on était déjà dans le carémé, et les Pâques tombaient, cette année-là, le 11 avril. Tous ces détails nous sont connus par les Actes du Brigandage d'Éphèse, par ceux du concile de Calcédoine ou par les lettres de Théodoret (3).

mani, Bibl. orient., I, 425. — Tillemonl, Mémoires, XV, 465-466. — Voir encore G. Bickell, dans la Biblioteck der Kirchenvœter,

104e livraison.

(1) c Mulli inclamant hic religiosissimum edessenorum episcopum Ibam, non solum quidam cleHci edesseni et monachi, sed etiàm primates etclari militia, quibus rectœ fidei calidas zelus accenditur, quod tantum diligit Nestorii insaniain, ut et quaedara capitula quœ supposui scripto à nôbis ad Armenios tomo, et direxi tuœ roTerentiae, quae sunt stulta et profana, et omni plena impietate (ransferret voce syrorum et transmitteret ubique. » {Epistola Procli episcopi Constantinopolitani ad Joannem episcopum Antiochenum, — Labbe, Sacro sancia concilia, V, 512.)

(2) Ibas le dit expressément au concile de Calcédoine.

(3) Actes du Brigandage d'Ephèse, 64-68, et épître cxi de Théodoret.

L'évêque de Gyr était à Antioche lorsque les clercs d'Osroène s'y présentèrent. Il les accueillit avec charité, s'interposa en leur faveur, et Domnus obtint d'Ibas la faculté de les relever de la 'Sentence d'excommunication dont ils étaient frappés (1), à condition, toutefois, qu'ils ne quitteraient pas Antioche avant d'être jugés, c'est-à-dire avant le concile que le patriarche se proposait de réunir après Pâques. Théodoret s'était peut-être rendu à Antioche, afin de conférer avec Domnus sur la conduite qu'il fallait tenir après la déposition d'Irénée, pour conjurer l'orage dont cette mesure semblait être le prélude. Les documents nouveaux attestent, en tout cas, qu'il se trouvait à l'église, un jour de dimanche, vers celte époque, et ils ajoutent que le peuple, mécontent de la sentence qui venait de frapper Irénée de Tyr, s'écria « qu'il fallait arracher les décrets, et que personne ne devait prendre des édits impériaux pour des règles de foi (2). » Il y a bien peut-être quelque chose

(1) Voir plus loin. Gfr. Manâ» ConctUorum own. ampL colL, VII, 218. — Théodoret, épttre IH. — Patrologie grecque de M^ne, LXXXHl, col. 1307-1308. — LiberatasDiaGonii8(Brmarttifit emÊm êué^hkmorum, etc., ch. x ; Pairolùgie latme de Mîgne, LXVIII, col. 992) dit que les clercs d'Osroéne accosûent Ibas êuprès de Domnus à V époque où Fiavien fut fait évêfue de ConstantmepU, € iupervemêiUe feUimtate quadragesmœ âsgimsionis, jussi $ufU a Domno excowèmumcùthnê ab$olvi, sub ea conditioiiâ ut Afitioebia Bon exirent. » — D'iq^rès Tannotatour, col. 998 6, Ibas aurait été accusé auprès de Domnus en U6; l'Appel aurait eu lieu en 447 ; le jugement de Tyr aurait commencé en 448, en février) et se serait terminé à Béryte en septembre.

(2) Actei du Brigandage d^Éphèse, pages 136-138 : « Jean, prêtre et premier des notaires, dit : Théodoret fakiant ThoméKe {Wfacheq) disait: c Dieu a pris Thomme, quoique cela ne plaise c pas à quelques-uns. » [U disait] encore : c Thomas a touché celui € qui est ressuscité, mais il a adoré celui qui a opéré la résur-

d'inexact dans cette déposition du prêtre Ëuloge et des autres accusateurs d'Ibas, mais on peut admettre, sans invraisemblance, que le peuple se permit quelques protestations, et qu'on chercha plus tard à les transformer en^ris de révolte.

Une fois le premier moment de stupeur passé, Dom^ nus ayant reçu, ainsi que nous venons de le dire, les avis de Théodoret qui était, ce semble, son grand inspirateur, Domnus prit le parti de se renfermer dans le silence et de suivre plutôt que de diriger les événements. Il attendit qu'on l'obligeât de nommer un successeur h Irénée et chercha à temporiser, pour voir s'il ne s'offrirait pas quelque occasion favorable de rétablir son suffragant, en obtenant le rappel du décret lancé contre lui (i). Domnus semble, en effet, avoir nourri quelque temps cette espérance. C'était, hélas ! une chimère, et il Mait bien mal connaître les violences habituelles aux passions religieuses, pour croire qu'elles s'arrêteraient en tel chemin.

Le noyau de monophysites qu'il y avait à Aniioche

c reetion. » A cela le peuple criait : c Voilà la foi des apôtres ! € Voilà la foi orthodoxe ! Voilà la foi de Dtodore et de Théodore ! a C'est ainsi que nous croyons. Personne ne croit sur un édit ! <K Personne ne reçoit la foi d'un édit ! Nous sommes les serviteurs € des apôtres ! Chasses dehors les ennemis de FÉ^ise ! Dehors les f hérétiques ! Dehors ceux qui font souffrir Dieu ! Dehort les ca- « lomniateurs ! Dehors Eufychès et Maximin ! Dehors les hé- « reliques ! Anathème à tous les deux ! Au fou tout de suite le « couvent de Maximin! Allons-y dès maintenant t G^est Satan, et a non pas un moine ! >

(1) Épttre ItO, faussement attribuée à Théodoret. — Patrologie grecque, LXXXIII, col. 1303-1306. — Héfélé (Hi$!oire des eondks^ H, 504-505) semble croire que cette lettre 110« est antérieure à la déposition d'Irénée, mais cette opinion est insoutenable.

fut extrêmement mécontent de ces lenteurs calculées^ et, prenant la tristesse publique pour un reproche, transformant quelques cris échappés à des officiers subalternes de l'église en cris séditieux (1), il entra résolument dans la voie de la persécution. C'en était fait désormais : la guerre était déclarée, l'Orient était en feu, et les événements allaient se précipiter avec une extrême rapidité.

Quels étaient ces monopbysites d'Antioche? Ils sont demeurés pour la plupart inconnus. Cependant, les Actes du Brigandage d^Éphèse nous ont conservé quelques noms dans les exclamations populaires qu'ils reproduisent : c A bas les calomniateurs ! s'écriaient les fidèles d'Antioche. A bas Eutychès et Maximin I A bas les hérétiques I Anathème contre eux deux ! Au feu le couvent de Maximin (2) 1 >

Ce Maximin est peut-être le même que celui dont il est quelquefois question dans les documents de l'époque sous le nom de Maxime (â). Quant à Eutychès, il est impossible de dire s'il s'agit de l'archimandrite de Constantinople ou bien de quelque moine d'Antioche. Il nous serait agréable de pouvoir penser, avec M. Hoffmann (4), que la première hypothèse est la plus vrai-

(1) Actes du Brigandage d'Éphèse, 64-66: c Et pendant qu'au milieu du peuple les enterreurs, les porte -bières, les ordonnateurs et d'autres frères poussaient ces cris, Théodoret disait aux fidèles, au cours de son homélie, etc. > ' (2) Actes du Brigandage d'Êphèse, p. 155.

(3) 11 y avait alors à Antioche un personnage de ce nom, qui était connu pour ses opinions anti-nestoriennes. (Fleury, Histoire ecclésiastique, XXTI, 30. — Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. ecdés., XV, 589.)

(4) Verhandlungen der Kirchenversammlung zu Ephesos, 90,

semblable, car alors la succession des événements s'expliquerait bien mieux; mais rien ne nous autorise à faire cette supposition. Parmi ces monophysites, il faut ranger aussi quelques aiitres moines dont l'un, appelé Théodose, était destiné à se faire, quelques années plus tard, un nom tristement célèbre au milieu des troubles qui assaillirent le patriarcat de Jérusalem, après le concile de Calcédoine (1). Il ne faut pas oublier non plus de ranger parmi eux les clercs et les moines de l'Osroène, quoiqu'ils semblent ne pas avoir embrassé, dès le principe, les opinions du parti eutychien. Ayant recouru à la médiation de Théodoret, et n'ayant eu qu'à se louer de ses services, ils n'avaient pas craint de rendre publiquement hommage à sa bienveillance. Ce ne fut que plus tard, et quand ils virent à Constantinople la faveur dont jouissait le parti monophysite, qu'ils entrèrent dans ses rangs (2).

C'était une recrue assurée d'avance au monophysisme. Nommons enfin les moines Marcellus, Syméon, Abra-

note 303. Nous ne croyons pas qu'il s'agisse en cet endroit de deux moines de Gonstantinople, comme le pense Hoffmann {Verhand" lungen, etc., note 303). Il nous semble peu probable qu'en 447 les chrétiens d'Antioche connussent ainsi, par le menu, les personnages qui jouaient un rôle religieux à Gonstantinople. iCe Maximin doit être quelque abbé d'Ânlioche, peut-être le correspondant de Cyrille. (Tiilemont, Mémoires, XIV, 818.)

(1) Voir dans Mansi {Conciliorum omn. ampl, coll., VII, 483, 487,506, 510, 514, 620) divers édits de Marcien contre ce moine. — Épître 119 de Saint-Léon. — Tiilemont, Mémoires pour servir à Vhist. ecclés., XV, 672, 731-733, 925, 936.

(2) Théodoret dit de ces clercs de rOsroène : • Nam et Edessenos istos arbitror, non sua sponte, hanc contra nos calumniam texuisse, sed de nobis dididsse ex illis, qui ibi sunt, » (Épître cxi, Anatolio patricio. — Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1387 d.) .

ham, Gérontius, le diacre Héliodore, le prêtre Pelage, et nous aurons fait connaître à peu près tous les chefs du parti eutychien en Orient (1). On les retrouvera plus tard, au conciliabule d'Éphèse, parmi les accusateurs de Théodoret et de Domnus.

Le dernier surtout, le prêtre Pelage, semble avoir joué un certain rôle, quoique l'histoire se taise complètement sur lui. D'après les Actes dont nous suivons le récit, il fut obligé de rétracter quelques-unes de ses opinions, et on exigea même de lui une profession de foi dans un concile tenu alors, car cette profession de foi est adressée à une douzaine d'évêques (2). Peut-être est-ce dans un de ces conciles qui se réunissaient généralement chaque année, à Ântioche, après les fêtes de Pâques.

Tandis que les clercs de FOsroène attendaient à Antioche qu'on écoutât leurs plaintes et qu'on jugeât leur différend, le parti monophysite ourdissait ses trames et cherchait à englober Domnus dans la ruine d'Irénée. Plusieurs moines se rendirent à Alexandrie conduits par ce Théodose que nous avons nommé plus haut (3). C'était un homme d'énergie, prompt à la calomnie, incapable de reculer devant aucune violence. 11 trouva les esprits préparés à accueillir ce qu'il pourrait dire contre les évêques d'Orient, et il s'acquitta brillamment de son rôle. Par ses rapports calomnieux, il souleva les Alexandrins contre les Orientaux, en particulier contre Théodoret et contre Domnus. Il savait sans doute à qui il s'adressait, et il n'ignorait pas que, pour gagner les

(1) Voir Actes du Brigandage d'Éphèse^ p. 132 et suiv.

(2) Ibid.

(3) Ibid., p. 153-154.

bonnes grâces de Dioscore, il n'avait qu'à noircir la réputation de ses rivaux de gloire, d'autorité et de pouvoir. Bientôt, paraît-il, le désordre fut au comble dans les monastères d'Egypte : on proféra des cris séditieux dans les assemblées chrétiennes, et Dioscore ne put, assure-t-on, les apaiser qu'en promettant d'admonester son collègue d'Asie (1).

Tandis que ce nouvel orage se formait en Egypte, Domnus paraît avoir espéré un moment que ses efforts aboutiraient et qu'il obtiendrait le rétablissement d'Irénée. C'était ce dont ses ennemis avaient peur, et ce qu'ils lui reprochaient amèrement de poursuivre. Théodoret et plusieurs autres personnages s'étaient entremis en faveur de l'évêque exilé; on écrivit même, de Constantinople à Antioche, que ces démarches étaient sur le point d'aboutir (2). Domnus le désirait, car il ne savait comment agir. Il ne pouvait pas nommer un successeur à Irénée, parce que sa déposition n'était point régulière, et, d'autre part, la rumeur publique disait que c'était là la volonté de l'empereur. Il craignait, et avec raison, qu'on ne voulût lui tendre un piège, comme on l'avait fait autrefois à un évêque nommé Prinkyps. Il attendait donc des ordres et laissait aux événements à lui dicter sa conduite. Il fit connaître à Théodoret l'embarras où il se trouvait et échangea là-dessus plusieurs lettres aux environs de Pâques de l'an 448. Théodoret était, en effet, rentré dans sou diocèse pour ne fournir à ses ennemis aucun motif de le persécuter. L'avenir lui

(1) Actes du Brigandage d*Éphèse, p. 153-454.

(2) Épître ex de Théodoret : t Jndicant res Deo charissimi epis^ copi Domini Irenœi meliori loco futuras» » {Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1306.)

prouva qu'il avait eu raison d'agir ainsi, mais il vit par expérience que la sagesse et la modération ne désarment jamais la haine et ne détournent pas toujours les coups de l'envie. Il nous reste encore une lettre écrite à cette époque par Domnus à Théodoret. On l'avait attribuée jusqu'à ce jour à l'évêque de Cyr, et cette méprise n'a pas créé peu d'embarras aux érudits, quand ils se sont demandé si c'était Domnus ou bien Théodoret qui avait ordonné le comte Irénée métropolitain de Tyr (1).

Domnus ne se fit pas longtemps illusion : ses espérances s'évanouirent bientôt; il venait à peine d'écrire à Théodoret, que deux prêtres d'Alexandrie, nommés Isaïe et Gyrus, lui apportèrent une première lettre de Dioscore, peu faite pour le rassurer. Elle était, en effet, conçue en termes assez vifs, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un patriarche en ait été offensé. Dioscore se plaignait notamment de deux choses : de ce que Théodoret, prêchant à Antioche en présence de Domnus, s'était permis de diviser m deux le fils unique de Dieu (2), et de ce que Domnus lui-même tardait à donner un

(1) Éptlre ex. Tillemonl, Mémoires, XV, 872. — Baronius, Annales, ad annum 448, n» g. Garnier et Baluze ont discuté aussi la même question.

(2) Actes du Brigandage â^Éphèse. C'est raccusation qui revient sans cesse dans la controverse de l'époque, c Qui Marcionis, et Yalentini et Manetis, aliorumque Docitarum hœresim, hac nostra tempestate, rénovant, aegre ferentes hœresim à me aperte confutari, imperatoris aures circumvenire conati sunt, hœreticos nos appeilantes, et unum Dominum nostrum Jesum Christum incarnaium Deum verbum, in duos filios dividere calumniantes. Sed verbis suis, ut sperabant, non persuaserunt. Quare scriptum est commonitorium magniiicentissimo et gloriosissimo magistro militum consuli. » (Theodoreli, epist. Lxxxii. — Eusebio Episcopo Ancyrœ, LXXXIU, col. 263.)

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