‹ Le pseudo-synod connu dans l'histoire sous le nom de Brigandage d'EpheseChapitre 11 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Différends entre Donums et DIoseore. -r- Ordination d*Irénée pour In métropole de Tjr.

Voilà quelle était la situation de l'Orient chrétien vers la lin de l'an 447, c'est-à-dire à la veille des troubles qui devaient ensanglanter l'Asie et déchirer le monde

(1) Théophane, Chronographie, à Tannée 440 et 441. — Palrologie grecque de Migne, CVIII, col. 253-258. — Nicéphore Callixte, HUt. ceci, XIV, 47

pour des siècles. A Constantinople le parti de la violence était conduit par Eutychès et Chrysaphius ; en Egypte Dioscore et ses parabolans (1) terrorisaient les orthodoxes, et faisaient trembler tous ceux qui croyaient devoir leur résister. Partout enfin, la cour et l'administration impériale penchaient du côté des monophysites ; la faveur de Chrysaphius leur valait cet appui. Si les évêques d'Asie et le clergé tout entier eussent été, à la fois, plus unis entre eux et mieux conduits par leurs chefs, peut-être auraientils détourné l'orage et écarté les coups qu'on se préparait déjà à leur porter; mais il n'en était rien. Théodoretde Cyr, ce jouteur habile des premières luttes nesloriennes, cet esprit de feu et celte tête de bronze, dominait le parti orthodoxe et dirigeait le mouvement, en dirigeant Domnus. Or, Théodoret était suspect à tous ceux qui inclinaient vers les Alexandrins, et, si son amour de la discipline le faisaitcraindre de tous les agitateurs des diocèses d'Asie, sa grande influence, l'éclat de son talent, sa supériorité scientifique ou oratoire l'exposaient à toutes les rancunes de la jalousie. On l'avait souvent calomnié auprès de saint Cyrille ; l'illustre patriarche d'Alexandrie paraît même avoir douté, à un certain moment, de la sincérité de son retour. Quelques années plus tard, Athanase de Perrha refusa de l'avoir pour juge (2) ; les esprits brouillons le poursuivaient de leurs calomnies; et, à Alexandrie ainsi qu'à Constantinople, on ne cessait de le présenter comme l'ennemi le plus dangereux de ce qu'on

(1) Voir Ducange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis. Au mot, c'étaient primilivement des espèces de garde-malades.

(2) c Detulerat Athanasius sacram, ut non sederet, neque Domnus Theodoretus (incertain) in causa, neque Joannes metropolita. » (Labbe, Sacro sanda concilia, IV, 751 c.)

appelait l'orthodoxie. Ces détails nous ont été transmis par la correspondance de Tbéodoret lui-même, et les renseignements de l'évêque de Cyr sont confirmés par d'autres documents tout à fait dignes de foi (1). Ce n'était donc pas en s'appuyant ouvertement et en toutes circonstances sur un tel homme que Domnus pouvait tourner les didicultés de sa situation et parer aux terribles éventualités de l'avenir.

11 paraîtrait même qu'il alla au devant de l'ennemi et qu'il provoqua ses adversaires (2). D'après Facundus d'Hermiane, qui écrivait un siècle plus tard, au moment où la querelle des Trois Chapitres venait de raviver tous les anciens souvenirs, Domnus aurait dénoncé le premier l'hérésie d'Eutychès (3), « l'accusant de renouveler les erreurs impies d'Apollinaire, d'ébran-

(1) Voir les Actes du Brigandage d'Éphèse.

(2) TillemoDt {Mémoires, XV, 486), citant les paroles de Facundus, suppose que Domnus a écrit cette lettre après le Concile de Gonstaotinople; mais on ne comprend pas alors comment Facundus peut dire : € Accédât etiam venerabilis Domnus Antiochenus, qui sui decessoris Joannis aliorumque prœcedenlium collegarum sententiam tenens, Eutychi Apollinaris bœresiarchae impietatem reno- ▼are tentant!, et ob boe Diodorum atque Tbeodorum analbema* tizare praesumenti primus restitit ad imperatorem Theodosium scribens. » (Facundus Hermianensis, Pro defeasione trium capitulorum, lib. XII, cap. v. — Patrologie latine de Migne, LXVIII, coK 852. ^ Cf. Quesnellei, Dissertationes in S. Leonis Magni opéra, Dissertatio VII, De causa Eutyehis. ^Ibid., t. LV, col. 651. a. col. 219, note b; tome LIV, col. 713. Cf. lib. VIII, cap. IV et V. - Ibid., col. 715-720.) '

(3) c Vestram, docere cogîtur pietatem, quoniam Apollinaris hae* resiarebœ impietatem Ëutycbes presbyter reno?are pertentat, et aposlolicas labefactare doctrinas, mysteni Incamaiionis dogma corrumpens et diftoilatem Unigeniti et bumanitatem unam naturam ▼ocans, commis lionemque et confusionem asserens factam, et salutarem passionem ipsi incontaminabili deilati adoectens, et bos

1er les croyances transmises par les apôtres, de corrompre le dogme du mystère de rincamaiion^ d'ap« peler une seule nature l'humanité et la divinité du fils unique, d'affirmer qu'il y avait entre elles confusion et commixtion, d'attribuer les douleurs de la passion à l'immuable diviuHé, et d'oser anatbématiser Diodore et Théodore, qui avaient soutenu la vérité et défendu la vraie religion contre toutes les hérésies (1). » Facundus d'Hermiane revient sur ce fait à deux reprises ; comme H cite' les termes mêmes de la lettre de Domnus, il est difficile de croire qu'il s'est trompé , sur un point de cette importance. Toutefois, il parsut un peu étrange de supposer que l'hérésie d'Eutychès fut devenue assez publique à Antioche pour être attaquée par Domnus, quand elle était encore ignorée à Constantinople de ceux qui avaient mission de veiller à l'intégrité de la foi. Or, nous voyons, par les actes même du concile de Constantinople, qu'à la fin de 448 Flavien c s'étonnait de l'accusation qu'Eusèbe de Dorylée soulevait contre la foi du digne prêtre et archimandrite Eutychès (2), ^

qui coIuorasB veritatis et propugoatores pielatîs fuerant, et adver&os omnem hœresem clare virtutem exercueniDt, Diodorum et Théodorum analbetnatizare praesumil, et in hoc Apollinaris similis vanifatî. » (Facundus Hermianensis, Pro trmm defensione capiiulorumj llb. VIII, cap. v. — Patrolùgie latine de Migne, LXVIII, col. 7:23lU. - a. t. LV, col. 21», 651 ; t. LIV, col. 713.)

(1) Ibid. Cf. Héfélé, Histoire des conciles. II, 518. — Celte opinion, qui ferait de Domnus le premier adversaire d'Eutychès, nous expliquerait pourquoi le nom de ce patriarche serait passé sous silence dans le passage suivant : c Eutychès, dum legeretur damnatîo, appellavit sanctum concilium sanctisstmi episcopi Romani et Alexandrini, et Hierosolymitani et Thessalonicensis, et hœc in gestis non sunt inserta. j (Concil, Calced,^ âct. I, circa finem.)

(2) Héfélé, Histoire des conciles, II, 5tO. — Mansi, Conciliorum

Il y a évidemment entre ces deux faits une apparence de contradiction, à moins qu'on ne suppose, dans Flavien, le désir de mettre en relief son impartialité dans là cause d*Eutychès, précisément parce qu'il avait en celui-ci un calomniateur et un ennemi. Il est fâcheux que l'auteur du Synodiœn n'ait pas poussé plus loin sa collection. Les lettres qu'il nous eût conservées auraient jeté incontestablement beaucoup de jour sur les faits que nous étudions.

Ce qui est plus certain, c'est l'animosité quenotirrissait iDioscore contre son collègue d'Antioche, animosité à laquelle Domnus fait allusion dans une lettre qu'on a cru à tort, jusqu'à ce jour, être de Théodoret (1). D'après un passage de cette lettre, existant dans le grec et dans la version syriaque, on voit que Dioscore avait essayé de sortir des limites que le vi® canon de Nicée et le ne de Constantinople avaient fixées au patriarche d'Alexandrie, et qu'il s'était immiscé dans les affaires du patriarcat d'Antioche, sous prétexte qu'il venait avant Domnus, en qualité de successeur de saint Marc (2). « Nous recourons à Votre Sainteté, dit Domnus à saint Flavien, et nous l'exhortons à prendre la défense de la foi et des canons foulés aux pieds.

« En effet, quand ils s'assemblèrent dans la capitale de l'empire, les saints et bienheureux pères de l'ÉgHse, s'inpirant des pensées de ceux qui s'étaient autrefois

omn. ampl. coll. y VI, 654: « Stupefaciiml nos quidem quœ lecta sunt, eo quod talis ingeritur reprehensio reverendissimo presbytère et archimandritœ Eutychi. »

(1) Voir épître 86 de Théodoret, et Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 139-143.

(2) Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 142.

réunis à Nicée, délimitèrent les diocèses, donnèrent à chacun le sien, et défendant à tous, comme contraire au droit, de s'immiscer dans les affaires d'un diocèse étranger, ils ne donnèrent à Tévêque d'Alexandrie que le. pouvoir de gouverner TÉgypte, chaque évêque devant administrer son diocèse en particulier (l)* Or, Dioscore ne veut pas se soumettre à ces lois, ainsi que les faits l'ont montré ; il nous parle à tort et à travers du siège du bienheureux Marc, bien qu'il sache certainement que la grande ville d'Antioche est le siège de Pierre, lequel a été le maître du bienheureux Marc, et, en même temps, le chef de tous les apôtres. Nous supplions donc Votre Sainteté de ne pas laisser impunément fouler aux pieds les canons et de lutter volontiers pour la foi. > .

Les lettres de Dioscore, qu'on vient de retrouver, nous le montrent bien, en effet, s'occupant de l'église de Tyr; mais ce qui avait le plus irrité Dioscore contre Domnus, c'est que celui-ci avait, paraît-il, toléré que Proclus prenne le pas sur ses deux collègues, en vertu sans doute du canon iii« de Constantinople. Ceci avait eu lieu évidemment dans les derniers temps de Proclus, probablement en 446 en ou 447 ; on a même prétendu qu'il s'était tenu, à cette occasion, un concile à Constantinople (2). Le passage où Domnus nous apprend ce

(1) Allusion au canon u du Concile de Constantinople (381). — Héfélé, Histoire des conciles, II, 202-203. < Les évêques appartenant à un autre diocèse ne doivent pas s'occuper des églises étrangères, et doivent respecter les limites des églises; mais Tévêque d'Alexandrie peut s'occuper des affaires de TÉgypte. » — Cf. canons v et VI de Nicée, dans Mansi, Conciliorum omn, ampl. coll., II, 669- 672. - Id., ibid., 559-560.

('2) € Il faut que Votre Sainteté n'ignore pas que Dioscore est animé

Digiti

l'ait n'existe pas dans la version syriaque ; il y est remplacé par un fragment qui, à son tour, ne se trouve pas dans le grec, ainsi que nous aurons accasion de le dire bientôt.

A quel propos Dioscore avait-il cherché à s'immiscer dans les affaires- du patriarcat d'Antioche?Il est difficile de le dire, en Tabsence de tout document positif; mais nous ne croyons pas dépasser les limites des conjectures permises, en affirmant que le premier éclat se produisit à propos de Télectiou d'Irénée de Tyr (1). Ce fut, en effet, par la déposition de cet évêque que commença cette série de violences dont le dénoûment eut lieu au brigandage d'Éphèse. Le sacre d'Irénée pour la métropole de Tyr dut mettre le comble à la mesure et faire crever enfin Torage depuis longtemps amoncelé sur la

à notre égard de mauvais vouloir depuis que nous avons adhéré, suivant les canons des Pères, aux règlements synodaux intervenus sous Proclus d*heureuse mémoire. A une ou deux reprises, il nou5 a gourmande comme ayant trahi» à ce qu'il dit, les droits des églises d*Antioche et d'Alexandrie. N'ayant pas perdu ces souvenirs et croyant avoir trouvé le moment favorable, à ce qu'il croit, il a manifesté son inimitié. Mais rien n'est plus fort que la vérité, car elle peut vaincre, même avec peu de défenseurs. Je prie Votre Sainteté de se rappeler de nous dans ses prières à Dieu, afin que nous puissions résister à tous les orages. » (Patrologie grecque de Migne, LXXXIIl, col. 1280-1281. La lettre tout entière occupe les colonnes 1277-1282.)

(1) Voir Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 163: c Accorde donc, TOUT DE stnTE, UN ÉVÊQUE A l'Église DE Ttr, et impose les mains à celui que tu chercheras et que tu examineras, suivant le pouvoir qui t*a été donné par Dieu.

c Nous participerons à toutes tes prescriptions, si elles répondent à la vérité, ô ami de Dieu; car il est vrai que, quand un membre est glorifié, tous les membres sont glorifiés avec lui, mais le contraire a lieu aussi. »

tête des évoques d'Asie. En tout cas, cet évêque fut le premier atteint, et il faut bien reconnaître que tout le désignait aux coups du parti monophysite. On se demande même comment Domnus osa élever ce personnage à la digité de métropolitain de Tyr, après le rôle qu'il avait joué dans la controverse neslorienne.

On avait soupçonné, avant ce jour (1), que cet évêque était le même que le comte Irénée, qui avait patronné si ardemment la cause de Nestorius, au concile d'Ephèse, en qualité de représentant de la cour, et qui s'était permis tant de violences à l'égard des évêques orthodoxes. Aujourd'hui les soupçons se changent en certitude, et l'identification devient incontestable : les Actes du Brigandage d'£'j9/iè5e l'affirment ouvertement et nous apprennent même quelques autres particularités d'uûe importance assez considérable (2).

Irénée partagea d'abord le sort de Nestorius : il fut exilé à Pétra, sur les frontières de l'Arabie, vers 435, et ce fut là, sans doute, qu'il composa la tragédie dont nous connaissons seulement le contenu par Fauteur du Synodicon adversus tragœdiam Irenœi (3), mais à laquelle nous sommes redevables de tant de documents précieux sur les dix premières années du nestorianisme (430-440). Gomment fut-il rappelé de l'exil ? — On ne le sait. L'histoire n'en dit rien ; toujours est-il qu'il revint à de meilleurs sentiments et qu'il conquit, par ses vertus et par sa foi, l'amitié de ceux qu'il

(1) Tillemont, Mémoires, XV, p. 264, 871-872. - Cf. XIV, articles 135, 133.

(2) Voir Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 138.

(3) Maosi, Conciliomm omn, ampl. coll.^ V, coll. 731-1022. -* Tillemont, Mémoires, XIV, 605-607.

avait violemment attaqués dans son livre (1). Théodoret, par exemple, célèbre sa bienfaisance, sa générosité, rintégrité de sa foi, et Domnus lui rend le même hommage dans une autre lettre qu'on a encore cru jusqu'ici appartenir à Théodoret. Le patriarche d'Antioche affirme même qu'Irénée a été choisi avec l'approbation de tous les évêques de la province de Phénicie.

Irénée fut sacré par Domnus : les Actes du Brigandage d'Éphèse l'aflirment en plusieurs endroits (2); l'auteur du Synodicon le dit également (3). Ce n'est donc plus un problème, et, si quelques auteurs ont pensé différemment, c'est par une méprise qu'ils ont été amenés à soutenir cette opinion (4). Ils n'ont pas vu que

(1) Dans répître 110, qui est de Domnus, quoiqu'on l'attribue habituellement à Théodoret (voir Actes, etc., p. 138), Domnus dit: c Quare ad clericos, <E[ui ex urbe regia scrîpserunt, scribi oportere censeo, adductum me Deo charissimorum Phœnkiœ episcoporum decreto, Deo charissimum episcopum Irenaeum ordinâsse. Cum illius et zelum, et magnarUmitatem et amorem inpauperes, et alias ejus virtutes perspectas haberem, ac prœterea dogmatum rectiludinem, Nec enim scimus unquam récusasse Deiparam appellare sanctam virginem aut aliud qtddpiam a decretis Evangelicis, sensisse. {Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1306.)

(2) Voir Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 138.

(3) Mansi, Conciliorum omn. ampl. colL, V, col. 930, chap. 16! du Synodicon. — Voir là-dessus Tillemont, Mémoires, XV, note 5 sur Théodoret, p. 871-872; Baronius, Annales ad ann. 448, 6; Baluze, Nova collectio conciliorum, col. 860, note 8, au chapitre 161 du Synodicon. — Voir aussi les Notes de Pagi, au même endroit des Aifinales de Baronius. — Tous ces auteurs, à l'exception de Tillemont, croient que Théodoret avait été, au moins, un des prélats coqsécratcurs d'irénée.

(4) Baronius, Annales ad ann. 408, 31-32; 411, 71. — Tillemont, Mémoires pour servir à Vhist. eccl., XIV, 802, au mot Acace; . 813, au mot Alexandre d'Antioche, et pages 174, 224-225; XV, 265, 268. -- Dom Geillier, Histoire générale des auteurs ecclésias-

répître H0« de Théodoret, sur laquelle ils s'appuient, n'était point de l'évêque de Cyr, et ce fait est cependant incontestable: cette lettre est de Domnus, tout aussi bien que la 86«, adressée à Flavien (1). Comment s'expliquerait-on, d'ailleurs, qu'un simple évêque de Cyr eût élé appelé à sacrer un métropolitain dé Tyr, même avec le consentement de Domnus ? C'est en dehors de presque tous les usages connus chez les anciens.

Le sacre d'Irénée comme évêque de Tyr, quelque converti qu'on le suppose, était une action d'éclat. Il ne fallait jien moins que l'autorité du patriarche d'Antioche pour empêcher les esprits de s'émouvoir et la guerre d'éclater. Si on eût choisi Théodoret pour accomplir cette fonction religieuse, on aurait nécessairement ameuté toutes les passions, et les Alexandrins n'auraient pas manqué de crier au scandale. Un tel choix devait avoir tout l'air d'une bravade, et, dans l'état où était alors l'Asie, c'était courir les chances de terribles aventures que d'élever un converti du nestorianisme aux honneurs de l'épiscopat, surtout aux honneurs d'un siège métropolitain comme celui de Tyr. Les événements ont bien montré, du reste, tout ce que cette entreprise avait de téméraire, d'imprudent, de dangereux.

Il serait plus aisé de comprendre l'influence^ que ce fait exerça sur l'avenir de l'Asie chrétienne et sur les événements qui se déroulèrent bientôt dans l'Église, si

tiques, in- 4, éd. Vives, X, ch. IV, § vu, p. 72. — Garnerii, Dissertatio 11^ de Hbris Theodorefi, epist. 110. — Patrologie grecque de Migne, 84, col. 287. ^ Suivant nous, Tépître 110 est une lettre de Domnus à Théodoret, dont Tépître 112 est la réponse.

(1) Voir les preuves que nous avons données, Actes du Brigandage d'Éphèse, p» 145, note b.

on pouvait déterminer d'une manière bien précise* à quelle date il faut rapporter Tintronisation dlrénée sur le siège de Tyr. Cette 'métropole avait pour titulaire Cyrus, à Tèpoque du concile d'Éphèse; après Cyrus vint Béronicien, auquel saint Cyrille adressa deux lettres, relativement aux nestoriens de Phénicie, lesquelles lettres semblent visées par Dioscore dans les Actes du Brigandage d'Éphèse, quand il parle d'lrénée(l).

Mais Béronicien eut-il un successeur? Irénée vint-il immédiatement après lui ? Aucun document positif ne permet de le dire. — On ne peut former que des conjectures probables. 11 paraît d'abord qu'Irénée n'était pas métropolitain de Tyr en 4i2, car, à l'endroit où les Actes du Brigandage d'Éphèse nous parlent de l'élection d'Alexandre pour l'évêché d'Antaradus, ils font mention de l'évêque de Tyr, sous la forme générale de « Vévêque de Tyr alors existant (2). * Or, il ne paraît pas vraisemblable qu'on eût parlé ainsi d'Irénée, s'il eût été revêtu, en ce moment, de la dignité de métropolitain.

On nous dira peut-être que les Actes retrouvés récemment paraissent déterminer bien exactement l'époque précise de l'élection d'Irénée, quand ils disent qu'il « était demeuré douze ans sans prendre aucune part aux assemblées chrétiennes, depuis la déposition de Nestorius jusqu'au moment où il fut élevé à Vépiscopat (3). » Rien ne semble en apparence plus précis,

(1) Voir Actes du Brigandage d'Éphèse, 87. — Cf. lettre 59 de saint Cyrille. — Patrologie grecque de Migne, LXXVIÎ, col. 323-32i, et le Synodicon, ch. CCIX. — Mansi, V, 996. — Cf. Tillemont, Mémoires, XV, 872, 264-266.

(2) Voir les Actes du Brigandage d*Éphèse, p. 150.

(3) Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 138.

maïs il demeure incertain si le point de départ de ces douze années doit être placé en 431 ou en 435. C'est en 431 que Nestorius fut déposé par le concile d'Éphèse; mais comme cette déposition ne fut ratifiée officiellement que par Tédit rendu contre Jes nestoriens en 435, on peut croire que c'est de celte dernière date qu'il est question. Et qu'on ne dise pas que ce soit là un point indifférent. Car si c'est à partir de 431 qu'il faut compter les douze années, l'ordinatien du comte Irénée se rapporte à l'année 443. Or, est-il possible d'admettre que Domnus se soit cru assez d'autorité pour accomplir un pareil acte au moment même où il venait de s'asseoir sur le trône patriarcal ? N'avait*il pas à craindre d'exciter contre lui tous les monophysite$? N'était-ce pas aller contre les lois de la prudence la plus vulgaire que d'inaugurer son pontificat par une pareille témérité? En outre, Domnus, dans une lettre qu'il écrivit à Théodoret après la déposition d'Irénée, nous apprend que l'élection de ce dernier avait été faite par tous les évêques de Phénicie, approuvée par les évêques du Pont et de la Palestine, ratifiée par Proclus dans des documents écrits, et qu'elle n'avait provoqué aucune opposition (1). Si saint Cyrille eût vécu, Domnus auraitil omis de se couvrir de l'autorité de son nom, comme il se couvre de l'autorité du nom de saint Proclus ? Nous ne le pensons pas davantage. Il est donc probable que

(1) € Beatag memoriae Proclus, Gonstântinopolitanorum episcopus, et ordinaUonêm ip$e admisit, et laudam et approbam re^ripsit. Simililer etiam PonticaB Diœceses primarii Deo chamsimi epiacopi, et Palaestini omnes : neque ulla orta est hac de re controversia. » (Épître HO, dite de Théodoret. Patrologie grecque de Migne, LXXXIU, col. 1386 c.)

le choix d'Irénée pour la métropole de Tyr eut lieu après la mort du patriarche d'Alexandrie. Si on songe enfin qu'Irénée ne figura pas au concile de Tan 445, et qu'on en parle pour la première fois au moment où on le dépose, on n'hésitera pas, croyons-nous, à reculer son ordination jusques aux derniers temps de Proclus, c'est-à-dire jusques à l'an 446 ou 447.

Comment ne pas voir d'ailleurs l'enchaînement qui résulte des événements ainsi présentés ? En effet, si l'hypothèse que nous soutenons est vraie, l'ordination d'Irénée pour l'église ^e Tyr précède d'un an au plus celle de Flavien pour l'église de Constantinople ; mais Flavien était dévoué aux Orientaux, à Doranus et à Théodpret, ainsi que le prouve la correspondance de ces personnages. On comprend donc sans peine que le parti monophysite, irrité de tous ces mécomptes et heurté par tous ces actes, ait inauguré les hostilités en frappant, dans le parti adverse, l'homme qui était, à tout point de vue, le plus vulnérable. C'était une première revanche des échecs subis et un symptôme des luttes prochaines. L'tîrdination d'Irénée avait mis le comble à la mesure et fourni aux adversaires des Orientaux un prétexte^ en apparence légitime, de les accuser denestorianisme. Cette ordination, qui avait été, sans doute, destinée à cimenter la réconciliation des partis, dans la pensée de ceux qui y avaient pris part, devint au contraire le signal de nouvelles luttes, de luttes plus acharnées que les premières, de luttes dont l'Orient ne s'est pas encore remis. La déposition d'Irénée fut, en effet, le premier acte d'hostilité qui rompit définitivement la paix, ou plutôt la trêve des partis.

Page 1