OBSERVATION II
G... (Antoinette), 51 ans. Entrée à l'hôpital le 21 juillet.
Agée de 51 ans, Antoinette G... est courte et forte. Mariée à 22 ans, elle n’a jamais eu de grossesse à terme ni de fausse-couche. Elle est d’une famille de rhumatisants; ses parents, ses frères et sœurs souffraient de rhumatismes et elle-même a été victime de plusieurs atteintes qui lui ont laissé un cœur aux bruits assourdis, mais dont les contractions sont bien rythmées; pas de souffle à aucun des
orifices. La malade entre parce qu'elle tousse depuis plus d’un mois,
sans pouvoir se soulager. Malgré son emboupoint, elle prétend avoir maigri et se plaint de sueurs. Nous assistons, en effet, à une quinte de toux d’une grande violence, véritable toux coqueluchoïde. La malade congestionnée, larmoyante, asphyxie, puis aspire bruyamment l'air Aucune déformation thoracique.
La sonorité des régions claviculaires est normale. Le poumon droit paraît sain du haut en bas. À gauche, la région sus-épineuse laisse entendre une respiration que, par comparaison, on trouve un peu soufflante. En percutant systématiquement toute la surface répon-
rap
dant à la topographie de ce poumon, on trouve, au niveau de la troisième côte, non loin du rachis, dans une région qui paraît correspondre à la scissure, un foyer submat, très limité, avec quelques râles survenant à l'inspiration profonde et qu'on percoit par bouffées à timbre légèrement humide. Au-dessous, quelques râles sonores de bronchite. La température ne dépasse pas 38,2 le soir et le matin il y a de l’hypothermie. La malade se plaint de ne pouvoir dormir.
En plus de ces signes pulmonaires, nous examinons la dermatose qui est très étendue. De larges plaques irrégulières, blanchâtres, surélevées, occupent les surfaces d'extensien, le dos et la région fessière où elles arrivent presque à la confluence. C’est un psoriasis typique, sur lequel nous n'avons aucune peine à retrouver les signes cliniques habituels; la tache de bougie et le signe d’Auspitz. La : malade ne peut préciser la date d'apparition de celte affection ; elle s'est toujours « connue ainsi ». Les crises rhumalismales n’ont eu aucune influence sur elle. Cela ne la gêne d’ailleurs nullement; elle n'éprouve ni démangeaison, ni souffrance. Elle ne tolère pas, d’ailleurs, qu'on s'en inquiète davantage, exigeant qu'avant toute chose on lui calme sa toux. Désireux de contrôler notre première observation, nous accédons à son désir et établissons un traitement où il n’entre pas d’arsenic : révulsion légère, paquets de Ferrier, potion à la dionine.
Une semaine plus tard, il est facile d'entendre, à deux travers de doigt du rachis, au niveau et en dedans de l’épine du scapulum, un foyer de craquements dont le timbre est légèrement humide; quand la malade tousse, les bulles semblent éclater dans l'oreille, la voix retenlit fortement. La percussion dénote une matité débutant à ce niveau ayant deux travers de doigt environ de largeur et affectant une direction très oblique de haut en bas, de dedans en dehors et d’arriêre en avant. Les signes ont toute leur nettelé dans l'intervalle scapulo-rachidien, mais sont moins perceptibles au niveau de l'omoplate. Il y a là, sans aucun doute, un foyer tuberculeux avec infiltration le long de la scissure. Notre malade, d’ailleurs, continue à tousser, s'amaigrit à vue d'œil, sue la nuil, mange très peu. Ses crachats sont muco-purulents, arrondis. |
Pendant ce Lemps il s'est établi une desquamation intense; quand
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la malade s'asseoit dans son lit pour subir l’auscultation, on la trouve reposant -sur une couche de lambeaux épidermiques, les uns larges et ayant tendance à s'enrouler sur eux-mêmes, les autres, squames très fines, en poussière, que le seul mouvement des draps fait s’envoler. L'éruption paraît moins nette, en voie de régression; l'évolution est la même que chez notre premier malade :-affaissement de la plaque, au centre, et aplatissement des bords avec desquamation rétrécissant le diamètre et mettant les lésions de niveau avec les téguments voisins. La malade, qui ne s'est jamais vue ainsi, se montre soupconneuse el nous accuse de lui faire « rentrer sa maladie ».
Vers le milieu d'août, nous trouvons dans la région que nous sSurveillons particulièrement tous les signes d'une caverne. L'expectoration est devenue très abondante, la malade « n’en finit pas de cracher le matin ». Bientôt les vomissements font leur apparition. La température s'est un peu élevée, mais n’a jamais dépassé 38,5.
La malade, de plus en plus déprimée, veut, malgré nos conseils, rentrer chez elle. Nous examinons ses téguments avant son départ et nous constatons que la desquamation s’est poursuivie jusqu’à disparition des plaques. A la place où siégeaient les éléments psoriasiques, nous trouvons un épiderme mince, lustré, finement strié, contrastant avec la peau brune de la malade, mais de niveau avec les autres régions et sans aucune desquamation actuelle.
La malade sort guérie de son affection de la peau. Ni arsenic ni traitement local. | |
lei encore, nous trouvons la coïncidence de la bacillose pulmonaire et de la dermatose; de plus, constatation troublante, nous relatons cette évolution divergente des deux affections, si frappante que les malades eux-mêmes s’en inquiètent. Ces deux cas, se succédant à si peu d'intervalle, nous amenèrent à penser que cette coexistence pouvait être plus fréquente qu'on ne le pensait. Les praticiens que j'interrogeai à ce sujet se rappelèrent à peu près tous avoir trouvé des psoriasiques tuberculeux. Un cas, entre autres, avait particulièrement frappé le docteur Diet qui voulut bien nous le communiquer.