CHAPITRE V
Le psoriasis. Essai de pathogénie.
: « Le psoriasis, dit Audry, est une expression clinique. Il sert à désigner un syndrome cutané assez bien caractérisé et répond probablement, mais non assurément, à une entité morbide. Sa nature est inconnue, son anatomie pathologique équivoque, son traitement variable, son étiologie indéterminée ». Il nous semble percevoir quelque déconvenue dans les premières lignes de ce chapitre où le distingué dermatologiste se prépare à étudier l'affection qui nous intéresse et commence par affirmer que nous n’en connaissons rien que les symptômes objectifs. Notre ignorance est-elle due au manque de travaux et cette
dermatose serait-elle demeurée négligée ? Certes non, et l’on ne tarde pas à s’en apercevoir lorsqu'on veut lui consacrer une élude : c'est par monceaux que s’entassent les communications, publications et traités dont Les auteurs ont abordé la question.
Le professeur W. Dubreuilh, lorsque nous lui avons soumis l’idée de notre thèse, nous disait que nous aurions trouvé des travaux remontant à près d’un siècle et un auteur étranger, S. Grosz, dans la Handbuch de Mracek, donne, à lui seul, 620 indications bibliographiques; on nous excusera de ne pas les avoir toutes parcourues et, sans négliger ce qui nous venait de l'extérieur, d’avoir surtout suivi les Écoles françaises.
Toutefois, si l’on veut se faire une opinion, on ne tarde pas à s’apercevoir que l'union est loin d’être faite. Beaucoup d’auteurs même n'osent pas conclure tant les arguments apportés sont divers. « Le mieux me semble être, dit Audry, d'exposer
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avec indifférence, l’état actuel de nos connaissances, et ensuite, s’il est possible, de tirer du seul examen des faits les conclusions possibles. Quant à risquer une affirmation, aucun esprit un peu scientifique ne pourra y consentir; c’est tout au plus si l’on est en droit d’avoir des préférences; affaire de sentiment plus que de déduction précise et réellement motivée ».
Avant de nous permettre d'exposer les motifs des sentiments et préférences qui sont les nôtres et qui découleront directement de faits cliniques leur donnant une véritable base scientifique, jetons un rapide coup d'œil sur les opinions qui ont eu cours jusqu'ici. Après avoir exposé et confronté les idées si diverses qui ont été émises, nous dirons, à notre tour, la conception que nous nous sommes faite de la genèse de cette affection, essayant de démontrer que l’on avait erré jusqu'ici en voulant assigner telle ou telle limite à sa pathogénie. Grâce aux faits que nous avons consignés et que nous ne perdrons pas de vue, nous montrerons combien il est plus logique, plus en accord avec les observations, de croire à un terrain prédisposé sur lequel des agents pathogènes ou même des irritations extérieures influeraient sans cesse dans le même sens. |
Pour passer en revue les opinions des auteurs, nous adopterons la classification de la pratique dermatologique -qui les divise en deux camps. Nous y ajouterons l'opinion de Brocq et celle que nous croyons pouvoir nous faire d’après les malades
et d’après les auteurs.
— Les premiers font du psoriasis une affection locale idiopathique. |
— Les seconds en font une maladie générale.
— Brocq distingue l’agent pathogène et le terrain.
Lang et Eklund, parmi les premiers, ont voulu faire du psoriasis une maladie parasitaire; ils avaient même cru voir « l’epidermophyton » et le « lecopolla repens ». Leurs expériences lendaient à démontrer la contagiosité; on pensa même avoir fait une inoculation positive sur l'homme (Destot) qui fut très discutée et sur le lapin (Lasser) qui ne put jamais être reproduite.
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J. Pollitzer a repris cette opinion, basée sur les constatations suivantes : cette affection se développe comme une maladie causée par un champignon; ses plaques s'étendent périphériquement, affectent une forme incurvée, s’affaissent et guérissent au centre, comme les colonies parasitaires, enfin elles disparaissent sous l'influence du traitement antiseptique. Il n'y a pas d’origine goutteuse ou rhumatlismale; ce sont deux affections communes qui se rencontrent. Ce u’est pas une maladie générale, puisqu'elle peut rester localisée. Ce n’est pas une maladie nerveuse, parce que les coïncidences en sont trop rares; la syphilis n’y est pour rien.
Schamberg, en faveur de cette thèse, apporte l'argument de la transmissibilité du psoriasis : « Tous les dermatologistes, dit-il, sont convaincus que le psoriasis n'est pas contagieux; cependant on a publié un certain nombre d'exemples d'apparente contagion ». Et il rapporte six cas de Poor, trois cas de Unna, un cas de Nielsen, un de Hammer, etc., tendant à démontrer que la contagion est plus fréquente qu'on ne le croit. Toutefois, il fait des réserves sérieuses. |
L'hypothèse est très séduisante, malheureusement, dépourvue de base tant que l’on n'aura pas découvert le champignon inconnu : « Quelle preuve, dit Brocq, l’auteur américain donnet-il de la nature parasitaire du psoriasis? Aucune, il faut bien le reconnaître, sauf de fortes présomptions tirées de son évolution et de sa curabilité par des agents externes parasiticides. Cela ne saurait constituer une démonstration scientifique.
» Tout ce que l’on peut dire, c’est que l’hypothèse de la nature parasitaire du psoriasis est pour l'esprit humain la plus satisfaisante de toutes celles qui ont été émises, et qu'au point de vue de la précision des descriptions cliniques, de la synthèse possible des différents syndromes objectifs décrits, il serait souhaitable que des recherches ultérieures vinssent en démontrer la réalité en découvrant le microbe pathogène. Mais tant que ce microbe pathogène ne sera pas connu, nous ne pourrons, en bonne et saine logique, considérer le psoriasis comme un dermatose parasitaire, puisque nous n'en connaissons ni l'ino-