SCÈNE IV
MARGUERITE, HENRI
HENRI, attendant que Guattinara soit sorti.
Me voici, madame... Je n'ai tardé que pour mieux remplir vos ordres, et vous avez pu savoir déjà par le révérend père dominicain que tout marchait au gré de nos vœux.
Il n*est plus question de nos projets; n'y pensons plus, Henri ! Avant de rendre mon frère à la liberté, il faut le rendre à la vie.
HENRI
Que dites-vous ? grand Dieu !
MARGUERITE
Que je l'ai trouvé dans un état d'abaltement que personne ne peut s'expliquer ! Il est sans fièvre, sans souffrance, et ses forces l'abandonnent ! et ma vue, qui lui faisait répandre des larmes de joie, ne pouvait cependant le distraire... d'une pensée constante qui le préoccupe; (Avec désespoir.) il a ^^ cœur un secret dessein qu'il veut dérober à tous les yeux»
HENRI
Même aux yôtre^ ?
MARGUERITE
Il l'espère en vain... Je tremble de l'avoir deviné... En rapprochant la situation où je le vois... du rapport de ses gardiens qui prétendent que, depuis quelques jours, il n*a pris aucune nourriture... une horrible pensée m'est venue...
HENRI, effrayé.
Laquelle?...
Le roi François I«, à qui on a ôté tout moyen d'attenter à ses jours, veut se laisser mourir de faim.
' HENRI
Mourir -de faim?
MARGUERITE
Oui... Il regarde sa captivité comme le fardeau, comme la ruine de la France... il veut la délivrer par sa mort.
HENRI
Nous ne le souffrirons pas.
MARGUERITE
Non, non... Mais il n'y a pas à lui en parler... car si c'est un parti pris... il n'en conviendra pas.
HENRI
Écoutez... c'est sa voix...
MARGUERITE
Il m'appelle... (s'avançanv.) Me voici, me voici, mon frère I...
HENRI
mon roi! ô vainqueur de MarignanI *
(François I^' parait sur le seuil de la porte il gauche, conduit par
Marguerite.)
3i0 COMÉDIES — DRAMES