SCENE XI
CHARLES-QUINT, assi. près de la tabla è gaache, MARGUERITE,
debout» de Tantre côté de la table à gauche, ISABELLE, 'près da guéridon à droite
ISABELLE
Qu'est-ce que cela signifie ?..* je n'y comprends rien...(Eiie
Ta s^asseoir près du guéridon A droite, et prend un ouvrage de tapisserie.
CHARLES-QUINT, A part.
Elle... je le crois sans peine... (a Marguerite.) car moimême...
MARGUERITE, A demi-roix et gaiement.
Oh! VOUS, sire... vous savez très-bien...
CHARLES-QUlNT.
Nullement...
MARGUERITE, s'asseyent en face de lui, et toujours A demi-voix.
Votre Majesté n'a pas eu aujourd'hui une conférence diplomatique... brusquement interrompue?
CHARLES-QUINT, arrangeant les écbers sur l'échiquier.
J'ignore ce que Votre Altesse veut dire, je vous le jure!., c'est^la vérité.
MARGUERITE, arrangeant aussi son jeu.
Vérité impériale !
GHARLES-QUINT.
Au contraire.
MARGUERITE, gaieinont.
C'est différent! oh! bien alors... nous pouvons causer tout haut. Vous parliez tout à l'heure, sire, des anecdotes el historiettes que fournirait la cour de Madrid. Il y en a d'admirables que j'ai déjà recueillies, et dont je ferai tour à lonr
des contes galants, ou mystérieux, ou joyeux» ou inexplicables, y compris le conte du chapeau.., dont je n'ai pas encore le dénoiiment.
CHARLVS-QUINT, arançant un pion.
Si je peux vous y aider...
Très-volontiers!... Imaginez-vous, sire...
ISABELLE, se levant et s'approchant de Marguerite.
Une histoire !
KARGUBRITB.
Que ce pauvre Babiéça... (s'arrétant.) c*est sous le sceau du secret au moins...
ISABELLE, écoutant avec curiosité.
Certainement.
MARGUERITE
D'ailleurs, il m'a autorisée lui-même à en parler à Votre Majesté.
GHARLES-QUINT, continuant à jotler aux échecs.
Eli bien donc ?
MARGUERITE, jouant aussi.
Eh bien, ce pauvre Babiéça... a trouvé, il y a une heure, enfermé chez lui, un noble et puissarît seigneur.
CHARLES^UINT.
En vérité !
ISABELLE
Un seigneur de la cour,..
MARGUERITE
Oui... et ce grand personnage, c'est là le piquant de l'aventure, a été obligé, lui et sa grandeur, de descendre par la fenêtre.
CHARLES-QUlNT.
Eh ! quel est son nom ?
S94 COMÉDIES — DRÀUB8
ISABELLE
Quel est-il ?
MARGUERITE
Je n*en sais rien... ni Babiéça non plus. Il ne Ta pas vu! Et il douterait encore de la trahison, si le galant, dans le trouble d'une retraite précipitée, n'avait emporté le chapeau du mari, lui en laissant, en échange, un autre, d'une richesse et d'une élégance princières !
CHARLES-QUINT, à part.
Ah ! mon Dieu !
MARGUERITE
Et ce qui vient compliquer la situation d'une manière admirable... dans un conte!... c'est qu'il se rencontre, on ne sait comment, que ce chapeau...
CHARLES-QUINT, gaiement.
Appartenait à l'empereur, qui se trouve ainsi en jeu sans s'en douter...
ISABELLE
Est-il possible !...
CHARLES-QUINT
Et qui, par le plus grand effet du hasard, connaît, seul, le nœud, et mieux encore, le héros de l'aventure.
A vous les honneurs, sire !... à vous le dénoûment!...
CHARLES-QUINT, en riant et en confidence.
Ce chapeau... est celui qui, par mégarde, m'avait été pris ici, il y a une heure (vous n'en direz rien à personne), par mon nouveau ministre, Guattinara.
ISABELLE, poussant nn cri d'indignation et de dépit.
Guattinara !
MARGUERITE
Luil... chez Sanchette...
CHARLES-QUINT
Et moi qui le croyais d'une froideur, d'une indifférence dont je lui faisais compliment !
MARGUERITE, d'un ton de reproche.
Comment ? sire I
CHARLES-QUINT
Je veux dire que je ne lui croyais aucune passion... mais aucune... Gomme on se trompe... en ministres!... c'est effrayant !
ISABELLE, qui, prâte à se troarer mal, s'est appajée contre la table à
droite.
Ah! c'est indigne!...
MARGUERITE, souriant.
Pas tant... il faut de l'indulgence...
CHARLES-QUINT, en souriant, à Isabelle.
Eh oui! vous prenez cela trop vivement... tant qu'il n'aura pas d'inclination plus sérieuse que Sanchette... je pardonne!