‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 19 sur 176 · ANTONIA, MAXENCE · texte numérisé non relu

ANTONIA, MAXENCE

MAXENCE, gaiement.

Ah 1 nous voilà seuls, parlons raison!... cela m'arrive rarement... mais quand une fois j'y suis... (a demi-yoix.) Tu as reçu ma lettre?

ANTONIA, sortant de sa rêverie.

C'est vrai!... je n'y pensais pluR.

MAXENCE, gaiement.

Pour toi qui me sermonnes sans cesse et qui es toujours pour les partis raisonnables... je ne pouvais mieux choisir !

(En confidence.) Il CSt ici !

ANTONIA, étonnée.

Comment ?

MAXENCE

Certain de mon aveu, il vient (Montrant l'npparlcment à gnuche.)

demander celui de ton subrog(5 tuteur, puis le lien.

ANTONIA, vivement.

Quoi!... M. de Marignan !

MAXENCE, déclamant.

Cest toi qui Vas nommé L», (avpc chaleur.) Jeunesse, fortune, réputation... il jouit d'une estime universelle!...

ANTQNIA, froidement.

Universelle!... oui. Les hommes de lettres l'admirent comme un profond politique, et les hommes d'État le reconnaissent pour un grand littérateur; dans le monde, je l'ai toujours trouvé froid, sec, poH, occupé d'une chose, de l'effet qu'il produisait, et d'une seule personne...

MVXEXCE,

De toi ?

ANTONIA, souriant.

Non, de lui, pour qui il professe une préférence marquée et un amour exclusif ! Du reste, sa présence ne me causé aucune peine, ni son absence aucun regret ; son mérite me laisse l'usage de toute ma raison et me permet de vous dire, mon frère, que ce n'est pas là l'époux que je choisirais !

MAXENCE, riant d'un air embarrassé.

Ah!... ah!... de sorte que tu ne partages pas mon enthousiasme?

ANTONIA

Nullement.

MAXENCE, de même.

Et que s'il vient, tout à l'heure, pour savoir la réponse...

ANTONIA

Vous le prierez de ne pas me la demander.

MAXENCE, de même.

C(vnme*tu voudras... Après tout, les inclinations sont libres... et quant à mes engagements envers lui... des hypothèques, des lettres de change et d'autres titres exigibles, ne t'effraie pas!... Il n'en sera ni plus ni moins!... si je réussis un jour... tout sera payé... c'est aisé! si je ne réussis

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pas, ce sera bien plus facile encore ; la llquidalion ne sera pas longue...

ANTONIA, l'observant avec inquiétude.

Que voulez-vous dire ?

MAXENCE, arec une gaieté forcée.

Vois-tu, ma chère sœur, je ne connais Texistence que d'une seule manière, somptueuse et opulente, c'est-à-dire heureuse et considérée; mais quand on n'a pas de quatre-vingt à cent mille francs à dépenser par an, on est bien près du ridicule, et c'est ce que je ne supporterai jamais. Il faut bien vivre ou ne plus s'en mêler... c'est mon système !

ANTONIA

Vous ne parlez pas sérieusement... car enfin vous êtes un galant homme, un homme d'honneur !

MAXENCE, gaiement.

Eh bien ! je le prouve I... et si je me tue...

ANTONIA, à part.

ciel! (Arec émoiion.) En se tuaut, mon frère, on ne paye pas ses dettes ; on prouve seulement qu'on n'a ni l'énergie ni le courage de les acquitter !

M\XENCE^ avec dépit.

Antonia I...

ANTONIA, vivement.

h sais que beaucoup de jeunes gens professent votre système ; ils le trouvent facile, commode et héroïque!... wioi; qui ne m'y connais pas, je trouve tout uniment que

CCStMchel... (Voyant Slaxenee qui fait un geste de colère.) Oui,

Maxence, je ne suis qu'une femme, mais pour sauver voire honneur, le nôtre, pour conserver notre nom pur et intact, rien ne me coûterait, je serais prête à tous les sacrifices... et vous qui êtes un homme... qui êtes jeune, qui avez des talents, de l'esprit, de l'éducation, vous n'auriez pas la force de travailler pour refaire votre fortune, pour reconquérir

restimc et la considération!.. (Arec indignation.) Ahl non, non, ne me dites pas cela, mon frère !

MAXENCE, avec impatience.

Travailler !... travailler !... certainement c'est très-beaul... en théorie !... mais pour regagner sa fortune, autrement que par un coup de dé, il faut du temps I et mes créanciers ne m'en laisseront pas !

ANTONIA, arec émotion.

Eh bien!... ne devez-vous pas demain, du moins vous me Tavez dit, recevoir chez notre notaire le prix de la terre de Jumièges qui a été vendue plus d'un million, et qui nous appartient en commun?

MAXEXGE, arec embarras.

Oui, sans doute... mais, grâce aux emprunts et aux hypothèques, ma part est entièrement absorbée !

ANTONIA

La mienne ne l'est pas!... prenez-la, mon frère, et le reste de mes biens s'il le faut ! payez M. de Marignan, payez tous vos créanciers, et vivez! (Avec force.) Vivez... ne fûtce que pour faire oublier votre vie passée !

MAXENCE

C'est impossible !... c'est absurde !... tu ne peux, tu ne dois disposer de rien.

ANTONIA

Si je le veux cependant !

MAXENCE

Les lois s'y opposent ! et moi avant tout, moi ton tuteur!... Passe pour ruiner ses créanciers, mais sa sœur!... Décidément mon moyen vaut mieux et j'y reviens.

ANTONIA

N'est-il donc point d'autres ressources ?

MAXENCE

Aucune.

L K P U F F fiy

ANTONU,

Des amis ?

HAXENCE.

Des amis !... m'en préserve le ciel ! c'est un ami qui me tient en son pouvoir I c'est un ami qui, dès demain, dès aujourd'hui, s'il le veut, peut, dans sa vengeance, disposer de ma liberté !

M. de Marignan... ô ciel!

MAXENGE, riant avec ironie.

Oui ! oui ! des huissiers, des recors I à moi ! un vicomte, un gentilhomme 1 Souffrir que dans le beau monde on me raille, et que plus encore... on me plaigne !... Non, non, je ne leur donnerai pas ce plaisir,j'y suis,parbleu ! bien résolu.

ANTONIA, avec effroi.

Grand Dieu !

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