SCÈNE IX
ANTONIA, LE COMTE, DESGAUDETS, entrant par le fond, pAIe
et en désordre.
ANTONIA
Âh ! mon Dieu... comme il est pâle !
LE COMTE, à part.
Est-ce que le vieil avare en serait aussi ? Le père de Corinne... c'est tout simple !
DESGAUDETS, troublé.
Je suis heureux, ma chère Antonia, de vous trouver avec monsieur le comte... et de vous trouver seuls...
ANTONIA
Et pourquoi donc?., .d'où vient ce trouble... et qu'avez- vous?
DESGAUDETS.
Moil... je n'ai rien !
ANTONIA
Un mot seulement !... ce que je vous disais ce matin... mon frère?...
DESGAUDETS, faisant le geste de porter aa pistolet à son front.
Lui ! allons donc !... soyez tranquille !
ANTONIA, respirant.
Ah ! je respire !
DESGAUDETS, à part.
C'est bien autre chose, et le difficile est de la préparer... peu à peu... et avec adresse...
LE COMTE, qui n'a pas cessé de le regarder.
Il cherche... ses mots... c'est évident ! (Froidement.) Voyonsle venir !
DESGAUDETS, souriant avec embarras.
Je suis passé tantôt à la Bourse... où les passions s'agitent ! Le volcan est en ébullition, et c'est beau comme l'En/er du Dante. Toutes les combinaisons sont déjouées... celle d'abord, monsieur le comte, pour laquelle vous m'aviez fait offrir des promesses d'actions... qui deviennent nulles î
LE COMTE
Je le savais depuis ce matin... impossible de soumissionner à ce taux-là... ce n'est plus de l'audace... c'est de la folie...
DESGAUDETS, de même.
A ce qu'il paraît!...
LE COMTE
Aussi toutes les compagnies se retirent d'un commun accord, c'est convenu... et faute de soumissionnaires... il faudra bien qu'on abaisse le prix.
DESGAUDETS.
Il est évident que c'était le parti le plus sage... mais il y a des gens. . si téméraires!... j'en connais un... entre autres... un imprude»t... une tête folle !... désespéré de renoncer à cette affaire... où il voyait une fortune assurée... car, môme aux conditions imposées.^, il trouvait la spéculation magnifique... il m'avait même prié, comme dans la
première combinaison, d'accepter une cinquantaine d'actions gratuites.
ANTONIA, arec impatience.
Enfin...
DESGAUDETS.
Enfin... c'était un coup de dés... et il est joueur !
ANTONIA
Oxiel!
DESGAUDETS.
Et avec quelques capitalistes... peu connus, mais aussi téméraires que lui... il a couru soumissionner hardiment en son nom I...
LE COMTE, avec ironie*
Eh bien... ils se ruineront... voilà tout!
DESGAUDETS.
Certainement ! mais ayant de soumissionner... il faut déposer un cautionnement...
LE COUTE
De plusieurs millions... payables sur-le-champ l
DESGAUDETS.
C'était, pour sa part, cinq ou six cent mille francs comptant, qu'il n'avait pas... mais l'insensé... le malheureux... venait de les recevoir chez son notaire...
LE COMTE, à part.
Je commence à comprendre...
DESGAUDETS.
C'était en partie la dot de sa sœur !
LE COMTE, à part.
Nous y voici I
ANTONIA, à Desgaudets.
Achevez !
DESGAUDETS.
Se croyant certain du succès... il a versé cette .somme...
LE COMTE, de même.
A merveille!...
ANTONIA, vivement et avec effroi.
Eh bienl... est-ce qu'un autre que sa sœur aie droit de se plaindre ou de réclamer ?
DESGAUDETS.
Non, sans doute 1
ANTONIA,^ avdc chaleur.
Alors qu'importe ?
PBSGAUDBTS, vivement.
Il importe... que ces valeurs qu'on devait s'arracher sont déjà descendues au-dessous du eours, que l'opération est manquée, et que le cautionnement^ ou plutôt la dot de sa sœur est perdue.
ANTONIA, avec joie.
N'est-ce que cela ? '
LE COMTE, è part.
De mieux en mieux !
ANTONIA, virement à Deggaudets.
S'il en eat ainsi, je ne sais rien, je n'ai rien appris... que tout r^ste entre nous.
' / DESGAUDETS*
Comment?
ANTONIA
C'est à moi, c'est mon bien... et si je le donne à mon frère...
DESGAUDETS.
Un pareil sacrifice !
ANTONU.
y Y gstgne encore I.;.
DESGAUDETBi la preséani dans ses bras.
Ah 1 ma chère enfant!
LE PUPF 95
LE COMTE, à part, les regardant dans les bras l'un de l'autre.
Bien joué 1