SCENE VI
L£ COMTE, à la table à gauche; BOUVARD; au milieu du théâtre; CORINNE, ftortant de la porte à droite.
CORINNE, se tournant du côté de la cantonade.
Des femmes qui ne parlent que modes et toilettes... et qui trouvent cela amusant... On se sent humiliée pour sou sexe. (Apercevant le comte.) Ah ! monsieur le comte qui écrit.
• BOUVARD, à demi-voix.
Silence !... ne le dérangeons pas... Il était tout à l'heure dans un trouble... dans une agitation... Mais le voilà plus calme, maintenant que sa résolution est prise...
CORINNE
Quelle résolution?
BOUVARD
Il est décidé à rompre son mariage.
Avec Antonia.i.
BOUVARD
Précisément!... il compose dans ce moment la lettre de rupture.
CORINNE) poussant on cri dd joic>
Ah ! (courant près du cointe.) Ce quc jc vicus d'apprcndrCj •monsieur, est-il possible ?
LE COMTE
J'écris à M: de La Roclie-Bernardi
CORINNE
Mais alors... ce que vous me disiez..; ce matin ^ était donc vrai ?
LE COMTE ^ ovec senllmeut.
Vous n'aVdz jamais voulu me ct*oire... jc n'ai rien à vous
112 COMÉDIES — DHAMES
répondre ! mais on verra un jour peut-être de quel côté était l'affection sincère et véritable... non pas que je m'abuse sur les dangers de ma résolution et sur les railleries auxquelles je m'expose... Fais ce que doiSy advienne que pourra,,, et dût-on m'accuscrde manquera mes serments...
CORINNE
Ce neserapas Antonia, je vous le jure !... au contraire... elle vous défendra... et moi aussi. Elle vous remerciera et vous devra son bonheur.
LE COUTE
Que dites-vous ?
CORINNE
Qu'elle en aime un autre !
LE COMTE
Vous en éles certaine?...
CORINNE
Je vous le jure...
LE COMTE, s'éloncant T«rs ello.
Ah ! Corinne 1... Corinne !... vous me sauvez la vit'... vous êtes ma protectrice... mon ange gardien...
CORINNE
Une telle joie... cet air de contentement... mais je vous ai donc méconnu...
LE COMTE
Ah! vous n'êtes pas la seule... (a part.) Elle en aime un autre... Quel bonheur!... ce moyen-là vaut bien mieux que le premier... qui n'était pas sans danger... (courante u table
et déchirant une lettre qu'il vient d'écrire, et en commentant une antre.)
« Mademoiselle !... »
CORINNE
Que failes-vous ?. . .
LE COMTE
Elle avait une incHnalion... et vous ne me Tuvez pas dit I...
LE PUF P iU]
Ah! cruelle amie!... que de tourments vous nous auriez épargnés à tous...
CORINNE
Mais décidément... c'est donc la vérité?
LE COMTEj levant les yeux au ciel.
Elle en doute encore!... (Écrivant avec agitation.) « Made- « moiselle... je vous ai prouvé, ainsi qu'à M. votre « frère... que les plus grands sacrifices ne me coûtaient « rien... »
BOUVARD
C'est vrai !
LE COMTE
« Il n'en est qu'un seul dont je me sens incapable, c'est « celui de votre bonheur, et s'il est vrai, comme on me l'at- « teste, que votre cœur ait parlé pour un autre... »
BOUVARD, près du comte et essuyant une larme.
C'est admirable!... et l'article peut rester... Il n'y a que quelques mots à changer !
CORINNE, Â part, avec joie.
Enfin donc !... nous l'emportons! (Apercevant Albert qui paraît
à la poFte.) Ah ! Albert!