ALBERT, CORINNE
CORINNE, allant A lui.
Venez ! venez donc vite !... Tout va à merveille !
ALBERT, avec émotion.
Je le crois bien!... M. votre père... M. Desgaudets... je viens de chez lui et l'on m'a assuré que je le trouverais
BOUVARD
Il nous a quittés il y a une demi-heure !
ALBERT
OÙ est-il ? le savez-vous ?
CORINNE
Eh! que lui voulez-vous? mon Dieu! avec cet air agité?...
ALBERT
Il faut que je lui parle... de la part de Maxence... qui de son côté s'est mis aussi à sa poursuite.
BOUVARD
Rassurez-vous ! il Ta vu...
ALBERT
En êtes-vous bien sûr?
BOUVARD
Ils sont sortis ensemble... en voiture!
A la bonne heure... je respire... ma mission est finie.
CORINNE
Vous venez donc de voir ce pauvre Maxence ?
ALBERT
Lui pauvre !.. . ah! bien oui!... ce n*est plus cela!
CORINNE
Que dites-vous?
(Le comte ({ui était devant la table, interrompt sa lettre et, tonjonrs
assis sur le canapé, il écoute.)
ALBERT
Un peu avant la sortie de la Bourse... il paraît que, dans la coulisse et parmi les joueurs, un bruit a tout à coup circulé : on a prétendu que M. Desgaudets, le riche Desgaudets. . .
CORINNE
Mon père !
L K H U F F H Ti
ALBERT
Qui jamais n'avait voulu se mêler d'affaires de ce genre... était à la tète de la nouvelle ligne de chemin de fer... que le comité d'administration, c'était lui, que Maxence n'était que son prête- nom... que Desgaudets, qui avait gardé une masse énorme d'actions... achetait les autres audessous du pair pour les accaparer toutes... A cette nouvelle, les actions qui tombaient à qui mieux mieux se sont relevées comme par enchantement. Des affaires énormes se sont faites à la fin de la Bourse, rue Vivienne et sur le boulevard. Maxence, qui dans le premier moment avait perdu la tête et voulait se brûler la cervelle, s'est vu tout à coup entouré et accablé d'agioteurs, d'agents de change, de courtiers marrons, même de femmes... de grandes dames... c'était à qui lui demanderait des actions!
CORINNE, avec joie.
Et il en a donné?...
ALBERT
C'est ce que j'aurais fait à sa place!... mais lui... a tout à coup relevé la tête et, reprenant courage, s'est écrié avec audace : Des actions!... je n'en ai plus!... on ne peut en avoir ! M. Desgaudets les a presque toutes ! Il lès a gardées pour* lui et pour son gendre, M. Albert, que voici!... J'ai voulu me récrier et réclamer. — Tais-toi, m'a-t-il murmuré à voix basse, tais-toi, tu me sauves. Alors, c'est moi que les demandeurs ont entouré, moi, complice involontaire de ce mensonge, ils m'ont poursuivi... ils m'ont supplié, même à genoux, de leur céder... de leur accorder de ces actions... que je n'avais pas. Vous jugez si j'ai résisté... si j'ai été inflexible ! — Dix pour cent, me criait-on ! vingt pour cent audessus du cours... et moi je répétais : Je n'en ai pas, messieurs, je n'en ai pas, pendant que Maxence, m'entrafnant en dehors de la foule... me disait à l'oreille : « Notre fortune ost assurée, à ma sœur et k moi!... »
LE COMTE, à part.
ciel I
ALBERT
« Cours près de M. Desgaudets, dis-lui que je lui donne cent mille écus des actions que je lui ai remises ce matin, mais qu*à moi... ou à tout autre, nUmporle, il ne les vende pas à moins 1 tout le succès de Topération est là. » Je Tai quitté... j'ai couru... et me voilà... heureux de vous apprendre que Maxence a retrouvé le repos et l'honneur, et que, grâce au ciel, Antonia est plus riche que jamais.
LE COMTE, bas, à Bouvard, après avoir déchiré la lettre.
Va porter ton article!
BOUVARD, étonné et à voix basse.
Comment... tel qu'il est?...
LE COMTE
Eh! oui, te dis-je! va et reviens...
(Bouvard sort par le fond.) CORINNE, bas, à Albert, avec joie.
Et moi, Albert, et moi, j'ai de bien meilleures nouvelles encore à vous faire connaître...
ALBERT
Lesquelles?... ,