‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 51 sur 176 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ALBERT, qui s'est jeté sur le canapé, à gauche ; DESGAUDETS, ^ assis, h droite, sur rautrc canapé.

DESGAUDETS, achevant sa tasse de cofé.

Quand il est bon... et celui-ci est du vrai moka, (s'éiendam sur le canapé.) Eh !... eh!... je ne déteste pas non plus les bons canapés... ni le confortable, que j'espère bien me donner désormais... en secret.

ALBERT, se levant et se promenant avec colère.

Ah ! c'est à n'en pas revenir I

DESGAUDETS.

Qu*avez-vous donc, mon cher ?

ALBERT, hors de lui.

Ce que j'ai !... ce que j'ai... (S'arrêlant devant Desgaudets.)

Vous aviez raison, monsieur ; des charlatans, dos compares et des dupes, voilà la société actuelle.

DESGAUDETS, souriant.

Tant mieux !

ALBERT, avec indignation.

Gomment, tant mieux!

DESGAUDETS.

Eh ! mon Dieu, oui ! c'est de Texcès même, du mal que sortira le bien !

ALBERT

Et quel bien peut sortir d'un gouffre tel que celui-ci ?

Je vais vous l'apprendre; quand tout le monde sera bien persuadé, comme vous paraissez l'être en ce moment, que la plupart de nos grands hommes, y compris leur gloire et leurs préfaces,* sont des mensonges vivants et impudenls

plus OU moins bien décorés ou reliés ; quand tout le monde, dis-je, sera bien convaincu, comme vous, que dans la composition de presque toutes les renommées qui se fabriquent, il n'entre pas un seul mot de vrai, la société finira, grâce au ciel, par devenir tellement incrédule que, pour lui faire accroire qu'on a du mérite, on sera réellement obligé d'en avoir... et c*est ainsi que l'école du mensonge sera devenue . l'école de la vérité.

« ALBERT, aveu impatience.

(le que vous espérez là, monsieur, est toute une révolution... Mais, en attendant...

DESGAUDETS, souriant.

Dans toutes les révolutions, il faut savoir attendre ! D'ici là, le puff victorieux continuera à triompher I

ALBERT

Et si je vous disais, monsieur, avec quelle insolence, avec quelle audace !... Si vous saviez seulement...

t)ESGAUr»ETS.

Je sais tout. Corinne, ma fille, qui a entendu votre conversation, vient de me raconter au salon l'anecdote dans tous ses détails.

Et vous me parlez de cela tranquillement, et cela ne vous indigne pas?

tESGAUDETS.

Il faudrait passer sa vie à s'indigner 1 et la vie est si courte !... Je vous avouerai môme avec franchise (car il est convenu qu'elle existe entre nous), que, loin d'en être furieux ^ j'en ai été ravi.

ALBERT

Vous osez en convenir !

DESGAUDETS.

J'en ai été enchanté!

ALBERT

El pourquoi, s*il vous plaît ?

DESGALDËTS.

Pour vous! oui, mon jeune ami; quoique vous ayez refusé d'être mon gendre, je me regarde toujours comme voire beau-père... ou mieux encore, comme votre ami... et je vous suis de loin dans le monde... avec tout Tintérêt que l'on porte... à un pauvre voyageur seul et égaré dans un pays inconnu.

ALBERT

Je vous remercie, monsieur... maison quoi cette aventure peut-elle vous réjouir pour moi ?

DESGAUDETS.

Voici comment. Quand on connaît par hasard la vérilé... il y a deux manières de s'en servir, Tune...

ALBERT, ayec force.

C*est de la dire!...

DESGAUDETS.

Et Tautre... de la taire. La seconde est presque toujours la plus utile. Ëssayez-en, je vous le conseille.

ALBERT

Mol! me t^irel... moi, transiger avec ma conscience!

DESGAUDETS.

Je ne dis pas cela... mais à un soldat qui s*est bravement défendu, il est permis de capituler... et il est des capitulations de conscience si difficiles à ne pas accepter... que vous-même, peut-être...

ALBERT, avec chaleur.

Jamais, monsieur, jamais ! moi, le défenseur et Tami de la vérilé, je défie le monde entier de me faire jamais céder... ou fléchir...

DESGAUDETS.

11 ne faut pas dire cela ! le chapitre des considérations est si étendu... et tenez, en voici déjà une qui arrive !

LE PUFF lif)

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