‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 57 sur 176 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

L'ABBÉ, .pp»T« •» l> taii«iM, LA PRINCESSE, <

LA PRINCESSE, BcheTanl d* >s coitlir.

Quoi, l'abbi^ ! pas une hislorietie... pas le moiodre pelil scandale?.-

l'abbé.

Hélas t Don!

LA PH1NCE99E.

Voire élat esi pcrdn! Vous devez, d'oblig^atioD, savoir toutes les nouvelles... C'est pour cela que les dames vous reçoivent le matin A leur toilette... Donnez-moi ta boite à mouches... Voyons, cherchez bien!.,, je vois, à votre air mystérieux, que vous en savez plus que vous ne dites...

L*ABBÉ

Des nouvelles insignifiantes... certainement! Vous appren draî-je que mademoiselle Lecouvreur et mademoiselle Duclos doivent ce soir jouer ensemble dans Bajazety et quMl y aura une foule immense...

LA PRINCBS9E.

Après?... Un instant, l'abbé!... Place riez-vous cette mouche à la joue... ou à Tangle de l'œil gauche?

L ABBE, passant derrière le canapé.

Si madame la princesse ne m'en veut pas de ma franchisç... j'aurai le courage de lui dire... que je me prononce ouvertement contre le système des mouches.

LA PRINCESSE

C'est toute une révolution que vous tentez là !... et avec votre air timide et béat... je ne vous aurais jamais cru un lévite si audacieux.

l'abbé.

Timide... timide... avec vous seule!

LA PRINCESSE

Ah bah!... Eh bien! vous disiez donc?... Votre autre nouvelle...

l'abbé.

Que la représentation de ce soir est d'autant plus piquante que mademoiselle Lecouvreur et la Duclos sont en rivalité déclarée. Adrienne Lecouvreur a pour elle le public tout entier, tandis que la Duclos est ouvertement protégée par certains grands seigneurs et même par certaines grandes dames... entre autres par la princesse de Bouillon !

. LA PRINCESSE, se mettant du rouge.

Par moi?*

l'abbé.

Ce dont chacun s'étonne, et Ton commence niéme, dans le monde, à en rire.

ADRIBNNR LRCOUVRKUR^ 159

LA PRINCESSE y avec hauteur.

El pourquoi, sMl vous platt?

L ABBE, avec embarras.

Pour des motifs que je ne puis ni ne dois vous dire... parce que ma délicatesse et mes scrupules...

LA. PRINCESSE

Des scrupules... à vous, l'abbé ! Et vous disiez qu'il n*y avait rien de nouveau?..* (se lerant.) Achevez donc!... Aussi bien ma toilette est terminée... et je n'ai plus que dix minutes à vous donner.

l'abbé.

Eh bien I madame. . . puisqu'il faut vous le dire, vous, petite-fille de Sobieski et proche parente de notre reine, vous avez pour rivale mademoiselle Duclos, de la Comédie-Française.

LA PRINCESSE

En vérité !

l'abbé.

C'est la nouvelle du jour... Tout le monde la connaît, excepté vous, et comme cela peut vous donner un ridicule... je me suis décidé, malgré l'amitié que me porte M. le prince %ie Bouillon, votre mari, à vous avouer...

LA PRINCESSE

Que le prince lui a donné une voiture et des diamants!...

l'abbé.

C'est vrai !

LA PRINCESSE

Et une petite maison...

C'est vrai î

LA PRINCESSE

Hors les boulevards de Paris, à la Grange-Batelière.

l'abbé, étonné.

ijuoi, princesse, vous savez?...

LA PRINCESSE

Bien avant vous! b;en avant tout le inonde... Écoutez-moi, mon gentil abbé, le tout pour votre instruction... M. de Bouillon, mon mari, quoique prince et grand seigneur, Qst un savant : il adore les arts et surtout les sciences. Il s*y était adonné* sous le dernier règne.

l'abbë.

Par goût?...

LA PRINCESSE

Non ! pour faire sa cour au Régent, dont il s'efforçait de devenir la copie exacte et fidèle : il s*est appliqué, comme lui, à la chimie ; il a, comme loi, un laboratoire dans ses appartements; que sais-je? il souffle et il cuit toute la journée; il est en correspondance réglée avec Voltaire, dont il se dit rélève. Ce n*est plus le bourgeois gentilhomme, c'est le gentilhomme bourgeois qui prend un maître de philosophie... toujours pour ressembler au Régent... Et vous comprenez que, voulant pousser Timitation aussi loin que possible, il n'avait garde d*oublier la galanterie de son héros... Ce qui ne me contrariait pas excessivement... Une femme a toujours plus de temps à elle. . . quand son mari est occupé... Et pour que le mien, même infidèle, restât* dans ma dépendance, j*ai pardonné à la Duclos, qui ne fait rien que par mes ordres et me tient au fait de tout.... Ma protection est à ce prix, et vous voyez que je tiens parole !

l'abbb.

C'est admirable!... Mais qu*y gagnez- vous, princesse?

LA PRINCESSE

Ce que j'y gagne ?... C'est que mon mari, craignant d'être découvert, tremble devant la . petite-fille de Sobieski, dès qu'elle a un soupçon... et j'en ai quand je veux... Ce que j'y gagne? c'est qu'autrefois il était très-avare, et que maintenant il ne me refuse rien ! Commencez-vous à comprendre?

ADRIKNNE LECOUVREUR l6i

l'abbé.

Oui!... oui... c'est une infidélité d'une haute portée et d'un grand rapport !

LA PRINCESSE

Le monde peut donc me plaindre et gémir de ma position, je m'y résigne, et si vous n^avez, cher abbé, rien autre chose à m'apprendre...

l'abbé, timidement.

Si, madame! une nouvelle...

LA PRINCESSE, souriant.

Encore une !

L ABBÉ, de même.

Qui me regarde personnellement... et celle-là je crois être sûr que vous ne vous en doutez pas... C'est que... c'est que...

LA PRINCESSE y gaiement.

C'est que vous m'aimez ! "

l'abbé:

Vous le saviez!... Est-il possible!... Et vous ne m'en disiez rien !

LA PRINCESSE

Je n'étais pas obligée de vous l'annoncer...

L^ABBÉ, avec chaleur.

Eh bien ! oui... C'est pour vous .que je me suis fait l'intime ami de votre mari ! Pour vous, je suis de toutes ses parties ! Pour vous, je vais à l'Opéra et chez la Duclos ! Pour vous, je vais à l'Académie des sciences! Pour vous enfin, j'écoute M. de Bouillon dans ses dissertations sur la chimie, qui ne manquent jamais de m'endormir !

LA PRINCESSE

Pauvre abbé!

l'abbé.

C'est mon meilleur moment!... je ne l'entends plus et je

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réve à vousl... Mais, convenez-en vous-même, un tel dévouement mérite quelque indemnité, quelque récompense...

LA PRINCESSE, souriant.

Oui, Ton vous a souvent donné, à vous autres abbés de boudoir, pour moins que cela ! Mais, dussiez- vous .crier h ringratitude, je ne peux rien pour vous en ce moment.

L ABBÉ^ rivement.

Ah ! je ne vous demande pas une passion égale à la mienne! c'est impossible I... Car ce que j*éprouve pour vous, c'est une adoration, c'est un culte !

LA PRINCESSE

Je comprends, l'abbé, et vous demandez pour les frais du... Impossible, vous dis-je... mais, silenceJ on vient... C'est mon mari et madame la duchesse d'Aumont... N'avez-vous pas aussi quêté de ce côté-là?...

l'abbé.

La place était prise. . .

LA PRINCESSE

C'est jouer de malheur... (a p«rt.) Ce pauvre abbé arrive toujours trop tard.

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