SCENE VI
L'ÂBBË, portant une corbeille de fleure et sortent evec MICHONNËT de la porte du pan coupé à gauche, ADRIENNE, MAURICE.
L ABBE| Ta placer la corbeille sur la table à gauche et s'adresse à Michonnet tout en faisant des bouquets.
J'en suis fâché pour vous, mon cher AHchonnct, mais c'est la consigne, une fois entré; on ne sort plus.
MICHONNET.
J'espérais cependant pour un instant, et par votre protection...
l'abbé.
Moi, je ne m'occupe que des bouquets pour les dames... c'est M. le prince qui est gouverneur de la place, il a fermé lui-même toutes les portes de la citadelle... et il en garde les clefs I
MICHONNET.
C'est pour affaire urgente... pour mon répertoire.
Pauvre homme ! il ne rêve qu'à cela, môme la huit.
MICHONNET.
Une indisposition fait changer mon spectacle de demain, et je voudrais courir chez mademoiselle Duclos avant qu'elle fût couchée.
» . ^.JL
L ABBÉ, arrangeant ses bouquets à gauche, près de la table.
Ah bah !
MICHONNET.
Lui demander si elle pourrait me jouer demain Cléopâtre.
l'abbé, de même.
N'est-ce que cela ?
MAURICE, à part.
Ociel! •
l'abbé.
Vous n'avez pas besoin de vous déranger, mademoiselle Duclos soupe avec nous.
MICHONNET.
Vraiment! je reste, alors.
l'abbé.
C'est la reine de la soirée, demandez à M, le comte de Saxe!
MICHONNET, le regardant avec surprise et respect.
Il serait possible I quoi ! c'est là M. le comte de Saxe... lui-môme ?
ADRIENNE, présentant Michonnet an comte.
Monsieur Michonnet ! notre régisseur général et mon meilleur ami.
MICHONNET, passant près de Maurice.
C'est monsieur, si je ne me trompe, que j'ai eu le plaisir de voir ce soir au foyer de la Comédie-Française, (a Adrienne.) Je crois même... c'est singulier... qu'il te demandait.
ADRIENNE, TiTement*
Il ne s'agit pas de moi, mais de Cléopâtre et de madc moiselle Duclos.
MICHONNET.
C'est vrai, et dès que vous m'assurez qu'elle est ici...
L ABBÉ, quittant la table à gauche et venant se placer entre Adrienne et Michonnet, en tournant des rubans autour d'un bouquet.
Nous sommes chez elle... dans sa petite maison, où elle avait, pouf ce soir, donné rendez-vous à M. le comte.
Que dites- vous?
MAURICE-, Toalant le faire taire.
Monsieur l'abbé 1
l'abbé, toujours arrangeant des bouquets.
En tête à tête... Je le sais, et je commets là une indiscrétion, car nous ne devions rien dire avant souper, mais ici, entre amis, je puis vous raconter Tanecdote.
MAURICE
Et moi, je ne le souffrirai pas !
L ABBE, terminant un bouquet.
Vous avez raison, M. le comte la sait mieux que moi» c'est à lui de vou& la dire*
MAURICE, furieux.
Monsieur !
l'abbé.
Je la gâterais, tandis que le héros lui-même dePaventure... (a Adrienne.) Oscrai-jo offrir ce bouquet à Melpomène ? Ah ! mon Dieu I quelle expression dans ses traits ! quelle expression tragique! regardez donc vous-même, monsieur le comte!
(L'abbé retourne vers la table du fond, â gauche.) MICHONNET, avec effroi.
Adrienne, qu*as-tu donc ?
ADRIENNE, s'ef forçant de sourire.
Moi? rien, vous le voyez... désolée d'avoir interrompu l'aventure que M. le comte nous promettait...
MAURICE, passant près d' Adrienne.
Et qui ne mérité point votre attention, mademoiselle; rien n'est plus faux.
L ABBE, redescendant près d'Adrienne.
Permettez... je ne dis pas que l'histoire soit neuve, mais elle est vraie.
Et moi je vous atteste...
l'abbé.
Vous en êtes convenu tout à l'heure devant moi... (Faisant un pas pour sortir.) et devant M. le prince, qui va nous la redire...
MAURICE
G*est mutile !
l'abbé.
C'est juste... ce pauvre prince, c'est assez d*une fois... et si le témoignage de mes yeux vous suffit...
Vous avez vu?...
L ABBE, se rapprockant de la table à gauche*
Au moment où nous entrions dans cet appartement, mademoiselle DUCIOS s'enfuir... dans celui-ci... (Montrant la porte à
droite.) OÙ elle cst encore.
MICHONNET, à part, au fond du théâtre.
Celui-ci...
L ABBE, retournant à la table du fond, à gauche.
Ce dont vous pouvez vous assurer.
ADRIENiNE.
Moi!
(L'abbé vient de se rasseoir devant la table du fond, & gauche. Adrienne s'é* lance yers la porte à droite ; Maurice, qui s'est placé devant elle, la prend par la main et la ramène au bord du théâtre.)
MAURICE
Un mot !
MICHOMNET, qui est resté à droite, près de la porte du cabinet.
Je vais toujours m'assurer de mon répertoire.
(il entre doucement dans l'appartement à droite pendant que Maurice et
Adrienne redescendent le théâtre.)