SCENE IL MICHONNET, ADRIENNE
Que devenez-vous donc?... Qui peut vous retenir?... Depuis plus de deux heures je vous attends, et je craignais qu'il ne fût survenu quelque accident, quelque obstacle...
MICHONNET.
Aucun ! tout s*est passé comme tu le désirais. A ton nom seul toutes les portes se sont ouvertes I car il faut rendre justice à ces grands seigneurs, ils aiment les artistes, ils nous aiment ! « Mon prince, lui ai- je^ dit, vous avez souvent daigné répéter à mademoiselle Lecouvreur que vous lai donneriez, quand elle le voudrait, soixante mille livres des diamants qu'elle tient de la libéralité de la reine... -— C'est vrai, je ne m'en dédis pas. — Eh bien I elle m'envoie vers vous, en secret, comptant sur votre bienveillance, pour lui rendre ce service, et sur votre discrétion pour n'en parler à personne... » Tu vois... c'était assez bien tourné.
ADRIENNE, ovec impatience.
Très-bien... et après?
MICHONNET.
Après ?... Il a paru étonné... et m'a demandé pourquoi se défaire de ces diamants... dans quelle idée?... dans quel but?.., question à laquelle il m'a été impossible de répondre, attendu que tu ne m'as pas fait part de tes intentions. . . Il s'est mis alors à écrire un bon sur la caisse des fermiers généraux... en prononçant cette phrase, qui était convenable : « Dites à mademoiselle Lecouvreur que je ne regarde cet écrin que comme un dépôt. » Puis il a ajouté, avec un sourire qui m'a paru moins bien : « Dépôt qu'elle pourra, quand elle le voudra, venir me redemander ellemême!... »
* ADRIBNNE LBGOUVRKUR 253
ADRIENNE, arec imp«itieiice.
Enfin, ces soixante mille livres... ■
HICHONNBT.
Je les ai là.
Ah I je respire... Mais si vous saviez tout ce que ces deux heures d'attente m*ont fait soufl'rir I vous n'auriez pas étéaussi longtemps... car la journée avance, et il me reste encore d'autres démarches à faire. . .
HICHONNET.
Oui, dix mille livres de plus, 'qu'il te faut... Tu me l'avais dit, et les voici !
ciel ! ^
IfIGHONNET. ,
J'ai commencé par aller te les chercher... Voilà ce qui m'a retenu... Je t'en demande pardon...
Vous. . . me les chercher ! . . . et où donc ?
MICHONNET.
Chez le notaire de la succession de mon oncle, l'épicier de la rue Pérou.
Cet héritage ! votre seul bien. . . tout ce que vous possédez 1... Je ne puis accepter un tel sacrifice.
MICHONNET.
£t pourquoi donc ?
Je puis exposer ma fortune, mai» non celle d'un ami I
MICHONNET.
L'exposer?... en quoi?... Explique-moi d'abord...
Je ne le puis !... Je ne puis rien vous dire !
ScBiBE. — Œjvres complètef . 1 »- Série — 6"»« Vol. — \»
264 GOMBDIKS — DRAMBS
MICHONNET.
Rien ?... Je ne t'en demande pas davantage !... Prends... je le veux... Tout cela t'appartient 1
Nous discuterons cela plus tard, gardez-les... H faudrait, à l'instant môme, porter cette somme rue Saint-Honoré, à Thôlel de l'ambassadeur.
MICHONMET.
L'ambassadeur moscovite ?
Ouil à lui-même!... La lui -remettre en payement d'une lettre de change de soixante-dix mille livres, souscrite à M. le comte de Kalkreutz...
MICHONNET, étojuné.
Comment?
ADRIENNE, avec impatience.
Le comte de Kalkreutz.». un Suédois...
HICHONNET, avec douceur.
Je ne comprends pas-...
Vous n'avez pas besoin de comprendre. . • Silence ! c'est