‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 91 sur 176 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

MICHONNET, L'ABBÉ, ADRIENNE.

L ARRÉ, entrant par le fond*

Que vois-je? mademoiselle Lecouvreur chez M; le prince de Bouillon !.*. Est-ce que cela nous annoncerait un contreordre?..* Est-ce qu'on ne vous verrait pas ce soir?...

Si, vraiment 1 plus que jamais je dois tenir ma parole à M. le prince j et je viendrai.

ADRISNMS LEGOUVREUH 255

l'abbé.

Je respire 1 car je connais des dames qui se font une grande fête de vous voir et de vous entendre ; par malheur il pourra bien vous manquer un de vos enthousiastes, de vos fanatiques...

MICHONNET.

Qui donc?

l'abbA.

Ce pauvre comte de Saxe !

ADRŒNNE, à part. •

Qtt'étttends-je ?

l'abbé.

Il lui arrive l'aventure la plus piquante et la plus originale ... Mon état est d'apprendre les nouvelles et de les répandre, et je tiens celle-ci de bonne source... Imaginez-vous qu'il ne s'agissait de rien moins, pour lui, que de partir cette semaine pour conquérir la Courlande, et de là, devenir grand-duc... roi, qa^ sais-je? (Riant.) Et vous ne devineriez jamais qui lui enlève sa couronne? qui l'arrête au milieu de sa conquête ?

MICHONNET.

Non !

LABBÉ, riant toujours*

Une lettre de change de soixante-dix mille livres...

MIGHOHNET, étonné.

Comment dites-vous?

l'abbé»

Que Tambassadeur de Russie a rachetée par-dessous main, afin de vaincre par huissier et de faire prisonnier, sans combats, le général qu*il redoutait.

laCHONNET, étonné.

Ce n'est pas possible I

l'abbé, riant toujours.

Je VOUS l'atteste ! Et le plus curieux... c'est que cette lettre

de change était d^abord entré les mains d'un comte de Kalkreutz...

MICRONNBT, virement.

Un Suédois I

Vous le connaissez?

MIGHONNET, avec eolère et regardant Adrienne.

Oui... certes...

l'abbé.

Et il paraît que c'est une maîtresse du comte de Saxe, une grande dame !...

ADRIENNE, Tivement.

Une grande dame !...

l'abbé.

Que par malheur je ne connais pas encore, mais que j'espère bien dfécouvrir... qui, dans un transport de jalousie, a dénoncé ce fait à l'ambassadeur tartare ; de sorte qu'en ce moment le héros saxon, sans sceptre et sans armée, gémit sous les verrous, attendant que la politique ou Tamour vienne le délivrer... Voilà l'aventure primitive, je vous la donne... je vous la livre... permise vous de l'embellir et de l'orner I... Je vais la confier aux méditations de M. de Bouillon... un savant qui aime à traiter ces sujets-là.

(Il sort par la porte A gauche ; Blichonnet remonte après lui le théâtre, le sait des yeux quelques instants, puis redescend à droite.)

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