ACTE II, SCÈNE IX
ce sera bien plus facile encore ; la liquidation ne sera pas longue...
antonia, l'observant avec inquiétude.
Que voulez-vous dire?
maxence, avecune ga été forcée.
Vois-tu, ma chère sœur, je ne connais l'existence que d'une seule manière, somptueuse et opulente, c'est-à-dire heureuse 'et considérée; mais quand on n'a pas quatre-vingt à cent mille francs à dépenser par an, on est bien près du ridicule, et c'est ce que je ne supporterai jamais. Il faut bien vivre, ou ne plus s'en mêler... c'est mon système!
ANTONIA
Vous ne parlez pas sérieusement,., car enfin vous êtes un galant homme, un homme d'honneur!
maxence, gaiement.
Eh bien ! je le prouve !... et si je me tue... antonia, à part.
0 ciel!... (Avec émotion.) En se tuant, mon frère, on ne paie pas ses dettes ; on prouve seulement qu'on n'a ni l'énergie, ni le courage de les acquitter !
maxence, avec dépit.
Antonia!...
antonia, vivement.
Je sais que beaucoup de jeunes gens professent votre système ; ils le trouvent facile, commode et héroïque !.. moi, qui ne m'y connais pas, je trouve tout uniment que c'est lâche!.. (Voyant Maxence qui fait un geste de colère.) Oui, Maxence, je ne suis qu'une femme, mais pour sauver voire honneur, le jôtre, pour conserver notre nom pur et intact, rien ne me coûterait, je serais prête à tous les sacrifices !... et vous qui êtes un homme... qui êtes jeune, qui avez des talents, de l'esprit, de l'éducation, vous n'auriez pas la force de travailler pour refaire votre fortune, pour reconquérir l'estime et la considération... (Avec indignation.) Ah ! non, non, ne me dites pas cela, mon frère ! maxence, avec impatience.
Travailler!... travailler!... certainement c'est très beau!... en théorie!... mais pour regagner sa fortune, autrement que par un coup de dé, il f aut du temps ! et mes créanciers ne m'en laisseront pas!
antonia, avec émotion.
Eh bien!... ne devez-vous pas demain, du moins vous me l'avez dit, recevoir chez notre notaire le prix de la terre de Jumièges qui a été vendue plus d'un million, et qui nous appartient en commun ?
maxence, avec embarras.
Oui, sans doute... mais grâee aux emprunts et aux hypothèques, ma part est entièrement absorée!
ANTONfA.
La mienne ne l'est pas! prenez-la, mon
frère, et le reste de mes biens s'il le faut !.. payez monsieur de Marignan, payez tous vos créanciers, et vivez? (Avec force.) Vivez... ne fût-ce que pour faire oublier votre vie passée !
MAXENCE
C'est impossible !.. c'est absurde !.. tu ne peux, tu ne dois disposer de rien.
ANTONIA
Si je le veux cependantl
MAXENCE
Les lois s'y opposent ! et moi avant tout, moi ton tuteur!.. Passe pour ruiner ses créanciers, mais sa sœur!.. Décidément mon moyen vaut mieux et j'y reviens.
ANTONIA
N'est-il donc point d'autres ressources ?
maxence.
Aucune.
ANTONIA
Des amis ?
maxence.
Des amis!... m'en préserve le ciel ! c'est un ami qui me tient en son pouvoir ! c'est un ami qui, dès demain, dès aujourd'hui, s'il le veut, peut, dans sa vengeance, disposer de ma liberté !
ANTONIA
Monsieur de Marignan... ô ciel!
maxence, riant avec ironie.
Oui! oui! des huissiers, des recors ! à moi! un vicomte, un gentilhomme! Souffrir que dans le beau monde on me raille, et que plus encore. ..on me plaigne !... Non, non, je ne leur donnerai pas ce plaisir, j'y suis, parbleu! bien résolu. antonia , avec effroi.
Grand Dieu!
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