‹ Le puits de Deir el BahariChapitre 3 sur 3 · SARCOPHAGE DE RAMSES II, SÉSOSTRIS · texte numérisé non relu

SARCOPHAGE DE RAMSES II, SÉSOSTRIS

^ oine p> ï'io t( > çf r‘a.|r) i e ciu Alosée de IBoviltitj.

qui sunaontaieiit piiniitiveiiient leur tète, et duiit il subsiste ({iielques parties. Leurs tigures, peintes en jaune et un pen connnunes d’expression, ont une bonlioininie de géantes qui ne leur niessied pas.

Les autres cercueils de la inèinc dynastie sont de dimensions moindres, quoique raisonnables. L’enduit blanc qui les couvre est coupé de bandes jaunes croisées, sur lesquelles les noms et de courtes prières sont peints en noir. Le dedans de la cuve est souvent noir, la ligure est jaune et lacoitllire noire ou Ijleue.

La coitTure de Tliotmès III parait néanmoins avoir été dorée; mais le coffre est tellement gratté et tailladé partout, ipi’on ne peut guère se tigurer ce qu’il a pu être. Celui de Tliotmès P'', qui présente des traces de dorure et d’émaux, peut avoir été orné ainsi par son usiuqtateur, Pinedjem II, à l’époque duquel ce genre de décoration était usité.

Le cercueil de Séti P‘' est blanc, assez long, sans autres inscriptions que les noms du roi, écrits à l’encre au-dessus do deux textes biératiipies de la XXP dynastie, et il ne présente rien d’original ou de fra^tpant, tandis que celui de Ramsès II, tüs de Séti P'', n’a [>as son pareil dans la trouvaille.

C’est un simple coffre en bois de grandeur ordinaire, en forme de momie, c’est-à-dire de coiq»s enveloppé, et n'ayant guère quelques linéaments de peinture qu’à la tète et' aux mains. La sévérité inattendue de ce bois nu ne fait que mieux ressortir l’apparence Immaine et vivante delà sculpture. Le héros semble couché dans son manteau de guerre, prêt à se lever au }iremier coup de clairon. L’effet serait antre, mais plus grand peut-être, si, acceptant l’idée de résurrection que suggère le monument, on redressait cette simple statue de bois qui contient Sésostris sur un haut piédestal où il a[)paraîtrait comme le génie de l’Égypte guerrière.

Les doubles et triples coffres de la XXP‘ dynastie, aux rnasqes dorés ou bronzés, sont tout l’opposé de ce chef-d’œuvre, et l’ornementation les surcharge. Là, au dedans et au dehors, sur un vernis jaune qui sert de fond,

} apillûtent toutes les couleurs de la [>alette égyptienne, en hiéroglyphes et en divinités innombrables. Seuls, quelques cercueils à incrustations et à émaux, comme celui de la reine Nedjem-t, varient l’impression par l’espèce de miroitement glacé qui les revêt.

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ANNALES DU MUSEE GUI MET

Aucun peuple u’a embelli ou du moins paré la mort comme les Égyptiens, et par suite on se sent jiresque toujours tenté, en présence d'un sarcophage, de voir à nu la momie qui est dedans.

(Test un désir qu’il faut perdre. Les tètes de la reine Nedjem-t et du roi Linedjem 11, ainsi que le corps tout entier de Thotmès 111, déroulés par M. E. Brugsch en présence de l’école française, sont maintenant visibles, et montrent que la mort est toujours la mort, quoi qu’on fasse. Le vieux conquérant surtout, cassé en trois morceau noirâtres, apparaît dans ses langes, comme un cadavre défiguré par quelque horrible maladie.

Mariette a beau dire : il n’j a pas de belles momies, ou, en d’autres ternies, [)lus une momie est belle dans son genre, plus elle est laide en réalité. Le mauvais embaumement ne donne qu’un bloc informe, tandis que l’embaumement parfait accentue des détails repoussants. Le nez ouvre deux trous sans fond, la bouche tire la langue de travers, les yeux sont crevés, les mains noires semblent des pattes, et l’ensemble a une apparence misérable, diminuée, desséchée, qui n’est ni d’un corps ni d’un squelette, mais qui représente quelque chose de hideusement intermédiaire, un corps ou un S(juelette contre nature, et, si Ton veut, une variété de loin et de l’autre : le corps sans la chair et le squelette avec la peau ; ce qu'il y a de touchant dans la lutte inutile tentée contre la mort en Égypte ne saurait pallier l’horreur définitive du résultat .

La science, qui dissèque les cadavres, ouvrira les momies : c’est son droit

LE PDITS DE DEIR El. BAHARI

de reclierclier, dans le passé aussi bien (juc dans le présent, tout ce (jue l’hérédité, les passions et les circonstances font du corps humain; mais pour qui ne déroule }>as les Pharaons, il ja quelque diosc déplus agréalhe à voir que leur dépouille, c’est leur Loüelte.

Rien de joli cumme cette envelop[)e faite d’une toile un peu jaunie (de la nuance nommée aujuiird'liui couleur crème) sous un entrecroisement coquet de bandelettes roses. L’ensemble rappelle, si l’on peut dire, ces boîtes de bonbons nouées de rubans qui s’olfrent après un baptême, ou mieux, ces tiancées arabes que l’on promène encore dans les rues du Caire, et que l’on conduit à leurs tiancés entièrement voilé('s et masquées.

Presque toutes les momies ainsi paréos sont couvertes de i^-uirlamles sèches et de lotus fanés qui ont traversé intacts des milliers d’années, et nulle part la suspension du temps, l’arrêt de la destruction ne sauraient se com[)rendre mieux qu'à la vue do ces Üeurs immortelles sur cos corps éternisés. C’est bien là l’image d’un sommeil sans tin. Une momie pourtant, celle d’Aménophis P’’, dont un masque jaune aux yeux d’émail moule la tigure adolescente, semble, comme lasse du repos, s’éveiller en souriant dans son lit de tleurs.

Ce gracieux tableau résume l’impression que laisse, au fond, la trouvaille de Deir el Bahari. A [lart qm'hpies documents précieux pour Phistoire de la XXP dynastie et (pielques prières sur toile qu'on a chance de trouver avec les momies de la XVIIP, il n’y a peut-être là matière ni à do longues recherches ni à de grands résultats. L'intérêt delà découverte est ailleurs. 11 est dans le coup de théâtre ([ui ramène subitement ii la lumière une assemldée de rois et (pu nous fait toucher (hî si près des choses que l'on croyait si hhn. 11 (>st aussi dans rap[)arition de ce [)oéti([ue entourage que l’Egypte savait donner à la mort, et dans h‘quol s’encadrent encore, sous nos yeux, quebpies-unes des traces ou des reli(pi('s les plus fugitives de la vie, depuis le chasse-mouches de Thotmès, trouvé dans son cercueil, jusqu’au sourire d’Aniénophis.

Le Caire, G août 1S81.

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