Lucain, Phars
Ast postquam gremio tellus illisa profundo est. Extremi collés Siculo cessere Peloro
15, 18. — Les pourceaux sont les habitants du Casentino; les roquets, les citoyens d'Arezzo; les loups, les Florentins; les renards, les Pisans. Les deux interlocuteurs sont, Rinieri et Guido del Duca, ‘ de Brettinoro.
Boccac. lib. III, prosa 4. « Evenit igitur ut, quem transformatum vitiis vides, hominem existimare non possis. Avaritia fervet alienarum opum violentus ereptor ? Similem lupi dixeris. Ferox atque inquietus linguam litigiis exercet? Cani comparabis. Insidiator occultus surripuisse gaudet? Vulpeculis exæquetur… Fœdis immundisque libidinibus immergitur? Sordida sus voluptate detinetur.
A ces peintures que Dante fait de sa patrie qui pourrait croire qu'il l'aime? Qui croirait qu'il ne s’agit pas d’un peuple fini, mais de cette Toscane destinée à régner encore pendant trois siècles par l'inspiration qui fait les peintres et les poëtes. Dante n’y voit que des bétes, Giotto y trouve assez d’anges pour en peupler ses fresques. Tout semble perdu dans l'ordre temporel, dans l'ordre spirituel tout est sauvé. Voilà ce que l'Italie moderne n’a pas assez compris. Elle a cru à la force quand sa seule force était dans l'esprit. Elle a péri par les armes, mais la foi la sauvera. L’Autriche a beau multiplier les bataillons, où est la supériorité? Que peut-elle opposer à ces nobles
itelligences : Manzoni, Pellico, Gioberti, Balbo, Capponi, Tommaseo, Pie IX? Ne croyons pas que tant de nobles efforts seront perdus.
24. — Villani : « Ladite année 1302, Florence ayant pour podestat Fulcieri da Calvoli de Romagne, homme féroce et cruel, à l’instigation des chefs du parti noir qui vivaient dans de grands ombrages parce qu’ils sentaient que la section blanche et gibeline était très-puissante, et que les exilés écrivaient chaque jour et avaient des intelligences avec ceux qui étaient restés dans la ville, ledit Fulcieri fit arréter tout à coup un certain nombre de citoyens du parti blanc et gibelin... les accusant d'avoir traité de livrer la ville aux exilés. Faute ou non, il leur fit avouer par la torture qu’ils devaient livrer la cité et donner certaines portes aux blancs et gibelins; en conséquence de quoi il les jugea et leur fit couper la tête; et condamner comme rebelles tous ceux de la maison des Abali el leurs propriétés furent détruites, d’où s’ensuivirent de grands troubles dans la cité, et plus tard beaucoup de maux et de scandales. »
33. — Licio de Valbona appt enant la mort d'un de ses fils qui vivait mal, répondit : «Il n'y'a là rien de nouveau pour moi, car il n’a jamais vécu : la nouvelle, c’est qu'il est enterré.» — Henri Manardi fit scier, après la mort de Guido del Duca, un tronc sur lequel il avait coutume de s'asseoir avec lui; disant qu'il ne trouverait pas son égal. — Guido de Carpigna vendit la moitié d’une couverture de sole pour payer un repas, et répondit à ses amis. « (Quod in estate
. pra calore tenebat pedes extra in hieme vero pre frigore tenebat
crura contracta. » (Benvenuto.)
34. — Benvenuto qui expliquait la Divine Comédie à Bologne, connaît Fabbro pour le chef de la maison des Lambertazzi.
36.— Frédéric le Teigneux, ainsi nommé par antiphrase, à cause de sa belle tête et de ses cheveux blonds.
Quanto tra l'ultimar dell’ ora terza,
E il principio del di’ par della spera, Che sempre a guisa di fanciullo scherza,
Tanto pareva già in ver la sera Essere al Sol del suo corso rimaso :
Vespero là, e qui mezza notte era.
E i raggi ne ferian per mezzo il naso, Perchè per noi girato era sì 1] monte, Che già dritti andavamo in ver l’occaso;
Quand’ io senti a me gravar la fronte Allo splendore assai più che di prima, E stupor m° eran le cose non conte :
Ond' io levai le mani in ver la cima Delle mie'ciglia, e fecimi il solecchio, Che del soverchio visibile lima.
Come quando dall’ acqua o dallo specchio Salta lo raggio all’ opposita parte, Salendo su per lo modo parecchio
Entre le commencement du jour et la troisième heure, la sphère qui se joue comme un enfant sans se reposer jamais, mesure autant d'espace |
. Que le soleil en avait encore à parcourir pour arriver au soir; là, c'était l'heure de vépres et ici celle de minuit. |
Et les rayons nous frappaient au milieu du visage : car, nous avions fait le tour de la montagne, de manière que nous marchions droit vers l'Occident;
Quand. je sentis mon front plier devant une lumière bien plus éblouissante qu'auparavant, et dans l’ignorance des causes, j'étais frappé de stupeur.
C'est pourquoi je levai les mains à la hauteur de mes cils et je me fis cet abri naturel qui retranche l'excès de la clarté.
Comme le rayon du soleil réfléchi par l’eau ou par . le miroir rejaillit de l’autre côté, remontant de la même manière — a
DEL PURGATORIO
À quel che scende, e tanto si diparte Dal cader della pietra in igual tratta, Sì come mostra esperienza ed arte; Così mi parve da luce rifratta Ivi dinanzi a me esser percosso; Perchè a fuggir la mia vista fu ratta.
Che è quel, dolce Padre, a che non posso Schermar lo viso tanto che mi vaglia, Diss’ 10, e pare in ver noi esser mosso?
Non ti maravigliar se ancor t'abbaglia La famiglia del cielo, a me rispose ;
Messo è, che viene ad invitar ch' uom saglia. Tosto sarà ch'a veder queste cose
Non ti fia grave, ma fieti diletto, Quanto natura a sentir ti dispose.
Poi giunti fummo all’ Angel benedetto, Con lieta voce disse : Intrate quinci, Ad un scaleo vie men che gli altri eretto.
Noi montavamo, già partiti linci, E, Beati misericordes, fue Cantato retro, e : Godi tu che vinci. | Lo mio Maestro ed 10 soli ambedue
Suso andavamo, ed io pensava, andando,
Prode acquistar nelle parole sue :
E dirizza’ mi a lui sì dimandando :
Che volle dir lo spirto di Romagna, E divieto e consorto menzionando? .
Perch' egli a me : Di sua maggior magagna Conosce il danno; e però non s'ammiri
Qu'il est descendu, et s'écarte tout autant de la ligne marquée par la chute d’une pierre, comme le démontrent l’expérience et l’art;
De même je crus être frappé d’une lumière réfléchie devant moi, en sorte que ma vue fut prompte à se détourner.
« Quel est, è mon doux père, cet objet dont je ne puis réussir à défendre ma vue et qui semble s'avancer vers nous : »
« Ne t'étonne point, répondit-il, sì les serviteurs du ciel t'éblouissent encore : c'est un messager qui vient inviter les âmes à monter plus haut.
« Le moment n'est pas loin où la vue de ces choses n'aura plus rien de pénible pour toi, mais te deviendra un plaisir aussi:grand que la nature t'a rendu capable d'en goûter.» :
Dès que nous fûmes arrivés à l'ange béni, il dit d'une voix joyeuse : « Entrez par cet escalier, bien moins rapide que les autres. »
Nous montions et nous avions déjà quitté le cercle quand nous entendimes chanter derrière nous: « Beat musericordes, et : Sois Joyeux, toi qui es vainqueur. »
Mon maître et moi nous étions tous deux seuls, et chemin faisant, je songeal à: tirer profit de ses dis- COUTS ; | Et je me tournai vers lui l’interrogeant en ces termes : « Que voulait dire l’esprit du Romagnol, quand il parlait de partage et d'interdiction? »
À quoi Virgile répondit : « Il reconnaît présentement les fàcheux effets de son plus grand péché, et c'est
DEL PURGATORIO
Se ne riprende, perchè men sen piagna.
Perchè s'appuntano i vostri desiri,
Dove per compagnia parte sì scema,
Invidia muove il mantaco a’ sospiri.
Ma se l'amor della spera suprema
Torcesse in suso 1l desiderio vostro,
Non vi sarebbe al petto quella tema; Perchè quanto si dice più lì nostro,
Tanto possiede più di ben ciascuno,
. E più di caritate arde in quel chiostro.
Io son d'esser contento più digiuno,
Diss' io, che se mi fosse pria taciuto,
E più di dubbio nella mente aduno.
Com’ esser puote che un ben distributo
I più posseditor faccia più ricchi
Di sè, che se da pochi è posseduto?
Ed egli a me : Perocchè tu rificchi
La mente pure alle cose terrene,
Di vera luce tenebre dispicchi.
Quello infinito ed ineffabil bene
Che lassù è, così corre ad amore,
Come a lucido corpo raggio viene.
Tanto sì dà, quanto trova d’ardore :
Sì che quantunque carità si stende,
Cresce sovr’ essa l’ eterno valore.
E quanta gente più lassù s' intende,
Più v'è da bene amare, e più vi s' ama,
E come specchio l' uno all’ altro rende.
E se la mia ragion non ti disfama,
CHANT XV. 241 pourquoi ne nous étonnons point s’il nous en fait le reproche afin qu’il ait moins à le pleurer un jour.
« Vos désirs se dirigent vers des biens que le partage diminue : par ce motif l'envie tre des soupirs de vos poitrines.
« Mais sì l'amour de la sphère suprême tournait vos vœux plus haut, vos cœurs ne seraient pas occupés de cette crainte.
« Car, plus les biens de là-haut sont mis en commun, plus chacun en possède, et plus la charité s’einbrase dans ce cloître divin. »
« Je suis plus loin de me sentir rassasié que si je m'étais tu d'abord, répondis-je, et mon âme recèle le plus de doute. ”
« Comment se peut-il qu’un bien partagé entre de nombreux possesseurs les enrichisse plus que s’il est possédé par un petit nombre? » |
Et lui à moi : « Parce que tu rattaches toujours ton esprit aux seules choses terrestres, de la vraie lumière tu ne tires que ténèbres.
. « Ce bien infini et ineffable qui est là-haut, court au-devant de l'amour comme un rayon vient frapper un corps lumineux.
« Il se donne autant qu’il trouve d’ardeur, en sorte que plus s'étend la charité, plus s'épanche sur elle l'éternelle grâce.
« Et plus il y a d'âmes qui aspirent au ‘ciel, plus il y a lieu d’aimer, et plus on aime, et comme antant de miroirs, l’un embrase l’autre.
« Et si mon discours ne te rassasie pas, tu verras Béa- | 16
db
DEL PURGATORIO
Vedrai Beatrice, ed ella pienamente Ti torrà questa e ciascun’ altra brama.
Procaccia pur, che tosto sieno spente, Come son già le due, le cinque piaghe, Che si richiudon per esser dolente.
Com' io voleva dicer : Tu m’appaghe :
| Vidimi giunto in su l’altro girone, . Si che tacer mi fer le luci vaghe.
Ivi mi parve in una visione Estatica di subito esser tratto,
E vedere in un tempio più persone :
Ed una donna in su l’entrar, con atto Dolce di madre, dicer : Figliuol mio, Perchè hai tu così verso noi fatto?
Ecco, dolenti lo tuo padre ed io
Ti cercavamo. E come qui si tacque,
Giò che pareva prima dispario.
Indi.m'apparve un’ altra con quelle acque Giù per le gote, che ’1 dolor distilla,
Quando per gran dispetto in altrui nacque;
E dir : Se tu se’ sire della villa,
Del cui nome ne’ Dei fu lanta lite, E onde ogni scienzia disfavilla,
Vendica te di quelle braccia ardite Che abbractiar nostra figlia, o Pisistrato.
E il signor mi parea «benigno ‘e mite
Risponder lei con viso temperato:
Che farem noi a chi mal ne disira, Se quei che ci ama è per noi condannato?
Poi vidi genti accese in. fuoco d’ irà,
CHANT XV. 245 trix, et c'est elle qui apaisera pleinement ce désir et tous les autres.
« Fais en sorte seulement d’effacer bientôt, comme ont déjà disparu les deux premières, les ciny plaies qui te restent et qui ne se ferment que par la douleur. ».
J’allais répondre : « Tu m'as satisfait, » lorsque je me vis arrivé à l’autre cercle, en sorte que l’impatience de mes yeux me fittaire.
Là, je crus tout à coup être ravi en extase et voir en vision un temple où se tenaient plusieurs personnes;
Et une femme à l’entrée, avec la douce expression d'une mère, semblait dire : « Mon fils, pourquoi en agir de la sorte envers nous?
« Et voilà que, tout affligés, ton père et moi nous te cherchions. » Et comme elle se tut, ce qui m’apparaissait d'abord s effaca.
Ensuite m'apparut une femme toute baignée de ces eaux que la douleur distille le long des joues, quand . elle naît d'une grande colère à l'égard d'autrui.
Et elle disait : « Si tu es le seigneur de la ville dont le nom fit un si grand débat entre les dieux, et d'où toute science rayonne,
« Venge-toi de ces mains téméraires qui ont embrassé notre fille, ô Pisisirate ! » Et le seigneur doux et débon naire
Semblait lui répondre avec un visage serein : « Que ferons-nous à qui nous veut du mal, si nous condamnons qui nous aime ? »
Puis je vis des gens tout embrasés du feu de la co-
244 DEL PURGATORIO
Con pietre un giovinetto ancider, forte Gridando a sè pur: Martira, martira :
57 E lui vedea chinarsi per la morte, Che l’ aggravava già, in ver la terra, | Ma degli occhi facea sempre al ciel porte; 38 Orandoall’alto Sire in tanta guerra, Che perdonasse a’ suoi persecutori, Con quell’ aspetto che pietà disserra.
59 Quandol’anima mia tornò di fuori Alle cose, che son fuor di lei vere, Jo riconobbi i miei non falsi errori.
40 Lo Duca mio, che mi potea vedere | Far sì com’ uom che dal sonno si slega, Disse : Che hai, che non ti puoi tenere; sm Ma se’ venuto più che mezza lega Velando gli occhi, e con le gambe avvolte A guisa di cui vino o sonno piega?
# 0 dolce Padre mio, se tu m'ascolte, I’ ti dirò, diss’ 10, ciò che mi apparve Quando le gambe m1 furon si tolte.
. 45 Ed ei : Se tu avessi cento larve | Sovra la faccia, non mi sarien chiuse Le tue cogitazion quantunque parve.
# Ciò che vedesti fu, perchè non scuse D'aprir lo cuore all’acque della pace, Che dall’eterno fonte son diffuse. 45 Nondimandai, Che hai? per quel che face Chi guarda pur con l’ occhio che non vede, Quando disanimato il corpo giace; 46 Ma dimandai per darti forza al piede :
lère, lapider un jeune homme, en s’encourageant à grand cris : « Tue, tue! »
Et lui, je le voyais plier déjà vers la terre sous le poids de la mort; mais ses yeux restaient ouverts et tournés vers le ciel.
Au milieu d'un combat si terrible, il priait le souverain Seigneur de pardonner à ses persécuteurs, avec cette expression de visage qui force la pitié. -
Quand mon âme revint de ce ravissement, aux objets qui ont leur réalité hors d'elle, je reconnus mes trop véritables erreurs.
Mon guide, qui me voyait faire comme un homme qui s'arrache au sommeil, me dit : « Qu’as-tu donc? car
tu ne peux plus te soutenir?
« Mais tu as marché plus d'une demi-lieue les yeux fermés et les jambes chancelantes, comme un homme plié sous le vin ou le sommeil. .»
« Ô.mon doux père, si tu m’écoutes, répondis-je, je te dirai ce qui m'apparaissait quand les jambes me manquèrent ainsi. »
Et lui : « Quand tu aurais cent masques sur le visage, tes pensées quelles qu’elles fussent ne me resteraient pas inconnues.
« Ce que tu as vu te fut montré pour que tu ne refuses pas d'ouvrir ton cœur aux eaux de la paix qui débordent de la source éternelle.
« Je ne t'ai point demandé : qu'as-tu? comme celui qui ne voit qu'avec l'œil terrestre, incapable de voir dès que le corps est inanimé ;
« Mais je l'ai interrogé pour prêter force à tes pieds:
DEL PURGATORIO Così frugar conviensi i pigri, lenti Ad usar lor vigilia quando riede,
s1 .Noi andavam per lo vespero attenti Oltre, quanto potèn gli occhi allungarsi, Contra 1 raggi serotini e lucenti :
43 Edeccoa poco a poco un fumo farsi Verso di noi, come la notte, oscuro, | Nè da quello era loco da cansarsi :
49 Questo ne tolse gli occhi e l’aer puro.
c’est ainsi qu’il convient d’aiguillonner les paresseux trop lents à bien employer le temps de la veille quand il est revenu. » | Nous marchions impatients de voir devant nous, à cause du soir qui s’avançait, portant nos regards aussi loin qu’ils pouvaient aller contre les rayons lumineux du couchant; | . Et voici que peu à peu une fumée s’avançait audevant de nous, sombre comme la nuit, et il n’y avait pas de lieu où l’on pût s’en garantir.
Elle nous priva de la vue et de l'air pur.
Beautés philosophiques de ce chant. — Des biens qui se partagent et de ceux qui ne se partagent pas: le siècle de Dante était troublé des mêmes questions que le nôtre : Convito IV. De l’iniquité des richesses.— On n'a rien inventé contre les torts du capital que Dante n’eût déjà dit et qu'on n'eût dit avant lui. Mais la supériorité de Dante est d’avoir connu le remède, de l'avoir cherché non dans le matéri alisme, mais dans le spiritualisme, non dans les choses terrestres qui se partagent, mais dans les biens impartageables.
De la Colère : Saint Thomas, 2* 2e, 158, se range à l’opinion de saint Jean Chrysostome : « Celui-là est coupable qui s'irrite sans raison, inais celui qui a raison de s'irriter n'est pas coupable; car, sans colère, il n’y a ni progrès de la doctrine, ni vigueur des jugements, ni répression des crimes. » Elle devient coupable de deux manières : quand-elle est contre la raison, quand, raisonnable dans son principe elle cesse d’être soumise à la raison dans ses excès.
Saint Grégoire, Moralia, V.« Il faut souverainement prendre garde que la colère, qui peut devenir l’instrument de la vertu, domine
l'intelligence. Il ne faut point qu’elle domine en reine, mais qu’elle
soit, comme une servante, attachée à la raison et toujours prête à la servir... )
ns Ces haines vigourcuses Que doit donner le vice aux âmes généreuses.
Terc. 33. — Il s’agit d'Athènes. La femme de Pisistrate lui demandait vengeance, selon la tradition, contre un jeune homme qui, amoureux de sa fille, avait osé l’embrasser publiquement.
Sur le débat des dieux.— Commentaire de Pietro di Dante. — Et misit Apollo dicto Cecropi etiam, quod esset in civium potestate, ex cujus nomine illorum duorum deorum nominaretur. Unde hoc præscito Cecrops convenit omnes cives masculos et
feminas et facto scrutinio masculi consenserunt quod vocaretur a Neptuno, feminæ vero a Pallade. Et quia una femina major fuerit numerus fœminarum quam masculorum obtentum est quod a Pallade dicta sit, scilicet Athena. Et quo Neptunus indignatus fuit et inundationibus dictam civitatem operuit. Qua de causa dicti cives ut placaretur statuerunt quod nunquam mulieres plus interessent conciliis et scrutinits.
Même récit dans le faux Boccace. Au lieu d’un cheval c’est une fontaine que Neptune fait sortir de terre.
Buio d’inférno, e di notte privata D’ ogni pianeta sotto pover cielo, Quant’ esser può di nuvol tenebrata, Non fece al viso mio sì grosso velo, Come quel fumo ch’ivi ci coperse, Nè a sentir di così aspro pelo; Che l’occhio stare aperto non sofferse :
Onde la Scorta mia saputa e fida Mi s'accostò, e l'omero in' offerse.
Sì come cieco va dietro a sua guida Per non smarrirsi, e per non dar di cozzo In cosa che 'l molesti, o forse ancida; M° andava io per l’aere amaro e sozzo, Ascoltando 11 mio Duca che diceva Pur : Guarda, che da me tu non sie mozzo.
Io sentia voci, e ciascuna pareva Pregar per pace e per misericordia L'Agnel di Dio, che le peccata leva.
L'obscurité de l'enfer et d’une nuit sans étoiles sous un ciel triste, si chargée qu'elle puisse être de ténébreuses nuées, ;
Ne m'enveloppa jamais d’un voile si épais à la vue, si rude au toucher, que la fumée qui nous coutrit:en ce lieu ; |
Sì bien que l'œil ne pouvait rester ouvert: c'est pourquoi mon guide sage et fidèle s ‘approcha de moi et m'offrit l'épaule, |
Tout comme un aveugle sui son guide pour ne point s'égarer, et ne point se heurter contre une chose qui le blesse ou peut-être le tue ;
J'allais à travers le brouillard amer et noir, écoutant mon conducteur qui disait seulement : ‘a Prends garde d'être séparé de moi.»
J'entendais des voix, et chacune semblait demander paix et miséricorde à l'Agneau de Dieu qui lave les péchés du monde. I
DEL PURGATORIO
Pure Agnus Dei eran le loro esordia :
Una parola in tutti era ed un modo, Sì che parea tra esse ogni concordia.
Quei sono spirti, Maestro, ch'i’ odo?
Diss' io. Ed egli a me : Tu vero apprendi, E d’iracondia van solvendo il nodo.
Or tu chi se’ che ‘1 nostro fumo fendi, E di noi parli pur, come se tue Partissi ancor lo tempo per calendi?
Così per una voce detto fue. i Onde il Maestro mio disse : Rispondi,
E dimanda se quinci sì va sue.
Ed io : O creatura, che tì mondi,
Per tornar bella a colui che ti fece, Maraviglia udirai se mi secondi.
Io ti seguiterò quanto mi lece,
Rispose; e se veder fumo non lascia, L’udir ci terrà giunti in quella vece.
Allora incominciai : Con quella fascia, Che la morte dissolve, men vo suso,
E venni qui per la infernale ambascia;
E se Dio m'ha in sua grazia richiuso Tanto, ch' e' vuol ch’ io vegga la sua corte Per modo tutto fuor del modern’ uso,
Non mi celar chi fosti anzi la morte,
Ma dilmi, e dimmi s'io vo bene al varco; E tue parole fien le nostre scorte.
Lombardo fui, e fui chiamato Marco *
Agnus Dei, ainsi commençaient toutes leurs invocations : une seule parole était sur toutes les lèvres, avec un seul rhythme, de sorte qu'entre ces âmes la concorde semblait parfaite.
« Maître, dis-je, qui sont ces esprits que J'entends? Et lui : « Sache la vérité, ils vont dénouant le nœud de la colère. » |
« Or qui es-tu, toi qui.fends notre fumée et qui parles de nous comme si tu divisais encore le temps à la
façon des hommes? »
Ainsi parla une voix, et mon maître me dit :
« Réponds et demande si l’on peut monter par ce chemin. »
Et moi : «0 créature quite purifies pour retourner belle à Celui qui t’a faite, tu entendras des choses mervellleuses si tu m'accompagnes. »
« — Je fe suivrai autant qu'il m'est permis, répliqua-t-il; et si la fumée ne me laisse pas voir, l’ouie nous rapprochera à défaut de la vue. »
Alors je commengai : « Je m'en vais en haut tout chargé de ces langes que la mort détache; ét je suis arrivé jusqu'ici, en traversant les supplices de l’enfer ;
« Et si Dieu m'a admis dans sa grâce à ce point de vouloir que je voie sa cour d’une manière tout étrangère à l'usage du temps présent,
« Ne me cache point qui tu fus avant la mort, mais dis-le-moi, et fais-moi connaître si je vais bien au lieu par où l'on sort, et tes paroles nous serviront de
guide.
«— de fus Lombard, et Marco était mon nom: je
DEL PURGATORIO
Del mondo seppi, e quel valore amai
Al quale ha or ciascun disteso l'arco ; Per montar su dirittamente vai.
Così rispose; e soggiunse : lo ti prego
Che per me preghi, quando su sarai.
‘Ed io a lui : Per fede mi ti lego
Di far ciò che mi chiedi; ma io scoppio Dentro da un dubbio, s'ì' non me ne spiego.
Prima era scempio, ed ora è fatto doppio Nella sentenzia tua, che mi fa:certo :
Qui ed altrove; quello ov’ io l'accoppio.
Lo mondo è ben così tutto diserto D’ ogni virtute, come tu mi suone, E di malizia gravido e coverto; Ma prego che m' additi la cagione, Sì ch'io la vegga, e ch'io la mostri altrui; Chè nel cielo uno, ed un quaggiù la pone.
Alto sospir, che duolo strinse in hui; ©
Mise fuor prima, e poi cominciò : Frate, : :::
Lo mondo è cieco, e tu vien ben da lui.
Voi che vivete ogni cagion recate Pur suso al cielo, sì come se tutto Movesse seco di necessitate.
Se così fosse,-in voi fora distrutto Libero arbitrio, e non fora giustizia, * Per ben, letizia, e per male, aver lutto. Lo cielo 1 vostri movimenti inizia; Non dico tutti; ma, posto ch’ io‘! dica, Lume v'è dato a bene ed a malizia, E libero voler che, se fatica
connus le monde et j'aimai la vertu, vers laquelle personne ne tend plus son arc.
« Tu chemines dans la voie droite pour monter; » et il ajouta : « Je te prie d’intercéder pour moi quand tu seras en haut. » |
Et moi : « Je t'engage ma foi de faire ce dont tu me requiers; maïs je porte en moi un doute qui m’étouffe sì je ne m'en délivre.
« Premièrement il était simple, et maintenant il est devenu double par ton discours, qui me confirme “ici et ailleurs le fait auquel s'attache mon inquiétude.
« Le monde est bien abandonné de toute. vertu, comme tu l’affirmes, et tout chargé, tout couvert de malice; . |
« Mais je te prie de m'en faire toucher au doigt la raison, si bien'que je la voie et que je la montre à autrui ; car l’un la met au ciel et l’autre ici-bas. »
D'abord il rendit un profond soupir que la douleur lui arracha ; puis il commença ainsi: « Frère, le monde est aveugle, et l'on voit assez que tu en viens.
« Vous qui vivez, vous reportez au Ciel l’unique raison de toute chose, comme s'il entraînait tout avec lui sous une loi de nécessité. ©
« S'il en était ainsi, le libre arbitre serait détruit en vous, et il n'y aurait plus de justice à recueillir la joie pour le bien, le deuil pour le mal...
« Le ciel a l’initiative de vos mouvements; je ne dis pas tous; mais, quand je le dirais, une lumière vous est donnée pour discerner la bonté de la malice ; *
« Et en même temps une volonté libre, qui, si elle
DEL PURGATORIO. —— Nelle prime battaglie col ciel dura, Poi vince tutto, se ben si notrica.
A maggior forza ed a miglior natura Liberi soggiacete, e quella cria
La mente in voi, chel ciel non ha in sua cura.
Però, se, 1l mondo presente disvia, In voi è la cagione, in voi si cheggia, Ed io te ne sarò or vera spia.
Esce di mano a lui, che la vagheggia . Prima che sia, a guisa di fanciulla, Che piangendo e ridendo pargoleggia, L'anima semplicetta, che sa nulla,
Salvo che, mossa da lieto fattore,
Volentier torna a ciò che la trastulla,
| Di picciol bene in pria sente sapore; . .
. Quivi s' inganna, e dietro ad esso corre .
Se guida o fren non torce il suo amore.
Onde convenne legge per fren porre; Convenne rege aver, che discernesse Della vera cittade almen la torre.
. Le leggi son, ma chi pon mano ad esse?
Nullo; però che’l pastor che precede
Ruminar può, ma non ha l’unghie fesse.
Perchè la gente, che sua guida vede
Pure a quel ben ferire ond' ella è ghiotta, |
Di quel si pasce, e più oltre non chiede.
Ben puoi veder che la mala condotta .
É la cagion che il mondo ha fatto reo, E non natura che in voi sia corrotta.
Soleva Roma, che il buon mondo feo,
soulient la fatigue des premiers combats contre le Ciel, finit par triompher de tout quand elle est bien exercée.
« Libres, vous êtes soumis à une force plus puissante, à une nature plus parfaite, et c'est elle qui crée en vous l'âme dont le Ciel n'a pas le gouvernement.
« Si donc la génération présente s'égare, en vous est Ja cause; en vous il faut la chercher, et c'est de quoi je vais te mettre sur la trace.
« L'âme sort de Ja main de Dieu, qui l'aime avant qu'elle soit, comme une jeune fille qui se joue riant et pleurant tout ensemble ;
« Dans sa première simplicité, elle ne sait rien, si ce n'est que, issue d'un Créateur souverainement heureux, elle retourne volontiers vers ce qui fait sa joie.
« Elle goûte d'abord la saveur d’un bien imparfait; elle s’y trompe et court après lui, si quelque guide ou quelque frein n'en détourne son amour.
« D'où vient qu'il fallut instituer une loi pour frein ; il a fallu avoir un roi qui discernât au moins la tour de la véritable cité. |
« Les lois y sont, mais qui donc y met la main? personne, parce que le pasteur qui marche devant rumine bien, mais n'a pas l’ongle fendu.
« C'est pourquoi la foule, voyant son guide viser au seul bien dont elle est avide, s’en repaît à loisir et ne demande rien de plus.
« Tu peux bien reconnaître que le mauvais gouvernement est la cause qui a rendu le monde coupable, et non la nature qui se corromprait en vous.
« C'était la coutume de Rome, qui rendit la terre
DEL PURGATORIO
Duo Soli aver, che l'una e l’altra strada Facèn vedere, e del mondo e di Deo.
L'un l’altro ha spento; ed è giunta la spada Col pasturale; e l'uno e l’ altro insieme Per viva forza mal convien che vada; Perocchè, giunti, l’un l’altro non teme.
Se non mi credi, pon mente alla spiga, Ch’ ogni erba si conosce per lo seme.
In sul paese ch’ Adige e Po riga, Solea valore e cortesia trovarsi Prima che Federigo avesse briga.
Or può sicuramente indi passarsi .
Per qualunque lasciasse, per vergogna, Di ragionar co’ buoni, o d’ appressarsi.
Ben ven tre vecchi ancora, in cui rampogna L'antica età la nuova, e par lor tardo Che Dio a miglior vita li ripogna :
Currado da Palazzo, e il buon Gherardo, E Guido da Castel, che me’ si noma Francescamente il semplice Lombardo.
Dì oggimai che la Chiesa di Roma, Per confondere in sè duo reggimenti, Cade nel fango, e sè brutta e la soma.
O Marco mio, diss' io, bene argomenti; Ed or discerno, perchè dal retaggio Li figli di Levi furono esenti.
Ma qual Gherardo è quel che tu, per saggio, Di ch'è rimaso della gente spenta, . In rimproverio del secol selvaggio?
O tuo parlar m'inganna, o e' mi tenta,
CHANT XVI. 250 meilleure, d’avoir deux soleils pour montrer les deux chemins du monde et de Dieu.
« L'un des deux a éteint l'autre, et l'épée s’est confondue avec la crosse, et il est de toute nécessité que les deux aillent mal ensemble.
« Unis en effet, l'un ne craint plus l'autre : si tu ne me crois pas, considère l'épi, car on juge l'herbe par la semence.
«Au pays qu'arrosent l'Adige et le Pò, on avait coutume de trouver courtoisie et vertu avant la querelle de Frédéric.
« Maintenant le chemin y est sûr pour tout homme qui par vergogne éviterait de discourir avec les gens de bien ou de les approcher.
«On y voit bien encore trois vieillards, en qui le siècle fini fait la censure du siècle nouveau, et à qui le temps dure que Dieu les rappelle à une meilleure vie :
« Conrad de Palazzo, et le bon Gherardo, et Guido da Castello, mieux nommé à la française le Simple Lombard.
«Désormais tu peux dire que l'Église de Rome, pour vouloir confondre en elle deux gouvernements, tombe dans la fange et salit sa charge avec elle.
«— 0 mon noble Marc, répondis-je, tu raisonnes sagement; et je comprends à celte heure pourquoi les fils de Lévi n'eurent pas de part à l'héritage,
« Mais quel est ce Gérard que tu dis resté comme un exemple de la générosité éteinte, pour l’opprobre de ce siècle barbare ?
« — Ou ton langage me trompe, ou tu veux me ten:
DEL PURGATORIO
Rispose a me, chè, parlandomi Tosco, Par che del buon Gherardo nulla senta.
Per altro soprannome 10 nol conosco, S’ i' nol togliessi da sua figlia Gaia.
Dio sia con voi, chè più non vegno vosco.
Vedi l'albòr che per lo fumo raia, Già biancheggiare, e me convien partirmi, L’ Angelo è ivi, prima ch'egli paia.
Così tornò, e più non volle udirmi.
CHANT XVI. 261 ter, répliqua-t-il, puisque, me parlant l’idiome de Toscane, tu sembles n'avoir pas cui nommer le vertueux Gherardo.
« Je ne le connais sous aucun autre surnom, à moins : de le désigner par sa fille Gaia. Dieu soit avec vous, car je ne puis vous accompagner plus loin.
« Vois l'aube dont les rayons déjà blanchissent à tra vers la fumée, l'ange est ici : il faut que je m'éloigne avant qu'il ait paru. »
Ainsi parla-t-il, et il ne voulut plus m'entendre.
Tere. 16. — Marco Lombardo, célèbre par la vivacité et la malice de ses reparties.
42.— Conrado da Palazzo, portant le gonfalon de Brescia dans un combat, perdit les deux mains et continua de soutenir le gonfalon dans ses bras jusqu'à ce qu'il perdit la vie. — Guido da Castello habitait Reggio; il reçut Dante dans sa maison et l’y traita avec honneur. « Fuit etiam Guido pulcher inventor in rhythmo vulgari, ut pulchre apparet in quibusdam dictis ejus. » — Il buon Gherardo da Cammino, de Trévise, célèbre par ses vertus et par l’austérité de mœurs de sa fille Gaia.
L'AstROLOGIE AU MOYEN AGE. —- Le paganisme ne périt pas tout entier; il se réfugia dans la superstition populaire, dans l’art, dans la science.
Code théodosien, lib. IX, t. XVI, 1. a. Nemo aruspicem consulat aut mathematicum. Saint Augustin atteste qu’il y avait des jours lésignés comme funestes par les astrologues. Au moyen âge, l'astrologie avec les Arabes, — Averrhoïsme. — Frédéric Il, Manfred, Eccelin, sont entourés d’astrologues.
Michel Scott; — Guido Sonatti; traité où il prétend que le Sauveur usa d’astrologie. Même opinion soutenue par Cecco d’Ascoli, qui fut condamné au feu en 1327. — Images babyloniennes autour desquelles on brilait des parfums. — Traité d'Astrologie d'Albert le Grand. Deux sortes d’astrologies, l'une descriptive, l’autre judiciaire :
« Si Dieu, dans sa souveraine sagesse, a ordonné ce monde de telle sorte que lui, le Créateur vivant du ciel inanimé, veuille se servir des étoiles muettes comme d'instruments pour opérer sur les choses créées qui se trouvent formées des quatre éléments de ce monde inférieur, quoi de plus désirable que de posséder une science
. qui nous enseigne comment les révolutions des corps célestes dé- .
terminent les mutations des choses terrestres; et si les mouvements d’ici-bas obéissent à ceux d’en haut, n'est-ce pas une des principales preuves qu'il n’y a qu'un Dieu glorieux et sublime au ciel et sur la terre? » La planète qui entre ‘dans le bélier domine l'année entière, on en peut induire, 1° les famines, les inondations, : les guerres ; — 2° les naissances : s’eflorcer de les placer sous une heureuse étoile; le soleil agit sur le père, la lune sur la mère. — Horoscopes : choisir l'heure favorable d’une entreprise; tables des constellations pour placer une bataille, un traité, etc., sous une conjonction favorable. — Albert admet tout ceci sans toucher au libre
arbitre.
ll importe de connaitre l'opiniâtreté des doctrines religieuses et ce qu'il en coûte au monde pour sortir de l'erreur. Alors nous serons moins sévères pour le moyen âge, et nous jugerons moins rigou- “ reusement une époque où le christianisme, au lieu d’abuser de la victoire, était encore dans tout le péril et dans tout l'effort du
combat.
En finissant l'une de nos dernières conférences, je concluais que l’absolutisme est plus nouveau et la liberté plus vieille qu'on ne croit dans les doctrines et dans les institutions européennes. Cette assertion, dépouillée des développements dont elle avait besoin, a pu étonner quelques uns de nos auditeurs. L'un de vous, messieurs, a bien voulu me communiquer ses doutes, et, dans une lettre que j'aurais désiré vous lire, il représente l'état violent du moyen âge, la force toujours maîtresse, par conséquent le pouvoir illimité de l'aristocratie féodale qui disposait de la force; les lois désobéies, l'impunité de ces grands criminels, qui, du fond de leurs châteaux, bravaient la justice des rois et les plaintes des peuples. Cette peinture est soutenue par
des traits bien choisis, et l'auteur de la lettre en conclut que la liberté, ne pouvant se concevoir sans les garanties qui la protégent, n'a commencé d'exister qu'avec les institutions nouvelles dont la Révolution de 1789 a doté la France pour en étendre le bienfait au reste du monde. C'est le résumé de ces objections que j'accueille avec reconnaissance, comme une marque de cette confiance fraternelle qui doit régner entre le professeur et son auditoire, et comme une occasion de compléter ce qui manque toujours à ces leçons, où le hasard de la parole laisse tant d’obscurités et de lacunes.
Il faut distinguer entre la doctrine de la liberté et la pratique de la liberté.
LA DOCTRINE DE LA LIBEATÉ A COMMENCÉ AVEC LE CHRISTIANISME, — « Que celui qui veut commander aux autres soit leur serviteur. » Le pouvoir considéré comme un service. — L'émancipation des
esclaves. — Cris de Salvien contre la tyrannie, contre le payement de l’impòt par ceux qui ne le votent pas. — Doctrine de saint Grégoire sur la royauté. Rex est qui regit, doctrine sur la tyrannie. Elle paraît dans la polémique des papes contre les empereurs de Constantinople, et dans les conciles de la période mérovingienne. Au moyen âge, doctrine de saint Thomas. Il demande si la sédition est permise. Il fait observer qu'un gouvernement tyrannique, c'est-à-dire qui se propose la satisfaction personnelle du prince et non la félicité commune des sujets, cesse par là même d'être légitime. Dès lors le 1enversement d'un semblable pouvoir n’a pas le caractère d'une sédition, à moins qu'il ne s'opère avec assez de désordre pour causer plus de maux que la tyrannie elle-même. Dans la rigueur des termes, c’est le tyran qui mérite le nom de séditieux. Le bon gouvernement est fondé sur l'élection par les suffrages de tous. Contre les priviléges de la noblesse : « on ne lit point que Dieu ait fait deux Adams. » Cf. de Legibus, de Regimine, de Emiditione principum. C'est la doctrine de Dante et de ses contemporains.
LA PRATIQUE DE LA LIBERTÉ A COMMENCÉ PAR L'ÉGLISE. — Saint Paul élève à l’épiscopat l'esclave saint Onésime. — Patronage des pauvres. — Les empereurs dépouillés du pouvoir spirituel. — L'Église fait l'éducation politique des peuples : l'évêque defensor civitatis. Les conciles, assemblées représentatives. — L'élection et la déposition des rois. Communes de France. États de 1482. Villes libres d'Allemagne. Ligue hanséatique. Suisse, Angleterre, Italie. La liberté des communes italiennes poussée jusqu'aux derniers excès; ostracisme contre les nobles. — Cortès espagnoles; Fueros d'Aragon : Pouvoir du roi accepté s’il respecte les libertés, sinon non. — Même sous Philippe Il un prédicateur fut réprimandé par l’inquisition pour cause d’absolutisme. — Paroles d’un vieux seigneur castillan au roi : « Seigneur, allez doucement, modérez-vous, reconnaissez Dieu sur la terre comme au ciel, de peur qu'il ne se lasse des monarchies, gouvernement bien doux si on en use avec douceur, et de peur qu'il ne les renverse, irrité des abus du pouvoir humain. Car le Dieu du ciel est jaloux, et ne souffre pas de partage en puissance. » Ce même conseiller disait un jour : « Seigneur Antonio Perez, je crains fort que si les hommes ne se modèrent pas et continuent à s'ériger en dieux sur la terre, Dieu ne finisse par se lasser des monarchies, ne les brise et ne donne au monde une autre forme !. »
Mais rien n'est plus long que l'apprentissage de la liberté. Les Barbares avaient apporté de la Germanie l'indépendance, qui ressemble à la liberté, mais qui, au fond, en est la plus grande ennemie. C'est l’égoisme au lieu du dévouement. De là les guerres privées, le règne de la force et tout ce qui a fait les déchirements du moyen âge. Les amis de la liberté publique voyaient bien le péril que lui faisaient courir ces mœurs violentes. Dante avertit l'Italie; mais chaque parti aime bien moins la liberté que le pouvoir. La royauté fait alliance tantôt avec la noblesse, tantôt avec le tiers état,
1 V. Mignet, Antonio Perez et Philippe Il, p. 415. — Cartos : A un señor grande y conscicro, p. 545, 5/6.
pour écraser les résistances, surtout les résistances de l'Église‘. — La réforme amène l'indépendance spirituelle des souverains, et en même Lemps l’absolutisme entre au scizième siècle dans le droit public de l'Europe avec Henri VIII, François I, Charles V, Gustave Wasa. Enfin la liberté a traversé cet orage, elle en sort aujourd'hui mieux avertie, elle s'abrite sous des institutions qui la sauvegardent. Elle en a besoin. On aime peu la véritable liberté qui est la liberté d'autrui. Cependant je ne doute point du progrès des temps modernes. Tous les grands esprits ont travaillé à sauver la liberté ; la liberté n’est pas un moyen, mais un but. Je crois en la liberté, et je la crois forte, parce que je la crois vieille; parce que je lui vois des racines jusqu'au fond de l’histoire, et, ce qui est plus, jusqu’au fond de l'Évangile; car l’histoire est du temps, l’Évangile est de l'éternité. |
1 Doctrines des jurisconsultes de Bologne : Quidquid principi placuit legis . habet vigorem.
La liberté de l'Italie. — La fonction de l'Italie dans le monde n'est pas militaire, elle est morale : à l’heure qu'il est sa glaire n'est pas de s'affranchir seulement . par les armes. La Belgique et la Grèce l’ont devancée: ce qu’elle peul apporter de nouveau, c’est la consécration de la liberté par le christianisme.
Les complications présentes et celles que l’avenir réserve n’empêchent pas que Pie IX se soit volontairement démis du pouvoir absolu, qu’il ait défendu par sa lettre à l'Empereur d'Autriche le principe des nationalités, qu'il ait pris l'initiative des réformes il y a deux ans, et que, si elles n’atteignent pas le point où nous sommes arrivés, elles réalisent tout ce que pouvait supporter un pays dont l'éducation n'est pas falle, et où Pie IX trouve autant d'ennemis de ses réformes que de son autorité.
La papauté est le cœur de l'Italie comme Venise en est le bras. — La liberté du monde est compromise avec la liberté du chef spirituel des consciences. — Les formes peuvent varier, mais toute l'Europe tend à la démocratie. Or la démocratie ne peut vivre que de dévouement, de sacrifice, d'inspiration chrétienne ; c'est au Vatican que réside ce principe inspirateur. Pie IX représente l'alliance du christianisme et des peuples modernes ; ne séparons pas ces deux choses. Il y a soixante ans que nous travaillons à la statue de la liberté; nos adversaires disent que ce n'est qu'une statue. L'âme est au Vatican; donnons une âme à la statue de la liberté, et elle vivra.
oi
Gt
Ricorditi, lettor, se mai nell’alpe Ti colse nebbia, per la qual vedessi Non altrimenti che per pelle talpe;
Come, quando i vapori umidi e spessi A diradar cominciansi, la spera Del Sol debilemente entra per essi ; E fia la tua immagine leggiera In giugnere a veder, com’ io rividi Lo Sole in pria, che già nel corcare era.
Si, pareggiando i miei co’ passi fidi | Del mio Maestro, usci' fuor di tal nube, A raggi morti già ne’ bassi lidi.
O immaginativa, che ne rube Tal volta sì di fuor, ch' uom non s’ accorge, l'erchè d’intorno suonin mille tube, Chi muove te, se il senso non li porge?
Muoveti lume, che nel ciel s' informa, Per sè, o per voler che giù lo scorge.
Si jamais dans la montagne tu fus surpris par un brouillard à travers lequel tu voyais aussi peu que les taupes à travers la peau de leurs yeux, lecteur, rappelle-toi
Comment, à mesure que les humides et épaisses vapeurs commencent à s’éclaircir, le disque du soleil, encore pâle, s’y fait jour;
Et ton imagination arrivera sans peine à se figurer comment je commençai à revoir le soleil, qui déjà tou, chait à son coucher. |
C'est ainsi que d'un pas égal aux pas assurés de mon maître je sortis de ce nuage, à la clarté des rayons déjà éteints pour les plages du bas de la montagne.
O puissance de l'imagination, qui parfois nous ravis hors de nous, de telle sorte que l'homme ne s'apercevrait point de mille trompettes sonnant à ses côtés!
Qui donc t'émeut, si le sens ne te propose pas d'objet? Une lumière t'émeut, formée dans le ciel, ou nalurellement, ou par une volonté qui t'émeut ici-bas.
270 DEL PURGATORIO
7 Dell'empiezza di lei, che mutò forma Nell’ uccel che a cantar più si diletta, Nell'immagine mia apparve l’ orma :
8 Equifula mia mente si ristretta Dentro da sè, che di fuor non venia Cosa che fosse allor da lei recetta.
9 Poi piovve dentro all’ alta fantasia Un crocifisso dispettoso e fiero Nella sua vista, e cotal si moria.
10 Intorno ad esso era il grande Assuero, Ester sua sposa e il giusto Mardocheo, Che fu al dire e al far così intero.
11 E come questa immagine rompeo Sè per sè stessa, a. guisa d’una bulla Cui manca l’acqua sotto qual si feo ; 12 Sursein mia visione una fanciulla, Piangendo forte, e diceva : O regina, Perchè per ira hai voluto esser nulla?
13 Ancisat’'hai per non perder Lavina; Or m' bai perduta : i sono essa che lutto, Madre, alla tua, pria ch’ all’ altrui ruina.
14 Comesi frange il sonno, ove di butto Nuova luce percuote 1l viso chiuso, Che fratto guizza pria che muoia tutto; 15 Cosi l’immaginar mio cadde giuso, Tosto che un lume il volto mi percosse, Maggiore assai, che quello ch'è in nostr’ uso. i6 [mi volgea per vedere ov'io fosse, Quand’ una voce disse : Qui si monta:
Che da ogni altro intento mi rimosse;
L'impiété de la femme, métamorphosée en cet oiseau qui s’enivre le plus de ses chants, apparut d’abord à mon imagination, où elle laissa son'empreinte.
Et sur ce point mon âme demeura si recueillie en elle-même, qu'aucun objet ne venait du dehors qu'elle pùt encore admettre.
Puis tout à coup, dans mon ravissement, je vis un homme crucifé, au visage méprisant et farouche, et il mourait ainsi :
Autour de lui étaient le grand Assuérus, Esther, son épouse, et Je juste Mardochée, qui fut si intègre dans la parole et dans l'action.
Et comme ce tableau s 'effagait de lui-méme, comme la bulle légère quand vient à lui manquer l'eau sous laquelle elle se forme, |
Dans ma vision se montra une jeune fille tout en larmes et disant : «O reine! pourquoi dans ta colère as-tu voulu mourir ?
« Tu t'es tuée pour ne point perdre Lavinie ; et maintenant tu m'as perdue : c'est moi qui pleures ta mort, ma mère, avant celle d'autrui. »
Comme le soleil se trouble, lorsque tout à coup la lumière renaissante frappe les yeux fermés, et cependant agite encore les membres avant de s'évanouir tout à fait;
Ainsi mes visions tombèrent, aussitôt que mon visage fut frappé d'une lumière beaucoup plus vive que celle dont nous avons l'habitude.
Je me retournais pour voir où j'étais, quand une voix dit : « C'est ici qu'on monte, » et ces mots m'arrachèrent à toute autre pensée.
DEL PURGATORIO
E fece la mia voglia tanto pronta” Di riguardar chi era che parlava, Che mai non posa, se non si raffronta.
Ma come al Sol, che nostra vista grava, E per soverchio sua figura vela, Così la mia virtù quivi mancava.
Questi è divino spirito, che ne la Via d' andar su ne drizza senza prego, E col suo lume sè medesmo cela.
Sì fa con noi, come l’uom si fa sego ; Chè quale aspetta prego, e l’ uopo vede, Malignamente già si mette al nego.
Ora accordiamo a tanto invito il piede:
Procacciam di salir pria che s'abbui, - Chè poi non si poria, se il di’ non riede.
Così disse il mio Duca; ed io con lui Volgemmo i nostri passi ad una scala : E tosto ch’ io al primo grado fui,
Senti’ mi presso quasi un muover d' ala, E ventarmi nel volto, e dir : Beati Pacifici, che son senz’ ira mala.
Già eran sopra noi tanto levati Gli. ultimi raggi che la notte segue, Che le stelle apparivan da più lati.
O virtù mia, perchè sì ti dilegue?
Et pressèrent ma volonté de regarder qui avait parlé, si bien qu'elle n'eut pas de repos avant de l'avoir vue face à face.
Mais comme devant le soleil qui éblouit notre vue, et qui voile sa figure d'un excès de lumière, ainsi défaillit la puissance de mes yeux.
« Celui-ci est un esprit céleste qui, sans attendre notre prière, nous met dans le chemin par où l'on monte plus haut, et qui se dérobe lui-même sous ses propres clartés.
« ll agit avec nous comme l’homme agit avec luimême ; car celui qui attend la prière d'autrui et le voit dans le besoin, celui-là, dans la malice de son cœur, penche déjà au refus.
« Maintenant que nos pas répondent à une invitation si glorieuse, faisons en sorte de monter avant que la nuit se fasse noire, car plus tard, la course serait impossible jusqu’au retour de la lumière. »
Ainsi parla mon guide; et moi, cheminant avec lui, nous tournâmes nos pas vers un escalier, et aussitôt que Je fus à la première marche,
de sentis près de moi comme un battement d’aile, et un souffle de vent dans mon visage; et J'entendis ces mots : «Heureux les pacifiques, ceux qui n'ont pas conçu de coupable colère. »
Déjà les derniers rayons qui précèdent la nuit s'élevaient si haut sur nos têtes, que de plusieurs côtés paraissaient les étoiles. |
O mon courage! pourquoi t'éloigner de la sorte? | 18
DEL PURGATORIO
Fra me stesso dicea, che mi sentiva La possa delle gambe posta in treguec.
Noi eravam dove più non saliva La scala su, ed eravamo affissi,
Pur come nave ch’ alla piaggia arriva.
Ed io attesi un poco s'io udissi Alcuna cosa nel nuovo girone;
Poi mi rivolsi al mio Maestro, e dissi :
Dolce mio Padre, dì quale offensione Si purga qui nel giro, dove semo? .
Se 1 piè si stanno, non stea tuo sermone.
Ed egli a me : L’amor del bene, scemo Di suo dover, quiritta si ristora,
Qui si ribatte il mal tardato remo.
Ma perchè più aperto intendi ancora,
Volgi la mente a me, c prenderai
Alcun buon frutto di nostra dimora.
Nè Creator, nè creatura mai,
Cominciò ei, figliuol, fu senza amore, O naturale o d'animo; e tu ‘I sai.
Lo natural fu sempre senza errore;
Mal’ altro puote errar per malo obbietto,
O per troppo, o per poco di vigore.
Mentre ch’ egli è ne’ primi ben diretto,
E ne’ secondi sè stesso misura,
Esser non può cagion di mal diletto ;
Ma quando al mal si torce, o con più cura, O con men che non dee, corre nel bene, Contra il Fattore adovra sua fattura.
Quinci comprender puoi, ch’ esser conviene
CHANT XVII. 235 ainsi disais-je en moi-même, car je sentais que la force de mes jambes faisait trêve.
Nous étions à l'endroit où l'escalier ne montait plus, et nous restions immobiles comme le navire qui arrive à la plage.
Et j'écoutai un peu si j'entendrais quelque bruit dans le nouveau cercle; puis je me retournai vers mon maître, et je dis : |
« Mon doux père, dis-moi quelle offense expie-t-on au cercle où nous sommes. Si nos pieds s'arrêtent, qu'au moins ne s'arrête pas ton discours. »
Et lui à moi: «L'amour du bien, quand il reste audessous de son devoir, répare ici sa faiblesse; ici est punie la rame trop lente à battre le flot.
« Mais, pour m'entendre plus clairement, tourne ta pensée vers moi, et tu tireras quelque bon fruit de ce moment de repos.
« Mon fils, commenca.t:il, ni le créateur, ni la créature ne fut jamais sans amour ou naturel, ou volontaire; et, tu le sais,
«L'amour naturel fut toujours sans erreur; mais l'autre peut errer, soit en choisissant mal son objet, soit par excès de vigueur ou par insuffisance.
«Tant qu'il est dirigé vers les biens suprêmes, et qu'on se mesure dans son ardeur pour des biens secondaires, il ne peut être cause d’un plaisir défendu ;
«Mais, quand il se détourne au mal, ou qu'il court au bien avec plus ou moins d'empressement qu'il ne doit, alors la créature agit contre son créateur.
« De là tu peux comprendre que l'amour est en vous
DEL PURGATORIO
Amor sementa in voi d’ ogni virtute, E d’ ogni operazion che merta pene. |
Or perchè mai non può dalla salute | Amor del suo suggetto volger viso,
Dall’ odio proprio son le cose tute :
E perchè intender non sì può diviso,
Nè per sè stante, alcuno esser dal primo, Da quello odiare ogni affetto è deciso.
Resta, se, dividendo, bene stimo, | Che il mal che s' ama è del prossimo, ed esso Amor nasce in tre modi in vostro limo.
È chi, per esser suo vicin soppresso,
Spera eccellenza, e sol per questo brama Ch’ el sia di sua grandezza in basso messo.
È chi podere, grazia, onore, e fama Teme di perder perch’ altri sormonti,
Onde s’ attrista sì, che il contraro ama;
Ed è chi per ingiuria par ch’ adonti Sì, che si fa della vendetta ghiotto ;
E tal convien, che il male altrui impronti.
Questo triforme amor quaggiù disotto
Si piange; or vo’ che tu dell’ altro intende, Che corre al ben con ordine corrotto.
Ciascun confusamente un bene apprende, | Nel qual si quieti l’ animo, e desira :
Perchè di giugner lui ciascun contende.
Se lento amore in lui veder vi tira,
O a lui acquistar, questa cornice, Dopo giusto penter, ve ne martira.
la semence de toute vertu et de toute opération qui mérite chàtiment.
«Or, comme l'amour ne peut perdre de vue le salut du sujet en qui il réside, toutes choses sont à l'abri du danger de se hair elles-mêmes.
« Et parce que nul être créé ne se peul concevoir existant par lui-même, ni séparé de l'être premier, toute passion est impuissante à le hair.
«Il reste donc, si je raisonne sur une division juste, que le seul mal qu'on aime est le mal du prochain; et cet amour naît dans votre limon de trois manières.
«Tel par l’abaissement de son voisin espère sa propre grandeur, et pour cette seule raison désire le voir tomber de haut;
«Tel craint de perdre puissance, crédit, honneur et renommée, si un autre s'élève, et s’en attriste tellement, qu'il lui souhaite le contraire ;
«Et tel, enfin, semble si honteux d’une injure, qu'il devient avide de vengeance; et dès lors il faut qu'il cherche le mal d'autrui. |
« Ces trois sortes d'amour font verser des pleurs làbas sous nos pieds. Maintenant je veux que tu apprennes à connaître l’autre amour qui poursuit le bien, mais en troublant l’ordre.
«Chacun perçoit confusément un bien dans lequel l'esprit trouverait son repos, chacun le désire, ct c'est pourquoi chacun fait effort pour l’atteindre.
«Si un amour trop lent vous pousse à le contempler ou à l’acquérir après un juste repentir, c'est dans ce cercle que vous en subirez l’expiation.
DEL PURGATORIO
Altro ben è che non fa l’ uom felice ; Non è felicità, non è la buona Essenzia, d'ogni ben frutto c radice.
L’amor, ch’ ad esso troppo s' abbandona, Di sovr' a noi sì piange per tre cerchi ; Ma come tripartito si ragiona, Tacciolo, acciò che tu per te ne cerchi.
«Il est un autre bien qui ne fait point l'homme heureux, qui n’est point le bonheur, qui n'est pas la féconde essence de tout bien, sa racine ct son fruit.
«L'amour, qui trop complaisamment s’y abandonne, s'expie au-dessus de nous dans trois cercles. Mais comment la raison le divise en trois, je le tais, afin que tu t'en enquières par toi-même. »
(did
Posto avea fine al suo ragionamento L'alto Dottore, ed attento guardava Nella mia vista s' io parca contento.
Ed io, cui nuova sete ancor frugava,
Di fuor taceva, e dentro dicea : Forse Lo troppo dimandar, ch’ io fo, gli grava.
Ma quel padre verace, che s'accorse Del timido voler che non s' apriva, Parlando, di parlare ardir mi porse.
Ond' io : Maestro, il mio veder s’ avviva Sì nel tuo lume, ch’ 10 discerno chiaro Quanto la tua ragion porti, o descriva :
Però ti prego, dolce Padre caro,
Che mi dimostri amore, a cui riduci Ogni buono operare e il suo contraro.
Drizza, disse, ver me |’ acuteluci Dello intelletto, e fieti manifesto I error de’ ciechi che sì fanno duci.
ll avait mis fin à son discours, le sublime docteur, et, attentif, il regardait dans mes yeux si je paraissais content.
Et moi qu'une soif nouvelle aiguillonnait encore, je me taisais au dehors ; mais au dedans je disais : «Peutétre mes demandes trop nombreuses l'importunent. »
Mais ce vrai père, s'apercevant de mon timide vouloir, qui ne se déclarait pas, sut en me parlant me rendre la hardiesse de parler.
C'est pourquoi je dis : « Maître, ma vue se ravive à ta lumière, si bien que je discerne clairement tout ce que ta raison énonce ou décrit. |
« Je te prie donc, à mon père doux et chéri! de m'expliquer l'amour auquel tu ramènes toute œuvre bonne et son contraire.
«— Tourne, dit-il, vers moi les yeux de ton intelligence, et tu verras à découvert l’erreur des aveugles qui se font les guides d'autrui.
DEL PURGATORIO
1 animo, ch’ è creato ad amar presto, Ad ogni cosa è mobile che piace, Tosto che dal piacere in atto è desto.
Vostra apprensiva da esser verace Tragge intenzione, c dentro a voi la spiega, Si che l’ animo ad essa volger face.
E se, rivolto, in ver di lei si piega, Quel piegare è amor, quello è natura, Che per piacer di nuovo in voi si lega.
Poi come il fuoco movesi in altura, Per la sua forina, ch’ è nata a salire Là dove più in sua materia dura;
Così l' animo preso entra in disire, Che è moto spiritale, e mai non posa Fin che la cosa amata il fa gioire.
Or ti puote apparer quant' è nascosa La veritade alla gente ch’ avvera Ciascuno amore in sè laudabil cosa ;
Perocchè forse appar la sua matera Sempr' esser buona; ma non ciascun segno È buono, ancor che buona sia la cera.
Le tue parole e il mio seguace ingegno, Risposi lui, m' hanno amor discoverto ; Ma ciò m' ha fatto di dubbiar più pregno :
Che s’ amore è di fuori a noi offerto,
E l’anima non va con altro piede, - Se dritto o torto va, non è suo merto.
Ed egli a me: Quanto ragion qui vede
« L'âme, qui es! créée pron. pic à s'éprendre d'amour, se laisse mouvoir à toute chose qui plaît, aussitôt que le plaisir la réveille et la fait passer en acte.
« La faculté appréhensive qui est en vous tire d’un être réel une impression qu'elle développe en vousmême, si bien que l'âme se tourne de ce côté.
«Et si, se retournant vers l'impression perçue, elle s yincline, cette inclination est l'amour; c'est un instinct naturel qui se fixe plus que jamais en vous par le lien du plaisir. |
« Ensuite, comme le feu se meut vers le haut, à causc de sa forme qui est faite pour monter vers le lieu oùclle reste plus longtemps unie à sa matière,
«Ainsi l'âme captivée passe au désir, qui est un mouvement spirituel, et ne se repose jamais qu'il n'ait joui de la chose aimée. |
«Maintenant tu peux découvrir combien est cachée la vérilé à ceux qui affirment que tout amour en soi est chose louable:
« Car peut-être la matière en semble-t-elle toujours bonne; mais tout cachet n’est pas bon, encore que bonne soil la cire. »
«— Tes paroles et mon esprit qui les suit, répondisje, m'ont découvert l'amour, mais cela même m'a laissé chargé de plus de doutes ;
« Car, si l’ämour nous vient du dehors, et si l'âme ne se meut pas autrement, qu'elle marche droit ou de travers, elle n’a point de mérite. »
Et lui me répondit : «Tout ce que la raison décou-
284 DEL PURGATORIO
Dir ti poss’ 10; da indì in là t’ aspetta Pure a Beatrice, ch” è opra di fede.
11 Ogni forma sustanzial, che setta È da materia, ed è con lei unita, Specifica virtude ha in sè colletta, 18 La qual senza operar non è sentita, Nè si dimostra ma che pereffetto, ‘ Come per verdi fronde in pianta vita.
19 Però, là onde vegna lo intelletto Delle prime notizie, uomo non sape, E de’ primi appetibili |’ affetto,
20 Chesonoin voi, si come studio in ape Di far lo mèle; e questa prima voglia Merto di lode o di biasmo non cape.
21 Or, perchè a questa ogni altra si raccoglia, Innata v' èla virtù che consiglia,
E dell’ assenso dè' tener la soglia.
22 Quest'è il principio là onde si piglia Cagion dì meritare in vol, secondo Che buoni erci amori accoglie e viglia.
23 Color che ragionando andaro al fondo, S' accorser d'esta innata libertate ; Però moralità lasciaro al mondo.
24 Onde pognam che di necessitate Surga ogni amor che dentro a voi s'accende, Di ritenerlo è in voi la potestate.
25 La nobile virtù Beatrice intende Per lo libero arbitrio, e però guarda Che l’ abbi a mente, s' a parlar ten prende.
CHANT XVII. 285 vre ici, je puis te le dire; mais au delà n'altends rien que de Béatrix, car c’est œuvre de foi.
«Toute forme substantielle, soit détachée de la matière, soit unie avec elle, recèle une vertu spécifique,
«Qui ne se fait sentir que par son aclion, ct ne se manifeste que par ses effets, comme la vie de la plante par ses vertes feuilles.
« C'est pourquoi l'homme ne sait point d'où lui vient l'intelligence des premières notions, ni l'appétit des premiers objets désirables :
« Ces dispositions sont en vous, comme dans l'abeille la passion de faire le miel; et ce premier vouloir n'est capable de mériter ni louange, ni blâme.
«Mais, pour que toule autre puissance de l'âme vienne se régler sur elle, vous portez innée en vous la puissance qui conseille et qui doit garder le seuil du consentement. |
«Voilà la cause d'où vous vient l'occasion de mériter, selon qu'elle accueille ou qu'elle écarte les bons ou les coupables amours. |
« Ceux qui, par le raisonnement, arrivèrent jusqu'au fond, s'apergurent de cette liberté innée; c'est pourquoi ils laissèrent au monde la morale.
«Donc, en accordant que la nécessité engendre tout amour qui s'allume en vous, en vous est aussi le pouvoir de le contenir.
«La noble puissance dont je parlais est celle que Béatrix appelle libre arbitre; ainsi tâche de l'avoir en mémoire, si Béatrix prend sujet d'en discouriravecioi.»
DEL PURGATORIO
La luna, quasi a mezza notte tarda, Facea le stelle a noi parer più rade, Fatta com’ un secchione che tell arda ;
E correa contra "| ciel, per quelle strade | | Che il Sole infiamma allor che quel da Roma | Tra’ Sardi e’ Corsi il vede quando cade;
E quell’ ombra gentil, percui si noma Pietola più che villa Mantovana,
Del mio carcar diposto avea la soma.
Perch' io, che la ragione aperta c piana Sovra le mie questioni avea ricolta,
Stava com' uom che sonnolento vana.
Ma questa sonnolenza mi fu tolta
Subitamente da gente, che dopo
Le nostre spalle a noi era già volta.
E quale Ismeno già vide ed Asopo
Lungo di sè di notte furia e calca,
Pur che i Teban di Bacco avesser uopo; Tale per quel giron suo passo falca,
Per quel ch’ io vidi, di color, venendo,
Cui buon volere e giusto amor cavalca.
Tosto fur sovra noi, perchè correndo
Si movea tutta quella turba magna;
E duo dinanzi gridavan piangendo:
Maria corse con fretta alla montagna ;
E Cesare, per suggiugare Ilerda,
Punse Marsilia, e poi corse in Ispagna.
Ratto, ratto, che il tempo non si perda
La lune, qui se levait tardivement vers minuit, faisait paraître à nos yeux les étoiles plus rares; elle était comme un seau tout embrasé,
Et remontait le ciel par ce chemin que le soleil enflamme, quand l'habitant de Rome le voit coucher entre la Sardaigne et la Corse,
Et l’ombreillustre, par qui Pietola est plus renommée que toute ville du Mantouan, avait déchargé le fardeau qui m'accablait ;
C'est pourquoi, moi qui avais recueilli de toutes mes questions une explication simple et claire, je me tenais comme un homme appesanti de sommeil, qui commence à rêver.
Mais cette somnolence fut soudain dissipée par une foule, qui déjà s'avançait derrière nos épaules ;
Et comme l’Ismène et l'Asopus virent autrefois la foule se presser en furie sur leurs bords pendant la nuit, dès que les Thébains avaient besoin de Bacchus ;
Ainsi, dans ce cercle, je voyais venir pressant leurs pas ceux qu'aiguillonnaient une bonne volonté et un juste amour.
Ils furent bientôt sur nous, car toute cette grande troupe allait en courant, et devant elle deux ombres crialent tout en pleurs :
« Marie, en toute hâte, courul à la montagne; et César, pour soumettre Ilerda, effleura Marseille, ct courut ensuite cn Espagne. »
« Vite, vite! crialent les autres; que le temps ne se
DEI, PURGATORIO
Per poco amor, gridavan gli altri appresso ; Che studio di ben far grazia rinverda.
O gente, in cui fervore acuto adesso Ricompie forse negligenza e indugio Da voi per tepidezza in ben far messo, Questi che vive (e certo io non vi bugio) Vuole andar su, purchè il Sol ne riluca ; Però ne dite ond' è presso il pertugio.
Parole furon queste del mio Duca:
Ed un di quegli spirti disse : Vieni Diretr’ a noi, che troverai la buca, Noi siam di voglia a moverci sì pieni, Che ristar non potem ; però perdona, Se villania nostra giustizia tieni, |’ fui Abate in San Zeno a Verona, Sotto lo imperio del buon Barbarossa, Di cui dolente ancor Melan ragiona.
E tale ba già l’un piè dentro la fossa, Che tosto piangerà quel monistero, E tristo fia d’ avervi avuta possa ; Perchè suo figlio, mal del corpo intero, E della mente peggio, e che mal nacque, Ha posto in luogo di suo pastor vero.
lo non so se più disse, o s' ei si lacque, Tant’ era già di là da noi trascorso; Ma questo intesi, e rilener mi piacque.
E quei, che m' era ad ogni uopo soccorso, Disse: Volgiti in qua, vedine due All’ accidia venir dando di morso.
Diretro a tutti dicean : Prima fue
perde point par trop peu d'amour! et que le zèle de bien agir fasse reverdir la gràce. »
«— 0 vous, en qui maintenant une ferveur pressante répare peut-être la négligence et le retard que par tiédeur vous mîtes à bien faire,
« Celui-ci qui vit, et certes je ne vous ments point, veut monier plus haut, dès que le soleil nous rendra sa lumière. Donc, dites-nous de quel côté est le passage.»
Ce furent les paroles de mon guide; et l’un de ces esprits lui dit : «Viens derrière nous, tu trouveras l'ou-
\verture.
«Nous sommes si pénétrés du désir de marcher, que nous ne pouvons nous arrêter; pardonne donc si ce qui est juste te semble discourtois.
«Je fus abbé de Saint-Zénon à Vérone, sous l'empire du preux Barberousse, dont Milan ne parle encore qu’en gémissant ;
«Et tel a déjà un pied dans la fosse, qui bientôt pleurera sur ce monastère, et s'attristera d’y avoir élé maitre,
«Parce qu'il'y a mis son fils, contrefait de corps, pire d'esprit et mal né, et l'a établi au lieu du pasteur légitime. »
Je ne sais s'il en dit davantage ou s'il se tut, tant déjà 1} nous avait dépassés ; mais j'entendis ces mots, et il me plut deles retenir.
Et celui qui était mon secours en tout besoin me dit: « Tourne-toi de ce côté; tu en verras venir deux autres qui déchirent à belles dents le péché de paresse. »
Ils fermaient la marche et disaient : « Tout le peuple
DEL PURGATORIO
Morta la gente, a cui il mar s' aperse, Che vedesse Giordan le rede sue.
E quella, che l' affanno non soffersc Fino alla fine col figliuol d’ Anchise, Sè stessa a vita senza gloria offerse.
Poi quando fur da noi tanto divise Quell' ombre, che veder più non potersi, Nuovo pensier dentro de me si mise,
Del qual più altri nacquero e diversi :
‘E tanto d’ uno in altro vaneggiai, Che gli occhi per vaghezza ricopersi,
E 11 pensamenlo in sogno trasmutai,
CHANT XVIII. 201 devant qui la mer s'était ouverte, mourut avant que le Jourdain vit ses maîtres ;
«Et la troupe, qui ne soutint pas les angoisses jusqu'à la fin avec le fils d'Anchise, se voua elle-même à une vie sans gloire.»
Puis, quand ces ombres se furent éloignées de nous à ce point qu'on ne pouvait plus les voir, un nouveau penser s’introduisit en moi;
Dujuel en naquirent plusieurs autres tous divers, et j'errai si bien de l’un à l'autre, que par rêverie je fermai la paupière ; et je changeai ma pensée en songe.
C'est un reproche souvent adressé aux poëtes italiens d’avoir trop confondu le sacré et le profane. S'il s’agit du Tasse, c'est l’avénement de la Renaissance. S'il s’agit de Dante, c’est la barbarie des temps. Mais les vues de Dante sont plus hautes qu'on ne pense; comme tout le moyen âge il tient à sauver la tradition; il croit à l'antiquité; il est passionné pour les vieilles vertus romaines. Tout son siècle fait comme lui. |
A Sienne, au palais public, sous l'arc qui sépare la chapelle de la salle, se trouvent des peintures allégoriques. A la clef de voûte une ville enfermée dans une enceinte ronde avec le mot Rome. D’un côté Jupiter et Mars avec l'aigle et le loup, de l’autre Apollon et Pallas avec le corbeau et la chouette. Au-dessous des premiers cst placé Aristole, au-dessous des seconds César et Pompée et une inscription en vers latins pour exhorter les Italiens à ne point imiter ces deux grands coupables.
Popularité de César au moyen âge. — Roman de César enchàssé dans le poéme de l'Intelligenza *. L’anteur proteste qu’il suit Lucain. Il reproduit les grands épisodes, les discours, le siége de Marseille, la tempête, l'entretien de Brutus et de Caton. Mais il suppose Lucain témoin du combat.
‘ Terc. 28. — Pietola, petit bourg voisin de Mantoue où on suppose qu'est né Virgile. G. A. H.
40. — Les commentateurs difièrent sur le nom de cet abbé de Saint-
1 Sur le pome de l’Infelligenza, voir les do:uments inédits pour servir à histoire littéraire de l'Italie, p. 321.
Zénon de Vérone. L'épithète de Buono est donuée à Frédéric Barberousse par ironie, à cause du mal qu'il fit aux Milanais. G. A. H.
42. — Albert de la Scala avait imposé son fils naturel pour abbé au monastère de Saint-Zénon. G. A H.
L’inspiration didactique ou philosophique. — Le poëte a averti que sous les voiles de l'allégorie il cache ‘un enseignement moral. Il l'ébauche dans l’enfer; au paradis il y ajoute les derniers traits; mais c'est au purgatoire qu'il en a mis, pour ainsi dire, la substance; toute la doctrine de l'amour, l’origine du mal, l'expiation.
Allégorie. — Dante représente l'homme ramené du vice à la vertu par les deux puissances que.le moyen âge ne séparait pas : la philosophie et la théologie. Virgile représente la philosophie : les anciens l'avaient honoré comme un sage. Béatrix représente la théologie, la véritable muse du treizième siècle, et Raphati l’a compris de méme. |
Symbolisme. — Virgile peut done dire ce que la raison embrasse. Béatrix dogmatise partout; Virgile Tui dit: « Vous par qui l'espèce humaine pénètre au delà des choses sublunaires ; » elle est la lumière qui s'interpose entre l'intelligence et la vérité. Raphaël place Dante dans sa Dispute du Saint-Sacrement; il donne à la Théologie le costume symbolique dont Dante a revêtu Béatrix dans la vision du purgatoire, la eouronne d’olivier, le voile blanc, le manteau vert et la robe rouge. ]l était beau et. patriotique de placer le grand poële national parmi les docteurs, et au-dessus
de tous la jeune fille de Florence transfigurée. On s'est demandé s'il n'y avait pas quelque chose de barbare dans cette confusion; en fait de beauté, en fail d'art, je m'en rapporte à Raphaël.
Nulle part ces vues ne sont plus justifiées qu’au dixhuitième chant du Purgatoire. Nous touchons au fond même et par conséquent aux difficultés de la philosophie péripatéticienne. Toute substance se compose de malière et de forme : la matière, c'est le pouvoir d’être modifié ; la forme fait le caractère des choses et les qualifie. Mais il ya des formes accidentelles; il yen a de substantielles qui donnent à l'objet d’être ceci el non cela. Ainsi l’âme est la forme substantielle du corps, puisqu'elle l'anime, puisqu'elle fait l'homme, et qu'elle absente il n’y a plus d'homme, il ne reste qu’un cadavre. Mais Aristote n’a jamais bien éclairci cette question, si l'âme, comme forme du corps, pouvait subsister séparée de lui. Il semble même le nier expressément : Oùx éoruw n Yuyxn yopiatà coù cœuaros ". Dieu même est forme, acte pur; mais il est la forme du monde éternel comme lui. Dante déteste cette erreur ; il va au-devant en distinguant l'âme unie et l'âme séparée; mais il conserve ce terme périlleux. ll suit saint Thomas, qui ne se résout point à combattre Aristote, mais qui soutient que les matérialistes l'entendent mal. Saint Thomas n'admet pas que l'âme soit un composé de matière et de forme, car, dit-il*, si l'âme était composée de matière, elle n'aurait pas d'idées géné-
1 De animd, 1.
2 4, q. 75, art, 5
rales, car la matière est le principe de l'individualité. La philosophie de Dante n'est pas seulement la sienne; c'est aussi celle du moyen âge; c'est celle de saint Thomas :
«L'objet meut l’appétit en faisant en quelque sorte impression en lui, et l'appétit tend à la possession réclle de l'objet, pour que le mouvement trouve sa fin où il a trouvé son principe.
«Donc la première modification de l'appétit par l'objet s'appelle amour, qui n'est que la complaisance qu'on ressent pour l'objet proposé, et de cette complaisance suit le mouvement, qui est le désir, et enfin le repos, qui est la joie. »
Les chants philosophiques de Dante ne sont pas sculement des legons, c'est une polémique ardente contre les erreurs de son temps. Ces aveugles qui servent de guides sont ceux qui soutiennent que tout amour est bon en soi. La philosophie de l’attrait n'est pas neuve. Au treizième siècle, avec l'hérésie de l'Évangile éternel, on préche la réhabilitation de la chair, le règne de l'amour et de la jouissance. Sachons que nos pères ont traversé les mêmes lultes que. nous, ct accoutumons-nous à considérer dans le passé les périls du présent, afin de porter un regard plus ferme sur l'avenir.
! Appetibile enim movet appetitum faciens quodam modo in eo intentionem; et appelitus tendit in appetibi'e realiter consequendum, ut sit ibi finis molus ubi fecit principium.
Prima ergo immutatio appetitus ab appetibili vocatur amor, qui nihil est aliud quam complacentia appetibilis; et ex hac complacentia sequelur motus in appetibile qui est desiderium; et ultima quies que est gaudium. (S. Thomas, 4 22, q. 26.)
Nell’ ora che non può il calor diurno Intepidar più il freddo della luna, Vinto da Terra o talor da Saturno ;
Quando i geomanti lor maggior fortuna Veggiono in oriente, innanzi all’ alba, Surger per via che poco le sta bruna ;
Mi venne in sogno una femmina balba, Con gli occhi guerci, e sovra i piè distorta, Con le man monche, e di colore scialba.
lo la mirava ; e, come il Sol conforta Le fredde membra che la notte aggrava, Così lo sguardo mio le facea scorta
La lingua, e poscia tutta la drizzava In poco d' ora, e lo smarrito volto, Com’ amor vuol, così le colorava.
Poi ch' ella avea il parlar così disciolto,
A l'heure où la chaleur que le jour avait laissée vaincue par la température de la terre, et quelquefois par l'influence de Saturne, ne peut plus attiédir le froid de la lune; |
Quand les géomanciens voient du côté de l'Orient avant l'aube le signe, qu'ils nomment la Grande Fortune, monter par un chemin qui ne reste pas longtemps sombre,
En songe m'apparut une femme bègue, aux yeux louches ; son corps se tordait sur ses pieds, ses mains élaient mulilées, et son teint blême:
Je la considérais, et, comme le soleil ranime les membres glacés par l'engourdissement de la nuit, ainsi mon regard lui déliait
La langue, et ensuite, en peu d’instants, redressait toute sa personne, et colorait son pâle visage des couleurs qu'aime l'amour.
Et lorsqu'elle sentit ainsi sa langue déliée, elle se mit
DEL PURGATORIO
Cominciava a cantar sì, che con pena Da lei avrei mio intento rivolto.
lo son, cantava, 10 son dolce sirena,
Che i marinari in mezzo al mar dismago ; Tanto son di piacere a sentir piena.
Io volsi Ulisse del suo cammin vago Al canto mio; e qual meco s’ ausa .
Rado sen parte, sì tutto |’ appago.
Ancor non era sua bocca richiusa,
Quando una donna apparve santa e presta Lunghesso me per far colei confusa.
O Virgilio, Virgilio, chi è questa?
Fieramente dicea : cd ei veniva,
Con gli occhi fitti pure in quella onesta.
L'altra prendeva, e dinanzi l’ apriva Fendendo i drappi, e mostravami il venire :
Quel mi svegliò col puzzo chè n' usciva.
I’ volsi gli occhi ; e il buon Virgilio : Almen tre Voci t’ ho messe, dicea : surgi e vieni, Troviam la porta per la qual tu entre.
Su mi levai, e tutti eran già pieni Dell’ alto di’ 1 giron del sacro monte,
E andavam col Sol nuovo alle reni.
Seguendo lui, portava la mia fronte Come colui che l’ ha di pensier carca, Che fa di sè un mezzo arco di ponte;
Quand’ io udi': Venite, qui si varca :
Parlare in modo soave c benigno,
Qual non si sente in questa mortal marca.
Con l’ ale aperte che parean di cigno,
A chanter de telle sorte, qu'avec peine j'aurais détourné d'elle mon attention.
« Jesuis, chantait-elle, je suis la douce sirène qui, au milieu des mers, égare les nochers, si grand est le plaisir de m'entendre.
« Mes chants détournèrent Ulysse de sa course vagabonde; et qui se familiarise avec moi, rarement s’éloigne, tant je sais le charmer. »
Sa bouche ne s'était point encore fermée, quand une femme sainte parut tout à coup à mes côtés pour confondre la première.
«0 Virgile, Virgile, qui est celle-ci?» disait-elle irritée; et lui s'approchait, les yeux seulement fixés sur la femme pure.
Et elle saisit l’autre, et, fendant ses vêtements, la découvrit par devant, me montra son ventre : la puanleur qui s’en exhalait me réveilla.
Je tournai les yeux, et le doux Virgile : « Voici, disait-1l, au moins trois fois que je t'appelle, lève-toi et viens. Trouvons l'ouverture par où tu dois entrer. »
Je me levai, et déjà les cercles de la montagne sacrée étaient inondés detout l'éclat du jour, et nous marchions, le soleil naissant derrière nous.
A la suite de mon guide, je portais le front comme un homme chargé de pensées, qui forme de son corps la moitié de l'arche d'un pont,
Quand j'entendis : « Venez; c’est ici qu'on passe. » Et la voix avait un accent doux et miséricordieux qu'on n'entend point dans cette région mortelle.
Les ailes ouvertes et semblables aux ailes d'un cygne,
DEL PURGATORIO
Volseci in su colui che si parlonne, ‘ Tra iduo pareti del duro macigno.
Mosse le penne poi e ventilonne, Qui lugent affermando esser beati, Ch’avran di consolar l’ anime donne.
Che hai, che pure in ver la terra guati?
La Guida mia incominciò a dirmi, Poco ambedue dall’ Angel sormontati.
Ed i0: Con tanta suspizion fa irmi Novella vision ch' a sè mi piega, Sì ch’ 10 non posso dal pensar partirmi.
Vedesti, disse, quell’untica strega, Che sola sovra noi omai sì piagne?
Vedesti come l’ uom da lei si slega ?
Bastiti, e batti a terra le calcagne, Gli occhi rivolgi al logoro, che gira Lo rege eterno con le rote magne.
Quale il falcon che prima a” piè sì mira, Indi si volge al grido, e si protende, ‘ Per lo disio del pasto che là il tira ; Tal mi fec’io, e tal, quanto si fende La roccia per dar via a chi va suso, N’ andai infin dove il cerchiar si prende.
Com’ io nel quinto giro fui dischiuso, Vidi gente per esso che piangea, Giacendo a terra tutta volta in giuso.
Adhæsil pavimento anima mea,
celui qui nous avait parlé de la sorte nous achemina vers la montée, entre les deux parois de la dure montagne.
Il agita ses plumes et leur vent nous puritia ? « Heu-
‘reux, assurait-il, ceux qui pleurent, car ils auront leurs âmes riches de consolations.
« Qu'as-tu? et pourquoi regarder vers la terre?» ainsi se prit à me parler mon guide, quand déjà lange nous dépassait de peu.
Et moi : « Si je marche avec tant de souci, c'est l'effet
de ma dernière vision qui plie mon esprit vers elle, si bien que je ne puis cesser d'y penser. »
+ «Tu as vu, reprit-il, cette antique magicienne, qui seule fait verser des pleurs dans les cercles ouverts audessus de nos têtes ; tu as vu comment l’homme se détache d'elle.
« Que cela te suffise ; frappe la terre de tes talons, et tourne les yeux vers l’appât qu'agite devant toi le roi éternel avec les sphères des cieux. »
Comme le faucon qui d'abord regarde ses serres, puis se retourne au cri du chasseur, et s’élance avide de la pàture qui l'attire,
Tel je me montrai, et tel, m'enfonçant aussi loin que la roche s'ouvre pour donner passage à celui qui monte, j'allai jusqu'à l'endroit où l'on entre dans le cercle. |
Dès que le cinquième cercle se fut ouvert devant moi, j'y vis çà et là des ombres qui pleuraient gisantes et le visage contre terre :
« Adhesit pavimento anima mea, jeles entendais dire
DEL PURGATORIO
Sentia dir lor con sì alti sospiri, Che la parola appena s' intendea.
0 eletti di Dio, gli cui soffriri E giustizia e speranza fan me. duri,
Drizzate noi verso gli alli saliri.
Se voi venite dal giacer sicuri,
E volete trovar la via più tosto, Le vostre destre sien sempre di furi.
Così pregò il Poeta, e sì risposto Poco dinanzi a noi ne fu ; per ch’ io Nel parlare avvisai l’ altro nascosto ;
E volsi gli occhi allora al Signor mio :
Ond' elli m’ assentì con lieto cenno .
Ciò che chiedea la vista del disio.
Poi ch'io potei di me fare a mio senno, Trassimi sopra quella creatura,
Le cui parole pria notar mi fenno,
Dicendo : Spirto, in cui pianger matura Quel, sanza il quale a Dio tornar non puossi, Sosta un poco per me tua maggior cura.
Chi fosti, e perchè vôlti avete1 dossi AI su, mi di, e se vuoi ch’ 10 t' Impetri | Cosa di là ond’ 10 vivendo mossi.
Ed egli a me : Perchè i nostri diretri Rivolga il cielo a sè, saprai : ma prima, Scias quod ego fui successor Petri.
Intra Siestri e Chiaveri s’ adima Una fiumana bella, e del suo nome Lo titol del mio sangue fa sua cima.
Un mese e poco più prova' io come
CHANT XIX. 303 ainsi, avec de si profonds soupirs, qu'à peine se distinguait la parole.
« 0 élus de Dieu, dont les douleurs sont adoucies par la justice et par l’espérance, dirigez-nous par les degrés qui montent plus haut!»
« Si vous venez ici assurés de n'y point rester étendus, et, si vous voulez trouver plutôt la bonne voie, gardez le bord de la montagne à votre droite. »
Ainsi demanda le poëte et ainsi lui fut-il répondu à quelques pas devant nous. C'est pourquoi la parole me lit reconnaître l'interlocuteur que d'abord je ne voyais poin ;
* Et je tournai les yeux vers les yeux de mon maître, et lui d’un signe gracieux m'accorda ce que demandait l'expression muette de mon désir.
Quand je pus disposer de moi à mon gré, Je m'approchai de cette créature que ses paroles m'avaient fait remarquer,
Disant : «Esprit, en qui les pleurs mûrissent le fruit sans lequel on ne peut retourner à Dieu, suspends un peu pour moi ton plus grand soin.
« Dis-moi qui tu fus et pourquoi vous avez le dos tourné en haut, et si tu veux que je t'obtienne quelque chose sur la terre d’où je suis venu vivant. »
Et lui à moi : « Pourquoi le ciel veut que nous lui tournions le dos, tu le sauras, mais d’abord : Scius quod cJo fui successor Petri. .
«Entre Siestri et Chiavari se précipite un beau fleuve, et c'e sun nom descend le titre de ma famille.
«Un mois et un peu plus, j'éprouvai ce que pèse le
Pesa il gran manto a chi dal fango il guarda, Che piuma sembran tutte l’ altre some.
36 La mia conversione, oimè ! fu tarda:
Ma, come fatto fui Roman Pastore, Così scopersi la vita bugiarda.
37 Vidi che li non si quetava il core, Nè più salir potiest in quella vita ; Perchè di questa in me s' accese amore.
38 Fino a quel punto misera e partita Da Dio anima fui, del tutto avara :
Or, come vedi, qui ne son punita.
3 Quelch'avarizia fa, qui si dichiara In purgazion dell’ anime converse.
E nulla pena il monte ha più amara.
so Si comel’ occhio nostro non s' aderse In alto, fisso alle cose terrene, Così giustizia qui a terra il merse.
si Come avarizia spense a ciascun bene Lo nostro amore, onde operar perdési, Così giustizia qui stretti ne tiene | # Ne’ piedi e nelle man legati e presi; E quanto fia piacer del giusto Sire, Tanto staremo immobili e distesi.
43 To mera inginocchiato, e volea dire:
Ma com’ io cominciai, ed ei s’ accorse, Solo ascoltando, del mio riverire :
44 Qual cagion, disse, in giù così ti torse ? Ed 10 a lui: Per vostra dignitate .
Mia coscienza dritta mi rimorse.
45 Drizza le gambe, e levati su, frate,
CHANT XIX. | 305 grand manteau à qui le garde de la fange, tout autre fardeau ne semble que plumes.
« Ma conversion fut, hélas! tardive; mais, au moment où je fus fait Pasteur Romain, alors je découvris le mensonge de la vie.
«Je vis que là le cœur ne trouvait pas son repos; et comme je ne pouvais monter plus haut dans cette vie, l'amour de l’autre s'alluma dans moi.
« Jusqu'alors je fus une âme misérable et séparée de Dieu, toute vouée à l’avarice. Maintenant j'en suis bien puni, comme tu le vois.
« Ce que fait l'avarice se manifeste ici pour la purification des âmes converties, et la montagne n'a pas de peine plus amère. |
« Comme notre ceil ne s’est point levé vers le ciel, fixé qu'il était vers les choses terrestres, ainsi la justice le plonge ici vers la terre.
«Comme l'avarice éteignit notre amour pour tout vrai bien, d’où vint que nous perdîmes le mérite d'agir, ainsi la justice nous tient ici à la chaîne ;
«Les pieds et les mains liés, et captifs; et autant qu'il plaira au Seigneur toujours juste, autant nous resterons immobiles et étendus. »
Je m'étais agenouillé, etje voulais parler. Mais, comme je commengais, il s'apergut, à m'entendre seulement, du respect que je lui rendais. -
«Quelle raison, dit-il, t'a plié vers la terre. » Et moi: « À cause de votre dignité, ma conscience ne m'aurait pas laissé debout sans remords.»
« Redresse tes jambes et lève-toi, frère, répondit-il,
DEL PURGATORIO
Rispose ; non errar, conservo sono Teco e con gli altri ad una potestate.
Se mai quel santo evangelico suono, Che dice Neque nubent, intendesti, Ben puoi veder perch’ io così ragiono.
Vattene omai; non vo’ che più t' arresti, Chè la tua stanza mio pianger disagia, Col qual maturo ciò che tu dicesti.
Nepote ho io di là c’ ha nome Alagia, Buona da sè, purchè la nostra casa . Non faccia lei per esemplo malvagia :
E questa sola m' è di là rimasa.
CHANT XIX, 307 ne t'y trompe point; je ne suis avec toi et tous les autres que le serviteur d’une même puissance.
« Si jamais cette parole sainte de l'Évangile : Neque nubent, a frappé ton oreille, aisément tu peux voir pourquoi je raisonne de la sorte.
«Maintenant retire-to1, je ne veux pas que tu t’arrétes davantage, car ta présence géne mes pleurs par lesquels je müris le fruit dont tu parlais.
«J'ai là-bas une nièce qui a nom Alagia; bonne de soi, pourvu que l'exemple de notre famille ne la fasse point mauvaise.
«Elle seule là-bas m'est restée. »
Terc. 2. — Lanpino. — Les Géomanciens traçaient seize lignes de points sans compter ces points; puis ils divisaient les seize lignes en quatre parties de quatre lignes chacune. Ensuite ils accouplaient les points de manière qu’à la fin, le compte restait pair ou impair. Et de chaque quaternaire ils tiraient les derniers points pour en faire deux figures. Et les noms des figures sont : joie, tristesse ; grande fortune, petite fortune; acquisition, perte; blanc, rouge; conjonction, prison ; peuple, chemin ; garçon, fille; tête et queue.
3. — Nous avons trouvé sur notre chemin une des plus admirables fictions de la Divine Comédie. Celle de ces deux femmes qui apparaissent au poéte, l’une difforme et s’embellissant sous le regard qui la fixe, ét séduisant l'oreille parson chant de sirène ; l'autre, chaste et austère, venant à propos pour déchirer les voiles de la magicienne et la livrer au mépris. C'est la légende d’Hercule au carrefour des deux routes. Il est curieux de rapprocher ainsi les deux génies antique et moderne; mais le moderne l’emporte par sa brièveté même et par une plus complète connaissance du cœur humain.
Xénopson, Memorab., II, cap. 1. — « Prodicus raconte que le jeune Hercule, approchant de la puberté et de l’âge où les adolescents entrent en possession d'eux-mêmes et laissent déjà prévoir s'ils prendront le chemin du vice ou celui de la vertu, se retira ün jour dans un lieu solitaire et s’assit, se demandant laquelle des deux routes il prendrait. Alors il crut voir venir deux femmes d’une taille imposante, La premièreavait un visage gracieux etnoble, la pureté faisait l’ornement de son corps, la pudeur faisait le charme de ses yeux; la modestie embellissait toute sa personne; elle était vétue d’une robe blanche. L'autre devait à une nourriture exquise son embonpoint et sa mollesse ; elle portait des couleurs que la nature ne lui avait pas données; elle avait les yeux hardis, son vêtement n'était
fait que pour laisser paraître ses beautés: souvent elle se regardait elle-même, ou elle considérait si quelque autre ne la regardait pas, souvent elle se retournait vers son ombre. »
33. — Le pape Adrien V. — Le fleuve dont il s’agit ici est le Lavagno, au pays de Gênes. G. A. H.
Contra miglior voler, voler mal pugna; Onde contra il piacer mio, per piacerli, Trassi dell’ acqua non sazia la spugna.
Mossimi, e il Duca mio si mosse per li Luoghi spediti pur lungo la roccia, Come si va per muro stretto a’ merli ; Chè la gente che fonde a goccia a goccia Per gli occhi il mal clie tutto il mondo occupa, Dall’ altra parte in fuor troppo s’ approccia. Maledetta sie tu, antica lupa, Che più che tutte l’ altre bestie hai preda, Per la tua fame senza fine cupa!
0 ciel, nel cui girar par che si creda Le condizion di quaggiù trasmutarsi, Quando verrà per cui questa disceda?
Noi andavam co’ passi lenti e scarsi, Ed io attento all’ ombre ch' 1° sentia Pietosamente pianger e lagnarsi :
La volonté combat mal contre une volonté meilleure, en sorte que, pour plaire à cette àme et contre mon plaisir, je retirai de l’eau mon éponge encore altérée.
Je m'acheminai, et mon guide s’achemina vers le passage resté libre le long du rocher, comme on marche sur un mur en serrant de près les créneaux.
Car les morts, condamnés à laisser fondre par les yeux, goutte à goutte, le péché qui infeste l'univers, occupaient l'autrecôlédu chemin trop prèsdu bord pour laisser place.
Maudite sois-tu, antique louve, qui fais plus de victimes que nul autre monstre, à cause de ta faim pareilie à un abîme sans fond.
O ciel! dont les révolutions passent pour décider le changement des conditions d’ici-bas, quand viendra celui devant qui elle doit fuir? |
Nous allions à pas lents et comptés, ct moi, tout attentif aux ombres que j'écoutais avec pitié pleurer et se” plaindre;
DEL PURGATORIO
E per ventura udi' : Dolce Maria :
Dinanzi a noi chiamar così nel pianto, Come fa donna che in partorir sia; E seguitar : povera fosti tanto, Quanto veder si può per quell’ ospizio, Ove sponesti 1l tuo portato santo.
Seguentemente intesi : 0 buon Fabrizio, Con povertà volesti anzi virtute, Che gran ricchezza posseder con vizio.
Queste parole m° eran sì piaciute, Ch’ i' mi trassi oltre per aver contezza Di quello spirto, onde parean venute.
Esso parlava ancor della larghezza Che fece Niccolao alle pulcelle, Per condurre ad onor lor giovinezza.
O anima, che tanto ben favelle, Dimmi chi fosti, dissi, e perchè sola Tu queste degne lode rinnovelle?
Non fia senza mercè la tua parola, S' i’ ritorno a compièr lo cammin corto Di quella vita ch’ al termine vola.
Ed egli : I’ ti dirò, non per conforto Ch’ io attenda di là, ma perchè tanta Grazia in te luce prima che sie morto.
l' fui radice della mala pianta, Che la terra cristiana tutta aduggia Sì, che buon frutto rado se ne schianta.
Ma se Doagio, Guanto, Lilla e Bruggia Potesser, tosto ne saria vendetta; Ed io la cheggio a lui che tutto giuggia.
Et par hasard j'entendis : « Douce Marie ! » et la voix, qui criait ainsi devant nous, était gémissante comme une femme dans l’enfantement.
Et elle continua : « Tu fus pauvre, autant qu'on peut le voir par la crèche hospitalière où tu déposas ton saint fardeau ! » | Ensuite je saisis ces mots : «O noble Fabricius, tu aimas mieux ta vertu avec ta pauvreté que de grandes richesses avec le vice!»
Ces paroles m'avaient plu si fort, que je m'avançai pour connaître l'esprit d'où elles semblaient venues.
Il parlait encore de la grande charité que fit saint Nicolas aux trois vierges pour conduire à une honorable fin leur jeunesse.
« 0 âme qui parles si bien, dis-moi qui tu fus! commençai-je, el pourquoi seule tu renouvelles ces louanges sl justes ?
«Ta réponse ne sera pas sans récompense, si je retourne achever le court chemin de cette vie qui vole à son terme. »
Et lui : «Je te répondrai, non pour aucun soulagement que j'attende de là-bas, mais parce qu'une grâce si merveilleuse brille en toi, avant ta mort.
«Je fus la racine de la mauvaise plante qui couvre d'une ombre dangereuse toute la terre chrétienne, de telle sorte qu'on y cueille rarement de bons fruits.
« Mais si Douai, Gand, Lille et Bruges, le pouvaient, prompte serait la vengeance, et je la demande à celui qui juge toute chose.
| DEL PURGATORIO
Chiamato fui di là Ugo Ciapetta :
Di me son nati i Filippi e i Luigi, Per cui novellamente è Francia retta.
Figliuol fui d’ un beccaio di Parigi.
Quando li regi antichi venner meno Tutti, fuor ch’ un renduto in panni bigi, Trova’ mi stretto nelle mani il freno | Del governo del regno, e tanta possa Di nuovo acquisto, e sì d’ amici pieno, Ch’ alla corona vedova promossa La testa di mio figlio fu, dal quale Cominciar di costor le sacrale ossa.
Mentre che la gran dote Provenzale Al sangue mio non tolse la vergogna, Poco valca, ma pur non facea male.
Lì cominciò con forza e con menzogna La sua rapina; e poscia, per ammenda, Pontì e Normandia prese, e Guascogna.
Carlo venne in Italia, e per ammenda, Vittima fe di Curradino; e poi Ripinse al ciel Tommaso, per ammenda.
Tempo vegg' io non molto dopo ancoi
Che tragge un altro Carlo fuor di Francia,
Per far conoscer meglio e sè e 1 suoi.
Senz’ arme n’ esce, e solo con la lancia
Con la qual giostrò Giuda; e quella ponta .
Sì, ch’ a Fiorenza fa scoppiar la pancia.
Quindi non terra, ma peccato ed onta
Guadagnerà, per se tanto più grave,
Quanto più lieve simil danno conta.
« Là-bas je fus appelé Hugues Capet; de moi sont nés les Philippe et les Louis, par qui la France est depuis peu gouvernée.
« J'étais fils d'un boucher de Paris. Quand la race des anciens rois vint à manquer, à l'exception d'un seul qui prit des vêtements gris,
«Je me trouvai serrant dans les mains la bride du gouvernement, et si puissant par mes nouveaux domaines, sì entouré d’amis,
« Que la couronne veuve fut posée sur la téte de mon fils, à qui commenca la souche sacrée des nouveaux rois. | |
«Tant que la grande dot de Provence n'enleva pasla vergogne à ceux de mon sang, ils valaient peu, mais du moins ils ne faisaient pas de mal.
«Là commencèrent leurs rapines par force et par mensonge, puis en réparation ils prirent le Ponthieu, la Normandie et la Gascogne.
« Charles vint en Italie, et en réparation il fit de Conradin sa viclime; puis il envoya au ciel saint Thomas, toujours en réparation.
«Je vois venir un temps, qui ne se fera pas longtemps attendre, et qui tirera de France un autre Charles, pour mieux faire connaître lui et les siens.
«ll en sort sans armes, et seulement avec la lance que Judas portait à la joûte, et la darde si bien, qu'il fait éclater le ventre de Florence.
« À ce jeu il ne gagnera point de terre, mais, crime et honte, d'autant plus lourds pour lui, qu'il tient pour léger un tel dommage.
DEL PURGATORIO
I altro, che già uscì preso dì nave, Veggio vender sua figlia, e patteggiarne, Come fan li corsar dell’ altre schiave.
O avarizia, che puoi tu più farne,
Poi c’ hai il sangue mio a te sì tratto, Che non si cura della propria carne?
Perchè men paia il mal futuro e il fatto, Veggio in Alagna entrar lo fiordaliso, E nel Vicario suo Cristo esser catto.
Veggiolo un’ altra volta esser deriso; Veggio rinnovellar l’ aceto e il fele,
E tra nuovi ladroni essere anciso.
Veggio 11 nuovo Pilato sì crudele,
Che ciò nol sazia, ma, senza decreto, Porta nel tempio le cupide vele.
O Signor mio, quando sarò io lieto A veder la vendetta, che nascosa Fa dolce l’ ira tua nel tuo segreto!
Ciò ch' 1° dicea di quel’ unica sposa Dello Spirito Santo, e che ti fece Verso me volger per alcuna chiosa,
Tant’ è disposto a tutte nostre prece, Quanto il di’ dura; ma, quando s' annotta, Contrario suon prendemo in quella vece.
Noi ripetiam Pigmalion allotta,
Cui traditore e ladro e patricida Fece la voglia sua dell’ oro ghiotta;
E la miseria dell’ avaro Mida,
Che seguì alla sua dimanda ingorda, - Per la qual sempre convien che si rida.
«L'autre, qui naguère sortit prisonnier de son vaisseau, je le vois vendre sa fille, et en trafiquer comme un corsaire fait de ses esclaves.
« 0 avarice, que peux-tu faire de plus, puisque tu l'es à ce point emparée de mon sang, qu'il n’a plus de souci de sa propre chair !
« Pour que le mal futur et le mal passé semblent moindres, je vois dans Anagni entrer les fleurs de lys; et dansla personnede son vicaireje vois le Christ prisonnier.
« Je le vois une autre fois livré à la dérision; je vois renouveler le vinaigre et le fiel, et le Christ mis à mort eutre deux larrons vivants ;
« Je vois le nouveau Pilate si cruel, que ceci ne le rassasie pas, et que sans loi il porte dans le temple ses avides désirs.
« O Seigneur! quand aurai-je la joie de voir la vengeance qui, cachée danstes secrets desseins, adoucit ta colère?
«Les paroles que je disais de l'unique épouse du Saint-Esprit, el qui t'ont fait tourner vers moi pour en avoir quelque interprétation, °
« Sont affectées à nos prières tant que dure le jour; mais, quand vient la nuit, nous adoptons en échange des paroles contraires.
«Alors nous répétons l'exemple de Pygmalion, que sa passion affamée d’or rendit traître, larron et parricide;
« Et la misère qui punit l’avare Midas de ses vœux avides, par où il est devenu l’objet d'une risée éternelle.
318 DEL PURGATURIO.
37 Del folle Acam ciascun poi si ricorda, Come furò le spoglie, si che l’ ira Di Josuè qui par che ancor lo morda.
ss Indi accusiam col marito Safira :
Lodiamo 1 calci ch’ ebbe Eliodoro; Ed in infamia tutto il monte gira Polinestor che ancise Polidoro.
Ultimamente ci si grida : Crasso, Dicci, chè ’l sai, di che sapore è l’ oro.
40 Talor parliam l’un alto, e l’ altro basso, Secondo l’ affezion ch’ a dir ci sprona, Ora a maggiore, ed ora a minor passo. # Perd al ben che il di’ ci si ragiona, Dianzi non er’ io sol; ma qui da presso Non alzava la voce altra persona.
# Noieravam partiti già da esso, E brigavam di soverchiar la strada Tanto, quanto al poder n’ era permesso; 43 Quand’ io senti’, come cosa che cada, Tremar lo monte : onde mi prese un gielo, Qual prender suol colui ch’ a morte vada.
x Certo non si scotea si forte Delo Pria che Latona in lei facesse il nido
A parturir li due occhi del cielo. | |
‘45. Poi cominciò da tutte parli un grido Tal, che ‘1 Maestro in ver di me si feo, | ‘Dicendo : Non dubbiar, mentr' io ti guido. 4 (Gloria in ercelsis, tutti, Deo, Dicean, per quel ch’ io da vicin compresi, Onde intender lo grido si poteo.
«Puis chacun se souvient d'Acham l’insensé, comment il enleva les dépouilles, si bien que la colère de Josué semble le poursuivre ct le mordre jusqu'ici.
« Ensuile nous accusons Saphire et son époux ; nous. louons les coups de pied qui foulèrent Héliodore; et tout autour de la montagne court enveloppé d'infamie
« Le nom de Polymnestor qui tua Polydore; et pour finir nous crions : «0 Crassus, dis-nous de quel goût «est l'or? Tu le sais!»
«Souvent nous parlons, l’un hau@ et l'autre bas, selon que le repentir nous presse d'un éperon plus impétueux ou plus lent. |
«Ainsi, pour redire les bons exemples qui font l'entrelien de nos journées, naguère je n'étais point seul; mais dans le voisinage aucun autre n’élevait la voix... »
Déjà nous nous étions éloignés de lui, et nous nous efforcions de franchir le chemin de toute la rapidité qui nous était permise,
Quand je sentis, comme une chose qui tombe, trembler la montagne, et je fus pris du froid glacial qui saisit un homme lorsqu'on le mène à la mort.
Certes Délos ne tressaillit pas si fortement avant que Latone y fit son nid pour enfanter les deux yeux du ciel;
Puis, de toutes parts, s'éleva un cri tel, que le maitre sc tourna vers moi disant : « Ne crains rien tant que je Le guide. » |
Tous disaient : « Gloria in excelsis Deo», selon ce que je reconnus de près, quand je pus entendre distinctement leurs voix:
DEL PURGATORIO
Noi ci restammo immobili e sospesi, Come i pastor che prima udir quel canto, Fin che ’] tremar cessò, ed ei compièsi.
Poi ripigliammo nostro cammin santo, Guardando l' ombre che giacén per terra, Tornate già in su l’ usato pianto.
Nulla ignoranza mai con tanta guerra Mi fe desideroso di sapere, Se la memoria mia in ciò non erra, Quanta parémi allor pensando avere :
Nè per la fretta dimandare er’ oso, Nè per me lì potea cosa vedere.
Così m’ andava timido e pensoso.
Nous restàmes immobiles et en suspens, comme les
bergers qui les premiers entendirent ce cantique jusqu’à ce que letremblement finit, et que l’hymne s’acheva.
Puis nous reprîmes notre saint pèlerinage, regardant les ombres qui gisaient par terre et qui déjà retournaient à leur plainte accoutumée.
Si ma mémoire en cela ne me trompe pas, jamais l'ignorance ne me tourmenta si cruellement du désir de savoir
Que la pensée qui me faisait la guerre en ce moment. Et, à cause de la rapidité de notre course, je n'osais pas interroger, et par moi-même je n'y pouvais rien voir.
Ainsi je m'en allais timide et pensif.
Nous avons expliqué dans le premier semestre six chants seulement de la Divine Comédie. Je n'ai pas de regrets de cette lenteur; je vous en ai même une singulière obligation. La vie est si courte et le passé est si grand que nous pouvons donner à peine quelques instants d’adiniration à ces monuments dont l'étude nous réserverait tant de plaisirs et tant de leçons. Faisons, Messieurs, comme le voyageur qui voudrait s'arrêter à chacun des beaux lieux qu'il traverse et qui s'estime heureux si quelque accident le force à y faire un plus long séjour. C'est à vous que je dois cette jouissance rare de pouvoir considérer de près, et jusque dans le dernier détail, ce dont on n'aurait pas supporté la lecture dans une chaire publique au dernier siècle. Vous n’y perdez pas non plus. Comme l'œuvre de Dieu est tout entière dans le moindre coin de la création, il n'y a pas un endroit de la Divine Comédie où le géme de Dante n'éclate tout entier,
La Divine Comédie rappelle ces grandes représentations du jugement dernier que les artistes du moyen âge sculptèrent sur le portail de nos cathédrales. De: vant le tribunal du poëte paraissent les rois et les peuples; et dans les jugements qu'il en porte, il y a toute une philosophie de l'histoire. Au XX° chant du Purga-
loire, c'est le tour de la France; et 11 importe de connaître ce que le poëte pensa des destinées de notre pays; ce qu'étail Ja France hors de chez elle, dans l'opinion de ses voisins, de ses ennemis, de ceux qu'elle avalt vaincus. |
Terc. 16. — Guerres de Flandre. Philippe le Bel contre Guy de Dampierre. Le roi gagne une partie des communes. Bataille de Furnes, Philippe vainqueur réunit la Flandre à la couronne, la traite en pays conquis. Trente chefs de métiers dans la prison de Bruges. Pierre Kônig, consul des tisserands, et Jean Beide, consul des houchers, délivrés de leur prison, entrent dans Bruges, soulèvent le peuple, toute la Flandre esten armes: bataille de Courtray, 11 juillet 1302. Les Français y perdent six mille cavaliers, le connétable et la fleur de la noblesse de France. En 1304 revanche de Mons-en- Puelle; paix avec les Flamands. Ils abandonnent à Philippe Lille et Douai. Il semble que Dante ait écrit ce chant entre 1302 et 1304. Mais l’allusion aux Templiers nous renvoie à 1307.