CE QUI CARACTÉRISE LES TOSCANS
L'école de Toscane ne resta pas à la hauteur des poëtes mystiques d'Ombrie; mais elle ne descendit pont aux entrainements sensuels des Siciliens. | - |
M. Ruth définit le caractère des Italiens en les comparant aux oiseaux. « Gais, vifs, passionnés pour le plaisir, plus capables d'impressions que de pensées, gouvernés par les sens plus que par l'esprit. » Au contraire : majesté sombre des Étrusques. Gravité des Romains, Rome est comme un temple, le sénat comme une assemblée de rois. Florence, austérité de ses vieux monuments, le palais vieux et la cathédrale. C'est la nature qui la couronne de fleurs. Génie sérieux,
philosophique et pratique des Italiens au moyen âge : Pierre Lombard, -
saint Anselme, saint Thomas, les jurisconsultes de Bologne; et parmi les Florentins Brunetto Latini, Dino Compagni, Dante et Machiavel.
Le génie florentin devait porter la philosophie dans l'amour. Sans doute Florence ne pouvait pas échapper au gai savoir de la Provence, à cette mythologie ingénieuse qui rappelait l'antiquité. Elle avait des cours d'amour, seigneurs d'amour, cortége de dames et demoiselles
1 Geschichte der italienischen Poesie : — Studien über Dante Alighieri.
accompagnées de chevaliers et de musiciens. Mais Florence rie pouvait rester étrangère à l'inspiration religieuse qui agitait l'Italie. — Guittone d’Arezzo, après une jeunesse orageuse et coupable, se convertit tout à coup et entre dans l'ordre des chevaliers de la Vierge Marie, formés pour combattre l’hérésie par la parole et par l'épée. (Frati Gaudenti). Là, voué aux pensées éternelles, il les fait descendre dans cet ordre de sentiments dangereux et charmants qui avaient occupé ses jeunes années. Dans une Lettre à une Dame, on recon- ‘naît déjà l'amour platonique dans sa pureté. Mais il ne parle encore qu'en prose. Il faut que la poésie apprenne ce langage. —
Guido Cavalcanti, fils d'un père épicurien, suspect lui-même à cause de ses goûts voluptueux et philosophiques. Chant qui rappelle celui de Ciullo d’Alcamo, le Poéte et la Bergère, poëme sur la nature de l'amour.
« Une dame m'en prie, et je veux traiter d’un accident qui souvent est funeste et puissant, et qu'on appelle amour; en sorte que si quel. qu’un le nie, il en apprenne la vérité. Il n'a pas d'obscurité pour qui le connaît par expérience. C’est pourquoi je n’espère point qu’un homme au cœur bas puisse jamais comprendre une telle doctrine. Car c'est par le témoignage de la nature que j'entends prouver où réside l'amour, qui le fit naître, quelle en est la puissance et la vertu, son essence et chacun de ses mouvements, et le plaisir qu'on nomme le plaisir d'aimer, et si l’homme enfin peut le montrer aux yeux. » | .
Les vers de Cavalcanti furent commentés par Egidius Colonna, Paolo del Rosso et Dino .del Garbo. Mais cette scolastique semble étouffer toute poésie.
Le genre didactique est l'épreuve où périssent les poëles médiocres. Mais c’est celui qui fait connaître les forts, comme Lucrèce, Virgile, Dante. Il est facile de développer exclusivement une des fa-
! ” Donna mi prega : per ch’ i voglio dire D'un accidente, che sovente è fero
Ed è si altero, ch’ è chiamato amore; Si che chi’! niega possa ’l ver sentire, Ed al presente conoscente chero; Perchè non spero ch’ uom di basso core, A tal ragione porti conoscenza; Che senza natural dimostramento Non ho talento di voler provare La dovei posa e chi lo fò criare...
cultés humaines, l'imagination, la sensibilité, le raisonnement. Le vrai poëte comme le vrai philosophe, c'est celui qui exprime l’humaruté tout entière avec la diversité féconde de ses facultés. Platon chasse la poésie de sa république. Mafs la poésie se venge en rentrant par tous les côtés dans les dialogues de l'laton. C'est elle qui par de frais:gazons orne les bords de l’Ilissus où est la scène du Phédon : c'est elle qui dispose les lieux aimables où viennent s'asseoir les vieillards dont l'entretien fait le texte du livre des Lois. De même Dante a beau porter dans son cœur toutes les passions de la guerre civile,
tout le deuil de Béatrix, il faut que la philosophie s’y fasse jour, qu'elle envahisse les veilles de ce grand homme, qu'elle occupe une large place dans son poëme. Le vrai poële c'est celui qui maîtrise l'imagination par la science, et qui vivifie la science par l'amour.