CHAPITRE IV
De l'état des âmes qui sont dans l'enfer. Différence entre elles et les âmes du purgatoire. Réflexions de la Sainte sur ceux qui négligent leur salut.
Il est manifeste, par ce qui vient d'être dit, que c'est la perversité de la volonté en révolte contre la volonté de Dieu qui constitue le péché, et que le péché ne peut cesser d'exister dans l'âme tant que la mauvaise volonté qui le produit persévère.
Or, ceux qui sont en enfer étant sortis de cette vie avec cette volonté perverse, leurs péchés n'ont point été remis, et ne peuvent l'être, parce qu'ils ne peuvent plus changer de volonté. Car au moment même du passage de cette vie à l'autre, l'âme se fixe à jamais dans le hien ou dans le mal, selon ce qu'elle embrasse alors par le choix libre de sa volonté. C'est pourquoi il est écrit : Ubi te invenero, ibi tejudicabo : Où je vous trouverai, là je vous jugerai; c'est-à-dire, en quelque état que je vous trouve à l'heure de la mort, soit avec la volonté de pécher, soit avec la douleur et le repentir du péché, ce sera dans cet état que je vous jugerai. Ce jugement sera irrévocable, parce qu'après la mort la liberté du libre arbitre ne peut plus se porter du bien au mal et du mal
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au bien, mais demeure éternellement fixée dans ce qu'elle embrasse à ce moment suprême.
Les âmes qui sont en enfer s'étant trouvées, au moment de la mort, avec la volonté de pécher, emportent avec elles la coulpe du péché, coulpe d'une malice infinie, et la peine du péché ; cette peine, il est vrai, n'est pas aussi grande qu'elles le méritent, mais elle est sans fin. Au contraire, les âmes du purgatoire s'étant trouvées, au moment de la mort, avec une vive contrition de leurs péchés, et un amer repentir d'avoir ofTensé la bonté de Dieu, la coulpe de leurs péchés est elïacée en ce monde, et elles n'emportent dans l'autre que la peine : cette peine est limitée, et va toujours diminuant quant au temps, ainsi qu'il a été dit.
0 misère qui surpasse toutes les misères, qu'il y ait un enfer éternel pour ceux qui meurent en état de péché, et que les aveugles humains ne veuillent pas y penser !
La peine des damnés n'est pas infinie dans son intensité; caria douce bonté de Dieu répand le rayon de sa miséricorde jusque dans l'enfer. L'homme mort en état de péché mortel mérite une peine infinie et quant à l'intensité et quant à la durée ; mais la miséricorde de Dieu ne l'a rendue i.) finie que par la durée, et elle a donné des limites à son intensité. Si Dieu n'eût écouté que sa seule justice, il aurait pu infliger aux damnés des peines plus grandes que celles qu'il leur fait subir.
Oh! dans quel effroyable péril nous jette le péché commis avec malice! Car l'homme s'en repent difficilement ; et tant qu'il n'en a pas un repentir sincère, la coulpe demeure, et elle persévère aussi longtemps que l'homme persévère dans la volonté du péché déjà commis, ou de celui qu'il veut commettre.
PURGATOIRE. — GHAP. V 215