‹ Le purgatoireChapitre 25 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

)ue la séparation de Dieu est le plus grand supplice du purgatoire; et en quoi le purgatoire diffère de l'enfer.

La cause de toutes les peines est le péché, ou originel ou actuel. Car Dieu a créé l'âme pure, simple, nette de toute tache de péché, et avec un certain instinct qui la porte vers lui comme à sa fin héatifîque.

Le péché originel qui souille l'âme dès qu'elle est créée, l'éloigné de ce bienheureux instinct. Le péché actuel, venant se joindre au péché originel, l'en éloigne encore davantage ; et plus cet éloignement augmente, plus l'âme devient mauvaise, parce que le cœur de Dieu se retire d'elle de plus en plus.

Or, comme tous les degrés de bonté qui peuvent se trouver dans les êtres n'existent que par la participation de Dieu, qui se communique à ses créatures comme il lui plaît, et selon l'ordre qu'il a établi, sans leur manquer jamais; et comme il a plus ou moins d'amour pour l'âme raisonnable, selon qu'il la trouve plus ou moins purifiée des taches du péché, il en résulte que quand une âme retourne à la pureté et à la netteté de sa première création, cet instinct qui la portait vers Dieu,

comme à son terme héatifique, se réveille en elle aussitôt. Croissant à tout moment, il agit sur elle avec une effrayante impétuosité ; et le feu de la charité qui la brûle, lui imprime un si irrésistible élan vers sa fin dernière, qu'elle regarde comme un intolérable supplice de sentir en soi un obstacle qui arrête son élan vers Dieu; et plus elle reçoit de lumière, plus son tourment est extrême.

La tache ou la coulpe du péché n'existant pas dans les âmes du purgatoire, il n'y a plus d'autre obstacle à leur union à Dieu, que les restes du péché dont elles doivent se purifier. Cet obstacle qu'elles sentent en elles leur cause le tourment que je viens de dire, et retarde le moment où l'instinct qui les porte vers Dieu comme vers leur souveraine béatitude, recevra sa pleine perfection. Elles voient avec certitude ce qu'est devant Dieu le plus petit empêchement causé par les restes du péché, et que c'est par nécessité de justice qu'il retarde le plein rassasiement de leur instinct béatifique. De cette vue naît en elles un feu d'une ardeur extrême, et semblable à celui de l'enfer, sauf la tache ou la coulpe du péché.

C'est cette coulpe qui constitue la malice de la volonté des damnés de l'enfer, et qui empêche à jamais que Dieu ne leur fasse sentir les effets de sa bonté. Et ainsi, ils demeurent fixés dans leur volonté désespérée et perverse, éternellement opposée à la volonté divine.

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