‹ Le purgatoireChapitre 32 sur 48 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment Dieu se sert du purgatoire pour rendre l'âme parfaitement pure. Que l'âme y acquiert une pureté si grande, que, quand bien même elle resterait encore en purgatoire, après que Dieu a achevé de la purifier, elle n'y souffrirait plus rien.

Je vois encore que ce Dieu d'amour, ce Dieu infiniment aimant, lance à l'âme certains rayons et certains éclairs embrasés qui sont si pénétrants, qu'ils anéantiraient non seulement le corps, mais l'âme môme, si cela était possible.

Ces rayons et ces éclairs, dardés par l'amour infini de Dieu, produisent deux effets : ils purifient, et ils anéantissent.

Voyez l'or : plus il reste dans le creuset, plus il se purifie ; et on peut le purifier de telle sorte que tout ce qu'il a d'impur et d'étranger se trouve anéanti. L'amour de Dieu fait dans l'âme ce que fait le feu dans les choses matérielles; plus elle reste dans ce divin brasier, plus elle se purifie. Ce brasier, la purifiant toujours davantage, finit par anéantir en elle tout ce qu'elle a d'imperfections et de taches, et la laisse en Dieu entièrement purifiée.

Lorsque l'or a passé par le feu et qu'il a acquis le dernier degré de pureté qu'on puisse lui

donner, il ne se consume plus et ne diminue plus jamais, quelque grand que puisse être le feu où on l'affine, parce qu'il ne trouve plus alors aucun mélange de corps impurs et étrangers sur lesquels il puisse agir. Ainsi en est-il de l'âme qui se purifie dans le feu de l'amour divin. Dieu l'y retient jusqu'à ce que ce feu ait consumé en elle toute imperfection, et lui ait communiqué ce degré de perfection qu'il lui destine de toute éternité. Cette âme entre alors dans un état de pureté si absolu, que n'ayant plus rien en elle que ce feu puisse purifier, elle demeure toute en Dieu, sans avoir pour ainsi dire aucun être qui lui soit propre, mais seulement l'être de Dieu même.

Et quand Dieu, de degré eh degré, a enfin élevé jusqu'à lui cette âme ainsi purifiée, elle demeure désormais impassible, parce qu'il n'y a plus rien en elle que le feu puisse consumer ; et supposé que, dans cet état de pureté parfaite, elle fût encore retenue dans le feu, ce feu, loin de lui être pénible, serait plutôt pour elle un feu de divin amour, et, comme la vie éternelle, sans ombre de souffrance .

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