CHAPITRE XI
Du désir qu'ont les âmes du purgatoire d'être entièrement pures des taches de leurs péchés. Sagesse do Dieu qui voile d'abord à ces âmes les défauts qu'elles ont.
Créée avec toutes les bonnes qualités dont elle était capable, l'âme pouvait parvenir à la perfection, si elle eût vécu dans une entière soumission à la volonté de Dieu' et sans se souiller de la tache d'aucun péché.
Mais s'étant souillée par le péché originel, elle perd ses dons et ses grâces, et reste morte, dans l'impuissance de ressusciter, à moins que Dieu ne la rende à la vie.
Et alors même qu'elle est ressuscitée par Dieu au moyen du baptême, il lui reste cette inclinalion au mal qui la porte et la conduit, si elle ne résiste, au péché actuel par lequel elle meurt de nouveau.
Dieu, néanmoins, la ressuscite encore au moyen d'une autre grâce spéciale. Mais, malgré cette résurrection, elle demeure si souillée et si repliée sur elle-même, que, pour la faire revenir à l'état primitif dans lequel Dieu la créa, il .ne faut rien moins que toutes ces opérations divines
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dont nous avons parlé, et sans lesquelles elle ne pourrait jamais revenir à ce bienheureux état.
Lorsque l'âme se trouve en chemin pour retourner à l'état de sa première création, et qu'elle connaît que pour y arriver elle doit entièrement se transformer en Dieu, il s'allume en elle un tel désir de cette transformation, que son purgatoire est ce désir qui la consume. Le purgatoire, en tant que purgatoire, c'est-à-dire en tant que souffrance, ne lui est rien; mais sentir en soi un élan embrasé vers Dieu et ne pouvoir le satisfaire, voilà pour elle la souffrance des souffrances, le vrai purgatoire.
Ce dernier acte d'amour par lequel l'âme est ainsi ^lurifiée, est ce que fait dans l'âme Topération divine, mais où l'âme n'a point de part. Car, quant à elle, elle se sent remplie de tant d'imperfeetions cachées, que, si elle les voyait, elle tomberait dans le désespoir. Mais elles lui demeurent cachées, jusqu'à ce que le feu de ce môme amour les ait entièrement consumées. Alors seulement Dieu les lui montre comme dans un miroir, pour lui faire connaître qu'elle tient de lui seul ce feu d'amour, qui a détruit en elle tant de taches dont elle était souillée, et levé tant d'obstacles qui l'éloignaient de sa suprême félicité.